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-L e -c r i t i q u e -d e -c i n é m a-

PLAN

 

I) REFLEXIONS SUR LA CRITIQUE

A) Le critique, un spectateur comme les autres ?

B) Le rôle de la critique

  • C) Le métier de critique

    D) L’influence de la critique

  • 2) ETUDE CONCRETE DE LA CRITIQUE ACTUELLE

    1. Dans certains journaux spécialisés et non spécialisés
    2. A la radio et à la télévision

    C) Comparatif des mêmes journaux dans des années plus anciennes

  • INTRODUCTION
  • Le cinéma est l’art le plus populaire du vingtième siècle. Alors que le public semble se désintéresser de plus en plus des autres arts, jugés souvent trop difficiles d’accès, l’image du cinéma reste, elle, assez positive. Toutefois c’est aussi un des arts les plus difficiles à cerner étant donné qu’il comporte un nombre très élevé d’oeuvres non artistiques qui possèdent également le titre de films cinématographiques, comme les grandes productions faites davantage à la visée de recettes que par souci artistique. Bien sûr ce phénomène est présent dans tous les arts mais il semble plus important au cinéma excepté peut-être en musique. De ce fait la critique cinématographique demeure essentielle afin que le cinéma ne devienne pas une simple production commerciale. C’est cet amour du cinéma qui nous a fait nous intéresser à la situation de la critique actuelle.

    Pour cette étude de la critique nous avons réfléchi sur son rôle et sa situation puis nous avons analysé concrètement la critique journalistique qui est depuis tous temps la plus répandue. Pour que notre étude soit la plus convaincante possible même si elle demeure incomplète, nous avons sélectionné des journaux très éclectiques, passant des quotidiens aux hebdomadaires ou des revues non spécialisées aux revues spécialisées. Nous nous sommes fixés une période de deux mois : décembre 1996 et janvier 1997 dans le but de pouvoir analyser des critiques de films communs. Aussi nous n’avons pas tenté de faire une étude exclusive mais plutôt de rapporter un certain état de la critique dans les journaux qui sont connus pour être les plus influents. Notons que nous nous intéressons à la critique des films actuels et non à la critique plus analytique des films anciens présente dans les mensuels. Pour ouvrir notre champs d’étude nous évoquerons la critique télévisuelle et radiophonique et la critique plus ancienne afin de percevoir son évolution.

    Les gens qui vont voir un film suivant l’avis d’un critique sont en grande minorité. La décadence de la critique est connue mais la critique demeure et la France est un des seuls pays où elle survit, dans les autres pays elle se confond avec la publicité ou est inexistante. C’est pourquoi il m’a paru important de la redéfinir afin qu’elle ne subisse pas le même sort qu’ailleurs. A ce propos citons Michel CIMENT et Jacques ZIMMER : " Les premiers temps furent essentiellement marqués dans la presse par des informations ou des annonces publicitaires qui n’ont rien de commun avec une analyse proprement dite. Néanmoins, de tous les arts, le cinéma est le seul qui ait vu son développement continûment commenté et donné lieu à des débats souvent houleux et passionnés. Aucun pays sans doute n’a connu une activité critique aussi intense ni vu naître autant de revues de cinéma que la France. " (1)

    (1) Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, La critique de cinéma en France, Editions Ramsay,1997, p.7.REFLEXIONS SUR LA CRITIQUE

     

    A) Le critique, un spectateur comme les autres ?

    Le critique écrit son article en fonction de son vécu de spectateur. Il est donc intéressant de réfléchir sur ce qui le différencie des autres spectateurs. En fait sa similarité avec le public est énorme étant donné la part de subjectivité qui entre en compte chez un critique. Des critères subjectifs entrent obligatoirement en jeu : l’état d’esprit du moment, les préjugés sur le réalisateur ou les acteurs, l’âge, le sexe, les opinions personnelles, l’attachement filmique (films d’aventures, films de sciences fictions...) etc ; la liste est longue. Un autre paramètre également subjectif mais différent de ceux des autres spectateurs peut exister : le journal et donc le lectorat pour lequel il écrit son article. Serge KAGANSKI, critique aux Inrockuptibles déclare par exemple : " Aux Inrock, on n’a pas de doctrine établie mais quelques principes généraux dont le plus important est la priorité donnée à la forme. La qualité de la mise en scène passe toujours avant le fond, avant le sujet du film lui-même, quel que soit par ailleurs l’intérêt de celui-ci. " (1). Sa critique se fera donc en fonction de tous ces éléments là même si le critique essayera de minimaliser sa part subjective.

    Le caractère objectif de la critique est toutefois heureusement existant et c’est grâce à cela que le critique est sensé être un " spectateur professionnel ". C’est essentiellement grâce à sa culture générale et ses connaissances cinématographiques d’un point de vue technique et bibliographique que le critique devient un spectateur à part. Toutefois notons qu’un dossier de presse du film contenant des informations sur un film et son réalisateur facilite le travail du critique. Autre différence avec le simple spectateur, le critique doit avoir un bon style journalistique puisque son métier est surtout basé sur l’écrit. Par ailleurs le critique a un regard différent du spectateur amateur car il regarde le film en pensant à l’article qu’il va écrire sur celui-ci. Il s’attache donc davantage aux détails du film, à l’esthétique et à la technique de la mise en scène, au jeu des comédiens, au sens ou message du film ...Un processus de distanciation se met donc en place, même si l’identification reste présente. Notons d’ailleurs que la jouissance du film pourra parfois être entravée par un décorticage trop scientifique, le critique devra donc savoir doser sa réception réfléchie du

    1.  
    2. Serge KAGANSKI cité dans le journal INEDITS n° 7 printemps-été 1997.

    film.

    Une question se pose lorsqu’on réfléchie à la correspondance entre le spectateur amateur et professionnel : le critique ne doit-il pas prendre en compte l’avis du public ? François TRUFFAUT, alors critique, répond en partie à cette question : " A un certain degré de succès, un film devient un événement sociologique et la question de sa qualité devient réellement secondaire au point qu’un critique américain a pu écrire avec la logique et l’humour pour lui : " Critiquer Love Story ce serait comme critiquer le glace à la vanille. " " (1). Même si le critique qui nous intéresse sort ses articles bien souvent avant de connaître la portée du film, ne doit-il pas la sentir et en tenir compte ? Si tel était le cas, la critique serait malheureusement bien souvent de bas niveau. Il est vrai que si l’engouement du public naît, c’est que le cinéaste a su capter quelque chose mais les grandes productions américaines appréciées par un grand nombre de spectateurs sont bien souvent le fait du calcul du producteur et non du talent du cinéaste. Toutefois citons Jacques RIVETTE en tant que critique qui relève un point intéressant à ce sujet : " Dans la mesure où cette efficacité n’est pas obtenue par des procédés grossiers, bas et malhonnêtes ( nous savons tous quels sont ces procédés qui font les gens rire ou sortir leur mouchoir), si nous voyons qu’il n’y a pas ces procédés-là sur l’écran et qu’il y a quand même efficacité sur le public, nous avons donc le sentiment de quelque chose qui se vérifie autour de nous et malgré notre jugement propre. " (2). N’est-ce pas aussi le rôle du critique, intermédiaire du cinéaste et du public d’en tenir compte ? La question reste ouverte. Toutefois on peut regretter que trop souvent encore le critique ne se mélange pas aux autres spectateurs puisqu’il assiste à des projections privés, alors que le cinéma est un art collectif. Ce phénomène n’a pas évolué, Jacques RIVETTE mettait pourtant déjà le problème en avant en 1961 lorsqu’il déclarait : " Je sais qu’il m’est souvent arrivé de modifier mon jugement, en revoyant dans une salle un film que j’avais vu d’abord en projection privée, et non pas seulement par le fait de revoir le film (bien que cela se produise assez fréquemment aussi), mais par le fait que je sentais autour de moi le public réagir d’une certaine façon. Il est évident que, si l’on voit un film comique tout seul et qu’on ne rit pas, et qu’on le revoit dans une salle où le public se marre énormément, le jugement que l’on porte sur ce film comique est modifié par le sentiment de son efficacité ? " (3)

