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Hannah Arendt – Considérations morales – conscience humaine (connaître avec et par Soi ) et conscience morale ( Raison pratique kantienne) – Jugement - Rivages poche 1996 ou comment développer une aptitude à discerner le bien du mal |
| " En vérité, je leur inocule l’embarras que je sens en moi-même ". ce qui bien sûr, résume nettement la seule manière dont la pensée peut être enseignée… " C’est la faculté de juger des (cas) particuliers sans les subsumer sous des règles générales qui peut être enseignée et apprise…P73 Et ceci peut bien prévenir des catastrophes, tout au moins pour moi-même…
le jugement, le sous produit de l’effet libérateur de la pensée, réalise la pensée, la rend manifeste au monde des apparences… La manifestation du vent de la pensée n’est pas la connaissance ; c’est l’aptitude à discerner le bien du mal, le beau du laid…
la faculté de penser, distincte de la soif de connaissance, doit être … attribuée à tout le monde…Ce n’est ni une question de méchanceté ou de bonté, ni d’intelligence ou de stupidité. Celui qui ne connaît pas le rapport de soi à soi-même (par lequel nous examinons ce que nous faisons et disons) … ne sera jamais capable de – ni ne voudra – rendre compte de ce qu’il fait ou dit… la pensée, le deux en un du dialogue silencieux, actualise la différence au sein de notre identité, que connaît la conscience humaine (consciousness), et donc fait de la conscience morale son sous-produit… elle ne confirme pas mais dissout plutôt les règles de conduite acceptées…cette destruction a un effet libérateur sur une autre faculté humaine : la faculté de juger,... que l’on peut appeler très justement la plus politique des aptitudes mentales de l’homme… |
P27 " La question qui s’imposait était :
l’activité de penser en elle-même, l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive… cette activité peut-elle être de nature telle qu’elle " conditionne " les hommes à ne pas faire le mal ?… "
P34 " Le problème réside … en ce qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir un cœur mauvais, phénomène assez rare, pour causer de grands maux…
P28 " Poser des questions telles que : " qu’est-ce que la pensée ? " " qu’est-ce que le mal ? " n’est pas sans soulever des difficultés…
P31 " L’activité de connaître … laisse derrière elle un trésor de connaissances que conserve et cultive chaque civilisation… un acte d’édification du monde.
Le besoin de penser, au contraire … ne peut être satisfait que par la pensée, et les pensées que j’ai eu hier ne peuvent satisfaire aujourd’hui ce besoin que dans la mesure où je peux les penser à nouveau …
P36 Kant " Je ne suis pas d’accord avec ce principe que, si l’usage de la raison a prouvé quelque chose, ce résultat ne doit pas être mis en doute… " et " Je ne partage pas l’opinion… que l’on ne devrait pas douter dès qu’on s’est convaincu d’une chose. En philosophie pure, cela est impossible… "
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P29 ... Par là, j’entends que
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l’homme … a besoin … de penser par-delà les limitations de la connaissance…
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P31 … Les " questions ultimes " sans réponses possibles, ne laissent rien de tangible, et ne peuvent non plus être figées par les intuitions supposées définitives des " sages "…
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P29 " De même que la crise de la religion a atteint son paroxysme lorsque les théologiens … ont entrepris de discuter la proposition " Dieu est mort ", de même la crise de la philosophie et de la métaphysique s’est déclarée … quand les philosophes eux-mêmes ont commencé à proclamer la fin de la philosophie et de la métaphysique…
P30 " quelques rares défenseurs de la métaphysique nous ont avertis du danger de nihilisme inhérent à cette évolution… ils ont en leur faveur un argument important … une fois le supra-sensible abandonné, son opposé, le monde des apparences tel qu’on l’entendait depuis des siècles, est lui aussi annihilé… Nietzsche … (p31) " avec le monde vrai nous avons aussi aboli le monde des apparences."
