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-L e -c r i t i q u e -d e -c i n é m a-
PLAN
I) REFLEXIONS SUR LA CRITIQUE
A) Le critique, un spectateur comme les autres ?
B) Le rôle de la critique
D) Linfluence de la critique
2) ETUDE CONCRETE DE LA CRITIQUE ACTUELLE
C) Comparatif des mêmes journaux dans des années plus anciennes
Le cinéma est lart le plus populaire du vingtième siècle. Alors que le public semble se désintéresser de plus en plus des autres arts, jugés souvent trop difficiles daccès, limage du cinéma reste, elle, assez positive. Toutefois cest aussi un des arts les plus difficiles à cerner étant donné quil comporte un nombre très élevé doeuvres non artistiques qui possèdent également le titre de films cinématographiques, comme les grandes productions faites davantage à la visée de recettes que par souci artistique. Bien sûr ce phénomène est présent dans tous les arts mais il semble plus important au cinéma excepté peut-être en musique. De ce fait la critique cinématographique demeure essentielle afin que le cinéma ne devienne pas une simple production commerciale. Cest cet amour du cinéma qui nous a fait nous intéresser à la situation de la critique actuelle.
Pour cette étude de la critique nous avons réfléchi sur son rôle et sa situation puis nous avons analysé concrètement la critique journalistique qui est depuis tous temps la plus répandue. Pour que notre étude soit la plus convaincante possible même si elle demeure incomplète, nous avons sélectionné des journaux très éclectiques, passant des quotidiens aux hebdomadaires ou des revues non spécialisées aux revues spécialisées. Nous nous sommes fixés une période de deux mois : décembre 1996 et janvier 1997 dans le but de pouvoir analyser des critiques de films communs. Aussi nous navons pas tenté de faire une étude exclusive mais plutôt de rapporter un certain état de la critique dans les journaux qui sont connus pour être les plus influents. Notons que nous nous intéressons à la critique des films actuels et non à la critique plus analytique des films anciens présente dans les mensuels. Pour ouvrir notre champs détude nous évoquerons la critique télévisuelle et radiophonique et la critique plus ancienne afin de percevoir son évolution.
Les gens qui vont voir un film suivant lavis dun critique sont en grande minorité. La décadence de la critique est connue mais la critique demeure et la France est un des seuls pays où elle survit, dans les autres pays elle se confond avec la publicité ou est inexistante. Cest pourquoi il ma paru important de la redéfinir afin quelle ne subisse pas le même sort quailleurs. A ce propos citons Michel CIMENT et Jacques ZIMMER : " Les premiers temps furent essentiellement marqués dans la presse par des informations ou des annonces publicitaires qui nont rien de commun avec une analyse proprement dite. Néanmoins, de tous les arts, le cinéma est le seul qui ait vu son développement continûment commenté et donné lieu à des débats souvent houleux et passionnés. Aucun pays sans doute na connu une activité critique aussi intense ni vu naître autant de revues de cinéma que la France. " (1)
(1) Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, La critique de cinéma en France, Editions Ramsay,1997, p.7.REFLEXIONS SUR LA CRITIQUE
A) Le critique, un spectateur comme les autres ?
Le critique écrit son article en fonction de son vécu de spectateur. Il est donc intéressant de réfléchir sur ce qui le différencie des autres spectateurs. En fait sa similarité avec le public est énorme étant donné la part de subjectivité qui entre en compte chez un critique. Des critères subjectifs entrent obligatoirement en jeu : létat desprit du moment, les préjugés sur le réalisateur ou les acteurs, lâge, le sexe, les opinions personnelles, lattachement filmique (films daventures, films de sciences fictions...) etc ; la liste est longue. Un autre paramètre également subjectif mais différent de ceux des autres spectateurs peut exister : le journal et donc le lectorat pour lequel il écrit son article. Serge KAGANSKI, critique aux Inrockuptibles déclare par exemple : " Aux Inrock, on na pas de doctrine établie mais quelques principes généraux dont le plus important est la priorité donnée à la forme. La qualité de la mise en scène passe toujours avant le fond, avant le sujet du film lui-même, quel que soit par ailleurs lintérêt de celui-ci. " (1). Sa critique se fera donc en fonction de tous ces éléments là même si le critique essayera de minimaliser sa part subjective.
Le caractère objectif de la critique est toutefois heureusement existant et cest grâce à cela que le critique est sensé être un " spectateur professionnel ". Cest essentiellement grâce à sa culture générale et ses connaissances cinématographiques dun point de vue technique et bibliographique que le critique devient un spectateur à part. Toutefois notons quun dossier de presse du film contenant des informations sur un film et son réalisateur facilite le travail du critique. Autre différence avec le simple spectateur, le critique doit avoir un bon style journalistique puisque son métier est surtout basé sur lécrit. Par ailleurs le critique a un regard différent du spectateur amateur car il regarde le film en pensant à larticle quil va écrire sur celui-ci. Il sattache donc davantage aux détails du film, à lesthétique et à la technique de la mise en scène, au jeu des comédiens, au sens ou message du film ...Un processus de distanciation se met donc en place, même si lidentification reste présente. Notons dailleurs que la jouissance du film pourra parfois être entravée par un décorticage trop scientifique, le critique devra donc savoir doser sa réception réfléchie du
film.