     

    (1) François TRUFFAUT, Les films de ma vie, Editions Flammarion, 1975,p.28.

    1.  
    2. Jacques RIVETTE dans la revue " Cahiers du cinéma " numéro 126, décembre 1961, p.6.
    3.  
    4. ibid, p.5.

    L’avis des critiques est souvent très diversifié, tout comme l’opinion des spectateurs. Aussi le lien entre le spectateur amateur et le spécialiste est encore visible, l’appréciation d’un film par un certain critique représentant un noyau de spectateurs. Le spectateur se souciant donc de la critique (il en reste encore) se fiera donc davantage au critique qui lui correspond le plus souvent pour se décider à aller voir un film. D’autres spectateurs préféreront eux lire une critique après avoir vu le film afin d’étendre leur compréhension de ce dernier. Rappelons ici que nous parlons uniquement de films dits artistiques, et il est évident que les spectateurs des autres films s’intéressent malheureusement beaucoup moins à la critique qui dans l’ensemble est bien souvent négative sur ces films ou même inexistante. Mais on peut penser que les spectateurs intéressés des films artistiques s’intéressent eux à la critique cinématographique.

     

    B) Le rôle de la critique

     

    Actuellement la critique ne semble plus avoir une influence sur la carrière des films sauf lorsqu’ elle est unanime pour un film inconnu. Mais son rôle est à présent plus du côté de la réflexion, de la trace écrite des films. Même si on a vu que certains spectateurs seraient potentiellement encore influençables par elle, c’est la lecture après film qui semble actuellement prévaloir. Le rôle premier d’un critique est donc de comprendre et d’analyser l’œuvre filmique et c’est pour cela que les critiques des mauvais films sont si succinctes ( toutefois une explication d’un mauvais film pourrait être très instructive pour le lecteur qui comprendrait mieux le rôle de l’art) Réfléchir sur une œuvre d’art est aussi essentiel que l’œuvre elle-même, les deux sont indissociables et il est donc important que des personnes soient qualifiés pour le faire. On pourrait pousser plus loin en disant que les bonnes critiques sont aussi indispensables que les cinéastes talentueux. Citons pour illustrer notre propos Jean DOUCHET : " Une œuvre d’art se meurt, tant que ne se déclenche pas, par son intermédiaire, un contact entre deux sensibilités, celle de l’artiste qui a conçu l’œuvre et celle de l’amateur qui l’apprécie. " (1)

    Certes, le public réfléchie, mais le critique est là pour pousser plus loin la réflexion du spectateur. Même si dans la pratique ce n’est pas toujours le cas, c’est à cet idéal que la critique doit aspirer pour devenir elle aussi créatrice. Une question quant au rôle de la critique peut alors se poser : la critique est-elle là pour donner le sens du film que le spectateur n’a pas su voir ? Si c’est le cas il y a un manque dans l’œuvre car la réception n’a pas été positive. Toutefois le spectateur peut apprécier un film parce qu’il en a capté inconsciemment le sens, et le rôle de la critique serait alors plutôt de lui rendre conscient ce sens si il le souhaite.

    En réalité la critique se limite bien souvent à de la paraphrase et donne un simple avis subjectif. La critique se balance entre ces deux sortes de critiques extrêmes, privilégiant la première (l’analyse et la réflexion) dans les revues spécialisés et la deuxième dans les autres. L’analyse est plus approfondie dans les revues spécialisés ( excepté les revues comme Première ou Studio qui s’intéressent davantage aux stars) du fait du public visé qui est autre, de la place des articles plus importante, et, du temps plus long ( les quotidiens ou les hebdomadaires doivent réagir immédiatement).

    Le rôle de la critique diffère donc selon les journaux, d’ailleurs les revues

    spécialisées ne s’attachent pas uniquement à l’analyse des films actuels.

    (1) Jean DOUCHET cité dans La critique de cinéma en France, Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay,1997, p.148.

    Au niveau de l’analyse un problème peut apparaître par rapport au visionnement du film. Il est évident que le critique serait plus objectif si il pouvait, comme cela se fait pour une analyse approfondie d’un film, voir le film plusieurs fois mais aussi décortiquer l’image en s’y arrêtant. Mais est-ce son rôle ? Non, car la part subjective serait alors effacée et là n’est pas le but du critique qui doit rester avant tout un spectateur professionnel et non un analyste. Le critique ne doit-il pas être davantage artiste que technicien ? Une œuvre d’art est de l’ordre du sensible et non du scientifique, par conséquent la critique doit elle aussi l’être. Le travail de l’analyste et du critique est donc différent même si la critique comprend une part d’analyse première et si certains critiques visionnent le film plusieurs fois.

    Le rôle de la critique cinématographique n’est donc pas de donner une science exacte et c’est pour cela qu’elle peut comporter des avis ou même une analyse différente et est parfois contradictoire. Jean DOUCHET dit d’ailleurs : " L’on aime ou l’on n’aime pas un bon livre. Il ne se trouvera pourtant pas deux critiques sérieux pour porter, sur ce livre, des jugements diamétralement opposés. C’est à dire que la critique littéraire commence par un dénominateur commun. Au cinéma, il en va autrement. Les meilleurs parmi les critiques s’opposent dans leurs verdicts : l’un porte aux nues, l’autre voue aux gémonies. " (1)

    Aux rôles d’analyste et de conseiller, il ne faut pas omettre celui d’informateur. La critique qui nous intéresse ici a comme objectif premier d’informer les gens sur les films qui sortent et donc de transmettre un résumé de l’histoire. Son rôle peut donc paraître parfois paradoxale puisque bien souvent la critique comprend des renseignements " d’avant film " et " d’après film ", même si " l’avant film " est plus important dans les quotidiens et les hebdomadaires et " l’après film " dans les revues spécialisées.

