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TEMOIGNAGES
Injustice, souffrance,
dépression, maladie, ce sont là quelques uns des
mots qui reviennent le plus souvent dans les témoignages
que nous recevons à l'Association. Et tous désignent
des maux souvent très proches, ceux que génèrent
des pratiques liées au harcèlement moral.
C'est en pensant à toutes les personnes qui, depuis plusieurs
années, nous ont fait confiance en nous adressant leurs
témoignages bouleversants que nous avons décidé
d'ouvrir un espace de parole destiné à tous ceux
et celles qui souhaitent témoigner de leur vécu
au travail.
Nous avons souhaité que ces témoignages ne restent
pas lettre morte, mais qu'au contraire, ils contribuent à
une meilleure prise en compte de la maltraitance psychologique
au travail.
Sans pouvoir préjuger
de la réalité de ce qu'ont vécu les personnes
qui s'expriment à travers ces pages (nous ne faisons
que retranscrire des courriers qui nous ont été
adressés), toutes témoignent pourtant d'une intense
souffrance et décrivent des pratiques qui nous sont apparues
particulièrement représentatives de ce que l'on
observe couramment dans le harcèlement et les autres
formes de maltraitance psychologique exercées dans le
cadre du travail.
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Pour que votre témoignage soit publié sur le site,
il faut :
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2. Retourner l'autorisation de publication complétée
et signée à l'Association
Mots pour Maux au Travail
47, rue de la Course
67000 STRASBOURG
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auprès d'étudiants, chercheurs, journalistes, il
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Mots pour Maux au Travail
47, rue de la Course
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3. L'association transmettra ensuite vos coordonnées aux
étudiants, journalistes et chercheurs qui prendront directement
contact avec vous.
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Madame F., formatrice dans une Société d'informatique.
"Tout ceci s'est
passé il y a déjà quinze ans, époque
où, malheureusement, je ne trouvais pas d'association comme
la vôtre pour me donner un soutien moral. J'ai tourné
la page, mais je sais qu'il reste des traces.
J'ai travaillé pendant dix ans au service formation chez
un constructeur informatique, en tant que chargée de cours.
Un beau jour, un de mes supérieurs hiérarchiques
m'a dit entre quatre yeux que ma situation était illégale,
que je ferais mieux de donner ma démission et que la société
me ferait travailler sous contrat comme formatrice indépendante.
J'étais bouleversée car je ne comprenais pas en
quoi ma situation, après dix ans, aurait pu d'un coup devenir
illégale. Il demandait ma réponse dans une semaine.
Heureusement, j'ai parlé de cette conversation à
des collègues qui m'ont expliqué que c'était
l'employeur qui était en situation illégale, car
il ne m'a jamais fait signer un contrat de travail. J'ai refusé
de démissionner et j'ai demandé un contrat en bonne
et due forme comme mes collègues me l'avaient conseillé.
Au bout de quelques temps, le harcèlement a commencé.
Le directeur du service du personnel m'a menacé en disant
que je pourrais faire toutes les démarches que je voulais,
il savait bien que c'était moi qui avais raison, mais que
les inspecteurs du travail ne pourraient rien faire étant
donné que l'entreprise était le plus grand employeur
de la ville, qu'il n'avait pas peur des prud'hommes parce que
l'entreprise avait des avocats pour cela, que si je ne cédais
pas ils feraient durer le procès pendant des années
et entre temps, je ne toucherai pas mon salaire car, tout simplement,
il ne me laisserait plus assurer mes cours (j'étais payée
aux heures de cours).
Conseillée par les syndicats, j'ai continué d'assurer
mes heures hebdomadaires habituelles et les cours qui avaient
déjà été programmés. Le directeur
a tenu parole, je n'ai pas touché mon salaire pendant plusieurs
mois. Vous pouvez imaginer les répercussions financières
pour une famille avec deux jeunes enfants. Au travail, mon directeur
a fait enlever mon téléphone et, plus tard, il a
emmagasiné des pièces détachées dans
mon bureau. Au bout d'un moment, j'arrivais à peine à
y entrer.
Avec le soutien de nombreux collègues et surtout des syndicalistes,
j'ai tenu tête pendant un an, mais j'ai eu des périodes
de dépression où j'ai dû me faire soigner
par mon médecin traitant. Malgré ses tactiques,
n'arrivant pas à me faire partir de mon propre gré,
le directeur du personnel cherchait à savoir des éléments
de ma vie personnelle. Il a demandé à un des syndicalistes
qui me représentait à qui j'étais mariée,
que faisait mon mari (il avait réussi avec une autre formatrice
en menaçant la carrière de son mari, cadre dans
l'entreprise). Apprenant que mon mari ne travaillait pas pour
l'entreprise, le directeur a demandé si je n'avais pas
un amant qui travaillait pour l'entreprise.
Finalement, au bout de douze mois, n'en pouvant plus, j'ai accepté
un compromis : un licenciement pour cause économique avec
une prime de licenciement. Je suis partie, mais je garde un goût
amer d'avoir été manipulée de cette façon.
Je regrettais les relations avec les collègues et l'ambiance
dans les cours que je donnais. Jamais il n'a été
question de mes compétences, même le directeur admettait
que j'avais toujours fait du bon travail. Même aujourd'hui,
je n'arrive toujours pas à y penser sans émotion.
J'ai perdu une partie de ma foi dans les hommes. Et quand je pense
que ceux qui ont agi ont sans doute eu des promotions ! Où
est la justice ?"
"Après plus d'un an
de harcèlement, un accord a été trouvé
avec l'intervention des syndicats : il s'agissait que j'accepte
un licenciement économique avec une prime assez conséquente.
Ceci était intéressant pour l'employeur parce qu'il
ouvrait la porte à d'autres licenciements économiques.
J'ai décidé de profiter de la situation pour reprendre
mes études. Ensuite, après plusieurs années,
j'ai passé un concours de la fonction publique et je suis
titulaire d'un poste dans l'Education Nationale."
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Madame P., secrétaire de direction.