Une question se pose lorsquon réfléchie à la correspondance entre le spectateur amateur et professionnel : le critique ne doit-il pas prendre en compte lavis du public ? François TRUFFAUT, alors critique, répond en partie à cette question : " A un certain degré de succès, un film devient un événement sociologique et la question de sa qualité devient réellement secondaire au point quun critique américain a pu écrire avec la logique et lhumour pour lui : " Critiquer Love Story ce serait comme critiquer le glace à la vanille. " " (1). Même si le critique qui nous intéresse sort ses articles bien souvent avant de connaître la portée du film, ne doit-il pas la sentir et en tenir compte ? Si tel était le cas, la critique serait malheureusement bien souvent de bas niveau. Il est vrai que si lengouement du public naît, cest que le cinéaste a su capter quelque chose mais les grandes productions américaines appréciées par un grand nombre de spectateurs sont bien souvent le fait du calcul du producteur et non du talent du cinéaste. Toutefois citons Jacques RIVETTE en tant que critique qui relève un point intéressant à ce sujet : " Dans la mesure où cette efficacité nest pas obtenue par des procédés grossiers, bas et malhonnêtes ( nous savons tous quels sont ces procédés qui font les gens rire ou sortir leur mouchoir), si nous voyons quil ny a pas ces procédés-là sur lécran et quil y a quand même efficacité sur le public, nous avons donc le sentiment de quelque chose qui se vérifie autour de nous et malgré notre jugement propre. " (2). Nest-ce pas aussi le rôle du critique, intermédiaire du cinéaste et du public den tenir compte ? La question reste ouverte. Toutefois on peut regretter que trop souvent encore le critique ne se mélange pas aux autres spectateurs puisquil assiste à des projections privés, alors que le cinéma est un art collectif. Ce phénomène na pas évolué, Jacques RIVETTE mettait pourtant déjà le problème en avant en 1961 lorsquil déclarait : " Je sais quil mest souvent arrivé de modifier mon jugement, en revoyant dans une salle un film que javais vu dabord en projection privée, et non pas seulement par le fait de revoir le film (bien que cela se produise assez fréquemment aussi), mais par le fait que je sentais autour de moi le public réagir dune certaine façon. Il est évident que, si lon voit un film comique tout seul et quon ne rit pas, et quon le revoit dans une salle où le public se marre énormément, le jugement que lon porte sur ce film comique est modifié par le sentiment de son efficacité ? " (3)
(1) François TRUFFAUT, Les films de ma vie, Editions Flammarion, 1975,p.28.
Lavis des critiques est souvent très diversifié, tout comme lopinion des spectateurs. Aussi le lien entre le spectateur amateur et le spécialiste est encore visible, lappréciation dun film par un certain critique représentant un noyau de spectateurs. Le spectateur se souciant donc de la critique (il en reste encore) se fiera donc davantage au critique qui lui correspond le plus souvent pour se décider à aller voir un film. Dautres spectateurs préféreront eux lire une critique après avoir vu le film afin détendre leur compréhension de ce dernier. Rappelons ici que nous parlons uniquement de films dits artistiques, et il est évident que les spectateurs des autres films sintéressent malheureusement beaucoup moins à la critique qui dans lensemble est bien souvent négative sur ces films ou même inexistante. Mais on peut penser que les spectateurs intéressés des films artistiques sintéressent eux à la critique cinématographique.
B) Le rôle de la critique
Actuellement la critique ne semble plus avoir une influence sur la carrière des films sauf lorsqu elle est unanime pour un film inconnu. Mais son rôle est à présent plus du côté de la réflexion, de la trace écrite des films. Même si on a vu que certains spectateurs seraient potentiellement encore influençables par elle, cest la lecture après film qui semble actuellement prévaloir. Le rôle premier dun critique est donc de comprendre et danalyser luvre filmique et cest pour cela que les critiques des mauvais films sont si succinctes ( toutefois une explication dun mauvais film pourrait être très instructive pour le lecteur qui comprendrait mieux le rôle de lart) Réfléchir sur une uvre dart est aussi essentiel que luvre elle-même, les deux sont indissociables et il est donc important que des personnes soient qualifiés pour le faire. On pourrait pousser plus loin en disant que les bonnes critiques sont aussi indispensables que les cinéastes talentueux. Citons pour illustrer notre propos Jean DOUCHET : " Une uvre dart se meurt, tant que ne se déclenche pas, par son intermédiaire, un contact entre deux sensibilités, celle de lartiste qui a conçu luvre et celle de lamateur qui lapprécie. " (1)
Certes, le public réfléchie, mais le critique est là pour pousser plus loin la réflexion du spectateur. Même si dans la pratique ce nest pas toujours le cas, cest à cet idéal que la critique doit aspirer pour devenir elle aussi créatrice. Une question quant au rôle de la critique peut alors se poser : la critique est-elle là pour donner le sens du film que le spectateur na pas su voir ? Si cest le cas il y a un manque dans luvre car la réception na pas été positive. Toutefois le spectateur peut apprécier un film parce quil en a capté inconsciemment le sens, et le rôle de la critique serait alors plutôt de lui rendre conscient ce sens si il le souhaite.
En réalité la critique se limite bien souvent à de la paraphrase et donne un simple avis subjectif. La critique se balance entre ces deux sortes de critiques extrêmes, privilégiant la première (lanalyse et la réflexion) dans les revues spécialisés et la deuxième dans les autres. Lanalyse est plus approfondie dans les revues spécialisés ( excepté les revues comme Première ou Studio qui sintéressent davantage aux stars) du fait du public visé qui est autre, de la place des articles plus importante, et, du temps plus long ( les quotidiens ou les hebdomadaires doivent réagir immédiatement).
Le rôle de la critique diffère donc selon les journaux, dailleurs les revues
spécialisées ne sattachent pas uniquement à lanalyse des films actuels.
(1) Jean DOUCHET cité dans La critique de cinéma en France, Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay,1997, p.148.
Au niveau de lanalyse un problème peut apparaître par rapport au visionnement du film. Il est évident que le critique serait plus objectif si il pouvait, comme cela se fait pour une analyse approfondie dun film, voir le film plusieurs fois mais aussi décortiquer limage en sy arrêtant. Mais est-ce son rôle ? Non, car la part subjective serait alors effacée et là nest pas le but du critique qui doit rester avant tout un spectateur professionnel et non un analyste. Le critique ne doit-il pas être davantage artiste que technicien ? Une uvre dart est de lordre du sensible et non du scientifique, par conséquent la critique doit elle aussi lêtre. Le travail de lanalyste et du critique est donc différent même si la critique comprend une part danalyse première et si certains critiques visionnent le film plusieurs fois.