    (1) Jean DOUCHET cité dans La critique de cinéma en France, Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay,1997, p.148.

    C) Le métier de critique

     

    Il n’existe pas de formation spécifique au métier de critique. Il n’y a pas " d’école ". Ce phénomène comporte des avantages (plus de liberté) et des inconvénients (n’importe qui peut se prétendre critique de cinéma). Ce manque de formation explique aussi le nombre de critiques incompétents. A l’origine le critique de cinéma venait du milieu théâtral, alors que ces deux arts sont totalement différents dans leur fonctionnement. Puis les critiques ont bien souvent été de futurs cinéastes : TRUFFAUT, RIVETTE, ROHMER...ou plus actuellement Alain BERGALA et Olivier ASSAYAS. Ceci vient sûrement du fait qu’à force de censé savoir ce qui est bon, l’envie vient d’essayer de le montrer. Parfois cela fonctionne, d’autres fois non car ce sont deux métiers différents qui demandent des qualités différentes. Ceci montre à quel point le métier de critique est instable.

    Il n’y a pas de grille, de recette pour la part analyste de la critique. Chacun décortique le film à sa manière en s’attachant davantage aux éléments auquel il est sensible : la beauté des images, la philosophie du film... et tente une interprétation qu’il suggère aux spectateurs. La critique est un art de l’écriture et le style du critique a donc une importance énorme sur sa façon de transcrire la perception du film qu’il a. Le critique se doit aussi de maîtriser toutes les tendances cinématographiques et les autres films du cinéaste afin de pouvoir juger du film en fonction ; et de ce fait d’enrichir sa critique. Aussi le critique est censé connaître parfaitement le fonctionnement de l’art cinématographique alors qu’il ne l’a, sauf exception, jamais pratiqué.

    Les critères des critiques peuvent être multiples : suivant sa valeur artistique, sociologique, historique...Le critère d’un film parfait, donc d’un chef-d’œuvre, pourrait être l’équilibre de tous les éléments : scénario, dialogue, technique, comédiens... ou la technique (fondu enchaîné...) qui est rendue signifiante par le cinéaste, qui donne sens. Mais les appréciations des critiques sont souvent vagues : un acteur est bon parce qu’il est le personnage, " le film est de toute beauté "...,et donc inutiles puisque le rôle de la critique (du moins dans les mensuels) est de fournir une explication aux lecteurs, par exemple lui dire justement pourquoi tel acteur était le personnage. Le critique peut également juger un film en fonction de son contexte financier : il sera plus indulgent avec un film fait avec peu de moyens financiers. Mais nous étudierons plus en détail ces critères dans notre analyse concrète de la deuxième partie.

    Peut-il y avoir des critiques qui ont tort et d’autres qui ont raison ? Le seul test possible est celui de la pérennité de l’œuvre ou du manque de connaissances de bases du critique. Les critiques sont donc libres tant que leur argumentation est cohérente. L’évaluation d’une œuvre est un problème commun à tous les arts. Et, comme pour les autres arts pour qu’il y est art au cinéma il faut que la visée de l’œuvre aille au delà du divertissement de deux heures, le spectateur doit pouvoir être grandi par l’œuvre. Ceci aussi peut constituer un critère d’évaluation pour le critique, bien que ce dernier puisse ne pas toujours être conscient de l’apport d’une œuvre.

    Le métier de critique cinématographique se pratique le plus souvent dans des journaux ou des revues. Les critiques rattachés à un même journal se partagent alors le travail et se concertent parfois. Les critiques peuvent aussi être présents à la télévision ou à la radio mais ils seront avant tout critique journalistique.

    D) L’influence de la critique

    La critique peut avoir une influence sur les spectateurs ou les cinéastes. Toutefois, cette influence est relative dans les deux cas. En ce qui concerne les spectateurs, dès 1975 TRUFFAUT disait : " L’envie que les gens ont de voir un film ou de ne pas le voir, appelons cela sa valeur attractive, est plus forte que le pouvoir d’incitation de la critique. " (1). Et, cette remarque et de plus en plus vérifiée actuellement même si la critique peut encore toucher un noyau de spectateurs avertis. Toutefois, la critique peut avoir une influence sur la carrière de certains films mais aussi sur leur longévité.

    Les professionnels sont très sensibles à la critique, comme si selon eux son influence préexistait. Mais elle peut aussi influer le travail de certains cinéastes, dans la mesure où ils tireront profit de ce que les critiques ont trouvé de mauvais dans leur film précédent. Bien sûr cet état de fait est davantage du domaine de la critique idyllique ; d’autant plus que les cinéastes ont plutôt tendance à dénigrer la critique, ce qui est d’ailleurs un sentiment humain compréhensible.

    Un des rôles de la critique est donc de donner un jugement sur un film : dire si il est bon ou mauvais, le critique ressemble alors à un professeur qui met une note à son élève. C’est donc un rôle assez prétentieux et difficile ,et, de ce fait on peut aussi se réjouir du manque d’influence de la critique sur les spectateurs surtout lorsqu’on connaît le manque de formation et donc de crédibilité chez certains critiques. Toutefois si la critique avait le pouvoir d’éduquer les spectateurs au cinéma artistique, nous serions alors heureux de son influence. Citons pour conclure Alain RIOUX qui relève un point intéressant : " Je ne suis pas sûr que le public se précipite aussi nombreux qu’il devrait et voici pourquoi : c’est parce que avant même de faire une autocritique nous avons nous tendance, lorsque nous aimons un film, à ne pas tout à fait donner les arguments qui feront que les gens les aimeront. ". (2) Cette citation nous fait relever que actuellement les gens semblent davantage se fier au classement des films (nombre d’entrée plus élevé) qu’à la critique, ce qui est dangereux pour les petits films d’auteur. Il serait donc important que la critique reprenne sa place, les gens faisant plus confiance à des spectateurs novices.

     

    (1) François TRUFFAUT, Les films de ma vie, Editions Flammarion, 1975, p.28.

    1.  
    2. Alain RIOUX dans l’émission radiophonique " le masque et la plume " diffusée sur France Inter le 23 mars 1997.

    ETUDE CONCRETE DE LA CRITIQUE ACTUELLE

     

    Nous avons choisi sept journaux différents pour exercer notre étude. Nous différencierons la critique présente dans les revues spécialisés et non spécialisées comme nous avons vu que son but différait. Les journaux non spécialisés retenus comportant deux quotidiens de renommée importante puisqu’il s’agit du Monde et de Libération et deux hebdomadaires à tendance politique divergente (s’adressant donc à un lectorat différent) : Le Nouvel Observateur et L’express. Pour les revues spécialisées nous avons choisi les deux mensuels les plus réputés : Les Cahiers du Cinéma et Positif et un hebdomadaire : Télérama. Le choix de ces différents journaux a donc été fait suivant un souci de réputation et d’éclectisme. L’obligation de choix nous a amené à éliminer des revues comme Première, Elle ou des journaux régionaux même si l’analyse n’en aurait été que plus riche.