"Cela fait un
an et demi que je travaille dans la même société
où je vis un véritable enfer. A longueur de journée,
ce sont des insultes, remontrances, reproches qui ne vous concernent
pas
Je suis secrétaire du P.D.G., je subis ses humeurs, et
même s'il n'y a pas qu'avec moi qu'il se comporte ainsi,
je suis la première qui peut lui tomber sous la main. Je
ne l'ai jamais vu agréable : "tout ce que vous faites
est mal", il ne dira jamais "ceci est bien". Je
n'ai rien à me reprocher, j'aime ce que je fais et je le
fait bien, mais pour lui, rien ne lui convient. Je l'ai entendu
dire un jour que je méritais des claques. Il ne traite
pas son personnel comme des employés mais, selon ses propres
paroles, comme "des esclaves à qui il faut mettre
un boulet pour qu'ils ne bougent pas".
Quand je lui ai annoncé que j'attendais un bébé,
le pire arriva. Tout était prétexte à une
erreur : un stylo noir en double sur le bureau, des feuilles qui
traînent, la lumière allumée, les pauses déjeuner
devant s'effectuer au bureau. Depuis le début de ma grossesse,
j'ai pris l'initiative de manger à l'extérieur,
mais on n'a pas le droit, car Monsieur a prit l'habitude qu'il
y ait une permanence.
Pour ce qui est de mes horaires, j'ai toujours fini après
18h00, heures supplémentaires ni payées, ni récupérées.
Mis à part mon poste de secrétaire, j'ai récupéré
le travail d'une personne qui est partie, mais rien de plus en
ce qui concerne le salaire. Il allait jusqu'à chronométrer
ses employés au WC et ce temps, il le déduisait
des salaires.
Puisque j'allais partir en congé maternité, nous
allions partir et il lui a prit un coup de sang, m'incendiant
comme il ne l'avait jamais fait. J'ai quitté le bureau
en larmes et n'ai pas pu reprendre le volant. J'ai bien cru que
j'allais perdre mon bébé. Aujourd'hui, je suis en
congé maternité, et ma seule angoisse, c'est de
me dire que je vais devoir y retourner".
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"Soulagée, enfin on
ose parler du harcèlement moral au travail, ce mal qui
vous détruit à petit feu, un peu plus chaque jour,
sans savoir pourquoi et d'où ça vient. Pourquoi
on n'arrive plus à communiquer sans qu'on vous renvoie
: "tu te comportes en victime, arrêtes de te mettre
en avant"? Enfin bref, chaque jour les mêmes accusations
gratuites et toujours le même questionnement : "mais
qu'est ce que je peux faire, mais qu'est ce que j'ai encore fait
?".
Toujours les mêmes insultes pour parler de moi aux collègues
(sans que personne ne dise mot) : "l'autre couille, l'autre
mal baisée, l'autre merde". Quoi que vous fassiez,
toujours le travail de sape par derrière, aucune issue
de secours existe, sauf de s'avaler un petit lexomil avant d'aller
bosser pour se donner du courage.
On fait son boulot on ne sait comment, en allant puiser toute
son énergie, et on part avec un grand malaise chez soi.
On se retrouve toute la nuit dans son lit, on met tellement toute
son attention, toute sa concentration au travail pour être
irréprochable (alors que ça ne sert à rien),
et lorsque vous êtes au ciné ou avec des amis, pas
moyen d'être présente, vous n'avez que ça
en tête, ça vous empoisonne la vie. Quel épuisement
de se battre contre le vent !
Vous osez en parler au cadre supérieur, la réponse
est : "arrêtes-toi quinze jours, ça ira mieux".
La galère ! En ce moment, je suis en arrêt maladie
suite à un accident de travail et j'ai pris la décision
de changer de service et d'en parler au directeur. J'ai condensé
mes écrits car je pourrais détailler et en écrire
des pages sur ce que j'ai subi !"
Madame S a été mutée.
Son supérieur, quant à lui, est toujours en place.
Madame S a vécu cela comme une sanction et a perdu par
là même en grande partie sa motivation pour son travail.
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Monsieur I., Fonction publique d'Etat.
"J'ai vécu une histoire
rocambolesque, inimaginable sur mon lieu de travail, et qui dure
depuis huit ans. Cette affaire m'a fait souffrir moralement et
je ne sais si je m'en remettrai un jour. Je sais seulement que
mon médecin traitant a demandé une invalidité
à 65%, imputable au service de la Direction Départementale.
Je souhaite depuis longtemps écrire cette histoire, mais
à chaque fois que j'essaie, il y a blocage. Je me souviens
des grandes lignes, mais les détails ont disparu. Si j'en
parle à quelqu'un, d'abord il me croit difficilement et
quelques souvenirs imprécis me reviennent. Je ne veux pas
que cette histoire soit oubliée, car j'ai trop souffert
et je souhaite qu'elle soit rendue publique, mise au grand jour.
Les grandes lignes se résument ainsi. Je suis témoin
de malversations importantes et mon supérieur hiérarchique
me fait comprendre de fermer les yeux. En tant que responsable
du service, je refuse de signer les factures pour des travaux
non réalisés.
Je reçois alors des pressions de plus en plus importantes
: déplacement de ce poste pour des motifs mensongers, mise
à l'écart aux archives dans des conditions d'hygiène
et de sécurité dangereuses, suppression de mes rémunérations
accessoires et de mes primes de rendement (dont la somme correspond
en gros à 300 000frs.), refus de mes demandes de mutation,
accusations de faits qui n'existent pas, blâmé pour
un motif inventé, arrêt de longue durée pendant
cinq ans, reprise puis blocage de ma carrière avec refus
d'accéder au nouveau grade auquel je suis en droit de prétendre,
pénalités de 5300frs mensuelles sur le logement
de fonction qui m'avait été attribué, refus
du nouveau directeur de revenir sur toutes les accusations mensongères,
grève de la faim de 65 jours afin de débloquer la
situation, promesses de dédommagement, dédommagement
que j'attends toujours et qui m'a été promis uniquement
pour me faire cesser ma grève de la faim, harcèlement
permanent, mise en retraite d'office par mesure disciplinaire,
refus de l'invalidité, sans ressources pendant un an, agression
par une personne du service envoyée par le directeur pour
me faire partir plus vite du logement de fonction, etc, etc
J'en oublie sûrement.