Le rôle de la critique cinématographique nest donc pas de donner une science exacte et cest pour cela quelle peut comporter des avis ou même une analyse différente et est parfois contradictoire. Jean DOUCHET dit dailleurs : " Lon aime ou lon naime pas un bon livre. Il ne se trouvera pourtant pas deux critiques sérieux pour porter, sur ce livre, des jugements diamétralement opposés. Cest à dire que la critique littéraire commence par un dénominateur commun. Au cinéma, il en va autrement. Les meilleurs parmi les critiques sopposent dans leurs verdicts : lun porte aux nues, lautre voue aux gémonies. " (1)
Aux rôles danalyste et de conseiller, il ne faut pas omettre celui dinformateur. La critique qui nous intéresse ici a comme objectif premier dinformer les gens sur les films qui sortent et donc de transmettre un résumé de lhistoire. Son rôle peut donc paraître parfois paradoxale puisque bien souvent la critique comprend des renseignements " davant film " et " daprès film ", même si " lavant film " est plus important dans les quotidiens et les hebdomadaires et " laprès film " dans les revues spécialisées.
(1) Jean DOUCHET cité dans La critique de cinéma en France, Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay,1997, p.148.
C) Le métier de critique
Il nexiste pas de formation spécifique au métier de critique. Il ny a pas " décole ". Ce phénomène comporte des avantages (plus de liberté) et des inconvénients (nimporte qui peut se prétendre critique de cinéma). Ce manque de formation explique aussi le nombre de critiques incompétents. A lorigine le critique de cinéma venait du milieu théâtral, alors que ces deux arts sont totalement différents dans leur fonctionnement. Puis les critiques ont bien souvent été de futurs cinéastes : TRUFFAUT, RIVETTE, ROHMER...ou plus actuellement Alain BERGALA et Olivier ASSAYAS. Ceci vient sûrement du fait quà force de censé savoir ce qui est bon, lenvie vient dessayer de le montrer. Parfois cela fonctionne, dautres fois non car ce sont deux métiers différents qui demandent des qualités différentes. Ceci montre à quel point le métier de critique est instable.
Il ny a pas de grille, de recette pour la part analyste de la critique. Chacun décortique le film à sa manière en sattachant davantage aux éléments auquel il est sensible : la beauté des images, la philosophie du film... et tente une interprétation quil suggère aux spectateurs. La critique est un art de lécriture et le style du critique a donc une importance énorme sur sa façon de transcrire la perception du film quil a. Le critique se doit aussi de maîtriser toutes les tendances cinématographiques et les autres films du cinéaste afin de pouvoir juger du film en fonction ; et de ce fait denrichir sa critique. Aussi le critique est censé connaître parfaitement le fonctionnement de lart cinématographique alors quil ne la, sauf exception, jamais pratiqué.
Les critères des critiques peuvent être multiples : suivant sa valeur artistique, sociologique, historique...Le critère dun film parfait, donc dun chef-duvre, pourrait être léquilibre de tous les éléments : scénario, dialogue, technique, comédiens... ou la technique (fondu enchaîné...) qui est rendue signifiante par le cinéaste, qui donne sens. Mais les appréciations des critiques sont souvent vagues : un acteur est bon parce quil est le personnage, " le film est de toute beauté "...,et donc inutiles puisque le rôle de la critique (du moins dans les mensuels) est de fournir une explication aux lecteurs, par exemple lui dire justement pourquoi tel acteur était le personnage. Le critique peut également juger un film en fonction de son contexte financier : il sera plus indulgent avec un film fait avec peu de moyens financiers. Mais nous étudierons plus en détail ces critères dans notre analyse concrète de la deuxième partie.
Peut-il y avoir des critiques qui ont tort et dautres qui ont raison ? Le seul test possible est celui de la pérennité de luvre ou du manque de connaissances de bases du critique. Les critiques sont donc libres tant que leur argumentation est cohérente. Lévaluation dune uvre est un problème commun à tous les arts. Et, comme pour les autres arts pour quil y est art au cinéma il faut que la visée de luvre aille au delà du divertissement de deux heures, le spectateur doit pouvoir être grandi par luvre. Ceci aussi peut constituer un critère dévaluation pour le critique, bien que ce dernier puisse ne pas toujours être conscient de lapport dune uvre.
Le métier de critique cinématographique se pratique le plus souvent dans des journaux ou des revues. Les critiques rattachés à un même journal se partagent alors le travail et se concertent parfois. Les critiques peuvent aussi être présents à la télévision ou à la radio mais ils seront avant tout critique journalistique.
D) Linfluence de la critique
La critique peut avoir une influence sur les spectateurs ou les cinéastes. Toutefois, cette influence est relative dans les deux cas. En ce qui concerne les spectateurs, dès 1975 TRUFFAUT disait : " Lenvie que les gens ont de voir un film ou de ne pas le voir, appelons cela sa valeur attractive, est plus forte que le pouvoir dincitation de la critique. " (1). Et, cette remarque et de plus en plus vérifiée actuellement même si la critique peut encore toucher un noyau de spectateurs avertis. Toutefois, la critique peut avoir une influence sur la carrière de certains films mais aussi sur leur longévité.
Les professionnels sont très sensibles à la critique, comme si selon eux son influence préexistait. Mais elle peut aussi influer le travail de certains cinéastes, dans la mesure où ils tireront profit de ce que les critiques ont trouvé de mauvais dans leur film précédent. Bien sûr cet état de fait est davantage du domaine de la critique idyllique ; dautant plus que les cinéastes ont plutôt tendance à dénigrer la critique, ce qui est dailleurs un sentiment humain compréhensible.
