Temoignages victimes de harcelement


ASSOCIATION MOTS POUR MAUX AU TRAVAIL
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TEMOIGNAGES

Injustice, souffrance, dépression, maladie, ce sont là quelques uns des mots qui reviennent le plus souvent dans les témoignages que nous recevons à l'Association. Et tous désignent des maux souvent très proches, ceux que génèrent des pratiques liées au harcèlement moral.

C'est en pensant à toutes les personnes qui, depuis plusieurs années, nous ont fait confiance en nous adressant leurs témoignages bouleversants que nous avons décidé d'ouvrir un espace de parole destiné à tous ceux et celles qui souhaitent témoigner de leur vécu au travail.

Nous avons souhaité que ces témoignages ne restent pas lettre morte, mais qu'au contraire, ils contribuent à une meilleure prise en compte de la maltraitance psychologique au travail.

Sans pouvoir préjuger de la réalité de ce qu'ont vécu les personnes qui s'expriment à travers ces pages (nous ne faisons que retranscrire des courriers qui nous ont été adressés), toutes témoignent pourtant d'une intense souffrance et décrivent des pratiques qui nous sont apparues particulièrement représentatives de ce que l'on observe couramment dans le harcèlement et les autres formes de maltraitance psychologique exercées dans le cadre du travail.

 


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3. L'association transmettra ensuite vos coordonnées aux étudiants, journalistes et chercheurs qui prendront directement contact avec vous.

 

 


Madame F., formatrice dans une Société d'informatique.

"Tout ceci s'est passé il y a déjà quinze ans, époque où, malheureusement, je ne trouvais pas d'association comme la vôtre pour me donner un soutien moral. J'ai tourné la page, mais je sais qu'il reste des traces.
J'ai travaillé pendant dix ans au service formation chez un constructeur informatique, en tant que chargée de cours. Un beau jour, un de mes supérieurs hiérarchiques m'a dit entre quatre yeux que ma situation était illégale, que je ferais mieux de donner ma démission et que la société me ferait travailler sous contrat comme formatrice indépendante. J'étais bouleversée car je ne comprenais pas en quoi ma situation, après dix ans, aurait pu d'un coup devenir illégale. Il demandait ma réponse dans une semaine.
Heureusement, j'ai parlé de cette conversation à des collègues qui m'ont expliqué que c'était l'employeur qui était en situation illégale, car il ne m'a jamais fait signer un contrat de travail. J'ai refusé de démissionner et j'ai demandé un contrat en bonne et due forme comme mes collègues me l'avaient conseillé.

Au bout de quelques temps, le harcèlement a commencé. Le directeur du service du personnel m'a menacé en disant que je pourrais faire toutes les démarches que je voulais, il savait bien que c'était moi qui avais raison, mais que les inspecteurs du travail ne pourraient rien faire étant donné que l'entreprise était le plus grand employeur de la ville, qu'il n'avait pas peur des prud'hommes parce que l'entreprise avait des avocats pour cela, que si je ne cédais pas ils feraient durer le procès pendant des années et entre temps, je ne toucherai pas mon salaire car, tout simplement, il ne me laisserait plus assurer mes cours (j'étais payée aux heures de cours).

Conseillée par les syndicats, j'ai continué d'assurer mes heures hebdomadaires habituelles et les cours qui avaient déjà été programmés. Le directeur a tenu parole, je n'ai pas touché mon salaire pendant plusieurs mois. Vous pouvez imaginer les répercussions financières pour une famille avec deux jeunes enfants. Au travail, mon directeur a fait enlever mon téléphone et, plus tard, il a emmagasiné des pièces détachées dans mon bureau. Au bout d'un moment, j'arrivais à peine à y entrer.
Avec le soutien de nombreux collègues et surtout des syndicalistes, j'ai tenu tête pendant un an, mais j'ai eu des périodes de dépression où j'ai dû me faire soigner par mon médecin traitant. Malgré ses tactiques, n'arrivant pas à me faire partir de mon propre gré, le directeur du personnel cherchait à savoir des éléments de ma vie personnelle. Il a demandé à un des syndicalistes qui me représentait à qui j'étais mariée, que faisait mon mari (il avait réussi avec une autre formatrice en menaçant la carrière de son mari, cadre dans l'entreprise). Apprenant que mon mari ne travaillait pas pour l'entreprise, le directeur a demandé si je n'avais pas un amant qui travaillait pour l'entreprise.

Finalement, au bout de douze mois, n'en pouvant plus, j'ai accepté un compromis : un licenciement pour cause économique avec une prime de licenciement. Je suis partie, mais je garde un goût amer d'avoir été manipulée de cette façon. Je regrettais les relations avec les collègues et l'ambiance dans les cours que je donnais. Jamais il n'a été question de mes compétences, même le directeur admettait que j'avais toujours fait du bon travail. Même aujourd'hui, je n'arrive toujours pas à y penser sans émotion. J'ai perdu une partie de ma foi dans les hommes. Et quand je pense que ceux qui ont agi ont sans doute eu des promotions ! Où est la justice ?"

"Après plus d'un an de harcèlement, un accord a été trouvé avec l'intervention des syndicats : il s'agissait que j'accepte un licenciement économique avec une prime assez conséquente. Ceci était intéressant pour l'employeur parce qu'il ouvrait la porte à d'autres licenciements économiques.
J'ai décidé de profiter de la situation pour reprendre mes études. Ensuite, après plusieurs années, j'ai passé un concours de la fonction publique et je suis titulaire d'un poste dans l'Education Nationale."

 


Madame P., secrétaire de direction.