    Comme nous l’avons dit initialement nous nous sommes arbitrairement limités à deux mois : décembre 1996 et janvier 1997. Nous avons étudiés toutes les critiques de film qui ont été écrites dans ces journaux pendant ces deux mois, en s’attachant ensuite à dix films spécifiques comprenant des films à critique négative et positive.

     

    A) Dans certains journaux spécialisés et non spécialisés

    1.  
    2. les quotidiens

    La critique cinématographique occupe une place moyenne (deux pages pour un jour de la semaine). Sur les deux mois étudiés cinq critiques se sont partagés les articles de cinéma. Les films jugés sont assez nombreux : environ quarante pour chaque mois, ce qui correspond à peu près aux sorties du mois. Les critiques sont souvent illustrées par des interviews de réalisateur, mais ce travail du critique ne nous intéresse pas ici.

    Les critères des critiques sont souvent difficiles à cerner. Lorsque le critique a beaucoup aimé un film ( Lost Highway de David LYNCH et The Pillow Book de Peter GREENAWAY par exemple) il s’attarde davantage à l’analyse descriptive et détaillée du film qu’à l’argumentation propre de son jugement. Comme si la réception d’un bon film passait dans le domaine de l’inconscient alors que pour un film qu’il n’a pas aimé, le critique cherchera des arguments de vengeance même si parfois sa déception peut parfois venir d’un phénomène inconscient.

    Les critiques s’appuient très peu sur des éléments techniques pour transmettre l’esthétique du cinéaste, ceci venant peut-être du fait que le critique ne visionne qu’une fois le film ou qu’il veut se mettre au niveau de son lectorat non-spécialisé. La part informative de la critique, c’est à dire le résumé de l’histoire et les références à la carrière d’un réalisateur ou d’un comédien, est toujours largement présente. Toutefois un souci de critique pure est apparent, ce qui est très heureux pour un journal non-spécialisé.

    L’appréciation d’un film est également montrée par l’importance de l’article : grand encadré ou non, aussi une critique négative sera toujours plus succincte et moins explicative même si l’avis argumentaire apparaît plus clairement que dans une critique positive. L’analyse des cinq (hommes !) critiques tend vers un axe commun même si elle diffère par le style. Les critiques sont accessibles dans le sens où elles ne donnent pas l’impression au lecteur d’être inculte : les références bibliographiques et techniques sont infimes et les arguments faciles à cerner.

    Les critiques du Monde ne semblent pas être très optimistes sur le cinéma puisque sur quarante critiques seulement seize sont relativement positives.

     

    Les critiques de cinéma de Libération ont la réputation d’être en opposition à la critique générale. Toutefois ce fait n’est pas apparu dans notre étude. Les critiques de Libération sont toutefois particulières du fait du style employé par l’ensemble des critiques et surtout par Gérard LEFORT : un ton très familier, parfois provocateur ou proche du mépris. D’ailleurs, le souci d’une argumentation rigoureuse sera souvent remplacée par un écrit humoristique. Ce style peut donc agacer beaucoup de gens, ce qui fait peut-être sa mauvaise réputation auprès de certains professionnels d’autant plus que les arguments méprisants ne sont bien souvent pas expliqués. Mais peut-être aussi que grâce à ce style, le lecteur se plaît à lire des articles non conventionnels. Le rôle du critique n’est pas pris au sérieux, ce qui peut plaire ou déplaire. Gérard LEFORT tente de s’expliquer à ce propos : " Mais pour en revenir à la méchanceté, ce n’est pas à ce niveau que ça se situe. Il y a aussi et surtout une question d’humour. Il y a des films qui m’ennuient tellement que ma seule échappatoire pendant la projection, c’est de commencer à déconner. " (1)

    Comme dans Le Monde cinq critiques se partagent les articles, mais le nombre de films critiqués est moins important (33 en décembre et 37 en janvier) surtout que les trois quart des films sont analysés très succinctement, seulement trois à quatre films sont développés par semaine. Par contre ils semblent plus optimistes puisque environ vingt-cinq critiques par mois sont plutôt positives. Notons toutefois que l’ironie est telle qu’il est parfois difficile de cerner ce que pense réellement le critique.

    Les critiques de cinéma apparaissent le mercredi (jeudi pour Le Monde), jour de sortie des films. Les critiques ont donc visionné le film en avant-première, en projection privée ; ils ne sont donc pas influencés par l’avis du public. Les critiques se réfèrent aussi très souvent au dossier de presse. Le réalisateur soulage ainsi le travail du critique puisqu’il s’explique parfois sur le message de son film.

    Pour conclure nous avons choisi de noter un exemple de critique de Libération. C’est Didier PERON qui en est l’auteur, critique du film Fantômes contre fantômes de Peter JACKSON : " c’est peu dire qu’on a jamais peur, en dépit du déluge d’effets spéciaux. Jackson joue sur plusieurs tableaux (fantastique, comédie, policier etc) et semble avoir pour seul obsession de nous divertir 1) on ne l’a pas sonné 2) c’est tellement lourd et chiant que nos dents de sagesse sont tombés pendant la projo. " (2)

     

    (1) Gérard LEFORT cité dans le journal INEDITS n°7, printemps-été 1997.

    (2) Didier PERON dans Libération du 29 janvier 1997, p.32.

    b) Les hebdomadaires

    Cinq critiques se partagent ici aussi les articles de cinéma mais seulement trois d’entre eux s’occupent de la critique pure, les autres étant spécialisés dans les interviews de réalisateurs ou d’acteurs. Les critiques sont souvent assez tardives, parfois une à deux semaines après la sortie d’un film, très succinctes et moins complètes que dans les quotidiens précédents (évocation de trente trois films en décembre et trente quatre en janvier). Il semblerait qu’il donne préférence aux films qu’ils estiment de qualité puisque les deux tiers des critiques sont plutôt positives.

    La critique paraît ici moins exigeante car dans une critique négative le journaliste s’efforcera souvent de relever des points positifs au film. Le critique semble donc préférer ici que le spectateur se fasse une opinion par lui-même et donne de ce fait simplement des lignes directrices à son lecteur : chef-d’œuvre, film divertissant mais possédant des erreurs artistiques...Toutefois certains films sont tout de même jugés très négativement.

    Les critiques se nourrissent de très peu de références artistiques et les argumentations ne sont pas très détaillées " manque de relief et d’inspiration de la mise en scène "(1), l’explication n’apparaît pas. Mais rappelons que c’est un journal non spécialisé et que le rôle des critiques est davantage l’information et l’évaluation que l’analyse détaillée. Le critique livre ses sensations sur le film et de ce fait conseille son lecteur. Les adjectifs : formidable, intelligent, original...pullulent et dénonce le caractère très informel de la critique.