Un des rôles de la critique est donc de donner un jugement sur un film : dire si il est bon ou mauvais, le critique ressemble alors à un professeur qui met une note à son élève. Cest donc un rôle assez prétentieux et difficile ,et, de ce fait on peut aussi se réjouir du manque dinfluence de la critique sur les spectateurs surtout lorsquon connaît le manque de formation et donc de crédibilité chez certains critiques. Toutefois si la critique avait le pouvoir déduquer les spectateurs au cinéma artistique, nous serions alors heureux de son influence. Citons pour conclure Alain RIOUX qui relève un point intéressant : " Je ne suis pas sûr que le public se précipite aussi nombreux quil devrait et voici pourquoi : cest parce que avant même de faire une autocritique nous avons nous tendance, lorsque nous aimons un film, à ne pas tout à fait donner les arguments qui feront que les gens les aimeront. ". (2) Cette citation nous fait relever que actuellement les gens semblent davantage se fier au classement des films (nombre dentrée plus élevé) quà la critique, ce qui est dangereux pour les petits films dauteur. Il serait donc important que la critique reprenne sa place, les gens faisant plus confiance à des spectateurs novices.
(1) François TRUFFAUT, Les films de ma vie, Editions Flammarion, 1975, p.28.
ETUDE CONCRETE DE LA CRITIQUE ACTUELLE
Nous avons choisi sept journaux différents pour exercer notre étude. Nous différencierons la critique présente dans les revues spécialisés et non spécialisées comme nous avons vu que son but différait. Les journaux non spécialisés retenus comportant deux quotidiens de renommée importante puisquil sagit du Monde et de Libération et deux hebdomadaires à tendance politique divergente (sadressant donc à un lectorat différent) : Le Nouvel Observateur et Lexpress. Pour les revues spécialisées nous avons choisi les deux mensuels les plus réputés : Les Cahiers du Cinéma et Positif et un hebdomadaire : Télérama. Le choix de ces différents journaux a donc été fait suivant un souci de réputation et déclectisme. Lobligation de choix nous a amené à éliminer des revues comme Première, Elle ou des journaux régionaux même si lanalyse nen aurait été que plus riche.
Comme nous lavons dit initialement nous nous sommes arbitrairement limités à deux mois : décembre 1996 et janvier 1997. Nous avons étudiés toutes les critiques de film qui ont été écrites dans ces journaux pendant ces deux mois, en sattachant ensuite à dix films spécifiques comprenant des films à critique négative et positive.
A) Dans certains journaux spécialisés et non spécialisés
La critique cinématographique occupe une place moyenne (deux pages pour un jour de la semaine). Sur les deux mois étudiés cinq critiques se sont partagés les articles de cinéma. Les films jugés sont assez nombreux : environ quarante pour chaque mois, ce qui correspond à peu près aux sorties du mois. Les critiques sont souvent illustrées par des interviews de réalisateur, mais ce travail du critique ne nous intéresse pas ici.
Les critères des critiques sont souvent difficiles à cerner. Lorsque le critique a beaucoup aimé un film ( Lost Highway de David LYNCH et The Pillow Book de Peter GREENAWAY par exemple) il sattarde davantage à lanalyse descriptive et détaillée du film quà largumentation propre de son jugement. Comme si la réception dun bon film passait dans le domaine de linconscient alors que pour un film quil na pas aimé, le critique cherchera des arguments de vengeance même si parfois sa déception peut parfois venir dun phénomène inconscient.
Les critiques sappuient très peu sur des éléments techniques pour transmettre lesthétique du cinéaste, ceci venant peut-être du fait que le critique ne visionne quune fois le film ou quil veut se mettre au niveau de son lectorat non-spécialisé. La part informative de la critique, cest à dire le résumé de lhistoire et les références à la carrière dun réalisateur ou dun comédien, est toujours largement présente. Toutefois un souci de critique pure est apparent, ce qui est très heureux pour un journal non-spécialisé.
Lappréciation dun film est également montrée par limportance de larticle : grand encadré ou non, aussi une critique négative sera toujours plus succincte et moins explicative même si lavis argumentaire apparaît plus clairement que dans une critique positive. Lanalyse des cinq (hommes !) critiques tend vers un axe commun même si elle diffère par le style. Les critiques sont accessibles dans le sens où elles ne donnent pas limpression au lecteur dêtre inculte : les références bibliographiques et techniques sont infimes et les arguments faciles à cerner.
Les critiques du Monde ne semblent pas être très optimistes sur le cinéma puisque sur quarante critiques seulement seize sont relativement positives.
Les critiques de cinéma de Libération ont la réputation dêtre en opposition à la critique générale. Toutefois ce fait nest pas apparu dans notre étude. Les critiques de Libération sont toutefois particulières du fait du style employé par lensemble des critiques et surtout par Gérard LEFORT : un ton très familier, parfois provocateur ou proche du mépris. Dailleurs, le souci dune argumentation rigoureuse sera souvent remplacée par un écrit humoristique. Ce style peut donc agacer beaucoup de gens, ce qui fait peut-être sa mauvaise réputation auprès de certains professionnels dautant plus que les arguments méprisants ne sont bien souvent pas expliqués. Mais peut-être aussi que grâce à ce style, le lecteur se plaît à lire des articles non conventionnels. Le rôle du critique nest pas pris au sérieux, ce qui peut plaire ou déplaire. Gérard LEFORT tente de sexpliquer à ce propos : " Mais pour en revenir à la méchanceté, ce nest pas à ce niveau que ça se situe. Il y a aussi et surtout une question dhumour. Il y a des films qui mennuient tellement que ma seule échappatoire pendant la projection, cest de commencer à déconner. " (1)
Comme dans Le Monde cinq critiques se partagent les articles, mais le nombre de films critiqués est moins important (33 en décembre et 37 en janvier) surtout que les trois quart des films sont analysés très succinctement, seulement trois à quatre films sont développés par semaine. Par contre ils semblent plus optimistes puisque environ vingt-cinq critiques par mois sont plutôt positives. Notons toutefois que lironie est telle quil est parfois difficile de cerner ce que pense réellement le critique.