Six plaintes ont été déposées au Tribunal
Administratif et de Grande Instance par mes soins et sur les conseils
d'un avocat qui s'est avéré véreux par la
suite. Le procureur m'a affirmé qu'il s'agissait bien de
faits délictueux. Dernièrement, une plainte a été
déposée à Paris.
Cette affaire, connue des médias, a fait grand bruit mais
n'a jamais pu sortir du département. J'ai quitté
ce charmant pays avec un endettement de 165000fr et inscrit à
la commission de surendettement. Bien entendu, d'autres affaires
se sont greffées sur celle-là. J'ai compté
plusieurs millions de détournement."
Aujourd'hui, Monsieur I a gagné
deux des cinq recours qu'il a déposé au Tribunal
Administratif, trois sont encore en appel. Il reste néanmoins
dans une situation financière difficile en raison de la
suppression des primes, des honoraires et des frais divers que
lui devaient l'administration. Si, sur le plan de sa santé,
Monsieur I reconnaît être moins dépressif,
la COTOREP l'a pourtant reconnu invalide à 60 %.
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Madame C., cadre dans une entreprise privée.
"Cadre dans une entreprise et
recrutée sur mes compétences pour un premier emploi
il y a quatre ans, j'ai été licenciée en
moins de trois semaines il y a deux ans pour faute grave, me privant
ainsi de toutes indemnités après avoir vécu
un harcèlement de huit mois. J'aurais dû sans doute
démissionner, mais je ne me sentais pas coupable, aucune
faute professionnelle ne m'ayant été reprochée,
mais des fautes de personnalité, de comportement, d'une
longueur de quatre pages. J'ai dénoncé le solde
de tout compte et réclamé des dommages et intérêts
par lettres recommandées. Entre temps, j'ai demandé
les conseils d'un avocat et me suis syndiquée, mais je
n'ai pas eu la force d'attaquer aux prud'hommes en période
de chômage d'une durée de quatorze mois. Je viens
de retrouver un emploi et j'ai bien des difficultés à
reprendre confiance en moi, à retrouver le dynamisme qui
m'animait
et pourtant, il faut bien que je me réinvestisse."
Après trois ans, Madame C
s'est peu à peu rétablie. "J'espère
que mon témoignage rassurera certaines personnes qui ont
vécu une situation similaire, non dans le contenu mais
dans le contenant ; qu'elles se rassurent, elles ne sont pas seules.
Il faut savoir que cela existe ! Et qu'elles gardent espoir d'une
application juste de cette nouvelle loi. Il faut aussi espérer
que celle-ci permette d'aider de vraies victimes."
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Madame L., employée dans un service de communication
d'une administration.
"J'ai travaillé pendant
sept ans dans le service public. Tout allait bien, jusqu'au jour
où une nouvelle est arrivée, pleine d'ambition et
de prétention. Ce qui n'est pas, à mon avis, un
défaut. Arriviste jusqu'au bout des ongles, la jalousie
a commencé à prendre le dessus. Jalouse de n'être
pas au premier plan, jalouse que les gens ne viennent pas la voir
elle, jalouse de ne pas avoir de fonction de cadre. J'ai pris
les choses à légère.
Sept ans dans un service de communication m'ont appris à
adopter une attitude très "commerciale"et très
sobre en n'importe quelle circonstance. Pour moi, c'était
évident, j'avais à faire au "syndrome du débutant"qui
consiste à vouloir prouver tellement de choses qu'on en
oublie le respect, les convenances. Mais j'ai omis une chose importante
: une personne jalouse n'oublie jamais et est capable de tout
! Je suis donc devenue naturellement au fil du temps la "femme
à abattre".
Après quelques dévaluations en public, humiliations,
elle est parvenue à trouver quelques complices
Quelques
séductions lui ont suffit afin de mettre dans sa poche
le supérieur hiérarchique. Elle est passée
dès lors cadre et son nouveau pouvoir allait être
utilisé d'une manière diabolique. Mon lot quotidien
à partir de cet instant allait se transformer en enfer
: demandes d'explications sur demandes d'explication allait être
mon travail journalier. Pour un oui ou pour un non, j'étais
convoquée à longueur de journée afin, je
pense, de provoquer une action négative de ma part. J'ai
tout tenter afin de faire tomber la pression. Mais ma résistance
allait entraîner une guerre sans merci. Enquêtes administratives,
ordres, contrordres, heures supplémentaires, provocations,
humiliations, agressions physiques !
Je n'ai pas eu le courage de porter plainte après l'agression
car j'avais peur d'être obligée de changer de boulot.
J'ai commencé à avoir des problèmes de santé,
des difficultés à trouver le sommeil, des difficultés
à manger, difficile de ne pas trembler. Et pourquoi les
collègues ne bougent-ils pas ?
Mais dehors, il y a le chômage, alors il faut tenir ! Jusqu'au
jour où j'ai été convoquée pour apprendre
que j'allais être licenciée. Aucun motif d'avancé.
Les brimades ont continué jusqu'à ce que je craque,
que je démissionne, que je fasse ce que je veux pourvu
que je dégage ! Ça a duré presque dix mois.
Après m'avoir fait soutenir par les syndicats, rien n'a
pu empêcher mon licenciement. J'ai vécu ça
à la fois comme une profonde injustice et comme une délivrance.
Pour moi, tout allait enfin s'arrêter, je pouvais de nouveau
réapprendre à vivre. Mais il me sera très
difficile de continuer à croire en l'être humain.
Après de longues périodes de cauchemar, d'attitude
défensive, j'ai récupéré tant bien
que mal.
Comment expliquer par des mots ce qu'on peut ressentir en pareille
circonstance ? Un mal qui ne se voit pas mais qui est là,
au fond de vous
Comment expliquer qu'on n'a plus l'impression
d'être un être humain mais un objet cassable et jetable
?
