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Hannah Arendt
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Hannah Arendt – Qu’est-ce que la Philosophie de l’existence? - Rivages poche ou de l'importance que les hommes se meuvent ensemble |
P46 " Toutes les questions essentielles de la philosophie, comme l’immortalité de l’âme, de la liberté de l’homme, de l’unité du monde, c’est-à-dire toutes les questions dont la structure antinomique a été démontrée par Kant ne peuvent être saisies qu’en tant que " vérités subjectives " et restent indiscernables comme vérités objectives… ( Socrate, avec son " s’il y a une immortalité " … exprimerait donc que la vérité éternelle ... doit donc rester pour lui, tant qu’il existe, un paradoxe) … C’est dans le paradoxe que l’unique peut comprendre l’universel …"
P42 " Les philosophes après lui, … (p 43 ) ont reculé par rapport à lui – par souci de cohérence et par désespoir… ils ont tous, à la seule exception de Jaspers, abandonné un jour ou l’autre le concept kantien fondamental de la liberté et de la dignité de l’homme… pour … aide(r) l’homme à retrouver la réalité qu’il a perdue au moment où il a retrouvé sa liberté … "
P44 " Il semblait toujours plus acceptable d’être assujetti … que de tomber dans les mains d’un monde étranger organisé par la causalité.
P47 " A chaque fois qu’il sera question du comportement existentiel, il s’agira de la réalisation (opposée à la simple considération) des éléments les plus universels de la vie…
Introduction
P 25 " Elle a débuté avec le vieux Schelling et avec Kierkegaard, elle s’est développée avec Nietsche, ouvrant sur… une conscience non encore égalée de ce qui est réellement en jeu dans la philosophie moderne… P 42 " L’amor fati de Nietzsche, la détermination de Heidegger, le défi de Camus … tout cela ne constitue rien d’autre que la tentative de rechercher à nouveau son salut dans l’ancienne demeure … il fallait, en effet, une bonne dose d’héroïsme pour vivre dans le monde que Kant nous avait laissé…"
Kierkegaard - Marx
P45 " Avec Kierkegaard débute la philosophie moderne de l’existence … Au système hégélien qui prétendait saisir et expliquer le " tout ", il oppose l’ " unique " … cette existence que je vis en ce moment … est l’unique chose dont je puisse être réellement certain … C’est donc la tâche de l’homme de " devenir subjectif ", de devenir un être existant …
P48 " La pensée de la mort devient un " acte " dans la mesure où l’homme devient en lui subjectif et se détache du monde et de la vie quotidienne parmi les autres hommes…
Le résultat était pour Kierkegaard de chercher refuge dans la psychologie pour décrire l’acte intérieur et pour Marx de chercher refuge dans une science de la politique pour décrire l’acte extérieur.
Le cas de Marx est similaire bien qu’il se situe à l’autre extrême, puisqu’il se borne à expliquer que l’homme ne peut que transformer le monde et qu’il doit, en conséquence, cesser de l’interpréter.
Les deux penseurs ont en commun de vouloir atteindre directement à une action sans plus penser qu’ils pouvaient trouver une autre base à la philosophie …
A ceci près toutefois que Marx, finalement, acceptait …de voir l’unité de l’homme et du monde reconstituée suivant un mode doctrinaire, purement hypothétique … "
P50 " C’est parce que Kierkegaard a continué à désespérer de la philosophie qu’il est devenu tellement … important pour l’évolution de la philosophie … moderne qui … lui a emprunté avant tout ses nouveaux contenus concrets…
La mort, étant le plus universel… inéluctable …
Le hasard … parce que incalculable et insoluble dans la pensée …
La dette … dans la mesure où je prends toujours sur moi des responsabilités dont je ne perçois pas l’étendue...