"Cela fait un an et demi que je travaille dans la même société où je vis un véritable enfer. A longueur de journée, ce sont des insultes, remontrances, reproches qui ne vous concernent pas…

Je suis secrétaire du P.D.G., je subis ses humeurs, et même s'il n'y a pas qu'avec moi qu'il se comporte ainsi, je suis la première qui peut lui tomber sous la main. Je ne l'ai jamais vu agréable : "tout ce que vous faites est mal", il ne dira jamais "ceci est bien". Je n'ai rien à me reprocher, j'aime ce que je fais et je le fait bien, mais pour lui, rien ne lui convient. Je l'ai entendu dire un jour que je méritais des claques. Il ne traite pas son personnel comme des employés mais, selon ses propres paroles, comme "des esclaves à qui il faut mettre un boulet pour qu'ils ne bougent pas".

Quand je lui ai annoncé que j'attendais un bébé, le pire arriva. Tout était prétexte à une erreur : un stylo noir en double sur le bureau, des feuilles qui traînent, la lumière allumée, les pauses déjeuner devant s'effectuer au bureau. Depuis le début de ma grossesse, j'ai pris l'initiative de manger à l'extérieur, mais on n'a pas le droit, car Monsieur a prit l'habitude qu'il y ait une permanence.
Pour ce qui est de mes horaires, j'ai toujours fini après 18h00, heures supplémentaires ni payées, ni récupérées. Mis à part mon poste de secrétaire, j'ai récupéré le travail d'une personne qui est partie, mais rien de plus en ce qui concerne le salaire. Il allait jusqu'à chronométrer ses employés au WC et ce temps, il le déduisait des salaires.

Puisque j'allais partir en congé maternité, nous allions partir et il lui a prit un coup de sang, m'incendiant comme il ne l'avait jamais fait. J'ai quitté le bureau en larmes et n'ai pas pu reprendre le volant. J'ai bien cru que j'allais perdre mon bébé. Aujourd'hui, je suis en congé maternité, et ma seule angoisse, c'est de me dire que je vais devoir y retourner".


 


Madame S.

"Soulagée, enfin on ose parler du harcèlement moral au travail, ce mal qui vous détruit à petit feu, un peu plus chaque jour, sans savoir pourquoi et d'où ça vient. Pourquoi on n'arrive plus à communiquer sans qu'on vous renvoie : "tu te comportes en victime, arrêtes de te mettre en avant"? Enfin bref, chaque jour les mêmes accusations gratuites et toujours le même questionnement : "mais qu'est ce que je peux faire, mais qu'est ce que j'ai encore fait ?".
Toujours les mêmes insultes pour parler de moi aux collègues (sans que personne ne dise mot) : "l'autre couille, l'autre mal baisée, l'autre merde". Quoi que vous fassiez, toujours le travail de sape par derrière, aucune issue de secours existe, sauf de s'avaler un petit lexomil avant d'aller bosser pour se donner du courage.

On fait son boulot on ne sait comment, en allant puiser toute son énergie, et on part avec un grand malaise chez soi. On se retrouve toute la nuit dans son lit, on met tellement toute son attention, toute sa concentration au travail pour être irréprochable (alors que ça ne sert à rien), et lorsque vous êtes au ciné ou avec des amis, pas moyen d'être présente, vous n'avez que ça en tête, ça vous empoisonne la vie. Quel épuisement de se battre contre le vent !
Vous osez en parler au cadre supérieur, la réponse est : "arrêtes-toi quinze jours, ça ira mieux". La galère ! En ce moment, je suis en arrêt maladie suite à un accident de travail et j'ai pris la décision de changer de service et d'en parler au directeur. J'ai condensé mes écrits car je pourrais détailler et en écrire des pages sur ce que j'ai subi !"

Madame S a été mutée. Son supérieur, quant à lui, est toujours en place. Madame S a vécu cela comme une sanction et a perdu par là même en grande partie sa motivation pour son travail.

 

 


Monsieur I., Fonction publique d'Etat.


"J'ai vécu une histoire rocambolesque, inimaginable sur mon lieu de travail, et qui dure depuis huit ans. Cette affaire m'a fait souffrir moralement et je ne sais si je m'en remettrai un jour. Je sais seulement que mon médecin traitant a demandé une invalidité à 65%, imputable au service de la Direction Départementale.
Je souhaite depuis longtemps écrire cette histoire, mais à chaque fois que j'essaie, il y a blocage. Je me souviens des grandes lignes, mais les détails ont disparu. Si j'en parle à quelqu'un, d'abord il me croit difficilement et quelques souvenirs imprécis me reviennent. Je ne veux pas que cette histoire soit oubliée, car j'ai trop souffert et je souhaite qu'elle soit rendue publique, mise au grand jour.

Les grandes lignes se résument ainsi. Je suis témoin de malversations importantes et mon supérieur hiérarchique me fait comprendre de fermer les yeux. En tant que responsable du service, je refuse de signer les factures pour des travaux non réalisés.
Je reçois alors des pressions de plus en plus importantes : déplacement de ce poste pour des motifs mensongers, mise à l'écart aux archives dans des conditions d'hygiène et de sécurité dangereuses, suppression de mes rémunérations accessoires et de mes primes de rendement (dont la somme correspond en gros à 300 000frs.), refus de mes demandes de mutation, accusations de faits qui n'existent pas, blâmé pour un motif inventé, arrêt de longue durée pendant cinq ans, reprise puis blocage de ma carrière avec refus d'accéder au nouveau grade auquel je suis en droit de prétendre, pénalités de 5300frs mensuelles sur le logement de fonction qui m'avait été attribué, refus du nouveau directeur de revenir sur toutes les accusations mensongères, grève de la faim de 65 jours afin de débloquer la situation, promesses de dédommagement, dédommagement que j'attends toujours et qui m'a été promis uniquement pour me faire cesser ma grève de la faim, harcèlement permanent, mise en retraite d'office par mesure disciplinaire, refus de l'invalidité, sans ressources pendant un an, agression par une personne du service envoyée par le directeur pour me faire partir plus vite du logement de fonction, etc, etc…
J'en oublie sûrement.