P29 " Non pas que Dieu soit " mort" … que les vieilles questions … soient devenues " dénuées de sens "… C’est le cadre de référence et la façon de les résoudre qui a perdu toute plausibilité… On pourra y trouver un avantage quand sera saisi ce que ces " fins " signifient en réalité…
Ces morts modernes … ne sont après tout que des évènements de la pensée et … ne concernent pas pour autant notre capacité de penser, le fait brut que l’homme est un être pensant…
P33 " Pour nous … la distinction entre le savoir et la pensée est cruciale …
‘(p51) … la métaphore du vent… Xénophon …
indique que les manifestations du vent invisible de la pensée sont les concepts, vertus et " valeurs " …
P36 la quête de sens… toute réflexion qui ne sert pas la connaissance et qui n’est pas motivée par des buts pratiques … peut paraître comme " non naturelle ", comme si les hommes, en commençant à penser, s’engageaient dans une activité opposée à la condition humaine… Toute l’histoire de la philosophie… est embrasée par une guerre intestine entre
Dès lors… comment quelque chose de pertinent peut-il surgir d’une entreprise qui n’aboutit à rien concrètement ?
| Une réponse…(p39) s’il en existe une, ne peut provenir que …de son exécution, ce qui signifie que nous devons remonter aux expériences plutôt qu’aux doctrines…
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Car les doctrines de leurs livres étaient inévitablement composées en fonction de la multitude qui attend des résultats… combien de " penseurs professionnels " … ont douté de la validité ou même de la signification probable de leurs résultats…
Quiconque possède la véritable faculté de penser… et connaît en conséquence la faiblesse des mots ne se risquera jamais à… les figer sous une forme aussi rigide que la lettre écrite…
très peu de penseurs nous disent ce qui les a fait penser,
et il y en a encore moins qui se sont souciés de décrire et d’examiner leur expérience de penser…
Socrate
p42 " le grand avantage de l’idéal-type, c’est…d’avoir été choisi, parmi une foule d’êtres vivants dans le présent ou le passé, pour sa valeur représentative au sein de la réalité…
(P39) Platon… lettre VII… De ce qui fait l’objet de mes préoccupations l’on ne connaît rien … ceux qui écrivent sur ces choses ne (p40) savent rien ; ils ne se connaissent même pas eux-mêmes…car il s’agit là d’un savoir qui ne peut absolument pas être formulé de la même façon que les autres savoirs…
p43 " Ce qui d’abord nous frappe dans les dialogues socratiques de Platon, c’est qu’ils sont tous aporétiques : l’argumentation ne mène nulle part ou tourne en rond… Si bien qu’un homme ne peut essayer de découvrir ni ce qu’il sait ni ce qu’il ne sait pas… "
p44 " … bonheur, courage, justice, etc … que nous appelons concepts… que Solon dénommait " mesure invisible… pour l’esprit … qui… contient les limites de toute chose "…)
p45 " Ces mots… se rapportent … à quelque chose que l’on ne voit pas … parties de notre langage de tous le jours… lorsque nous parlons de leur sens, rien n’est stable…
| p45 … qu’a fait Socrate …se forcer … à rendre compte de ce que lui et eux entendaient en les prononçant… p46 … ce mode de penser… nommé méditation… ne produit… jamais… de définition et, en ce sens, elle n’a aucune conséquence… la méditation ne vise pas à la délibération, bien que parfois, mais rarement, elle y aboutisse… |
Socrate, cependant… (p48) semble… avoir soutenu que parler et penser au sujet de la piété, de la justice, du courage et autres, pouvaient rendre les hommes plus pieux, plus justes, plus courageux, même s’il ne leur était accordé aucune définition ou " valeur " pour orienter leurs conduites prochaines…
