Les étranges aventures de Aargh en territoire fourbe
Pour aller de Nantes à Norwich, mon vénérable chef et moi avions choisi la facilité : Train de Nantes à Paris Montparnasse, navette jusqu'à Roissy, avion jusqu'à l'aéroport de Gatwick à Londres, train jusqu'à Victoria Station, métro jusqu'à Liverpool Street, train jusqu'à Norwich et enfin taxi jusqu'au lieu de notre villégiature. Il y a surement plus simple mais on n'a pas trouvé moins cher.

Le voyage commence sous les meilleurs auspices puisque mon chef et moi bénéficions d'un tarif spécial Saint Valentin pour l'avion de Paris à Londres. S'il essaye d'en profiter pour me rouler une pelle, je le jette de l'avion en plein vol. Pour 776 francs aller-retour, British Airways vous offre en guise de repas..........un sandwich beurre-salami et une pomme. Une hotesse qui semble s'ennuyer pendant le vol décide de baptiser mon jeune voisin de devant au jus d'orange. Le pilote joue tellement au yoyo avec mon estomac que je suis à deux doigts de compléter la cérémonie du baptème avec mon sandwich prédigéré. Une autre hotesse peut être pour me réconforter, frotte lascivement mais accidentellement pendant une trentaine de secondes son derrière tout rond contre mon bras qui déborde tout aussi accidentellement de mon fauteuil. Je prends discrètement un glaçon dans ma vodka-orange et me le glisse subrepticement sous mon t-shirt afin de me rafraîchir les idées.

Le train pour Victoria est tellement sale que j'ai presque honte d'avoir dit un jour du mal de la SNCF. Arrivés à Londres, tels des pigmées découvrant la civilisation, nous essayons de trouver notre chemin dans les dédales du métro. Mon chef, explorateur né s'enfonce dans la première rame qui se présente sans même vérifier où elle va. Je le suis par esprit de corps et surtout pour ne pas me retrouver tel le petit poucet dans la forêt perdu dans la grande ville étrangère. Au dernier moment AAAAAAAH!! horreur c'est pas le bon métro. Léger et habile comme la gazelle qui évite le léopard, je saute d'un bond sur le quai. Mon chef, moins prompt à la détente, arrive à se glisser entre les portes mais son sac reste coincé dans le wagon. Je l'imagine déjà brinquebalant contre les vitres, emporté jusqu'à la prochaine station, pendant que de jeunes voyous profitent de sa situation pour le moins inconfortable pour le délester du contenu de son sac. Que nenni. D'un énergique coup de rein, il réussit à extirper son sac du métro.

Nous arrivons à Liverpool Street à 14h27. Le prochain train pour Norwich part à 14h30 quai 15. La gazelle qui sommeille toujours en moi se réveille une nouvelle fois. Je m'élance en direction du quai 15, tandis que mon chef poussif et geignard traîne lamentablement son sac aplati derrière lui. Quai 15 le train part bien à 14h30 mais pour Colchester. 14h28.
Mon chef : t'es sûr que t'as vu 15 moi j'ai vu 7. Moi : ok j'ai dû me tromper on fonce. Je jette un oeil en passant sur le panneau d'affichage des départ. AARGH!! Enfer et damnation. Pour Norwich c'est le quai 9 (Ils n'arrêtent pas de changer les numéros des quais. C'est pour Surprise sur prises? Où sont les caméras??).
Dans ma tête j'imagine déjà Richard Anthony me chantonnant : et j'entends siffler le train. 14h29. Je me précipite dans le premier wagon ouvert. Cette fois-ci le sac de mon chef manque rester coincé dehors. Le train démarre 15 secondes après. Le reste du trajet se passe sans problème.