Six plaintes ont été déposées au Tribunal Administratif et de Grande Instance par mes soins et sur les conseils d'un avocat qui s'est avéré véreux par la suite. Le procureur m'a affirmé qu'il s'agissait bien de faits délictueux. Dernièrement, une plainte a été déposée à Paris.
Cette affaire, connue des médias, a fait grand bruit mais n'a jamais pu sortir du département. J'ai quitté ce charmant pays avec un endettement de 165000fr et inscrit à la commission de surendettement. Bien entendu, d'autres affaires se sont greffées sur celle-là. J'ai compté plusieurs millions de détournement."

Aujourd'hui, Monsieur I a gagné deux des cinq recours qu'il a déposé au Tribunal Administratif, trois sont encore en appel. Il reste néanmoins dans une situation financière difficile en raison de la suppression des primes, des honoraires et des frais divers que lui devaient l'administration. Si, sur le plan de sa santé, Monsieur I reconnaît être moins dépressif, la COTOREP l'a pourtant reconnu invalide à 60 %.

 


Madame C., cadre dans une entreprise privée.

"Cadre dans une entreprise et recrutée sur mes compétences pour un premier emploi il y a quatre ans, j'ai été licenciée en moins de trois semaines il y a deux ans pour faute grave, me privant ainsi de toutes indemnités après avoir vécu un harcèlement de huit mois. J'aurais dû sans doute démissionner, mais je ne me sentais pas coupable, aucune faute professionnelle ne m'ayant été reprochée, mais des fautes de personnalité, de comportement, d'une longueur de quatre pages. J'ai dénoncé le solde de tout compte et réclamé des dommages et intérêts par lettres recommandées. Entre temps, j'ai demandé les conseils d'un avocat et me suis syndiquée, mais je n'ai pas eu la force d'attaquer aux prud'hommes en période de chômage d'une durée de quatorze mois. Je viens de retrouver un emploi et j'ai bien des difficultés à reprendre confiance en moi, à retrouver le dynamisme qui m'animait… et pourtant, il faut bien que je me réinvestisse."

Après trois ans, Madame C s'est peu à peu rétablie. "J'espère que mon témoignage rassurera certaines personnes qui ont vécu une situation similaire, non dans le contenu mais dans le contenant ; qu'elles se rassurent, elles ne sont pas seules. Il faut savoir que cela existe ! Et qu'elles gardent espoir d'une application juste de cette nouvelle loi. Il faut aussi espérer que celle-ci permette d'aider de vraies victimes."

 


Madame L., employée dans un service de communication
d'une administration.

"J'ai travaillé pendant sept ans dans le service public. Tout allait bien, jusqu'au jour où une nouvelle est arrivée, pleine d'ambition et de prétention. Ce qui n'est pas, à mon avis, un défaut. Arriviste jusqu'au bout des ongles, la jalousie a commencé à prendre le dessus. Jalouse de n'être pas au premier plan, jalouse que les gens ne viennent pas la voir elle, jalouse de ne pas avoir de fonction de cadre. J'ai pris les choses à légère.
Sept ans dans un service de communication m'ont appris à adopter une attitude très "commerciale"et très sobre en n'importe quelle circonstance. Pour moi, c'était évident, j'avais à faire au "syndrome du débutant"qui consiste à vouloir prouver tellement de choses qu'on en oublie le respect, les convenances. Mais j'ai omis une chose importante : une personne jalouse n'oublie jamais et est capable de tout ! Je suis donc devenue naturellement au fil du temps la "femme à abattre".

Après quelques dévaluations en public, humiliations, elle est parvenue à trouver quelques complices… Quelques séductions lui ont suffit afin de mettre dans sa poche le supérieur hiérarchique. Elle est passée dès lors cadre et son nouveau pouvoir allait être utilisé d'une manière diabolique. Mon lot quotidien à partir de cet instant allait se transformer en enfer : demandes d'explications sur demandes d'explication allait être mon travail journalier. Pour un oui ou pour un non, j'étais convoquée à longueur de journée afin, je pense, de provoquer une action négative de ma part. J'ai tout tenter afin de faire tomber la pression. Mais ma résistance allait entraîner une guerre sans merci. Enquêtes administratives, ordres, contrordres, heures supplémentaires, provocations, humiliations, agressions physiques !
Je n'ai pas eu le courage de porter plainte après l'agression car j'avais peur d'être obligée de changer de boulot. J'ai commencé à avoir des problèmes de santé, des difficultés à trouver le sommeil, des difficultés à manger, difficile de ne pas trembler. Et pourquoi les collègues ne bougent-ils pas ?

Mais dehors, il y a le chômage, alors il faut tenir ! Jusqu'au jour où j'ai été convoquée pour apprendre que j'allais être licenciée. Aucun motif d'avancé. Les brimades ont continué jusqu'à ce que je craque, que je démissionne, que je fasse ce que je veux pourvu que je dégage ! Ça a duré presque dix mois.
Après m'avoir fait soutenir par les syndicats, rien n'a pu empêcher mon licenciement. J'ai vécu ça à la fois comme une profonde injustice et comme une délivrance. Pour moi, tout allait enfin s'arrêter, je pouvais de nouveau réapprendre à vivre. Mais il me sera très difficile de continuer à croire en l'être humain. Après de longues périodes de cauchemar, d'attitude défensive, j'ai récupéré tant bien que mal.
Comment expliquer par des mots ce qu'on peut ressentir en pareille circonstance ? Un mal qui ne se voit pas mais qui est là, au fond de vous… Comment expliquer qu'on n'a plus l'impression d'être un être humain mais un objet cassable et jetable ?

