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Quand lĠarbre de ma
vie, écroulé dans lĠabîme,Buvant
dans une coupe énorme, sans pareille,CĠ
est une coupe dĠart. La Raison tour à tourBois du vin :
il soustrait le coeur à bien des peines,
Amuse-toi! DĠavance on régla ton destin
Faites-moi dans du vin
En marquant pour tes voeux un mépris souverain.
Vis donc joyeux! Hier, sans que tu le demandes,
On a déjà fixé tes actes de demain.
Sur mon corps, en buvant, récitez la prière.
Venez donc, chers amis, au Jour du Jugement,
Au seuil de la taverne, y chercher ma poussière.
Viens; prends la coupe et laisse à Mahmoud son empire.
Les beaux chants de David, entends-les sur ma lyre.
Hier nĠest plus demain nĠest pas là, vis joyeux
Maintenant, car le but de la vie est le rire.
Lève-toi, voici lĠaube, ô toi qui nous rends fous,
Pince la harpe et bois du vin, tout doux, tout doux.
Ceux qui dorment encore nĠen seront point fachés;
Ceux qui sĠen vont jamais ne reviendront vers nous.
QuĠest-ce donc que ce Monde? Un Séjour Provisoire
Où sans cesse le jour succède à la nuit noire.
Cent rois comme Djamschyd y vinrent tour à tour,
On y vit cent Bahram mourir en pleine gloire.
Vois! De nouveau sur lĠherbe un nuage est en pleurs.
Pour vivre il faut du vin aux charmantes couleurs.
CĠest nous qui contemplons aujourdĠhui ces verdures;
Ah! Qui contemplera sur nos tombes les fleurs?
Chaque tuliperaie, ici-bas, autrefois,
Fut sans doute arrosée avec le sang des rois,
La feuille de violette, un jour, avant de naître,
Fut un grain de beauté sur un divin minois.
Tant que tu vis, crois-moi, ne cherches pas en vain
A jamais faire un pas en dehors du Destin.
Dédaigne lĠennemi, fut-ce Rustem lui-même
Vers lĠami, fût-ce Hatem, ne tends jamais la main.
JĠai vu chez un potier, dans de vastes espaces,
Deux milles pots, les uns muets, dĠautres loquaces
A son voisin un pot disait Ç Où son allés
Le potier, lĠacheteur et le vendeur rapaces? È
Nous ignorons tous deux les secrets absolus.
Ces problèmes jamais ne seront résolus.
Il est bien question de nous derrière un voile;
Mais quand il tombera, nous nĠexisterons plus.
Comme une boule, au gré de la Fatalité,
Roule à droite et tais-toi, quoique à gauche jeté,
Pauvre homme, car celui qui tĠamène en ce Monde,
Lui seul, Lui seul, Lui seul connaît la vérité!
Hier, au bazar, je vis un potier qui, fébrile,
De nombreux coups de pieds frappait un tas dĠargile
Et cette boue, alors, sĠest mise à murmurer :
Ç Las! JĠétais comme toi, laisse-moi donc tranquille! È
Si!, comme Dieu, jĠavais en main le Firmament,
Je le démolirais sans doute promptement,
Pour bâtir à sa place, enfin, un nouveau Monde,
Où pour les braves gens tout viendait aisément.
Nous amusons le Ciel, pauvres marionnettes!
(Sans nulle métaphore, oh, les choses sont nettes!)
Un à un nous rentrons au coffre du Néant,
Après avoir joué, sur terre, nos saynettes.
Le livre des beaux jours, helas! finit trop vite.
Déjà le doux printemps dĠallégresse nous quitte.
Cet oiseau de gaîté dont Jeunesse est le nom,
Je ne sais quand il vint, ni quand il prit la fuite.
La nuit a dans sa robe un trou de clair de lune.
Bois du vin : On nĠa pas toujours cette fortune.
Sois heureux et jouis : après nous bien des fois.
La lune éclairera nos tombes une à une.
Beau dessin de la coupe, oh! qui tĠa composé?
A tĠeffacer qui peut se croire autorisé?
Las! quel amour créa ces pieds, ces mains, ces têtes,
Et par quelle fureur tout cela fut brisé!
Je boirai tant et tant quĠune odeur de vin fort
Sortira de la tombe où dormira mon corps,
Et que les gens passant tout près du cimetière,
SĠils sont à peine gris, tomberont ivres-morts.
Après avoir sculpté les êtres, mains divines.
Pourquoi donc brisez-vous ces pauvres figurines?
Sont-elles sans défaut? Pourquoi donc les casser?
Est-ce leur faute enfin de nĠêtre pas assez fines?
Ils sont passés les jours dĠune existence vaine,
Comme lĠeau du ruisseau, comme un vent sur la plaine,
Un jour est déjà loin, lĠautre nĠest pas encore,
Pour ce double néant pourquoi me mettre en peine?
Ni les actes - mauvais ou bons - du genre humain,
Ni le bien, ni le mal que nous fait le Destin,
Ne nous viennent du Ciel, car le Ciel est lui-même
Plus impuissant que nous à trouver son chemin.
