Dialogue ; Traité de la
Discrétion ; Traité de la Prière ; Traité de la Providence ; Traité de
l’Obéissance ; Traite de la perfection ; Oraisons (Prières) de Sainte Catherine
II.
- Dieu augmente le désir de l’âme en lui montrant la misère du monde.
V.-
Combien plaît à Dieu le désir de souffrir pour lui.
VI.- Toute vertu et tout défaut se développent par le moyen du
prochain.
VIII.
- Les vertus s’éprouvent et se fortifient par leurs contraires.
X.-
La charité, l’humilité et la discrétion sont inséparables, et l’âme doit les
posséder.
XII.-
Dieu promet aux souffrances de ses serviteurs le repos et la réforme de
l’Église.
XVI.-
L’âme, à la vue de la bonté divine, prie pour l’Eglise et pour le monde.
XVII.-
Dieu se plaint de ses créatures raisonnables et surtout de leur
amour-propre. XVIII. - Personne ne peut échapper aux
mains de Dieu : tous éprouvent sa miséricorde ou sa justice.
XX.- On ne peut plaire à Dieu qu’en
supportant les tribulations avec patience.
XXII.-
Dieu invite l’âme à regarder la grandeur de ce pont, et comment il va de la
terre au Ciel.
XXIII.-
Tous sont des travailleurs que Dieu envoie travailler à la vigne de la sainte
Eglise.
XXVIII.-
Du bonheur de l’âme qui passe sur le pont.
XXIX.-
Ce pont s’est élevé jusqu’au ciel le jour de l’Ascension, sans quitter
cependant la terre.
XXXII.-
Les fruits de cet arbre sont aussi variés que les péchés ; et d’abord du péché
de la chair.
XXXIII.-
De l’avarice et des maux qui en procèdent.
XXXIV.
- De ceux qui ont la puissance, et des injustices qu’ils commettent.
XXXV.-
Les vices conduisent aux faux jugements.
XXXVII.-
De la seconde condamnation, où l’homme est convaincu d’injustice et de faux
jugements.
XXXVIII.-
Des quatre principaux supplices des damnés, auxquels se rapportent tous les
autres.
XXXIX.
- De la troisième condamnation, qui aura lieu au jour du jugement.
XL.
- Les damnés ne peuvent vouloir ni désirer aucun bien.
XLI.
- De la gloire des Bienheureux.
XLII.
- Le jugement général augmentera la peine des damnés.
XLIV.
- Le démon trompe toujours l’âme sous l’apparence de quelque bien.
XLVII.
-On ne peut observer les commandements, si on n’observe pas aussi les
conseils.
L.-
L’âme déplore l’aveuglement de ceux qui se noient dans le fleuve.
LI.
- Les trois degrés figurés sur le pont signifient les trois puissances de
l’âme.
LIII.-
Explication de ces paroles de Jésus-Christ : « Qui a soif vienne à moi et
boive».
LV.-
Résumé de plusieurs choses qui ont été déjà dites.
LVI.-
Les trois degrés du pont correspondent à trois états de l’âme.
LVII.-
L’âme, en regardant dans le divin miroir, voit les créatures marcher de
différentes manières.
LXI.-
Comment Dieu se manifeste à l’âme qui l’aime.
LXIII.-
Comment l’âme monte sur le second degré du pont.
LXV.-
Du moyen que prend l’âme pour arriver à l’amour pur et généreux.
LXVI.-
L’âme doit passer de la prière vocale à la prière mentale.
LXVII.-
De l’erreur des gens du monde qui aiment et servent Dieu pour leur
consolation.
LXVIII.-
Combien se trompent ceux qui aiment Dieu avec cet amour imparfait.
LXIX.-
De ceux qui, pour ne pas perdre la paix et la consolation, négligent d’assister
le prochain.
LXX.-
De l’erreur de ceux qui mettent toute leur affection dans les consolations et
les visions.
LXXII.-
L’âme qui se connaît évite les tromperies du démon.
LXXIII.-
Comment l’âme quitte l’amour
imparfait et arrive à l’amour parfait.
LXXIV.-
Des signes auxquels on connaît que l’âme est arrivée à l’amour parfait.
LXXV.-
Les imparfaits veulent suivre seulement le Père, tandis que les parfaits
suivent le Fils.
LXXVII.-
Des oeuvres de l’âme parvenue au troisième degré.
LXXIX.-
Dieu ne se sépare jamais des parfaits par grâce et par sentiment, mais par
union.
LXXX.-
Les mondains rendent gloire à Dieu, qu’ils le veuillent ou ne le veuillent
pas.
LXXXI.-
Comment les démons même rendent gloire à Dieu.
LXXXIV.-
Des causes qui font désirer à l’âme d’être séparée de son corps.
LXXXVII.-
L’âme demande à Dieu de vouloir bien lui faire connaître les différentes sortes
de larmes.
LXXXVIII.-
Des larmes qui se rapportent aux différents états de l’âme.
LXXXIX.-
Des différentes sortes de larmes.
XCII.-
Dieu veut être servi comme l’être infini, et non comme une chose finie.
XCIII.-
Du fruit des larmes que répandent les hommes du monde.
XCIV.-
Les mondains qui pleurent sont battus par quatre vents différents.
XCV.-
Du fruit des secondes et des troisièmes larmes.
XCVI.-
Du fruit des quatrièmes larmes unitives.
XCVII.-
L’âme remercie Dieu de lui avoir appliqué les larmes, et elle lui fait trois
demandes.
XCIX.-
De la seconde lumière, plus parfaite que la lumière générale.
C.-
De la troisième et parfaite lumière.- Des oeuvres de l’âme parvenue à cette
lumière.
CII.-
Comment on doit reprendre le prochain sans tomber dans de faux jugements.
CIII.- Celui qui voit une âme pleine de ténèbres ne doit pas en
conclure qu’elle est en péché mortel.
CIV.-
On ne doit pas prendre pour fondement de l’âme la pénitence, mais l’amour de la
vertu.
CV.-
Résumé des choses précédentes.- Explication sur la correction du
prochain.
CIX.-
Dieu sollicite l’âme à la prière et répond à quelques-unes de ses
demandes. CX.- De la dignité des prêtres.- De la
sainte Eucharistie, et de ceux qui la reçoivent dignement ou indignement.
CXII.-
De l’excellence que l’âme acquiert en recevant ce sacrement en état de
grâce.
CXVII.-
De ceux qui persécutent de différentes manières la sainte Église et ses
ministres.
CXVIII.-
Résumé de ce qui a été dit sur la sainte Église et ses ministres.
CXIX.-
De la perfection, des vertus et des oeuvres des saints prêtres.
CXX.-
Résumé de ce qui précède.- Respect qu’on doit aux prêtres, qu’ils soient bons
ou mauvais.
CXXI.-
De la vie coupable des ministres infidèles.
CXXII.-De
ceux qui commettent l’injustice en ne reprenant pas leur prochain.
CXXIII.-
Des autres vices des mauvais ministres.
CXXIV.-
Combien sont coupables ces ministres prévaricateurs.
CXXV.-
Des maux que ces vices causent dans le monde.
CXXVI.-
De ceux qui s’abandonnent aux plaisirs des sens.
CXXVII.-
De l’avarice et des maux qu’elle cause à l’Église.
CXXVIII.-
De l’orgueil qui détruit la connaissance de la vérité.
CXXIX.-
Des autres péchés qui viennent de l’orgueil et de l’amour-propre.
CXXX.-
De beaucoup d’autres fautes que commettent les mauvais pasteurs.
CXXXI.-
Différence de la mort des justes et des pécheurs. - Mort des justes.
CXXXII.-
De la mort des pécheurs et de leurs peines au dernier moment.
CXXXIV.-
L’âme remercie Dieu et prie pour la sainte Église.
CXXXV.-
De la providence de Dieu en général.
CXXXVII.-
De la providence de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
CXXXIX.-
De l’action de la Providence pour sauver une âme.
CXL.-
Dieu explique sa providence envers ses créatures, et se plaint de leur
infidélité.
CXLII.-
Providence de Dieu dans le sacrement
de l’Eucharistie.
CXLIII.-
Providence de Dieu à l’égard de ceux qui sont en péché mortel.
CXLIV.-
Providence de Dieu envers les imparfaits pour les conduire à la
perfection.
CXLV.-
Providence de Dieu envers ceux qui ont la charité parfaite.
CXLVII.-
De ceux qui jettent plus parfaitement que les autres les filets dans la
mer.
CXLVIII.-
Providence de Dieu envers ses créatures dans cette vie et dans l’autre.
CXLIX.-
Providence de Dieu envers ses serviteurs pauvres, même dans les choses
temporelles.
CL.-
Des maux que causent la possession et le désir déréglé des richesses.
CLI.-
Excellence de la pauvreté spirituelle, et comment Jésus-Christ en a donné
l’exemple.
CLII.-
Résumé de ce qui a été dit sur la providence.
CLV.-
L’obéissance est la clef qui ouvre le ciel.
CLVI.-
De la misère des désobéissants et de l’excellence des obéissants.
CLVIII.-
De quelle manière on parvient de l’obéissance générale à l’obéissance
particulière.
CLIX.-
Des obéissants et des désobéissants qui vivent en religion.
CLX.-
Ceux qui obéissent reçoivent le centuple et la vie éternelle.- Ce que veut dire
le centuple.
CLXI.-
Des misères de ceux qui n’obéissent pas.
CLXIII.-
De l’excellence de l’obéissance et des biens qu’elle procure.
CLXVI.-
Résumé de presque tout le Dialogue.
II.-
Prière faite pour les ministres de l’Église pendant la même extase.
III.-
Prière faite à Gênes au moment où le Pape Grégoire XI voulait retourner à
Avignon.
IV.-
Prière écrite en cinabre de la main même de sainte Catherine.
V.-
Prière faite à Rome pendant une extase qui suivit la Communion, le Vendredi 18
février 1379 .
VI.-
Prière faite par sainte Catherine le jour de saint Thomas apôtre.
VII.-
Prière faite à Rome, le dimanche 20 février 1379.
VIII.-
Prière faite à Rome, le mardi 22 février de l’an 1379.
IX.-
Prière faite à Rome, le 1er mars 1379.
X.-
Prière faite à Rome, le mercredi 3 mars 1379.
XI.-
Prière faite à Rome, le jour de l’Annonciation de la Sainte Vierge, 1379.
XV.-
Prière faite à Rome, le 12 août, jour de l’octave de saint Dominique.
XVI.-
Prière faite à Rome, le 13 février.
XVII.-
Prière faite à Rome, le 14 février.
XVIII.-
Prière faite à Rome, le 15 février.
XIX.-
Prière faite à Rome, le jour de la Chaire de saint Pierre, apôtre.
XX.-
Prière faite à Rome, le 26 mars 1379.
XXI.-
Prière faite à Rome, le Jeudi 5 Avril 1379.
XXV.-
Prière faite à Rocca di Tentennano, chez la comtesse de Salimbeni, le 26
octobre 1378.
1.- Une âme qui
désire ardemment l’honneur de Dieu et le salut du prochain s’applique d’abord
aux exercices ordinaires et se renferme dans l’étude de sa propre fragilité,
afin de mieux connaître la bonté de Dieu à son égard. Cette connaissance fait
naître l’amour, et l’amour cherche à suivre et à revêtir la vérité.
2.- Rien ne
donne plus la douceur et la lumière de la vérité qu’une prière humble et
continuelle, qui a pour fondement la connaissance de Dieu et de soi-même. Cette
prière unit l’âme à en lui faisant suivre les traces de Jésus crucifié, et en
la rendant un autre lui-même par la tendresse du désir et par l’intimité de
l’amour. Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera
mes commandements » ; et ailleurs : » Celui qui m’aime (1) est aimé de mon Père
: je l’aimerai et je me manifesterai à lui ; il sera une même chose avec moi,
et moi avec lui » (S. Jean, XIV, 21).
3.- Nous
trouvons dans l’Ecriture plusieurs paroles semblables, qui nous prouvent que
l’âme, par l’effet de l’amour de Dieu, devient un autre lui-même ; et pour nous
en convaincre, voici ce qu’une servante de Dieu, étroitement unie à lui dans la
prière, avait appris de son bon Maître au sujet de l’amour infini qu’il porte à
ceux qui le servent :
4.- « Ouvre
l’oeil de ton intelligence, lui disait-il, regarde en moi, et tu verras la
dignité et la beauté de ma créature raisonnable. Entre toutes les grâces dont
j’ai embelli l’âme en la créant à mon image et ressemblance, admire le vêtement
nuptial de la charité et l’ornement des vertus que portent ceux qui me sont
continuellement unis par l’amour. Si tu me demandes qui sont ceux-là, je te
répondrai, ajoutait le très doux et très aimable Verbe de Dieu, ceux-là sont
d’autres moi-même qui ont voulu perdre et détruire leur volonté pour se
conformer à la mienne, et l’âme s’unit à moi en toute choses ». Il est donc
bien vrai que l’âme s’unit à Dieu par l’amour.
5.- Lorsque
cette âme voulut connaître plus clairement la vérité, afin de pouvoir la suivre
davantage, elle fit à Dieu le Père quatre demandes humbles et ferventes :
la première
était pour elle, parce qu’elle comprenait qu’on ne peut être utile au prochain
par son enseignement, ses exemples et ses prières, si l’on n’acquiert pas la
vertu soi-même ; la seconde demande était pour la réforme de la sainte Église ;
la troisième demande était pour l’univers entier, afin d’obtenir surtout le
salut et la paix de ces chrétiens qui insultent et persécutent l’Église avec
tant d’acharnement ; par la quatrième demande, elle implorait le secours de la
divine Providence pour tous les hommes et pour un cas particulier.
1.- Ce désir de
l’honneur de Dieu et du salut des hommes était grand et continuel ; mais il
s’accrut bien (2) davantage lorsque la Vérité suprême lui eut montré la misère
du monde, les périls et les vices où il est plongé ; elle le comprit aussi en
recevant une lettre dans laquelle son père spirituel lui expliquait la peine et
la douleur immense que doivent causer l’outrage fait à Dieu, la perte des âmes
et les persécutions contre la sainte Eglise.
2.- L’ardeur de
son désir augmentait alors ; elle pleurait l’offense de Dieu, mais elle se
réjouissait aussi dans l’espérance que la miséricorde infinie voudrait bien
arrêter de semblables malheurs. Et parce que, dans la sainte communion, l’âme
s’unit plus doucement à Dieu et connaît davantage la. vérité, puisque alors
elle est en Dieu, et Dieu est en elle, comme les poissons qui sont dans la mer
en sont eux-mêmes pénétrés, cette âme avait hâte d’arriver au lendemain matin,
afin de pouvoir entendre la messe.
3.- C’était une
fête de la Sainte Vierge : dès que le jour eut paru et que la messe fut sonnée,
elle y courut avec tous les désirs qui l’agitaient ; elle avait une telle
connaissance de sa faiblesse et de ses imperfections, qu’elle croyait être la
principale cause de tout le mal qui se faisait dans le monde, et cette
connaissance lui inspirait une horreur d’elle-même et une soif de la justice
qui la purifiaient de toutes les taches qu’elle apercevait en elle. Elle disait :
O Père éternel, je m’accuse moi-même devant vous, punissez-moi de mes offenses
; et puisque je suis la cause principale des peines que supporte mon prochain,
faites-les moi souffrir, je vous en conjure.
1.- L’éternelle
Vérité acceptait le désir de cette âme et l’attirait en haut comme l’offrande
des sacrifices de l’Ancien Testament, lorsque le feu du ciel descendait et
prenait ce qui était agréable à Dieu. La douce Vérité faisait de même en cette
âme ; elle lui envoyait le feu de l’Esprit Saint qui consumait le sacrifice du
désir qu’elle lui avait offert, et elle lui disait : Ne sais-tu pas, ma
fille, que toutes les peines que souffre et que peut souffrir une âme dans
cette vie, sont incapables d’expier la faute (3) la plus légère? L’offense
faite à moi, qui suis le Bien infini, demande une satisfaction infinie.
2.- Je veux que
tu saches que toutes les peines ne sont pas données en cette vie pour expier,
mais pour corriger. Ce sont les moyens que prend un père pour changer un enfant
qui l’offense. La satisfaction est dans l’ardeur d’une âme qui se repent
véritablement, et qui hait le péché. La contrition parfaite satisfait à la
faute et à la peiné, non par la douleur qu’on éprouve, mais par le désir infini
qu’on ressent.
3.- Celui qui
est infini veut un amour et une douleur infinis. Il veut la douleur infinie de
l’âme, d’abord pour les offenses qu’elle a faites à son Créateur, et ensuite
pour celles qu’elle voit commettre par le prochain. Ceux qui ont ce désir
infini, et qui me sont par conséquent unis par l’amour, gémissent amèrement :
lorsqu’ils m’offensent ou qu’ils me voient offenser, Leurs peines, spirituelles
ou corporelles, de quelque côté qu’elles viennent, acquièrent un mérite infini
et satisfont à la faute qui méritait une peine infinie, quoique ces oeuvres
elles-mêmes soient finies et accomplies dans le temps qui est fini. Ils ont agi
avec un désir infini et leurs peines ont été supportées avec une contrition, un
regret de l’offense infinis, et c’est pour cela que la satisfaction est
parfaite.
4.- C’est ce
qu’explique saint Paul lorsqu’il dit «J’aurais beau parler la langue des anges
et des hommes, prophétiser, donner tout mon bien aux pauvres, et livrer mon
corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me servira de
rien » (I Cor., XIII, 1-3, ). L’Apôtre prouve par là que les oeuvres
finies sont incapables d’expier et de mériter sans le concours de la charité.
1.- Je t’ai
montré, ma fille bien-aimée, que la faute n’est pas punie par la seule peine
qu’on souffre dans le temps comme expiation, mais par la peine qui vient de
l’amour et de la contrition du coeur. Ainsi l’efficacité (4) n’est pas dans la
peine, mais dans le désir de l’âme ; et ce désir, comme toutes les autres
vertus, n’a de valeur et de force qu’en Jésus-Christ, mon Fils unique ; sa
mesure est l’amour que l’âme a pour lui et sa fidélité à suivre ses traces.
C’est là le seul et véritable moyen.
2.- Les peines
ne satisfont à la faute que par ce doux et intime amour qui naît de la
connaissance de ma bonté, et par cette amère et profonde contrition du coeur
qui vient de la connaissance de soi-même et de ses fautes. Cette connaissance
produit la haine et la fuite du péché et de la sensualité. Elle fait comprendre
qu’on est digne de toutes sortes de châtiments et qu’on ne mérite aucune
consolation.
3.- La très
douce Vérité disait encore : Oui, la contrition du coeur et les sentiments
d’une patience sincère et d’une humilité véritable, font que l’âme se trouve
digne de peines et indigne de récompenses ; l’humilité porte à tout souffrir
avec patience, et c’est en cela que consiste la satisfaction.
4.- Tu me
demandes des peines pour satisfaire aux offenses que commettent contre moi les
créatures, et tu désires me connaître et m’aimer, moi qui suis la Vérité
suprême et la Source de la vie. Le moyen d’acquérir ma connaissance et de
goûter ma vérité éternelle, c’est de ne jamais sortir de la connaissance de
toi-même. En t’abaissant dans la vallée de l’humilité, tu me connaîtras en toi,
et tu trouveras dans cette connaissance tout ce qui te sera nécessaire.
5.- Aucune vertu
ne peut exister sans la charité et sans l’humilité, qui est la gouvernante et
la nourrice de la charité. La connaissance de toi-même te donnera l’humilité,
parce que tu verras que tu n’as pas l’être par toi-même, mais par moi, qui vous
aimais jusque dans les profondeurs du néant ; et cet amour ineffable que j’ai
eu pour vous a voulu vous renouveler dans la grâce en vous lavant et vous
recréant par ce sang que mon Fils unique a répandu avec tant d’ardeur. C’est ce
sang qui enseigne la vérité à celui qui a dissipé le nuage de l’amour-propre
par la connaissance de soi-même ; et ce sang est l’unique maître.
6.- L’âme, en
recevant ces leçons, éprouve un amour (5) immense, et cet amour lui cause une
peine continuelle, non pas une peine qui l’afflige et la dessèche, mais qui
l’engraisse au contraire. Elle a connu ma vertu, et ses fautes, l’ingratitude
et l’aveuglement des hommes ; elle en ressent une peine inexprimable, mais elle
souffre parce qu’elle aime ; sans l’amour elle ne souffrirait pas ainsi. Dès
que vous aurez connu ma vérité, il faudra supporter jusqu’à la mort les
tribulations, les injures et les affronts de toutes sortes, en l’honneur et à
la gloire de mon nom.
7.- Souffrez ces
épreuves avec une vraie patience, avec une douleur sincère de tout ce qui
m’offense, avec un amour ardent de tout ce qui peut glorifier mon nom. Vous
satisferez ainsi à vos fautes et à celles de mes autres serviteurs. Vos peines,
rendues efficaces par la puissance de la charité, pourront. expier et mériter
pour vous et. pour les autres. Pour vous, vous recevrez le fruit de la vie ;
les fautes qui vous sont échappées seront effacées, et je ne me rappellerai pas
que vous les avez commises pour les autres, je prendrai votre charité en
considération, et je leur donnerai selon les dispositions avec lesquelles ils
les recevront. A ceux qui écouteront avec respect et humilité mes serviteurs, je
remettrai la faute et la peine, parce qu’ils parviendront à la connaissance et
à la contrition de leurs péchés.
8.- Les prières
et les ardents désirs de mes serviteurs seront pour eux des semences de grâces
; en les recevant humblement ils en profiteront à des degrés différents, selon
les efforts de leur volonté. Oui, ils seront pardonnés à cause de vos saints
désirs, à moins que leur obstination soit telle, qu’ils veuillent être séparés
de moi par le désespoir et qu’ils méprisent le sang de mon Fils, qui les a
rachetés avec tant d’amour.
9.- Quel fruit
en retireront-ils? Le fruit qu’ils en retireront, c’est que, contraint par les
prières de mes serviteurs, je les éclairerai ; j’exciterai les aboiements de
leur conscience, et je leur ferai sentir la bonne odeur de la vertu, en leur
rendant douce et profitable la société de mes amis.
10.- Quelquefois
je permettrai que le monde leur laisse entrevoir ses misères, les passions qui
l’agitent (6) et le peu de stabilité qu’il présente, afin que leurs désirs
s’élèvent aux choses supérieures et qu’ils se dirigent vers le ciel, leur
patrie. J’emploierai mille moyens ; l’oeil ne saurait voir, la langue raconter,
et le coeur imaginer toutes les ruses qu’invente mon amour pour leur donner ma
grâce et les remplir de ma vérité. J’y suis poussé par cette inépuisable
charité qui me les a fait créer, et
aussi par les prières, les désirs et les angoisses de mes serviteurs. Je ne
puis rester insensible à leurs larmes, à leurs sueurs et à leurs humbles
demandes ; car c’est moi-même qui leur fais aimer ainsi leur prochain et qui
leur inspire cette douleur de la perte des âmes.
11.- Je ne puis
cependant pas remettre la peine, mais seulement la faute, à ceux qui, de leur
côté, ne sont pas disposés à partager mon amour et l’amour de mes serviteurs.
Leur contrition est parfaite comme leur amour, et ils n’obtiennent pas comme
les autres la satisfaction de la peine, mais seulement le pardon de la faute ;
car il faut qu’il y ait rapport entre celui qui donne et celui qui reçoit. Ils
sont imparfaits, et ils reçoivent imparfaitement la perfection des désirs et
des peines qui me sont offerts pour eux.
12.- Je t’ai dit
qu’ils recevaient avec le pardon encore d’autres grâces, et c’est la vérité ;
car, lorsque la lumière de la conscience et les autres moyens que je viens
d’indiquer leur ont fait remettre leur faute, ils commencent à connaître leur
intérieur et à vomir la corruption de leur péché ; ils se purifient et
obtiennent de moi des grâces particulières.
13.- Ceux-là
sont dans la charité commune, qui acceptent en expiation les peines que je leur
envoie ; et s’ils ne font point résistance à la clémence du Saint-Esprit, ils
quittent le péché et reçoivent la vie de la grâce. Mais par ignorance et par
ingratitude, ils méconnaissent ma bonté et les fatigues de mes serviteurs ;
tout ce qu’ils ont reçu de ma miséricorde leur tourne en ruine et en
condamnation. Ce n’est pas la miséricorde qui leur fait défaut, ni le secours
de ceux qui l’ont humblement obtenue pour eux, mais c’est leur libre arbitre
qui a malheureusement rendu leur coeur dur comme le diamant. Cette dureté, ils
peuvent la vaincre (7) tant qu’ils sont maîtres de leur libre arbitre, ils
peuvent réclamer le sang de mon Fils et l’appliquer sur leur coeur pour
l’attendrir, et ils recevront le bénéfice de ce sang qui a payé pour eux.
14.- Mais s’ils
laissent passer le délai du temps, il n’y aura plus de remède, parce qu’ils
n’auront point fait fructifier le trésor que je leur avais confié en leur
donnant la mémoire pour se rappeler mes bienfaits, l’intelligence pour voir et
connaître la vérité, et l’amour pour les attacher à moi, qui suis cette Vérité
éternelle que l’intelligence leur avait fait connaître ! C’est là le trésor que
je vous ai donné et qui doit me rapporter ; ils le vendent et l’aliènent au
démon, qui devient leur maître et le propriétaire de tout ce qu’ils ont acquis
pendant la vie. Ils ont rempli leur mémoire de plaisirs et de souvenirs
déshonnêtes ; ils sont souillés par l’orgueil, l’avarice, l’amour-propre et la
haine du prochain, qui leur devient insupportable ; ils ont même persécuté mes
serviteurs, et toutes ces fautes ont égaré leur intelligence dans le désordre
de la volonté. Ils tomberont avec le démon dans les peines de l’enfer, parce
qu’ils n’auront pas satisfait à leurs fautes par la contrition et la haine du
péché.
15.- Ainsi tu
vois que l’expiation de la faute est dans la parfaite contrition du coeur, et
non dans les souffrances temporelles ; non seulement la faute, mais la peine
qui en est la suite, est remise à ceux qui ont cette contrition parfaite, et en
général, comme je te l’ai dit, ceux qui sont purifiés de la faute, c’est-à-dire
qui sont exempts de péchés mortels, reçoivent la grâce ; mais s’ils n’ont pas
une contrition suffisante et un amour capable de satisfaire â. la peine, ils
vont souffrir dans le purgatoire.
16.- Tu vois que
la satisfaction est dans le désir de l’âme unie à moi, le Bien Infini, et
qu’elle est petite ou grande selon la mesure de l’amour de celui qui fait la
prière et du désir de celui qui reçoit. C’est cette mesure de celui qui m’offre
et de celui qui reçoit qui est la mesure de ma bonté. Ainsi, travaille à
augmenter les flammes de ton désir, et ne te lasse pas un instant de crier
humblement vers moi et de m’offrir pour ton prochain (8) d’infatigables
prières. Je le dis pur toi et pour le père spirituel que je t’ai donné sur
terre, afin que vous agissiez avec courage et que vous mouriez à toutes sortes
de sensualités.
1.- Rien ne
m’est plus agréable que le désir de souffrir jusqu’à la mort des peines et des
épreuves pour le salut des âmes ; plus on souffre, plus on prouve qu’on m’aime
; l’amour fait connaître davantage ma vérité ; et plus on la connaît, plus on
ressent de douleur des fautes qui m’offensait. Ainsi, en me demandant de punir
sur toi les péchés des autres, tu me demandes l’amour, la lumière, la
connaissance de la vérité ; car l’amour se proportionne à la douleur, et augmente
avec elle.
2.- Je vous ai
dit : Demandez, et vous recevrez ; je ne refuserai jamais celui qui me
demandera dans la vérité. L’ardeur de la divine charité est si unie dans l’âme
avec la patience parfaite, que l’une, ne peut y subsister sans l’autre. Dès que
l’âme veut m’aimer, elle doit vouloir aussi supporter, par amour pour moi,
toutes les peines que je lui accorderai, quelles que soient leur mesure et leur
forme. La patience ne vit que de peines et la patience est la compagne
inséparable de la charité. Ainsi donc supportez tout avec courage ; sans cela
vous ne sauriez être les époux de ma vérité, les amis de mon Fils, et vous ne
pourriez montrer le désir que vous avez de mon honneur et du salut des âmes.
1.- Je veux que
tu saches que toute vertu et tout défaut se développent par le moyen du
prochain. Celui qui est dans ma disgrâce fait tort au prochain et à lui-même,
qui est son principal prochain. Ce tort est général et particulier ; il est
général parce que vous êtes obligé d’aimer votre prochain comme vous-même, et
qu’en l’aimant, vous devez lui être utile spirituellement par vos (9) prières
et vos paroles ; vous devez le Conseiller et l’aider dans son âme et dans son
corps, selon ses nécessités, au moins de désir, si vous ne pouvez le faire
autrement.
2.- Celui qui ne
m’aime pas, n’aime pas son prochain, et ne l’aimant pas il ne peut lui être
utile. II se fait tort, puisqu’il se prive de la grâce ; il fait tort au
prochain, puisqu’il le prive des prières et des saints désirs qu’il devait
m’offrir pour lui, et dont la source est mon amour et l’honneur de mon nom.
3.- Ainsi tout
mal vient à l’occasion du, prochain qu’on n’aime pas, dès qu’on ne m’aime pas ;
et quand on n’a plus cette double charité, on fait le mal puisqu’on n’accomplit
plus le bien. A qui fait-ou le mal, si ce n’est à soi-même ou au prochain? Ce
n’est pas à moi, car le mal ne saurait m’atteindre, et je ne regarde fait à moi
que celui qui est fait aux autres.
4.- On fait le
mal contre soi-même, puisqu’on se prive de ma grâce, et qu’on ne peut par
conséquent se nuire davantage. On fait le mal contre le prochain, puisqu’on ne
lui donne pas ce qui lui est dû au nom de l’amour, et qu’on ne m’offre pas pour
lui les prières et les saints désirs de la charité.
5.- C’est là une
dette générale envers toute créature raisonnable ; mais elle est plus sacrée à
l’égard de tous ceux qui vous entourent parce que vous êtes obligés de vous soutenir
les uns les autres par vos paroles et vos bons, exemples, recherchant en toutes
choses l’utilité de votre prochain, comme celle de votre âme, sans passion et
sans intérêt. Celui qui n’agit pas ainsi manque de charité fraternelle, et fait
par conséquent tort à son prochain ; non seulement il lui fait tort en ne lui
faisant pas le bien qu’il pourrait lui faire, mais encore en le portant au mal.
6.- Le péché est
actuel ou mental dans l’homme : il se commet mentalement lorsqu’on se délecte
dans la pensée du péché, et lorsqu’on déteste la vertu par un effet de l’amour
sensitif, qui détruit la charité qu’on doit avoir pour moi et pour le prochain.
Dès qu’on a conçu ainsi le péché, on l’enfante contre le prochain de diverses
manières, selon la perversité de la volonté sensitive. C’est quelquefois une
cruauté spirituelle et corporelle : (10) elle est spirituelle, lorsqu’on se
voit ou qu’on voit les créatures en danger de mort et de damnation par la perte
de la grâce, et qu’on est assez cruel pour ne pas recourir à l’amour de la
vertu et à la haine du vice.
7.- Quelquefois
on pousse cette cruauté jusqu’à vouloir la communiquer aux autres : non
seulement on ne lui donne pas l’exemple de la vertu, mais on fait l’office du
démon, en retirant les autres de la vertu autant qu’on le peut, et en les
conduisant au vice. Quelle cruauté plus grande peut-on exercer envers l’âme que
de lui ôter ainsi la vie de la grâce et de lui donner la mort éternelle? La
cruauté envers le corps a sa Source dans la cupidité. Non seulement on néglige
d’assister son prochain, mais encore on le dépouille jusque dans sa pauvreté,
soit par force, soit par fraude, en lui faisant racheter son bien et sa vie.
8.- O cruauté
impitoyable, pour laquelle je serai sans miséricorde, si elle n’est pas rachetée
par la compassion et la bienveillance envers le prochain! Elle enfante des
paroles que suivent souvent la violence et le meurtre, ou bien des impuretés
qui souillent et changent. les autres cri animaux immondes ; et ce n’est pas
une personne ou deux qui sont infectées, ce sont tous ceux qui fréquentent et
approchent seulement ce cruel corrupteur.
9.- Que n’enfante pas aussi l’orgueil, si avide
de réputation et d’honneur! On méprise le prochain, on s’élève au dessus de lui
et on lui fait injure. Si l’on est dans une position supérieure, on commet
l’injustice, et on devient le bourreau des autres.
10.- O ma fille
bien-aimée, gémis sur toutes ces offenses et pleure sur tous ces morts, afin
que tes prières les ressuscitent. Tu vois quand et comment les hommes
commettent le péché contre le prochain et par son moyen. Sans le prochain, il
n’y aurait pas de péchés secrets ou publics. Le péché secret, c’est de ne pas
l’assister comme on doit le faire ; le péché public, c’est cette génération de
vices dont je viens de parler. Il est donc vrai que toutes les offenses me sont
faites par le moyen du prochain. (11)
1.- Je t’ai dit
que tous les péchés se font par le moyen du prochain ; leur cause est dans le
défaut de la charité, qui seule fait naître, vivifie et développe toute vertu.
L’amour-propre qui détruit la charité et l’amour du prochain, est le principe
et le fondement de tout mal. Le scandale, la haine, les cruautés, toutes les
fautes viennent de cette racine mauvaise, qui empoisonne le monde entier, et
qui trouble le corps de la sainte Eglise et toute la chrétienté.
2.- Je t’ai dit
que les vertus avaient leur fondement dans l’amour du prochain, parce que c'est
la charité qui donne la vie à toutes les vertus ; il est impossible d’acquérir
aucune vertu sans la charité, c’est-à-dire sans mon amour.
3.- Dès que
l’âme se connaît, elle trouve l’humilité et la haine de la passion sensitive,
parce qu’elle connaît la loi mauvaise, qui captive la chair et combat sans
cesse l’esprit. Elle conçoit alors de la haine et de l’horreur contre la
sensualité, et elle s’applique avec zèle à la soumettre à la raison.