Elle continue son balayage, un collègue a fait une tentative de suicide. Combien de morts physiques et moraux faudra-t-il pour que la France fasse enfin quelque chose contre ces méthodes barbares et inhumaines ? Et les droits de l'homme ? Et la dignité ? Et le respect ? Est-il normal de dépenser son argent en justice pour retrouver son honneur et sa dignité ? N'est ce pas un droit légitime ? Est-il normal que ces crimes restent impunis ? Un employeur n'est-il pas là pour protéger ses salariés ? Les obligations de l'employeur ne devraient-ils pas être revus d'une manière stricte ?"

L'employeur de Madame L a été condamné pour licenciement abusif. "Même si la reconnaissance de la justice permet un soulagement intense (car l'honneur est sauf), il faut néanmoins tout reconstruire, tant sur le plan humain que professionnel. Et là, l'amertume est profonde. Il y a la peur de retomber sur un cas identique, car le harcèlement laisse des traces profondes. Je sais que je ne supporterai pas deux fois une situation pareille. La justice est trop longue, car on ne peut pas s'en sortir tant qu'on est plongé dans le contexte".
Madame L est aujourd'hui encore au chômage.

 


Madame P., employée dans un supermarché.

"Pour ma part, je me sens un peu perdue et je ne sais plus trop que faire. J'ai commencé à travailler dans un supermarché le 12 juillet en vérité, mais le 13 juillet selon le contrat de travail.
Les harcèlements dont j'ai été victime m'ont conduite à faire une dépression. Je suis en congé maladie depuis trois mois, et finalement, j'ai fini par poser ma démission, ce qui me place dans une situation précaire puisque je perds tous mes avantages. Seul agrément, je me sens un peu plus libre et je suis soulagée de ne plus avoir à y travailler. Il ne me reste plus qu'à aller chercher les documents relatifs à ma démission, entre autre un chèque de solde de tout compte et de congés payés. Bien qu'ayant besoin de cet argent, je ne me sens pas encore le courage et je ne sais plus que faire.

Pour vous donner un aperçu, ils m'ont offert un déodorant prétendant que je sentais mauvais, puis, pendant au moins deux ou trois jours, si ce n'est plus, chaque fois que le directeur croisait mon chemin ou passait près de moi, il se bouchait le nez en faisant la grimace devant clients et collègues. Par ailleurs, chaque fois que je lui adressais la parole, il répétait mes phrases en faisant une petite voix ridicule.
Un jour, pour Noël, le patron avait un cadeau à faire, il a demandé au directeur de faire faire un paquet cadeau, il s'est adressé à moi me demandant d'empaqueter une caisse de six bouteilles de vin avec un papier trop petit, il m'a regardé faire avec le patron, une fois le travail achevé, le patron est arrivé sur moi, m'a bousculée et s'adressant au directeur (il est bien trop déshonorant de parler aux employées, même pour répondre à leur bonjour), il a dit "évidemment, si vous faites faire ça à n'importe qui… regardez-moi ça"et il a tout arraché en me marchant sur les pieds et en rajoutant d'un air méprisant "c'est du n'importe quoi… pfff…une incapable".

Une autre fois, j'ai dû passer tout le supermarché à la serpillière, juste avant l'arrivée de la femme de ménage, car un bidon de lessive avait éclaté, et bien sûr les gens ayant marché là où j'avais lavé, j'ai encore une fois prouvé mon incapacité à faire les choses correctement. Et puis, c'est une multitude de petites réflexions qui paraissent anodines et qui, à la longue, deviennent très difficiles à supporter.
J'ai vu des filles partir en pleurant, ce qui m'est d'ailleurs arrivé aussi, je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas. En moins d'un an, j'ai vu plusieurs employés arriver dans l'entreprise et démissionner très vite ; d'autres sont ou ont été en congés maladies, dont la plupart pour dépression."




Madame N., employée administrative dans une Association.


Je souhaite apporter mon témoignage, en espérant qu'il puisse vous être utile dans l'action de votre association.
Si je vous écris ce jour, c'est aussi parce que j'espère que ça va me soulager, car les souvenirs m'envahissent encore par moments, oppressants, dans la journée ou dans la nuit, entraînant des rêves désagréables.

Cependant, les mots me viennent difficilement et je les cherche, car je suis partagée entre le fait de vouloir oublier ce passage de ma vie, faire comme s'il n'avait pas existé, et la volonté de dévoiler au grand jour la violence morale que ma chef m'a fait subir en entraînant avec elle les deux autres collègues féminines. Cela a commencé en novembre 2001.

Aujourd'hui encore, je ne comprends pas et je reste marquée par la haine et la méchanceté gratuites dont elles ont fait et continuent à faire preuve à mon égard. En effet, sans doute ai-je commis quelques maladresses, mais il est certain que je n'ai rien fait pour mériter un tel acharnement de leur part ni un tel ressentiment.

Je vais tenter de vous expliquer comment cela a débuté. Je travaille dans cette association depuis mars 2001, en tant qu'employée administrative à temps partiel. Les débuts se sont très bien passés, si ce n'est que l'enthousiasme de ma chef me semblait démesuré et cela m'inquiétait un peu : elle trouvait que tout ce que je faisais était formidable. Par contre, un peu plus tard, elle désapprouvait totalement tout ce que faisait notre seul collège masculin (R.)embauché deux mois après. Les deux autres collègues féminines de ma chef étaient toujours d'accord avec elle, donc l'une me disait qu'elle ne pouvait pas supporter notre collègue masculin ! Moi, j'ai tenté de rester objective et un jour j'ai suggéré à notre chef que ce n'était peut-être pas facile pour un homme de travailler seul avec des femmes. Elle a reconnu plus tard qu'il lui avait confirmé cet état de fait. Par la suite, je n'ai jamais caché ma sympathie pour lui. Quand je constatais la façon dont notre chef le traitait, je lui demandais comment il faisait pour tenir le coup ; il me répondait que pour lui, ce qui compte, ce sont ses enfants et sa femme, sa vie privée ; le travail, ça compte juste pour le salaire.