Je garde comme pas mal de gens un bon souvenir du temps où j'étais étudiant. Mais de là à loger 1 semaine sur le campus de l'université d'East Anglia à 5 km du centre ville en pleine campagne, au milieu des lapins et des écureuils!! Mon premier repas anglais me fait redouter le reste de la semaine. Nous mangeons dans ce qui correspond à un RU anglais. du poulet, des légumes tellement fades que je me demande si je ne suis pas en train de manger la décoration du plat et du riz au lait aux fruits rouges (je crois que j'ai confondu avec un yaourt). Je retourne démoralisé mais nourri vers ma somptueuse résidence. Il est 19h30 ce qui compte tenu du décalage horaire fait 20h30 heure française ce qui peut expliquer pourquoi je retourne si tôt dans ma chambre. Je découvre que les deux diodes du système anti-feu collé au plafond clignotent toutes les 2 ou 3 secondes ce qui va m'obliger a dormir les yeux fermés.


Entre les passionnantes séances de travail (nous tapons sur des pommes afin de savoir si elles ont mal à la tête après un choc violent), je trouve le moyen d'aller faire un peu de tourisme. A Norwich, il n'y a que 2 choses à visiter : les églises (il y en a 32) et les pubs (plus de 200). Entre l'eau bénite et la bière, mon choix est vite fait. Je finis ainsi par dénicher un pub au décor purement anglais dans une cour obscure. Je m'approche d'une démarche décontractée du comptoir (j'ai regardé tous les James Bond avant d'aller en Angleterre) pour commander une boisson fraîche et roborative. Je cherche quelle bière anglaise je vais bien pouvoir goûter. Après un examen approfondi, je découvre que la seule bière anglaise qu'ils servent est une bitter. Bloody bastards. Autant boire de l'urine de yack en rut. Je me rabats sur une bière irlandaise tellement crémeuse que je demande une petite cuillère pour la déguster. J'attends patiemment qu'elle se liquéfie un peu en écrivant une carte à ma dulcinée. J'observe les autochtones et je découvre émerveillé que toutes les femmes (dont pas une n'a plus de 25 ans dans ce pub) portent des talons de 5 cm de diamètre et d'au moins 7 cm de haut. J'en déduis que ce pub héberge le fan club des Spice Girls.


Le responsable du labo qui nous accueille à décider d'organiser un repas du groupe (nous sommes 23) dans un des restaurants les plus fréquentés de Norwich. Je vais enfin pouvoir découvrir la vraie cuisine anglaise. Direction........le Hong-Kong Chinese Restaurant. Certes Hong-Kong a longtemps été anglaise. De là à dire que la cuisine chinoise est anglaise il y a un pas de géant. Il faut croire que les anglais ont de grandes jambes.
La serveuse à notre table est rouquine (ce qui pour une anglaise est un pléonasme). Je commande un martini-gin et la serveuse ébahie ouvre de grands yeux en me demandant : mixed?
Je réponds : non dans 2 verres séparés bien sûr.

Le premier plat est une soupe chinoise dont la consistance me rappelle le contenu de mon dernier kleenex. J'en fais la remarque à ma voisine qui décide illico presto de se servir d'un doggy bag pour un usage auquel il n'est pas destiné initialement. La suite nous réserve bien d'autres surprises comme des morceaux d'oranges cuites dans de la confiture de boeuf anglaise (ou l'inverse!!), le traditionnel chat chinois aux champignons (à moins que ça ne soit tout simplement du lapin) et bien sûr une demi-tonne de riz cantonais.

Après avoir vainement essayé de manger sa soupe chinoise avec ses baguettes, mon voisin décide de récidiver avec son riz. Je lui propose d'arrêter après qu'il m'ait envoyé un morceau de poulet recouvert de sauce au soja dans l'oreille. Après tout une fourchette c'est une baguette chinoise avec 4 piques au bout au lieu d'une.

L'Angleterre c'est le pays où la soupe est froide et la bière chaude. C'est aussi le pays où il n'y a que trois sortes de vins : medium ou dry pour le vin blanc et red wine pour le vin rouge. Conclusion : ne JAMAIS demander du vin dans un restaurant en Angleterre.
La dernière suprise arrive avec l'addition. Finalement notre hôte a décidé de ne pas nous inviter. Nous devons payer 25 livres chacun. Je dois jeter un seau d'eau à la tête de mon chef qui s'est évanoui. Nous passons le reste de la soirée à raconter des blagues écossaises.


Le retour en France se passe tellement bien que nous n'avons qu'une heure 10 de retard à Nantes.


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