Zinnia Rolando, le baroudeur-poète
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Souvenirs d'un baroudeur genevois

 

  ZINNIA ROLANDO
Une vie incroyable 

Par Marc Schweizer 

Zinnia Rolando sur les traces de son passé 
(Photo : Agence Uniphot)

Portrait

Ce fringant genevois qui vient de franchir gaillardement le cap des 80 ans, est un personnage hors du commun, sur les épaules duquel les années ne semblent pas avoir de prise.
Vivant à Nice, il se baigne été comme hiver dans la Grande Bleue, escalade les collines et les montagnes, abat apparemment sans fatigue ses vingt kilomètres à pied, entretient une gigantesque corresponcance avec ses nombreux amis.
Une véritable force de la nature.
Respirant la joie de vivre, cet optimiste né, a pourtant connu quelques handicaps qu'il a franchis avec enthousiasme et panache.

Cet Helvète exubérant et dynamique a servi sous quatre uniformes, a connu 11 prisons espagnoles + une : la prison St Antoine de Genève (pour avoir servi dans des armées étrangères ce que la Suisse, pays neutre, interdit à ses citoyens).
Suivez de mois en mois le récit picaresque de la vie aventureuse de ce Légionnaire au grand coeur. Si vous le souhaitez, il vous enverra son histoire.


Des débuts difficiles
 

Né le 23 octobre 1919, à Aïre (Genève), sur les rives du Rhône Zinnia est le fils d'un sculpteur d'origine sardo-piémontaise né en 1885, qui fut élève de Rodin et ami de Bourdelle : Cylla d'Aïre de son vrai nom Alfred Rolando. Sa mère, Berthe Cécile Jaton, née à Nyon, le 2 octobre 1895, est une vaudoise d'origine savoyarde et huguenote.
Pour ce ménage d'artistes peu fortunés, la naissance de Zinnia ne fut pas accueillie avec joie, mais plutôt ressentie comme une catastrophe.

 
Sa mère lui raconta plus tard avec une cynique franchise, que "Les artistes n'ayant pas besoin d'enfants" elle le remit à une nourrice, deux heures à peine après sa naissance.
Puis il fut confié à sa grand-mère maternelle.
A l'âge de 7 ans, on le plaça chez divers fermiers du Jura vaudois où il vécut une enfance un peu rude.

Légion étrangère

Zinnia raconte avec verve comment, sorti de l'école à 14 ans et du cul des vaches à 19, il effectue son Ecole de recrues dans l'artillerie hippo-tractée à Bülach-Kloten du 5 janvier 1939 au 5 avril 1939. Puis, fuyant la Suisse où il se sent à l'étroit, il s'engage le 8 mai 1939 à la Légion étrangère. Avec le Ier régiment étranger de cavalerie (Ier R.E.C.) il participe aux combats de juin 40 dans la Somme.
Blessé au sud de Péronne, il gagne le Maroc où il est incorporé au 2e R.E.C.
Le 1 mars 1941, il déserte pour rejoindre l'Angleterre par le Maroc espagnol et l'Espagne, afin de s'engager dans les Forces Françaises Libres.

Une guerre exemplaire

Il fera une guerre exemplaire, sera de toutes les batailles du fond des déserts de Lybie à Berchtesgaden, libérant au passage les villes de Paris et de Strasbourg.
Après sa démobilisation, Zinnia possède pour seules richesses un viatique 1.000 fr, (sa prime de démobilisation), un costume en fibre de bois de la Belle Jardinière mais aussi une belle prestance et un bagoût extraordinaire.
Son retour dans sa patrie sera moins glorieux. La neutralité de la Suisse interdisant à ses citoyens de servir sous un uniforme étranger, Zinnia connaîtra durant quelques mois les douceurs de la sinistre prison Saint-Antoine.
Mais il s'en relèvera et retournera en France qui l'accueillera beaucoup mieux.

La chance de sa vie

Sa première chancefut de rencontrer Léon Gingembre fondateur de la Confédération des petites et moyennes entreprises, dont il devint durant 18 mois le porte-parole sur les routes de France.
Les études de Zinnia Rolando, nous l'avons vu n'ont pas dépassé les classes primaires. Ce n'est donc fin lettré ni un intellectuel. Son orthographe laisse parfois à désirer. Mais il possède un solide bon sens, une inextinguible soif d'apprendre et une véritable fringale de lecture.
Et puis, il faut bien le dire, Zinnia possède trois atouts majeurs : une belle gueule virile, une voix de bronze au timbre juste et un charisme vertigineux.
Léon Gingembre le présente à Paul Robert le (bientôt) célèbre lexicographe. Dès le premier contact, le courant passe entre ces deux hommes venus d'horizons opposés et à la culture très différente. D'emblée, le distingué linguiste et le baroudeur autodidacte s'apprécieront mutuellement à leur juste valeur.
De là débute pour Zinnia une nouvelle et formidable aventure. Il deviendra le représentant-conférencier itinérant du Dictionnaire Robert qu'il présentera à travers la France, la Belgique, la Suisse et l'Allemagne, toujours avec le même enthousiasme.
Durant plus de 30 ans, il animera plus de 2500 réunions, au cours desquelles il présentera avec verve à un public subjugué, ce nouveau et magnifique dictionnaire.

Retraite

Aujourd'hui à la retraite, Zinnia taquine la Muse, collectionne les citations, vagabonde par monts et par vaux toujours plein d'allant, dynamique, baroudeur libertaire et insoumis, et chaque jour que Dieu fait, régale ses amis de ses lettres savoureuses.
Pour devise il a adopté une phrase de son compatriote Blaise Cendrars:

 
"Le seul fait d'exister est un véritable bonheur"

 

 
 
 

Voici l'un de ses derniers poèmes. Il nous en écrira d'autres.
 

Aux tempes, vois, ton poil grisonne
Et le vent dépouille les bois !
Écoute le souffle de l'automne
Qui parle de mort sans effroi.

La vieillesse est vite bouffonne
Pour qui s'obstine aux yeux grivois.
Aux tempes, vois, ton poil grisonne
Et le vent dépouille les bois !

Fais en sorte qu'on t'abandonne,
Quitte la fête en tapinois,
Assez parlé de tes exploits,

Ils n'intéressent plus personne !
Aux tempes, vois, ton poil grisonne,
Et le vent dépouille les bois !


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