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Les Nations Unies et la pensée post-moderne -Quelques réflexions sur la communication pour une organisation internationale en Europe occidentale

 

   

De par sa diversité l’Europe Occidentale représente un condensé des défis à relever

 

Avec la fin du 20ème siècle, les pays occidentaux ont vu éclore en leur sein une pensée « post-moderne ». Il ne s’agit pas d’une école de pensée, ni d’un quelconque modèle explicatif de l’histoire. La pensée post-moderne ne s’inscrit pas contre la modernité (essor des sciences et de la technologie, des centres urbains…), elle la critique et cherche à la rendre plus humaine sans l’anéantir.

 

Cette pensée « post-moderne » s’articule autour de plusieurs axes :

 

-         un « processus d’individualisation »[1] ambivalent de la société. Les réflexions sociologiques ou historiques en termes de classes sociales, d’Etats perdent du terrain, et leur sont préférées des explications recourant à la psychologie. Les médias, la littérature[2], la publicité…, mettent en avant l’individu, son potentiel et ses performances dans tous les domaines (éducation, sport, recherche, politique…).

-         Les individus ne « s’atomisent » pas pour autant : jamais l’appartenance aux associations, aux micro-groupes d’intérêt n’a jamais été aussi forte. La référence aux appartenances culturelles minoritaires et aux religions, quant à elle, ébranle jusqu’aux institutions politiques.

 

Avec le processus d’individualisation a émergé une perte de confiance à l’égard des grands systèmes politiques.

-         Dans la recherche de performance inhérente au processus d’individualisation, les Etats et les grandes organisations sont continuellement jugés à l’aune de leur efficacité, par des individus pour lesquels le fait de se surpasser personnellement constitue une valeur de premier ordre.

-         Les Etats sont mis en cause à cause leur bureaucratie, jugée chère et peu productive. L’ONU est décriée dès l’annonce de ses premiers pas dans une crise : sa lenteur, ses retards dans la résolution des crises sont toujours mis en avant. Bref, elle est mal notée dans une opinion publique à la recherche d’efficacité et de réussite spectaculaire.[3]

 

De même, on observe

 

-         une perte de confiance dans les « méta-récits ». ( Après la chute des régimes communistes, on a parlé de fin du marxisme)

-         Cependant, malgré les apparences, on n’assiste peut-être pas à la « fin des idéologies » : le credo libéral est accepté, adopté, mais l’ultra-libéralisme est décrié.

 

-         Depuis quelques temps, on assiste aussi à

-         un essor considérable de l’éthique et de la morale[4] -voire de la « moralité »- dans les comportements et dans la communication.

-         Mais dans ce cas, il semble que cette exigence ne soit pas rapportée à une valeur supérieure : au contraire, dans ce courant post-moderne, les individus devraient être capables de régler leur conduite, de « s’auto-discipliner ».

-         Ainsi, dans l’individualisme mis en avant dans la pensée de Raymond Boudon,

les individus accepteraient la morale parce qu’objectivement, ils se rendent compte qu’elle rend possible la vie sociale.

 

-         De la même façon, on apprécie de vivre dans des pays démocratiques, mais on peut encore critiquer la « doctrine des Droits de l’homme » dans l’universalisme qu’elle préconise. Pour certains, les Droits de l’homme, la démocratie, ne seraient pas adaptables aux pays non occidentaux…

 

-         Le courant post-moderne se manifeste également par

-         une sensibilité écologiste. Dans certains pays, l’écologie est dotée d’un poids politique considérable.

 

-         La pensée « post-moderne » est donc paradoxale : Les individus s’accommodent des situations les plus criantes, tout en professant une bonne foi « philosophique » sans limites.

 

communication

 

-         La demande gigantesque et l’offre pléthorique de communication sont aussi des faits marquants de la fin du 20ème siècle.

-         Auparavant, l’économiste pensait que l’individu devait avoir accès à l’information pour choisir de façon éclairé sur le marché.

-         Aujourd’hui, il pense que l’individu doit pouvoir trier les informations qu’il reçoit…

 

Mais, une tendance semble se profiler.

 

-         Il serait plus important de communiquer que d’avoir quelque chose à communiquer. Bref, le signifiant serait plus signifiant que le signifié…[5]

-         Face à la profusion de messages aux contenus vides, le public s’est habitué à ne plus prêter attention à la communication.

 

Faire adhérer l’interlocuteur aux idéaux de la Charte des Nations Unies

 

Promouvoir la paix, les idéaux des Nations Unies n’est pas chose aisée,

cela suscite généralement un certain intérêt, cependant agrémenté d’un soupçon de doute.

C’est pourquoi

la communication doit se justifier aux yeux de son public, elle doit donner tous les arguments en faveur de son existence.

-         En effet, en tant qu’individu, il sait bien que sa seule adhésion ne suffira pas à influencer la marche de l’histoire.

Il faut donc lui rappeler que sans les individus, les démocraties s’effondrent.

Ce n’est pas une question de devoir, c’est simplement une question de logique : si personne ne soutient les idéaux, pourquoi ne seraient-ils pas bafoués ?

-         Un point de vue s'adressant à l'humanité reprenant nombre de principes validés en Occident peut être donné avec de nombreux arguments. Mais

un détour par l’ethnologie est souhaitable, afin de montrer que les valeurs des Droits de l’homme n'ont pas seulement été validées en Occident.

-         Il serait possible de mettre en avant les principes moraux qui sous-tendent l’action de l’ONU.

Dans la vague moralisatrice actuelle, peut-être faudrait-il rappeler le point de vue de Raymond Boudon, selon lequel

les principes moraux sont dans leur ensemble acceptés par tous et partout parce qu’ils sont bons objectivement.

 

-         Dans la vague de référence aux « appartenances communautaires » et aux cultes religieux, l’ONU est soumise à rude épreuve.

ONU : La compatibilité de ses idéaux avec les diverses pratiques culturelles et religieuses doit sous-tendre sa communication.

 

-         Il faut aussi tenir compte des mises en cause de l’ONU elle-même qui répondent à des fins politiques d'extrémistes adversaires des Droits de l’homme.

 

ff

 



[1] Cf. Gilles LIPOVETSKI, L’ère du vide

[2] un  exemple parmi tant d’autres, Bernard Schlink, Le liseur

[3] A ce titre, les mises en cause de la « mondialisation » de l’agriculture vont de pair avec la pensée « post-moderne » : mise en cause des grands systèmes (économique en ce cas), et mise en valeur des identités territoriales.

[4] Cf. Gilles Lipovetski, Le crépuscule du devoir

[5] cf. les romans de Brett Easton Ellis, dans lesquels les personnages sont vides, mais médiatiques

 


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