Elle continue son balayage, un collègue a fait une tentative
de suicide. Combien de morts physiques et moraux faudra-t-il pour
que la France fasse enfin quelque chose contre ces méthodes
barbares et inhumaines ? Et les droits de l'homme ? Et la dignité
? Et le respect ? Est-il normal de dépenser son argent
en justice pour retrouver son honneur et sa dignité ? N'est
ce pas un droit légitime ? Est-il normal que ces crimes
restent impunis ? Un employeur n'est-il pas là pour protéger
ses salariés ? Les obligations de l'employeur ne devraient-ils
pas être revus d'une manière stricte ?"
L'employeur de Madame L a été
condamné pour licenciement abusif. "Même si
la reconnaissance de la justice permet un soulagement intense
(car l'honneur est sauf), il faut néanmoins tout reconstruire,
tant sur le plan humain que professionnel. Et là, l'amertume
est profonde. Il y a la peur de retomber sur un cas identique,
car le harcèlement laisse des traces profondes. Je sais
que je ne supporterai pas deux fois une situation pareille. La
justice est trop longue, car on ne peut pas s'en sortir tant qu'on
est plongé dans le contexte".
Madame L est aujourd'hui encore au chômage.
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Madame P., employée dans un supermarché.
"Pour ma part, je me sens un
peu perdue et je ne sais plus trop que faire. J'ai commencé
à travailler dans un supermarché le 12 juillet en
vérité, mais le 13 juillet selon le contrat de travail.
Les harcèlements dont j'ai été victime m'ont
conduite à faire une dépression. Je suis en congé
maladie depuis trois mois, et finalement, j'ai fini par poser
ma démission, ce qui me place dans une situation précaire
puisque je perds tous mes avantages. Seul agrément, je
me sens un peu plus libre et je suis soulagée de ne plus
avoir à y travailler. Il ne me reste plus qu'à aller
chercher les documents relatifs à ma démission,
entre autre un chèque de solde de tout compte et de congés
payés. Bien qu'ayant besoin de cet argent, je ne me sens
pas encore le courage et je ne sais plus que faire.
Pour vous donner un aperçu, ils m'ont offert un déodorant
prétendant que je sentais mauvais, puis, pendant au moins
deux ou trois jours, si ce n'est plus, chaque fois que le directeur
croisait mon chemin ou passait près de moi, il se bouchait
le nez en faisant la grimace devant clients et collègues.
Par ailleurs, chaque fois que je lui adressais la parole, il répétait
mes phrases en faisant une petite voix ridicule.
Un jour, pour Noël, le patron avait un cadeau à faire,
il a demandé au directeur de faire faire un paquet cadeau,
il s'est adressé à moi me demandant d'empaqueter
une caisse de six bouteilles de vin avec un papier trop petit,
il m'a regardé faire avec le patron, une fois le travail
achevé, le patron est arrivé sur moi, m'a bousculée
et s'adressant au directeur (il est bien trop déshonorant
de parler aux employées, même pour répondre
à leur bonjour), il a dit "évidemment, si vous
faites faire ça à n'importe qui
regardez-moi
ça"et il a tout arraché en me marchant sur
les pieds et en rajoutant d'un air méprisant "c'est
du n'importe quoi
pfff
une incapable".
Une autre fois, j'ai dû passer tout le supermarché
à la serpillière, juste avant l'arrivée de
la femme de ménage, car un bidon de lessive avait éclaté,
et bien sûr les gens ayant marché là où
j'avais lavé, j'ai encore une fois prouvé mon incapacité
à faire les choses correctement. Et puis, c'est une multitude
de petites réflexions qui paraissent anodines et qui, à
la longue, deviennent très difficiles à supporter.
J'ai vu des filles partir en pleurant, ce qui m'est d'ailleurs
arrivé aussi, je sais que je ne suis pas la seule dans
ce cas. En moins d'un an, j'ai vu plusieurs employés arriver
dans l'entreprise et démissionner très vite ; d'autres
sont ou ont été en congés maladies, dont
la plupart pour dépression."
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Madame N., employée administrative
dans une Association.
Je souhaite apporter mon témoignage, en espérant
qu'il puisse vous être utile dans l'action de votre association.
Si je vous écris ce jour, c'est aussi parce que j'espère
que ça va me soulager, car les souvenirs m'envahissent
encore par moments, oppressants, dans la journée ou dans
la nuit, entraînant des rêves désagréables.
Cependant, les mots me viennent difficilement
et je les cherche, car je suis partagée entre le fait de
vouloir oublier ce passage de ma vie, faire comme s'il n'avait
pas existé, et la volonté de dévoiler au
grand jour la violence morale que ma chef m'a fait subir en entraînant
avec elle les deux autres collègues féminines. Cela
a commencé en novembre 2001.
Aujourd'hui encore, je ne comprends
pas et je reste marquée par la haine et la méchanceté
gratuites dont elles ont fait et continuent à faire preuve
à mon égard. En effet, sans doute ai-je commis quelques
maladresses, mais il est certain que je n'ai rien fait pour mériter
un tel acharnement de leur part ni un tel ressentiment.
Je vais tenter de vous expliquer
comment cela a débuté. Je travaille dans cette association
depuis mars 2001, en tant qu'employée administrative à
temps partiel. Les débuts se sont très bien passés,
si ce n'est que l'enthousiasme de ma chef me semblait démesuré
et cela m'inquiétait un peu : elle trouvait que tout ce
que je faisais était formidable. Par contre, un peu plus
tard, elle désapprouvait totalement tout ce que faisait
notre seul collège masculin (R.)embauché deux mois
après. Les deux autres collègues féminines
de ma chef étaient toujours d'accord avec elle, donc l'une
me disait qu'elle ne pouvait pas supporter notre collègue
masculin ! Moi, j'ai tenté de rester objective et un jour
j'ai suggéré à notre chef que ce n'était
peut-être pas facile pour un homme de travailler seul avec
des femmes. Elle a reconnu plus tard qu'il lui avait confirmé
cet état de fait. Par la suite, je n'ai jamais caché
ma sympathie pour lui. Quand je constatais la façon dont
notre chef le traitait, je lui demandais comment il faisait pour
tenir le coup ; il me répondait que pour lui, ce qui compte,
ce sont ses enfants et sa femme, sa vie privée ; le travail,
ça compte juste pour le salaire.