Vers la fin du mois d'octobre 2001, notre chef était en congé durant une semaine. Par la poste, nous est parvenu un courrier de la Mairie adressé au Président de notre association. Il s'agissait d'une invitation. Je la lui ai transmise. Le lundi matin suivant, notre chef reprend le travail et reçoit un appel du Président de l'association. Celui-ci est surpris, car cette invitation fait allusion à d'autres lettres qu'il n'a pas reçues. Je sens la tension chez notre chef lorsqu'elle me regarde.
Elle s'en sort dans la discussion avec le Président, lui trouvant des explications qui semblent le satisfaire. Après avoir raccroché, elle me dit vivement qu'il ne faut pas transmettre les lettres comme ça au Président, qu'il faut d'abord passer par elle ; en effet, elle trie ce qu'elle veut bien lui transmettre, gardant sous silence ce qui l'arrange, elle, car elle ne souhaite pas qu'il soit présent partout ! Et je dois me faire à cette pratique. Je lui dis quand-même que ce n'est pas évident pour moi, car logiquement, il est le supérieur hiérarchique de tous les services de l'association. Elle me répond que c'est un vieil homme qui est imbu de lui-même et n'a aucune notion des priorités, que pour lui, c'est toujours "lui d'abord" et que donc, on ne peut pas l'écouter et qu'il vaut mieux le tenir à l'écart, sinon il ne nous lâche plus.
Du coup, je ressens un malaise et réalise que j'ai du mal à trouver mes repères dans ce service.
C'est à partir de ce jour que le comportement de la chef a changé envers moi.

Elle a commencé dès lors à critiquer tout ce que je faisais, à me reprocher de ne pas faire des choses que jusqu'à présent elle avait toujours voulu faire elle-même (par exemple l'achat des timbres et des fournitures), à me reprocher de mal répondre au téléphone (alors que jusqu'à présent, c'était parfait).


Peu après, un jour de décembre, sous la pression des ordres contradictoires de la chef, j'ai craqué et ma chef m'a vue pleurer. Je lui ai dit que j'avais l'impression que tout ce que je faisais était mal. Alors elle m'a fait venir à l'écart des autres, dans un bureau.

Là, surprise : elle a commencé à me dire qu'on allait parler du problème de R. Je l'ai regardée et lui ai répondu : "je n'ai aucun problème avec R.". Il y a eu un silence durant lequel nous nous sommes regardées. J'ai senti que je m'étais "grillée" en prenant la défense de R. Du coup, la chef est revenue sur le sujet de départ et je lui ai dit que je ressentais un malaise depuis cette fameuse lettre transmise au Président. Elle ma dit que c'était très grave, cette faute que j'ai commise et qu'à cause de moi, le Directeur lui avait téléphoné jusque chez elle pour "l'engueuler". J'ai insisté sur le fait que pour moi, il ne s'agissait pas d'une faute, que partout où j'avais travaillé jusqu'à présent, je devais respecter la hiérarchie dans l'ordre, du plus élevé au moins élevé.
Sur l'instant, cet entretien m'avait semblé satisfaisant ; mais après ce jour, l'attitude de ma chef n'a fait qu'empirer.

A partir du mois de janvier 2002, la chef a commencé certains jours à venir avant 8h00 (alors que toutes les trois et R. commencent officiellement à 9h00). Elle était donc là lorsque j'arrivais et répondait sèchement à mon bonjour. Nous étions donc seules. Là, elle commençait à me faire des reproches totalement non fondés, ajoutant que "les filles" se plaignaient de moi, qu'elles avaient dit ceci ou cela et que moi je leur aurais dit ceci ou cela ! Je tentais de me défendre, mais ensuite elle gardait un silence buté face à mes arguments.
Une fois, alors que je n'avais pas dit un mot, elle se met à prendre la défense de notre directeur, me disant qu'elle ne me laisserait pas dire du mal de lui, que c'est un homme bien, que je n'ai pas le droit de le critiquer ! Je lui ai répondu, très surprise, que je n'avais jamais rien dit à son sujet, d'autant que je le connaissais peu ; mais elle a continué de la même façon à le défendre, comme si ce que je disais ne comptait pas. Avec effroi, je lui ai demandé si elle n'avait pas été raconté ça au directeur ; pour réponse, elle a serré les lèvres en un sourire pervers.
Quand mes deux collègues arrivaient, elles me voyaient défaite, mais ne disaient rien et discutaient comme si de rien n'était avec la chef. Elles me parlaient de moins en moins.

Deux fois, j'ai essayé durant la pause-café d'aborder le sujet directement avec elles trois, pour savoir si elles avaient vraiment des choses à dire à mon sujet. Je leur ai dit qu'en en discutant, je pouvais voir ce que je pouvais faire au mieux. Elles m'ont répondu très méchamment et se sont complètement montées contre moi. La chef m'a regardée avec un sourire ravi et méchant, elle jubilait !

L'après-midi même, en larmes chez moi, j'ai consulté l'annuaire et appelé au hasard une psychothérapeute qui m'a donné rendez-vous d'urgence. C'était le 4 avril 2002. J'avais perdu confiance en moi et je croyais que tout était de ma faute, que j'avais provoqué cette situation, que je ne savais pas gérer les conflits, que quelque chose en moi attirait la haine.

Cette psychothérapeute m'a expliqué que je suis visiblement une personne consciencieuse, qui aime son travail et a le souci de bien faire. Le problème, c'est que je veux trop bien faire et que je m'écrase trop, et je me fais "manger". Ce qui fait que mes collègues ne me pardonnent ensuite pas la moindre de mes erreurs et surtout ne tolèrent pas que je puisse m'affirmer un jour, comme je l'ai fait en prenant la défense de R.

Nous avons donc décidé de travailler sur l'affirmation de soi, afin que pour mon prochain emploi, je puisse poser mes marques dès le départ et "ne plus me faire manger".
Cette psychothérapie, toujours en cours, m'a beaucoup aidée.

