Raymond Aron ddh terrorisme politique

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Raymond Aron – Le spectateur engagé

 

Quelques enseignements et réflexions sur les droits de l’homme

pour aider au débat - dans le cadre du 60me anniversaire de la DUDH en 2008

 

essai de synthèse d’extraits reliés et commentés

Raymond Aron – Le spectateur engagé - Livre de poche – 2005 –

Raymond Aron entretiens avec JL Missika et D Wolton

 

 

"comme  toujours quand on dit ou bien ou bien, il y a une troisième possibilité"

 

 

I°) Les DDH et la politique

 

La théorie des droits de l’homme – le respect dû à tous les hommes

 

401 « La morale initiale de tous les mouvements révolutionnaires… le sophisme que pour créer une société parfaite, on a le droit de commettre dans l’immédiat tous les crimes possibles… ce qui est le début de l’affreux, de l’horrible…

 

cependant après tant d’années, l’argument devenait de moins en moins acceptable… 402 «  il y a des choses qui ne sont pas acceptables, même si le but ultime est sublime…

 

les militants de 68 … les meilleurs d’entre eux ont eu à un moment donné le sentiment qu’ils risquaient de devenir fascistes. Ils se sont arrêtés et je crois que c’est la notion des droits de l’homme qui les a arrêtés…

 

402 C’était la fin d’une certaine histoire et le début d’une autre… 396 dans cette même période s’est produite la libération de tous les pays colonisés… Ce fut un mouvement historique… considérable…

 

(aujourd’hui le monde est confronté à un nouveau  type de terrorisme et dans le combat à mener, les droits de l’homme, une fois encore devraient occuper la première place… voir le paragraphe 2 – vers une définition politique du terrorisme)

 

Il y avait, me semble-t-il, une recherche de quelque chose qui ne fut ni l’acceptation du gouvernement, ni la révolution, ni le terrorisme. La théorie des droits de l’homme, c’était une manière… d’être fidèles à eux-mêmes et tout de même de dire quelque chose de tout autre…

 

C’était retrouver une poésie dans l’action au nom de quelque chose de supérieur qui est le respect dû à tous les hommes…. La libération des hommes et des femmes – particulièrement des femmes – on peut dire que c’est encore plus fondamental...

 

397 la faim, la démographie... C’est un scandale pour la conscience...

(aujourd’hui on parle aussi des migrations, de la désertification… 

 

409 encore une fois, je trouve tout à fait normal, tout à fait bien, de soulager des misères, de sauver des malheureux. Quand on le peut, il faut le faire… Si la politique (étrangère) était uniquement cela, comme ce serait mieux !…

 

Malheureusement, la politique ne s’épuise pas dans ce genre d’activités… 395 la politique étrangère est un exercice … … Quand on a un ennemi immédiat, on a tendance à aider un ennemi futur et lointain contre l’ennemi immédiat…

 

Les dangers des droits de l’homme

 

 

C’est excessif, mais je pense, en tout état de cause, que c’est une manière de ne pas s’engager dans des combats douteux… Et tous les combats politiques sont douteux. Ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, c’est le préférable contre le détestable…

 

Combats douteux où nous sommes tous impliqués… J’ai toujours accepté de penser politiquement, d’agir politiquement. Je n’ai jamais prétendu à la pureté de l’ange parce que sans quoi j’aurais renoncé à penser la politique….

 

Les défenseurs des droits de l’homme ne le savaient pas, mais leur action était une certaine manière… de ne pas prendre parti d’un côté contre l’autre, car il va de soi que dans toutes les sociétés il y a des manquements au respect des hommes… au respect des droits…

 

On oublie qu’il y a des différences de degré, lesquelles deviennent, de degré en degré, des différences de nature….

 

 

Les limites des droits de l’homme

 

On peut vivre dans l’obsession de défendre les droits de l’homme. S’il s’agit d’avoir une politique étrangère… On le pourrait mais à condition de chercher quelle est l’organisation politique, quel est le régime politique, qui a les meilleures chances de respecter les droits de l’homme.