4.- Tous les
bienfaits qu’elle a reçus de moi lui font comprendre la grandeur de ma bonté,
et l’intelligence qu’elle en a lui donne l’humilité, parce qu’elle sait que
c’est ma grâce seule qui l’a tirée des ténèbres et lui procure la clarté de
cette lumière. Dès qu’elle a reconnu ma bonté, elle aime d’une manière
désintéressée, et d’une manière intéressée d’une manière désintéressée, quant à
son utilité particulière ; d’une manière intéressée quant à la vertu qu’elle a
embrassée pour moi, parce qu’elle sait qu’elle ne me serait point agréable Si
elle n’avait pas la haine du péché et l’amour de la vertu.
5.- Dès qu’elle
m’aime, elle aime le prochain, sans cela son amour ne serait pas véritable ;
car mon amour et l’amour du prochain ne font qu’un. Plus une âme m’aime, plus
elle aime le prochain, parce que l’amour qu’on a pour lui procède de mon amour.
(12)
6.- C’est là le
moyen que je vous ai donné pour que vous exerciez et cultiviez en vous la
vertu. Votre vertu ne peut m’être utile, mais elle, doit profiter au prochain.
Vous montrez que vous avez ma grâce en m’offrant pour lui de saintes prières et
les désirs ardents que vous avez de mon bonheur et du salut des âmes.
7.- L’âme qui
est amoureuse de ma vérité ne cesse jamais d’être utile aux autres en général
et en particulier, peu ou beaucoup, selon la disposition de celui qui reçoit,
et selon l’ardent désir de celui qui demande et me force de donner. Je te l’ai
dit, en t’expliquant que, sans l’ardent désir, la peine ne pouvait suffire, à
expier la faute.
8.- Lorsque
l’âme possède cet amour qu’elle puise en moi et qu’elle étend au prochain et au
salut du monde entier, elle cherche à faire partager aux autres les avantages
et la vie de la grâce qu elle en retire. Elle s’applique à satisfaire aux
besoins particuliers de ceux qui I’entourent. Elle montre la charité générale
pour toutes les créatures. Elle veut servir ses proches en leur communiquant,
selon leur nombre et leur mesure, les grâces dont je l’ai faite dépositaire et
ministre Car j’ai charge les uns de faire le bien dans l’enseignement de la
doctrine, sans avoir égard à leurs intérêts, et j’ai chargé les autres de le
faire par les saints exemples que vous étés tous obliges de leur donner pour
l’édification du prochain.
9.- Ces vertus
et bien d’autres, qu’il serait trop long de nommer, sont les fruits de l’amour
véritable du prochain, je les donne à chacun d’une manière différente, afin
qu’étant partagées entre tous, la vertu et la charité naissent de leur
harmonieux ensemble,
10.- J’ai donné
une vertu à celui-ci, et une autre vertu à celui-là ; mais aucune vertu ne peut
être parfaite sans qu’on ait à un certain degré les autres ; car toutes les
vertus sont liées ensemble, et chaque vertu est le commencement et le principe
des autres. A l’un je donne la charité, à l’autre la justice, l’humilité ou une
foi vive, la prudence, la tempérance, la patience ou la force. Je diversifie
ainsi mes dons dans les âmes, distribuant à toutes des grâces spéciales. Mais
dès que l’âme possède une vertu qu’elle pratique et qu’elle développe de
préférence (13), cette vertu entraîne naturellement les autres ; car, comme je
l’ai dit, toutes les vertus sont liées par les liens de la charité.
11.- Mes dons
sont temporels ou spirituels. J’appelle temporels toutes les choses nécessaires
à la vie de l’homme, et ces choses je les dispense avec une grande inégalité.
Je ne les donne pas toutes à un seul, afin que des besoins réciproques
deviennent une occasion de vertu et un moyen d’exercer la charité. II m’était
très facile de donner à chacun ce qui est utile à son corps et à son âme ; mais
j’ai voulu que tous les hommes eussent besoin les uns des autres pour devenir
ainsi les ministres et les dispensateurs des dons qu’ils ont reçus de moi. Que
l’homme le veuille ou non, il est forcé d’exercer la charité envers son
prochain : seulement, si cette charité ne s’exerce pas par amour pour moi, elle
ne sert de rien dans l’ordre de la grâce.
12.- Ainsi tu
vois que c’est pour organiser la charité que j’ai rendu les hommes mes
ministres, et que je les ai placés dans des états et des rapports si
différents. Il y a bien des manières d’être dans ma maison, et l’amour est la
seule chose que je vous demande ; car c’est en m’aimant qu’on aime le prochain,
et celui qui aime le prochain accomplit la loi ; quiconque possède l’amour rend
avec bonheur à son prochain tous les services qu’il peut lui rendre.
1.- Je t’ai dit
que l’homme, en servant son prochain, prouve l’amour qu’il a pour moi. J’ajoute
que c’est par le prochain qu’on pratique les vertus et surtout la patience,
quand il en reçoit des injures. II exerce son humilité avec le superbe, sa foi
avec l’incrédule, son espérance avec celui qui désespère, sa justice avec
l’injuste, sa bonté avec le méchant, sa douceur avec celui qui est en colère.
2.- Le prochain
est l’occasion de toutes les vertus, comme il est aussi celle de tous les
vices. L’humilité (14) brille par l’orgueil, car l'humilité détruit l’orgueil
et en triomphe. Le superbe ne peut nuire à celui qui est humble, et
l’infidélité de celui qui ne m’aime pas et n’espère pas en moi ne peut nuire à
celui qui m’est fidèle, ni affaiblir la foi et l’espérance que lui donne mon
amour. Elle les fortifie au contraire et les montre dans la charité qu’il a
pour le prochain ; car, lorsque mon serviteur fidèle voit quelqu’un qui
n’espère plus en lui et en moi, il ne cesse pas pour cela de l’aimer, et il
demande au contraire son salut avec plus d’ardeur. Celui qui ne m’aime pas ne
peut avoir foi en moi ; son espérance est dans la sensualité qui captive son
coeur. Tu vois donc que c’est par l’infidélité et par le défaut d’espérance des
autres que la foi s’exerce ; c’est là qu’elle trouve les occasions d’agir et de
se développer.
3.- La justice
aussi n’est pas détruite par l'injustice ; la patience de celui qui
souffre montre au contraire la justice, comme la douceur et la résignation
brillent d’un plus grand éclat dans les orages de la colère : l’envie, le
mépris et la haine sont aussi vaincus par la charité par le désir et la faim du
salut des âmes
4.- Non
seulement ceux qui rendent le bien pour le mal montrent leur vertu, mais ils la
communiquent souvent. Ils mettent les charbons ardents de la charité sur la
tête de leur prochain ; ils chassent la haine qui s’était emparée de son coeur,
et la colère se charge tout à coup en bienveillance c’est un miracle que
produit l’affectueuse patience de celui qui supporte la colère du méchant et
qui lui pardon ne. La force et la persévérance ont leurs aliments dans l’injure
et dans la calomnie des hommes qui, par la violence ou la séduction, veulent
détourner mes serviteurs du chemin de la vérité. Celui qui est fort et
persévérant le montre, dans sa conduite envers le prochain ; celui qui succombe
alors prouve que sa vertu n’est rien. (15)
Nous donnons
au mot discrétion toute I’étendue qu’il a dans la langue théologique. Il
signifie le discernement qui règle la mesure et les rapports de toutes les
vertus. Voir les Conférences de Cassien, 2e confér
1.- Les oeuvres
douces et saintes que je réclame de mes serviteurs sont les vertus intérieures
d’une âme éprouvée, plutôt que les vertus qui s’accomplissent au moyen du
corps, par les abstinences et les mortifications : ce sont là les instruments
de la vertu plutôt que la vertu. Celui qui les emploie sans la vertu me sera
peu agréable, et même, s’il les emploie sans discrétion en s’attachant d’une
manière exagérée à la pénitence, il nuira véritablement à la perfection.
2.- Le fondement
de la perfection est l’ardeur de mon amour, une sainte haine de soi-même, une
humilité vraie, une patience parfaite, et toutes ces vertus intérieures de
l’âme qui s’unissent à un désir insatiable de ma gloire et du salut des âmes.
Ces vertus prouvent que la volonté est morte, et que la sensualité est vaincue
par l’amour. C’est avec cette discrétion qu’on doit faire pénitence : la vertu
est le but principal ; la pénitence n’est qu’un moyen pour l’atteindre, et il
faut toujours l’employer dans la seule mesure du possible.
3.- En
s’appuyant trop sur la pénitence, on nuit à sa perfection, parce qu’on ne suit
pas la lumière de la connaissance de soi-même et de ma souveraine bonté, et
qu’on n’obéit pas (16) à la vérité en dépassant les bornes de ma haine ou de
mon amour.
4.- La discrétion
n’est autre chose qu’une connaissance vraie que l’âme doit avoir d’elle-même et
de moi, et c’est dans cette connaissance qu’elle prend racine ; elle a un
rejeton qui est lié et uni à la charité. Elle en a beaucoup d’autres, comme un
arbre a beaucoup de rameaux, mais ce qui donne la vie à l’arbre et aux rameaux,
c’est la racine ; cette racine doit être plantée dans la terre de l’humilité,
qui porte et nourrit la charité, où est enté le rejeton et l’arbre de la
discrétion.
5.- La
discrétion ne serait plus une vertu et ne produirait pas de fruits de vie si
elle n’était plantée dans l’humilité, parce que l’humilité vient de la
connaissance que l’âme a d’elle-même. Aussi t’ai-je dit que la racine de la
discrétion était une connaissance vraie de soi-même et de ma bonté, qui fait
rendre à chacun ce qui lui est du le plus justement possible
6.- L’âme me
rend ce qui m’est dû en rendant gloire et louange à mon nom, en m’attribuant
les grâces et les dons qu’elle sait avoir reçus de moi ; elle se rend à elle-même
ce qui lui est dû en reconnaissant qu’elle n’est pas, que son être lui vient
uniquement de ma grâce, et tout ce qu’elle a de plus vient de moi et non pas
d’elle. Il lui semble qu’elle est ingrate pour tant de bienfaits, qu’elle est
coupable d’avoir si peu profité du temps et des grâces reçues, et qu’elle
mérite d’en être sévèrement punie. Elle conçoit alors un regret violent et une
profonde haine de ses défauts.
7.- Voici ce que
fait la discrétion fondée sur la connaissance de soi-même et sur une humilité
vraie. Sans l’humilité l’âme ne serait pas juste, et son défaut de discrétion
aurait sa source dans l’orgueil, comme la discrétion a la sienne clans
l’humilité. Elle me déroberait mon honneur en se l’attribuant à elle-même, et
elle m’attribuerait ce qui lui appartient en se plaignant et en murmurant
injustement de ce que j’ai fait pour elle et pour mes autres créatures. Elle se
scandaliserait également de moi et du prochain.
8.- Ceux qui ont
la discrétion n’agissent point ainsi. Lorsqu’ils m’ont rendu et qu’ils se sont
rendu justice, ils accomplissent aussi leur devoir envers le prochain en
l’aimant d’une charité sincère, en priant pour lui avec une humble
persévérance, comme il faut le faire les uns (17) pour les autres ; en lui
donnant tous les enseignements et les bons exemples, les conseils et les
secours qui sont nécessaires à son salut. Quelle que soit la position de
l’homme, qu’il commande ou qu’il obéisse, s’il a cette vertu, tout ce qu’il
fera pour le prochain sera fait avec discrétion et charité, car ces deux choses
sont inséparables : elles reposent sur une humilité sincère, qui vient de la
connaissance de soi-même.
1.- Sais-tu dans
quel rapport sont ces trois vertus? Suppose un cercle tracé sur la terre, et au
milieu un arbre avec un rejeton qui lui serait uni ; l’arbre se nourrit de la
terre contenue dans la largeur du cercle ; s’il en était arraché, il mourrait
et ne pourrait donner de fruits tant qu’il n’y serait pas replanté. L’âme aussi
est un arbre fait pour l’amour et qui ne peut vivre que d’amour. Si l’âme n’a
pas l’amour divin d’une parfaite charité, elle ne donnera pas de fruits de vie,
mails des fruits de mort. Il faut que sa racine se nourrisse dans le cercle
d’une véritable connaissance d’elle-même, et cette connaissance la fixe en moi,
qui n’ai ni commencement ni fin. Quand tu tournes dans un cercle, tu n’en
trouves ni le commencement ni la fin, et cependant tu t’y vois renfermée.
2.- Cette
connaissance que l’âme a de moi et d’elle-même repose sur la terre d’une
véritable humilité, dont l’étendue est proportionnée à celle du cercle de cette
connaissance qu’elle a de moi en elle. Sans cela, le cercle ne serait pas sans
commencement et sans fin ; il aurait un commencement, puisqu’il commencerait à
la connaissance d’elle-même, et finirait dans la confusion, parce que cette
connaissance serait séparée de moi.
3.- L’arbre de
la charité se nourrit de l’humilité et produit le rejeton d’une véritable
discrétion, ainsi que je te l’ai montré. La moelle de l’arbre, c’est-à-dire de
la charité dans l’âme, est la patience qui prouve que je suis dans l’âme et que
l’âme est en moi. Quand cet arbre est ainsi planté, il porte des fleurs d’une
éclatante vertu et les parfums les plus délicieux ; (18) il donne des fruits
excellents à tous ceux qui désirent suivre et imiter mes serviteurs ; il rend
ainsi honneur et gloire à mon nom et il accomplit le but de la création. Il
arrive à son terme, à moi qui suis la vie véritable, et rien ne peut le
dépouiller s’il n’y consent pas. Tous les fruits de cet arbre sont
inséparables, et ils viennent de la discrétion.
1.- Les fruits
que je demande d’une âme doivent prouver la réalité de la vertu au temps de
l’épreuve. Souviens-toi de ce que je t’enseignais autrefois, lorsque tu désirais
faire de grandes pénitences ; tu me disais : « Que pourrais-je faire, que
pourrais-je endurer pour vous »? Je te répondais intérieurement : « J’aime
peu de paroles, mais beaucoup d’oeuvres » afin de te faire comprendre que je
m’attache peu à celui dont la bouche me dit : « Seigneur, Seigneur, que
puis-je faire pour vous »? et qui désire par amour pour moi mortifier son corps
par la pénitence, sans vaincre et tuer sa volonté. Ce que je préfère, ce sont
les actes d’une courageuse patience et les oeuvres d’une vertu intérieure, qui
agit toujours sous’ l’influence de la grâce ; tout ce qu’on fait en dehors de
ce principe, je le regarde comme de simples paroles, parce que ce sont des
actes bornés, et moi, qui suis l’infini, je veux des actes et un amour sans
borne.
2.- Je veux que
les oeuvres de pénitence et les autres pratiques corporelles soient le moyen et
non pas le but de l’âme ; si c’était le but, ce serait un acte borné, comme la
parole qui sort des lèvres et qui n’existe plus, quand elle ne sort pas avec
l’amour de l’âme qui conçoit et enfante véritablement la vertu. Si ce que
j’appelle une parole est uni à l’ardeur de la charité, alors cette parole me
devient agréable, parce qu’elle n’est pas seule, mais qu’elle est accompagnée
d’une discrétion véritable, et que l’acte du corps est un moyen et non pas le
but principal.
3.- Il ne
convient pas que le but principal de l’âme soit dans la pénitence et dans les
autres oeuvres extérieures, car ces oeuvres sont finies et s’accomplissent dans
le temps ; il faut quelquefois que la créature les abandonne ou qu’on (19) les
lui défende. Les circonstances et l’ordre des supérieurs peuvent l’exiger : les
accomplir alors serait, non pas un mérite, mais une grande offense. Tu vois
donc que ce sont des oeuvres bornées, qu’il faut prendre pour moyen et non pour
but ; car, en les prenant pour but, l’âme serait vide lorsqu’il faudrait les
laisser.
4.- Aussi mon
Apôtre, le glorieux saint Paul, dit dans son Épître, de mortifier le corps et
de tuer. la volonté, c’est-à-dire de dompter le corps en macérant la chair
losqu’elle veut se révolter contra l’esprit. Mais la volonté a besoin d’être
entièrement vaincue, détruite et soumise à ma volonté. On triomphe ainsi de la
volonté par le moyen de la vertu de discrétion, qui fait que l’âme déteste ses
fautes et sa sensualité en acquérant la connaissance d’elle-même ; c’est là
l’arme victorieuse qui tue l’amour-propre né de la volonté.
5.- Ceux qui
agissent ainsi m’offrent non seulement des paroles, mais encore beaucoup
d’oeuvres, et en disant beaucoup, je n’en fixe pas le nombre, parce que la
charité fait naître toutes les vertus, et l’âme qui y est affermie ne doit pas
connaître de limites. Je n’exclus pas non plus les paroles, mais je dis
qu’elles doivent être peu nombreuses, parce que les oeuvres extérieures sont
bornées. Elles me sont agréables cependant, lorsqu’elles sont le moyen de la
vertu et non pas le but principal.
6.- Il faut bien
se garder de mesurer la perfection sur la pénitence. Celui qui tue son corps
par la mortification peut être moins parfait que celui qui le traite plus
doucement. La vertu et le mérite ne consistent pas dans l’acte ; car que
deviendrait. celui qui, pour une cause légitime, ne pourrait l’accomplir? La
vertu et le mérite sont dans la charité unie à la discrétion, et la discrétion
ne met pas de bornes à la charité, parce que je suis la souveraine et éternelle
Vérité.
7.- Il ne peut y
avoir de mesure à. mon amour, mais il y en a à l’amour du prochain : c’est la
lumière de la discrétion, née de la charité, qui le règle ; car il n’est jamais
permis de commettre une faute dans l’intérêt même du prochain. Si l’on pouvait
par un seul péché retirer le monde entier de l’enfer ou produire un grand bien,
il ne faudrait pas commettre ce péché, parce que la charité ne serait pas
discrète, et qu’on ne doit pas faire le mal pour le bien et l’utilité du
prochain. (20)
8.- Une sainte
discrétion apprend aux puissances de l’âme à me servir avec courage ; elle
enseigne à aimer le prochain avec ardeur et à donner la vie du corps pour le
salut des âmes, si l’occasion s’en présente. Elle fait souffrir mille tourments
pour procurer aux autres la vie de la grâce, et elle sacrifie le nécessaire
même pour les assister et les secourir dans leurs nécessités corporelles.
9.- C’est ainsi
qu’agit la discrétion dans la lumière que lui donne la charité. Toute âme qui
veut vivre de ma grâce doit avoir pour moi un amour sans borne et sans mesure,
et avec cet amour aimer le prochain selon les règles de la charité, sans jamais
commettre de faute pour lui être utile.
10.- C’est
l’enseignement de saint Paul lorsqu’il dit que la charité bien ordonnée est de
commencer par soi-même ; autrement on ne servirait pas parfaitement le prochain
; car lorsque la perfection n’est pas dans l’âme, tout ce qu’elle fait pour
elle et pour les autres est imparfait. Serait-il convenable que, pour sauver
des créatures qui sont finies et créées, on m’offensât, moi qui sais le Bien
éternel et infini? La faute ne pourrait jamais être compensée par le bien
qu’elle procurerait ; ainsi on ne doit jamais la commettre.
11.- La
véritable charité le comprend, parce qu’elle porte avec elle la lumière d’une
sainte discrétion. Cette lumière dissipe les ténèbres, détruit l’ignorance,
prépare toutes les vertus et devient le principal moyen. Elle est une prudence
qui ne peut s’égarer, une force qui est invincible, une persévérance qui unit
les extrêmes, le ciel à la terre, parce qu’elle conduit de ma connaissance à la
connaissance de soi-même, et de mon amour à l’amour du prochain.
12.- Elle
échappe par l’humilité à tous les pièges du tentateur, et par la prudence à
toutes les séductions des créatures. Sa main, qui n’a d’autre arme que la
patience, triomphe du démon et de la chair avec l’aide de cette douce et bonne
lumière, parce qu’elle connaît sa fragilité, et que, la connaissant, elle a
pour elle la haine qu’elle mérite. Dès lors elle dédaigne, méprise et foule aux
pieds le monde ; elle en reste maîtresse.
13.- Tous les
tyrans de la terre ne peuvent ôter la vertu d’une âme ; leurs persécutions, au
contraire, la fortifient et l’augmentent. Cette vertu que mon amour a fait
naître s’éprouve et se développe par le prochain ; car si elle ne se
manifestait (21) pas dans l’occasion, si elle ne répandait pas ses clartés sur
les créatures, ce serait une preuve qu’elle ne viendrait pas de la vérité. La
vertu ne peut être parfaite et utile que par l’intermédiaire du prochain.
14.- L’âme est
comme une femme qui conçoit un fils si elle ne le met pas au monde, si elle ne
le montre pas aux hommes, son époux ne peut pas dire qu’il a un fils. Et moi
.qui suis l’époux de l’âme, si elle n’enfante pas ce fils de la vertu dans la
charité du prochain, si elle ne le montre pas .quand l’occasion le demande, ne
peut-on pas dire qu’elle est stérile? Ce que j’ai dit des vertus, on peut le
dire des vices ; ils s’exercent tous par l’intermédiaire du prochain.
1.- Ma
souveraine bonté t’a montré la vérité et la doctrine par laquelle tu peux
acquérir une grande perfection et la conserver. Je t’ai dit comment tu devais
satisfaire à la faute et à la peine, en toi et en ton prochain. La souffrance
que supporte une créature attachée à un corps mortel ne peut satisfaire à la
faute et à la peine, si elle n’est pas unie à une charité sincère, à une
contrition véritable et à une haine profonde du péché. La souffrance,
lorsqu’elle est unie à la charité, ne satisfait pas par sa propre vertu, mais
par la vertu de la charité et du regret qu’on a de ses péchés. La charité
s’acquiert par la lumière de l’intelligence et par la sincérité du coeur qui se
fixe en moi, qui suis la Charité. Je t’ai expliqué ces choses lorsque tu m’as
demandé de souffrir.,
2.- Je t’ai
enseigné comment mes serviteurs doivent s’offrir à moi en sacrifice ; ce
sacrifice doit être à la fois et corporel et spirituel. Le vase n’est pas
séparé de l’eau quand on la présente au maître. L’eau sans le vase ne pourrait
lui être présentée, et le vase sans l’eau lui serait inutile. Vous devez donc
m’offrir le vase de toutes les peines que je vous envoie, sans en choisir le
lieu, le temps ‘et la mesure, qui dépendent de mon bon plaisir. Mais ce vase
doit être plein, c’est-à-dire que vous devez endurer les peines avec amour,
avec résignation, et supporter avec (22) patience les défauts du prochain, ne
haïssant que le péché. Votre vase alors est plein de l’eau de ma grâce qui
donne la vie, et je reçois avec délices ce présent que me font mes épouses, les
âmes fidèles. J’accepte leurs ardents désirs, leurs larmes, leurs soupirs,
leurs ferventes prières et ces preuves de leur amour apaisent ma colère contre
mes ennemis et les hommes pervers, qui commettent contre moi tant d’offenses.
3.- Ainsi donc,
souffrez avec courage jusqu’à la mort ; œ sera le signe évident de votre amour
pour moi. Après avoir mis la main à la charrue, ne regardez pas en arrière par
crainte de quelque créature ou de quelque tribulation. Réjouissez-vous au
contraire dans vos épreuves ; le monde se complaît dans ses injustices ;
pleurez-les, et celles qui m’offensent vous offensent, et celles qui vous
offensent m’offensent. Ne suis-je pas .devenu une seule chose avec vous?
4.- Je vous ai
donné mon image et ma ressemblance. Lorsque vous avez perdit la grâce par le
péché, pour vous rendre la vie, j’ai uni ma nature à la vôtre en revêtant votre
humanité. Vous avez mon image, et j’ai pris la vôtre en me faisant homme. Je
suis donc une même chose avec vous, et si l’âme veut bien m’aimer, si elle ne
me quitte pas par le péché mortel, elle est en moi, et moi en elle. C’est pour
cela que le monde la persécute, parce que le monde n’a pas ma ressemblance et
qu’il a persécuté mon Fils unique jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix. Il
agit de même envers vous ; il vous poursuit et vous poursuivra jusqu’à la mort,
parce qu’il ne m’aime pas ; si le monde m’avait aimé, il vous aimerait ; mais
réjouissez-vous, car votre joie sera grande dans le ciel.
5.- En vérité,
je vous le dis, plus la tribulation abondera dans le corps mystique de la
sainte Église, plus aussi abondera la douceur de la consolation. Et quelle sera
cette douceur? Ce sera la réforme et la sainteté de ses ministres qui
fleuriront pour la gloire et l’honneur de mon nom, et qui élèveront vers moi le
parfum de toutes les vertus. Ce sont les ministres de mon Église qui seront
réformés, et non pas mon Eglise, car la pureté de mon épouse ne peut être
diminuée et détruite par les fautes de ses serviteurs.
6.- Réjouis-toi
donc, ma fille, avec le directeur de ton âme et avec mes autres serviteurs ;
réjouissez-vous dans (23) votre douleur. Moi qui suis la Vérité éternelle, je
vous promets de vous soulager. Après la douleur viendra la consolation, parce
que vous aurez beaucoup souffert pour la réforme de la sainte Église.
1.- Alors cette
âme se sentit embrasée d’un ardent désir et d’un amour ineffable pour la bonté
infinie de Dieu. Elle voyait et connaissait l’étendue de cette charité, qui
avait bien voulu répondre avec tant de douceur à ses demandes et les exaucer,
en adoucissant par l’espérance la douleur que lui avaient causée les offenses
contre Dieu, le malheur de l’Église et la connaissance de sa propre misère.
Elle cessait ses larmes, mais elle en versait bientôt de nouvelles lorsque Dieu
lui montrait la voie de la perfection, les péchés commis contre lui, et le
danger que couraient les âmes.
2.- La
connaissance que cette âme avait d’elle-même lui faisait mieux connaître Dieu,
parce qu’elle lui montrait sa bonté ; et elle voyait dans la douce connaissance
de Dieu, comme dans un miroir, sa dignité et son indignité sa dignité, car la
création l’avait faite à l’image de Dieu, et cela par grâce et non par mérite ;
son indignité, car elle était tombée d’elle-même dans le péché. L’âme
apercevait ses souillures dans la pureté divine, et elle désirait les effacer.
Plus cette lumière et cette connaissance augmentaient, plus sa douleur
augmentait ; mais plus aussi elle diminuait par l’espérance que lui donnait la
vérité.
3.- Ainsi que le
feu s’accroît à mesure qu’on l’alimente, l’ardeur de cette âme grandissait au
point qu’il eût été impossible au corps de la supporter, et que la mort serait
venue, si elle n’avait puisé sa force en celui qui est la force suprême.
Purifiée par les flammes de la charité qu’elle trouvait dans la connaissance de
Dieu et d’elle-même, de plus en plus excitée par l’espérance du salut du monde
et de la réforme de l’Église, dont elle voyait la lèpre et les misères, elle
s’éleva avec confiance devant le Seigneur, et lui dit comme autrefois Moïse :
Seigneur, jetez les regards (24) de votre miséricorde sur votre peuple et sur
le corps mystique de la sainte Église. Si vous pardonnez à tant de créatures,
si votre bonté infinie les retire du péché mortel et de l’éternelle damnation,
vous serez plus glorifié que si vous ne pardonnez qu’à moi, misérable, qui vous
ai tant offensé, qui suis l’occasion et l’instrument de tant de mal.
4.- Je vous en
conjure, ineffable Charité, vengez-vous sur moi et faites miséricorde à votre
peuple. Je gémirai en votre présence jusqu’à ce que vous m’ayez exaucée. A quoi
me sert d’avoir la vie, si votre peuple est dans la mort, si votre épouse, qui
doit être la lumière, reste dans les ténèbres, et cela par ma faute plutôt que
par celle des autres créatures? Aussi je vous en conjure, faites miséricorde à
votre peuple, au nom de cet amour qui vous a porté à créer l’homme à votre
image et à votre ressemblance.
5.- En disant
cette ineffable parole : « Faisons l’homme à notre image et à notre
ressemblance », et en l’accomplissant, vous avez voulu faire participer l’homme
à votre adorable Trinité. Vous lui avez donné la mémoire, pour qu’il retînt vos
bienfaits et qu’il participât à votre puissance. O Père éternel, vous lui avez
donné l’intelligence, pour qu’il comprit votre bonté et qu’il participât à la
sagesse de votre Fils unique ; vous lui avez donné la volonté, pour qu’il aimât
ce que l’intelligence verrait et connaîtrait de la vérité, et qu’il participât
à l’ardeur du Saint-Esprit. Et qu’est-ce qui vous a fait élever l’homme à une
si haute dignité? C’est cet amour, incompréhensible avec lequel vous avez
regardé en vous-même votre créature ; vous, vous êtes passionné pour elle,
,vous l’avez créée, vous lui avez donné l’être, afin de la faire jouir de vous,
qui êtes le Bien suprême.
6.- Le péché
qu’elle a commis l’a fait déchoir du rang où vous l’aviez placée ; sa révolte
l’a mise en opposition avec votre bonté, et nous sommes devenus vos ennemis.
Alors le même amour qui vous avait porté à nous créer, vous a porté à relever
le genre humain de l’abîme où il était tombé. La paix a remplacé la guerre ;
vous nous avez donné le Verbe, votre Fils unique, qui nous a réconciliés avec
vous. Il a été notre justice, parce qu’Il a pris sur lui nos injustices ; il
s’est fait obéissant .pour nous, (25) en revêtant, lorsque vous le lui avez
ordonné, la chair de notre humanité.
7.- O abîme de
charité, comment le coeur ne se brise-t-il pas en voyant tant de grandeur unie
à tant de bassesse? Nous étions faits à votre image, et vous vous faites à la
nôtre, en vous unissant à l’homme, en cachant votre divinité sous la chair
misérable et corrompue d’Adam ; et pourquoi? par amour. Dieu se fait homme, et
l’homme devient Dieu. Au nom de cet amour qui vous presse, faites miséricorde,
je vous en supplie, à toutes vos créatures.
1.- Alors Dieu
jeta un regard miséricordieux sur cette âme qui l’invoquait avec des larmes si
ferventes ; il se laissa vaincre par l’ardeur de ses désirs, et il lui dit : Ma
bien douce fille, tes larmes sont toutes puissantes, parce qu’elles sont unies
à ma charité et qu’elles sont répandues par amour pour moi. Je ne puis résister
à tes désirs. Mais regarde les souillures qui déshonorent le visage de mon
épouse. Elle porte comme une lèpre affreuse l’impureté, l’amour-propre,
l’orgueil et l’avarice de ceux qui vivent dans leurs péchés. Tous les chrétiens
en sont infectés, et le corps mystique de la sainte Eglise n’en est point
exempt!
2.- Oui, mes
ministres, qui se nourrissent du lait de son sein, ne songent pas qu’ils
doivent le distribuer à tous les fidèles et à ceux qui veulent quitter les
ténèbres de l’erreur et s’attacher à I’Eglise. Vois avec quelle ignorance, avec
quelle ingratitude ils me servent. Combien sont indignes et irrespectueuses les
mains qui reçoivent le lait de mon Epouse et le sang de mon Fils! Ce qui donne
la vie leur cause la mort, parce qu’ils abusent de ce sang, qui doit vaincre
les ténèbres, répandre la lumière et confondre le mensonge.
3.- Ce sang
précieux est la source de tout bien ; il sauve et rend parfait tout homme qui
s’applique à le recevoir ; il donne la vie et la grâce avec plus ou moins d’abondance,
selon les dispositions de l’âme ; mais il n’apporte que la mort à celui qui vit
dans le péché. C’est la faute de celui qui vit dans le péché. C’est la faute de
celui qui reçoit, et non pas (26) la faute du sang ou la faute de ceux qui
l’administrent ; ils pourraient être plus coupables sans en altérer la vertu ;
leur péché ne peut nuire à celui qui reçoit, mais à eux seulement, s’ils ne se
purifient pas dans la contrition et le repentir ;
4.- Oui, c’est
un grand malheur de recevoir indignement le sang de mon Fils ; c’est souiller
son âme et son corps ; c’est être bien cruel envers soi-même et envers le
prochain ; car c’est se priver de la grâce ; c’est fouler aux pieds le bénéfice
du sang reçu dans le baptême qui a lavé la tache originelle. Je vous ai donné
le Verbe, mon Fils unique, parce que le genre humain tout entier était corrompu
par le péché du premier homme, et que, sortis de la chair viciée d’Adam, vous
ne pouviez plus acquérir la vie éternelle.
5.- J’ai voulu
unir ma grandeur infinie à la bassesse de votre humanité, afin de guérir votre
corruption et votre mort, et de vous rendre la grâce qu’avait détruite le
péché. Je ne pouvais souffrir comme Dieu la peine que ma justice réclamait pour
le péché, et l’homme était incapable d’y satisfaire. S’il le pouvait dans une
certaine mesure pour lui, il ne le pouvait pas pour les autres créatures
raisonnables ; et d’ailleurs sa satisfaction ne pouvait être complète, puisque
l’offense était commise contre moi, qui suis la bonté infinie.
6.- Il fallait
racheter l’homme malgré sa faiblesse et sa misère, et c’est pour cela que j’ai
envoyé le Verbe mon Fils, revêtu de votre nature déchue, afin qu’il souffrît
dans la chair même qui m’avait offensé, et qu’il apaisât ma colère en endurant
la douleur jusqu’à la mort ignominieuse de la croix. Il satisfit ainsi à ma
justice, et ma miséricorde put pardonner à l’homme, et lui rendre encore
accessible la félicité suprême pour laquelle il avait été créé. La nature
humaine unie à la nature divine racheta le genre humain, non seulement par la
peine qu’elle supporta dans la chair d’Adam, mais par la vertu de la Divinité,
dont la puissance est infinie.
7.- Cette union
des deux natures m’a rendu agréable le sacrifice de mon Fils, et j’ai accepté
son sang, mêlé à la Divinité et tout embrasé du feu de cette charité, qui
l’attachait et le clouait à la croix. La nature humaine satisfit au péché par
le mérite de la nature divine : la tache originelle d’Adam disparut, et il n’en
resta qu’un penchant au mal, et une faiblesse (27) des sens qui est dans
l’homme comme la cicatrice d’une plaie.