| " En vérité, je leur inocule l’embarras que je sens en moi-même ". ce qui bien sûr, résume nettement la seule manière dont la pensée peut être enseignée… à cela près que Socrate… n’avait rien à enseigner… ne proposait aucune vérité…(p49) " Il semble qu’…il ait eu le besoin de vérifier si ses doutes étaient partagés par ses compagnons |
P50 … il purgeait les gens de leurs " opinions, ces préjugés non critiques qui empêchent de penser en suggérant que nous savons… mais sans toutefois les rendre meilleurs ou leur donner la vérité…
P51 " la pensée a inévitablement un effet minant, destructeur, sur tous les critères établis, les valeurs et mesures du bien et du mal ;
en bref, sur ces coutumes et règles de conduite dont on traite en morale et en éthique … il est dans sa nature de défaire, dégeler… ce que le langage… a gelé sous forme de pensées – mots (concepts, phrases, définitions, doctrines) dont la " faiblesse " et l’inflexibilité ont été dénoncées par Platon … dans la lettre VII…
P52 " exemple… au mot maison, dès lors que tu as pensé à son sens implicite – séjour, avoir un foyer, être logé – tu ne peux plus accepter … la mode du moment … comme foyer… "
Ce qui nous amène au dernier et peut-être au plus grand des dangers de cette entreprise… P54 " Penser est indifféremment dangereux pour toutes les croyances et, par soi, n’en crée aucune nouvelle…
Tout examen critique doit passer par une phase de négation, tout au moins hypothétique, des opinions et des " valeurs " acceptées, en cherchant leurs implications et leurs postulats tacites, et, en ce sens, le nihilisme peut être considéré comme un danger pesant constamment sur la pensée…
P53 " Alcibiade et Critias… transformèrent les apories de l’examen critique socratique en résultats négatifs : si nous ne pouvons définir la piété, soyons impies… renversement de vieilles valeurs qui sont alors proclamées " nouvelles valeurs "…
P55 " Toutefois, la non pensée, qui semble une attitude tellement recommandable en politique et en morale, recèle aussi quelques dangers…
P26 " Les clichés, les phrases toute faites, l’adhésion à des codes d’expression ou de conduite conventionnels et standardisés, ont socialement la fonction reconnue de nous protéger (p27) de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence… "
P55 " En prévenant de l’examen et de ses dangers... ils... enseigne(nt) aux gens à s’attacher fermement à tout ce que peuvent être les règles de conduite prescrites par telle époque, dans telle société… Ce à quoi ils s’habituent est… la possession de règles…ils sont habitués à ne jamais décider.
P55 " Qu’apparaisse alors un individu qui… prétende abolir les anciennes " valeurs " ou vertus – cela lui sera facile, s’il produit un nouveau code, il n’aura besoin … d’aucune preuve… la facilité avec laquelle de tels renversements sont possibles suggère bien que tout le monde dormait lorsqu’ils survenaient…
Il a été si facile pour les régimes totalitaires de renverser le commandement fondamental de la morale (p56) occidentale " Tu ne tueras point " " Tu ne porteras pas de faux témoignages envers ton prochain " …
P26 " Eichmann… de toute évidence… n’avait pas la moindre difficulté à accepter un système de règles absolument différent…
P58 " L’erreur la plus claire et la plus dangereuse de la proposition, aussi ancienne que Platon, " nul ne fait le mal volontairement " est la conclusion qu’elle entraîne : " tout le monde veut faire le bien ".
La triste vérité est que la plus grande part du mal est faite par des gens qui ne se sont jamais décidés à être bons ou mauvais…
P60 " nous savons bien que Platon trouvait plus sage de compter sur des menaces…
(p59) Le Gorgias, comme La République, s’achève sur le mythe platonicien d’un au-delà avec récompenses et châtiments… ces mythes s’adressent à la multitude.
