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Comment
exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes
promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur
solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans
le silence d'un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre.
L'automne
me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrais avec ravissement dans
les mois des tempêtes. Tantôt j'aurai voulu être un de ces guerriers errant au
milieu des vents, des nuages et des fantômes , tantôt j'enviais jusqu'au sort
du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles
qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui
me rappelait que dans tout pays, le chant naturel de l'homme est triste, lors
même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur
est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où
nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux
soupirs.
François
de Chateaubriand - René  |