8.- La chute
d’Adam vous avait mortellement blessés ; mais le grand médecin, mon Fils
unique, est venu pour vous guérir ; il a bu le breuvage amer que l’homme ne
pouvait boire à cause de sa faiblesse ; il a fait comme la nourrice qui prend
une médecine pour guérir son enfant, parce qu’elle est grande et forte, et que
son enfant ne peut en supporter l’amertume. Mon Fils a pris aussi, dans la
grandeur et la force de la Divinité unie à votre nature, l’amère médecine du
Calvaire, la mort douloureuse de la croix, pour guérir ses enfants et leur
rendre la vie que le péché avait détruite.
9.- Il reste
seulement une trace du péché originel que vous a donné la naissance ; cette
trace même est effacée presque entièrement par le baptême, qui contient et
donne la vie de la grâce que lui communique le glorieux et précieux sang de mon
Fils. Dès que l’âme reçoit le saint baptême, le péché originel disparaît, et la
grâce y entre. Le penchant au mal, qui est la cicatrice du péché originel,
s’affaiblit même, et l’âme peut le vaincre si elle le veut. Elle peut recevoir
et augmenter la grâce dans la mesure du désir qu’elle aura de m’aimer et de me
servir.
10.- La grâce du
saint baptême lui laisse toute sa liberté pour le bien et pour le mal ... Quand
vient le moment de jouir du libre arbitre, elle peut en user dans toute la
plénitude de sa volonté ; et cette liberté, conquise par le sang glorieux de
mon Fils, est si grande, que ni le démon ni les créatures ne peuvent lui faire
commettre la moindre faute sans son consentement. La servitude du péché est
détruite, et l’homme peut dominer ses sens et acquérir le bonheur pour lequel
il a été créé.
11.- O homme
misérable, qui te délectes dans la boue comme le fait l’animal, et qui
méconnais la grandeur du bienfait que tu as reçu de ma bonté! O malheureuse
créature, tu ne pouvais recevoir davantage au milieu des ténèbres épaisses de
ton ignorance. (28)
1.- Tu le vois,
ma fille bien-aimée, les hommes ont été régénérés dans le sang de mon Fils et
rétablis dans la grâce, mais ils la méconnaissent et s’enfoncent de plus en
plus dans le mal ; ils me poursuivent de leurs outrages et méprisent mes
bienfaits. Non seulement ils repoussent ma grâce, mais ils me la reprochent,
comme si j’avais d’autre but que leur sanctification. Plus ils s’endurciront,
et plus ils seront punis ; et leur châtiment sera plus terrible qu’il ne
l’aurait été avant la Rédemption, qui a effacé la tache du péché originel.
N’est-il pas juste que celui qui a beaucoup reçu doive beaucoup?
2.- L’homme a
reçu beaucoup. Il a reçu l’être, il a été fait à mon image et à ma
ressemblance, il devait m’en rendre gloire, et il ne l’a pas fait pour se
glorifier lui-même. Il a violé les ordres que je lui avais donnés, et il est
devenu mon ennemi. J’ai détruit par l’humilité son orgueil ; j’ai abaissé ma
divinité jusqu’à revêtir votre humanité ; je vous ai délivrés de l’esclavage du
démon ; je vous ai rendus libres. Non seulement je vous ai donné la liberté,
mais j’ai fait l’homme Dieu, comme j’ai fait Dieu homme, en unissant la nature
divine à la nature humaine.
3.- Ne me
doivent-ils donc rien, ceux qui ont reçu le trésor de ce sang précieux qui les
a rachetés, et la dette n’est-elle pas plus grande après la Rédemption
qu’avant?
Les hommes sont
obligés de me rendre gloire et honneur en suivant la parole incarnée de mon
Fils : ils me doivent l’amour envers moi et envers le prochain. Ils me doivent
des vertus sincères et véritables, et s’ils ne s’acquittent pas, plus ils me
doivent et plus ils m’offensent.
4.- Ma justice
alors demande que je proportionne la peine à l’offense et que je les frappe
d’une damnation éternelle. Aussi le mauvais chrétien est-il beaucoup plus puni
que le païen. Le feu terrible de ma vengeance, qui brûle sans consumer, le
torture davantage, et le ver rongeur de la conscience le dévore plus
profondément. Quels que soient leurs (29) tourments, les damnés ne peuvent
perdre l’être ; ils demandent la mort sans pouvoir l’obtenir, le péché ne leur
ôte que la vie de la grâce. Oui, le péché est plus puni depuis la Rédemption
qu’avant, parce que les hommes ont plus reçu. Les malheureux n’y pensent pas,
et se font mes ennemis après avoir été réconciliés dans le sang précieux de mon
Fils.
5.- Il y a
cependant un moyen d’apaiser ma colère ; mes serviteurs peuvent l’arrêter par
leurs larmes et la vaincre par l’ardeur de leurs désirs : c’est ainsi que tu en
as triomphé, parce que je t’en ai donné la puissance, afin de pouvoir faire
miséricorde au monde. Oui, j’excite moi-même dans mes serviteurs une faim et une
soif dévorantes du salut des âmes, parce que leurs larmes tempèrent les
rigueurs de ma Justice. Versez donc des larmes abondantes ; puisez-les dans
l’océan de ma charité, et lavez avec des larmes la face de mon épouse
bien-aimée. Vous lui rendrez cette beauté que ne donnent pas la guerre et la
violence, mais que procurent les humbles et douces prières de mes serviteurs et
les larmes qu’ils répandent dans l’ardeur de leurs désirs. Oui, je satisferai
ces désirs ; j’éclairerai avec la lumière de votre patience les ténèbres des
méchants. Ne craignez pas les persécutions du monde ; je serai toujours avec
vous, et ma providence ne vous manquera jamais.
1.- Alors cette
âme, excitée par ces paroles qui l’éclairaient, se présenta pleine de joie
devant la Majesté divine. Elle se confiait dans sa miséricorde, et l’amour
ineffable qu’elle ressentait lui faisait comprendre que Dieu désirait pardonner
aux hommes, malgré tous leurs outrages. C’était pour le pouvoir qu’il demandait
à ses amis de lui faire une sainte violence, et qu’il leur apprenait le moyen
d’apaiser les rigueurs de sa justice.
2.- Alors toute
crainte se dissipait ; elle ne redoutait plus les persécutions du monde,
puisque le Seigneur devait l’assister et combattre pour elle. L’ardeur de ses
désirs augmentait, et ses prières s’étendaient au monde tout entier. (30) Non
seulement elle priait pour le salut des chrétiens et des infidèles qui tiennent
à l’Église, mais encore comme Dieu l’y poussait pour la conversion de tous les
hommes. Miséricorde, criait-elle, ô Père éternel ! miséricorde pour ces pauvres
brebis dont vous êtes le bon pasteur. Ne tardez pas à faire miséricorde au-monde
; hâtez-vous, car il se meurt, parce que les hommes n’ont pas l’union de la
charité envers vous ni envers eux-mêmes ; ils ne s’aiment pas d’un amour fondé
sur vous, ô éternelle Vérité!
1.- Dieu, tout
embrasé d’amour pour notre salut, excitait de plus en plus l’amour et la
douleur dans cette âme, en lui montrant avec quelle passion il avait cherché
l’homme, et il lui disait : Ma fille, ne vois-tu pas que l’homme me frappe et
m’offense, moi qui l’ai créé avec tant d’amour, moi qui l’ai comblé de dons
presque infinis, que je lui ai accordés par grâce et non par mérite. Tu vois
combien de péchés différents il commet contre moi et combien il m’offense
surtout par ce misérable et abominable amour-propre d’où vient tout le mal.
2.- C’est cet
amour qui empoisonne le monde entier ; car si mon amour produit toutes les
vertus qui s’appliquent au prochain, l’amour-propre renferme en lui tout mal,
parce qu’il vient de l’orgueil, comme le mien vient de la charité. Ce mal
s’accomplit par le moyen de la créature et détruit la charité du prochain,
parce que celui qui ne m’aime pas, n’aime pas le prochain : ces deux amours
sont unis ensemble. Je t’ai dit que tout bien et tout mal se faisaient par le
prochain.
3.- N’ai-je pas
raison de me plaindre de l’homme, qui n’a reçu de moi que des bienfaits, et qui
ne me rend que de la haine et des offenses? Cependant, je te l’ai dit et je- te
le répète, les larmes de mes serviteurs peuvent apaiser ma colère ; oui, vous
tous qui me servez, répandez sans cesse en ma présence Vos ferventes prières et
vos ardents désirs ; pleurez amèrement les offenses qui me sont faites et le
(31) malheur des âmes qui se perdent, et vous adoucirez la rigueur de mes
divins jugements.
1.- Apprends, ma
fille, que personne ne peut échapper à mes mains, parce que je suis celui qui
suis. Vous n’avez pas l’être par vous-mêmes, mais vous êtes faits par moi, qui
suis le créateur de toutes les choses qui participent à l’être, excepté du
péché, qui n’est pas, car il n’à pas été fait par moi, et comme il n’est pas en
moi, il n’est pas digne d’être aimé.
2.- La créature
se rend coupable parce qu’elle aime le péché, qu’elle ne devrait pas aimer, et
parce qu’elle me hait, moi qu’elle devrait tant aimer, puisque je suis le
souverain Bien, et que je lui ai donné l’être avec tant d’amour. Mais elle ne
peut m’échapper : ou elle est punie par ma justice pour ses fautes, ou elle est
sauvée par ma miséricorde. Ouvre donc l’oeil de ton intelligence et regarde ma
main, et tu verras la vérité de ce que je te dis.
3.- Cette âme,
pour obéir à l’ordre du Père suprême, regarda, et vit dans sa main l’univers
tout entier. Et Dieu lui disait : Ma fille, vois et comprends que personne ne
peut m’échapper ; tous sont les sujets de ma justice ou de ma miséricorde, car
tous ont été créés par moi, et je les aime d’un amour ineffable ; malgré toutes
leurs iniquités, je leur ferai miséricorde, et je t’accorderai ce que tu m’as
demandé avec tant de larmes et d’ardeur.
1.- Alors cette
âme, ivre d’amour et tout hors d’elle-même, dans l’ardeur toujours croissante
de ses saints désirs, était à la fois heureuse et pleine de douleur. Elle était
heureuse parce qu’elle était unie à Dieu, jouissant des largesses de sa bonté
et tout anéantie dans sa (32) miséricorde ; elle était pleine de douleur parce
qu’elle voyait offenser cette bonté infinie. Elle rendait grâces à la Majesté
divine en comprenant que Dieu lui avait manifesté les défauts de ses créatures
pour la contraindre à s’adresser à lui avec plus de zèle et de désir.
2.- Elle sentait
son amour se renouveler au sein de Dieu, et cette sainte flamme de l’amour
devenait si ardente, qu’elle désirait changer en sueurs de sang ces sueurs que
causaient à son corps les violences de son âme, parce que l’union de son âme
avec Dieu était plus grande que l’union de son âme et de son corps. La force de
l’amour la baignait de sueurs, mais elle en avait honte, car c’était son sang
qu’elle aurait voulu voir couler. Elle se disait à elle-même : O ma pauvre âme,
tu as perdu tous les instants de ta vie ; il y a tant de péchés dans le monde
et dans l’Église, tant de malheurs généraux et particuliers f Je voudrais te
les voir réparer par une sueur de sang.
3.- C’est que
cette âme avait bien compris les enseignements de l’éternelle Vérité, le besoin
de se connaître, la bonté de Dieu à son égard, et le moyen de réparer le mal
dans le monde et d’apaiser la justice irritée du Ciel par d’humbles et
continuelles prières. Elle excitait de plus en plus ses désirs et appliquait
davantage son intelligence à la contemplation de la charité divine ; elle
voyait et sentait combien nous sommes tenus d’aimer et de chercher la gloire et
la louange du nom de Dieu dans le salut des âmes. Elle comprenait que c’était
la vocation des serviteurs de Dieu. C’était surtout celle à laquelle la Vérité
éternelle appelait le père de son âme, et elle l’offrait à la bonté divine,
demandant avec ferveur pour lui la lumière de la grâce, afin qu’il accomplit
véritablement la volonté de Dieu en toutes choses.
1.- Alors Dieu
répondit à cette demande que lui inspirait l’ardent désir qu’elle avait du
salut de son père spirituel. Il lui disait : Ma fille, ma volonté est qu’il
cherche à me (33) plaire par sa faim et son zèle pour le salut des âmes ; mais
ni toi ni lui ne pourrez y parvenir sans souffrir les nombreuses persécutions
que je jugerai utile de vous accorder.
2.- Si vous désirez me voir honorer dans
l’Eglise, vous devez vouloir et aimer souffrir avec patience : ce sera la
preuve que toi, ton père spirituel, et mes autres serviteurs, vous cherchez
véritablement ma gloire. Vous mériterez ainsi ma tendresse paternelle ; vous
reposerez sur la poitrine de mon Fils bien-aimé, que je vous ai donné comme un
pont, pour que tous vous puissiez atteindre votre fin dernière, et recevoir le
fruit des peines que vous aurez supportées courageusement par amour pour moi.
(34)
1.- Je t’ai dit
que j’avais fait du Verbe, mon Fils unique, un pont, et c’est la vérité. Je
veux que vous sachiez, vous qui êtes mes enfants, que la route a été rompue par
le péché et la désobéissance d’Adam. Personne ne pouvait arriver à la vie
éternelle, l’homme ne rendait plus la gloire qu’il me devait et ne recevait
plus le bien pour
lequel je
l’avais créé à mon image et ressemblance, et dès lors ma vérité ne s’accomplissait
pas.
2.- Cette vérité
était que je l’avais créé pour qu’il eût la vie éternelle, et qu’en participant
à moi, il goûtât les ineffables douceurs de ma bonté suprême. Le péché
l’empêchait d’arriver à ce but, et ainsi ma vérité n’était pas accomplie, parce
que la faute avait fermé le ciel et la porte de la miséricorde. Cette faute
produisit pour
l’homme les
épines, les souffrances et les tribulations.
3.- La créature
trouva la révolte en elle-même, dès qu’elle se fut révoltée contre moi : la
chair combattit l’esprit. L’homme, en perdant l’état d’innocence, devint un
être immonde contre lequel toutes les choses créées se révoltèrent, tandis
qu’elles lui auraient été toujours soumises, s’il se fût conservé dans l’état
où je l’avais placé.
En ne s’y
conservant pas, il a violé l’obéissance et mérité la mort éternelle de l’âme et
du corps. Dès qu’il eut (34) péché ; un fleuve plein de tempêtes se précipita
sur lui et l’inonda de peines et de persécutions qui venaient de lui-même, du
démon et du monde.
4.- Vous périssiez
tous dans ce fleuve, car personne, par son propre mérite, ne pouvait atteindre
la vie éternelle. Pour vous préserver de ce malheur, je vous ai donné mon Fils
comme un pont sur lequel vous pouvez passer sans danger le fleuve et les orages
de cette vie. Vois combien la créature me doit, et combien elle est aveugle en
voulant toujours se noyer dans ce fleuve et en ne prenant pas le remède que je
lui ai donné.
1.- Ouvre l’oeil
de ton intelligence, ma fille, et tu verras les pauvres aveugles, tu verras
aussi les imparfaits et les parfaits qui me suivent dans la vérité ; tu
pleureras sur la perte des aveugles, et tu te réjouiras de la perfection de mes
enfants bien-aimés. Tu verras comment font ceux qui marchent dans la lumière et
ceux qui marchent dans les ténèbres ; mais avant, je veux que tu regardes ce
pont de mon Fils unique, et que tu voies sa grandeur qui s’étend du ciel à la
terre, car il comble la distance qui est entre l’infini et votre humanité, il
unit le ciel et la terre par l’union que j’ai faite des deux natures.
2.- Il fallait
bien rétablir la route qui était rompue, comme je te l’ai dit, afin que vous
arriviez à la vie, et que vous traversiez les flots amers du monde. La terre ne
pouvait suffire à ce grand travail, qui devait vous faire passer le fleuve et
vous procurer la vie éternelle. La nature de l’homme était incapable de
satisfaire à la faute, et d’effacer
la souillure du
péché d’Adam qui corrompait et infectait tout le genre humain ; il fallait
l’unir à la grandeur de ma nature divine, afin qu’elle pût satisfaire pour tous
les hommes ; il fallait que la nature humaine souffrît la peine, et que la
nature divine unie à cette nature humaine acceptât le sacrifice de mon Fils qui
m’était offert pour vous, pour vous délivrer de la mort et vous donner la vie.
3.- La grandeur
de la Divinité s’abaissa jusqu’à la terre (35) de votre humanité, et c’est
cette union qui fit ce pont et rétablit la route. Pourquoi mon Fils s’est-il
fait lui-même le chemin? C’est pour que vous puissiez jouir de la vie éternelle
avec les anges. Mais pour acquérir le bonheur, il ne suffit pas que mon Fils
soit devenu un pont, il faut encore vous en servir.
1.- L’éternelle
Vérité montrait à cette âme qu’elle nous avait créés sans nous, mais qu’elle ne
pouvait nous sauver sans nous. Il faut pour cela faire un bon usage du libre
arbitre et employer le temps à la pratique des vertus. Elle ajoutait : Vous
devez tous passer sur ce pont ; en cherchant sans cesse la gloire de mon nom
dans le salut des âmes et en supportant toutes sortes de fatigues, à la suite
du doux et tendre Verbe ; sans cela vous ne pourrez jamais venir à moi.
2.- Vous êtes
les ouvriers que j’ai envoyés travailler à la vigne de la sainte Église. Vous
travaillez dans le corps universel de la religion chrétienne. Je vous y ai
conduits par ma grâce lorsque je vous ai donné la lumière du saint baptême.
Vous recevez ce baptême dans le corps mystique de l’Église, par les mains de
ses ministres que j’ai envoyés travailler avec vous.
3.- Vous êtes
dans le corps universel, et eux sont dans le corps mystique pour nourrir vos
âmes et vous administrer le sang de mon Fils dans les sacrements que vous
recevez d’eux, lorsqu’ils vous délivrent des épines du péché mortel et qu’ils
sèment en vous la grâce. Ce sont les ouvriers qui travaillent à la vigne de vos
âmes unie à la vigne de la sainte Église.
4.- Toute
créature qui a la raison possède une vigne en elle-même : c’est la vigne de son
âme, dont le libre arbitre est le vigneron tant que dure la vie. Dès que le
temps est plissé, personne ne peut travailler ni bien ni mal ; mais tant qu’il
vit, il peut cultiver la vigne que je lui ai confiée. Chaque vigneron a reçu
une force si grande, que le démon ni aucune créature ne peut le dépouiller sans
son consentement. Il est devenu fort par le saint baptême, (36) et il a reçu
comme instruments l’amour de la vertu et la haine du péché. Cet amour et cette
haine, il les trouve dans le sang, parce que, par amour pour vous et par haine
pour le péché, mon Fils unique est mort et vous a donné son sang, qui vous
communique la vie dans le baptême.
5.- Puisque vous
êtes armés, votre libre arbitre doit se servir de ce fer, pendant qu’il est
temps, pour arracher les épines du péché mortel et pour cultiver la vertu ;
sans cela vous ne recevriez pas le fruit du sang que doivent vous donner les
ouvriers que j’ai mis dans la sainte Église pour ôter le péché mortel de la
vigne de l’âme, et distribuer la grâce en administrant le sang dans les
Sacrements établis par l’Église.
6.- Il faut donc
exciter d’abord en vous la contrition du coeur, l’horreur du péché, l’amour de
la vertu ; et alors vous recevrez le fruit du sang. Mais vous ne le pouvez
recevoir, si de votre côté vous n’êtes pas comme les rameaux de mon Fils unique,
qui est Fa vigne ; car il a dit : « Je suis la vigne véritable, mon Père
est le vigneron et vous êtes les rameaux » (S. Jean, XV, 1-5) ; et cela est
vrai.
7.- Je suis le
vigneron, car tout ce qui a l’être est venu ou vient par moi. Ma puissance est
infinie, c’est elle qui gouverne l’univers, et rien n’est fait ni ordonné sans
moi. Je suis le vigneron qui ai mis mon Fils unique, la vigne véritable, dans
la terre de votre humanité, afin que vous en soyez les rameaux qui portent le
fruit.
8.- Celui qui ne
portera pas le fruit de saintes et bonnes oeuvres sera retranché de la vigne et
se dessèchera ; car, dès qu’il est séparé de la vigne, il perd la vie de la
grâce et est jeté au feu éternel. Ainsi le rameau qui ne porte pas de fruit est
retranché de la vigne et mise au feu ; il ne peut servir à autre chose. Ceux
qui sont retranchés par leur faute, et qui meurent dans le péché mortel, sont
jetés par la justice divine, parce qu’ils sont inutiles, dans le feu qui dure
éternellement.
9.- Ceux-là
n’ont pas cultivé leur vigne ; ils l’ont au contraire détruite ainsi que celle
des autres. Non seulement ils ont négligé de produire des rejetons de vertus,
mais encore ils ont ôté la semence de la grâce qu’ils avaient reçue dans la
lumière du saint baptême, en participant au sang de mon Fils, qui est le vin
que porte cette vigne (37) vérItable, ils ont enlevé cette semence, et ils
l’ont donnée en pâture aux animaux, c’est-à-dire à leurs nombreuses iniquités.
Ils l’ont foulée aux pieds de I’amour déréglé avec lequel ils m’ont offensé, et
ils ont nui à eux-mêmes et à leur prochain.
10.- Mes
serviteurs n’agissent pas ainsi, et vous devez faire comme eux, c’est-à-dire
être unis et greffés sur la vigne véritable, et alors vous porterez des fruits
abondants, parce que vous participerez à la sève de la vigne.
11.- Si vous
êtes dans mon Fils bien-aimé, vous êtes en moi, parce que je suis une même
chose avec lui, et lui avec moi. En étant avec lui, vous suivrez sa doctrine,
et en suivant sa doctrine, vous participerez à la substance du Verbe ;
c’est-à-dire vous participerez à la divinité unie à l’humanité, et vous
puiserez un amour divin qui enivre l’âme fidèle. En vérité, je vous le dis,
vous participerez à la substance de la vigne véritable.
1.- Apprends, ma
fille, ma conduite envers mes serviteurs qui sont unis à mon Fils bien-aimé par
leur fidélité à suivre sa doctrine. Je les taille pour qu’ils portent beaucoup
de fruits, et que ce fruit soit excellent et non pas sauvage. Les rameaux de la
vigne sont coupés par le vigneron, pour que le vin soit meilleur et plus
abondant ;
et les branches
qui ne portent pas de fruits sont retranchées et mises au feu. Je ferai de
même, moi qui suis le vigneron véritable ; je taille par la tribulation les
serviteurs qui sont en moi, afin que leur vertu soit éprouvée et donne des
fruits plus abondants et plus parfaits. Ceux qui sont stériles sont retranchés
et jetés au feu.
2.- Les vrais
ouvriers sont ceux qui cultivent bien leurs âmes ; ils en arrachent
l’amour-propre et retournent en moi la terre de leur coeur, pour y nourrir et y
développer la semence de la grâce qu’ils ont reçue au saint baptême. En,
cultivant leur vigne, ils cultivent celle du prochain ; et ils (38) ne peuvent
cultiver l’une sans l’autre ; car, je l’ai dit, tout le bien et le mal se fait
par le moyen du prochain. Vous êtes mes ouvriers ; je vous ai choisis ; moi, je
suis l’ouvrier éternel et suprême ; et je vous ai unis et greffés à la vigne
véritable par l’union que j’ai faite avec vous.
3.- Remarque, ma
fille, que toutes les créatures raisonnables ont en elles une vigne
naturellement unie à la vigne de leur prochain. Ces vignes sont tellement
unies, qu’elles ne peuvent agir sans que le bien ou le mal qu’elles font ne
leur soit commun. Vous formez tous la vigne universelle, qui est la société des
fidèles unie à la vigne mystique de la sainte Église, où vous puisez la vie.
4.- Dans cette
vigne est plantée la vigne de mon Fils unique, sur lequel vous devez être
greffés. Si vous ne l’êtes pas, vous êtes rebelles à la sainte Église, et vous
êtes comme les membres retranchés qui se corrompent sur-le-champ. Vous avez, il
est vrai, le temps pour détruire cette corruption du péché par une contrition
véritable et par le secours de mes ministres, qui sont les ouvriers chargés de
distribuer le vin, c’est-à-dire le sang sorti de la vigne véritable. Ce sang
est si pur et si parfait, qu’aucun défaut de celui qui l’administre ne peut en
altérer la vertu.
5.- C’est la
charité qui lie les rameaux avec les liens d’une humilité sincère, acquise par
la connaissance de soi-même et de moi. Tu vois que je vous ai tous envoyés
travailler, et je vous y invite de nouveau, parce que le monde décline, et que
les épines s’y sont tellement multipliées, qu’elles étouffent la semence, et
que les hommes ne veulent plus porter les fruits de la grâce.
6.- Je veux donc
que vous soyez mes ouvriers, et que vous alliez avec zèle travailler aux âmes
dans le corps mystique de la sainte Église. Je vous ai choisis pour cela, parce
que je veux faire miséricorde au monde, pour lequel tu m’adresses de si
ferventes prières.
1.- Alors cette
âme, dans son ardent amour, s’écriait : O douce et ineffable Charité, qui
ne s’enflammerait pas (39) à tant
d’amour? Quel coeur pourrait se défendre d’en être consumé? O abîme de charité,
vous aimez si éperdument vos créatures, qu’il semble que vous ne pouvez vivre sans
elles ; et cependant vous êtes notre Dieu, qui n’a pas besoin de nous. Notre
bien n’ajoute rien à votre grandeur, car vous êtes immuable ; notre mal ne peut
vous atteindre, car vous êtes l’éternelle et souveraine bonté. Qui vous porte
donc à tant de miséricorde? L’amour, et non pas le devoir, ni le besoin que
vous avez de nous. Nous ne sommes que des enfants coupables et de mauvais
débiteurs.
2.- Oui, je ne
m’aveugle pas, ô souveraine Vérité, j’ai fait le mal, et vous êtes puni pour
moi ; je vois le Verbe, votre Fils, attaché et cloué à la croix, et vous m’en
avez fait un pont, ainsi que vous me l’avez montré à moi votre misérable
servante. C’est pour cela que mon coeur se brise, et il ne se brise pas autant
que le voudrait l’ardent désir qui m’enflamme pour vous. Je me rappelle que
vous vouliez me montrer quels sont ceux qui passent sur ce pont et ceux qui n’y
passent pas. Qu’il plaise à votre bonté de le faire. Je serai bienheureuse de
le voir et de l’entendre.
1.- Alors le
Dieu éternel, afin d’exciter et d’enflammer de plus en plus cette âme pour le
salut des hommes, lui répondit : Avant de te montrer ce que je veux te montrer
et ce que tu me demandes, je vais te dire comme est fait ce pont. Je t’ai dit
qu’il tient du ciel à la terre par l’union que j’ai faite avec l’homme, qui est
formé du limon de la terre. Ce pont, qui est mon Fils unique, a trois degrés.
Deux furent faits sur le bois de la sainte croix, et le troisième est dans la
grande amertume qu’il ressentit lorsqu’il fut abreuvé de fiel et de vinaigre. A
ces trois degrés correspondent trois états de l’âme que je t’expliquerai
bientôt.
2.- Le premier
degré c’est ses pieds, qui signifient I’affection ; les pieds portent le corps,
comme l’affection porte l’âme. Ces pieds percés doivent te servir de degrés
pour arriver (40) au côté, qui est le second degré où te sera révélé le secret
du coeur. car, dès que l’âme s’est élevée à l’affection des pieds, elle
commence à goûter l’affection du coeur ; elle fixe l’oeil de l’intelligence
dans le cœur entrouvert de mon Fils, où elle trouve la perfection de l’amour.
Son amour est parfait, car ce n’est pas l’intérêt qui l’inspire. En quoi
pouvez-vous lui être utile, puisqu’il est une même chose avec moi?
3.- Alors l’âme
s’emplit d’amour en voyant qu’elle est tant aimée. Elle monte du second degré
au troisième, c’est-à-dire à cette bouche pleine de douceur où elle trouve la
paix, après la grande guerre qu’avaient causée ses fautes. Le premier degré la
détache des affections de la terre et la dépouille du vice ; le second degré la
remplit d’amour pour la vertu ; le troisième lui fait goûter la paix.
4.- Ce pont a
trois degrés, afin qu’en montant le premier et le second vous puissiez arriver
au dernier. Il est élevé, pour que l’eau qui passe ne puisse vous nuire, et
qu’il n’y ait en vous aucun poison du péché. Ce pont touche au ciel, et il
n’est pourtant pas séparé de la terre. Sais-tu quand il a été élevé? Au moment
où mon Fils a été sur le bois de la très sainte croix, sans que sa nature
divine fût séparée de la bassesse de votre humanité. C’est ainsi que, malgré
son élévation, il n’a pas été séparé de la terre ; car ses deux natures étaient
unies et mêlées ensemble. Personne ne pouvait passer sur ce pont avant qu’il
fût élevé en haut ; et c’est pourquoi mon Fils a dit : « Si je suis
élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (S. Jean, XII, 32).
5.- Lorsque ma
bonté vit que vous ne pouviez être attirés d’une autre manière, j’ordonnai
qu’il fût élevé sur l’arbre de la Croix, et que l’humanité fût battue sur cette
enclume, pour qu’elle fût délivrée de la mort et revêtue de la vie de la grâce.
Mon Fils a attiré toute chose en montrant l’amour ineffable qu’il avait pour
vous ; car le coeur de l’homme est toujours attiré par l’amour. Il ne pouvait
vous montrer un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour vous. Cet amour doit
donc faire violence à l’homme, si son aveuglement et son ingratitude n’y
mettent pas obstacle. Il a dit que quand il serait élevé de terre il attirerait
toute chose à lui, et c’est la vérité.
6.- Ceci-doit
s’entendre de deux manières. Premièrement, (41) si l’amour attire le coeur de
l’homme, avec lui sont attirées toutes les puissances de l’âme, la mémoire,
l’intelligence et la volonté. Dès que ces trois puissances sont unies et
assemblées en mon nom, toutes les autres opérations, actuelles et mentales, se
fixent et s’unissent en moi par l’effet de l’amour. L’âme s’élève à la suite de
l’amour crucifié. Ainsi ma Vérité s’est donc bien exprimée en disant : « Si je
suis élevé de terre, j’attirerai tout à moi» ; car, dès qu’il attire le coeur
et les puissances de l’âme, il attire tous leurs actes.
7.- Secondement,
tout a été créé pour le service de l’homme. Les choses créées ont été faites
pour lui être utiles et fournir à ses besoins. La créature raisonnable n’est
pas faite pour les choses créées, mais pour moi, afin qu’elle me serve de tout
son cœur et de toutes ses forces, Dès que l’homme est attiré, tout est attiré,
puisque tout est fait pour lui. Il fallait donc que le pont fût élevé et qu’il
eût des degrés, pour que vous puissiez monter plus facilement.
1.- Ce pont est
bâti avec des pierres, pour que la pluie n’en intercepte pas le passage. Et
quelles sont- ces pierres? ce sont les vertus sincères et véritables. Ces
pierres n’étaient pas réunies avant la Passion de mon Fils ; aussi personne ne
pouvait parvenir à sa fin, même en suivant la bonne route. Le ciel n’était pas
encore ouvert avec la clef du sang, et la pluie de la justice empêchait de
passer. Mais les pierres furent taillées et posées, sur le corps de mon Fils
bien-aimé qui est le pont : il les réunit, et, pour les cimenter, il détrempa
la chaux avec son sang, c’est-à-dire que le sang fut mêlé à la chaux de la
Divinité par-la force et le feu de la charité.
2.- Ma puissance
posa les pierres des vertus sur mon Fils, parce que toute vertu est éprouvée en
lui ; c’est de lui qu’elle reçoit la vie. Personne ne peut acquérir la vertu
qui manifeste la vie de la grâce, si ce n’est par lui, c’est-à-dire s’il ne
suit ses traces et sa doctrine. Il a posé les vertus comme les pierres vives de
l’édifice ; il les a fortement cimentées avec son sang, afin que tous les
fidèles pussent passer sûrement (42) et sans craindre servilement la pluie de
la justice divine, parce qu’ils sont abrités par la miséricorde. La
mis,éricorde est descendue du ciel dans l’incarnation de mon Fils. Et comment
a-t-elle ouvert le ciel? avec la clef de son sang.
3.- Ainsi, tu le
vois, le pont est construit de pierres ; il est abrité par .la miséricorde, et
dessus se trouve l’hôtellerie et le jardin de la sainte Église qui distribue le
pain de vie et donne à boire le sang précieux, afin que mes créatures qui
passent ne défaillent pas dans leur pèlerinage. C’est ma charité qui vous fait
distribuer ainsi le sang et le corps de mon Fils bien-aimé, homme et Dieu tout
ensemble.
4.- Quand le
pont est passé ; on arrive à la porte qui en fait aussi partie ; c’est par elle
que tous doivent entrer, car il a dit : « Je suis la voie, la vérité, la vie.
(S. Jean, XIV, 6). Qui va par moi ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura
la lumière de la vie». ( S. Jean, VIII, 12 ). Personne ne peut venir à moi si
ce n’est par lui. C’est la vérité. Et si tu te le rappelles, je te l’ai montré
en te faisant voir la voie. Il a dit qu’il était la voie, et c’est la vérité ;
je t’ai fait voir cette voie sous la forme d’un pont. Il a dit qu’il est la
vérité, et cela est, car il est uni à moi qui suis la vérité. Celui qui le suit
marche par la vérité et la vie ; et celui qui suit cette vérité reçoit la vie
de la grâce et ne peut mourir de faim, car la vérité devient sa nourriture.
5.-Il ne peut
tomber dans les ténèbres, parce qu’il est la lumière sans aucune erreur. La
vérité confond et détruit le mensonge du démon, par qui Eve fut trompée. C’est
ce mensonge qui a rompu la voie du ciel, et la vérité l’a réparée et consolidée
avec son précieux sang. Ceux qui suivent cette voie sont les fils de la vérité,
parce qu’ils suivent la Vérité, et ils passent par la porte de la vérité, et se
trouvent unis en moi par mon Fils, qui est la porte, la voie, l’éternelle
vérité, la paix infinie.