Khayyam, ayant lĠivresse et point dĠennui -sois gai.
Près dĠune exquise idole étant assis, -sois gai.
Tout devant aboutir au néant dans ce monde,
Dis -toi que tu nĠes plus; puisque tu vis, sois gai.
Dans lĠimmense Univers à lĠinvisible pôle,
Bois gaiement : car chacun du mal verra la geôle.
Et quand viendra ton tour de souffrir, reste calme :
CĠest un verre où chacun doit boire à tour de rôle.
Cet Univers, où seul le vertige gouverne,
Rappelle en vérité la magique lanterne.
La lanterne est ce Monde et Phébus le foyer;
Les hommes des dessins quĠun grand effroi consterne.
Hier, au cabaret, je rencontrai soudain,
Un vieux qui sur son dos portait un pot tout plein.
Je lui dis : Ç O vieillard, songe à Dieu, quelle honte! È
Il répondit : Ç Espère en Dieu, va, bois du vin! È
Vois fuir la caravane étrange de nos jours.
Prends garde! Ne perds pas ces doux moments si courts!
En chanson, laisse donc nos misères futures;
Donne la coupe, allons! La nuit passe! Au secours!
Hier est déjà loin; à quoi bon y penser?
Demain nĠest pas venu; pourquoi gémir dĠavance?
Laisse ce qui nĠest plus ou qui nĠest pas encore;
A lĠinstant même prends ta part de jouissance!
Comme moi, cette cruche un jour fut un amant,
Esclave de cheveux de quelque être charmant.
Et lĠanse que tu vois à son col attachée,
Fut un bras qui serrait un beau cou tendrement.
Vidant avidement la cruche, jĠai tenté
DĠapprendre les secrets de la longévité.
Et la cruche mĠa dit : Ç Bois donc du vin sans cesse.
Nul ne revient au Monde après lĠavoir quitté. È
Le ciel à mon oreille a dit en grand secret :
Ç Ne mĠimpute donc pas ce que le Destin fait.
Si dans dans mon tournoiement jĠavais un mot à dire,
Mon tour de vagabond serait - il ce quĠil est? È
JĠétais un épervier. DĠune étrange contrée
Je mĠenvolai, croyant atteindre lĠEmpyrée.
Or, je nĠai pas trouvé lĠâme soeur ici-bas
Et je suis ressorti par la porte dĠentrée.
DĠaucuns cherchent en vain à définir la Foi,
Et dĠautres, pris de doute, ont lĠâme en désarroi,
Mais soudain va surgir un messager céleste
Disant : Ç Pourquoi ces deux fausses routes, pourquoi? È
A boire! Car mon coeur en cendres se réduit
LĠexistence, pareille au vif-argent, sĠenfuit.
Viens au secours! Le vin enflamme la jeunesse,
Et la fortune vient, quand on sĠendort, sans bruit.
En chanson, les humains qui sont partis avant,
Dorment sous la terre, eux si fiers de leur vivant.
Va boire, Ecoute un peu cette vérité claire :
Tout ce quĠils nous ont dit, mais tout , cĠétait du vent!
Bois du vin, sous la terre, un jour, tu dormiras.
Sans aucun compagnon, sans femme dans tes bras,
A personne ne dis ce secret formidable :
Coquelicot fané ne refleurira pas.
Nos amis ont fini par disparaître tous,
Ayant de la Mort affronté le couroux.
Buvant du même vin au banquet de la vie,
Ils se sont enivrés quelques tours avant nous.
Vois lĠherbe dont le bord du ruisseau sĠagrémente.
On dirait le duvet dĠune lèvre charmante.
Ne pose pas tes pieds sur lĠherbe avec dédain,
Par là le sol était un visage dĠamante.
Au palais où règnait Bahram, le grand monarque,
Le Lion se prélasse et la Gazelle parque.
Bahram prenait lĠonagre au moyen dĠun lacet;
Vois donc comme il fut pris lui -même par la Parque.
On me dit : Ç QuĠelle est belle, une houri des Cieux! È
Je dis, moi, que le jus de la treille vaut mieux.
Préfère le présent à ces bonnes promesses :
CĠest de loin quĠun tambour paraît mélodieux!
Prends gobelets et cruche, ô toi, charme complet,
Promène-toi sur lĠherbe au bord du ruisselet;
Car le Ciel a changé le corps de tant de belles
Cent fois en cruche et puis cent fois en gobelet.
QuĠil fait bon! Point de froid ni de lourdes chaleurs.
Dans le parc, un nuage épousette les fleurs.
Et le rossignol dit aux pâles roses jaunes :
Ç Il fait boire du vin aux charmantes couleurs! È
Dès lĠaube, à la taverne une voix me convie,
Disant : Ç Folle nature au plaisir asservie,
Lève-toi, remplissons notre coupe de vin,
Avant quĠon ait rempli la coupe de la vie! È
Le soleil a dressé lĠéchelle du matin.
Le roi du jour a mis dans sa coupe du vin.
Bois donc : tel un héraut, lĠaube, à travers le Monde
Répète ces deux mots comme un ordre divin.

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