    Le contenu de la critique se rapproche beaucoup de celle du Nouvel Observateur : analyse pauvre, place importante laissée au résumé de l’histoire et à des citations de metteur en scène données dans des interviews...L’Express se compose aussi de cinq critiques dont deux s’occupent exclusivement d’interviews. Un système d’étoiles permet également au lecteur de voir très rapidement l’appréciation du critique. Notons que pour les mois étudiés aucun film n’a obtenu les trois étoiles évoquant que le critique a passionnément aimé le film. Le critique semble donc ne pas vouloir trop s’engager, d’ailleurs beaucoup de films ont des critiques moyennes.

     

    (1) Pascal MERIGEAU dans Le Nouvel Observateur du 26 décembre 1996, critique de La septième demeure de Maïa MORGENSTERN, p.82

    Si la critique relative aux films est minime, les documents et interviews de réalisateurs ou d’acteurs sont assez nombreux. Là aussi c’est donc la part informative qui est la plus développée, bien que certains films soient passés sous silence.

    Nous avons assisté à deux types de critiques alors que tous les journaux étaient non spécialisés. Le Monde et Libération cherchant à faire une critique d’analyse et d’argumentation même si celle si serait davantage développée dans une revue spécialisée. Suite à l’analyse des deux hebdomadaires, nous nous demandons si il est nécessaire que des critiques travaillent dans ces journaux : n’importe qui est capable de dire si il a aimé ou pas le film sans expliquer pourquoi. Mais une autre question peut se poser : est-ce que ces journalistes sont de véritables critiques et seraient capables de faire une vraie critique de cinéma ? Le titre de critique semble être abusé. Pascal MERIGEAU, critique au Nouvel Observateur est d’ailleurs lucide sur le travail de sous-critique existant : " Hors presse spécialisée, il n’y a plus de critiques, mis à part Libé, Le Monde et Télérama. (...) La presse magazine emboîte le pas à la télévision : c’est le refus des spécialistes. Ce qu’on attend maintenant d’un critique, c’est qu’il pense comme la moyenne de son lectorat. Dire du mal d’un film à succès, c’est humilier le lecteur. L’originalité, le hors-normes deviennent eux-mêmes une convention, à quoi s’ajoute le caractère non cinéphile de ceux qui écrivent. Le regard n’est plus que superficiel : jamais on a autant parlé de l’histoire du cinéma en ayant aussi peu vu les films. " (1) Pascal MERIGEAU, ancien critique d’une revue spécialisée La Revue du Cinéma semble donc inquiet quant à la place qu’on peut donner actuellement à un critique de cinéma.

    (1) Pascal MERIGEAU cité dans La critique de Cinéma en France de Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay, 1997, p. 119.

    La critique des Cahiers du Cinéma est controversée puisqu’une réputation s’est faite autour de cette revue qui aurait certains partis-pris (un film de Jean-Luc GODARD ne pourrait pas être mal jugé...) Toutefois c’est une revue de référence où les critiques ont la réputation d’être sévères et sérieux. L’ensemble de la revue n’est pas consacré à la critique des films actuels, une large place étant laissé à des réflexions, de la documentation sur d’autres films.

    La critique ici se veut autre que celle étudiée précédemment puisqu’elle s’adresse à des lecteurs avertis et peut-être parfois à des professionnels du cinéma. Comme pour les autres journaux, nous nous intéressons à l’ensemble des critiques, et non à un critique en particulier. Nous voulons essayer de cerner l’esprit de la critique dans Les Cahiers même si il peut apparaître des différences entre les critiques. C’est cette fois-ci une dizaine de critiques qui se partagent l’analyse des films actuels. Le nombre de films jugés est faible (vingt et un en décembre et vingt-six en janvier), une sélection s’opère donc à la base puisque certains films seront passés sous silence.

    La critique des Cahiers du Cinéma ressemble à un commentaire de texte sur le film. L’appréciation n’apparaît que dans le dernier paragraphe de toutes les critiques, comme si ils voulaient réduire la part de subjectivité du critique. C’est donc l’analyse qui y est surtout développée, à la différence des journaux étudiés précédemment, cherchant un sens, une interprétation au film. La critique est rarement passionnée, enflammée, le critique semble vouloir garder la tête froide (le contraire est vrai : pas d’excès dans les critiques négatives), c’est bel et bien l’objectivité qui essaye de prévaloir. La critique comporte trois grandes parties : l’analyse du film par références bibliographique (à d’autres réalisateur ou au cinéaste même), l’évocation de la construction du film où le critique élucide l’histoire du film et la volonté filmique du cinéaste, et enfin, l’appréciation du critique (même si on pouvait auparavant deviner où se situerait son avis). La critique est donc surtout technique, référentiel, attachée au sens profond que dégage le film, et cherche à dégager plutôt les points positifs que les négatifs.

    La moitié des critiques étudiées dans Les Cahiers du Cinéma sont assez positives, ce qui désavoue leur réputation de sévérité, d’autant plus que certains films, jugés négativement par l’ensemble de la critique, sont évoqués parfois positivement, Les Cahiers ne semble pas se fier aux autres critiques.

    Comme dans les autres journaux les films jugés négativement n’occuperont qu’une petite place dans la revue, une classification d’appréciation est donc facilement lisible. Seule différence avec les autres journaux : si un film d’un grand réalisateur est jugé mauvais, ils ne lui accorderont pas une plus grande place qu’aux autres ( comme le film de Peter GREENAWAY, The Pillow Book par exemple).

    Dans cette revue spécialisée, aussi importante que Les Cahiers du Cinéma mais moins connue du grand public, une vingtaine de journalistes se partagent la rubrique critique. Le fonctionnement de Positif est similaire à celui des Cahiers : dossier sur des réalisateurs et critique de films actuels. Le nombre de films jugés est plus important que dans l’autre revue et la part consacrée à la critique pure est plus grande. 

    Nous avons voulu relever la note de l’éditorial du mois de décembre puisqu’elle concerne directement notre sujet : " Devant tant de jugements à priori, où la manie du classement le dispute au moralisme réducteur, il est peut-être bon de rappeler que la meilleure manière d’évaluer un film est tout simplement de le regarder, d’en apprécier le sens de l’espace et de la construction, la texture visuelle et le jeu des comédiens, le rythme interne et la richesse du discours. Autrement dit, préférer la réalité de l’œuvre à l’idée qu’on s’en fait. ". Positif tente ainsi de rappeler que le critique doit le plus possible laisser de côté ses préjugés sur un cinéaste et les pressions qui ont pu intervenir dans la promotion du film. Cette note a été faite en rapport avec les critiques faites sur le film Portrait de Femme de Jane CAMPION, qui n’ont selon eux pas été objectives.