6.- Celui qui ne
suit pas cette voie passe sous le pont, par la route du fleuve, qui n’est pas
garnie de pierres et qui est tout inondée ; et parce que l’eau n’a aucune
consistance, personne ne peut y marcher sans périr. Cette eau dangereuse est le
monde, avec ses plaisirs et ses honneurs.
7.- L’âme n’y
place pas ses affections sur la pierre solide, (43) car elle aime d’un amour
déréglé les créatures ; elle les aime et les possède hors de moi. Ces choses
créées ressemblent à des eaux courantes, l’homme est entraîné comme elles ; il
croit que ce sont les choses qu’il aime qui passent, et c’est lui qui va sans
cesse vers la mort. Il voudrait se retenir et fixer sa vie dans les choses
qu’il aime, mais tout lui échappe par la mort ou par ma providence.
8.- Ceux qui
suivent la voie du mensonge sont les fils du démon, qui est, le père du
mensonge ; et parce qu’ils passent par la porte du mensonge, ils tombent dans
la damnation éternelle. Mais je t’ai montré la vérité et je t’ai montré le
mensonge ; ma voie est la vérité, la voie du démon est le mensonge.
1.- Ce sont les
deux voies ; dans l’une et dans l’autre on marche péniblement. Regarde combien
l’homme est ignorant et aveugle : il veut passer- par le fleuve, et il a une
autre route où tout ce qui est amer devient doux, et tout ce qui est pesant
devient léger. Au milieu des ténèbres du corps on y trouve la lumière, et ceux
qui meurent y acquièrent la vie immortelle, car ils goûtent par l’amour et la
lumière de la foi l’éternelle vérité, qui a promis le repos à ceux qui se
fatiguent pour moi.
2.- Je suis
fidèle, reconnaissant et juste ; je donne à chacun selon ses mérites ; tout
bien est récompensé, et tout mal est puni. Le bonheur que possède celui qui suit
la voie véritable, la langue ne pourra jamais le raconter, l’oreille
l’entendre, et l’oeil le contempler, car celui-là possède et goûte déjà le bien
qui est préparé pour la vie du ciel.
3.- Qu’il est
insensé celui qui méprise un si grand bien et préfère avoir, dés cette vie, un
avant-goût de l’enfer, puisqu’il passe par le chemin du monde, où il ne trouve
que des fatigues sans repos et sans jouissance, car ses péchés le privent de
moi, qui suis le bien éternel et suprême.
4.- Tu as donc
bien raison de gémir, et je veux que toi et mes autres serviteurs, vous
pleuriez amèrement l’offense qui m’est faite, et que vous ayez compassion de
ces pauvres aveugles qui perdent leurs âmes. Tu as vu et entendu comment (44)
est fait ce pont, car je t’ai expliqué que mon Fils unique était le moyen qui
unit la grandeur de Dieu à la bassesse de l’homme.
1.- Lorsque mon
Fils retourna vers moi, quarante jours après sa résurrection, le pont s’éleva
de la terre, c’est-à-dire de la société des hommes. Il monta jusqu’au ciel par
la vertu de ma nature divine et se fixa à ma droite, ainsi que l’ange le dit
aux disciples le jour de l’Ascension, lorsqu’ils étaient comme morts, parce que
leurs coeurs avaient quitté la terre pour le ciel avec la sagesse de mon Fils.
Il ne faut pas vous arrêter davantage, leur dit-il, parce que le Seigneur Jésus
est monté au ciel, où il est assis à la droite du Père.
2.- Lorsqu’il
fut monté vers moi, avec son corps qui ne se sépara jamais de la divinité,
j’envoyai aux hommes le grand maître, le Saint-Esprit, qui vint avec ma
puissance, avec la sagesse du Fils, et avec sa clémence ; car il est une même
chose avec moi le Père et avec mon Fils ; il complète la voie de la doctrine
que ma vérité avait laissée dans le monde. Mon Fils n’était pas visible, mais
sa doctrine y restait avec les vertus, qui sont les pierres vives fondées sur
la doctrine pour former la voie de ce pont doux et glorieux. Il avait travaillé
le premier, et ses oeuvres avaient tracé la voie ; car il vous a donné sa
doctrine plutôt par ses exemples que par ses paroles ; il agit avant de parler.
3.- La clémence
du Saint-Esprit confirma cette doctrine en donnant aux disciples la force de
confesser la vérité et d’enseigner la voie véritable, c’est-à-dire la doctrine
de Jésus crucifié. Il convainquit par leur moyen le monde d’injustices et de
faux jugements. Je t’expliquerai bientôt quels sont ces injustices et ces faux
jugements.
4.- Je t’ai dit
tout ceci afin qu’aucune erreur ne puisse obscurcir l’esprit, et qu’on ne dise
pas : Le corps de Jésus-Christ est bien un pont par l’union de la nature divine
avec la nature humaine, c’est la vérité ; mais ce pont s’est séparé de nous en
montant au ciel. Il était vraiment le chemin, du salut, et il nous enseignait
la vérité par ses paroles et ses (45) exemples ; maintenant, que nous est-il
resté? Où trouver la voie? Je te le dirai pour ceux qui sont tombés dans cet
aveuglement. La doctrine de mon Fils a été confirmée par les apôtres, prouvée
par le sang des martyrs, illuminée par les docteurs, reconnue par les
confesseurs, écrite par les évangélistes ; et tous ces témoins en ont confessé
la vérité dans le corps mystique de la sainte Eglise.
5.- Ils sont
comme le flambeau placé sur le chandelier, pour montrer la voie de la vérité
qui conduit à la vie dans une parfaite lumière. Non seulement ils l’ont
enseignée, mais ils l’ont montrée en eux-mêmes, Chacun est assez éclairé pour
connaître la vérité, s’il le veut, et s’il n’étouffe pas la lumière de sa
raison par l’amour déréglé de soi-même. Oui, la doctrine de mon Fils, qui est
la vérité, est restée dans le monde, comme une barque pour, sauver l’âme des
tempêtes de la mer et la conduire au port du salut.
6.- Ainsi j’ai
fait d’abord de mon Fils un pont pour le salut du monde, lorsqu’il conversait
parmi les hommes ; et lorsque le pont s’est élevé de la terre, il y est
cependant resté, car c’est la voie de la doctrine inséparablement unie à ma
puissance, à la sagesse du Fils et à la clémence du Saint-Esprit. La puissance
donne la vertu de force à celui qui suit la voie ; la sagesse donne la lumière
pour connaître la vérité l’Esprit Saint donne l’amour qui chasse l’amour-propre
sensuel de l’âme, et n’y laisse que l’amour de la vertu.
7.- Ainsi de
toute manière, par lui-même ou par sa doctrine, mon Fils est la voie, la
vérité, la vie, le pont qui vous conduit jusqu’au ciel. C’est ce qu’il voulait
dire par ces paroles : « Je suis sorti du Père, et je suis venu d’ans le monde,
et maintenant je quitte le monde, et je retourne vers le Père » (S. Jean, XVI,
28), et je viendrai vers vous ; c’est-à-dire, mon Père m’a envoyé vers vous ;
et je me suis fait votre pont pour que vous passiez le fleuve, et que vous
puissiez arriver à la vie. Et il ajoute : « Je reviendrai vers vous, je ne vous
laisserai pas orphelins ; mais je vous enverrai le Consolateur » (S. Jean, XIV,
18) ; c’est-à-dire, je retourne vers mon Père, et je reviendrai quand le
Saint-Esprit, qui est appelé le Consolateur, viendra plus clairement vous
montrer que je suis la voie de la vérité, et vous confirmer la doctrine que je
vous ai donnée.
8.- II dit qu’il
reviendra, et il revient ; car le Saint-Esprit (46) ne vient pas seul, mais il
vient avec la puissance du Père, avec la sagesse du Fils, et avec la clémence
du Saint-Esprit. Tu vois donc qu’il revient, non pas visiblement, mais par sa
vertu. Il fortifie la route de la doctrine, et cette route ne peut être
détruite ou fermée à celui qui veut la suivre, parce qu’elle est sûre et
solide, et qu’elle vient de moi, qui suis immuable. Vous devez donc suivre
cette route avec courage et sans hésitation, puisque vous êtes éclairés par la
lumière de la foi, dont vous a revêtus le saint baptême.
9.- Ainsi je
t’ai clairement montré que le pont et la doctrine sont une même chose ; et j’ai
fait connaître aux ignorants Celui qui a ouvert cette voie de vérité et ceux
qui l’enseignent. J’ai dit que c’étaient les apôtres, les évangélistes, les
martyrs, les confesseurs, les saints docteurs, placés comme des lampes dans
l’Église. Je t’ai expliqué comment mon Fils, en venant à moi, est retourné à
vous, non pas visiblement, mais virtuellement, lorsque le Saint-Esprit
descendit sur les disciples. Il ne retournera visiblement qu’au dernier jour du
jugement, lorsqu’il viendra avec ma majesté et ma puissance pour juger le
monde, lorsqu’il glorifiera les bons et récompensera les fatigues de leur âme
et de leur corps, tandis qu’il punira d’une peine éternelle ceux qui auront
commis le mal pendant leur vie.
10.- Maintenant
je veux remplir ma promesse et te montrer ceux qui marchent imparfaitement,
ceux qui marchent parfaitement et ceux qui avancent avec une plus grande
perfection ; comment ils marchent, et comment les méchants se noient dans le
fleuve et tombent par leur faute dans les supplices et les tourments.
11.- Je vous
conjure, mes fils bien-aimés, de passer sur le pont et non pas dessous, car ce
n’est pas la voie de la vérité, mais celle du mensonge, que suivent les
pécheurs dont je te parlerai ; c’est pour les pécheurs que je vous conjure de
m’adresser des prières, c’est pour eux que je réclame vos larmes et vos sueurs,
afin qu’ils reçoivent de moi miséricorde. (47)
1.- Alors cette
âme, ivre d’amour, ne pouvait plus se contenir, et elle disait en présence de
Dieu : O éternelle Miséricorde, qui couvrez toutes les fautes de vos créatures,
je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché mortel et qui
retournent à vous : Je ne me rappellerai pas vos offenses. O Miséricorde
ineffable, je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché,
puisque vous dites de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez
pour eux afin de pouvoir leur faire miséricorde.
2.- O
Miséricorde, qui venez du Père, et qui gouvernez par votre puissance l’univers
tout entier! O Dieu, c’est votre miséricorde qui nous a créés, qui nous a
régénérés dans le sang de votre Fils ; c’est votre miséricorde qui nous
conserve ; votre miséricorde a fait lutter votre Fils sur le bois de la croix.
Oui, la mort a lutté contre la vie, la vie contre la mort. La vie a vaincu la
mort du péché, et la mort du péché a ravi la vie corporelle de l’innocent
Agneau. Qui est resté vaincu? la mort. Et quelle en fut la cause? votre
miséricorde.
3.- Votre
miséricorde donne la vie ; elle donne la lumière qui fait connaître votre
clémence en toute créature, dans les justes et dans les pécheurs. Votre
miséricorde brille au plus haut des cieux, dans vos saints ; et si je regarde
sur la terre, votre miséricorde y abonde. Votre miséricorde luit même dans les
ténèbres de l’enfer, car vous ne donnez pas aux damnés tous les tourments
qu’ils méritent.
4.- Votre
miséricorde adoucit votre justice ; par miséricorde, vous nous avez purifiés
dans le sang de votre Fils ; par miséricorde, vous avez voulu habiter avec vos
créatures à force d’amour. Ce n’était pas assez de vous incarner, vous avez
voulu mourir ; ce n’était pas assez de mourir, vous avez voulu descendre aux
enfers et délivrer les saints, pour accomplir en eux votre vérité et votre
miséricorde. Votre bonté a promis de récompenser ceux qui vous servaient
fidèlement, et vous êtes descendu aux limbes pour tirer de peine (48) ceux qui
vous avaient servi, et leur rendre le fruit de leurs travaux.
5.- Votre
miséricorde vous a forcé à faire encore davantage pour l’homme : vous vous êtes
donné en nourriture, afin que nous ayons un secours dans notre faiblesse, et
que, malgré notre oublieuse ignorance, nous ne perdions pas le souvenir de vos
bienfaits ; tous les jours vous vous offrez à l’homme dans le Sacrement de
l’autel, dans le corps mystique de la sainte Église. Et qui a fait cela? votre
miséricorde. O Miséricorde, le coeur s’enflamme en pensant à vous ; de quelque
côté que je me tourne, je ne trouve que miséricorde, O Père éternel, pardonnez
à mon ignorance qui ose parler devant vous ; mais l’amour de votre miséricorde
me servira d’excuse auprès de votre bonté.
1.- Lorsque
cette âme eut un peu, par ces paroles, dilaté son coeur dans la miséricorde
divine, elle attendit humblement l’accomplissement de la promesse qui lui avait
été faite, et Dieu continua de la sorte : Ma fille bien-aimée, tu as parlé
devant moi de ma miséricorde, parce que je te l’ai fait goûter et voir en te
disant : « C’est pour ceux qui m’offensent que je vous demande de m’adresser
vos prières ». Mais sois persuadée que, sans aucune comparaison, ma miséricorde
est beaucoup plus grande envers vous que tu ne peux le voir ; car ta vue est
imparfaite et finie, tandis que ma miséricorde est infinie et parfaite. Il y a
donc entre ton appréciation et la réalité toute la distance du fini à l’infini.
2.- J’ai voulu
te faire connaître cette miséricorde et aussi la dignité de l’homme, que je
t’ai déjà expliquée, afin de te faire mieux comprendre la méchanceté et
l’indignité des pécheurs qui passent par la route inférieure. Ouvre donc l’oeil
de ton intelligence, et regarde ceux qui se noient volontairement dans le
fleuve du monde ; vois l’abîme où ils tombent par leur faute.
3.- Ils sont
devenus d’abord infirmes et malades, parce que, dès qu’ils conçoivent le péché
mortel dans leur âme et (49) qu’ils l’enfantent par leurs oeuvres, ils perdent
la vie de la grâce : et comme les morts sont insensibles et n’ont d’autre
mouvement que ceux qui leur viennent de l’extérieur, ceux qui sont noyés dans
le fleuve de l’amour déréglé du monde sont morts à la grâce ; et parce qu’ils
sont morts, leur mémoire perd le souvenir de ma miséricorde ; l’oeil de leur
intelligence ne voit plus, ne reconnaît plus ma vérité ; car la sensibilité est
détruite, et l’intelligence est livrée à la mort de l’amour des sens. Leur
volonté aussi est morte à ma volonté, parce qu’elle n’aime que des choses
mortes, Les trois puissances de l’âme étant mortes, toutes leurs opérations
actuelles et mentales sont mortes, quant à la grâce ; l’âme ne peut se défendre
de ses ennemis et n’échappe qu’autant que je la secoure moi-même.
4.- Toutes les
fois, il est vrai, que ce mort, en qui reste encore le libre arbitre, demandera
mon secours pendant sa vie mortelle, il pourra l’obtenir, mais il ne pourra
rien par lui-même. Il est cause de son impuissance ; il a voulu asservir le
monde, et il a été asservi, par une chose qui n’est pas, c’est-à-dire par le
péché ; car le péché n’est rien que la privation de la grâce, comme
l’aveuglement est la privation de la lumière. Ceux qui le commettent sont
esclaves du péché. Je les avais faits des arbres d’amour par la vie de la
grâce, et ils se sont faits des arbres de mort ; car ils sont morts, comme je
te l’ai dit.
5.- Sais-tu où
est la racine de cet arbre? Dans l’élévation de l’orgueil, qu’entretient
l’amour-propre. La moelle est l’impatience, dont le fils est l’aveuglement. Ce
sont ces quatre vices qui tuent l’âme de celui qui est devenu un arbre de mort,
parce qu’il n’a pas puisé la vie dans la grâce ; à l’intérieur de l’arbre se
nourrit le ver de la conscience, que l’homme vivant dans le péché sent bien
peu, parce qu’il est aveuglé par l’amour-propre. Les fruits de cet arbre sont
mortels, car ils ont tiré la sève de la racine empoisonnée de l’orgueil.
6.- La pauvre
âme est pleine d’ingratitude, et de là vient tout le mal. Si elle était
reconnaissante des bienfaits reçus, elle me connaîtrait ; si elle me
connaissait, elle se connaîtrait elle-même et resterait dans mon amour ; mais
elle est si aveugle, qu’elle veut se fixer sur ce fleuve, sans s’apercevoir que
cette eau qui passe ne peut la soutenir. (50)
1.- Cet arbre
donne autant de fruits empoisonnés qu’il y a de sortes de péchés. Il y en a qui
servent de pâture aux animaux immondes : ce sont ceux que commettent ces hommes
qui abusent de leur esprit et de leur corps ; ils se vautrent dans la boue de
la chair, comme les pourceaux dans la fange. O âme abrutie, qu’as-tu fait de ta
dignité? tu as été faite la soeur des anges, et tu es devenue une brute
grossière! Ces pécheurs sont tombés si bas, que non seulement moi, qui suis la
pureté suprême, je ne puis les souffrir, mais que les démons, dont ils se sont
faits les amis et les serviteurs, ne peuvent les regarder commettre leur
impureté.
2.- Aucun péché
n’est plus abominable et ne détruit plus la lumière de l’intelligence. Les
philosophes eux-mêmes le savaient, non par la lumière de la grâce qu’ils
n’avaient pas, mais par celle que la nature leur donnait ; et comme ils
comprenaient que ce péché obscurcissait l’intelligence, ils gardaient la
continence afin de pouvoir mieux étudier. Ils jetaient aussi les richesses loin
d’eux, pour que le souci des richesses ne troublât pas leur coeur. Ce n’est pas
ce que fait l’aveugle et faux chrétien, qui a perdu la grâce par sa faute.
1.- Le fruit de
quelques autres pécheurs est de terre : c’est celui des avides et des avares,
qui, comme la taupe, vivent dans la terre jusqu’à la mort, et n’ont aucun
secours quand ils sont arrivés à leur dernier instant ; leur avarice insulte ma
richesse en vendant au prochain le temps qui ne leur appartient pas. Ces
usuriers tourmentent et volent leur prochain, parce que leur mémoire ne garde
pas le souvenir de ma miséricorde : ils ne seraient pas sans cela si
cruels envers eux et envers les autres ; ils auraient de la compassion et de la
miséricorde pour eux-mêmes en pratiquant la vertu, et pour le prochain en le
secourant par l’aumône. Oh! combien de maux viennent de ce péché maudit !
combien (51) d’homicides, de vols, de fourberies, de gains illicites, de coups
mortels et d’injustices! Ce péché tue l’âme, et la rend tellement esclave des
richesses, qu’elle ne songe plus à observer mes commandements ; l’avare n’aime
personne, si ce n’est par intérêt.
2.- Ce vice
procède de l’orgueil et nourrit l’orgueil ; l’un vient de l’autre, parce que
l’avarice entraîne toujours le désir de paraître, qui s’unit sur-le-champ à
l’orgueil ; et le mal augmente, parce que l’orgueil est plein d’estime de
lui-même. Alors s’allume un feu qui donne la fumée de la vaine gloire et la
vanité du cœur qui se glorifie de ce qui ne lui appartient pas. C’est une
racine qui a plusieurs rameaux : le principal est l’estime de soi, d’où sort
l’ambition d’être plus grand que les autres ; et alors le coeur, au lieu d’être
sincère et généreux, devient hypocrite et menteur. La langue dit autre chose que
ce qu’il renferme ; elle cache la vérité et invente le mensonge quand son
intérêt le demande. Ce vice produit aussi l’envie, ce ver qui ronge toujours et
que ne peuvent rassasier les biens de l’avare et les biens des autres.
3.- Comment ces
méchants tombés si bas donneraient-ils leurs richesses aux pauvres, puisqu’ils
volent leur prochain? Comment sauveraient-ils leur âme souillée, puisqu’ils la
traînent dans la fange? Quelquefois ils s’abrutissent tellement, qu’ils ne
regardent plus leurs enfants et leurs familles qu’ils laissent dans la misère.
Cependant ma miséricorde les supporte et ne commande pas à la terre de les
engloutir, pour qu’ils puissent reconnaître leurs fautes. Comment
donneraient-ils leur vie pour le salut des âmes, puisqu’ils ne donnent pas même
leur argent? Comment aimeraient-ils leurs frères, puisqu’ils sont rongés d’envie?
4.- O vice
misérable qui abaisse et détruit le ciel de l’âme! oui, je dis le ciel, car
j’ai fait de l’âme un ciel où j’habite par ma grâce, où je me cache, où je me
plais à résider par l’amour ; et l’âme se sépare de moi comme une adultère ;
elle s’aime, elle aime les créatures et les choses créées plus que moi ; elle
fait d’elle un dieu et me poursuit de ses nombreux péchés, et tout cela parce
qu’elle oublie le bienfait de ce sang de mon Fils répandu avec tant d’amour.
(52)
1.- Il y en a
qui sont fiers de leur puissance et qui affichent l’injustice. Ils sont
injustes envers moi, envers le prochain, envers eux-mêmes : injustes envers
eux, car ils n’acquièrent pas la vertu qu’ils devraient avoir ; injustes envers
moi, car ils ne me rendent pas l’honneur qui m’est dû en ne louant pas, ne
glorifiant pas mon nom comme ils devraient le faire. Ils prennent comme des
voleurs ce qui m’appartient pour le donner aux sens, qui sont faits pour les
servir. Ils commettent l’injustice envers moi et envers eux-mêmes, parce qu’ils
ne me connaissent pas en eux, tant ils sont aveuglés par leur ignorance et leur
amour-propre.
2.- Ainsi firent
les Juifs et les Pharisiens, qu’aveuglèrent tellement l’amour-propre et
l’envie, qu’ils méconnurent mon Fils unique, et qu’ils ne rendirent pas hommage
à l’éternelle Vérité descendue parmi eux, comme elle disait elle-même : Le
royaume de Dieu est au milieu de vous (S. Luc, XVII, 21). Ils ne le
reconnaissent pas parce qu’ils avaient perdu la lumière de la raison ; et alors
ils ne rendaient pas l’honneur et la gloire qui sont dus à moi et à mon Fils
qui est avec moi une même chose. Dans leur aveuglement ils furent injustes, en
poursuivant d’opprobres mon Fils jusqu’à la mort ignominieuse de la croix. De
même ces hommes sont injustes envers eux, envers moi, et aussi envers le prochain,
en vendant le sang de ceux qui sont soumis à leur puissance.
1.- Leur
égarement les fait tomber dans, de faux jugem,ents, comme je te l’expliquerai
bientôt. Ils se scandalisent de mes oeuvres, qui toutes sont justes et
véritablement inspirées par l’amour et la miséricorde. Ce sont ces faux
jugements et le venin de l’orgueil et de l’envie, qui firent calomnier et juger
injustement les oeuvres de mon Fils bien-aimé. Ces Juifs menteurs disaient : «
Celui-ci agit par la puissance de Béelzébub » (S. Matth., XII, 24) ; de même
les méchants égarés dans l’amour-propre, l’impureté, l’orgueil, l’avarice (53)
et l’envie, perdus par l’ignorance, par l’impatience et par tous les péchés
qu’ils commettent, se scandalisent de moi et de mes serviteurs. Ils jugent la
vertu une hypocrisie, parce que leur coeur est corrompu et leur goût vicié. Ils
trouvent mauvaises les choses bonnes, et bonnes les choses mauvaises, c’est-à-dire,
les dérèglements de la vie.
2.- O
aveuglement de l’homme, qui ne voit pas sa dignité! De grand tu te fais petit ;
de maître, tu deviens esclave de la plus vile puissance qu’on puisse trouver,
puisque tu te fais serviteur et esclave du péché, et que tu deviens semblable à
ce que tu sers. Le pêché est un néant ; tu retournes au néant, tu quittes la
vie, tu te donnes la mort.
3.- La vie et la
puissance vous ont été données par le Verbe, mon Fils unique : vous étiez les
esclaves du démon, et il vous a délivrés de sa servitude. Il s’est fait esclave
pour vous affranchir ; il a embrassé l’obéissance d’Adam, et il s’est humilié
jusqu’à l’opprobre de la croix pour confondre l’orgueil ; il a vaincu tous les
vices par sa mort, et personne ne peut dire : Ce vice est resté impuni ; car
tout vice a été frappé sur son corps, qui a servi d’enclume à ma justice.
4.- Tous les
remèdes sont donnés à ces hommes pour éviter la mort éternelle, et ils
méprisent ce sang précieux ; ils le foulent aux pieds de leur amour déréglé.
C’est là l’injustice et le faux jugement dont le monde sera convaincu au
dernier jour du jugement. C’est ce que signifiait cette parole de ma Vérité : «
J’enverrai le Consolateur, qui convaincra le monde d’injustice et de faux
jugement » ; et il en fut en effet convaincu, lorsque j’envoyai le Saint-Esprit
sur les Apôtres.
1.- Il y a trois
condamnations qui confondent le monde. La première fut portée quand le
Saint-Esprit descendit sur les Apôtres, et qu’ils le reçurent dans sa
plénitude, fortifiés par ma puissance et illuminés par la sagesse de mon Fils
bien-aimé. Alors le Saint-Esprit, qui est une même chose avec moi et avec mon
Fils, (54) accusa le monde par la bouche des disciples avec la doctrine de ma
Vérité. Les disciples et ceux qui leur ont succédé, en suivant la vérité qu’ils
en avaient reçue, accusèrent aussi le monde ; et cette accusation est
permanente. J’accuse le monde par le moyen de la sainte Ecriture et de mes
serviteurs, sur la langue desquels je mets l’Esprit Saint lorsqu’ils annoncent
ma vérité, comme le démon se met sur la langue de ses serviteurs qui suivent
les flots du monde. Mais cette accusation n’est qu’un doux reproche, inspiré
par l’ardent amour que j’ai pour le salut des âmes.
2.- Personne ne
peut dire : Je n’ai pas été enseigné et repris, car la vérité a fait discerner
le vice et la vertu. J’ai révélé la récompense de la vertu et le châtiment du
vice, pour inspirer de bons désirs et une crainte salutaire, pour faire aimer
la vertu et détester le vice. La vérité n’a pas été enseignée par un ange, pour
qu’on ne dise pas : Un ange est un esprit bienheureux qui ne peut pécher, et
qui ne sent pas comme nous les attaques de la chair, et le fardeau du corps.
3.- Cette excuse
n’est pas possible, car ma Vérité s’est revêtue d’une chair comme la vôtre. Et
voyez ceux qui ont suivi mon Verbe, n’étaient-ils pas des hommes mortels et
passibles comme vous? n’éprouvaient-ils pas des révoltes de la chair contre
l’esprit? Mon héraut, le glorieux saint Paul, et tant d’autres saints,
n’ont-ils pas eu à combattre ainsi d’une manière ou d’une autre?
4.- J’ai permis,
et je permets ces passions, pour accroître la grâce et augmenter la vertu dans
les âmes. Les saints sont nés sous la loi du péché comme vous ; ils se sont
nourris de la même nourriture, et je suis le même Dieu que j’étais alors. Ma
puissance n’a pas faibli et ne peut faiblir ; je puis et je veux assister ceux
qui réclament mon assistance. L’homme veut que je l’assiste, quand il quitte le
fleuve du monde et va sur le pont de ma Vérité en suivant ma doctrine.
5.- Il n’y a
donc pas d’excuse, puisque l’homme est prévenu et que la vérité lui est
continuellement montrée. S’il ne se corrige pas quand il est temps encore, il
sera condamné au second jugement. Au moment de la mort, lorsque ma justice
criera : « Levez-vous, morts ; (55) venez au jugement. Surgite,
mortui, venite ad judicium », c’est-à-dire : Vous qui êtes morts à la
grâce et qui allez mourir à la vie, levez-vous, et venez devant le Juge suprême
avec vos injustices et vos faux jugements, avec cette lumière éteinte de la
foi, qu’avait allumée .en vous le baptême, et qu’ont étouffée l’orgueil et les
vanités, du coeur. Vous avez tendu votre voile à tous les vents contraires à
votre salut ; le souffle de la flatterie a enflé le voile de l’amour-propre et
vous avez descendu le fleuve des délices et des honneurs du monde, en suivant
volontairement les faiblesses de la chair et les tentations du démon. Le démon,
aidé par votre volonté, vous a menés par sa route d’en bas dans les eaux
courantes, qui vous ont entraînés avec lui dans la damnation éternelle.
1.- Cette
seconde condamnation a lieu, ma très chère fille, dans le moment suprême, où il
n’y a plus de ressource. Quand paraît la mort, et que l’homme voit qu’il ne
peut m’échapper, le ver de la conscience, engourdi par l’amour-propre, commence
à se réveiller et à ronger l’âme, en la jugeant et en lui montrant l’abîme où
elle va tomber par sa faute. Si l’âme alors avait assez de lumières pour
connaître et pleurer sa faute, non pas à cause de la peine de l’enfer qui la
menace, mais à cause de moi qu’elle a offensé, moi qui suis l’éternelle et
souveraine bonté, l’âme trouverait encore miséricorde. Mais si elle passe cette
limite de la mort sans ouvrir les yeux, sans espérer dans le sang de mon Fils,
avec le seul remords de la conscience et le regret de son malheur, et non pas
celui de mon offense, elle tombe dans la damnation éternelle.
2.- Alors elle est
jugée rigoureusement par ma justice, et convaincue d’injustice et d’erreur :
non seulement d’injustice et d’erreur générales parce qu’elle a suivi
les-sentiers coupables du monde, mais d’injustice et d’erreur particulières,
parce qu’à son dernier moment, elle aura jugé sa misère plus grande que ma
miséricorde. C’est (56) là le péché qui ne se pardonne ni en ce monde ni en
l’autre. Elle a repoussé, méprisé ma miséricorde ; et ce péché est plus grand
que tous ceux qu’elle a commis. Le désespoir de Judas m’a plus offensé et a été
plus pénible à mon Fils que sa trahison même. L’homme est surtout condamné pour
avoir faussement jugé son péché plus grand que ma miséricorde ; c’est pour cela
qu’il est puni et torturé avec les démons éternellement.
3.- L’homme est
convaincu d’injustice parce qu’il regrette plus son malheur que mon offense,
car il est injuste en ne faisant pas ce qu’il me doit et ce qu’il se doit à
lui-même. Il me doit l’amour et les larmes amères de son coeur pour l’injure
qu’il m’a faite, et loin de me les offrir, il pleure, seulement par amour pour
lui-même, la peine qu’il a méritée. Tu vois donc qu’il est coupable d’injustice
et d’erreur, et qu’il est puni de l’une et de l’autre. Il a méprisé ma
miséricorde, et ma justice le livre aux supplices avec ses sens et avec le
démon, le cruel tyran dont il s’est rendu l’esclave par ces sens, qui devaient
le servir, Ils seront tourmentés ensemble comme ils ont péché ensemble l’homme
sera tourmenté par mes ministres, les démons, que ma justice a chargés de
torturer ceux qui font le mal.
1.- Ma fille, ma
langue ne pourra jamais dire ce que souffrent ces pauvres âmes. Il y a trois
vices principaux l’amour-propre, l’estime de soi-même et l’orgueil, qui en
découle, avec toutes ses injustices, ses cruautés, ses débauches et ses excès ;
il y a aussi dans l’enfer quatre supplices qui surpassent tous les autres : le
damné est d’abord privé de ma vision, et cette peine est si grande, que, s’il
était possible, il aimerait mieux souffrir le feu et les autres tourments, et
me voir, qu’être exempt de toute souffrance et ne pas me voir.
2.- Cette peine
en produit une seconde, qui est le ver de la conscience qui la ronge sans
cesse. Le damné voit que, par sa faute, il s’est privé de ma vue et de (57) la
société des anges, et qu’il s’est rendu digne de la société et de la vue du
démon.
3.- Cette vue du
démon est la troisième peine, et cette peine double son malheur. Les saints
trouvent leur bonheur éternel dans ma vision ; ils y goûtent dans la joie la
récompense des épreuves qu’ils ont supportées avec tant d’amour pour moi et
tant de mépris pour eux-mêmes. Ces infortunés, au contraire, trouvent sans
cesse leur supplice dans la vision du démon, parce qu’en le voyant ils se
connaissent et comprennent ce qu’ils ont mérité par leurs fautes. Alors le ver
de la conscience les ronge plus cruellement et les dévore comme un feu
insatiable. Ce qui rend cette peine terrible, c’est qu’ils voient le démon dans
sa réalité ; et sa figure est si affreuse, que l’imagination de l’homme ne
pourrait jamais le concevoir.
4.- Tu dois te
rappeler que je te le montrai un seul instant au milieu des flammes, et que cet
instant fut si pénible, que tu aurais préféré, en revenant à toi, marcher dans
le feu jusqu’au jugement dernier plutôt que de le revoir ; et cependant ce que
tu en as vu ne peut te faire comprendre combien il est horrible, car la justice
divine le montre bien plus horrible encore à l’âme qui est séparée de moi, et
cette peine est proportionnée à la grandeur de sa faute.
5.- Le quatrième
supplice de l’enfer est le feu. Ce feu brûle et ne consume pas, parce que
l’âme, qui est incorporelle, ne peut être consumée par le feu comme la matière
; ma justice veut que ce feu la brûle et la torture sans la détruire, et ce
supplice est en rapport avec la diversité et la gravité de ses fautes.
6.- Ces quatre
principaux tourments sont accompagnés de beaucoup d’autres, tels que le froid,
le chaud et les grincements de dents. Voilà comment seront punis ceux qui,
après avoir été convaincus d’injustice et d’erreur pendant, leur vie, ne se
seront pas convertis et n’auront pas voulu, à l’heure de leur mort, espérer en
moi et pleurer l’offense qu’ils m’avaient faite plus que la peine qu’ils
avaient méritée. (59)
1.- Il me reste
à te parler de la troisième condamnation, qui aura lieu au dernier jour du
jugement. Je t’ai parlé des deux autres, mais tu verras mieux, en connaissant
la troisième, à quel point l’homme se trompe. Le jugement général renouvellera
et augmentera le supplice de cette pauvre âme par la réunion de son corps, qui
lui causera une confusion, une honte insupportable. Lorsqu’au dernier jour, le
Verbe, mon Fils, viendra dans ma majesté juger le monde avec sa justice divine,
il n’apparaîtra pas dans sa faiblesse, comme quand il naquit dans le sein d’une
vierge, dans une étable, parmi des animaux, et mourut entre deux voleurs.