Vers la fin du mois d'octobre 2001,
notre chef était en congé durant une semaine. Par
la poste, nous est parvenu un courrier de la Mairie adressé
au Président de notre association. Il s'agissait d'une
invitation. Je la lui ai transmise. Le lundi matin suivant, notre
chef reprend le travail et reçoit un appel du Président
de l'association. Celui-ci est surpris, car cette invitation fait
allusion à d'autres lettres qu'il n'a pas reçues.
Je sens la tension chez notre chef lorsqu'elle me regarde.
Elle s'en sort dans la discussion avec le Président, lui
trouvant des explications qui semblent le satisfaire. Après
avoir raccroché, elle me dit vivement qu'il ne faut pas
transmettre les lettres comme ça au Président, qu'il
faut d'abord passer par elle ; en effet, elle trie ce qu'elle
veut bien lui transmettre, gardant sous silence ce qui l'arrange,
elle, car elle ne souhaite pas qu'il soit présent partout
! Et je dois me faire à cette pratique. Je lui dis quand-même
que ce n'est pas évident pour moi, car logiquement, il
est le supérieur hiérarchique de tous les services
de l'association. Elle me répond que c'est un vieil homme
qui est imbu de lui-même et n'a aucune notion des priorités,
que pour lui, c'est toujours "lui d'abord" et que donc,
on ne peut pas l'écouter et qu'il vaut mieux le tenir à
l'écart, sinon il ne nous lâche plus.
Du coup, je ressens un malaise et réalise que j'ai du mal
à trouver mes repères dans ce service.
C'est à partir de ce jour que le comportement de la chef
a changé envers moi.
Elle a commencé dès
lors à critiquer tout ce que je faisais, à me reprocher
de ne pas faire des choses que jusqu'à présent elle
avait toujours voulu faire elle-même (par exemple l'achat
des timbres et des fournitures), à me reprocher de mal
répondre au téléphone (alors que jusqu'à
présent, c'était parfait).
Peu après, un jour de décembre, sous la pression
des ordres contradictoires de la chef, j'ai craqué et ma
chef m'a vue pleurer. Je lui ai dit que j'avais l'impression que
tout ce que je faisais était mal. Alors elle m'a fait venir
à l'écart des autres, dans un bureau.
Là, surprise : elle a commencé
à me dire qu'on allait parler du problème de R.
Je l'ai regardée et lui ai répondu : "je n'ai
aucun problème avec R.". Il y a eu un silence durant
lequel nous nous sommes regardées. J'ai senti que je m'étais
"grillée" en prenant la défense de R.
Du coup, la chef est revenue sur le sujet de départ et
je lui ai dit que je ressentais un malaise depuis cette fameuse
lettre transmise au Président. Elle ma dit que c'était
très grave, cette faute que j'ai commise et qu'à
cause de moi, le Directeur lui avait téléphoné
jusque chez elle pour "l'engueuler". J'ai insisté
sur le fait que pour moi, il ne s'agissait pas d'une faute, que
partout où j'avais travaillé jusqu'à présent,
je devais respecter la hiérarchie dans l'ordre, du plus
élevé au moins élevé.
Sur l'instant, cet entretien m'avait semblé satisfaisant
; mais après ce jour, l'attitude de ma chef n'a fait qu'empirer.
A partir du mois de janvier 2002,
la chef a commencé certains jours à venir avant
8h00 (alors que toutes les trois et R. commencent officiellement
à 9h00). Elle était donc là lorsque j'arrivais
et répondait sèchement à mon bonjour. Nous
étions donc seules. Là, elle commençait à
me faire des reproches totalement non fondés, ajoutant
que "les filles" se plaignaient de moi, qu'elles avaient
dit ceci ou cela et que moi je leur aurais dit ceci ou cela !
Je tentais de me défendre, mais ensuite elle gardait un
silence buté face à mes arguments.
Une fois, alors que je n'avais pas dit un mot, elle se met à
prendre la défense de notre directeur, me disant qu'elle
ne me laisserait pas dire du mal de lui, que c'est un homme bien,
que je n'ai pas le droit de le critiquer ! Je lui ai répondu,
très surprise, que je n'avais jamais rien dit à
son sujet, d'autant que je le connaissais peu ; mais elle a continué
de la même façon à le défendre, comme
si ce que je disais ne comptait pas. Avec effroi, je lui ai demandé
si elle n'avait pas été raconté ça
au directeur ; pour réponse, elle a serré les lèvres
en un sourire pervers.
Quand mes deux collègues arrivaient, elles me voyaient
défaite, mais ne disaient rien et discutaient comme si
de rien n'était avec la chef. Elles me parlaient de moins
en moins.
Deux fois, j'ai essayé durant
la pause-café d'aborder le sujet directement avec elles
trois, pour savoir si elles avaient vraiment des choses à
dire à mon sujet. Je leur ai dit qu'en en discutant, je
pouvais voir ce que je pouvais faire au mieux. Elles m'ont répondu
très méchamment et se sont complètement montées
contre moi. La chef m'a regardée avec un sourire ravi et
méchant, elle jubilait !
L'après-midi même, en
larmes chez moi, j'ai consulté l'annuaire et appelé
au hasard une psychothérapeute qui m'a donné rendez-vous
d'urgence. C'était le 4 avril 2002. J'avais perdu confiance
en moi et je croyais que tout était de ma faute, que j'avais
provoqué cette situation, que je ne savais pas gérer
les conflits, que quelque chose en moi attirait la haine.
Cette psychothérapeute m'a
expliqué que je suis visiblement une personne consciencieuse,
qui aime son travail et a le souci de bien faire. Le problème,
c'est que je veux trop bien faire et que je m'écrase trop,
et je me fais "manger". Ce qui fait que mes collègues
ne me pardonnent ensuite pas la moindre de mes erreurs et surtout
ne tolèrent pas que je puisse m'affirmer un jour, comme
je l'ai fait en prenant la défense de R.