    Comme dans les Cahiers l’avis du critique a une part assez faible dans l’article, préférant laisser une place plus large à l’explication du film : de son histoire, de la vision du cinéaste...Le critique semble ici aussi vouloir être le plus objectif possible, son avis ne sera jamais excessivement positif ou négatif, à tel point qu’il est parfois difficile

    de savoir si le critique a aimé ou pas le film. On sent que le critique s’adresse à un lectorat spécialisé, car il ne se gênera pas d ’illustrer sa critique de références techniques ou bibliographiques.

    Notons toutefois que le critique semble soucieux de la réception du spectateur puisqu’il notera dans plusieurs critiques si le film est difficile d’accès.

    (1) Positif, numéro 430, décembre 1996, p.1.

    Nous avons classé cette revue dans les revues spécialisées, car même si elle n’est pas consacrée entièrement au cinéma, il y tient malgré tout une place importante et essentielle ( beaucoup de lecteurs achètent cette revue pour ses critiques de films que ce soient celles du cinéma ou de la télévision).

    Une douzaine de critiques se partagent les critiques de cinéma. Tous les films sortis sont jugés, c’est donc un hebdomadaire très complet, même si comme pour les autres journaux ou revues les critiques négatives sont très succinctes.

    Ce sont des critiques qui se lisent facilement, le ton général est léger et parfois humoristique. Les critiques semblent en fait vouloir s’adresser aux spectateurs spécialisés et non spécialisés, car par leur style les critiques donnent l’impression de ne pas se prendre au sérieux et permettent au lecteur de voir rapidement leur appréciation ( par un bonhomme nommé Ulysse). En même temps la critique est réfléchie et proche des analyses des revues spécialisées. En fait le lectorat visé semble être des passionnés de films plutôt que de cinéma au sens large du terme.

    L’opinion du critique, malgré l’Ulysse, n’est pas très développée, celui-ci préférant s’attarder sur le côté descriptif et interprétatif du film.

    Là encore la critique semble être satisfaite du cinéma puisque plus de la moitié des films sont jugés plutôt positivement. Dans les critiques négatives c’est l’avis du critique qui prend le pas sur l’interprétation du film comme dans les autres journaux. Toutefois un film d’un réalisateur réputé mais jugé mauvais aura droit à un article assez important (comme dans Positif d’ailleurs). Parfois un film pourra obtenir deux avis différents de critiques qui s’expliqueront (nous étudierons un cas plus loin, car le principe nous intéresse).

    Ce sont des articles qui semblent avoir été faits pour être lus après le film puisque le critique n’a très souvent aucun scrupule à raconter des éléments déterminants de l’histoire d’un film, cassant ainsi le sentiment de surprise du spectateur.

    Cette revue est peut-être le meilleur exemple de revue intermédiaire entre la spécialiste et la non spécialiste. D’ailleurs c’est aussi l’avis de Pierre MURAT, critique chez Télérama : " Je le dis souvent : pour moi, Télérama c’est Les Cahiers ou Positif, mais écrit dans une langue qui permet de toucher six cent mille lecteurs. Donc : le plus complet possible, mais en privilégiant la petite surprise par rapport au monument qui sort dans six cent salles. " (1)

    (1) Pierre MURAT cité dans La critique de cinéma en France de Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsey, 1997, p.119.

    C’est la volonté objective du critique qui est la plus frappante dans ces revues spécialisées, les sensations du critique ne semblent plus être importantes, ce qui peut paraître décevant car le caractère créatif de la critique en est réduit ( si la subjectivité est retranscrite intelligemment). A la lecture de toutes ces critiques nous nous rendons compte que l’image du critique que nous avions est faussée : soit il n’est qu’un journaliste interviewer, soit il est trop analyste ; une redéfinition de ce métier semble donc s’imposer.

    La différence entre les revues spécialisées et non spécialisées est visibles même si Le Monde et Libération semblent constituer des exceptions. Mais pour mieux cerner ces différentes critiques que nous avons décrites (et surtout ses éléments subjectifs qui nous intéressent particulièrement), nous nous sommes appuyés sur la critique de dix films précis des mois étudiés et avons relevé certains éléments:

     

    1.  
    2. Y aura t-il de la neige à Noël de Sandrine VEYSSET

    Ce film remporte l’accord de toutes les critiques étudiées puisque tous s’accordent à le qualifier de très bon film, voir de chef-d’œuvre. Nous avons donc tenté de cerner pourquoi la critique était si positive à son sujet.

     

    (1) Pour toutes les citations de cette partie voir annexe.

    vulgaire. L’appréciation du jeu de l’actrice est simplement justifiée par le fait qu’il est " sensationnel ". Le critique nous livre donc une analyse réfléchie du film (intéressante à lire après avoir vu le film), même si son style peut surprendre, qui laisse ainsi supposer au spectateur qu’il ait apprécier ce film.

    Par ces critiques positives, nous saisissons déjà la différence d’analyse entre les journaux spécialisés et non spécialisés. L’appréciation du critique est donnée soit par des phrases très vagues " c’était très bien ", soit par le fait que le critique puisse donner sens au film et que donc le film lui suggère une interprétation. Toutefois les éléments positifs retenus pour ce film sont l’originalité et la difficulté du scénario, la poésie que le film dégage, la véracité des personnages et la bonne interprétation des comédiens... le reste se situant au niveau de l’aspect suggestif du film. Les critiques ne sont pas gourmands de références techniques (peut-être voient-ils le film une seule fois) et tentent donc de s’adresser à tout public. Les critiques malgré l’appréciation du film n’étaient passionnées. La plupart des critiques sont intéressante à lire après avoir vu le film sauf dans les journaux spécialisés qui restent vagues dans leur analyse.

     

    1. Portrait de femme de Jane CAMPION

    Pour deuxième étude nous avons choisi un film d’une réalisatrice renommée (contrairement au premier film) qui a récolté des critiques à la fois positives et négatives.

     

    Le plus intéressant dans l’analyse de ces critiques est le fait que des arguments négatifs pour les uns sont des atouts positifs pour les autres. Une question se pose alors puisque Positif crie au chef d’œuvre, Libé et certains autres au navet ? Est-ce Télérama qui modère les deux avis qui est plus proche de la vérité ? La seule réponse que nous pouvons donner est que ce film ne laisse pas insensible que ce soit d’un côté ou de l’autre, de ce fait ce film produit quelque chose ce qui est déjà positif. De plus l’analyse objective est la même : le non point de vue..., c’est seulement la réception de ces éléments objectifs qui diffère ce qui rend les critiques crédibles D’autre part on peut se demander si la critique n’a pas jugé trop sévèrement ce film du fait de la carrière imminente de la cinéaste. Par ailleurs tous les journaux (excepté Les Cahiers) lui ont consacré un grand article et même si nous sommes pour l’explication détaillée des critiques négatives, pourquoi s’acharner sur ce film sûrement moins " dangereux " que d’autres films à l’affiche ? Autre point intéressant à relever, la critique se faisait le plus souvent en fonction de l’adaptation du roman, ce qui nous fait noter que les critiques doivent avoir une connaissance littéraire importante. Cette analyse nous a surtout permis de mieux comprendre la part subjective de la critique.