2.- Alors je
cachais ma puissance en lui ; je le laissai souffrir et mourir comme homme,
sans que la nature divine fût séparée de la nature humaine, afin qu’il pût
satisfaire pour vous. Il ne viendra pas ainsi au dernier jour ; il viendra
juger dans toute sa puissance et sa personnalité ; toute créature sera dans
l’épouvante, et il rendra à chacun ce qui lui est dû.
3.- Les
malheureux damnés éprouveront à son aspect un tel supplice, une si grande
terreur, que des paroles ne pourraient jamais l’exprimer ; les justes
éprouveront une crainte respectueuse mêlée d’une grande joie, Le visage du juge
ne changera pas, parce qu’il est immuable ; selon la nature divine, il est une
même chose avec moi ; et selon la nature humaine, il est immuable encore, car
il a revêtu la gloire de la résurrection. Mais le réprouvé ne le verra que d’un
œil ténébreux et vicié. L’oeil malade qui regarde la lumière du soleil n’y voit
que ténèbres, tandis que l’oeil sain en admire la splendeur. Ce n’est pas la
faute du soleil, qui ne change pas plus pour l’aveugle que pour celui qui voit,
mais c’est la faute de l’oeil qui est malade. De même les damnés verront mon
Fils dans les ténèbres, la confusion et la haine. Ce sera leur faute et non
celle de la majesté divine avec laquelle il viendra juger le monde. (59)
1.- La haine des
damnés est telle, qu’ils ne peuvent vouloir ni désirer aucun bien, mais ils
blasphèment sans cesse contre moi. Pourquoi ne peuvent-ils désirer aucun bien?
parce qu’avec la vie de l’homme finit l’usage de son libre arbitre ; il a perdu
le temps qu’il avait pour pouvoir mériter. Quand, par le péché mortel, on meurt
dans la haine, la justice divine enchaîne pour toujours à la haine l’âme, qui
reste éternellement obstinée dans le mal qu’elle a commis, se dévorant
elle-même et augmentant sa peine des peines de ceux dont elle a causé la
damnation.
2.- Le mauvais
riche demandait en grâce que Lazare allât trouver ses frères qui étaient restés
dans Je monde pour leur annoncer son supplice (S Luc, XVI, 27-28). Ce n’était
pas par charité qu’il le faisait, ni par compassion pour ses frères, puisqu’il
était privé de charité et qu’il ne pouvait. désirer rien d’utile à mon honneur
et au salut des autres. Je t’ai dit que les damnés ne peuvent vouloir aucun
bien à leur prochain, et qu’ils me blasphèment, parce que leur vie a fini dans
la haine de Dieu et de la vertu.
3.- Pourquoi la
demande du mauvais riche? Il la faisait parce qu’il avait été le plus grand
parmi ses frères et qu’il leur avait fait partager les iniquités de sa vie. Il
était ainsi cause de leur damnation, et il craignait de voir augmenter sa
peine, leurs tourments devant s’ajouter aux siens ; car ceux qui meurent dans
la haine se dévorent éternellement entre eux dans la haine.
1.- De même
l’âme juste qui termine sa vie dans la charité est éternellement liée à
l’amour. Elle ne peut plus croître en vertu parce que le temps est passé, mais
elle peut toujours aimer avec l’ardeur qu’elle a eue pour venir à moi, et c’est
cette ardeur qui est la mesure de sa félicité. Toujours elle me désire,
toujours elle aime, et son désir (60) n’est pas trompé : elle a faim et elle
est rassasiée, elle est rassasiée et elle a faim, sans jamais éprouver l’ennui
de- la satiété ni la peine de la faim.
2.- Les élus de
l’amour jouissent de mon éternelle vision ; ils participent au bien que j’ai en
moi-même, chacun selon sa mesure, et cette mesure est l’amour qu’ils avaient en
venant à moi. Parce qu’ils ont eu ma charité et celle du prochain, et qu’ils
sont unis ensemble par une charité générale et particulière qui vient du même
principe, ils jouissent et participent par la charité au- bien de chacun, et ce
bonheur s’ajoute au bonheur universel qu’ils ont tous ensemble ; ils jouissent
avec les anges, parmi lesquels les saints sont placés selon les différentes
vertus qu’ils ont eues dans le monde avant d’être liés dans les liens de la
charité.
3.- Ils
participent surtout d’une manière particulière au bonheur de ceux qu’ils
aimaient plus étroitement sur terre. Cet amour était un moyen d’augmenter en
eux la vertu ; ils étaient les uns pour les autres des occasions de glorifier
mon nom en eux et dans leur prochain, et comme l’amour qui les unissait n’est
pas détruit dans le ciel, ils en jouissent avec plus d’abondance, et cet amour
augmente leur bonheur.
4.- Ne crois pas
que les élus jouissent seuls, de leur bonheur particulier ; il est partagé par
tous les heureux habitants du ciel, par les anges et par mes enfants
bien-aimés. Dès qu’une âme parvient à la vie éternelle, tous participent au
bonheur de cette âme, et cette âme participe au bonheur de tous. La coupe de
leur bonheur ne s’agrandit pas et elle n’a pas besoin d’être remplie, car elle
est pleine et ne peut
plus dilater ses
bords ; mais leur joie, leur félicité, leur ivresse s’augmentent à la vue de
cette âme ; ils voient que ma miséricorde l’a sauvée de la terre par la
plénitude de la grâce, et ils se réjouissent en moi du bonheur que cette âme a
reçu de ma bonté.
5.- Cette âme
est heureuse en moi, dans les âmes et dans les esprits bienheureux, parce
qu’elle voit et goûte en eux la bonté et la douceur de ma charité. Leurs désirs
s’élèvent
toujours vers moi pour le salut du monde ; leur vie a fini dans l’amour du
prochain, et cet amour ne les a pas quittés ; ils ont passé avec lui par la
porte de mon Fils Bien-aimé, en prenant le moyen dont je te parlerai bientôt
(61). Remarque qu’ils conservent et conserveront ce lien de l’amour, que n’a
pas brisé la mort.
6.- Ils sont
unis à ma volonté, et ils ne peuvent vouloir que ce que je veux, parce que leur
libre arbitre est enchaîné par la charité, de sorte que la créature raisonnable
qui se sépare du temps et meurt en état de grâce un peut plus pécher. Sa
volonté est si unie à la mienne, qu’en voyant un père, une mère, un fils dans
l’enfer, - elle ne peut en souffrir : elle est même heureuse de les voir punis,
parce que ce sont mes ennemis ; elle ne peut être en désaccord avec moi en la
moindre chose, et tous ses désirs sont satisfaits.
7.- Le désir des
bienheureux est de me voir honoré en vous, pèlerins voyageurs qui précipitez
sans cesse vos pas vers la mort. Le désir de ma gloire leur fait désirer votre
salut, qu’ils me demandent toujours pour vous. Je satisfais ce désir, pourvu
que dans votre aveuglement vous ne résistiez pas à ma miséricorde. Ils désirent
aussi avoir la récompense de leurs corps, et ce désir n’est pas une peine
quoiqu’il ne soit pas satisfait sur-le-champ, parce qu’ils jouissent de la
certitude qu’il le sera un jour ; et ils ne souffrent pas d’attendre, car rien
ne manque à leur félicité.
8.- Ne crois pas
que la béatitude du corps, après la résurrection, ajoute à la béatitude de
l’âme ; car il s’ensuivrait que tant qu’elle n’aurait pas son corps, l’âme
n’aurait qu’une béatitude imparfaite, ce qui ne peut être, parce que rien ne
manque à sa perfection. Ce n’est pas le corps qui donne la béatitude à l’âme,
mais c’est l’âme qui donne la béatitude au corps ; elle l’enrichira de son
abondance, lorsqu’au jour du jugement, elle se revêtira de la chair dont elle s’était
séparée ;
9.- L’âme est
devenue immortelle et immuable en moi ; le corps, par cette union, deviendra
immortel ; il perdra sa pesanteur et sera subtil et léger. Le corps glorifié
passera à
travers tous les obstacles et ne craindra ni l’eau ni le feu, non par sa vertu,
mais par la vertu de l’âme, qui est ma vertu communiquée par la grâce et par
cet amour ineffable avec lequel je l’ai créée à mon image et à ma ressemblance.
Non, l’oeil de ton intelligence ne peut voir, l’oreille entendre, la langue
raconter et le coeur comprendre la félicité des bienheureux. (62)
10.- Quel
bonheur ils ont de me voir, moi qui suis le souverain bien ! Quel bonheur ils
auront quand leur corps sera glorifié! Ils n’en jouiront qu’au jugement
dernier, mais ils ne souffrent pas d’attendre, parce que rien ne manque à la
béatitude dont l’âme déborde et qu’elle épanchera sur son corps.
11.- Que te dire
de cette joie ineffable des corps glorifiés dans l’humanité glorifiée de mon
Fils unique, qui vous a donné la certitude de votre résurrection! Ils
tressailliront dans ses plaies, qui sont restées fraîches et ouvertes sur son
corps, afin de crier sans cesse miséricorde pour vous, vers moi le Père éternel
et souverain ; et tous seront conformes à lui dans la joie et l’allégresse.
Oui, par vos yeux, vos mains, votre corps tout entier, vous serez unis aux
yeux, aux mains, au corps de l’aimable Verbe, mon Fils bien-aimé. Etant en moi,
vous serez en lui, parce qu’il est une même chose avec moi. L’oeil de votre
corps se dilatera dans l’humanité glorifiée du Verbe mon Fils unique : pourquoi
? parce que la vie qui finit dans les liens de ma charité durera éternellement.
12.- Les
bienheureux ne peuvent faire aucun bien, mais ils jouissent de celui qu’ils ont
fait ; le temps de mériter est passé pour eux, car c’est sur la terre seulement
qu’on mérite ou qu’on pèche, selon l’usage que la volonté fait du libre
arbitre. Les bienheureux attendent le jugement général, non dans la crainte,
mais dans la joie. Le visage de mon Fils ne leur paraîtra pas terrible et plein
de haine, parce qu’ils sont morts dans mon- amour et dans l’amour du prochain.
Le visage du juge qui viendra dans ma majesté ne changera pas, mais il sera
différent pour ceux qui seront jugés : ceux qui seront damnés le verront dans
la haine et la justice, ceux qui seront sauvés le contempleront dans l’amour et
la miséricorde.
1.- Je t’ai
parlé de la gloire des justes pour te faire mieux comprendre le malheur des
damnés. Une de leurs peines sera de voir la béatitude des justes ; ce spectacle
(63)
augmentera leurs
tourments, comme la vue des damnés augmentera, dans les justes, la jouissance
de ma honte : car la lumière se connaît mieux par les ténèbres et les ténèbres
par la lumière. La vue du bonheur sera un supplice pour les damnés, et ils
attendent avec effroi le jugement -dernier, parce qu’ils comprennent qu’il
augmentera leur malheur.
2.- En effet, à
cette parole terrible : Levez-vous, morts ; venez au jugement ! l’âme se
réunira au corps pour le glorifier dans les justes et le torturer éternellement
dans les méchants. Les damnés seront couverts de honte et de confusion en
présence de ma Vérité et de tous les bienheureux.
3.- Alors le ver
de la conscience rongera la moelle de l’arbre, c’est-à-dire l’âme, et sort
écorce, c’est-à-dire le corps. Contre eux s’élèvera le sang précieux répandu
pour les racheter et leur acquérir les miséricordes spirituelles et temporelles
que je leur ai faites par mon Fils. Il leur sera demandé compte des obligations
que l’Évangile leur imposait envers le prochain ; ils seront convaincus de
cruauté pour les autres, d’orgueil, d’amour-propre et de débauche. La vue de la
miséricorde dont ils étaient l’objet rendra leur condamnation plus terrible. Au
moment de la mort, elle n’attaquait, que leur âme ; mais au jugement dernier,
elle frappera à la fois leur âme et leur corps. Car le corps est le compagnon,
l’instrument de l’âme pour le bien ou le mal, selon le bon plaisir de sa
volonté.
4.-Tout acte,
bon ou mauvais, s’accomplit par l’intermédiaire du corps. Il est donc juste, ma
chère fille, que mes élus jouissent de la gloire et du souverain bien avec leur
corps glorifié, pour que le corps et l’âme soient récompensés tous les deux des
fatigues qu’ils ont supportées ensemble pour moi. De même, le corps des
méchants partagera leurs peines éternelles, parce qu’il a été l’instrument du
mal leur supplice se renouvellera et augmentera lorsqu ils reprendront leur
corps en présence de mon Fils.
5.- Leur
misérable sensualité et leurs débauches seront condamnées en voyant la nature
humaine unie en Jésus-Christ à la pureté de la Divinité, en apercevant la chair
d’Adam au dessus
de tous les choeurs des anges, tandis qu’eux, par leur faute, sont plongés dans
les profondeurs (64) de l’enfer, ils verront la grandeur de ma miséricorde
briller dans les bienheureux qui ont profité du sang de l’Agneau,
et ils
reconnaîtront que les peines souffertes par amour pour moi sont devenues pour
le corps comme une belle frange sur un vêtement ; et cela non par la vertu du
corps, mais par l’exubérance de l’âme qui donne aux corps le prix de sa peine,
parce qu’il l’a aidée à pratiquer la vertu. Cette récompense est visible ; elle
apparaît sur le corps comme le visage de l’homme se reflète dans un miroir.
6.- En présence
de tant de gloire dont ils sont privés, les damnés sentiront augmenter leur
peine et leur confusion. Dans leur corps apparaîtront les marques des péchés
qu’ils ont commis, et les supplices qu’ils ont mérités. Quand retentira pour
eux cette parole épouvantable : Allez, maudits, au feu éternel, l’âme et le
corps iront demeurer avec les dénIons, sans aucune lueur d’espérance, dans
cette sentine du monde, où chacun apportera l’infection de ses iniquités.
7.- L’avare y
brûlera, avec les trésors de la terre qu’il a tant aimés ; le cruel y sera avec
ses cruautés, le débauché avec ses excès, l’envieux avec son envie, et celui
qui hait son prochain avec sa haine. Ceux qui se seront aimés de cet amour
déréglé qui cause tous les maux, parce qu’il est avec l’orgueil le principe de
tous les vices, ceux-là ‘seront dévorés par un feu insupportable ; tous, selon
leurs fautes, seront punis à la fois dans leur âme et dans leur corps.
8.- Voilà la fin
déplorable de ceux qui .vont par la route inférieure, et qui suivent le fleuve
du monde, sans vouloir se reconnaître et recourir à la miséricorde. Ainsi que
je te l’ai dit, ils arrivent à la porte du mensonge, parce qu’ils suivent la
doctrine du démon, qui est le père du mensonge ; et le démon est la porte par
laquelle ils arrivent à la damnation éternelle.
9.- Mes élus,
mes enfants bien-aimés, prennent la route supérieure, celle du pont ; ils
suivent la voie de la vérité, et la vérité est la porte de ,la vie ; car mon
Fils a dit : «Personne ne peut aller à mon Père, si ce n’est par moi » ; il est
la porte et la voie qu’il faut prendre pour entrer en moi, l’Océan de la paix.
10.- Les
réprouvés, au contraire, qui suivent la voie ténébreuse du mensonge, n’arrivent
qu’à une eau morte ; (65) le démon les y appelle, comme s’il disait : Que
celui qui a soif d’eau morte vienne à moi, et je lui en donnerai. Les aveugles
et les insensés ne s’en aperçoivent pas, car ils ont perdu la lumière de la
foi.
1.- Le démon est
le bourreau que ma justice a chargé de tourmenter les âmes qui m’ont
misérablement offensé. Je lui permets pendant cette vie de tenter et
d’inquiéter mes créatures, non pas pour qu’elles soient vaincues, mais au
contraire pour qu’elles triomphent et qu’elles reçoivent de moi la palme de la
victoire qu’elles auront gagnée par la vertu. Personne ne doit craindre de
combattre et d’être vaincu par les tentations du démon, parce que j’ai fait
l’homme fort, en lui donnant la force de la volonté fortifiée dans le sang de
mon Fils.
2.- Cette
volonté, ni le démon, ni la créature ne peuvent la changer, parce qu’elle est à
vous et que je vous l’ai donnée. Vous pouvez donc, avec le libre arbitre,
résister ou céder, selon votre bon plaisir. La volonté est une arme que vous
livrez au démon pour vous frapper et vous tuer. Mais si l’homme ne met pas
cette arme entre les mains du démon, c’est-à-dire s’il ne cède pas à ses
tentations et à ses attaques, il ne sera jamais blessé par le péché dans aucune
tentation ; il sera fortifié, au contraire, parce que l’oeil de son intelligence
verra que ma charité permet la tentation pour éprouver et augmenter la vertu.
3.- L’homme
acquiert la vertu en connaissant sa faiblesse et ma bonté. Cette connaissance
est plus parfaite au temps de la tentation, parce qu’alors il comprend qu’il
n’a pas l’être par lui-même, puisqu’il ne peut éviter les peines et les
tentations qu’il voudrait fuir. Il me
connaît dans sa volonté, à laquelle ma bonté donne la -force de résister à ses
tentations. Il comprend pourquoi ma charité les envoie. Le démon est impuissant
; il ne peut rien sans mon consentement, et si je le donne, c’est par amour,
non par haine ; c’est pour que vous soyez vainqueur et (66) non vaincu ; c’est
pour que vous parveniez à une connaissance plus parfaite de vous-même et de
moi, et que votre vertu soit éprouvée, car elle n’est éprouvée que par son
contraire.
4.- Tu vois donc
que les démons sont mes ministres chargés de tourmenter les damnés en enfer, et
d’exercer, d’éprouver la vertu des âmes en cette vie. Leur intention n’est
certainement pas d’éprouver la vertu, car ils n’ont pas la charité ; ils
veulent la détruire en vous, mais ils ne pourront jamais le faire, si vous ne
voulez pas y consentir.
5.- Maintenant,
considère la folie de l’homme qui se rend faible par le moyen que je lui avais donné
pour être fort, et qui se livre lui-même aux mains du démon. Aussi je veux que
tu saches ce qui arrive au moment de la mort à ceux qui, pendant leur vie, ont
volontairement accepté le joug du démon qui ne pouvait les y contraindre. Quand
la mort les surprend dans ce honteux esclavage, ils n’ont d’autres juges
qu’eux-mêmes ; l’arrêt de leur conscience suffit, et ils se précipitent avec
désespoir dans l’éternelle damnation. Avant d’en passer les limites, ils
l’acceptent par haine de la vertu et choisissent l’enfer pour le partager avec
les démons, leurs maîtres.
6.- Les justes,
au contraire, qui ont vécu dans la charité meurent dans l’amour. Quand vient
leur dernier instant, s’ils ont pratiqué parfaitement la vertu, éclairés par la
lumière de la foi et soutenus par l’espérance du sang de l’Agneau, ils voient
le bien que je leur ai préparé ; ils l’embrassent avec amour et m’attirent à
eux avec tendresse, moi, l’éternel et souverain Bonheur. Ils jouissent ainsi du
ciel même avant que leur âme se sépare de leur corps.
7.- Pour ceux
qui ont passe leur vie dans une charité moins parfaite, lorsqu’ils arrivent à
la mort, ils se jettent dans les bras de ma miséricorde avec la même lumière de
la foi et la même espérance qu ils ont eue a un degré inférieur. Malgré leur
imperfection, ils embrassent ma miséricorde, parce qu’ils la trouvent plus
grande que leurs fautes. Les pécheurs font le contraire : ils voient avec désespoir la place qui les attend, et ils
l’acceptent avec haine.
8.- Les uns et
les autres n’attendent pas leur jugement. Chacun, au sortir de la vie, prend
lui-même possession de (67) son sort ; il l’éprouve même avant de quitter son
corps. Les damnés suivent la haine et le désespoir ; les parfaits suivent
l’amour, la lumière de la foi, l’espérance du sang de l’Agneau ; les imparfaits
se confient à ma miséricorde et vont en purgatoire.
1.- Je t’ai dit
que le démon invite les hommes à boire l’eau morte qui est son partage ; il les
trompe avec les délices et les honneurs du monde, il les séduit par l’apparence
de quelque bien. Il ne pourrait réussir autrement, car ils ne se laisseraient
pas attirer s’ils ne trouvaient quelque avantage personnel, quelque jouissance.
2.- L’âme, par
sa nature, recherche toujours le bien ; mais comme elle est aveuglée par
l’amour-propre, elle ne connaît et ne discerne pas le vrai bien, ce qui est
utile à l’âme et au corps. Et alors le démon, dans sa méchanceté, voyant
l’homme aveuglé par l’amour-propre sensitif, lui propose des fautes qui sont
colorées de quelque utilité et de quelque bien, il les propose selon l’état de
chacun et selon les vices auxquels il paraît le plus enclin. II tente
diversement le séculier, le religieux et ceux qui ont des dignités spirituelles
ou temporelles.
3.- Je t’ai déjà
parlé de ceux qui se noient dans le fleuve, parce qu’ils ne pensent qu’à eux et
m’outragent par leur coupable amour-propre. Tu verras combien ils se trompent.
En voulant fuir la peine, ils tombent en de plus grandes. Il leur semble qu’il
est bien dur de me suivre par la voie que-mon Fils vous a tracée ; ils reculent
devant quelques épines. Qu’ils sont aveugles! ils ne voient pas la vérité et la
méconnaissent. Je te l’ai expliquée au commencement de ta vie, quand tu me
priais de faire, miséricorde ,au monde et-de le retirer des ténèbres du péché
mortel.
4.- Tu sais que
je me suis révélé à toi sous la figure d’un arbre dont tu n’apercevais pas le
principe et la fin ; tu voyais seulement que sa racine s’unissait à la terre.
C’était la nature divine unie à la terre de votre humanité. Au pied de l’arbre,
s’il t’en souvient, il y avait quelques épines qui (68) éloignaient tous ceux
qui aiment leur sensualité ; ceux-là couraient à une montagne d’épis battus,
qui représentait tous les plaisirs du monde. Ces épis paraissaient contenir du
bon grain, mais ils étaient vides ; et les pauvres âmes périssaient de faim.
Beaucoup reconnaissaient les tromperies du monde ; ils retournaient à l’arbre
et traversaient les épines, c’est-à-dire les résolutions de la volonté.
5.- Ces
résolutions, avant d’être prises, semblent des épices qui embarrassent le
chemin de la vérité, parce qu’il y a un combat entre la conscience et la
sensualité ; mais dès que la haine et le mépris de soi-même font dire avec
courage : Je veux suivre Jésus crucifié, aussitôt ces épines s’émoussent et
deviennent d’une douceur extrême. Chacun les sent plus ou moins, selon ses
dispositions particulières.
6.- Je te disais
alors : Je suis votre Dieu immuable ; je ne change pas, et je ne me retire
jamais de la créature qui veut venir à moi. Je montre à tous la vérité ; je me
rends visible, quoique je sois invisible ; et je fais voir ce que c’est que
d’aimer quelque chose sans moi. Mais ceux qu’aveuglent les ténèbres de
l’amour-propre ne me connaissent pas et ne se connaissent pas. Vois combien ils
sont dans l’erreur, puisqu’ils aiment mieux mourir de faim que de traverser
quelques épines. Et pourtant, ils ne peuvent éviter de souffrir des peines ;
car, en cette vie, personne ne peut vivre sans souffrir, excepté ceux qui
suivent le chemin d’en haut ; ceux-là rencontrent aussi la souffrance, mais
cette souffrance leur devient une consolation.
7.- C’est le
péché d’Adam qui a fait naître dans le monde les épines et les ronces ; c’est
lui qui est la source de ce fleuve qui se précipite comme une mer orageuse ; et
je vous ai donné un pont pour que vous n’y soyez pas engloutis. Ainsi, tu vois
combien se trompent ceux qui craignent sans raison. Je suis votre Dieu, et je
ne change pas ; je ne m’arrête pas aux personnes, mais aux saints désirs. C’est
ce que je t’ai fait comprendre par la figure de cet arbre. (69)
1.- Je veux
maintenant te montrer ceux que blessent ou que ne blessent pas les épines et
les ronces que la terre produit à cause du péché. Je t’ai fait voir jusqu’à
présent ma bonté et la damnation des méchants qui sont trompés par leurs sens ;
je te dis maintenant qu’eux seuls sont blessés par les épines du monde.
2.- Quiconque
naît à la vie ne peut être exempt de peines corporelles ou spirituelles. Mes
serviteurs ont des peines corporelles, mais leur âme est toujours libre. ils ne
souffrent pas de la souffrance, parce que leur volonté est unie à la mienne ;
et c’est par la volonté que l’homme souffre. Ils souffrent au contraire de
l’esprit et du corps, ceux qui ont, dès cette vie, un avant-goût de l’enfer,
comme mes serviteurs ont un avant-goût de la vie éternelle. Tu sais que le
bonheur principal des bienheureux est d’avoir leur volonté pleine de ce qu’ils
désirent. Ils me désirent ; en me désirant, ils me possèdent et me goûtent sans
aucun obstacle, car ils ont laissé le poids de leur corps, qui était une force
opposée à l’esprit.
3.- Le corps
était un intermédiaire qui les empêchait de connaître la vérité ; ils ne
pouvaient me voir face à face parce que le corps ne leur permettait pas de me
contempler. Mais dès que l’âme est délivrée du corps, sa volonté est satisfaite
; elle désirait me voir, elle me voit, et c’est cette vision qui fait sa
béatitude. Qui me voit me connaît, qui me connaît m’aime, et qui m’aime me
possède, moi le bien suprême, éternel. Cette possession apaise et remplit sa
volonté, qui était le désir de me voir et de me connaître. Dès lors il me
désire et il me possède ; il me possède et il me désire ; et, comme je te l’ai
dit, ce désir est sans peine et cette possession sans satiété.
4.- Ainsi, tu le
vois, la grande cause de la béatitude de mes serviteurs est de me voir et de
rue connaître. Cette vision et cette connaissance remplissent la volonté de ce
qu’elle désire ; elle est donc heureuse. Jouir de la vie éternelle, c’est
surtout posséder ce que la volonté désire. Me voir, me connaître et m’aimer,
donne la félicité parfaite.
5.- Ceux qui,
dans cette vie, ont un avant-goût de la vie éternelle, jouissent de ce qui fait
le bonheur des bienheureux. Comment ont-ils cet avant-goût? Par la vue de ma
bonté envers eux et par la connaissance de ma vérité. Cette connaissance est
dans l’entendement qui est l’oeil de l’âme éclairé par moi. La pupille de cet
oeil est la sainte foi, dont la lumière fait discerner, connaître et suivre la
voie et la doctrine de ma Vérité, le Verbe incarné. Sans la foi, l’âme ne
saurait voir : elle est comme celui dont un voile obscurcit la pupille, qui est
la partie lumineuse de l’oeil. La pupille de l’oeil de l’âme ,est la foi. Si
l’amour-propre la couvre du voile de l’infidélité, elle ne peut plus voir. Elle
possède bien un oeil, mais non pas la lumière, dont elle s’est elle-même
privée.
6.- Ainsi, tu le
comprends, mes serviteurs en me voyant me connaissent, en me connaissant
m’aiment, en m’aimant s’anéantissent et perdent toute volonté propre. Dès
qu’ils ont perdu leur volonté, ils revêtent la mienne ; et moi, je ne veux que
votre sanctification. Ils quittent aussitôt le chemin d’en bas et commencent à
gravir le pont, ; ils ne craignent plus les épines. Leurs pieds ne peuvent pas
en être blessés, car ils sont garantis par l’amour de ma volonté. Ils souffrent
du corps et non de l’esprit, parce que leur volonté sensitive est morte ; et
c’est celle qui afflige et tourmente l’âme de la créature. Dès que la volonté
n’existe plus, la peine disparaît ; ils supportent tout avec reconnaissance et
se réjouissent d’être éprouvés pour moi,
parce qu’ils ne
désirent que ce que je veux.
7.- Je permets
que le démon les tourmente et que les tentations éprouvent leur vertu ; ils
résistent par leur volonté qui est affermie en moi. Ils s’humilient et se
reconnaissent indignes de la paix, du repos de l’âme ; ils pensent qu’ils
méritent la tribulation, et ils vivent ainsi dans la joie et la connaissance
d’eux-mêmes, sans éprouver de véritables afflictions. Si l’épreuve leur vient
des hommes, de la maladie, de la pauvreté, d’un revers de fortune, de la
privation de leurs enfants ou des personnes qui leur sont chères, ils
supportent ces épines que le péché a fait naître sur la terre, avec, la lumière
de la raison et de la sainte foi. Leurs yeux (71) sont fixés sur moi, qui suis
la bonté suprême et qui ne peux vouloir que leur bien ; tout ce qui leur
arrive, c’est l’amour et non la haine qui le leur envoie.
8.- Dès qu’ils
voient que je les aime, ils s’examinent et reconnaissent leurs défauts ; ils
voient à la lumière de la foi que tout bien doit être récompensé et toute faute
punie. Ils comprennent que la moindre faute mérite une peine infinie, parce
qu’elle est faite contre moi, qui suis le bien infini. Ils regardent comme une
faveur d’en être punis pendant cette vie, qui passe si rapidement. Ils se
purifient ainsi du péché par la contrition du coeur, et acquièrent des mérites
par la perfection de leur patience. Leurs peines sont récompensées par un bien
sans mesure ; ils savent que toute souffrance dans cette vie est fugitive comme
le temps.
9.- Le temps
n’est qu’un point ; le temps passe comme un éclair ; la souffrance passe avec
lui, elle est donc bien petite. Ils la supportent avec patience et marchent sur
les épines de la terre sans être blessés ; elles n’atteignent pas leur coeur,
parce que leur coeur n’est plus à eux ; il en a été ôté avec l’amour sensitif
pour m’être étroitement uni par les liens de l’amour, Il est donc bien vrai
qu’il jouissent de la vie éternelle, qu’ils en ont un avant-goût dès cette vie
; ils traversent l’eau sans être mouillés ; ils marchent sur les épines sans
être blessés, parce qu’ils me connaissent, moi le souverain bien, parce qu’ils
le cherchent là où il se trouve, c’est-à-dire dans le Verbe, mon Fils
bien-aimé.
1.- Je t’ai dit
ces choses pour que tu comprennes mieux comment ceux dont je t’ai fait
connaître l’erreur ont un avant-goût de l’enfer. Je te dirai maintenant d’où
vient leur erreur et comment ils reçoivent cet avant-goût de l’enfer. C’est
parce qu’ils ont aveuglé leur intelligence par l’infidélité de leur
amour-propre. La vérité s’acquiert par la lumière de la foi et le mensonge par
l’infidélité. Je (72) parle de l’infidélité de ceux qui ont reçu le saine
baptême, dans lequel la pupille de la foi est donnée à l’oeil de
l’intelligence.
2.- Lorsque
vient l’âge de raison, ceux qui s’exercent à la vertu conservent la lumière de
la foi et enfantent des vertus vivantes qui profitent au prochain. De même
qu’une femme qui donne le jour à un enfant le présente avec joie à son époux,
ils m’offrent leurs vertus vivantes, à moi qui suis l’époux de leur âme. Mais
au contraire, les malheureux qui, à l’âge de raison, ne profitent pas de la
lumière de la foi, n’enfantent pas les vertus de la vie de la grâce, et ne
produisent que des oeuvres mortes. Elles sont mortes, parce qu’elles sont
faites dans la mort du péché, et sans la lumière de la foi. Ils ont. la forme
du baptême, mais ils n’en ont plus la lumière, parce qu’ils en sont privés par
les ténèbres de la faute que fait commettre l’amour-propre, qui couvre
entièrement leur vue.
3.- On dit que
ceux-là ont la foi sans les oeuvres et que leur foi est morte. De même qu’un
mort ne voit pas, de même l’oeil de l’intelligence dont la pupille est
obscurcie ne voit pas. L’âme ne se connaît pas et ne connaît pas les péchés
qu’elle a commis ; elle ne connaît. pas ma bonté envers elle en lui donnant
l’être et les grâces que j’y ai ajoutées. M’ignorant et s’ignorant elle-même,
elle ne hait pas sa propre sensualité, mais elle l’aime et cherche à satisfaire
ses désirs. Elle enfante ainsi les oeuvres mortes du péché. Elle ne m’aime pas,
et ne m’aimant pas, elle n’aime pas ce que j’aime, c’est-à-dire le prochain, et
elle ne se plaît point à faire ce qui peut m’être agréable.
4.- Ce sont les
vraies et solides vertus qu’il m’est agréable de voir en vous, et ce n’est pas
à cause de moi. De quelle utilité pouvez-vous être polir moi? Je suis Celui qui
agit, et rien ne se fait sans moi, excepté le péché, qui n’est que néant,
puisqu’il prive l’âme de moi, qui suis le bien suprême, en la privant de la
grâce. Les vertus me plaisent à cause de vous, parce que je puis les
récompenser en moi, qui suis la vie éternelle.
5.- Tu vois que
leur foi est morte, puisqu’elle est sans les oeuvres : les oeuvres qu’ils font
ne servent point pour (73) la vie éternelle, puisqu’ils n’ont pas la vie de la
grâce. Cependant on ne doit jamais cesser de faire le bien, qu’on soit en état
de grâce ou qu’on n’y soit pas, parce que le bien est toujours récompensé comme
la faute est toujours punie. Le bien qui se fait en état de grâce sert à la vie
éternelle ; le bien qui se fait en état de péché mortel ne sert pas à la vie
éternelle, mais il est récompensé de différentes manières, comme je te l’ai
expliqué.
6.- Je le
récompense quelquefois en accordant le temps nécessaire pour se reconnaître ;
quelquefois en mettant au coeur, de mes serviteurs de ferventes prières qui
retirent les coupables du mal et les sauvent de leur misère. D’autres fois je
ne leur accorde ni temps ni prières, mais je les récompense par l’abondance des
choses temporelles. Ils sont comme les animaux qu’on engraisse pour les mener à
la boucherie, et cela arrive à ceux qui résistent de toute manière à ma bonté,
et qui font cependant quelque bien en dehors de la grâce et dans le péché. Ils
n’ont pas voulu profiter du temps qui leur était accordé, des prières qu’on
faisait pour eux, et de tous les moyens que j’employais pour les attirer. Je
les repousse à cause de leurs vices, mais ma bonté veut récompenser ce. qu’ils
peuvent avoir fait d’utile ; je leur accorde des biens temporels qui les
engraissent, et, s’ils ne se convertissent pas, ils vont ainsi au supplice de
l’enfer.
