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Presque
tous mariés, ayant femme et enfants à terre, ils restent des mois dehors, à
louvoyer sur ces côtes si dangereuses. Pour se nourrir ils n'ont guère que du
pain moisi et des oignons sauvages. Jamais de vin, jamais de viande, parce que
la viande et le vin coûtent cher et qu'ils ne gagnent que cinq cents francs par
an ! Cinq cents francs par an ! Vous pensez si la hutte doit être noire là-bas
à la marine, et si les enfants doivent aller pieds nus !... N'importe ! Tous
ces gens là paraissent contents. Il y avait à l'arrière, devant le rouf, un
grand baquet plein d'eau de pluie où l'équipage venait boire, et je me rappelle
que, la dernière gorgée finie, chacun de ces pauvres diables secouait son
gobelet avec un « Ah ! » de satisfaction, une expression de bien-être à la fois
comique et attendrissante.
Alphonse Daudet - Les
douaniers  |