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Raymond Aron - 50 ans de réflexions politiques - Mémoires - Julliard 1983 -

 

h " Le destins de l’Europe occidentale dépend-il davantage de l’effacement des dieux ou de la dénatalité? Je garde assez le goût des spéculations philosophiques pour ne pas donner une réponse catégorique à ces questions.

En revanche, s’il s’agit des apocalypses possibles, des menaces qui pèsent sur l’humanité, je sais où chercher la foi et l’espérance. Contre les maux de la civilisation industrielle, les armes nucléaires, la pollution, la faim ou la surpopulation, je ne détiens pas le secret de remèdes miraculeux. Mais je sais que les croyances millénaristes ou les ratiocinations conceptuelles ne serviront à rien; je préfère l’expérience, le savoir et la modestie.

Si les civilisations, toutes ambitieuses et toutes précaires, doivent réaliser en un futur lointain les rêves des prophètes, quelle vocation universelle pourrait les unir en dehors de la Raison ? " p727

i " Les dogmes des religions de salut échappent à la réfutation, parce qu’ils affirment des réalités ou des vérités qui, par essence, sont inaccessibles aux enquêtes menées selon les règles de la connaissance rationnelle. En revanche, le dogmatisme, qui prétend à une vérité ultime en une matière qui ressortit à la recherche scientifique, tombe sous le coup de la critique." p737

 

." L’Occident ne vit et ne survit que par le pluralisme. "

i "…parce qu'il sait la différence entre les vérités scientifiques, si provisoires soient-elles, et les croyances religieuses, parce qu’il se conteste lui-même, conscient que notre culture est, à certains égards, une entre d’autres. Le refus du doute renforce peut-être l’ardeur des combattants mais il exclut la pacification. …"la foi qui agit " débouche encore à notre époque sur des croisades. Les Occidentaux d’aujourd’hui, conscients de la pluralité légitime des autorités morales, conscients de la particularité de notre culture, ouvrent seuls la voie à une Histoire qui prendrait un sens."

" Il n’en résulte pas que les régimes que j’ai appelés constitutionnels-pluralistes puissent être dits toujours les meilleurs ou les seuls bons, destinés à une diffusion universelle. Ils répondent à l’état mental de ce qu’Auguste Comte aurait appelé l’avant-garde de l’humanité. 

 Le droit de tous de participer au dialogue politique sur le destin commun découle de l’abandon des vérités absolues, mais, ce droit, certaines sociétés ne peuvent l’accorder sans se dissoudre." p738

i "Cette diversité, en tant que telle, ne fait pas problème. Ce qui fait problème, aux yeux des " historicistes", c’est que le mal ici devienne le bien là. "

"La diversité risque, il est vrai, de nous entraîner vers le scepticisme si le bien et le mal s’intervertissent d’une société à une autre. Je ne juge nullement qu’il en soit ainsi. L’honnêteté, la franchise, la générosité, la douceur, l’amitié ne changent pas de signe d’un siècle à un autre, d’un continent à un autre ou en franchissant les frontières. Bien entendu, la même conduite peut être jugée agressive dans un groupe, sainement sportive dans un autre. Ni les activités ni les réussites ne sont appréciées partout selon le même critère. A l’intérieur de la même société, il n’existe pas un seul type d’homme exemplaire. Le chevalier, le clerc, le savant n’aspirent pas à la même excellence. Tout ce qui relève de la culture, telle que la définissent les ethnologues, échappe à un jugement universel. Qui formulerait un tel jugement appartiendrait inévitablement à l’une de ces cultures. II n’existe pas d’observateur au-dessus de la mêlée." p739

i "Faut-il maudire la conquête romaine de la Gaule ou la célébrer parce que la France en sortit? Chacun répondra à cette interrogation, au hasard de son humeur et de son savoir. Un jugement historique de cette sorte, laissons-le aux érudits s’ils en ont le goût, aux polémistes, ou même à un philosophe, tel Fichte, saisi par le démon de la propagande. Ces jugements historiques nous troublent seulement lorsqu’ils deviennent jugements politiques."

"Aujourd’hui, en ce siècle, nous sommes libérés du provincialisme propre à toutes les cultures passées, libérés du progressisme naïf, libérés aussi du relativisme facile. 

 La vérité des sciences, la reconnaissance de la dignité de tous, … fondent nos convictions. 

 Les événements du siècle ont dissipé nos illusions: le progrès de la science ne garantit ni le progrès des hommes, ni celui des sociétés. Les horreurs des régimes hitlérien et stalinien, au rebours d’opinions courantes , nous arrachent à une forme grossière du progressisme.

Nous savons que tout, y compris le pire, est possible, mais que le pire n’est pas moralement indiscernable du convenable.

Par ce biais, je serais parvenu à une théorie mieux élaborée de la "conscience historique dans la pensée et dans l’action" Comment concilier en sa pensée le droit à l’existence de toutes les cultures et l’adhésion résolue à la sienne?" p740

"Je séparerais mieux valeurs sociales et vertus morales, je renforcerais les bases de la vérité scientifique et de l’universalisme humain. Quant à l’action, je décrirais plus concrètement notre condition historique, mais non en termes foncièrement différents."

 i "J’écrivis, il y a près d’un demi-siècle, que notre condition historique est dramatique. Faut-il dire dramatique ou tragique? A certains égards, oui, tragique vaut mieux que dramatique. Tragique, la nécessité de fonder la sécurité sur la menace de bombardements nucléaires; tragique, le choix entre l’accumulation d’armes classiques et la menace nucléaire; tragique la destruction de vieilles cultures par la civilisation industrielle, mais la tragédie ne serait le dernier mot que si un aboutissement heureux, par-delà les tragédies, n’était même pas concevable. 

 Je continue de juger concevable la fin heureuse, très au-delà de l’horizon politique, Idée de la Raison ( au sens de Kant). P741

 

- ps: lire l'ensemble de l'ouvrage serait infiniment plus enrichissant et montrerait dans sa totalité la puissance de réflexion

 

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La paix aujourd'hui à la lumière de quelques enseignements

de Hanna Arendt et de Raymond Aron


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