7.- Tu vois
quelle est leur erreur ; mais, s’ils y tombent, n’est-ce pas leur faute? Ils se
sont privés de la lumière de la foi, et ils marchent à tâtons comme des
aveugles, s’attachant à tout, ce qu’ils touchent. Parce que leur vue est
obscurcie, ils ne placent leur affection que dans des choses transitoires ; ils
se trompent comme ces fous que séduit l’or, sans prendre garde au poison qu’il
cache. Toutes les choses du monde, ses joies, ses plaisirs, si on les possède,
si on les goûte sans moi, avec un amour déréglé, sont comme ces scorpions que
je te montrais dans les . commencements,, après la figure de l’arbre : ils
portaient de l’or devant eux et du poison par derrière ; il n’y avait pas de
poison sans or ni d’or sans poison ; mais c’était l’or qu’on voyait le premier,
et personne n’évitait le poison, à moins d’être éclairé par la lumière de la
foi. (74)
1.- Je t’ai dit
que ceux qui sont éclairés par la lumière de la foi, retranchaient le poison
des sens avec le glaive à deux tranchants de la haine du vice et de l’amour de
la vertu ; ceux qu’éclaire seulement la lumière de la raison acquièrent et
possèdent l’or des choses terrestres qu’ils veulent conserver ; mais ceux qui
veulent atteindre la perfection méprisent ces biens réellement et
spirituellement, ils observent les conseils de ma Vérité.
2.- Les autres
possèdent et observent les commandements et ne suivent les conseils que
spirituellement ; mais comme les conseils sont liés aux commandements, personne
ne peut observer les commandements sans observer les conseils, non pas
réellement, mais spirituellement. En possédant les richesses du monde, on doit
les posséder avec humilité, et non pas avec orgueil ; on doit les posséder
comme une chose prêtée, car ma bonté ne vous les donne que pour votre usage.
Vous ne les avez qu’autant que je vous les donne ; vous ne les conservez
qu’autant que je vous les laisse, et je ne vous les laisse qu’autant que je
vois qu’elles servent à votre salut. C’est ainsi que vous devez en user.
3.- Si l’homme
en use de la sorte, il observe les commandements, puisqu’il m’aime par-dessus
toutes choses et qu’il aime le prochain comme lui-même. Il vit avec un coeur
libre, il ne s’attache pas aux richesses par le désir, il ne les aime pas et ne
les tient que de ma volonté ; et, s’il les possède matériellement, il n’en
observe pas moins le conseil dans son coeur, parce qu’il s’est purifié du
poison de l’amour déréglé.
4.- Ceux qui
agissent ainsi sont dans la charité commune, mais ceux qui observent les
commandements et les conseils spirituellement et réellement sont dans la
charité parfaite ; ils observent dans toute sa simplicité le conseil que ma
Vérité, le Verbe incarné, donnait, à ce jeune homme qui lui demandait : Maître,
que puis-je faire pour avoir la vie éternelle? Mon Fils lui dit : Observez (75)
les commandements de la loi. Le jeune homme répondit : Je les observe ; et mon
Fils lui dit : C’est bien. Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que
vous avez et donnez-le aux pauvres (S. Matthieu, XIX, 16-21). Alors ce jeune
homme devint triste, parce que les richesses qu’il avait, il les possédait
encore avec trop d’amour : c’est ce qui causait sa peine. Mais les parfaits
suivent le conseil ; ils abandonnent le monde et ses délices ; ils affligent
leur corps par la pénitence, par les veilles, par d’humbles et continuelles
prières.
5.- Ceux qui
restent dans la charité commune ne perdent pas la vie éternelle en ne se
séparant pas matériellement des richesses, parce qu’ils n’y sont pas obligés ;
mais, s’ils veulent garder les choses du monde, ils doivent le faire comme je
te l’ai enseigné. En les possédant ils ne pèchent pas ; car toutes ces choses
sont bonnes, excellentes, parfaites et créées par moi, qui suis la bonté
souveraine, elles sont faites pour servir à mes créatures raisonnables, mais
non pas pour que mes créatures deviennent les esclaves des délices du monde.
Ceux qui veulent les garder renoncent à la perfection ; ils doivent s’en
servir, non pas comme des maîtres, mais comme des serviteurs. Tous leurs désirs
doivent être pour moi ; il faut aimer et posséder le reste comme des choses qui
leur sont prêtées et qui ne leur appartiennent pas.
6.- Je ne tiens
aucun compte des personnes et des positions, je ne m’arrête qu’aux saints
désirs. Dans tout état que l’homme choisit, qu’il ait une volonté bonne et
sainte, et il me sera agréable. Qui pourra réussir? Ceux qui détruiront le
venin de l’amour-propre par la haine des sens et l’amour de la vertu. Dès que
la volonté est purifiée de ce venin et réglée par l’amour et la sainte crainte
de Dieu, l’homme peut choisir l’état qui lui plaît et y gagner la vie
éternelle.
7.- Quoique la
plus grande perfection, celle qui m’est le plus agréable, soit de se détacher
spirituellement et matériellement de toutes les choses du monde, celui qui ne
se sent pas capable d’atteindre cette perfection à cause de sa fragilité, peut
rester dans la charité commune selon son état. Ma bonté l’a décidé, afin que
personne ne puisse excuser son péché dans aucune condition. Y (76) a-t-il en
effet une excuse possible, puisque j’accorde aux passions et à la faiblesse de
l’homme de pouvoir rester dans le monde, posséder la richesse, tenir un rang,
vivre dans le mariage et travailler à établir ses enfants? L’homme peut choisir
l’état qu’il veut, pourvu qu’il se purifie du venin de la sensualité, qui donne
la mort éternelle.
8.- La
sensualité tue l’âme comme un poison qui tourmente le corps et le fait enfin
mourir, si on ne le rejette pas et si on ne prend aucune médecine. Le monde est
un scorpion qui empoisonne par ses jouissances. Ce ne sont pas les choses
temporelles qui tuent par elles-mêmes, car elles sont bonnes et faites par moi,
qui suis la bonté suprême ; on peut en user avec amour et crainte : le poison
vient de la volonté perverse de l’homme. Il empoisonne l’âme et lui donne la
mort, si elle ne le rejette par une sainte confession qui délivre le coeur. La
confession est une médecine qui guérit de ce poison, mais ce remède paraît amer
à la sensualité.
9.- Tu vois donc
combien sont dans l’erreur ceux qui pourraient me posséder, fuir la tristesse
et goûter la joie, la consolation. Ceux-là veulent le mal qui a l’apparence du
bien, et ils s’attachent à l’or avec un amour déréglés Parce qu’ils sont
aveuglés par de nombreuses infidélités, ils, ne reconnaissent pas le poison ;
ils voient qu’ils sont empoisonnés, et ne prennent pas de remède ; ils portent
la croix du démon et ils ont un avant-goût de l’enfer.
1.- Je t’ai dit
que de la volonté venaient les peines de l’homme. Comme mes serviteurs se sont
dépouillés de leur volonté et revêtus de la mienne, ils n’éprouvent aucune
affliction ; ils sont toujours satisfaits, parce qu’ils sentent que je suis
dans leur âme par la grâce. Ceux qui ne m’ont pas ne peuvent être satisfaits,
lors même qu’ils possèderaient le monde tout entier car les choses (77) créées
sont moindres que l’homme, puisqu’elles sont faites pour l’homme, et non
l’homme pour elles. L’homme ne peut s’en contenter ; moi seul je puis le
satisfaire ; et pourtant ces malheureux sont si aveugles qu’ils se fatiguent
inutilement à poursuivre ce qu’ils ne peuvent avoir, parce qu’ils ne
s’adressent point à moi qui pourrais tout leur donner.
2.- Veux-tu
connaître leur tourment? Tu sais que l’amour souffre quand il perd la chose à
laquelle il s’est identifié. Ceux qui s’identifient à la terre par l’amour
deviennent semblables à la terre : les autres s’identifient à leurs richesses,
à leurs honneurs, à leurs enfants ; les autres me perdent pour se donner aux
créatures, d’autres font de leur corps un animal immonde ; tous ainsi désirent
la terre et s’en repaissent. Ils voudraient que ces choses fussent durables,
mais elles ne le sont pas ; elles passent comme le vent. La mort leur enlève ce
qu’ils aiment, ou ma volonté les en prive.
3.- Cette
privation est pour eux une peine intolérable ; leur douleur est aussi grande
que leur amour avait été déréglé. S’ils avaient possédé ces choses comme des
choses prêtées et qui ne leur appartenaient pas, ils les ,auraient quittées
sans regret. Ils les regrettent, parce qu’ils n’ont plus ce qu’ils désirent ;
car le monde, je te l’ai dit, ne peut les rassasier, et ils souffrent de ne pas
l’être.
4.- Quel
supplice cause les remords de la conscience! quelle torture éprouve celui qui a
soif de vengeance I Il se dévore lui-même et tue son âme avant de tuer soIt
ennemi, il se suicide avec le poignard de la haine. Que ne souffre pas l’avare
qui par avarice se réduit à l’extrémité? et l’envieux dont le coeur se ronge à
la vue du bonheur d’autrui? Toutes les choses qu’on aime d’un amour déréglé engendrent
des peines et des frayeurs sans nombre. Ces infortunés portent la croix du
démon et ont un avant-goût de l’enfer ; cette vie est pour eux pleine
d’infirmités et de malheurs, et, s’ils ne se convertissent, ils n’ont à
attendre que la mort éternelle.
5.- Ce sont
ceux-là qui sont blessés par les épines de la tribulation, et qui se
tourmentent eux-mêmes par leur volonté déréglée. Ils souffrent à l’intérieur et
à l’extérieur (78) ; leur âme et leur corps endurent des peines sans aucun
mérite, parce qu’ils les reçoivent sans patience et avec colère. Ils possèdent
l’or des délices du monde avec un amour déréglé ; ils sont privés de la vie de
la grâce et de l’ardeur rie la charité. Ils deviennent des arbres de mort,
toutes leurs actions sont mortes et ils s’en vont péniblement se noyer dans le
fleuve, dont les eaux empoisonnées les engloutissent. Ils passent pleins de
haine par la porte du démon, et reçoivent la damnation éternelle. Tu vois donc
quelle est leur erreur, avec quelle peine ils arrivent à l’enfer et se font les
martyrs du démon ; ce qui les aveugle, c’est le nuage de l’amour-propre qui
intercepte la lumière de la foi.
6.- Les
tribulations du monde qui entourent de toute part mes serviteurs, ne les
atteignent qu’extérieurement. Ils sont persécutés, mais leur âme est tranquille
parce qu’ils sont unis à ma volonté et qu’ils sont contents de souffrir pour
moi. Les serviteurs du monde au contraire sont frappés au dedans et au dehors ;
ils sont surtout tourmentés intérieurement par la crainte de perdre ce qu’ils
possèdent, et par l’amour de ce qu’ils ne peuvent avoir. Les autres peines qui
sont causées par ces deux peines principales sont innombrables, et ta langue ne
pourrait les dire. Ainsi donc, même en cette vie, il vaut mieux être juste que
pécheur ; tu connais maintenant la route et la fin des uns et des autres.
1.- Quelques-uns
se sentent éprouvés par les tribulations du monde, que j’envoie pour apprendre
à l’âme que sa fin n’est pas en cette vie, que toutes ces choses étant
imparfaites et transitoires, elle doit les prendre comme telles, et ne désirer
que moi, qui suis sa fin véritable. Ils commencent à écarter le nuage de leurs
yeux, à cause des peines qu’ils souffrent, et à cause de celles qui doivent
punir leur péché. Cette crainte servile les fait sortir du fleuve et vomir le
venin que le scorpion (79) leur avait communiqué par l’appât de l’or qu’ils
aimaient sans mesure. Ils aperçoivent ce qui donne la mort, et ils commencent à
faire des efforts pour gagner la rive et atteindre le pont ; mais la crainte
servile ne suffit pas pour arriver.
2.- Purifier du
péché mortel sa demeure, sans la remplir des vertus fondées sur l’amour et non
sur la crainte, ce n’est pas mériter la vie éternelle ; il faut placer les deux
pieds sur le premier degré du pont, c’est-à-dire y parvenir par l’amour et le
désir, qui sont les pieds de l’âme, pour atteindre la Vérité, dont je vous ai
fait un pont. Il faut monter le premier degré que je t’ai fait voir, en te
présentant comme un pont le corps de mon Fils.
3.- Il est vrai
que presque toujours les serviteurs du monde commencent à se convertir par la
crainte de la punition : les tribulations leur rendent souvent la vie
insupportable et les détachent du monde. Si la lumière de la foi éclaire leur
crainte, ils peuvent arriver à l’amour des vertus ; mais il y en a qui marchent
avec tant de tiédeur, qu’ils retombent souvent dans leurs fautes. Lorsqu’ils
sont sur la rive, ils rencontrent des vents contraires et sont battus par les
flots orageux de cette vie ténébreuse.
4.- Le vent de
la prospérité surtout les éprouve avant qu’ils aient monté le premier degré par
l’amour ,des vertus ; ils retournent en arrière et s’attachent encore d’une
manière déréglée aux jouissances du monde. Si c’est, le vent de l’adversité qui
souffle, ils reculent par l’impatience, parce qu’ils ne détestent pas leurs
fautes comme une offense qui m’est faite, mais par crainte de la punition
qu’elle mérite. Sans cette crainte ils ne sel-aient pas convertis ; mais toute
vertu veut la persévérance, et dès qu’ils ne persévèrent pas, ils ne peuvent
atteindre le but de leurs désirs, ils abandonnent ce qu’ils avaient commencé ;
la persévérance seule obtiendrait la récompense de leurs efforts.
5.- Ainsi les
rechutes viennent de causes différentes : les uns succombent dans les combats
de la chair contre l’esprit ; les autres sont vaincus par les créatures qu’ils
aiment hors de moi, ou par l’impatience que leur cause les injures reçues ;
d’autres par les attaques variées et (83) nombreuses du démon, qui les
décourage en dépréciant leurs oeuvres. Ce bien que vous entreprenez, leur
dit-il, ne sert à rien, à cause de vos fautes et de vos vices ; et il les fait
ainsi retourner en arrière et abandonner le peu qu’ils avaient entrepris.
6.- Quelquefois
il les abuse en leur donnant une fausse confiance dans ma miséricorde.
Pourquoi, leur dit-il, tant vous fatiguer? Jouissez de la vie, et au dernier
moment vous vous reconnaîtrez et vous obtiendrez miséricorde. Par ce moyen le
démon leur fait perdre cette crainte par laquelle ils avaient commencé. Toutes
ces ruses, ces attaques les empochent de persévérer, et cela arrive parce que
la racine de l’amour-propre n’est pas arrachée de leur coeur ; c’est ce qui
cause leur chute. Ils présument de ma miséricorde ; ils n’ont qu’une injuste et
coupable espérance, puisqu’ils comptent sur ma miséricorde pour m’outrager sans
cesse.
7.- La
miséricorde ne leur est pas donnée pour m’offenser, mais pour les défendre de
la malice du démon et les préserver du désespoir. ils font tout le contraire,
puisqu’ils m’offensent en s’appuyant sur ma miséricorde elle-même. Il en est
ainsi, parce qu’ils n’ont pas complété ce premier changement, qu’ils avaient
opéré en se retirant du péché mortel par crainte du châtiment, lorsqu’ils
avaient senti l’aiguillon de la tribulation. En s’arrêtant, ils n’arrivent pas
à l’amour de la vertu et ils manquent de persévérance. L’âme ne peut rester
immobile, il faut qu’elle avance ou qu’elle recule. Quand on avance dans la
vertu, on abandonne l’imperfection de la crainte ; quand on n’arrive pas à
l’amour, on retourne en arrière.
1.- Alors cette
âme tourmentée de désirs considérait son imperfection et celle des autres ;
elle souffrait d’entendre et de voir tant d’aveuglement dans les créatures, parce
qu’elle savait combien grande était la bonté de Dieu, qui n’a rien mis dans
cette vie qui puisse empêcher le salut et qui ne serve au contraire à exercer
et (81) à éprouver la vertu. Et malgré cela, elle voyait que l’amour-propre et
les affections déréglées entraînent les hommes dans le fleuve, et causent,
quand ils ne s’en corrigent pas, leur damnation éternelle.
2.- Beaucoup de
ceux qui avaient bien commencé retournaient en arrière pour les raisons que
l’ineffable bonté de Dieu avait daigné lui révéler, et cette vue la plongeait
dans une douleur profonde ; elle fixait ses regards en Dieu le Père, et, elle
lui disait : O amour inexprimable, combien grande est l’erreur de vos
créatures! Qu’il plaise à votre bonté de m’expliquer plus particulièrement les trois
degrés figurés sur le corps de votre Fils bien-aimé, comment on doit faire pour
sortir entièrement de ces flots et pour suivre la voie de votre vérité, et
quels sont ceux qui montent ces degrés.
1.- Alors la
divine Bonté, abaissant le regard de sa miséricorde sur le désir qui
tourmentait cette âme, lui disait : Ma fille bien-aimée, je ne méprise pas les
saints désirs, et je me plais à les satisfaire. Aussi je vais te montrer ce que
tu me demandes. Tu me demandes que je t’explique la figure des trois degrés, et
comment on peut sortir du fleuve et monter sur le pont. Je t’ai déjà dit
l’erreur et l’aveuglement de ces hommes, qui, pendant leur vie, sont les
martyrs du démon et acquièrent la damnation éternelle pour prix de leurs
iniquités. Et en te disant ces choses, je t’ai indiqué par quels moyens ils
doivent éviter ces malheurs. Mais maintenant je m’étendrai davantage, pour
satisfaire ton désir.
2.- Tu sais que
tout mal est fondé sur l’amour-propre. Cet amour est un nuage qui obscurcit la
lumière de la raison, et la raison a en elle la lumière de la foi ; on ne perd
pas l’une sans perdre I’autre. J’ai créé l’âme à mon image et ressemblance, en
lui donnant la mémoire, l’intelligence et la volonté. L’intelligence est la
plus noble partie de l’âme. L’intelligence est excitée par l’affection, et
l’affection est nourrie par l’intelligence. C’est la (82) main de l’amour, c’est-à-dire
l’affection, qui remplit la mémoire de mon souvenir et du souvenir de mes
bienfaits. Ce souvenir tend l’âme active et reconnaissante ; elle la préserve
de négligence et d’ingratitude ; chaque puissance aide l’autre : ainsi se
nourrit l’âme dans la vie de la grâce.
3.- L’âme ne
peut vivre sans amour ; elle veut toujours aimer quelque chose, car elle est
faite d’amour, et je l’ai créée par amour. L’affection excite l’intelligence
elle lui dit : « Je veux aimer, parce que l’aliment dont je me nourris est
l’amour ». Alors l’intelligence, éveillée par l’affection, se lève et lui
dit : « Si tu veux aimer, je te donnerai un bien que tu puisses aimer.
Aussitôt elle se met à considérer la dignité que l’âme a reçue par la création,
et l’indignité où elle est tombée par le péché, Dans la dignité de son être,
elle admire mon ineffable bonté et la charité incréée avec laquelle je l’ai
créée ; et dans la profondeur de sa misère, elle trouve et contemple ma
miséricorde, qui lui a donné le temps du repentir et qui l’a sauvée des
ténèbres.
4.- Alors
l’affection se nourrit d’amour ; elle se rassasie par ses saints désirs de la
haine des sens, et elle savoure dans cette haine l’humilité véritable et la
parfaite patience. Une fois que les vertus ont germé, elles se développent
parfaitement ou imparfaitement, selon que l’âme s’exerce à la perfection, comme
je te le dirai bientôt.
5.- Mais au
contraire, si l’affection est inclinée vers les choses sensibles, le regard de
l’intelligence se tourne de ce ‘côté, et n’offre plus pour objet que des choses
transitoires, qui entretiennent l’amour-propre, le dégoût de la vertu et
l’attrait du vice, ce qui fait naître l’orgueil et l’impatience. La mémoire ne
se remplit que de ce que lui présente l’affection. Cet amour obscurcit la vue, qui
ne distingue et ne voit qu’une fausse lumière. C’est cette lumière que
l’intelligence voit en toute chose, et que l’affection aime à cause de son
apparence de bien et de plaisir. Sans cette apparence l’homme ne pêcherait pas
; car, par sa nature, il ne peut désirer autre chose que le bien. Le vice est
coloré d’une apparence de bien personnel qui fait pécher l’âme. Mais, parce que
l’oeil ne distingue plus rien dans son aveuglement, (83) il méconnaît la vérité ; il s’égare en
cherchant le bien et le plaisir où ils ne sont pas.
6.- Je t’ai dit
que les plaisirs du monde sans moi sont des épines empoisonnées. Dès que
l’intelligence se trompe dans ce qu’elle voit, la volonté se trompe dans son
amour, puisqu’elle aime ce qu’elle ne devrait pas aimer. La mémoire s’abuse de
ce qu’elle retient. L’intelligence fait comme un voleur qui dépouille les
autres. La mémoire retient aussi continuellement des choses qui sont hors de
moi, et l’âme est ainsi privée de la grâce.
7.- L’une de ces
trois puissances de l’âme est si grande, que je ne puis être offensé par l’une
sans que toutes les trois ne m’offensent ; car l’une communique .à l’autre,
ainsi que je te l’ai dit, le bien ou le mal, selon le bon plaisir du libre
arbitre. Ce libre arbitre est uni à l’affection et l’excite selon qu’il lui
plaît, avec ou sans la lumière de la raison. Vous avez votre raison unie à moi
tant que le libre arbitre ne la sépare pas par un amour déréglé, et vous avez
une loi perverse qui combat sans cesse contre l’esprit. Vous avez donc deux partis,
la sensualité et la raison. La sensualité est servante, elle est faite pour
obéir à l’âme ; c’est par le corps que s’éprouvent et s’exercent les vertus.
8.- L’âme est
libre ; elle est affranchie du péché dans le sang de mon Fils ; elle ne peut
être opprimée si elle n’y consent par la volonté. La volonté est unie au libre
arbitre, et le libre arbitre ne fait qu’une chose avec la volonté en
s’accordant avec elle. Il est placé entre la sensualité et la raison, et il
peut se tourner du côté qu’il choisit. Il est vrai que quand l’âme veut, par
l’intermédiaire du libre arbitre, réunir ses puissances en mon nom, comme je te
l’ai dit, alors toutes ses opérations spirituelles et temporelles sont bien
ordonnées. Le libre arbitre se détache de la sensualité et s’unit à la raison.
Alors, par ma grâce, je me repose au milieu d’elles.
9.- Mon Verbe
incarné a dit : « Quand deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au
milieu d’eux » (S. Matth., XVIII, 20), et c’est la vérité. Car je te l’ai déjà
dit : Personne ne peut venir à moi, si ce n’est par lui. Aussi est-il devenu
pour le genre humain un pont à (84) trois degrés, et ces trois degrés figurent
également les trois états de l’âme, comme je te l’expliquerai bientôt.
1.- Je t’ai
expliqué que les trois degrés figuraient en général les trois puissances de
l’âme. Ces degrés ne peuvent être montés séparément, si l’on veut passer par la
doctrine le pont de ma Vérité. Si l’âme n’accorde pas ces trois puissances,
elle ne peut avoir la persévérance dont je t’ai parlé, lorsque tu me demandais
comment ces voyageurs devaient sortir du fleuve. Je te disais que, sans la
persévérance, personne ne peut atteindre le but. Il y a deux buts qu’atteint la
persévérance, le vice ou ta vertu. Si tu veux arriver à la vie, il faut
persévérer dans la vertu ; celui qui veut arriver à la mort éternelle persévère
dans le vice. La persévérance conduit à moi, qui suis la vie, ou au démon, qui
fait boire la mort.
1.- Ma vérité
vous a tous généralement et particulièrement appelés, lorsque mon Fils, plein
d’un ardent désir, criait dans le temple : « Que celui qui a soif vienne à moi
et boive (S. Jean, VII, 37), car je suis la fontaine d’eau vive ». Il ne dit
pas, qu’il aille à mon Père et boive ; mais il dit : « qu’il vienne à
moi », parce que la peine ne peut être en moi le Père, mais bien en mon
Fils unique. Vous qui êtes voyageurs et pèlerins dans cette vie mortelle ; vous
ne pouvez être sans peine, parce que le péché fait naître les épines sur la
terre.
2.- Pourquoi
dit-il : « Venez à moi et buvez »? Parce qu’en suivant sa doctrine, ou par la
voie des commandements et l’amour des conseils, ou par la pratique réelle des
commandements et des conseils, c’est-à-dire par la charité parfaite ou par la
vie commune, quelle que soit la route que vous preniez pour aller à lui en
suivant sa doctrine, vous trouverez (85) de quoi vous désaltérer, en trouvant
et goûtant le fruit du sang par l’union de la nature divine à la nature
humaine. En vous trouvant en lui, vous vous trouvez en moi qui suis l’océan
pacifique, parce que je suis une même chose avec lui, et lui une même chose
avec moi.
3.- Ainsi vous
êtes invités à la fontaine d’eau vive de la grâce, mais c’est par mon Fils qu’il
faut y aller avec persévérance, sans vous laisser arrêter par les épines, les
vents contraires ; la prospérité, l’adversité et toutes les peines que vous
rencontrerez. Vous devez persévérer jusqu’à ce que vous me trouviez, moi qui
vous donne l’eau vive ; et je vous la donne par le moyen du doux Verbe, mon
Fils unique et bien-aimé.
4.- Mais
pourquoi dit-il : «Je suis la fontaine d’eau vive »? Parce qu’il est la
fontaine qui me contient, moi qui donne l’eau vive par l’union de la nature
divine à la nature humaine. Pourquoi dit-il : « Qu’il vienne à moi et qu’il
boive »? Parce que vous ne pouvez éviter la peine, et que la peine ne peut se
trouver en moi, mais en lui. C’est pour cela que je vous ai fait de mon Fils un
pont, et personne ne peut venir à moi que par lui. Il l’a déclaré : « Personne
ne peut aller au Père, si ce n’est par moi » ; et ma Vérité est la vérité même.
5.- Ainsi, tu as
vu la voie qu’il faut prendre et suivre avec persévérance. Vous ne pourriez
boire autrement de l’eau vive ; car la persévérance est la vertu qui reçoit la
gloire et la couronne en moi, qui suis le bien suprême.
1.- Je reviens
aux trois degrés par lesquels il faut aller pour ne pas périr dans ce fleuve,
pour atteindre l’eau vive à laquelle vous êtes appelés, et pour que je sois
continuellement en vous ; car pendant votre pèlerinage, je suis en vous, et je
me repose par la grâce au milieu de vos âmes. Il faut d’abord avoir soif ; il
n’y a d’invités que ceux qui ont soif, puisqu’il est dit : « Qui a soif
vienne à moi et boive ».
2.- Celui qui
n’a pas soif ne saurait persévérer ; il se laissera arrêter par la fatigue ou
le plaisir. Il ne prendra ni vase (86) pour puiser, ni compagnon pour ne pas
aller seul ; il retournera en arrière dès qu’il rencontrera la persécution,
parce qu’il l’a en horreur. Il craint parce qu’il est seul, mais s’il était
accompagné, rien ne l’effraierait. S’il avait monté les trois degrés, il serait
en sûreté, parce qu’il ne serait pas seul.
3.- Il faut donc
que vous ayez soif et que vous vous réunissiez ensemble, comme je vous l’ai
dit, deux ou trois, ou davantage. Pourquoi deux ou trois? Parce que deux ne
sont pas sans trois, trois sans deux, ni trois et deux sans davantage. Celui
qui est seul ne peut pas m’avoir en lui, parce qu’il n’a pas de compagnon, et
je ne puis me tenir au milieu de lui. Il n’est rien parce qu’il est seul dans
son amour-propre, et qu’il est séparé de ma grâce et privé de la charité du
prochain. Dès qu’il est exclu de moi par sa faute, il est dans le néant, parce
que je suis seul Celui qui suis ; il est isolé dans son amour-propre, et il
n’est compté pour rien dans ma Vérité ; il est rejeté de moi.
3.- Il est dit :
Quand ils seront deux ou trois, ou davantage, assemblés en mon nom, je serai au
milieu d’eux. Je t’ai dit que deux n’étaient pas sans trois ni trois sans deux,
et c’est la vérité. Tu sais que les commandements se réduisent à deux, sans
lesquels toute la loi ne peut être observée : il faut m’aimer par-dessus toute
chose et aimer le prochain comme soi-même ; c’est là le commencement, le milieu
et la fin des commandements de la loi.
5.- Ces deux
commandements ne peuvent être réunis en mon nom sans la réunion des trois
puissances de l’âme, à savoir : la mémoire, l’intelligence et la volonté. La
mémoire doit retenir ma bonté et mes bienfaits, l’intelligence doit contempler
l’amour ineffable que je vous ai montré par le moyen de mon Fils unique : je
l’ai donné pour objet à votre intelligence, pour qu’elle y voie le foyer de ma
charité. La volonté alors s’unit à la mémoire et à l’intelligence, en m’aimant
et me désirant comme sa fin.
6.- Quand ces
trois puissances sont ainsi saintement assemblées, je suis au milieu d’elles
par la grâce ; et alors, parce que l’homme se trouve plein de ma charité et de
celle du prochain, il se trouve sur-le-champ dans la compagnie de nombreuses et
solides vertus. Le désir de l’âme lui donne soif de la vertu, de mon honneur,
du salut des âmes ; toute (87) autre soif est éteinte et morte en elle. Elle
marche en assurance et sans aucune crainte servile ; elle monte le premier
degré de l’affection, parce qu’elle s’est dépouillée de l’amour-propre ; elle
s’est élevée au-dessus d’elle-même et au-dessus des choses passagères ; elle
les aime et les conserve si elle veut, mais par moi et jamais sans moi, avec
une sainte et véritable crainte, avec l’amour de la vertu.
7.-Elle monte le
second degré ; elle arrive à la lumière de l’intelligence et contemple l’amour
infini, que je vous ai montré dans mon Fils crucifié. Alors elle trouve la paix
et le repos, parce que la mémoire s’emplit jusqu’aux bords de ma charité. Tu
sais qu’une chose vide résonne quand on la frappe, mais il n’en est pas de même
quand elle est pleine. Quand la mémoire est pleine de la lumière de
l’intelligence et des sentiments de l’amour, si elle est frappée par les
tribulations ou par les plaisirs du monde, l’âme ne fait entendre ni les éclats
de la joie, ni les cris de l’impatience, parce qu’elle est pleine de moi, qui
suis le bien véritable.
8.- Dès qu’elle
a monté ces degrés, elle se trouve en sainte compagnie ; elle possède la raison
et les trois puissances de l’âme, qu’elle a réunies en mon nom : elle est avec
l’amour de moi et du prochain, avec la mémoire pour retenir, l’intelligence
pour voir, la volonté pour aimer. L’âme est avec moi, qui suis sa force et sa
sûreté ; elle est entourée de vertus, et elle s’avance paisiblement, parce que
je suis au milieu d’elles.
9.- Elle est
poussée par un ardent désir, car elle a soif de suivre la voie de la Vérité, où
se trouve la fontaine d’eau vive. Cette soif de mon honneur, de son salut et du
salut du prochain lui fait désirer la voie, parce que sans cette voie elle ne
pourrait y parvenir. Elle avance, et porte le vase de son coeur vide de tout
désir et de tout amour déréglé du monde ; et aussitôt que son coeur est vide,
il se remplit, parce que rien ne peut rester vide.
10.- Il ne se
remplit pas de choses matérielles, mais d’un air pur. Le coeur est un vase qui
ne peut rester vide ; dès que l’amour déréglé des choses terrestres, en est
ôté, il se remplit des choses célestes, des douceurs de l’amour divin, qui
conduit aux eaux de la grâce. Quand l’âme est arrivée, elle passe par la porte
de Jésus crucifié, et elle goûte l’eau vive qui se trouve en moi, l’océan de la
paix. (88)
1.- Je t’ai
montré comment toute créature raisonnable peut sortir de la mer du monde et
éviter la mort et la damnation éternelle : je t’ai montré trois degrés
principaux qui sont les trois puissances de l’âme, et personne n’en peut monter
un sans monter les autres. Je t’ai expliqué cette parole de mon Fils : Quand
ils seront deux ou trois, ou plusieurs, réunis en mon nom. Cette réunion est
celle des trois puissances de l’âme, qui s’accordent avec les deux principaux
commandements de la loi : m’aimer par-dessus toutes choses et aimer le prochain
comme soi-même. Dès que l’homme a fait cette réunion et monté ces degrés, il a
soif de l’eau vive ; il avance ; il passe sur le pont en suivant la doctrine de
ma Vérité.
2.- Et alors
vous accourez à la voix qui vous crie comme dans le temple : Que celui qui a
soif vienne à moi et boive, car je suis la fontaine d’eau vive. Je t’ai
expliqué cette parole et comment il fallait l’entendre, afin que tu connaisses
mieux l’abondance de ma charité et le honteux aveuglement de ceux qui se
plaisent à courir par la route du démon, qui leur offre une eau empoisonnée.
3.- Tu me
demandais les moyens de ne pas périr dans le fleuve ; je te les ai montrés, et
je t’ai dit qu’il fallait monter sur le pont en unissant les deux commandements
de la loi dans la charité du prochain et en m’apportant son coeur et son amour
comme un vase ; car je donne à boire à qui m’en demande. Il faut suivre la voie
de Jésus crucifié et y persévérer jusqu’à la mort ; voilà ce que doit faire
l’homme, quel que soit son état, car l’état n’est jamais une excuse ; on peut
et on doit toujours remplir cette obligation de toute créature raisonnable.