Les critiques de cinéma apparaissent le mercredi (jeudi pour Le Monde), jour de sortie des films. Les critiques ont donc visionné le film en avant-première, en projection privée ; ils ne sont donc pas influencés par lavis du public. Les critiques se réfèrent aussi très souvent au dossier de presse. Le réalisateur soulage ainsi le travail du critique puisquil sexplique parfois sur le message de son film.
Pour conclure nous avons choisi de noter un exemple de critique de Libération. Cest Didier PERON qui en est lauteur, critique du film Fantômes contre fantômes de Peter JACKSON : " cest peu dire quon a jamais peur, en dépit du déluge deffets spéciaux. Jackson joue sur plusieurs tableaux (fantastique, comédie, policier etc) et semble avoir pour seul obsession de nous divertir 1) on ne la pas sonné 2) cest tellement lourd et chiant que nos dents de sagesse sont tombés pendant la projo. " (2)
(1) Gérard LEFORT cité dans le journal INEDITS n°7, printemps-été 1997.
(2) Didier PERON dans Libération du 29 janvier 1997, p.32.
b) Les hebdomadaires
Cinq critiques se partagent ici aussi les articles de cinéma mais seulement trois dentre eux soccupent de la critique pure, les autres étant spécialisés dans les interviews de réalisateurs ou dacteurs. Les critiques sont souvent assez tardives, parfois une à deux semaines après la sortie dun film, très succinctes et moins complètes que dans les quotidiens précédents (évocation de trente trois films en décembre et trente quatre en janvier). Il semblerait quil donne préférence aux films quils estiment de qualité puisque les deux tiers des critiques sont plutôt positives.
La critique paraît ici moins exigeante car dans une critique négative le journaliste sefforcera souvent de relever des points positifs au film. Le critique semble donc préférer ici que le spectateur se fasse une opinion par lui-même et donne de ce fait simplement des lignes directrices à son lecteur : chef-duvre, film divertissant mais possédant des erreurs artistiques...Toutefois certains films sont tout de même jugés très négativement.
Les critiques se nourrissent de très peu de références artistiques et les argumentations ne sont pas très détaillées " manque de relief et dinspiration de la mise en scène "(1), lexplication napparaît pas. Mais rappelons que cest un journal non spécialisé et que le rôle des critiques est davantage linformation et lévaluation que lanalyse détaillée. Le critique livre ses sensations sur le film et de ce fait conseille son lecteur. Les adjectifs : formidable, intelligent, original...pullulent et dénonce le caractère très informel de la critique.
Le contenu de la critique se rapproche beaucoup de celle du Nouvel Observateur : analyse pauvre, place importante laissée au résumé de lhistoire et à des citations de metteur en scène données dans des interviews...LExpress se compose aussi de cinq critiques dont deux soccupent exclusivement dinterviews. Un système détoiles permet également au lecteur de voir très rapidement lappréciation du critique. Notons que pour les mois étudiés aucun film na obtenu les trois étoiles évoquant que le critique a passionnément aimé le film. Le critique semble donc ne pas vouloir trop sengager, dailleurs beaucoup de films ont des critiques moyennes.
(1) Pascal MERIGEAU dans Le Nouvel Observateur du 26 décembre 1996, critique de La septième demeure de Maïa MORGENSTERN, p.82
Si la critique relative aux films est minime, les documents et interviews de réalisateurs ou dacteurs sont assez nombreux. Là aussi cest donc la part informative qui est la plus développée, bien que certains films soient passés sous silence.
Nous avons assisté à deux types de critiques alors que tous les journaux étaient non spécialisés. Le Monde et Libération cherchant à faire une critique danalyse et dargumentation même si celle si serait davantage développée dans une revue spécialisée. Suite à lanalyse des deux hebdomadaires, nous nous demandons si il est nécessaire que des critiques travaillent dans ces journaux : nimporte qui est capable de dire si il a aimé ou pas le film sans expliquer pourquoi. Mais une autre question peut se poser : est-ce que ces journalistes sont de véritables critiques et seraient capables de faire une vraie critique de cinéma ? Le titre de critique semble être abusé. Pascal MERIGEAU, critique au Nouvel Observateur est dailleurs lucide sur le travail de sous-critique existant : " Hors presse spécialisée, il ny a plus de critiques, mis à part Libé, Le Monde et Télérama. (...) La presse magazine emboîte le pas à la télévision : cest le refus des spécialistes. Ce quon attend maintenant dun critique, cest quil pense comme la moyenne de son lectorat. Dire du mal dun film à succès, cest humilier le lecteur. Loriginalité, le hors-normes deviennent eux-mêmes une convention, à quoi sajoute le caractère non cinéphile de ceux qui écrivent. Le regard nest plus que superficiel : jamais on a autant parlé de lhistoire du cinéma en ayant aussi peu vu les films. " (1) Pascal MERIGEAU, ancien critique dune revue spécialisée La Revue du Cinéma semble donc inquiet quant à la place quon peut donner actuellement à un critique de cinéma.
(1) Pascal MERIGEAU cité dans La critique de Cinéma en France de Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsay, 1997, p. 119.
La critique des Cahiers du Cinéma est controversée puisquune réputation sest faite autour de cette revue qui aurait certains partis-pris (un film de Jean-Luc GODARD ne pourrait pas être mal jugé...) Toutefois cest une revue de référence où les critiques ont la réputation dêtre sévères et sérieux. Lensemble de la revue nest pas consacré à la critique des films actuels, une large place étant laissé à des réflexions, de la documentation sur dautres films.
La critique ici se veut autre que celle étudiée précédemment puisquelle sadresse à des lecteurs avertis et peut-être parfois à des professionnels du cinéma. Comme pour les autres journaux, nous nous intéressons à lensemble des critiques, et non à un critique en particulier. Nous voulons essayer de cerner lesprit de la critique dans Les Cahiers même si il peut apparaître des différences entre les critiques. Cest cette fois-ci une dizaine de critiques qui se partagent lanalyse des films actuels. Le nombre de films jugés est faible (vingt et un en décembre et vingt-six en janvier), une sélection sopère donc à la base puisque certains films seront passés sous silence.