     

    3) Jude de Michael WINTERBOTTOM

    Pour approfondir cette étude des critiques divisées, nous avons choisi ce film qui cette fois-ci remporte davantage d’avis positifs que négatifs et qui est également une adaptation littéraire.

     

    Comme pour le film précédent on peut noter que la critique peut être divisée positivement ou négativement sur les mêmes points : la lumière qualifiée de sombre par tous est magnifique pour les uns (Positif et Télérama) ou à la mode pour d’autres (Libération), le classicisme est perçu positivement (Le Monde) ou négativement (Libération)... Pour convaincre les critiques utilisent les mêmes arguments parce qu’ils s’appuient sur les éléments les plus frappants. Toutefois des éléments contradictoires sont cette fois-ci apparus : certains trouvent l’adaptation moderne : Positif et Télérama, d’autres trop classique : Libération, Les Cahiers, de même pour le dosage du pathétique, le décoratif trop poussé ou non... La critique peut donc diverger sur des points apparemment objectifs, ce qui nous fait dire que le subjectif du critique vient parfois entraver son analyse objective, ce qui n’est pas très positif car cela rend la critique moins crédible. Par ailleurs lorsqu’on compare la critique de Positif et de Télérama, toutes deux élogieuses, on s’aperçoit que les critiques diffèrent quant à l’interprétation du sens, ce qui vérifie le côté très subjectif de la critique mais cette fois-ci justifiable, étant donné que le critique interprète les éléments selon sa personnalité et est davantage sensible à une chose qu’à une autre. Autre remarque : le critique juge le film en fonction de la carrière du cinéaste, ce qui est normal, mais peut-être que parfois le critique devrait laisser davantage de côté ses attentes et préjugés sur le cinéaste : le critique de Libération était déçu de ne pas voir un film aussi marginal que le film précédent de WINTERBOTTOM. Cette analyse mettant en évidence la très grande part de subjectivité dans la critique (ceci étant d’ailleurs compréhensible car le critique va vers la facilité) nous amène à penser que le métier de critique aurait besoin d’une redéfinition car la perte de crédibilité de la critique actuelle et son désintérêt publique devient compréhensible.

    1.  
    2. Oui de Alexandre JARDIN

    Pour continuer notre exploration de la critique, nous avons à présent choisi un film que la critique juge unanimement mauvais, les articles consacrés à ce film seront tous très courts.

     

    Ce film est donc selon tous les critiques mauvais. Toutefois les arguments de ceux-ci sont très courts voir même absents et il est donc très difficile de comprendre leur mécontentement. Le silence de certains critiques est compréhensible pour les revues spécialisées dont leur rôle d’informateur est pauvre. Mais les critiques de ce film nous amènent à rappeler qu’une critique détaillée d’un tel film aurait été également instructive pour le lecteur, même s’il est difficile de faire une bonne critique d’un très mauvais film, le critique étant difficilement inspiré. Une telle critique devrait alors s’attacher davantage à des éléments techniques : explication de la pauvreté du dialogue et de la mise en scène, étant donné que la part interprétative du film serait nulle. Ceci nous amène à nous demander si la longueur des articles négatifs consacrés à Portrait de Femme, malgré la renommée de la cinéaste n’étaient pas aussi dus à une richesse plus grande du film, et c’est peut-être pour cela que la critique était divergente alors qu’ici elle est négative dans l’appréciation de tous les critiques.

     

    5) Bernie d’Albert DUPONTEL

    Etant donné les critiques très courtes qui ont été faites sur Oui d’Alexandre JARDIN, nous avons choisi d’analyser à nouveau un film qui a suscité des critiques pratiquement toutes négatives.

     

    Les critiques dans l’ensemble négatives sont cette fois-ci plus argumentées : le message inintéressant voir même dangereux du film, la mauvaise interprétation de l’acteur principal, la lassitude des procédés comiques, l’absence de subtilité d’un scénario trop pauvre. Les critiques semblent cette fois-ci en accord dans leur désapprobation, puisque ce sont souvent les mêmes arguments qui sont relevés. C’est surtout le fond du film qui a été critiqué, d’ailleurs les aspects positifs qui ont été retenus par certains portaient sue l’aspect technique du film donc la forme, ce qui prouve que certains critiques ont cette fois-ci tenté d’être objectifs malgré leur désapprobation du film. La critique semblait donc davantage intéressé par ce film que Oui d’Alexandre JARDIN puisque aucun ne l’a passé sous silence et que la critique était plus démonstrative bien que négative. Notons que lorsque les critiques sont négatives, la différence entre la critique des journaux spécialisés et non spécialisés est difficile à cerner même si les critiques spécialisés sont plus référentielles.

     

    1.  
    2. La Robe et l’effet qu’elle produit sur les femmes qui la portent et les hommes qui la regardent d’Alex VAN WARMERDAM

    Nous étudions à présent les critiques d’un film qui récolte une critique à l’ensemble plutôt positif et des articles de taille moyenne.

    Les articles positifs des revues spécialisées étaient moins interprétatifs que pour les autres films jugés également positivement, peut-être que ce film était moins suggestif et de ce fait la critique un peu moins élogieuse. Pour ce film la frontière entre la presse non-spécialisée et spécialisée est visible, les non-spécialisés jouent surtout sur l’information, les autres sur l’analyse et les références. Les arguments positifs se retrouvent dans les différents articles, ce qui revalorise l’objectivité de la critique.

     

    1.  
    2. Love etc de Marion VERNOUX

    Afin de mieux percevoir les critiques qui jugent un film bon mais pas très bon (comme le précédent), nous nous sommes intéressés à ce film représentatif.

     

    Les critiques ont donc presque tous trouvé des points positifs et négatifs à ce film. Les aspects positifs se regroupent souvent dans les différents articles : l’interprétation des comédiens et le " savoir-faire " de la cinéaste. Toutefois certains éléments ont été contradictoires, au niveau des dialogues par exemple, et les points négatifs différent parfois même si l’esthétique " à la mode " de la cinéaste a souvent été relevée. Ces critiques sont intéressantes car elles démontrent que pour un film moyen les critiques sont plutôt en accord et davantage objectives, alors que pour des films où la critique peut se passionner que ce soit dans un sens ou l’autre (Portrait de femme de Jane CAMPION par exemple), la subjectivité prend davantage le dessus. A la lecture de ces articles on note à nouveau le différence entre revue spécialisée et non spécialisée, en notant que Le Monde et Libération font une critique plus approfondie que Le Nouvel Observateur et L’Express.

     

    1.  
    2. L’île du Dr Moreau de John FRANKENHEIMER

    Pour continuer notre analyse, nous avons souhaité choisir un film aux critiques souvent très négatives.