4.- Personne ne
peut s’en défendre en disant : J’ai une position, des enfants et d’autres
embarras du monde, et il m’est impossible de suivre cette route. On ne peut
alléguer ces obstacles ; car je te l’ai dit, tout état m’est agréable, pourvu
qu’on y apporte une bonne et sainte volonté. Toute chose est bonne et parfaite,
puisqu’elle a été faite par moi, qui suis la souveraine bonté. Les créatures ne
vous ont pas été (89)
données pour
vous causer la mort, mais pour que vous ayez la vie. Ce que je vous demande est
bien facile, car quoi de plus facile et de plus doux que l’amour? Je ne réclame
qu’une chose, l’amour ; m’aimer et aimer le prochain.
5.- En tout
temps, en tout lieu, en tout état, l’homme peut aimer et se servir de tout,
pour l’honneur et la gloire de mon nom. Mais, tu le sais, les aveugles ne
suivent pas la lumière ; ils se couvrent de leur amour-propre ; ils aiment et
possèdent les créatures en dehors de moi ; ils passent cette vie dans des
peines insupportables qu’ils se causent ; et, s’ils ne changent de route, ils
tombent dans la damnation éternelle. Ainsi je t’ai fait connaître ce que tout
homme doit faire.
1.- Je t’ai dit
la route que doivent suivre et que suivent ceux qui sont dans la charité
commune, c’est-à-dire ceux qui observent les commandements et qui acceptent les
conseils spirituellement ; maintenant je veux te parler de ceux qui ont
commencé à monter ces degrés, et qui veulent suivre la voie parfaite et
observer complètement les commandements et les conseils dans les trois états que
je vais t’expliquer plus particulièrement.
2.- L’âme a
trois états auxquels s’appliquent ses trois puissances : le premier est
imparfait, le second parfait, le troisième très parfait. Dans le premier,
l’homme est pour moi un mercenaire, dans le second un serviteur fidèle, et.
dans le troisième un fils qui m’aime sans songer à lui. Ces trois états peuvent
se rencontrer en diverses créatures, et quelquefois se trouver dans une même
personne. Ils se trouvent en une même personne lorsqu’elle court avec une ardeur
parfaite dans la voie, employant son temps de manière qu’elle arrive de l’état
servile à l’état généreux, et de l’état généreux à l’état filial.
3.- Elève-toi
au-dessus de toi-même ; ouvre l’oeil de ton intelligence et vois comment tous
ces voyageurs s’avancent ; les uns marchent imparfaitement, les autres
parfaitement dans la voie des commandements, d’autres très parfaitement (90)
dans la voie des conseils. Tu verras d’où vient l’imperfection, d’où vient la
perfection, et quel est l’aveuglement de l’âme qui n’arrache pas d’elle-même la
racine de l’amour-propre. En quelque état que se trouve l’homme, il a besoin de
tuer en lui l’amour-propre.
1.- Alors cette
âme, embrasée d’un saint désir, contemplait dans le doux miroir de la Divinité
les créatures qu’elle voyait prendre différentes routes et différents moyens
pour arriver à leur fin. Beaucoup commençaient à monter en étant tourmentés par
la crainte servile, c’est-à-dire en redoutant leur propre peine ; beaucoup
d’autres triomphaient de cette crainte et parvenaient à la perfection, mais
bien peu arrivaient à la grande et véritable perfection.
1.- Alors la
bonté de Dieu, voulant satisfaire le désir de cette âme, lui disait : Remarque
ceux que la crainte servile à détachés de la corruption du péché mortel s’ils
n’avancent pas avec l’amour de la vertu, la crainte servile ne leur suffira pas
pour obtenir la vie bienheureuse ; mais I’amour uni à la crainte suffit, parce
que la loi est fondée sur l’amour et la crainte.
2.- La loi de
crainte est la loi ancienne que j’ai donnée à Moïse, et qui était fondée sur la
crainte, parce que la peine punissait la faute commise. La loi d’amour est la
loi nouvelle donnée par le Verbe, mon Fils unique ; elle est fondée sur
l’amour. Mais cette loi nouvelle ne détruit pas l’ancienne : elle l’accomplit
au contraire. Ma vérité a dit : « Je ne suis pas venu détruire la loi,
mais l’accomplir » (S. Matth., V, 17 ).
3.- Il a uni la
loi de crainte à la loi d’amour. L’amour a ôté l’imperfection de la crainte de
la peine, mais il a laissé la perfection de la bonne crainte, c’est-à-dire la
(91)
crainte de
m’offenser, non pas à cause de la punition, mais à cause de moi, qui suis la
bonté suprême. Ainsi la loi imparfaite est devenue parfaite par la loi d’amour.
4.- Mon Fils
unique est Venu comme un char de feu, et il a répandu les flammes de ma charité
dans votre humanité. L’abondance de ma miséricorde a éloigné la peine des
fautes qui se commettent. Celui qui m’offense n’est pas puni sur-le-champ dès
cette vie, comme le voulait autrefois la loi de Moïse. La punition est
maintenant différée, et la crainte servile est inutile. La faute n’est pas pour
cela impunie ; elle sera punie quand l’âme sera séparée du corps, si celui qui
commet la faute ne la punit pas, dès cette vie, par une contrition parfaite.
5.- La vie est
le temps de ma miséricorde, et la mort le temps de la justice. Il faut donc
quitter la crainte servile et embrasser mon amour et ma sainte crainte. Sans
cela l’homme retombe dans le fleuve, dès qu’il rencontre les flots de la
tribulation, et les épines des consolations qui blessent l’âme qui les aime et
les possède d’une manière déréglée.
1.- Je t’ai dit
que personne ne pouvait sortir du fleuve et passer le pont sans monter trois
degrés. On les monte imparfaitement, parfaitement et très parfaitement. Ceux
qui sont conduits par la crainte servile montent et réunissent imparfaitement
les puissances de leur âme. L’âme voit la peine qui suit la faute; elle se lève
et appelle la mémoire pour chasser la pensée du vice, l’intelligence pour voir
la punition de la faute, afin que la volonté puisse la détester. Ce premier
acte, ce premier effort doit être fait avec la vue de l’intelligence éclairée
par la sainte foi.
2.- Elle doit
non seulement regarder la peine, mais la récompense de la vertu et l’amour que
je lui porte, afin qu’elle puisse monter par amour, avec une affection dégagée
de toute crainte servile. On devient ainsi serviteur fidèle et non mercenaire,
en me servant par amour et non par crainte, en s’efforçant d’arracher avec une
sainte haine (92) la racine de l’amour-propre, en agissant avec prudence,
courage et persévérance. Mais il y en a beaucoup qui montent si lentement et
qui me rendent ce qu’ils me doivent avec tant de mollesse et d’ignorance,
qu’ils s’arrêtent bientôt et retournent en arrière au moindre vent qu’ils
rencontrent. Et parce qu’ils ont monté si imparfaitement le premier degré de
Jésus crucifié, ils n’arrivent pas au second, qui est son coeur.
1.- Il y en a
qui deviennent mes serviteurs fidèles en me servant sans crainte de la punition
et par amour. Mais cet amour est imparfait, parce qu’il vient de l’utilité, du
plaisir et de la douceur qu’ils trouvent en moi. Sais-tu-ce qui montre que cet
amour est imparfait? C’est que, quand ils sont privés de la consolation qu’ils
trouvent en moi, leur amour se refroidit et disparaît souvent. ils aiment le
prochain avec la même imperfection.
2.- Si je veux
éprouver mon serviteur dans son intérêt, pour le retirer de l’imperfection et
l’exercer à la vertu, j’éloigne de lui la consolation qu’il goûtait en moi, et
je le laisse attaquer par la tribulation: c’est le moyen de lui donner une
connaissance plus parfaite de lui-même, et de lui montrer qu’il reçoit de moi
seul l’être et la grâce. Ces combats le portent à se réfugier en moi, à
reconnaître mes bienfaits et à me chercher seul avec une humilité sincère.
C’est pour cela que je lui donne et que je lui retire la consolation, mais
jamais la grâce.
3.- Beaucoup
alors se refroidissent et reculent par défaut de patience. Ils abandonnent
leurs pieux exercices et croient se justifier en disant: ces actes ne me
profitent pas; puisque je n’en retire aucune consolation pour mon âme.
4.- C’est agir
comme l’imparfait qui n’a pas encore dégagé la lumière de la foi du voile de
son amour-propre spirituel ; car si ce voile était levé, l’âme verrait bien que
toute chose vient de moi, et qu’une feuille d’arbre ne tombe pas sans ma
providence. Tout ce que je donne, ou permets, arrive pour la sanctification de
mes serviteurs,
(93) afin qu’ils
possèdent le bien et la fin pour laquelle je les ai créés.
5.- Ils doivent
voir et reconnaître que je ne veux autre chose que leur bonheur dans le sang de
mon Fils unique, qui les purifie de leurs iniquités. Dans ce sang ils peuvent
connaître ma vérité et voir que je les ai créés à mon image et à ma
ressemblance, que je les ai créés de nouveau à la grâce par le sang de mon
propre Fils, pour les rendre nies enfants adoptifs ; mais, parce qu’ils sont
imparfaits, ils me servent par intérêt et n’aiment le prochain qu’avec tiédeur.
6.- Les uns
perdent courage pour éviter la peine les autres se ralentissent dans le service
de leur prochain et se refroidissent dans leur charité, parce qu’ils n’ont plus
les avantages et les consolations qu’ils y trouvaient. Il ma est ainsi, parce
que leur amour n’est pas pur, et qu’ils aiment leur prochain avec la même
imperfection qu’ils m’aiment, c’est-à-dire par intérêt. S’ils ne reconnaissent
pas leur imperfection, s’ils ne désirent pas s’en corriger, ils retournent
nécessairement en arrière.
7.- Il faut que
ceux qui veulent la vie éternelle aiment sans intérêt, parce qu’il ne suffit
pas de fuir le péché par crainte du châtiment, ou d’embrasser la vertu par
amour de ses avantages, il faut encore fuir le péché parce qu’il me déplaît, et
aimer la vertu par amour pour moi.
8.- Il est vrai
qu’ordinairement la crainte est le premier pas des pécheurs vers la pénitence.
L’âme est imparfaite avant d’être parfaite ; mais de l’imperfection elle doit
aller à la perfection, ou pendant la vie en pratiquant la vertu et en m’aimant
d’un coeur libre, généreux et détaché, ou à la mort en reconnaissant son
imperfection et en se promettant que si elle eu avait le temps, elle me
servirait sans penser à elle.
9.- C’était cet
amour imparfait que ressentait saint Pierre pour le doux et bon Jésus, mou Fils
unique, lorsqu’il jouissait des délices de son intimité. Mais quand vint le
temps de la tribulation, il l’abandonna ,et changea tellement, qu’au lieu de
mourir pour lui, comme il avait dit, il le renia par peur et déclara qu’il ne
l’avait jamais
connu. (94)
10.- L’âme
succombe ainsi lorsqu’ elle monte ces degrés par crainte servile ou par amour
mercenaire. Il faut donc sortir de cette imperfection, m’aimer d’un amour
filial et me servir sans intérêt ; car je sais récompenser toute peine, et je
rends à chacun selon son état et ses efforts.
11.- Ceux qui
n’abandonnent pas leurs prières et leurs bonnes oeuvres, mais qui travaillent
avec persévérance à augmenter leurs vertus, arriveront à l’amour des enfants.
Je les aimerai avec cet amour, car je rends toujours l’amour qu’on me donne. Si
quelqu’un m’aime comme le serviteur aime son maître, je le récompense comme un
maître paie son serviteur, mais je ne me livre pas à lui, parce que les secrets
ne se confient qu’à l’amitié : on ne fait qu’un avec son ami, mais non pas avec
son serviteur. Il est vrai que le serviteur peut ‘augmenter tellement sa vertu
et l’amour qu’il a pour son maître, qu’il deviendra son plus cher ami.
12.- Il en
arrive ainsi à mes serviteurs : tant qu’ils restent dans l’amour mercenaire, je
ne me manifeste point à eux. Mais s’ils rougissent de leur imperfection et
s’ils aiment la vertu, s’ils arrachent avec une sainte haine la racine de
l’amour-propre spirituel qui est en eux, si, montant sur le tribunal de leur
conscience, ils font justice de la crainte servile et de l’amour mercenaire que
n’a pas encore détruits dans leur coeur la lumière de la foi, alors ils me sont
si agréables, que je les’ aime comme des amis, je me manifesterai à eux,
puisque nia Vérité a dit : « Celui qui m’aimera sera aimé de mon Père, et
je l’aimerai ; je me manifesterai à lui, et nous demeurerons ensemble »( S.
Jean, XIV, 21-35 ). C’est la condition des vrais amis d’être deux corps et une
seule âme par l’amour, car l’amour transforme dans la chose aimée. S’ils n’ont
qu’une âme, comment peuvent-ils avoir des secrets l’un pour l’autre? Aussi mon
Fils l’a dit : « Je viendrai, et nous demeurerons ensemble » ; et c’est la
vérité.
1.- Sais-tu
comment je me manifeste dans l’âme qui m’aime en vérité et qui suit la doctrine
de mon doux (95) et bien-aimé Verbe ? Je manifeste de différentes manières ma
vérité dans l’âme, selon son désir, et j’ai trois sortes de manifestations.
2.- Je manifeste
premièrement dans l’âme mon amour et ma charité par le moyen du Verbe, mon Fils
; et cet amour, cette charité se voit dans son sang répandu avec tant d’ardeur.
La charité se montre de deux manières l’une est générale et commune à tous ceux
qui vivent dans la charité ordinaire. Ils la voient et l’éprouvent dans les
nombreux bienfaits qu’ils reçoivent de moi l’autre manière est réservée à ceux
qui sont devenus mes amis ; ils connaissent la charité plus que les autres,
parce qu’ils la connaissent, la goûtent et l’éprouvent sensiblement dans leurs
âmes.
3.- La seconde
manifestation est pour ceux auxquels je me révèle par le sentiment de l’amour.
Je ne regarde pas la créature, mais les saints désirs, et je me montre à l’âme
avec la même perfection qu’elle me recherche. Quelquefois je me révèle, dans
cette seconde manifestation, en dominant l’esprit de prophétie et cri montrant
les choses futures : et cela de beaucoup de manières, selon les besoins de
cette âme ou des autres créatures.
4.- D’autres
fois, et c’est la troisième manifestation, je forme dans leur esprit la
présence de ma Vérité, mon Fils unique, par plusieurs moyens, selon que l’âme
le désire et le veut. Tantôt elle une cherche dans la prière en voulant
connaître ma puissance, et je la satisfais en lui faisant goûter et sentir ma
vertu ; tantôt elle me cherche dans la sagesse de mon Fils, et je la satisfais
en l’offrant aux regards de son intelligence ; ,tantôt elle nie cherche dans la
clémence de l’Esprit saint, et alors ma bonté lui fait goûter le feu de la
divine charité, qui enfante les vraies et solides vertus, fondées sur la
charité pure du prochain.
1.- Tu vois que
mon Fils a dit la vérité dans cette parole : « Celui qui m’aimera sera une même
chose avec moi » ; car en suivant sa doctrine avec amour vous êtes unis
(96) lui, et étant unis à lui vous êtes unis à moi, parce que nous sommes une
même chose, et puisque nous sommes une même chose, je me manifesterai aussi à
vous.
2.- Ainsi mon
Fils a dit la vérité en disant : « Je me manifesterai à vous », parce
qu’en se manifestant il me manifeste, et en me manifestant il se manifeste.
Mais pourquoi ne dit-il pas : Je vous manifesterai mon Père ? Pour trois
raisons. La première est qu’il veut montrer que je ne suis pas séparé de lui,
ni lui de moi ; et quand saint Philippe lui dit : « Montrez-nous le Père,
et cela nous suffira », il répond : « Qui me voit, voit le Père ; et qui
voit le Père, me voit » (S, Jean, XIV, 8-9). Il le dit parce qu’il est une même
chose avec moi ; et ce qu’il avait, il l’avait de moi, et non pas moi de lui.
Aussi dit-il aux Juifs : « Ma doctrine n’est pas de moi, mais de mon Père, qui
m’a envoyé ». Parce que mon Fils procède de moi, et non pas moi de lui.
Mais comme je suis une même chose avec lui et lui avec moi, il ne dit pas ; Je
manifesterai le Père, mais je me manifesterai ; parce que je suis une même
chose avec le Père.
3.La seconde
raison, c’est qu’en se manifestant à vous il ne montrait que ce qu’il avait de
moi, le Père ; comme s’il eût voulu dire : Le Père s’est manifesté entièrement
en moi, puisque je suis une même chose avec lui. Je me manifesterai et je le
manifesterai à vous par mon moyen.
4.- La troisième
raison est, qu’étant invisible, je ne puis être vu de vous-tant que vous ne
serez pas séparés de vos corps. Alors vous verrez ma divinité face à face, et
vous verrez aussi le Verbe, mon Fils intellectuellement jusqu’au temps de la
résurrection générale, lorsque votre humanité se conformera et se réjouira dans
l’humanité du Verbe, comme je te l’ai dit en te parlant de la résurrection ( Le
texte dit : nel Trattato della resurrettione. Ces mots semblent indiquer un
ouvrage de sainte Catherine de Sienne qui ne nous est pas parvenu.).
5.- Vous ne
pouvez me voir maintenant dans mon essence, et alors j’ai voilé la nature
divine avec le voile de votre humanité, afin que vous pussiez me voir. Moi,
l’invisible, je me suis fait pour ainsi dire visible en vous donnant (97) le
verbe, mon Fils, revêtu de votre nature ; Il m’a manifesté à vous. Il ne dit
pas : Je manifesterai mon Père, mais : Je me manifesterai à vous ; comme s’il
disait : Selon ce que m’a donné mon Père, je me manifesterai à vous. Tu vois
que dans cette manifestation, en se manifestant il me manifeste. Tu ne lui a
pas entendu dire : Je vous manifesterai le Père, car tant que vous êtes dans un
corps mortel, vous ne pouvez me voir ; mais mon Fils est une même chose avec
moi.
1.- Tu as pu
comprendre l’excellence de celui qui est parvenu à l’amour de l’ami ; il a
monté par les pieds de l’affection, et il est arrivé au secret du coeur,
c’est-à-dire au second degré, figuré sur le corps de mon Fils. Je t’ai dit que
ces trois, degrés correspondaient aux trois puissances de l’âme ; et maintenant
je les appliquerai aux trois états de l’âme. Avant de te conduire au troisième
degré, je veux te montrer comment on parvient à être ami, et quand on est ami,
comment on devient enfant par l’amour filial ; ce que fait celui qui est ami,
et à quel signe on reconnaît l’ami.
2.-
Premièrement, comment parvient-on à être ami ? L’homme était d’abord
imparfait par la crainte servile ; mais avec l’exercice et la persévérance il
parvient à l’amour de la jouissance et de l’utilité qu’il trouve en moi. Telle
est la voie par laquelle passe celui qui désire arriver à l’amour parfait,
c’est-à-dire à l’amour des amis et des enfants.
3.- Je dis que
l’amour filial est parfait, parce que, dans l’amour du Fils, l’homme reçoit mon
héritage, l’héritage du Père éternel ; et parce que l’amour du Fils comprend
toujours l’amour de l’ami, je t’ai dit que l’ami était devenu fils. Quel est le
moyen de. parvenir à l’amour filial? Le voici. Toute perfection et toute vertu
procède de la charité, et la charité est nourrie par l’humilité ; l’humilité
vient de la connaissance et de la haine de soi-même, c’est-à-dire de sa
sensualité. Pour y arriver, il faut persévérer et rester dans la cellule de la
connaissance de soi-même, où on connaîtra ma miséricorde dans le sang de mon
Fils unique, en attirant par (98) son amour ma charité divine, en s’exerçant à
détruire toute mauvaise volonté spirituelle et temporelle, et en se cachant
humblement dans son intérieur.
4.- C’est ce que
fit Pierre avec les autres disciples : il gémit amèrement après avoir eu le
malheur de renier mon Fils. Sa douleur était encore imparfaite, et elle fut
imparfaite pendant quarante jours et jusqu’après l’Ascension ; car, mon Fils
étant retourné vers moi quant à son humanité, Pierre et les autres disciples se
cachèrent dans le cénacle pour attendre la venue du Saint-Esprit, que ma Vérité
leur avait promis. Ils étaient renfermés par crainte, car l’âme craint toujours
jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à l’amour véritable ; mais en persévérant dans
leurs veilles et dans leurs humbles prières jusqu’à ce qu’ils eussent reçu
l’abondance de l’Esprit Saint, ils perdirent la crainte ; ils suivirent et
prêchèrent Jésus crucifié.
5.- Ainsi, après
s’être purifiée du péché mortel et s’être reconnue coupable, l’âme qui veut
parvenir à la perfection commence à pleurer par crainte du châtiment ; puis
elle s’élève à la considération de ma miséricorde, où elle trouve son bien-être
et son avantage. Elle est encore imparfaite, et pour la faire arriver à la
perfection, après quarante jours, c’est-à-dire après ces deux états, je me
retire d’elle de temps en temps, non par grâce, mais par sentiment.
6.- C’est ce que
mon Fils annonçait lorsqu’il disait aux disciples : « Je m’en vais, et je
reviendrai vers vous ». Tout ce qu’il disait en particulier à ses
disciples était dit en général à tous les hommes présents et futurs. Il dit :
Je m’en vais, et je reviendrai vers vous ; et il en fut ainsi : car lorsque
l’Esprit Saint fut descendu sur les disciples, il revint lui-même. Le
Saint-Esprit ne vint pas seul, mais il vint avec ma puissance, avec la sagesse
du Fils, qui est un avec moi, et avec la clémence du Saint-Esprit, qui procède
du Père et du Fils.
7.- Or, je te le
dis de même : Pour faire sortir l’âme de son imperfection, je me retire d’elle
d’une manière sensible et je la prive de la consolation qu’elle avait d’abord.
Lorsqu’elle était dans la souillure du péché mortel, elle s’est éloignée de moi,
et je l’ai privée de ma grâce par sa faute ; parce qu’elle m’avait fermé la
porte de son désir. Le soleil de la grâce ne brille plus au-dedans, non par la
faute du soleil (99), mais par la faute de la créature, qui ne lui ouvre pas
par le désir ; mais dès qu’elle reconnaît les ténèbres, elle ouvre la fenêtre
et nettoie sa demeure par une sainte confession. Alors, par ma grâce, je
retourne dans l’âme, et si je m’en retire quelquefois, elle ne perd pas la
grâce, elle n’en perd que le sentiment.
8.- Je le fais
pour la rendre humble, pour l’exercer âme chercher véritablement, pour
l’éprouver à la lumière de la foi et lui faire acquérir la prudence. Alors, si
elle aime d’une manière désintéressée, avec une foi vive et avec la haine
d’elle-même, elle se réjouit dans la peine, parce qu’elle se trouve indigne de
la paix et du repos de l’esprit. C’est la seconde des trois choses que je
t’annonçais en te promettant de t’expliquer comment l’âme arrive à le
perfection, et ce qu’elle fait quand elle y est arrivée. Voici ce qu’elle fait.
Quand elle sent que je me suis retiré, elle ne retourne pas en arrière, mais
elle persévère humblement dans ses exercices, et se renferme avec soin dans la
connaissance d’elle-même.
9.- Elle y
attend avec une foi vive l’avènement de l’Esprit Saint ; elle m’attend, moi, le
feu de la charité. Comment m’attend-elle? Elle m’attend, non dans l’oisiveté,
mais dans les veilles et dans la prière continuelle ; non seulement dans les
veilles du corps, mais dans les veilles de l’intelligence. L’oeil de son
intelligence ne se ferme jamais ; elle veille à la lumière de la foi pour
arracher par la haine les pensées inutiles de son coeur ; elle attend l’ardeur
de ma charité, car elle sait que je ne veux pas autre chose que la
sanctification des âmes : le sang de mon Fils l’a bien prouvé.
10.- Pendant que
son intelligence veille ainsi dans ma connaissance et dans la connaissance
d’elle-même, l’âme prie toujours par une sainte et ferme volonté : c’est la
prière continuelle. Elle prie aussi par la prière actuelle, c’est-à-dire
qu’elle fait dans leur temps les prières ordonnées par l’Église. Voici ce que
fait l’âme qui a quitté l’imperfection pour arriver à la perfection.
11.- C’est pour
qu’elle y arrive que je me retire d’elle, non par la grâce, mais par le sentiment.
Je m’en éloigne pour qu’elle voie et connaisse ses défauts, parce que, dès
qu’elle se sent privée de la consolation, elle éprouve sa faiblesse ; elle
comprend que seule elle ne peut être ferme et persévérante (100), et par là
elle découvre la racine de l’amour-propre spirituel. Elle se connaît ainsi,
elle s’élève au-dessus d’elle-même, et s’asseyant sur le tribunal de sa
conscience, elle ne fait grâce à aucun sentiment blâmable en arrachant la
racine de l’amour-propre avec la haine de cet amour et avec l’amour de la
vertu.
1.- Je veux que
tu saches que toute imperfection et toute perfection qui se manifestent et
s’acquièrent en moi, se manifestent et s’acquièrent par le moyen du prochain.
C’est ce qu’éprouvent les âmes simples qui aiment les créatures d’un amour
spirituel. Si l’on m’aime d’un amour pur et désintéressé, on aime de même le
prochain.
2.- Quand on
remplit un vase à une fontaine, si on le retire de la fontaine pour boire, le
vase est bientôt vide, mais si l’on boit en tenant le vase dans la fontaine, il
ne se vide pas, mais il est toujours plein. Il en est de même de l’amour
spirituel ou temporel du prochain, il faut y boire en moi, sans le tirer à soi.
3.- Je vous
demande que vous m’aimiez comme je vous aime. Vous ne pouvez le faire
complètement, puisque je vous ai aimés sans être aimé. L’amour que vous ayez
pour moi est une dette que vous acquittez, et non pas une grâce que vous
m’accordez. L’amour que j’ai pour vous au contraire est une grâce, et non une
dette.
4.- Vous ne
pouvez donner me rendre l’amour que je réclame, et cependant je vous en offre
le moyen dans votre prochain faites pour lui ce que vous ne pouvez faire pour
moi. Mon Fils l’a montré lorsqu’il disait a Paul qui me persécutait « Saul,
Saul, pourquoi me persécutes tu ? »(Acte IX, 4). Il le disait parce que
Paul me persécutait en persécutant mes fidèles.
5.- Il faut que votre
amour soit pur et qu’avec cet amour dont vous m’aimez, vous aimiez les autres.
Sais-tu, ma fille, comment on reconnaît que l’amour spirituel dont on aime
n’est pas parfait? Il est imparfait si l’âme souffre quand il lui semble que la
créature qu’elle aime ne répond pas à son (101) amour ou qu’elle n’en est pas
aimée autant qu’elle croit l’aimer. Si elle souffre de la perte de sa présence,
de ses consolations, ou de la préférence qu’elle donne à un autre.
6.- C’est à cela
et à beaucoup d’autres choses semblables qu’on voit l’imperfection de l’amour
que l’âme a pour moi et pour le prochain. Elle boit alors dans le vase hors de
la fontaine, quoique l’amour l’ait rempli de moi. Mais parce qu’elle m’aime
encore imparfaitement, elle montre qu’elle aime imparfaitement aussi le
prochain. Cela vient de la racine de l’amour-propre spirituel, qui n’est pas
encore arrachée.
7.- Je permets
souvent ces épreuves de l’amour pour que l’âme se connaisse dans son
imperfection. Je lui retire ma présence sensible pour qu’elle se renferme dans
la connaissance d’elle-même, et qu’elle acquière ainsi la perfection. Je
reviens ensuite avec une plus abondante lumière, avec une connaissance plus
grande de ma vérité, pourvu qu’elle soit persuadée que c’est par ma grâce
seulement qu’elle pourra tuer sa volonté.
8.- Qu’elle ne
cesse jamais de travailler à sa vigne, d’en arracher les épines des pensées
inutiles, et d’y mettre les pierres des vertus affermies dans le sang de Jésus
crucifié, qu’elle a trouvées en allant par le pont de mon Fils bien-aimé. Car
je te l’ai dit, si tu te le rappelles bien, sur ce pont de la doctrine de ma
Vérité sont les pierres fondées sur la vertu de son sang, et les vertus vous
donnent la vie par la vertu du sang. (102)
1.- Lorsque
l’âme est entrée dans le chemin de la perfection, en passant par la doctrine
-de Jésus crucifié, avec l’amour véritable de la vertu et avec la haine du
vice, lorsqu’elle est arrivée par une sainte persévérance à la cellule de la
connaissance d’elle-même, elle s’y renferme dans les veilles et la prière
continuelle, et elle se sépare de la conversation des hommes. Pourquoi se
renferme-t-elle? Elle se renferme par la crainte que lui cause la vue de son
imperfection, et par le désir qu’elle a d’arriver à l’amour généreux et
parfait. Elle voit et comprend qu’on ne peut y arriver par un autre moyen, et
elle attend avec une foi vive ma venue par l’augmentation de la grâce en elle.
A quoi se reconnaît cette foi vive? A la persévérance dans la vertu et dans la
sainte prière, quelque chose qui arrive. A moins que ce ne soit par obéissance
ou par charité, vous ne devez jamais abandonner la prière.
2.- Souvent le
démon obsède plus l’âme de ses tentations pendant le temps destiné à la prière
que pendant le temps qui n’y est pas consacré : il voudrait vous inspirer
l’ennui de la, prière. Quelquefois il dit : Cette prière ne vous sert de rien,
parce qu’on ne doit pas être ainsi distrait. Le démon s’efforce par ce moyen de
troubler et, de dégoûter l’âme de l’exercice de la prière, parce que la prière
est une arme avec laquelle l’âme se défend contre tous ses ennemis, lorsqu’elle
la prend avec la main de l’amour et le bras du libre arbitre, et qu’elle combat
à la lumière de la sainte foi. (103)
1.- Tu sais, ma
fille bien-aimée, que c’est en persévérant dans une prière humble, continuelle
et fidèle, que l’âme acquiert toute vertu. Elle doit persévérer , et ne se
laisser jamais arrêter par les illusions du démon ou par sa propre fragilité.
Elle doit résister aux pensées, aux mouvements de la chair, et aux propos que
l’esprit du mal met sur la langue des hommes pour la détourner de la prière.
Oh! que cette prière est douce à l’âme, et qu’elle m’est agréable, lorsqu’elle
est faite avec la connaissance de sa bassesse et la connaissance de ma bonté, à
la lumière de la sainte foi et avec l’ardeur de ma charité !
2.- Cette
charité s’est rendue visible dans la personne de mon Fils unique, qui vous la
montra en répandant son sang. Ce sang enivre l’âme et l’embrase du feu de la
charité divine ; cette nourriture sacramentelle qui vous est offerte par la
sainte Église est le corps et le sang de mon Fils, tout Dieu et tout homme. Mon
Vicaire, qui tient la clef de ce précieux sang, est chargé de vous le
distribuer. On le trouve dans cette hôtellerie établie sur le pont pour nourrir
et assister les pèlerins qui passent par la doctrine de ma vérité, afin qu’ils
ne périssent pas de faiblesse.
3.- Cette
nourriture soutient peu ou beaucoup, selon le désir et les dispositions de
celui qui la prend sacramentellement ou virtuellement : sacramentellement en
recevant la sainte Hostie des mains du prêtre, virtuellement par le saint désir
de la Communion ou par la pieuse contemplation du sang de Jésus crucifié. L’âme
y trouve et goûte le sentiment de l’amour qui l’a fait répandre ; elle s’y
enivre, s’y enflamme d’un saint désir, et se remplit uniquement de ma charité
et de la charité du prochain. Où acquiert-elle cette charité? Dans la cellule
de la connaissance d’elle-même, par la sainte oraison, comme Pierre et les
disciples, qui, en se renfermant dans les veilles et la prière, perdirent leur
imperfection (104) et acquirent la perfection. Par quel moyen? Par la
persévérance unie à la sainte foi.
4.- Mais ne
pense pas qu’on reçoive cette ardeur et cette force divine par une prière
purement vocale. Beaucoup me prient plutôt des lèvres que du coeur. Ils ne
songent qu’à réciter un certain nombre de psaumes et de Pater noster. Dès
qu’ils ont rempli leur tâche, ils ne pensent pas à autre chose ; ils mettent
toute leur piété dans de simples paroles. Il ne faut pas agir de la sorte ;
quand on ne fait pas davantage, on en retire peu de fruit et on m’est peu
agréable. Faut-il quitter la prière vocale pour la prière mentale, à laquelle
tous ne semblent pas appelés ? Non, mais il faut procéder avec ordre et mesure.
5.- Tu sais que
l’âme est imparfaite avant d’être parfaite sa prière doit être de même. Pour ne
pas tomber dans l’oisiveté, lorsqu’elle est encore imparfaite, l’âme doit
s’appliquer à la prière vocale ; mais elle ne doit pas faire la prière vocale
sans la faire mentale ; pendant que les lèvres prononcent des paroles, elle
s’efforcera d’élever et de fixer son esprit dans mon amour, par la
considération de ses défauts en général et du sang de mon Fils, où elle
trouvera l’abondance de ma charité et la rémission de ses péchés.
6.- Elle doit le
faire pour que la connaissance d’elle-même et la vue de ses fautes lui fassent
connaître ma bonté envers clic et continuer sa prière avec une humilité
véritable. Je ne veux pas qu’elle considère ses fautes en particulier, mais en
général, pour qu’elle ne soit pas souillée par le souvenir de ses péchés
honteux. Je dis aussi qu’elle ne doit pas considérer ses péchés en généraI et
en particulier sans y joindre la considération du sang de mon Fils et les
souvenirs de mon inépuisable miséricorde, afin qu’elle ne tombe pas dans la
confusion.
7.- Si la
connaissance d’elle-même et la vue de son péché n’étaient pas accompagnées de
la mémoire du sang et de l’espérance de la miséricorde, elle serait nécessairement
troublée, et le démon se servirait de sa confusion et de son regret pour la
faire tomber dans la damnation éternelle. Ce trouble la conduirait au
désespoir, parce qu’elle ne s’appuierait pas sur le bras de ma miséricorde.
(105)
8.- C’est là un
des pièges les plus dangereux que le démon tende à mes serviteurs. Pour
échapper à sa malice et pour m’être agréable, vous devez toujours dilater votre
coeur et votre amour dans mon infinie miséricorde par une humilité sincère, Tu
sais que l’orgueil du démon ne peut supporter une âme humble, et qu’il est
confon4u par la grandeur de ma bonté et de ma miséricorde, dès que l’âme espère
véritablement en moi.