Cependant, ma situation au travail ne s'arrangeait pas du tout. Mon médecin m'a prescrit des antidépresseurs et mise en arrêt de travail durant un mois. Lorsque j'ai repris, les trois femmes sont arrivées l'une après l'autre, chacune à son tour a dit froidement bonjour sans me regarder, aucune ne m'a adressé la parole, même pas pour me demander comment j'allais.
Quand je préparais le café, personne n'en buvait, elles prenaient toutes les trois du thé. Quand je me joignais à elles, la chef se levait et disait "allez, au travail" et mes collègues se levaient pour la suivre. Je buvais mon café seule.
Dans le même temps, on ne me donnait plus de travail écrit, mais uniquement de la saisie informatique, des photocopies et des envois de courrier. La chef me notait des reproches totalement injustifiés dans le cahier de messages après mon départ, pour que je les découvre le lendemain matin à mon arrivée.
Un jour, la chef a été jusqu'à prétendre que je refusais de travailler !
L'après-midi, durant mon absence, mes affaires personnelles étaient déplacées (un calendrier en relief que m'avait donné mon mari était mis soit dans la salle d'attente, soit dans une corbeille et écrasé sous des dossiers, et a fini par disparaître durant mon arrêt-maladie, un dessin de mon fils était arraché du mur pour être mis sous le bureau, mes stylos disparaissaient, mes notes aussi).

Lorsque j'en ai fait la remarque, devant le directeur, on m'a répondu que je n'avais pas à ramener d'affaires personnelles au bureau ! Avec le silence du directeur...

La chef me parlait sur un ton méprisant, me jetait les dossiers sur le bureau. Celle-ci et l'une de mes collègues ont déplacé leur bureau de sorte qu'elles ne pouvaient plus me voir, l'autre collègue fermait sa porte lorsque nous étions seules. Lorsque j'annonçais les noms des personnes avec qui la chef avait rendez-vous, elle faisait semblant de ne pas connaître ces noms, comme si je les avais mal compris : je prenais pourtant la précaution de vérifier sur papier, car je précise que je porte des prothèses auditives et je ne peux donc pas suffisamment me faire confiance à ce sujet. La chef en jouait.


Après de multiples brimades et lorsque j'ai compris que ces femmes m'avaient prise pour souffre-douleur et n'avaient pas l'intention de s'arrêter, et surtout que le directeur refusait de voir l'ampleur du problème, j'ai pris rendez-vous avec le médecin du travail, afin de dénoncer le comportement de mes collèges. J'avais en effet mis un nom sur ce que je subissais : HARCELEMENT MORAL.

Je suis très reconnaissante envers ce médecin qui m'a écoutée avec attention et m'a prise très au sérieux. Dès lors, sa volonté a été de me sortir de ce cauchemar. Elle m'a mise en inaptitude provisoire pour le poste que j'occupe actuellement. J'ai rendez-vous avec elle fin septembre 2002, date à laquelle je devrais reprendre le travail, mais elle va me mettre en inaptitude définitive. Mon employeur sera ainsi obligé de me licencier.

Mon tort, semble-t-il, est d'avoir été trop timide et d'être trop restée à l'écart. Plusieurs fois, quand je les ai interrogées sur ce qu'elles avaient à me reprocher, il n'y avait rien au niveau du travail ; par contre, elles m'ont reproché de ne pas boire le café avec elles et de ne pas " oser " partir à l'heure à midi mais souvent quelques minutes après !


Aujourd'hui même, au moment où j'écris ces dernières lignes, nous sommes le jeudi 19 septembre 2002 après-midi. Ce matin, j'ai rencontré pour un dernier entretien le médecin du travail. Elle m'a mise en inaptitude définitive à l'association qui m'emploie. Mon employeur a un délai d'un mois pour me licencier. Ma galère professionnelle est presque finie. J'en suis soulagée, mais pourtant loin d'être joyeuse. En réalité, j'ai un sentiment profond de dégoût : dégoût d'en être arrivée là alors que je ne demandais qu'à faire mon travail de mon mieux ; dégoût de la passivité des collègues, du directeur qui n'a pas voulu comprendre avant qu'il ne soit trop tard. Je suis sûre que si ce directeur avait bien voulu m'écouter réellement dès le début, me prendre au sérieux et intervenir immédiatement, par de simples mots, la situation n'aurait pas autant dégénéré : les trois femmes se sont senties fortes, dans leur impunité, autorisées à aller toujours plus loin, jusqu'à ce que j'en tombe malade sous les yeux de mes enfants qui ne comprennent pas tant de haine.


Aujourd'hui, je dois lutter contre ces sentiments qui m'envahissent, à tort je le sais : en effet, c'est étrange, mais je m'en veux que cela me soit arrivé et j'en ai honte, car je n'ai pas su éviter cette situation et au final, c'est moi qui perds mon emploi. La meneuse du groupe, garde son emploi, est toujours chef et est membre du conseil municipal de la ville où elle demeure !

Mais maintenant, je dois me tourner uniquement vers l'avenir, avec heureusement tout le soutien de mon mari, de mes enfants, de mes parents. Je n'ai plus du tout envie de chercher un autre employeur, je n'ai actuellement plus confiance du tout. Je vais me lancer dans le travail à domicile, à mon propre compte. Heureusement, je crois toujours en la qualité de mon travail et je veux en faire bénéficier directement la clientèle que je vais chercher à me constituer.

Comme je le pensais au début, lorsque je me suis décidée à écrire mon témoignage, cela me fait du bien de mettre des mots et un peu d'ordre dans ce qui s'est passé depuis ces dix derniers mois. Je vous remercie de m'avoir lue jusqu'au bout.



Madame Z., technico-commerciale.