 

Il faudrait alors observer la réalité, comparer les régimes, ce qui a conduit à accepter tel ou tel régime…

 

Mais ce n’est pas à partir de là que l’on peut définir une politique étrangère… Et je ne connais pas, dans l’histoire, de pays qui ait fondé sa politique étrangère uniquement sur les vertus de ses alliés… Il y a toujours dans la politique internationale des éléments d’immoralité parce que la politique étrangère, c’est du combat, à un degré ou à un autre… 396 « S’il ne fallait avoir comme alliés que ceux qui respectent les droits de l’homme, je pense que les démocraties occidentales n’auraient pas d’autres alliés qu’elles-mêmes…

 

C’est aussi parce que dans les relations internationales, il n’y a pas de tribunal…

  (or, aujourd’hui le TPI existe, mais trop jeune, il  manque encore de soutien et de volonté politique pour le faire travailler comme il devrait… pourtant sa place est au premier plan dans  toute action en faveur des droits de l’homme - voir aussi la page se consacrant à quelques enseignements de Kofi Annan )

 

Le délire de la guerre

 

Pour y mettre fin, il fallait mettre fin à la guerre… 

Seconde guerre mondiale

172 « Il a fallu que les hommes sortent du délire de la guerre, du paroxysme de la violence…

171 « Il ne faut pas oublier que les peuples, les gouvernants, après quatre ou cinq années de guerre, sont capables des pires atrocités sans même en avoir conscience…

 

Guerre d'Algérie

Les atrocités des deux côtés ne se compensaient pas, elles s’ajoutaient…

 

295 « Le terrorisme des révolutionnaires algériens était presque inévitable… l’expérience semble indiquer que dans ces sortes de guerre, presque toujours une armée, même civilisée, se laisse aller à des actes absolument inhumains... 294 « Je n’ai jamais rencontré personne qui fût pour la torture… 293 «  Mais la torture, le mensonge étaient l’accompagnement de la guerre. Ce qu’il fallait, c’était terminer la guerre…

 

 

politiquement, aujourd’hui

 

421 « politiquement, aujourd’hui… la grande question c’est, est-ce qu’on accepte le dialogue ? Est-ce qu’on accepte de discuter ?

 

Nos sociétés, ici, acceptent le dialogue… Ce dialogue doit être autant que possible raisonnable, mais il accepte… 422 les passions déchaînées, il accepte l’irrationalité : les sociétés de dialogue sont un pari sur l’humanité…

 

détenir la vérité définitive pour aux-mêmes et pour l’avenir. Ca, je le déteste : j’ai combattu pendant trente-cinq ans et je continuerai… La prétention… de savoir la vérité à la fois de l’histoire et de l’avenir est insupportable… c’est inacceptable…

 

 


II°) Vers une définition politique du terrorisme – quelques éléments de reflexion pour le débat

 

Une convention des Nations Unies contre le terrorisme, un  objectif pour le 60 me anniversaire de la DUDH en décembre 2008…

 

La définition morale du terrorisme fait l’objet d’un consensus mais la communauté internationale se heurte lorsqu’il s’agit de formuler sa définition politique…définition pourtant nécessaire pour rendre  la lutte contre le terrorisme plus efficace…

 

 

Une distinction pourrait cependant apparaître sur le sens  qu’il pourrait lui être donné vis-à-vis de la liberté,

 

295 C’est le but qui permet de trancher, ce ne sont pas les moyens…

 

 

Apparaîtrait un terrorisme révolutionnaire qui a pour sens la recherche de plus de liberté ; où des sensibilités nationales différentes pourraient continuer de s’exprimer

 

297 Je trouvais que le combat pour la décolonisation de la part de ces peuples était un combat juste et normal, par conséquent j’approuvais la décolonisation…

 

266 la condition d’une solution, c’était de reconnaître le droit à l’indépendance, ce qui ne signifiait pas dans l’immédiat l’indépendance…

 

280 De Gaulle… a eu cette capacité, qui lui est propre, de transfigurer… à convaincre les Français… que donner l’indépendance à l’Algérie c’était pour la France… une victoire de la France sur elle-même…

 

avec cependant des limites

 

291 tant qu’on est dans un régime démocratique, c’est-à-dire où les hommes au pouvoir sont désignés par le suffrage universel, tant que subsiste la liberté de protestation, je suis contre des actes qui équivalent à la guerre civile, au refus violent du gouvernement existant…

 

 

 

et un terrorisme totalitaire (englobant, conquérant) qui a pour sens  une régression de la liberté ;  pour lequel tous les peuples et les nations devraient se retrouver dans une même démarche pour le combattre

 

322 L’idéologie englobante… système complet et impératif de représentation globale de l’histoire universelle qui simultanément indique l’avenir et aussi ce qu’il faut faire…

 

325 le parti … (messianique) impose une discipline de parole et de pensée…

 

avec pour conséquence

 

288 pour accepter cette obéissance, il faut être un homme politique…

 

252 « Ils n’ignoraient pas, ils ne niaient pas les cruautés du régime… Ils disaient que c’était le prix à payer pour l’avenir… Il y en a qui ne savaient pas, mais surtout parce qu’ils ne voulaient pas savoir… il est préférable d’admettre non pas la réalité mais la réalité telle qu’elle serait si elle était conforme aux désirs des personnes…

