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Pourquoi
serais-je triste, après tout ? Je vis à mille lieues des brouillards parisiens,
sur une colline lumineuse, dans Ie pays des tambourins et du vin muscat. Autour
de chez moi tout n'est que soleil et musique ; j'ai des orchestres de
culs-blancs, des orphéons de mésanges ; Ie matin, les courlis qui font : «
Coureli ! coureli ! », à midi, les cigales ; puis les pâtres qui jouent du
fifre, et les belles filles brunes qu'on entend rire dans les vignes... En
vérité, l'endroit est mal choisi pour broyer du noir ; je devrais plutôt
expédier aux dames des poèmes couleur de rose et des pleins paniers de contes
galants.
Alphonse Daudet - L'homme à
la cervelle d'or  |
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II
était une fois un homme qui avait une cervelle d'or ; oui, madame, une cervelle
toute en or. Lorsqu'il vint au monde, les médecins pensaient que cet enfant ne
vivrait pas, tant sa tête était lourde et son crâne démesuré. Il vécut
cependant et grandit au soleil comme un beau plant d'olivier ; seulement sa
grosse tête l'entraînait toujours, et c'était pitié de Ie voir se cogner à tous
les meubles en marchant... Il tombait souvent. Un jour, iI roula du haut d'un
perron et vint donner du front contre un degré de marbre, où son crâne sonna
comme un lingot. On Ie crut mort, mais en Ie relevant, on ne lui trouva qu'une
légère blessure, avec deux ou trois gouttelettes d'or caillées dans ses cheveux
blonds. C'est ainsi que les parents apprirent que l'enfant avait une cervelle
en or.
Alphonse Daudet - L'homme à
la cervelle d'or  |