P51 " La dette devient ainsi le mode et la manière par lesquels je deviens moi-même réel, par lesquels je me prends moi-même dans le tissu de la réalité …
p49 " Sur cette hypothèse repose
Heidegger
P52 " Heidegger … dit explicitement qu’il voudrait fonder à nouveau une ontologie, ce qui signifie rien d’autre que l’intention de revenir sur la destruction entreprise par Kant du concept antique de l’être… L’ontologie de Heidegger n’a jamais été réellement constituée, car le second volume d’Etre et Temps n’est jamais paru … "
P53 " mais par un petit fascicule intitulé " Qu’est-ce que la métaphysique? " … le philosophe montrait … que l’être, dans le sens heideggérien, est le néant … p54 " Si l’être que je n’ai pas crée est affaire d’une essence que je ne suis pas et que je ne connais pas, le néant est peut-être le seul domaine véritablement libre de l’homme …" …
La substance de l’homme n’est (p55) pas son esprit … mais l’existence. " … l’homme se déploie du fait qu’il est … Heidegger appelle l’être de l’homme " être-là " ( Dasein) … (p56) A la place de l’homme est venu se mettre le " Soi " …
p59 " La philosophie de Heidegger est … absolument séculière. L’être de l’homme est défini comme être-dans-le-monde, et ce dont il s’agit pour cet être dans le monde n’est finalement rien d’autre que de s’y maintenir. Or c’est justement cela qui lui est refusé …
Dans l’angoisse, qui est fondamentalement l’angoisse devant la mort, s’exprime le ne-pas-être-chez-soi dans le monde… Dans la mort seule, qui le sortira du monde, l’homme a la certitude de n’être que soi … p62 " l’avancée vers la mort a été introduite comme existentielle … la mort est certes la fin de l’être-là ; mais elle est en même temps le garant qu’en fin de compte rien d’autre que moi m’importe … "
" Le caractère essentiel de ce Soi est sa " soïté " (Selbstischkeit) absolue, sa séparation radicale de tous ses semblables… Ce qui émerge de cet isolement absolu est un concept … de l’homme dans (p 63) lequel il peut exister indépendamment de l’humanité et n’a à représenter nul autre que soi-même …
( " … Dans la description heideggerienne de l’existence humaine, tout ce qui est réel ou authentique est assailli par le pouvoir accablant du " bavardage " irrésistiblement engendré par le domaine public … on n’échappe pas à l’ "incompréhensive trivialité " de ce monde quotidien commun si ce n’est en se retirant pour entrer dans cette solitude que les philosophes, depuis Parménide et Platon, ont opposée au domaine politique … Vies politiques - Tel Gallimard - P9)
p63 " S’il ne fait pas partie du concept de l’homme que ce dernier habite sur terre avec d’autres hommes qui sont ses semblables, il ne reste qu’une réconciliation mécaniste dans laquelle un fondement essentiellement hétérogène est donné aux sois atomisés… il est évident que de telles conceptions ne peuvent que conduire en dehors de la philosophie et vers quelques superstitions naturaliste … "
p64 " En d’autres termes… il … lui faudra rompre avec sa propre philosophie … "
Le nihilisme moderne
p54 " Puisque je ne peux pas être une essence créatrice du monde, je suis peut-être destiné à être une essence destructrice du monde. " … " (Ces aspects sont librement et clairement développés … chez Camus et Sartre) En tout cas, il y a le fondement philosophique du nihilisme moderne … "
Jaspers
Le terme communication recouvre un concept incomplètement développé (p74) mais, dans son amorce, nouveau, de l’humanité …
les hommes se meuvent ensemble …
p74 " L’homme est préalablement défini comme un être qui est plus qu’un Soi et qui veut plus que lui-même. La philosophie de l’existence a ainsi quitté la période de la " soïté " …
P73 " ce n’est que dans l’avec des hommes, dans le monde donné à tous, que l’existence peut réellement se développer… dans la communication et dans le savoir d’autres existences …
P67 " Le terme de ce qui est donné d’avance – qu’il s’agisse de la réalité du monde ou de l’imprévisibilité d’autrui ou encore du fait que je ne me suis pas crée moi-même – devient l’arrière plan duquel se détache la liberté de l’homme…
P68 " Pour le dire de façon paradoxale : c’est seulement parce que je ne me suis pas fait moi-même que je suis libre ; si je m’étais crée moi-même, j’aurais pu me prévoir et me serais ainsi privé de liberté…
Ce qui est décisif … c’est que … la pratique philosophique ne devient pas le mode " existentiel " suprême de l’être humain mais, plutôt, une préparation à la réalité tout comme à celle du monde…
