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| Anonyme (vers 1070) |
| La chanson de Roland |
| Nombre d'extraits de l'oeuvre sur cette page : 5 |
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Roland a mis l'olifant à sa bouche. Il le tient solidement, il le sonne avec grande force. Les monts sont hauts et la voix est très longue, A plus de trente lieues ils l'entendirent résonner. Charles l'entend et toute sa compagnie. Le roi dit : "Nos hommes combattent !" Et Ganelon lui répondit au contraire : "Si un autre le disait, cela semblerait grand mensonge."
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Le comte Roland, avec peine et effort En grande douleur sonne son olifant. Le sang clair lui jaillit de la bouche. La tempe de son cerveau en est rompue. La portée du son qu'il corne est très grande ; Charles l'entend, qui est sur le point de passer les ports. Naimes le duc l'entends, et les francs l'écoutent. Le roi dit : "J'entends le cor de Roland ! Jamais il n'en aurait sonné, s'il n'avait été occupé à combattre."
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Ganelon répond : "Pas de trace de bataille ! Vous êtes déjà vieux, votre barbe est blanche et fleurie ; De telles paroles vous font ressembler à un enfant. Vous connaissez bien le grand orgueil de Roland ; C'est merveille que Dieu le supporte si longtemps. Il a déjà pris Noples sans votre commandement ; ... Pour un malheureux lièvre il va cornant tout le jour, Maintenant il s'amuse devant ses pairs. Sous le ciel il n'y a personne qui oserait lui proposer le combat. Chevauchez donc ! Pourquoi vous arrêtez-vous ?
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Le comte Roland a la bouche sanglante. La tempe de son cerveau est rompue. Il sonne l'olifant avec peine et douleur. Charles l'entend et ses francs l'entendent. Le roi dit : "Ce cor a longue haleine !" Le duc de Naimes répond : "C'est un baron qui se peine de souffler ! Il y a bataille, à mon avis. Celui-ci l'a trahi, qui vous conseille l'indifférence. Armez-vous et criez votre enseigne, Et secourez votre noble parenté : Vous entendez bien que Roland se désole !"
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L'empereur a fait sonner ses cors. Les francs descendent, et ils s'arment De hauberts et de heaumes et d'épées dorées. Ils ont de beaux boucliers et des épieux grands et forts, Et des gonfanons blancs et vermeils et bleus. Tous les barons de l'armée montent sur leurs destriers. Ils pressent leurs chevaux aussi longtemps que durent les ports, Il n'y en a aucun qui ne dise à l'autre : "Si nous voyions Roland avant qu'il ne fût mort, Ensemble avec lui nous donnerions de grands coups." De cela, qui s'en soucie ? Car ils ont trop tardé.
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