 

 

 

III°) En complément – quelques conditions pour penser la politique et les DDH

 

 

Une culture exige de la mémoire

 

422 « Il faut se mettre en dialogue avec de grands esprits… 423 et c’est un goût que j’aime répandre parmi les étudiants, je trouve que les étudiants ont besoin d’admirer… il faut qu’ils admirent les grands esprits et il faut que les professeurs soient précisément les interprètes des grands esprits pour les étudiants…

 

422 Précisément parce qu’il y avait dans la sociologie… à une certaine époque… la tendance à repartir à neuf… j’ai été amené à reprendre ces grands auteurs et à les lire à ma manière…

 

 Les valeurs : vérité et liberté…  indissociées

 

438 « L’amour de la vérité et l’horreur du mensonge, je crois que c’est ce qu’il y a de plus profond dans ma manière de penser. Et précisément

 

pour pouvoir exprimer la vérité il faut être libre. Il faut qu’il n’y ait pas un pouvoir extérieur qui vous contraigne… la liberté de choisir le sens…

 

 

 « La philosophie politique ne pouvait pas ignorer la réalité…

 

245 « mon système de valeurs est resté le même, mes opinions se sont adaptées à la réalité…

 

291 « régime démocratique

 

– suffrage universel

– liberté de protestation…

 

336 « si je me définis par le refus du parti unique, j’arrive de manière naturelle à la notion de pluralisme, et de là… à une certaine représentation du libéralisme (politique)…

 

336 « à partir de l’étude des sociétés modernes, je vois quels sont les dangers qui résultent de la concentration de tous les pouvoirs… je cherche alors les conditions économiques et sociales qui donnent une chance à la survie du pluralisme, c’est-à-dire le libéralisme à la fois politique et intellectuel…

 

« refuser de penser la politique signifie deux choses…

 

256 préférer une idéologie, c’est-à-dire une représentation de la société souhaitable… assoiffés de la solution qui donnerait la société universalisable… 257 « ils ont bien sûr une opinion, mais à partir d’impératifs et de postulats et non à partir d’une analyse de la conjoncture… 389 en prenant en compte les  « conditions de liberté dans le monde - espace territorial, population, productivité, recherche…

 

refuser de répondre à la question – que feriez-vous ? - …

 

248 on en arrive à être un « moraliste en politique : ne pas admettre que d’autres prises de position ne soient pas coupables…

 

 du rôle des citoyens dans une démocratie

 

415 faire un cours sur les devoirs du citoyen…

 

415 « Nos sociétés, nos démocraties sont des pays de citoyens. Aujourd’hui, les citoyens sont essentiellement des consommateurs et des producteurs. C’est très bien, cela va de soi. Mais c’est une représentation marxiste dévoyée… notre civilisation, dans la mesure où elle est libérale, est aussi une civilisation du citoyen et pas seulement du consommateur, pas seulement du producteur…

 

414 « bien-être … et patriotisme, c’est-à-dire… le souci du bien public. C’est le propre d’une démocratie vivante… 415 dans une démocratie, les individus sont à la fois des personnes privées et des citoyens… 413 « Il faudrait… prendre conscience des conditions nécessaires pour conserver la possibilité de rechercher ce bonheur que l’on souhaite si passionnément… 413 La morale du citoyen, c’est de mettre au-dessus de tout la survie, la sécurité de la collectivité… S’il ne reste plus rien du devoir du citoyen… alors la survie est en question…

 

Les Européens

 

414 « L’Europe occidentale libérale… dépend d’un grand nombre de forces dont elle n’a pas le contrôle. Aussi est-elle obligée… de faire in grand nombre de paris. Et il est toujours dangereux de faire un trop grand nombre de paris…

 

334 « L’indépendance aujourd’hui… Lorsque l’on est dans une économie d’échanges libres, personne n’est vraiment indépendant. Ce que peut être l’indépendance, aujourd’hui, c’est de ne pas dépendre d’une seule puissance, c’est d’avoir une pluralité de dépendances, c’est aussi avoir de son côté un certain nombre de moyens pour que d’autres dépendent de nous…

 

413 si les Européens n’ont plus le sentiment qu’il faut être capable de se battre pour conserver ces chances de plaisir et de bonheur, alors en effet nous sommes à la fois brillants et décadents…

 

410 « au point de vue de la civilisation, de la liberté, de la créativité, il n’y a pas de question : personne ne choisit… contre l’Europe occidentale… 416  si l’avenir appartient à la liberté des hommes, nous avons gagné…

 

 

PF 17/10/2007

  Raymond Aron Démocratie - 50me anniversaire de la DUDH


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