P65 " Jaspers a accompli la rupture avec la philosophie traditionnelle … il relativise tous les systèmes philosophiques en les présentant comme des constructions mythologisantes dans lesquelles l’homme cherche refuge pour fuir les véritables questions de son existence…
" boites " qui coupent court à l’expérience des " situations – limites " et procurent à l’âme une paix qui est fondamentalement non philosophique…
p51 " ces situations limites constituent le véritable moteur de son désir de philosopher …
Jaspers cherche à fonder sur elles une nouvelle sorte de philosophie, adjoignant … aux nouveaux contenus repris à Kierkegaard ( mort, hasard, dette ) un autre qu’il appelle quelquefois combat, quelquefois amour,
et qui deviendra pour lui … la nouvelle forme de la méditation philosophique …
P65 " cette pratique philosophique ne vise pas, dans un premier temps, à enseigner, mais insiste sur sa volonté " d’ébranler sans cesse, d’en appeler à sa propre force vitale et à celle de l’autre " …
P69 " La pensée a chez Jaspers pour fonction de conduire l’homme vers certaines expériences, des expériences dans lesquelles la pensée elle-même ( mais nullement l’homme pensant) échoue … échec de la pensée … qui … est en soi un signe de l’existence " consciente non seulement de ne pas s’être crée comme être-là … mais également … consciente … de ne devoir, comme liberté, qu’à elle-même " …
Il réalise la limitation de son existence dont il cherche par la philosophie, à jalonner les limites … La tâche de la philosophie est de libérer l’homme " du monde des apparences du seulement pensable " et de lui permettre de retrouver le chemin vers le chez-soi de la réalité…
P71 " Jaspers a approché par ces chemins toutes les questions fondamentales de la philosophie actuelle sans (p72) répondre à aucune d’entre elles par quelque résultat ou définition.... Il a pour ainsi dire esquissé les chemins que celle-ci doit emprunter si elle veut éviter de se fourvoyer dans les voies sans issues d’un fanatisme positivisme ou nihiliste.
P72 " liquidée la vieille recherche des ontologies … caduque la nécessité d’avoir tout à expliquer à partir d’un seul principe moniste, c’est-à-dire celui de cette substance régissant tout.
Au lieu de cela " le déchirement de l’être " … peut être reconnu
et le sentiment moderne de l’étrangeté dans le monde ainsi que la volonté moderne de créer, dans le monde … un monde d’humains qui pourrait devenir une patrie, peut être pris en compte.
P70 " Dans ce sens, l’échec de la pensée est la … condition pour que l’existence, touchée par la " puissance de la réalité ", s’intègre en cette dernière ... Et lui appartienne suivant le seul mode dans (p71) lequel les hommes peuvent lui appartenir, à savoir en la choisissant …
C’est comme si … (p73) " une île se trouvait … esquissée … Les limites de cette île de liberté humaine sont jalonnées par les situations-limites dans lesquelles l’homme fait l’expérience de limitations qui deviennent directement les conditions de sa liberté et le fondement de ses actes.
(p66) la communication … est considérée comme la forme première de la médiation philosophique qui est … soucieuse non pas des résultats mais d’un " éclairement de l’existence " …
sous la forme d’une… p67 " représentation sans cesse expérimentée, jamais fixée, de certains
mouvements de pensées qui ont en même temps un caractère de propositions à même d’amener l’homme à participer, c’est-à-dire à philosopher avec les autres. "
P66 " dans la communication, le philosophe se trouve parmi ses semblables à qui il peut faire appel comme eux peuvent en appeler à lui … Un des problèmes centraux de cette philosophie est donc la question de la communication…
P64 " la philosophie de Jaspers n’est pas véritablement achevée et … est… en même temps … moderne. Moderne n’a pas un autre sens ici que celui de permettre à la pensée philosophique actuelle de trouver directement des points d’accroche … sans … rupture…P65 à trouver des voies qui permettent de communiquer les " résultats " philosophiques de telle sorte qu’ils perdent leur caractère de résultat…
ps: lire l'ensemble de l'ouvrage serait infiniment plus enrichissant et montrerait dans sa totalité la puissance de réflexion
Hannah Arendt – Qu’est-ce que la Philosophie de l’existence? - Rivages poche/Petite Bibliothèque N°400 - 2005
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