La critique des Cahiers du Cinéma ressemble à un commentaire de texte sur le film. Lappréciation napparaît que dans le dernier paragraphe de toutes les critiques, comme si ils voulaient réduire la part de subjectivité du critique. Cest donc lanalyse qui y est surtout développée, à la différence des journaux étudiés précédemment, cherchant un sens, une interprétation au film. La critique est rarement passionnée, enflammée, le critique semble vouloir garder la tête froide (le contraire est vrai : pas dexcès dans les critiques négatives), cest bel et bien lobjectivité qui essaye de prévaloir. La critique comporte trois grandes parties : lanalyse du film par références bibliographique (à dautres réalisateur ou au cinéaste même), lévocation de la construction du film où le critique élucide lhistoire du film et la volonté filmique du cinéaste, et enfin, lappréciation du critique (même si on pouvait auparavant deviner où se situerait son avis). La critique est donc surtout technique, référentiel, attachée au sens profond que dégage le film, et cherche à dégager plutôt les points positifs que les négatifs.
La moitié des critiques étudiées dans Les Cahiers du Cinéma sont assez positives, ce qui désavoue leur réputation de sévérité, dautant plus que certains films, jugés négativement par lensemble de la critique, sont évoqués parfois positivement, Les Cahiers ne semble pas se fier aux autres critiques.
Comme dans les autres journaux les films jugés négativement noccuperont quune petite place dans la revue, une classification dappréciation est donc facilement lisible. Seule différence avec les autres journaux : si un film dun grand réalisateur est jugé mauvais, ils ne lui accorderont pas une plus grande place quaux autres ( comme le film de Peter GREENAWAY, The Pillow Book par exemple).
Dans cette revue spécialisée, aussi importante que Les Cahiers du Cinéma mais moins connue du grand public, une vingtaine de journalistes se partagent la rubrique critique. Le fonctionnement de Positif est similaire à celui des Cahiers : dossier sur des réalisateurs et critique de films actuels. Le nombre de films jugés est plus important que dans lautre revue et la part consacrée à la critique pure est plus grande.
Nous avons voulu relever la note de léditorial du mois de décembre puisquelle concerne directement notre sujet : " Devant tant de jugements à priori, où la manie du classement le dispute au moralisme réducteur, il est peut-être bon de rappeler que la meilleure manière dévaluer un film est tout simplement de le regarder, den apprécier le sens de lespace et de la construction, la texture visuelle et le jeu des comédiens, le rythme interne et la richesse du discours. Autrement dit, préférer la réalité de luvre à lidée quon sen fait. ". Positif tente ainsi de rappeler que le critique doit le plus possible laisser de côté ses préjugés sur un cinéaste et les pressions qui ont pu intervenir dans la promotion du film. Cette note a été faite en rapport avec les critiques faites sur le film Portrait de Femme de Jane CAMPION, qui nont selon eux pas été objectives.
Comme dans les Cahiers lavis du critique a une part assez faible dans larticle, préférant laisser une place plus large à lexplication du film : de son histoire, de la vision du cinéaste...Le critique semble ici aussi vouloir être le plus objectif possible, son avis ne sera jamais excessivement positif ou négatif, à tel point quil est parfois difficile
de savoir si le critique a aimé ou pas le film. On sent que le critique sadresse à un lectorat spécialisé, car il ne se gênera pas d illustrer sa critique de références techniques ou bibliographiques.
Notons toutefois que le critique semble soucieux de la réception du spectateur puisquil notera dans plusieurs critiques si le film est difficile daccès.
(1) Positif, numéro 430, décembre 1996, p.1.
Nous avons classé cette revue dans les revues spécialisées, car même si elle nest pas consacrée entièrement au cinéma, il y tient malgré tout une place importante et essentielle ( beaucoup de lecteurs achètent cette revue pour ses critiques de films que ce soient celles du cinéma ou de la télévision).
Une douzaine de critiques se partagent les critiques de cinéma. Tous les films sortis sont jugés, cest donc un hebdomadaire très complet, même si comme pour les autres journaux ou revues les critiques négatives sont très succinctes.
Ce sont des critiques qui se lisent facilement, le ton général est léger et parfois humoristique. Les critiques semblent en fait vouloir sadresser aux spectateurs spécialisés et non spécialisés, car par leur style les critiques donnent limpression de ne pas se prendre au sérieux et permettent au lecteur de voir rapidement leur appréciation ( par un bonhomme nommé Ulysse). En même temps la critique est réfléchie et proche des analyses des revues spécialisées. En fait le lectorat visé semble être des passionnés de films plutôt que de cinéma au sens large du terme.
Lopinion du critique, malgré lUlysse, nest pas très développée, celui-ci préférant sattarder sur le côté descriptif et interprétatif du film.
Là encore la critique semble être satisfaite du cinéma puisque plus de la moitié des films sont jugés plutôt positivement. Dans les critiques négatives cest lavis du critique qui prend le pas sur linterprétation du film comme dans les autres journaux. Toutefois un film dun réalisateur réputé mais jugé mauvais aura droit à un article assez important (comme dans Positif dailleurs). Parfois un film pourra obtenir deux avis différents de critiques qui sexpliqueront (nous étudierons un cas plus loin, car le principe nous intéresse).
Ce sont des articles qui semblent avoir été faits pour être lus après le film puisque le critique na très souvent aucun scrupule à raconter des éléments déterminants de lhistoire dun film, cassant ainsi le sentiment de surprise du spectateur.
Cette revue est peut-être le meilleur exemple de revue intermédiaire entre la spécialiste et la non spécialiste. Dailleurs cest aussi lavis de Pierre MURAT, critique chez Télérama : " Je le dis souvent : pour moi, Télérama cest Les Cahiers ou Positif, mais écrit dans une langue qui permet de toucher six cent mille lecteurs. Donc : le plus complet possible, mais en privilégiant la petite surprise par rapport au monument qui sort dans six cent salles. " (1)
(1) Pierre MURAT cité dans La critique de cinéma en France de Michel CIMENT et Jacques ZIMMER, Editions Ramsey, 1997, p.119.
