Hikayat : histoires du Maroc - Hikayat -- Mai 2000 -
Les Gaouris

Il est hâtif de dire que le comportement des Européens au Maroc rejoint celui des colons de l’époque du protectorat. Peu d’entre eux portent encore les stigmates de leurs ancêtres Gaouri. Sauf parmi les français et les belges.

Tout français au Maroc rêve secrètement de la belle époque où l’on régnait sur un superbe domaine, entouré de gentils serviteurs. Tous rêvent de longs apéritifs à l’ombre d’une canisse en bonne compagnie.

Les vieux Gaouri

Les Gaouri de la vieille génération se réunissent en petits comités et échangent leurs anecdotes sur le (petit) peuple marocain. Ce sont des industriels qui parlent de leurs ouvriers par exemple. Ces joyeuses discussions mélangent les rires gras, mais témoignent d’inquiétudes inavouées, rendues visibles par le niveau d’autocongratulation des parleurs.

" L’autre jour, Besraoui a téléphoné pour dire qu’il ne viendrait pas à l’usine.

Je lui ai dit :
" mais qu’est-ce que c’est pour une histoire fieu ?
" ma femme est morte Monsieur Pierre "
Mais le lendemain il était là, gai et fringant.
" Tu te fous de ma gueule ? tu n’es pas à l’enterrement de ta femme ? ".
" C’est un malentendu Monsieur Pierre, ce n’est pas ma femme, c’est l’amie de la tante de ... "
Et je lui ai retenu une journée de salaire ! Ah ça, ils sont incroyables ! "
M’étant moi-même retrouvé à plusieurs reprises au milieu de ce genre d’assemblée, j’avoue avoir parfois ri de bon coeur. Parfois les critiques dissimulent mal le désoeuvrement de ces patrons que les ouvriers tournent en bourrique.

Les jeunes Gaouri

Les jeunes sont très différents. Et il faut dire que j’ai rarement assisté à un rassemblement de gaouri de moins de trente-cinq ans sans qu’il y ait au moins un marocain présent. Signe de progrès, sans nul doute. Et les critiques s’échangent ouvertement, dans la bonne humeur.