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La
nuit était claire, les étoiles avivées de froid; la bise piquait, et un fin
grésil, glissant sur les vêtements sans les mouiller, gardait fidèlement la
tradition des Noëls blancs de neige. Tout en haut de la côte, le château
apparaissait comme le but, avec sa masse énorme de tours, de pignons, le
clocher de sa chapelle montant dans le ciel bleu-noir, et une foule de petites
lumières qui clignotaient, allaient, venaient, s'agitaient à toutes les
fenêtres, et ressemblaient, sur le fond sombre du bâtiment, aux étincelles
courant dans des cendres de papier brûlé... Passé le pont-levis et la poterne,
il fallait, pour se rendre à la chapelle, traverser la première cour, pleine de
carrosses, de valets, de chaises à porteurs, toute claire du feu des torches et
de la flambée des cuisines. On entendait le tintement des tournebroches, le
fracas des casseroles, le choc des cristaux et de l'argenterie remués dans les
apprêts d'un repas; par là-dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les chairs
rôties et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire aux métayers,
comme au chapelain, comme au bailli, comme à tout le monde: - Quel bon
réveillon nous allons faire après la messe!
Alphonse Daudet - Les trois
messes basses  |
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Cinq
minutes après, la foule des seigneurs s'asseyait dans la grande salle, le
chapelain au milieu d'eux. Le château, illuminé de haut en bas, retentissait de
chants, de cris, de rires, de rumeurs; et le vénérable Dom Balaguère plantait
sa fourchette dans une aile de gelinotte, noyant le remords de son péché sous
des flots de vin du Pape et de bons jus de viandes. Tant il but et mangea, le
pauvre saint homme, qu'il mourut dans la nuit d'une terrible attaque, sans
avoir eu seulement le temps de se repentir; puis, au matin, il arriva dans le
ciel encore tout en rumeur des fêtes de la nuit, et je vous laisse à penser
comme il y fut reçu.
Alphonse Daudet - Les trois
messes basses  |