J'étais embauchée en septembre 2000 chez mon actuel employeur en tant que cadre technico-commercial pour vendre des pièces de rechange pour des machines spécifiques.
Je suis d'origine algérienne ; j'ai fais mes études secondaires et supérieures à Alger dans le domaine de la chimie industrielle, dans un institut de pétrochimie.
En plus de mes études, j'ai fait 10 ans d'industrie lourde en Algérie en tant qu'ingénieur d'affaire, jusqu'en 1995 où la vie est devenue impossible; je m'installe avec mes deux enfants en France et je n'ai jamais chômé depuis.
La base de mon embauche dans cette société était parfaitement claire : assister le directeur des ventes Afrique dans la vente en tant que sédentaire avec un programme de déplacement chez la clientèle, ce pour quoi j'étais parfaitement partante. Jusque là tout me semblait cohérent et faisable avec un accompagnement de formation sur les produits.
Je déménage à mes frais de Metz, je m'installe à Strasbourg avec mes enfants.

Je démarre le 1er septembre 2000. Le 02 je suis partie à Vienne pour une formation intensive d'une semaine ; super, c'était la mise dans le bain.
Je reviens, mon PDG a délégué une personne du service commercial pour m'encadrer pendant 4 mois le temps de reprendre en main les affaires.

Première chose qui m'interroge : le directeur Afrique ne me confie que du travail de secrétariat pur et dur; alors que mon job dans ma tête c'est de participer pleinement au développement de la clientèle Afrique en profitant de ma position et de mon passif professionnel et personnel.
Pas moyen ; le directeur Afrique n'a aucune intention de former quiconque ni de me donner d'autre tâches que du classement ou bien de la saisie.

En janvier 2001 je rencontre le PDG, je lui demande des explications. Il ne veut rien savoir, des réponses vagues telles que je devrais un peu prendre le directeur Afrique par le cœur et essayer de suivre son rythme sans broncher. Par contre, tous les soirs, à partir de 18h30, il débarque dans notre bureau pour me bourrer le crâne en disant que je suis tenue par un chiffre et je suis embauchée pour cela.
Je pige le truc et pour m'éclater dans mon travail, je démarre toute seule de façon à reprendre les clients et développer le chiffre. Ca se passe très bien, un répondant super par l'Afrique surtout l'Algérie.
Moralement, je n'ai pu tenir que comme cela. Je terminais d'abord le boulot de secrétariat et après seulement je faisais mon boulot de commercial, donc des horaires pas possible mais jusque là j'ai assumé.
Le PDG était très content, pas de moi, mais de sa stratégie. Il obtenait un chiffre rêvé surtout pour l'Afrique, le directeur Afrique aussi puisque cela se répercutait directement sur la commission qu'il touchait en plus de son salaire.
Donc tout le monde est beau, tout le monde est content.

Après les emmerdes et la pression ont commencé. La personne qui m'a encadré me reproche tous les matins que son aide n'a pas été reconnue comme il l'aurait souhaité ; que sa femme est allemande, elle est très belle mais très frigide et en tant que femme du sud arabe soumise et en plus seule je pourrais tout de même lui rendre la monnaie ?!
J'ai subi ça pendant 6 mois. Après, quand il a vu que je ne donnais pas suite, et connaissant ma
situation d'isolement en Alsace il a commencé à me mettre la pression en sous-entendant que le PDG m'avait prise comme cible pour un licenciement et que lui m'offrait encore ses généreux services pour m'aider à me défendre.
Donc ce collègue a été chargé officiellement d'une mission pour m'encadrer et il ne s'est pas gêné pour me harceler en me demander une récompense en nature. Il n'était pas question pour moi que je lui demande un quelconque service en dehors du travail. Il a accentué sa pression pendant quelques mois avec même des appels téléphoniques à la maison.
Après c'était l'horreur au travail, je partageais mon bureau avec un monstre qui a coupé toute
collaboration sinon de me laisser ouvertement entendre que je reviendrai toujours vers lui.

Malheureusement, aujourd'hui, je me trouve complètement vidée, harcelée, dans une situation de faillite morale et matérielle.
Le médecin du travail connaît de A à Z mon dossier, elle est scandalisée par le traitement qu'on m'inflige.

J'ai pu dénoncer le harcèlement sexuel et moral que je subissais de mon collègue à la direction ; ils ont pris une mesure et l'ont changé de bureau, mais aujourd'hui je suis harcelée par la direction qui me demande de classer cette affaire en disant que ce n'était q'une petite querelle de bureau et que tout va pour le mieux.

C'est une question d'intégrité morale et physique à laquelle je suis confrontée. Je suis en maladie depuis qu'il m'ont demandé de revenir sur mes paroles.
Le week-end précédent, j'ai craqué et ai commis l'irréparable : j'ai avalé un demi flacon de médicament très fort. Mon fils de 13 ans a eu le bon réflexe, il a appelé le Samu. Il y a eu 10 heures de trou noir dans ma tête où je ne me rappelle de rien.
Maintenant mon médecin m'a prolongé en arrêt, mais jusqu'à quand ?
C'est lourd pour moi et pour mes enfants, c'est extrêmement lourd.

 



Madame C. assistante dans un Service Financier

J'ai intégré cette société en avril 2001. Le poste proposé, au Service Trésorerie, était un poste de rêve, avec évolution garantie et rapide, avec responsabilités, autonomie, etc…
Quelques mois plus tard, je suis tombée enceinte. J'en fus la première surprise, car ce n'était pas du tout programmé. Mais, mon responsable hiérarchique, qui n'y a jamais cru, a très mal accueilli la nouvelle. Puis ma grossesse s'est compliquée : j'ai fait une menace de fausse couche, et j'ai dû m'arrêter trois semaines. Mon responsable m'a sévèrement reproché cette absence, alors même que je me trouvais chez moi en arrêt maladie.