Cest la volonté objective du critique qui est la plus frappante dans ces revues spécialisées, les sensations du critique ne semblent plus être importantes, ce qui peut paraître décevant car le caractère créatif de la critique en est réduit ( si la subjectivité est retranscrite intelligemment). A la lecture de toutes ces critiques nous nous rendons compte que limage du critique que nous avions est faussée : soit il nest quun journaliste interviewer, soit il est trop analyste ; une redéfinition de ce métier semble donc simposer.
La différence entre les revues spécialisées et non spécialisées est visibles même si Le Monde et Libération semblent constituer des exceptions. Mais pour mieux cerner ces différentes critiques que nous avons décrites (et surtout ses éléments subjectifs qui nous intéressent particulièrement), nous nous sommes appuyés sur la critique de dix films précis des mois étudiés et avons relevé certains éléments:
Ce film remporte laccord de toutes les critiques étudiées puisque tous saccordent à le qualifier de très bon film, voir de chef-duvre. Nous avons donc tenté de cerner pourquoi la critique était si positive à son sujet.
(1) Pour toutes les citations de cette partie voir annexe.
vulgaire. Lappréciation du jeu de lactrice est simplement justifiée par le fait quil est " sensationnel ". Le critique nous livre donc une analyse réfléchie du film (intéressante à lire après avoir vu le film), même si son style peut surprendre, qui laisse ainsi supposer au spectateur quil ait apprécier ce film.
Par ces critiques positives, nous saisissons déjà la différence danalyse entre les journaux spécialisés et non spécialisés. Lappréciation du critique est donnée soit par des phrases très vagues " cétait très bien ", soit par le fait que le critique puisse donner sens au film et que donc le film lui suggère une interprétation. Toutefois les éléments positifs retenus pour ce film sont loriginalité et la difficulté du scénario, la poésie que le film dégage, la véracité des personnages et la bonne interprétation des comédiens... le reste se situant au niveau de laspect suggestif du film. Les critiques ne sont pas gourmands de références techniques (peut-être voient-ils le film une seule fois) et tentent donc de sadresser à tout public. Les critiques malgré lappréciation du film nétaient passionnées. La plupart des critiques sont intéressante à lire après avoir vu le film sauf dans les journaux spécialisés qui restent vagues dans leur analyse.
Pour deuxième étude nous avons choisi un film dune réalisatrice renommée (contrairement au premier film) qui a récolté des critiques à la fois positives et négatives.
Le plus intéressant dans lanalyse de ces critiques est le fait que des arguments négatifs pour les uns sont des atouts positifs pour les autres. Une question se pose alors puisque Positif crie au chef duvre, Libé et certains autres au navet ? Est-ce Télérama qui modère les deux avis qui est plus proche de la vérité ? La seule réponse que nous pouvons donner est que ce film ne laisse pas insensible que ce soit dun côté ou de lautre, de ce fait ce film produit quelque chose ce qui est déjà positif. De plus lanalyse objective est la même : le non point de vue..., cest seulement la réception de ces éléments objectifs qui diffère ce qui rend les critiques crédibles Dautre part on peut se demander si la critique na pas jugé trop sévèrement ce film du fait de la carrière imminente de la cinéaste. Par ailleurs tous les journaux (excepté Les Cahiers) lui ont consacré un grand article et même si nous sommes pour lexplication détaillée des critiques négatives, pourquoi sacharner sur ce film sûrement moins " dangereux " que dautres films à laffiche ? Autre point intéressant à relever, la critique se faisait le plus souvent en fonction de ladaptation du roman, ce qui nous fait noter que les critiques doivent avoir une connaissance littéraire importante. Cette analyse nous a surtout permis de mieux comprendre la part subjective de la critique.
3) Jude de Michael WINTERBOTTOM
Pour approfondir cette étude des critiques divisées, nous avons choisi ce film qui cette fois-ci remporte davantage davis positifs que négatifs et qui est également une adaptation littéraire.
Comme pour le film précédent on peut noter que la critique peut être divisée positivement ou négativement sur les mêmes points : la lumière qualifiée de sombre par tous est magnifique pour les uns (Positif et Télérama) ou à la mode pour dautres (Libération), le classicisme est perçu positivement (Le Monde) ou négativement (Libération)... Pour convaincre les critiques utilisent les mêmes arguments parce quils sappuient sur les éléments les plus frappants. Toutefois des éléments contradictoires sont cette fois-ci apparus : certains trouvent ladaptation moderne : Positif et Télérama, dautres trop classique : Libération, Les Cahiers, de même pour le dosage du pathétique, le décoratif trop poussé ou non... La critique peut donc diverger sur des points apparemment objectifs, ce qui nous fait dire que le subjectif du critique vient parfois entraver son analyse objective, ce qui nest pas très positif car cela rend la critique moins crédible. Par ailleurs lorsquon compare la critique de Positif et de Télérama, toutes deux élogieuses, on saperçoit que les critiques diffèrent quant à linterprétation du sens, ce qui vérifie le côté très subjectif de la critique mais cette fois-ci justifiable, étant donné que le critique interprète les éléments selon sa personnalité et est davantage sensible à une chose quà une autre. Autre remarque : le critique juge le film en fonction de la carrière du cinéaste, ce qui est normal, mais peut-être que parfois le critique devrait laisser davantage de côté ses attentes et préjugés sur le cinéaste : le critique de Libération était déçu de ne pas voir un film aussi marginal que le film précédent de WINTERBOTTOM. Cette analyse mettant en évidence la très grande part de subjectivité dans la critique (ceci étant dailleurs compréhensible car le critique va vers la facilité) nous amène à penser que le métier de critique aurait besoin dune redéfinition car la perte de crédibilité de la critique actuelle et son désintérêt publique devient compréhensible.