Nous avons donc décidé
de travailler sur l'affirmation de soi, afin que pour mon prochain
emploi, je puisse poser mes marques dès le départ
et "ne plus me faire manger".
Cette psychothérapie, toujours en cours, m'a beaucoup aidée.
Cependant, ma situation au travail
ne s'arrangeait pas du tout. Mon médecin m'a prescrit des
antidépresseurs et mise en arrêt de travail durant
un mois. Lorsque j'ai repris, les trois femmes sont arrivées
l'une après l'autre, chacune à son tour a dit froidement
bonjour sans me regarder, aucune ne m'a adressé la parole,
même pas pour me demander comment j'allais.
Quand je préparais le café, personne n'en buvait,
elles prenaient toutes les trois du thé. Quand je me joignais
à elles, la chef se levait et disait "allez, au travail"
et mes collègues se levaient pour la suivre. Je buvais
mon café seule.
Dans le même temps, on ne me donnait plus de travail écrit,
mais uniquement de la saisie informatique, des photocopies et
des envois de courrier. La chef me notait des reproches totalement
injustifiés dans le cahier de messages après mon
départ, pour que je les découvre le lendemain matin
à mon arrivée.
Un jour, la chef a été jusqu'à prétendre
que je refusais de travailler !
L'après-midi, durant mon absence, mes affaires personnelles
étaient déplacées (un calendrier en relief
que m'avait donné mon mari était mis soit dans la
salle d'attente, soit dans une corbeille et écrasé
sous des dossiers, et a fini par disparaître durant mon
arrêt-maladie, un dessin de mon fils était arraché
du mur pour être mis sous le bureau, mes stylos disparaissaient,
mes notes aussi).
Lorsque j'en ai fait la remarque,
devant le directeur, on m'a répondu que je n'avais pas
à ramener d'affaires personnelles au bureau ! Avec le silence
du directeur...
La chef me parlait sur un ton méprisant,
me jetait les dossiers sur le bureau. Celle-ci et l'une de mes
collègues ont déplacé leur bureau de sorte
qu'elles ne pouvaient plus me voir, l'autre collègue fermait
sa porte lorsque nous étions seules. Lorsque j'annonçais
les noms des personnes avec qui la chef avait rendez-vous, elle
faisait semblant de ne pas connaître ces noms, comme si
je les avais mal compris : je prenais pourtant la précaution
de vérifier sur papier, car je précise que je porte
des prothèses auditives et je ne peux donc pas suffisamment
me faire confiance à ce sujet. La chef en jouait.
Après de multiples brimades et lorsque j'ai compris que
ces femmes m'avaient prise pour souffre-douleur et n'avaient pas
l'intention de s'arrêter, et surtout que le directeur refusait
de voir l'ampleur du problème, j'ai pris rendez-vous avec
le médecin du travail, afin de dénoncer le comportement
de mes collèges. J'avais en effet mis un nom sur ce que
je subissais : HARCELEMENT MORAL.
Je suis très reconnaissante
envers ce médecin qui m'a écoutée avec attention
et m'a prise très au sérieux. Dès lors, sa
volonté a été de me sortir de ce cauchemar.
Elle m'a mise en inaptitude provisoire pour le poste que j'occupe
actuellement. J'ai rendez-vous avec elle fin septembre 2002, date
à laquelle je devrais reprendre le travail, mais elle va
me mettre en inaptitude définitive. Mon employeur sera
ainsi obligé de me licencier.
Mon tort, semble-t-il, est d'avoir
été trop timide et d'être trop restée
à l'écart. Plusieurs fois, quand je les ai interrogées
sur ce qu'elles avaient à me reprocher, il n'y avait rien
au niveau du travail ; par contre, elles m'ont reproché
de ne pas boire le café avec elles et de ne pas "
oser " partir à l'heure à midi mais souvent
quelques minutes après !
Aujourd'hui même, au moment où j'écris ces
dernières lignes, nous sommes le jeudi 19 septembre 2002
après-midi. Ce matin, j'ai rencontré pour un dernier
entretien le médecin du travail. Elle m'a mise en inaptitude
définitive à l'association qui m'emploie. Mon employeur
a un délai d'un mois pour me licencier. Ma galère
professionnelle est presque finie. J'en suis soulagée,
mais pourtant loin d'être joyeuse. En réalité,
j'ai un sentiment profond de dégoût : dégoût
d'en être arrivée là alors que je ne demandais
qu'à faire mon travail de mon mieux ; dégoût
de la passivité des collègues, du directeur qui
n'a pas voulu comprendre avant qu'il ne soit trop tard. Je suis
sûre que si ce directeur avait bien voulu m'écouter
réellement dès le début, me prendre au sérieux
et intervenir immédiatement, par de simples mots, la situation
n'aurait pas autant dégénéré : les
trois femmes se sont senties fortes, dans leur impunité,
autorisées à aller toujours plus loin, jusqu'à
ce que j'en tombe malade sous les yeux de mes enfants qui ne comprennent
pas tant de haine.
Aujourd'hui, je dois lutter contre ces sentiments qui m'envahissent,
à tort je le sais : en effet, c'est étrange, mais
je m'en veux que cela me soit arrivé et j'en ai honte,
car je n'ai pas su éviter cette situation et au final,
c'est moi qui perds mon emploi. La meneuse du groupe, garde son
emploi, est toujours chef et est membre du conseil municipal de
la ville où elle demeure !
Mais maintenant, je dois me tourner
uniquement vers l'avenir, avec heureusement tout le soutien de
mon mari, de mes enfants, de mes parents. Je n'ai plus du tout
envie de chercher un autre employeur, je n'ai actuellement plus
confiance du tout. Je vais me lancer dans le travail à
domicile, à mon propre compte. Heureusement, je crois toujours
en la qualité de mon travail et je veux en faire bénéficier
directement la clientèle que je vais chercher à
me constituer.
Comme je le pensais au début,
lorsque je me suis décidée à écrire
mon témoignage, cela me fait du bien de mettre des mots
et un peu d'ordre dans ce qui s'est passé depuis ces dix
derniers mois. Je vous remercie de m'avoir lue jusqu'au bout.
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Madame Z., technico-commerciale.