A mon retour, certaines de mes responsabilités et la formation que j'avais entamées, m'avaient été retirées. Au fur et à mesure que le temps passait, ma grossesse s'annonçait vraiment très mal : j'avais 30 à 40 contractions par jour et je souffrais énormément en me déplaçant, ou pas d'ailleurs. Lorsque j'ai pris la décision d'arrêter de travailler pour mener à bien ma grossesse et sauver mon bébé, mon chef m'en a voulu à mort. Il a essayé de me faire accuser d'abandon de poste auprès du Service Administration du Personnel, et m'a fait envoyer un courrier en recommandé me reprochant mon départ, sous-entendant qu'il n'en connaissait pas les raisons et qu'il n'en avait pas été averti.
Choquée, outrée, blessée, avec un sentiment de trahison, car je l'avais bien informé que mon médecin ne me permettrait pas de revenir, j'ai décroché mon téléphone ce jour-là pour informer ma société de la réalité de la situation. Vraisemblablement, les choses ne leur avaient pas été présentées de cette façon-là. On m'a alors répondu de ne plus me soucier de rien, de me concentrer sur mon bébé, ce qui était bien la seule chose que je voulais faire à ce moment-là. J'ai eu nombres de complications malgré tout, mais mon fils est né (avec 2 semaines d'avance) et se porte à merveille (Dieu soit loué !) depuis le premier jour.
Avant mon retour de congé maternité, j'ai adressé un mail à l'Administration du Personnel de mon entreprise, leur spécifiant que je souhaitais bénéficier d'une mutation interne, que je ne voulais plus travailler avec mon responsable. J'ai été reçue par la Chargée de Recrutement qui m'a fait savoir que rien pour l'instant ne se présentait. J'ai donc dû reprendre ma place, en août dernier.
Pendant plusieurs semaines, mon responsable a joué au jeu de : " on fait comme si rien ne s'était jamais passé ". Notre relation prenait une tournure normale, voire amicale. J'ai repris peu à peu espoir, puis confiance. Au cours d'un entretien, il m'a dit vouloir tout effacer et tout reprendre à zéro. Mais nombre de mes tâches avaient disparues, et je ne faisais pratiquement plus que du secrétariat. Soulevant la question, il m'a dit qu'il était encore trop tôt pour revoir mes attributions en matière de Trésorerie, et qu'il préférait attendre de voir comment les choses se passeraient. Ne voulant pas brusquer les choses, j'ai accepté sa réponse. Ce n'est que lors de mon entretien annuel avec lui en novembre dernier, que j'ai réalisé qu'il s'était comporté en véritable hypocrite, et qu'il n'avait jamais perdu de vue l'épisode de ma grossesse et ma longue absence due à celle-ci.

Il m'a attaqué professionnellement : a critiqué mon travail et mon professionnalisme de façon totalement non objective, a reporté sur le rapport, des remarques non fondées que d'autres membres de l'établissement, avec qui je ne travaille même pas directement, lui avaient faites. Il m'a accusé injustement, faussement d'avoir " connu un passage à vide, peut-être dû à ma grossesse, et des sautes d'humeur inadmissibles ". Il a aussi ajouté que mon attitude avait choqué l'équipe et que je devais regagner la confiance de tous.
J'ai compris alors qu'il était fermement décidé à se venger. J'ai appris aussi plus tard qu'il avait déjà prévu la personne qu'il mettrait à ma place dès qu'il se serait débarrassé de moi.
Suite à cet entretien annuel, j'ai rencontré, sur l'initiative de mon chef, sans même qu'il m'en demande mon avis, le DRH qui fait aussi office de chef d'établissement, puis la responsable hiérarchique directe de mon chef, Directrice Financière. Aucun d'eux n'a réussi à m'intimider, et à me faire retirer les commentaires que j'avais inscris sur le rapport d'entretien concernant mon responsable, qui l'incriminaient sérieusement, objectivement et surtout en toute véracité. On m'a alors promis de me déplacer le plus rapidement possible dans un autre service. C'était il y deux mois !

Mes conditions de travail, qui se sont dégradées au plus haut point au fil de ces mois, me sont aujourd'hui devenues tout simplement insupportables. Mes collègues de bureau ne réagissent pas ou peu. Ils font semblant d'ignorer le problème. Ils ne m'adressent que brièvement la parole, surtout en présence de notre responsable.
J'ai dû me mettre en arrêt de travail entre le 10/01/2003 et le 26/01/2003 inclus, suite à une attaque humiliante que mon chef m'avait fait subir en public.
A mon retour, le lundi 27/01/2003, après m'avoir sobrement salué, on m'a carrément snobée. Mon bureau était dans un désordre déguisé, et mes affaires personnelles (les photos de mes enfants et quelques bibelots) avaient été virées vulgairement dans un tiroir.
J'ai littéralement craqué lorsque mon chef, après m'avoir rappelé qu'on me contacterait bientôt pour un autre poste, m'a fait en public la réflexion suivante : " Si chaque fois que je vous parle, vous vous mettez en arrêt maladie, c'est pas ça qui fera avancer les choses ! "

J'ai foncé dans le bureau de la déléguée syndicale que j'avais mis au courant de la situation après l'entretien annuel. Elle a fait intervenir le DRH France de l'entreprise, qui n'y a pas été de main morte avec moi. Il a bien entendu pris position pour mon chef, mais surtout il l'a fait passer pour la malheureuse victime d'un horrible complot orchestré par moi.
J'ai ramassé toutes mes affaires et je suis partie. Je suis de nouveau en arrêt de travail et ce jusqu'au 06/02/2003 inclus.

J'ai décidé de me battre pour justice soit faite, et je demande réparation pour le préjudice que cet homme me fait subir depuis près d'un an et demi.
Aujourd'hui, je suis en pleine bataille, et j'encourage toutes les personnes victimes de ce type d'individus à faire de même.
Je vous tiendrais au courant.

 


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