9.- Souviens-toi
que le démon voulait te perdre, en te troublant ; il tâchait de te persuader
que ta vie était pleine d’égarements et que tu n’avais jamais suivi ma volonté.
Tu fis alors ce que tu devais faire, et ce que ma bonté t’avait enseigné, car
ma bonté est toujours présente à qui veut la recevoir. Tu t’appuyais avec
humilité-sur ma miséricorde, et tu disais : Je confesse à mon Créateur que ma
vie s’est passée dans les ténèbres, mais je me cacherai dans les -plaies de
Jésus crucifié ; je me baignerai dans son sang. J’effacerai ainsi mes
iniquités, et je me réjouirai par mon désir dans mon Créateur.
10.- Le démon
prit la fuite, mais il revint avec une autre tentation, et voulut te porter à
l’orgueil en te disant : Tu es parfaite et agréable à Dieu ; il est inutile de
t’affliger davantage et de pleurer tes fautes. Ma lumière te fit voir alors la
route que tu devais prendre ; c’était celle de l’humilité, et tu répondis au
démon : Misérable que je suis! Jean-Baptiste n’a jamais fait de péché, il a été
sanctifié dans le sein de sa mère, et il a fait pourtant beaucoup pénitence :
et moi qui ai commis tant de fautes, ai-je commencé à les reconnaître et à les
pleurer? ai-je compris ce qu’est Dieu, et ce que je suis, moi qui l’offense?
11.- Alors le
démon, ne pouvant supporter l’humilité de l’espérance en ma bonté, te cria :
Sois maudite, car je ne puis -rien faire avec toi si je veux t’abaisser parle
désespoir, tu t’élèves par l’espérance de la miséricorde ; si je veux t’élever
par l’orgueil, tu t’abaisses par l’humilité jusqu’aux enfers, où tu me
poursuis. Je te fuirai maintenant, car tu me frappes toujours avec le bâton de
la charité.
12.- L’âme doit
donc sans cesse unir à la connaissance de ma bonté la connaissance d’elle-même,
et à la connaissance d’elle-même ma connaissance. C’est ainsi que la prière
vocale sera utile à l’âme qui la fera, et qu’elle me (106) sera agréable ; de
la prière vocale imparfaite elle arrivera par la pratique et la persévérance à
la prière mentale parfaite. Mais si elle se contente de réciter un certain
nombre de prières, et si pour la prière vocale elle laisse la prière mentale,
elle n’y arrivera jamais.
13.- Souvent
l’âme, dans son ignorance, s’obstine à réciter de vive voix certaines prières,
lorsque je la visite, tantôt en lui donnant une claire connaissance d’elle-même
et la contrition de ses fautes, tantôt en lui faisant comprendre la grandeur de
ma charité, d’autres fois en lui manifestant de différentes manières, comme il
me plaît et comme elle l’avait désiré, la présence dé mon Fils bien-aimé ; mais
elle, pour accomplir la tâche qu’elle s’est imposée, néglige ma visite et se
fait un cas de conscience de ne pas achever ce qu’elle a commencé.
14.- Elle ne
doit pas agir ainsi, car ce serait’ être le jouet du démon.. Dès qu’elle sent
au contraire ma visite par les moyens que je viens de dire, elle doit
abandonner la prière vocale pour la prière mentale, et ne la reprendre que si
elle a le temps. Si elle n’en a pas le temps, elle ne doit pas s’en attrister
et se troubler, parce qu’elle a fait ce qu’elle devait faire. Il faut excepter
cependant l’office divin, que les ecclésiastiques et les religieux sont obligés
de dire : en ne le disant pas ils m’offensent, puisqu’ils y sont tenus jusqu’à
la mort. S’ils sentent leur esprit attiré vers la prière mentale à l’heure
qu’ils devaient consacrer à la récitation de l’office, ils doivent faire en sorte
de le dire , avant ou après, parce qu’ils ne doivent jamais y manquer,
15.- L’âme doit
commencer par la prière vocale pour arriver à la prière mentale, et dés qu’elle
s’y trouve disposée, elle gardera le silence. La prière vocale, faite comme je
l’ai dit, conduit à la prière parfaite ; il ne faut donc pas l’abandonner, mais
suivre le mode que je t’ai enseigné : et ainsi, par la pratique et la
persévérance, l’âme goûtera la prière véritable et se nourrira du sang de mon
Fils bien-aimé.
16.- Je t’ai dit
que quelques-uns participaient au corps et au sang du Christ virtuellement,
quoique non sacramentellement, parce qu’ils participaient à l’ardeur de la
charité, qui se goûte au moyen de la sainte prière, peu (107) ou beaucoup,
selon le désir de celui qui prie. Celui qui prie avec peu d’application
recueille peu ; celui qui prie avec beaucoup d’application recueille beaucoup.
Plus l’âme s’efforce d’affranchir son amour et de s’unir à moi par la lumière
de l’intelligence, plus elle me connaît ; plus elle me connaît, plus elle
m’aime ; plus elle m’aime, plus. Elle me goûte.
17.- Ainsi, tu
vois que la prière parfaite ne consiste pas dans la multitude des paroles, mais
dans l’ardeur du désir qui élève l’âme vers moi, par la connaissance de. son
néant et la connaissance de ma bonté jointes ensemble : il faut donc unir la
prière mentale et la prière vocale comme la vie active et la vie contemplative.
18.- il y a
différentes manières de comprendre la prière vocale et la prière mentale. Car
je t’ai dit que le désir, c’est-à-dire une volonté bonne et sainte, était une
prière continuelle. Cette volonté se manifeste dans un lieu et dans un moment
donné, et surajoute à la prière continuelle du désir ; et ainsi la prière
vocale, unie à la sainte volonté de l’âme., se fera dans le temps prescrit, ou
quelquefois se continuera au delà, si la charité le demande pour le salut du
prochain, ou si la position où je l’ai placée l’exige.
19.- Chacun,
selon son état, doit coopérer au salut des âmes, comme l’inspire une sainte
volonté. Tout ce qui se dit et se fait pour le salut du prochain est une prière
méritoire, mais qui n’exempte pas de la prière vocale prescrite à un certain
moment et dans un certain lieu. En dehors de cette prière obligatoire, tout ce
qui se fait dans la charité de -Dieu et du prochain, tout ce qu’on fait même
pour soi avec une intention droite, peut être appelé une prière ; car, comme le
dit mon apôtre saint Paul, on ne cesse pas de prier dès qu’on ne cesse pas de
bien faire : aussi j’ai dit que la prière se faisait de plusieurs manières, en
unissant la prière actuelle à la prière mentale. Cette prière actuelle est
inspirée par l’ardeur de la charité, et -cette ardeur de la charité est la
prière continuelle.
20.- Je t’ai dit
comment on parvenait à la prière mentale, par la pratique, par la persévérance,
et en laissant la prière vocale pour la prière mentale lorsque je (108)
visite l’âme ;
je t’ai dit ce qu’étaient la prière publique et la prière vocale faite en
dehors du temps prescrit, la prière du désir, et comment tout ce qu’on fait
pour soi ou pour son prochain avec une intention droite était une prière. Il
faut donc que l’âme s’excite avec courage à la prière, qui enfante la vertu ;
et l’âme y parviendra si elle se renferme dans la connaissance d’elle-même avec
un amour tendre et filial. Si l’âme ne le fait pas, elle restera toujours dans
sa tiédeur et son imperfection ; elle n’aimera qu’autant qu’elle trouvera son
avantage et son plaisir en moi et dans le prochain.
1.- Je veux te
parler de l’amour imparfait et de l’erreur de ceux qui m’aiment pour leur
propre consolation. Tu sauras que le serviteur qui m’aime imparfaitement, cherche
plutôt la consolation qu’il ne me cherche moi-même : cela est évident,
puisqu’il se trouble dès qu’il manque de consolations spirituelles ou
temporelles.
2.- Les
consolations temporelles charment les hommes
du monde, qui font quelque bien tant qu’ils sont dans la prospérité ;
mais quand vient la tribulation que je leur donne dans leur intérêt, ils se
troublent et abandonnent le peu de bien qu’ils faisaient. Si vous leur demandez
: Pourquoi vous troublez-vous? Ils répondront : Parce que je suis dans la peine, et le peu de bien que je
faisais dans la prospérité me semble inutile, puisque je ne le fais plus avec
le même amour et le même esprit. C’est la tribulation qui en est cause, car il
me semble que j’agissais bien mieux, avec plus de paix et de calme autrefois
que maintenant.
3.- Celui qui
parle ainsi est aveuglé par l’intérêt. Il n’est pas vrai que ce soit la
tribulation qui diminue son amour et ses oeuvres. Ce qu’on fait dans la
tribulation vaut autant que ce qu’on fait dans la consolation, et même Le
mérite en augmenterait si l’on avait la patience. Mais cela vient de ce que ces
hommes s’attachent trop à la prospérité. Ils m’aiment peu par vertu, et se
reposent l’esprit (109) dans quelques bonnes oeuvres. Dès qu’ils sont privés de
ce qui, les charme, il leur semble qu’ils n’ont plus la paix nécessaire pour
bien faire ; il leur arrive comme à un homme qui est dans un beau jardin :
parce qu’il s’y plaît, il aime y travailler ; il croit aimer son travail, mais
c’est le beauté du jardin qu’il aime. Il est- facile de voir qu’il aime plus le
jardin que le travail ; car, dès qu’il a quitté le jardin, il ne ressent plus
de plaisir. Si son plaisir venait du travail, il ne l’aurait pas ainsi perdu ;
il l’aurait toujours, parce que la faculté de bien faire ne peut se perdre sans
la volonté de l’homme, même lorsqu’on ne jouit plus de la prospérité, comme
l’homme ne jouit plus du jardin.
4.- La passion
égare ceux qui agissent ainsi et qui disent : Je sais que je faisais mieux et
que j’avais plus de consolations avant d’être éprouvé. J’aimais à faire le
bien, mais maintenant je n’y ai aucun goût. Ils se font illusion ; s’ils
eussent aimé le bien par amour du bien, ils n’auraient pas cessé de l’aimer et,
loin d’en perdre le goût, ils l’auraient davantage ; mais ils faisaient le bien
pour le plaisir qu’ils y trouvaient ; leur amour du bien cesse avec ce plaisir,
et c’est là une erreur où tombent la plupart de ceux, qui font des bonnes
oeuvres ; ils s’abusent sur le plaisir qu’elles leur causent.
1.- Mes
serviteurs qui sont encore dans l’amour imparfait me cherchent et m’aiment à
cause de la consolation et du bonheur
qu’ils trouvent en moi. Et comme je récompense tout le bien qui se fait, petit
ou grand, scion la mesure de l’amour qui agit, je donne des consolations
spirituelles, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, dans le temps de la
prière, Je ne le fais pas pour que l’âme reçoive mal la consolation,
c’est-à-dire quelle s’arrête plus à la consolation que je lui donne qu’à
moi-même, mais bien pour qu’elle regarde plus l’ardeur de ma charité à donner
et son indignité à recevoir, que le
plaisir qu’elle trouve dans ces consolations. Mais si dans son ignorance
(110), elle s’arrête à la seule jouissance, sans faire attention à mon amour
envers elle, alors elle tombe dans un malheur et un égarement que je vais te
faire connaître.
2.- Elle est
trompée d’abord par cette consolation qu’elle cherche et dans laquelle elle se
complaît. Car quelquefois je la console et je la visite plus qu’à l’ordinaire ;
et quand je me retire, elle revient sur ses pas pour retrouver les jouissances
dans la route qu’elle avait suivie. Je ne donne pas toujours de la même
manière, afin qu’elle sache que je distribue ma grâce comme il plaît à ma bonté
et comme le demandent ses besoins. Mais l’âme ignorante recherche la
consolation dans les mêmes choses, comme si elle voulait imposer une règle à
l’Esprit Saint.
3.- Elle ne doit
pas agir ainsi, mais elle doit passer avec courage par ce pont de la doctrine
de Jésus crucifié, et recevoir en la manière, au lieu et au moment choisis par
ma bonté pour lui donner. Si je ne lui donne pas, je le fais par amour et non
par haine, pour qu’elle me cherche en vérité et qu’elle ne m’aime pas seulement
pour son plaisir, mais qu’elle s’attache plutôt à ma charité qu’à la
consolation. Si elle ne le fait pas, et si elle cherche, la jouissance selon sa
volonté et non selon la mienne, elle trouvera la peine et la honte, parce
qu’elle se verra privée de ce plaisir où elle avait fixé le regard de son
intelligence.
4.- Tels sont
ceux qui s’arrêtent aux consolations : ils ont goûté ma visite d’une certaine
manière, et ils veulent toujours y revenir. Leur ignorance est telle, que, si
je les visite d’une autre façon, ils résistent et ne veulent me recevoir que
comme ils le désirent. Cette erreur vient de leur attachement à la jouissance
spirituelle qu’ils ont trouvée en moi.
5.- L’âme se
trompe, parce qu’il est impossible qu’elle soit visitée toujours de la même
manière. Elle ne peut rester stationnaire, elle avance ou elle recule dans la
vertu, et alors elle ne peut recevoir de ma bonté les mêmes grâces ; je les
varie au contraire, je lui donne tantôt la grâce spirituelle, tantôt une
contrition et un regret qui semblent la bouleverser. Quelquefois je serai dans
l’âme, et elle ne me sentira pas ; quelquefois je manifesterai ma volonté,
c’est-à-dire (111) mon Verbe incarné, de différentes manières aux yeux de son
intelligence, et cependant il semblera que l’âme ne goûte pas l’ardeur et la
joie que cette vision devrait lui donner. D’autres fois, au contraire, elle ne
verra rien, et goûtera un grand bonheur.
6.- Je fais tout
cela par amour, pour la sauver, pour la faire croître dans l’humilité et la
persévérance, pour lui apprendre à ne pas vouloir me donner de règle, et à ne
pas mettre sa fin dans la consolation, mais seulement dans la vertu, dont je
suis le fondement. Qu’elle reçoive humblement les différents états où elle se
trouve, qu’elle reconnaisse avec amour l’amour avec lequel je donne. Qu’elle
croie fermement que j’agis toujours uniquement pour la sauver ou la faire
parvenir à une plus grande perfection. Elle doit être toujours humble et placer
son principe et sa fin dans la fidélité à ma charité, et recevoir dans cette
charité le plaisir et la privation, selon ma volonté et non selon la sienne. Le
moyen d’éviter les pièges de l’ennemi est de recevoir tout de moi par amour,
parce que je suis la fin suprême de l’homme et que, toute chose doit être basée
sur ma douce volonté.
1.- Je t’ai
parlé de l’erreur de ceux qui veulent me goûter et me recevoir à leur manière ;
maintenant je veux te faire connaître combien se trompent ceux qui s’attachent
tellement à la consolation, que, voyant les besoins spirituels ou temporels du
prochain, ils ne font rien pour les soulager, sous prétexte de mieux faire ;
ils disent : Cela m’ôte la paix de l’âme et m’empêche de réciter mes prières
ordinaires.
2.- Ils croient
m’offenser parce qu’ils n’ont plus de consolations, mais leur amour-propre
spirituel les abuse ; car ils m’offensent bien plus en ne secourant pas leur
prochain qu’en abandonnant toutes leurs consolations. Si j’ordonne des prières
vocales et mentales, c’est pour que l’âme puisse arriver à la charité envers
moi et envers le prochain, c’est pour qu’elle persévère dans cette charité.
(112)
3.- Elle
m’offense plus en abandonnant la charité du prochain pour prier et pour
conserver la paix, qu’en laissant ses exercices pour assister le prochain.
Aussi l’âme me trouve dans la charité du prochain, tandis qu’elle me perd dans
les consolations où elle me cherche. Car en n’assistant pas le prochain, la
charité du prochain diminue par là même. Dès que la charité du prochain
diminue, mon amour pour elle diminue, et avec mon amour diminue aussi la
consolation.
4.- En voulant
cagner on perd, en voulant perdre on gagne ; car celui qui renonce à la
consolation pour le salut du prochain me gagne, et gagne le prochain en
l’assistant et en le servant avec charité. Il goûte ainsi toujours la douceur
de ma charité. Celui qui ne le fait pas, au contraire, est toujours dans la
peine ; car souvent l’obéissance, les liens particuliers, les infirmités
spirituelles ou temporelles des autres le contraindront à s’occuper du prochain
: et alors il le fera avec chagrin, avec ennui et trouble de conscience ; il
deviendra insupportable à lui-même et aux autres.
5.- Si vous lui
demandez : Pourquoi ressentez-vous de la peine? Il vous répondra : Il me semble
que j’ai perdu la paix et la tranquillité d’esprit ; je n’ai pas fait mes
exercices ordinaires, et je crois que j’ai offensé Dieu. Il n’en est rien ;
mais parce qu’il ne regarde que sa propre consolation, il ne sait connaître et
discerner véritablement où est son offense. S’il le savait, il verrait que
l’offense ne consiste pas à être privé de consolation spirituelle et à laisser
l’exercice de la prière lorsque les besoins du prochain le réclament, mais à
manquer de charité pour le prochain, qu’on doit aimer et servir par amour pour
moi. Tu vois donc que l’âme se trompe elle-même
à cause de son,
amour-propre spirituel.
1.-
L’amour-propre spirituel cause un mal plus grand à l’âme lorsqu’elle aime et recherche
uniquement les consolations et les visions que j’accorde souvent à mes
serviteurs (113). Dès qu’elle s’en voit privée, elle tombe dans le chagrin et
l’ennui, parce qu’il lui semble qu’elle est privée de la grâce lorsqu’elle ne
sent plus ma présence ; car, comme je te l’ai dit, je parais et je disparais
dans l’âme, afin de la rendre parfaite. Elle tombe dans l’abattement et croit
être réprouvée dès qu’elle perd la consolation et qu’elle sent les attaques de
la tentation.
2.- Elle ne
devrait pas se laisser ainsi abuser par l’amour-propre spirituel, qui lui cache
la vérité. Qu’elle sache que moi, le souverain Bien, je suis en elle pour
soutenir sa volonté pendant le combat, et pour l’empêcher de reculer en
recherchant la consolation. Elle doit s’humilier et se reconnaître indigne de
la paix et du repos de l’esprit. Je me retire d’elle pour qu’elle s’humilie et
qu’elle reconnaisse ma charité dans la volonté droite que je lui conserve
pendant le combat.
3.- II faut
qu’elle ne reçoive pas seulement le lait de la douceur que je lui présente,
mais il faut- qu’elle s’attache au sein de ma Vérité, et qu’elle reçoive le
lait avec la chair, c’est-à-dire qu’elle se nourrisse du lait de ma douceur par
le moyen de la chair de Jésus crucifié, dont j’ai fait un pont pour que vous
arriviez à moi. C’est pour cela que je me retire. Si l’âme avance avec prudence
et sagesse, je reviens bientôt à elle avec plus de douceur, de force et de
charité ; mais si elle reçoit avec trouble et tristesse la privation des
douceurs spirituelles, elle y gagne peu et reste dans sa tiédeur.
1.- Ceux qui
s’attachent aux consolations spirituelles sont souvent exposés à d’autres
pièges du démon, qui se transforme en ange de lumière. Le démon tente toujours
l’âme sur ce qu’elle désire davantage, et, s’il la voit passionnée pour les
consolations et les visions spirituelles, si elle y met tout son bonheur, au
lieu de le mettre dans la vertu en se reconnaissant indigne des douceurs de mon
(114) amour, alors il revêt pour elle des formes de lumière :, tantôt il prend
l’apparence d’un ange, tantôt celle de mon Fils, tantôt celle de quelque saint.
Il agit ainsi pour prendre l’âme à l’amorce du plaisir qu’elle trouve dans les
visions et les douceurs spirituelles. Si l’âme ne se retire pas avec une
humilité profonde en repoussant la jouissance qui lui est offerte, elle tombe
par ce piège dans les mains du démon. Mais si elle se sépare de la jouissance
par l’humilité, si elle s’attache par l’amour à moi qui donne, plutôt qu’à mes
présents, alors le démon est vaincu, parce que son orgueil ne peut supporter
l’humilité de l’âme.
2.- Si tu me
demandes comment on peut reconnaître. ce qui vient du démon et ce qui vient de
moi, je te répondrai que c’est à ce signe. : Si c’est le démon qui se présente,
à l’âme sous forme de lumière, elle en reçoit une vive joie ; mais plus la
vision se prolonge, plus la joie diminue, et il ne reste bientôt que trouble,
tristesse et ténèbres qui obscurcissent tout l’intérieur. Mais si c’est moi,
l’éternelle Vérité, qui visite l’âme, elle éprouve au premier moment une sainte
frayeur, et avec cette frayeur, la joie, l’assurance, une douce prudence qui
fait qu’en doutant elle ne doute pas.
3.- La
connaissance d’elle-même la persuade de son indignité. Elle dit : Je ne suis
pas digne de recevoir votre visite, et, puisque je n’en suis pas digne, comment
cela peut-il être? Alors elle se confie à la grandeur de ma charité ; elle
comprend que je puis lui donner ce qu’il me plaît, en ne regardant pas son
indignité, mais ma dignité, qui me rend, capable de me recevoir en elle-même
par grâce et d’une manière sensible. Je ne méprise pas son désir qui m’appelle,
et elle me reçoit humblement en disant : Voici, votre servante, qu’il me soit
fait selon votre volonté. Alors elle quitte l’oraison et les douceurs de ma
présence avec joie, avec humilité, parce qu’elle se trouve indigne de tout ce
qu’elle reçoit de ma charité.
4.- Tel est le signe qui montre si l’âme est
visitée par moi ou par le démon. Ma visite commence par la crainte, elle
continue et finit dans la joie et l’espoir de la vertu ; celle du démon
commence par la joie, mais elle se termine dans la confusion et les ténèbres de
l’esprit. Je vous ai donné ce signe pour que l’âme qui veut marcher avec
humilité et prudence ne puisse être trompée ; elle le sera (115), quand elle
voudra avancer seulement avec l’amour imparfait de sa propre consolation, et
non pas avec mon amour.
1.- Je n’ai pas
voulu te cacher, ma fille bien-aimée, l’erreur où tombent ordinairement les
hommes qui se complaisent dans le peu de bien qu’ils font au temps de la
consolation, et celle de mes serviteurs qui s’attachent tellement aux douceurs
spirituelles, qu’ils ne peuvent plus connaître la vérité de mon amour et
discerner où se trouve le péché. Je t’ai dit le piège où le démon les prend par
leur faute s’ils ne suivent pas le moyen que je t’ai enseigné. Ainsi toi et mes
autres serviteurs, vous devez suivre la vertu par amour pour moi, et non par un
autre, motif.
2.- Ces erreurs
et ces dangers sont pour ceux dont l’amour est imparfait, c’est-à-dire pour
ceux qui aiment plus mes bienfaits que moi-même. Mais l’âme qui est entrée dans
la connaissance d’elle-même en s’exerçant à l’oraison parfaite, en rejetant
l’imperfection de l’amour et de la prière, comme je te l’ai expliqué, cette âme
me reçoit par l’amour ; elle s’efforce d’attirer à elle le lait de ma douceur
sur le sein de la doctrine de Jésus crucifié.
3.- Elle est
arrivée au troisième état, c’est-à-dire à l’amour tendre et filial ; elle n’a
pas un amour mercenaire, mais elle agit avec moi comme un ami agit avec son ami
qui lui fait un présent : il ne regarde pas au présent, mais au coeur de celui
qui donne, et il n’aime le présent que par amour pour son ami. Ainsi fait l’âme
qui est parvenue à l’amour parfait. Quand elle reçoit mes bienfaits et mes
grâces, elle ne s’arrête pas au présent, mais son intelligence contemple la
grandeur de ma charité qui donne.
4.- Pour que
l’âme ne puisse s’excuser de ne pas faire ainsi, j’ai voulu unir le bienfait au
bienfaiteur, en unissant la nature humaine à la nature divine, lorsque je vous
ai donné le Verbe, mon Fils unique, qui est une même chose avec moi comme moi
avec lui. Par cette (116) union vous mie pouvez voir le présent sans voir celui
qui vous le fait. Comprenez donc avec quel amour vous devez aimer le don et le
donateur. Si vous faites cela, vous aurez un amour non pas mercenaire, mais pur
et généreux, comme ceux qui se renferment dans la connaissance d’eux-mêmes.
1.- Jusqu’à
présent je t’ai montré de différentes manières comment’ l’âme quitte
l’imperfection pour arriver à l’amour parfait, et comment elle agit quand elle
est parvenue à l’amour intime et filial. Je t’ai dit et je te répète qu’elle y
arrive par la persévérance, en se renfermant dans la connaissance d’elle-même,
Cette connaissance d’elle-même doit être accompagnée de la connaissance de ma
bonté, pour qu’elle n’en soit pas troublée. Car la connaissance d’elle-même lui
donnera la haine de son amour, sensitif et de l’attrait qu’elle a pour les
consolations. De cette haine fondée sur l’humilité doit naître la patience.
2.- La patience
deviendra sa force contre les attaques du démon et contre les persécutions des
hommes. Elle s’en servira avec moi, lorsque, pour son bien, je lui retire la
consolation. Elle supportera tout au moyen de cette vertu. Si la sensualité
voulait, dans quelques épreuves, se révolter contre la raison, le juge de la
conscience s’élèverait au-dessus d’elle avec une sainte haine et ferait justice
de tout mouvement coupable. Car l’âme qui ne s’aime pas se corrige toujours et
se reprend non seulement des mouvements qui sont contre la raison, mais encore
quelquefois de ceux qui viennent de moi.
3.- C’est ce que
veut faire comprendre mon doux serviteur saint Grégoire, lorsqu’il dit qu’une
conscience sainte et pure trouvait le péché là où il n’était pas, c’est-à-dire
que sa délicatesse était si grande, qu’elle voyait une faute où il n’y en avait
pas. L’âme doit faire de même si elle veut quitter l’imperfection, et si elle
attend, dans la connaissance d’elle-même et à la lumière de la foi, ce
qu’ordonnera ma Providence (117).
4.- Ainsi firent
mes disciples, lorsqu’ils se renfermèrent dans le Cénacle, persévérant dans les
veilles et la prière jusqu’à la descente du Saint-Esprit. L’âme, comme je te
l’ai dit, fait de même. Elle s’éloigne de l’imperfection et se renferme en
elle-même pour atteindre la perfection. Elle veille, et fixe le regard de son
intelligence sur la doctrine de ma Vérité. Elle se connaît et persévère
humblement dans la prière d’un saint désir, parce qu’elle éprouve en elle
l’ardeur de ma charité.
1.- Je vais te
dire maintenant quel signe prouve que l’âme est arrivée à l’amour parfait. Ce
signe est le même signe qu’on vit dans mes disciples, lorsqu’ils eurent reçu
l’Esprit Saint. Ils sortirent du Cénacle, perdirent toute crainte et
annoncèrent ma parole, la doctrine du Verbe mon Fils bien-aimé. Loin de
redouter la souffrance, ils s’en glorifiaient ; ils ne craignaient pas de
paraître devant les tyrans du monde et de leur dire la vérité pour l’honneur et
la gloire de mon nom.
2.- Ainsi,
lorsque l’âme s’est renfermée dans la connaissance d’elle-même, comme je te
l’ai dit, je retourne vers elle par le feu de ma charité. Cette charité,
pondant qu’elle persévérait dans sa retraite, lui a fait concevoir la vertu par
amour, en lui communiquant ma puissance ; avec cette puissance elle a dominé et
vaincu sa passion sensitive.
3.- Par la même
charité, je l’ai fait participer à la sagesse de mon Fils, et dans cette
sagesse elle voit et connaît, par l’oeil de l’intelligence, ma vérité et les
égarements de l’amour-propre spirituel, c’est-à-dire l’amour imparfait de la
consolation. Elle connaît la malice et les mensonges avec lesquels le démon
abuse l’âme qui est liée à cet amour imparfait ; elle se lève avec la haine de
l’imperfection et avec l’amour de la perfection.
4.- Par cette
même charité, qui est le Saint-Esprit, je la fais participer à sa volonté, en
fortifiant la volonté qu’elle a de supporter toute peine, de sortir de la
retraite (118)
pour mon nom, et
de produire des bonnes oeuvres envers le prochain. Elle ne sort pas de sa
connaissance, mais elle fait sortir d’elle-même les vertus conçues par l’amour.
Elle les montre de différentes manières, quand les besoins du prochain le
réclament ; car elle n’a plus la crainte qu’elle avait de perdre ses
consolations spirituelles.
5.- Elle est
parvenue à l’amour généreux et parfait, et elle agit au dehors sans penser à
elle-même. L’âme arrive au second degré de ce troisième état parfait, où elle
goûte et enfante la charité du prochain. Elle obtient ce degré de parfaite
union en moi. Ces deux derniers degrés sont unis ensemble, et l’un n’est pas sans
l’autre ; mon amour n’est jamais sans l’amour du prochain, et celui du
prochain, sans le mien, ils ne peuvent être jamais séparés : de même, ces deux
degrés ne sont jamais l’un sans l’autre, comme je te le montrerai en
t’expliquant le troisième état.
1.- Je t’ai dit
que ceux qui sortent ainsi dehors, montrent qu’ils ont quitté l’imperfection et
sont arrivés à la perfection. Ouvre les yeux de ton intelligence, et vois-les
courir sur le pont de Jésus crucifié, votre règle, votre loi et votre doctrine.
Ils ne se proposent pas d’autre but que Jésus crucifié. Ce n’est pas moi le
Père qu’ils se proposent, comme font ceux qui sont dans l’amour imparfait et
qui ne veulent pas supporter de peine, parce qu’en moi ne peut se trouver la
peine.
2.- Les
imparfaits ne veulent suivre que la consolation qu’ils trouvent en moi. Je te
le dis, ce n’est pas moi qu’ils suivent, c’est la consolation qu’ils trouvent
en moi. Les parfaits, au contraire, font autrement : embrasés par l’amour, ils
ont uni les trois puissances de l’âme et monté les trois degrés figurés sur le
corps de Jésus crucifié. Avec les pieds de son affection, leur âme est parvenue
des pieds de mon Fils à son côté, où elle trouve le secret du coeur et connaît
le baptême de l’eau, qui a sa vertu par le sang. L’âme y reçoit la grâce du
saint baptême et y devient un vase capable de contenir la grâce unie et
mélangée de ce sang. (119)
3.- Où l’âme
connaît-elle la dignité d’être unie et mélangée au sang de l’Agneau, en
recevant le saint baptême par la vertu de ce sang? Dans le côté de mon Fils où
elle connaît le feu de la divine charité. Si tu te le rappelles, ma Vérité incarnée
te l’a révélé, lorsque tu l’interrogeais en lui disant : Doux Agneau sans
tache, vous étiez mort quand votre côté a été ouvert. Pourquoi vouloir que
votre coeur soit ainsi frappé et entrouvert? Mon Fils te répondit, s’il t’en
souvient, qu’il avait eu bien des raisons ; et il te dit les principales.
4.- Son désir de
sauver le genre humain était infini, et son corps ne pouvait supporter la
douleur et les tourments que dans une certaine mesure ; ce qui était fini ne
pouvait donc montrer l’amour infini dont il vous aimait ; alors il voulut que
vous vissiez le secret de son coeur, et il vous le montra ouvert, pour vous
faire comprendre qu’il vous aimait plus que ne le pouvait montrer sa mort.
5.- L’eau et le
sang qui en sortirent signifiaient le saint baptême de l’eau, que vous recevez
en vertu du sang ; il répandit le sang et l’eau pour marquer deux baptêmes de
sang : le premier, que reçoivent ceux qui répandent leur sang pour moi : ce
sang tire sa vertu du sang de mon Fils, et remplace le baptême qu’ils n’ont pu
recevoir ; le second est le baptême de feu, que reçoivent ceux qui désirent le
baptême avec un ardent amour sans pouvoir l’obtenir ; et il n’y a pas de
baptême de feu sans le sang ; parce que ce sang est pénétré par le feu de la
divine charité qui l’a fait répandre.
6.- L’âme reçoit
aussi le baptême de sang d’une autre manière, pour parler par figure ; ma
divine charité l’accorde parce qu’elle Voit’ l’infirmité et la fragilité de
l’homme qui l’entraîne au péché. Sa fragilité, ni aucune autre cause ne l’entraînerait
au péché, s’il n’y consentait pas ; mais il y tombe par faiblesse, et le péché
lui fait perdre la grâce qu’il avait reçue au baptême en vertu du sang ; alors
il fallait que ma divine bonté perpétuât le baptême du sang par la contrition
du coeur et par la sainte confession, en s’adressant, quand on le peut, à mes
ministres qui gardent les clefs du sang.
7.- Le sang est
versé sur l’âme par l’absolution, et quand (120) on ne peut se confesser, il
suffit de la contrition du coeur : alors c’est la main de ma clémence qui vous
donne le bénéfice du sang. Mais celui qui pourra se confesser devra le faire,
et celui qui le pourra, et ne le fera pas, sera privé du bénéfice du sang.
8.- Il est vrai
que, quand on le veut, au moment de la mort, et qu’on ne le peut pas, on reçoit
le sang. Mais que personne ne soit assez insensé pour espérer se faire
pardonner ses fautes au dernier instant ; car il peut craindre que, pour punir
son obstination, ma divine justice lui dise : Tu ne t’es pas souvenu de moi
pendant la vie, quand tu en avais le temps ; je ne me souviendrai pas de toi
dans la mort. On ne doit donc jamais différer sa conversion ; mais, alors même,
on doit jusqu’à la fin espérer dans le sang et en recevoir le baptême.
9.- Mais tu vois que le baptême de sang peut toujours couler sur l’âme ; et dans ce baptême tu reconnais l’action de mon Fils. La peine de la croix est finie, mais le fruit que vous en recevez est infini à cause de la nature divine infinie qui est unie à la nature humaine finie. La nature humaine souffrait dans mon Verbe revêtu de votre humanité, mais comme les deux natures sont unies et pénétrées l’une pour l’autre, La divinité attire à elle la peine qu’elle a supportée sur la croix avec un amou