J'étais embauchée en septembre 2000 chez mon actuel
employeur en tant que cadre technico-commercial pour vendre des
pièces de rechange pour des machines spécifiques.
Je suis d'origine algérienne ; j'ai fais mes études
secondaires et supérieures à Alger dans le domaine
de la chimie industrielle, dans un institut de pétrochimie.
En plus de mes études, j'ai fait 10 ans d'industrie lourde
en Algérie en tant qu'ingénieur d'affaire, jusqu'en
1995 où la vie est devenue impossible; je m'installe avec
mes deux enfants en France et je n'ai jamais chômé
depuis.
La base de mon embauche dans cette société était
parfaitement claire : assister le directeur des ventes Afrique
dans la vente en tant que sédentaire avec un programme
de déplacement chez la clientèle, ce pour quoi j'étais
parfaitement partante. Jusque là tout me semblait cohérent
et faisable avec un accompagnement de formation sur les produits.
Je déménage à mes frais de Metz, je m'installe
à Strasbourg avec mes enfants.
Je démarre le 1er septembre
2000. Le 02 je suis partie à Vienne pour une formation
intensive d'une semaine ; super, c'était la mise dans le
bain.
Je reviens, mon PDG a délégué une personne
du service commercial pour m'encadrer pendant 4 mois le temps
de reprendre en main les affaires.
Première chose qui m'interroge
: le directeur Afrique ne me confie que du travail de secrétariat
pur et dur; alors que mon job dans ma tête c'est de participer
pleinement au développement de la clientèle Afrique
en profitant de ma position et de mon passif professionnel et
personnel.
Pas moyen ; le directeur Afrique n'a aucune intention de former
quiconque ni de me donner d'autre tâches que du classement
ou bien de la saisie.
En janvier 2001 je rencontre le PDG,
je lui demande des explications. Il ne veut rien savoir, des réponses
vagues telles que je devrais un peu prendre le directeur Afrique
par le cur et essayer de suivre son rythme sans broncher.
Par contre, tous les soirs, à partir de 18h30, il débarque
dans notre bureau pour me bourrer le crâne en disant que
je suis tenue par un chiffre et je suis embauchée pour
cela.
Je pige le truc et pour m'éclater dans mon travail, je
démarre toute seule de façon à reprendre
les clients et développer le chiffre. Ca se passe très
bien, un répondant super par l'Afrique surtout l'Algérie.
Moralement, je n'ai pu tenir que comme cela. Je terminais d'abord
le boulot de secrétariat et après seulement je faisais
mon boulot de commercial, donc des horaires pas possible mais
jusque là j'ai assumé.
Le PDG était très content, pas de moi, mais de sa
stratégie. Il obtenait un chiffre rêvé surtout
pour l'Afrique, le directeur Afrique aussi puisque cela se répercutait
directement sur la commission qu'il touchait en plus de son salaire.
Donc tout le monde est beau, tout le monde est content.
Après les emmerdes et la pression
ont commencé. La personne qui m'a encadré me reproche
tous les matins que son aide n'a pas été reconnue
comme il l'aurait souhaité ; que sa femme est allemande,
elle est très belle mais très frigide et en tant
que femme du sud arabe soumise et en plus seule je pourrais tout
de même lui rendre la monnaie ?!
J'ai subi ça pendant 6 mois. Après, quand il a vu
que je ne donnais pas suite, et connaissant ma
situation d'isolement en Alsace il a commencé à
me mettre la pression en sous-entendant que le PDG m'avait prise
comme cible pour un licenciement et que lui m'offrait encore ses
généreux services pour m'aider à me défendre.
Donc ce collègue a été chargé officiellement
d'une mission pour m'encadrer et il ne s'est pas gêné
pour me harceler en me demander une récompense en nature.
Il n'était pas question pour moi que je lui demande un
quelconque service en dehors du travail. Il a accentué
sa pression pendant quelques mois avec même des appels téléphoniques
à la maison.
Après c'était l'horreur au travail, je partageais
mon bureau avec un monstre qui a coupé toute
collaboration sinon de me laisser ouvertement entendre que je
reviendrai toujours vers lui.
Malheureusement, aujourd'hui, je
me trouve complètement vidée, harcelée, dans
une situation de faillite morale et matérielle.
Le médecin du travail connaît de A à Z mon
dossier, elle est scandalisée par le traitement qu'on m'inflige.
J'ai pu dénoncer le harcèlement sexuel et moral
que je subissais de mon collègue à la direction
; ils ont pris une mesure et l'ont changé de bureau, mais
aujourd'hui je suis harcelée par la direction qui me demande
de classer cette affaire en disant que ce n'était q'une
petite querelle de bureau et que tout va pour le mieux.
C'est une question d'intégrité
morale et physique à laquelle je suis confrontée.
Je suis en maladie depuis qu'il m'ont demandé de revenir
sur mes paroles.
Le week-end précédent, j'ai craqué et ai
commis l'irréparable : j'ai avalé un demi flacon
de médicament très fort. Mon fils de 13 ans a eu
le bon réflexe, il a appelé le Samu. Il y a eu 10
heures de trou noir dans ma tête où je ne me rappelle
de rien.
Maintenant mon médecin m'a prolongé en arrêt,
mais jusqu'à quand ?
C'est lourd pour moi et pour mes enfants, c'est extrêmement
lourd.
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Madame
C. assistante dans un Service Financier
J'ai intégré
cette société en avril 2001. Le poste proposé,
au Service Trésorerie, était un poste de rêve,
avec évolution garantie et rapide, avec responsabilités,
autonomie, etc
Quelques mois plus tard, je suis tombée enceinte. J'en
fus la première surprise, car ce n'était pas du
tout programmé. Mais, mon responsable hiérarchique,
qui n'y a jamais cru, a très mal accueilli la nouvelle.
Puis ma grossesse s'est compliquée : j'ai fait une menace
de fausse couche, et j'ai dû m'arrêter trois semaines.
Mon responsable m'a sévèrement reproché
cette absence, alors même que je me trouvais chez moi
en arrêt maladie.