Certainement non socratique, ils ont de l’importance parce qu’ils contiennent, sous une forme non philosophique, l’aveu par Platon que les hommes peuvent commettre effectivement le mal volontairement ; et, plus important encore, (p60) l’aveu implicite que lui, pas plus que Socrate, ne savait que faire, philosophiquement, de ce fait troublant…
P59 " Parmi les très rares énoncés positifs de Socrate… deux propositions liées qui traitent de notre question…
P60 … " Mieux vaut être traité injustement que de commettre un tort " …
" Mieux vaudrait pour moi… qu’une multitude d’hommes soit en désaccord avec moi, plutôt que moi, étant un, sois en disharmonie avec moi-même et me contredise. "
P62 " Il semblerait que ce que nous avons tendance à prendre pour une proposition purement morale jaillit en réalité de l’expérience de penser comme telle…
P64 " je suis aussi pour moi-même … indique que l’ " être un " socratique n’est pas aussi évident qu’il semblerait ; je suis non seulement pour les autres mais aussi pour moi, et ainsi, dans ce cas… Une hétérogénéité s’insère dans mon unicité …
Lorsque nous disons ce (p64) qu’est une chose, nous disons toujours également ce qu’elle n’est pas, toute détermination comme chez Spinoza est négation… je suis inévitablement deux-en-un… conditions mêmes de l’existence de l’égo de l’homme…
P66 " Car cet égo, le je suis moi, fait l’expérience de la différence dans l’identité, précisément lorsqu’il … se rapporte … à lui-même seulement… Césure originelle, utilisée ensuite par Platon dans sa définition de la pensée comme dialogue silencieux… entre moi et moi-même
Pour Socrate, ce deux en un signifie simplement que si tu veux penser, il faut prendre garde à ce que les deux qui entretiennent le dialogue de la pensée soient … des amis … qui voudrait être l’ami d’un meurtrier et devoir vivre avec ?… Quelle sorte de dialogue pourrais-tu engager avec lui ?…
P68 " Ce n’est que tardivement que le langage a distingué les mots consciousness (conscience humaine) et conscience (conscience morale), et, dans certaines langues, par exemple le français, un telle distinction n’existe pas.
La conscience, que nous utilisons comme un terme de morale ou de droit, est supposée être toujours présente en nous… et cette conscience morale est aussi censée nous dire ce que nous devons faire et ce dont nous devons nous repentir ; c’était la voix de Dieu avant qu’elle ne devienne … la raison pratique kantienne
Au contraire, l’individu dont parle Socrate … Cette conscience humaine ne prescrit rien sur le mode positif … Ce qui fait qu’un homme craint cette conscience, c’est l’anticipation de la présence d’un témoin … " vivre sans elle "… sera facile, dans la mesure où (p70) il suffit de ne jamais entamer le dialogue silencieux et solitaire que nous nommons pensée…
| Ce n’est ni une question de méchanceté ou de bonté, ni d’intelligence ou de stupidité. Celui qui ne connaît pas le rapport de soi à soi-même (par lequel nous examinons ce que nous faisons et disons) … ne sera jamais capable de – ni ne voudra – rendre compte de ce qu’il fait ou dit…
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| P72 la pensée, le deux en un du dialogue silencieux, actualise la
différence au sein de notre identité, que connaît la conscience humaine
(consciousness), et donc fait de la conscience morale son
sous-produit…
elle ne confirme pas mais dissout plutôt les règles de conduite acceptées…cette destruction a un effet libérateur sur une autre faculté humaine : la faculté de juger, que l’on peut appeler très justement la plus politique des aptitudes mentales de l’homme… " C’est la faculté de juger des (cas) particuliers sans les subsumer sous des règles générales qui peut être enseignée et apprise…P73 Et ceci peut bien prévenir des catastrophes, tout au moins pour moi-même… le jugement, le sous produit de l’effet libérateur de la pensée, réalise la pensée, la rend manifeste au monde des apparences… La manifestation du vent de la pensée n’est pas la connaissance ; c’est l’aptitude à discerner le bien du mal, le beau du laid… |
P37 Résumons…
ps: lire l'ensemble de l'ouvrage serait infiniment plus enrichissant et montrerait dans sa totalité la puissance de réflexion
Hannah Arendt - Considérations morales - N° 181 - Rivages poche/Petite Bibliothèque 1996
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Hannah Arendt « La crise de la culture « action-processus ou de l'importance de promouvoir un projet commun |
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Hannah Arendt « La crise de la culture « religion- sécularisation ou de l'importance de la sécularisation dans le monde moderne |
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Hannah Arendt « Philosophie de l’existence « – humanité - communication ou de l'importance que les hommes se meuvent ensemble |
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Hannah Arendt – Connaître avec et par Soi – penser-juger ou comment développer une aptitude à discerner le bien du mal |
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Hannah Arendt « Les origines du totalitarisme « origine commune des hommes - racisme ou de l'importance de promouvoir un modèle social |
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