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J'ai l'honneur de vous offrir un nouvel
opuscule de ma façon. Je souhaite vous rencontrer dans un de ces moments
heureux où, dégagé de soins, content de votre santé, de vos affaires, de votre
maîtresse, de votre dîner, de votre estomac, vous puissiez vous plaire un
moment à la lecture de mon Barbier de Séville ; car il faut tout cela pour être
homme amusable et lecteur indulgent.
Mais si quelque accident a dérangé votre
santé, si votre état est compromis, si votre belle a forfait à ses serments, si
votre dîner fut mauvais ou votre digestion laborieuse, ah ! laissez mon
Barbier; ce n'est pas là l'instant : examinez l'état de vos dépenses, étudiez
le facture de votre adversaire, relisez ce traître billet surpris à Rose, ou
parcourez les chefs-d'oeuvre de Tissot sur la tempérance, et faites des
réflexions politiques, économiques, diététiques, philosophiques ou morales.
Ou si votre état est tel qu'il vous faille
absolument l'oublier, enfoncez-vous dans une bergère, ouvrez le journal établi
dans Bouillon avec encyclopédie, approbation et privilège, et dormez vite une
heure ou deux. Quel charme aurait une production légère au milieu des plus
noires vapeurs, et que vous importe, en effet, si Figaro le barbier s'est bien
moqué de Bartholo le médecin en aidant un rival à lui souffler sa maîtresse ?
On rit peu de la gaieté d'autrui, quand on a
de l'humeur pour son propre compte.
Beaumarchais - Introduction
au Barbier de Séville  |
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Quant au Barbier de Séville, ce n'est pas
pour corrompre votre jugement que je prends ici le ton respectueux : mais on
m'a fort assuré que, lorsqu'un auteur était sorti, quoique échiné, vainqueur au
théâtre, il ne lui manquait plus que d'être agréé par vous, Monsieur, et lacéré
dans quelques journaux, pour avoir obtenu tous les lauriers littéraires. Ma
gloire est donc certaine si vous daignez m'accorder le laurier de votre
agrément, persuadé que plusieurs de messieurs les journalistes ne me refuseront
pas celui de leur dénigrement.
Beaumarchais - Introduction
au Barbier de Séville  |