A mon retour, certaines de mes responsabilités et la
formation que j'avais entamées, m'avaient été
retirées. Au fur et à mesure que le temps passait,
ma grossesse s'annonçait vraiment très mal : j'avais
30 à 40 contractions par jour et je souffrais énormément
en me déplaçant, ou pas d'ailleurs. Lorsque j'ai
pris la décision d'arrêter de travailler pour mener
à bien ma grossesse et sauver mon bébé,
mon chef m'en a voulu à mort. Il a essayé de me
faire accuser d'abandon de poste auprès du Service Administration
du Personnel, et m'a fait envoyer un courrier en recommandé
me reprochant mon départ, sous-entendant qu'il n'en connaissait
pas les raisons et qu'il n'en avait pas été averti.
Choquée, outrée, blessée, avec un sentiment
de trahison, car je l'avais bien informé que mon médecin
ne me permettrait pas de revenir, j'ai décroché
mon téléphone ce jour-là pour informer
ma société de la réalité de la situation.
Vraisemblablement, les choses ne leur avaient pas été
présentées de cette façon-là. On
m'a alors répondu de ne plus me soucier de rien, de me
concentrer sur mon bébé, ce qui était bien
la seule chose que je voulais faire à ce moment-là.
J'ai eu nombres de complications malgré tout, mais mon
fils est né (avec 2 semaines d'avance) et se porte à
merveille (Dieu soit loué !) depuis le premier jour.
Avant mon retour de congé maternité, j'ai adressé
un mail à l'Administration du Personnel de mon entreprise,
leur spécifiant que je souhaitais bénéficier
d'une mutation interne, que je ne voulais plus travailler avec
mon responsable. J'ai été reçue par la
Chargée de Recrutement qui m'a fait savoir que rien pour
l'instant ne se présentait. J'ai donc dû reprendre
ma place, en août dernier.
Pendant plusieurs semaines, mon responsable a joué au
jeu de : " on fait comme si rien ne s'était jamais
passé ". Notre relation prenait une tournure normale,
voire amicale. J'ai repris peu à peu espoir, puis confiance.
Au cours d'un entretien, il m'a dit vouloir tout effacer et
tout reprendre à zéro. Mais nombre de mes tâches
avaient disparues, et je ne faisais pratiquement plus que du
secrétariat. Soulevant la question, il m'a dit qu'il
était encore trop tôt pour revoir mes attributions
en matière de Trésorerie, et qu'il préférait
attendre de voir comment les choses se passeraient. Ne voulant
pas brusquer les choses, j'ai accepté sa réponse.
Ce n'est que lors de mon entretien annuel avec lui en novembre
dernier, que j'ai réalisé qu'il s'était
comporté en véritable hypocrite, et qu'il n'avait
jamais perdu de vue l'épisode de ma grossesse et ma longue
absence due à celle-ci.
Il m'a attaqué professionnellement : a critiqué
mon travail et mon professionnalisme de façon totalement
non objective, a reporté sur le rapport, des remarques
non fondées que d'autres membres de l'établissement,
avec qui je ne travaille même pas directement, lui avaient
faites. Il m'a accusé injustement, faussement d'avoir
" connu un passage à vide, peut-être dû
à ma grossesse, et des sautes d'humeur inadmissibles
". Il a aussi ajouté que mon attitude avait choqué
l'équipe et que je devais regagner la confiance de tous.
J'ai compris alors qu'il était fermement décidé
à se venger. J'ai appris aussi plus tard qu'il avait
déjà prévu la personne qu'il mettrait à
ma place dès qu'il se serait débarrassé
de moi.
Suite à cet entretien annuel, j'ai rencontré,
sur l'initiative de mon chef, sans même qu'il m'en demande
mon avis, le DRH qui fait aussi office de chef d'établissement,
puis la responsable hiérarchique directe de mon chef,
Directrice Financière. Aucun d'eux n'a réussi
à m'intimider, et à me faire retirer les commentaires
que j'avais inscris sur le rapport d'entretien concernant mon
responsable, qui l'incriminaient sérieusement, objectivement
et surtout en toute véracité. On m'a alors promis
de me déplacer le plus rapidement possible dans un autre
service. C'était il y deux mois !
Mes conditions de travail, qui se sont dégradées
au plus haut point au fil de ces mois, me sont aujourd'hui devenues
tout simplement insupportables. Mes collègues de bureau
ne réagissent pas ou peu. Ils font semblant d'ignorer
le problème. Ils ne m'adressent que brièvement
la parole, surtout en présence de notre responsable.
J'ai dû me mettre en arrêt de travail entre le 10/01/2003
et le 26/01/2003 inclus, suite à une attaque humiliante
que mon chef m'avait fait subir en public.
A mon retour, le lundi 27/01/2003, après m'avoir sobrement
salué, on m'a carrément snobée. Mon bureau
était dans un désordre déguisé,
et mes affaires personnelles (les photos de mes enfants et quelques
bibelots) avaient été virées vulgairement
dans un tiroir.
J'ai littéralement craqué lorsque mon chef, après
m'avoir rappelé qu'on me contacterait bientôt pour
un autre poste, m'a fait en public la réflexion suivante
: " Si chaque fois que je vous parle, vous vous mettez
en arrêt maladie, c'est pas ça qui fera avancer
les choses ! "
J'ai foncé dans le bureau de la déléguée
syndicale que j'avais mis au courant de la situation après
l'entretien annuel. Elle a fait intervenir le DRH France de
l'entreprise, qui n'y a pas été de main morte
avec moi. Il a bien entendu pris position pour mon chef, mais
surtout il l'a fait passer pour la malheureuse victime d'un
horrible complot orchestré par moi.
J'ai ramassé toutes mes affaires et je suis partie. Je
suis de nouveau en arrêt de travail et ce jusqu'au 06/02/2003
inclus.
J'ai décidé de me battre pour justice soit faite,
et je demande réparation pour le préjudice que
cet homme me fait subir depuis près d'un an et demi.
Aujourd'hui, je suis en pleine bataille, et j'encourage toutes
les personnes victimes de ce type d'individus à faire
de même.
Je vous tiendrais au courant.
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