| Qu'est-ce
que le harcèlement moral ? |
Isoler quelqu'un, refuser
toute communication, ne pas lui transmettre de consignes,
multiplier les brimades, ne pas lui donner de travail ou un
travail humiliant, au contraire, lui donner trop de travail
ou un travail largement au dessus de ses compétences
etc... les cas de figure sont infinis.
Le harcèlement moral au travail (ou mobbing) a certes
toujours existé. Mais les récentes évolutions
de ce phénomène dans les 3 à 4 dernières
années en France, évolutions dont nous avons
été témoins dans nos pratiques réciproques
(médecins du travail, psychologues du travail, juristes...)
nous ont incités à créer, en Février
1997, l'Association Mots pour Maux au Travail.
Depuis, le harcèlement
moral est devenu un thème d'actualité et on
doit au livre de Marie France Hirigoyen d'avoir, à
travers la description et la nomination de ce phénomène,
déclenché une prise de parole publique et collective
sur la souffrance au travail.
Il ne s'agit pas selon nous
d'un simple effet médiatique, mais plutôt d'un
événement social que nous sentions poindre depuis
un certain temps : on assiste à l'expression soudaine
d'une souffrance qui était tue jusqu'à maintenant.
En ces temps de chômage, ceux qui avaient un emploi
éprouvaient en effet quelques scrupules à se
plaindre.
Mais il est clair que si
le harcèlement moral est une des formes de la souffrance
au travail, toute souffrance au travail n'est cependant pas
du harcèlement moral. C'est pourquoi il nous a paru
nécessaire de le définir.
Nous définissons
le harcèlement moral comme un ensemble de conduites
et de pratiques qui se caractérisent par la systématisation,
la durée et la répétition d'atteintes
à la personne ou à la personnalité, par
tous les moyens relatifs au travail, ses relations, son organisation,
ses contenus, ses conditions, ses outils, en les détournant
de leur finalité, infligeant ainsi, consciemment ou
inconsciemment, une souffrance intense afin de nuire, d'éliminer,
voire de détruire. Il peut s'exercer entre hiérarchiques
et subordonnés, de façon descendante ou remontante,
mais aussi entre collègues, de façon latérale.
Le harcèlement moral
se différencie des autres formes de pression au travail
en ce sens que ce qui est visé n'est pas l'accomplissement
d'un tâche, accomplissement qui s'accompagne obligatoirement
d'une contrainte, parfois même d'une forme de coercition,
voire de violence (comme dans le management par le stress
par exemple).
Ce qui est visé c'est la personne. En effet, si on
admet que la finalité collective du travail est la
production commune d'un bien ou d'un service par la contribution
de chacun, on peut dire que contrairement aux autres formes
de pressions au travail, le harcèlement moral ne participe
pas à cette finalité. La tâche à
accomplir n'a aucun intérêt en soi, elle n'est
considérée que comme le moyen d'atteindre la
personne qui l'accomplit. Les pratiques de harcèlement
moral se caractérisent donc par une forme de manipulation
du travail, de détournement du travail par rapport
à ses buts initiaux.
Il faut en outre distinguer
les situations conflictuelles où peuvent se multiplier
les agressions et les insultes, des situations de harcèlement
où le stade de l'expression, aussi violente soit-elle,
d'un désaccord est dépassé pour en arriver
à des conduites visant l'élimination de l'autre.
Il convient par ailleurs
de souligner deux aspects importants :
· le harcèlement
moral au travail ne peut pas être analysé comme
un simple avatar de la relation entre deux personnes (comme
on peut le faire pour le couple) puisqu'il se produit au travail
et qu'il y a nécessairement des tiers. C'est justement
le rôle de ces tiers, du collectif qui sera déterminant
dans la mesure où il remplira ou pas une fonction d'interposition.
C'est entre autres la passivité des collègues
ou l'absence de collectif structuré qui permettent
que se mette en place le harcèlement moral. Sur ce
sujet, les thèses de Ch. DEJOURS, notamment dans Souffrance
en France", sont particulièrement éclairantes.
· la deuxième remarque porte sur le fait qu'on
ne peut pas écarter, dans la réflexion sur le
harcèlement moral, la dimension de la perversion. Elle
s'impose. Cependant, il convient là aussi de la resituer
dans sa dimension collective. On ne peut pas écarter
l'hypothèse du pervers narcissique -il est clair, et
on le constate, que les particularités de la structure
de personnalité de certains, surtout lorsqu'ils occupent
des postes de pouvoir, sont à l'origine de cas de harcèlement
moral.
Il faut cependant se garder de généraliser cette
hypothèse. En effet, il se peut également qu'en
dehors d'une structure de personnalité particulière,
se mettent en place des positions subjectives perverses chez
tout un chacun. La question qui se pose alors est celle des
conditions de la mobilisation de cette position perverse.
Les prolongements de cette question ne sont pas anodins puisque
dans un cas, le harcèlement moral est le fait de personnalités
quasiment pathologiques et peut ainsi être marginalisé
et euphémisé (c'est en quelque sorte un histoire
de fous"), dans l'autre cas chacun d'entre nous se trouve
concerné et peut devenir, pour peu que les circonstances
s'y prêtent, un " harceleur ".
Les autres définitions
du harcèlement moral
Définition du mobbing par Heinz Leymann :
" Le mobbing est un
enchaînement, sur une assez longue période, de
propos et d'agissements hostiles, exprimés ou manifestés
par une ou plusieurs personnes envers une tierce personne
".
Définition du harcèlement
moral par Marie-France Hirigoyen :
" Le harcèlement
moral au travail se définit comme toute conduite abusive
(geste, parole, comportement, attitude
) qui porte atteinte,
par sa répétition ou sa systématisation,
à la dignité ou à l'intégrité
psychique ou physique d'une personne, mettant en péril
l'emploi de celle-ci ou dégradant le climat de travail
".
Définition proposée
par le Conseil Économique et Social :
" Constitue un harcèlement
moral au travail, tous agissements répétés
visant à dégrader les conditions humaines, relationnelles,
matérielles de travail d'une ou plusieurs victimes,
de nature à porter atteinte à leurs droits et
leur dignité, pouvant altérer gravement leur
état de santé et pouvant compromettre leur avenir
professionnel "
Définition du texte
de loi, nouvel article L. 122-49 du code du travail :
" Aucun salarié
ne doit subir les agissements répétés
de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet
une dégradation des conditions de travail susceptible
de porter atteinte à ses droits et à sa dignité,
d'altérer sa santé physique ou mentale ou de
compromettre son avenir professionnel ".