     

    Après l’étude de ces critiques, l’article des Cahiers du Cinéma est surprenant. Ils sont les seuls à défendre ce film jugé mauvais, voir très mauvais par les autres. La sévérité des Cahiers semble donc un leurre, Bernie jugé assez négativement par l’ensemble avait dans Les Cahiers également eu droit à beaucoup de points positifs, Les Cahiers semblent donc être assez indulgents. Par ailleurs la critique négative est une fois de plus peu explicative, le critique se contentant de relever certains éléments afin que son jugement semble justifié.

     

    9) Brigands (chap VIII) de Otar IOSSELIANI

    Nous avons à présent choisi un film d’un réalisateur réputé, où la critique est dans l’ensemble très positive afin de revenir aux arguments positifs de la critique cinématographique actuelle.

     

    Les critiques se réfèrent souvent encore au dossier de presse du film. Les critiques positives se sont cette fois-ci surtout intéressées au sens que dégage le film et à la façon dont le cinéaste met son histoire en scène, ce sont ces deux aspects qui devaient être le plus frappants et réussis dans ce film, c’est donc l’analyse qui prend le dessus comme dans les critiques positives précédentes (Y aura t-il de la neige à Noël par exemple). Les critiques de ce film permettent au spectateur de mieux comprendre ce film apparemment difficile, le critique peut également avoir ce rôle là même si la difficulté du film n’est pas forcément un aspect positif pour ce dernier.

     

    1. Nos funérailles d’Abel FERRARA

    Pour finir notre analyse, nous avons choisi un film qui fait l’unanimité des critiques.

     

    Les critiques toutes positives se rejoignent donc sur les éléments importants, même si chaque critique y ajoute son interprétation propre ce qui ne fait que prouver la richesse du film. Pour finir notre étude, ces critiques sont donc rassurantes du fait de leur richesses et nous confirment l’appartenance à une autre critique du Nouvel Observateur et de L’Express, plus informative que analyste ou interprétative.

     

     

    EXEMPLE DE POUR ET CONTRE DE TELERAMA

     

    1. A la radio et à la télévision :

    Pour avoir un panorama plus élargi, nous nous sommes également intéressés à la critique radiophonique et télévisuelle. Pour la radio nous avons choisi deux émissions : Le Masque et la plume sur France Inter et Panorama sur France Culture. Quant à la télévision, le choix précis d’une émission a été impossible étant donné l’absence de critique à la télévision actuellement.

    1.  
    2. La critique radiophonique :

    Cette forme de critique nous intéressait car c’est un lieu où les critiques expliquent leur point de vue parfois différent, il y a donc débat, la subjectivité de la critique apparaît au grand jour.

    Nous avons décidé de classer dans un tableau les arguments positifs et négatifs des films cités dans ces six émissions afin de mieux visualiser les explications critiques faite sur un bon film ou mauvais film. Nous ne nous intéressons pas ici à l’analyse mais à la justification de l’appréciation du critique :

    Arguments positifs

    Arguments négatifs

    •  
    • référence à un " grand film "
    •  
    • film qui dégage un sens une philosophie
    •  
    • bonne construction du film
    •  
    • film inventif
    •  
    • film original
    •  
    • film subtil
    •  
    • film complexe
    •  
    • film malaisant
    •  
    • film pathétique
    •  
    • film triste
    •  
    • film amusant
    •  
    • film agréable
    •  
    • film sensuel
    •  
    • film moderne
    •  
    • bonne interprétation
    •  
    • bon rythme
    •  
    • non didactique
    •  
    • non manichéisme
    •  
    • lisibilité
    •  
    • énergie
    •  
    • tension
    •  
    • rapidité de la mise en scène
    •  
    • identification des personnages
    •  
    • charme anecdotique
    •  
    • musique formidable
    •  
    • manque de personnalité
    •  
    • film superficiel
    •  
    • manque de rythme
    •  
    • manque de sensualité
    •  
    • manque de profondeur
    •  
    • manque de surprise
    •  
    • manque de style
    •  
    • manque de finesse
    •  
    • manque de non-dit
    •  
    • longueur
    •  
    • absence d’enjeux
    •  
    • mauvais acteurs
    •  
    • laideur de la photo
    •  
    • maladresse
    •  
    • film ennuyeux
    •  
    • film académique
    •  
    • film conservateur
    •  
    • film naïf
    •  
    • film prétentieux
    •  
    • film à bons sentiments
    •  
    • film répétitif
    •  
    • trop de scénario et pas assez de mise en scène
    •  
    • mise en scène conformiste
    •  
    • stéréotypes, clichés
    •  
    • simplification
    •  
    • film classique
    •  
    • manque de sens de la caméra

    Les arguments retracés sont donc à la fois objectifs et subjectives, s’attachent à la forme et au fond du film. Bien sûr ces arguments ne sont pas explicatifs, ils justifient simplement l’avis du critique. Dans une analyse détaillée de revue spécialisée le critique expliquera pourquoi le film est répétitif ou pourquoi il est moderne.

     

    Arguments positifs

    Arguments négatifs

    •  
    • progression remarquable
    •  
    • film suggestif
    •  
    • caméra invisible
    •  
    • beaucoup de non-dit
    •  
    • bon rythme
    •  
    • bon scénario
    •  
    • bon dialogue
    •  
    • humour grinçant
    •  
    • aucun plan inutile
    •  
    • technique maîtrisée
    •  
    • aucune progression dramatique
    •  
    • rythme trop lent
    •  
    • mauvaise adaptation
    •  
    • manque d’inspiration
    •  
    • invraisemblance
    •  
    • montage raté
    •  
    • style trop hésitant
    •  
    • plans trop longs
    •  
    • dramaturgie figée
    •  
    • histoire non crédible
    •  
    • film décoratif
    •  
    • mauvais maquillage
    •  
    • scènes prévisibles

     

    Les arguments sont donc très attachés à la forme technique du film. La partie sensible du film n’est pratiquement pas jugée, la critique semble vouloir être, plus analyste.2) La critique télévisuelle :

    La critique télévisuelle est pratiquement absente même si les émissions consacrées au cinéma, elles, ne manquent pas. Ces émissions : Le Journal du Cinéma sur Canal +, Le cercle de Minuit sur F2, Kinorama sur Arte etc, sont consacrées à l’actualité cinématographique mais sont uniquement constituées d’extraits de films ou d’interviews. La seule émission à notre connaissance faisant un peu de critique à la télévision est Cinéma Etoiles sur F3, ceci étant relatif puisqu’un critique s’exprime pendant trois minutes sur un film au cours de l’émission et la présentatrice donne une simple appréciation courte en présentant l’extrait de film : " mauvais film américain. Une intrigue aussi fine que la porte de ma grand-mère. " (1). Ce qui est étonnant c’est l’avis défavorable que peuvent donner le critique (venant du magazine Studio ou du figaro) et l’animatrice. La critique, peu détaillée sert à avertir le spectateur sur la qualité ou non du film.

    FIN

     

    (Fred SCHEPISI et Robert YOUNG1) Emission Cinéma Etoiles du 17 février 1997

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