Pour continuer notre exploration de la critique, nous avons à présent choisi un film que la critique juge unanimement mauvais, les articles consacrés à ce film seront tous très courts.
Ce film est donc selon tous les critiques mauvais. Toutefois les arguments de ceux-ci sont très courts voir même absents et il est donc très difficile de comprendre leur mécontentement. Le silence de certains critiques est compréhensible pour les revues spécialisées dont leur rôle dinformateur est pauvre. Mais les critiques de ce film nous amènent à rappeler quune critique détaillée dun tel film aurait été également instructive pour le lecteur, même sil est difficile de faire une bonne critique dun très mauvais film, le critique étant difficilement inspiré. Une telle critique devrait alors sattacher davantage à des éléments techniques : explication de la pauvreté du dialogue et de la mise en scène, étant donné que la part interprétative du film serait nulle. Ceci nous amène à nous demander si la longueur des articles négatifs consacrés à Portrait de Femme, malgré la renommée de la cinéaste nétaient pas aussi dus à une richesse plus grande du film, et cest peut-être pour cela que la critique était divergente alors quici elle est négative dans lappréciation de tous les critiques.
5) Bernie dAlbert DUPONTEL
Etant donné les critiques très courtes qui ont été faites sur Oui dAlexandre JARDIN, nous avons choisi danalyser à nouveau un film qui a suscité des critiques pratiquement toutes négatives.
Les critiques dans lensemble négatives sont cette fois-ci plus argumentées : le message inintéressant voir même dangereux du film, la mauvaise interprétation de lacteur principal, la lassitude des procédés comiques, labsence de subtilité dun scénario trop pauvre. Les critiques semblent cette fois-ci en accord dans leur désapprobation, puisque ce sont souvent les mêmes arguments qui sont relevés. Cest surtout le fond du film qui a été critiqué, dailleurs les aspects positifs qui ont été retenus par certains portaient sue laspect technique du film donc la forme, ce qui prouve que certains critiques ont cette fois-ci tenté dêtre objectifs malgré leur désapprobation du film. La critique semblait donc davantage intéressé par ce film que Oui dAlexandre JARDIN puisque aucun ne la passé sous silence et que la critique était plus démonstrative bien que négative. Notons que lorsque les critiques sont négatives, la différence entre la critique des journaux spécialisés et non spécialisés est difficile à cerner même si les critiques spécialisés sont plus référentielles.
Nous étudions à présent les critiques dun film qui récolte une critique à lensemble plutôt positif et des articles de taille moyenne.
Les articles positifs des revues spécialisées étaient moins interprétatifs que pour les autres films jugés également positivement, peut-être que ce film était moins suggestif et de ce fait la critique un peu moins élogieuse. Pour ce film la frontière entre la presse non-spécialisée et spécialisée est visible, les non-spécialisés jouent surtout sur linformation, les autres sur lanalyse et les références. Les arguments positifs se retrouvent dans les différents articles, ce qui revalorise lobjectivité de la critique.
Afin de mieux percevoir les critiques qui jugent un film bon mais pas très bon (comme le précédent), nous nous sommes intéressés à ce film représentatif.
Les critiques ont donc presque tous trouvé des points positifs et négatifs à ce film. Les aspects positifs se regroupent souvent dans les différents articles : linterprétation des comédiens et le " savoir-faire " de la cinéaste. Toutefois certains éléments ont été contradictoires, au niveau des dialogues par exemple, et les points négatifs différent parfois même si lesthétique " à la mode " de la cinéaste a souvent été relevée. Ces critiques sont intéressantes car elles démontrent que pour un film moyen les critiques sont plutôt en accord et davantage objectives, alors que pour des films où la critique peut se passionner que ce soit dans un sens ou lautre (Portrait de femme de Jane CAMPION par exemple), la subjectivité prend davantage le dessus. A la lecture de ces articles on note à nouveau le différence entre revue spécialisée et non spécialisée, en notant que Le Monde et Libération font une critique plus approfondie que Le Nouvel Observateur et LExpress.
Pour continuer notre analyse, nous avons souhaité choisir un film aux critiques souvent très négatives.
Après létude de ces critiques, larticle des Cahiers du Cinéma est surprenant. Ils sont les seuls à défendre ce film jugé mauvais, voir très mauvais par les autres. La sévérité des Cahiers semble donc un leurre, Bernie jugé assez négativement par lensemble avait dans Les Cahiers également eu droit à beaucoup de points positifs, Les Cahiers semblent donc être assez indulgents. Par ailleurs la critique négative est une fois de plus peu explicative, le critique se contentant de relever certains éléments afin que son jugement semble justifié.
9) Brigands (chap VIII) de Otar IOSSELIANI
Nous avons à présent choisi un film dun réalisateur réputé, où la critique est dans lensemble très positive afin de revenir aux arguments positifs de la critique cinématographique actuelle.
Les critiques se réfèrent souvent encore au dossier de presse du film. Les critiques positives se sont cette fois-ci surtout intéressées au sens que dégage le film et à la façon dont le cinéaste met son histoire en scène, ce sont ces deux aspects qui devaient être le plus frappants et réussis dans ce film, cest donc lanalyse qui prend le dessus comme dans les critiques positives précédentes (Y aura t-il de la neige à Noël par exemple). Les critiques de ce film permettent au spectateur de mieux comprendre ce film apparemment difficile, le critique peut également avoir ce rôle là même si la difficulté du film nest pas forcément un aspect positif pour ce dernier.
Pour finir notre analyse, nous avons choisi un film qui fait lunanimité des critiques.
Les critiques toutes positives se rejoignent donc sur les éléments importants, même si chaque critique y ajoute son interprétation propre ce qui ne fait que prouver la richesse du film. Pour finir notre étude, ces critiques sont donc rassurantes du fait de leur richesses et nous confirment lappartenance à une autre critique du Nouvel Observateur et de LExpress, plus informative que analyste ou interprétative.
EXEMPLE DE POUR ET CONTRE DE TELERAMA
Pour avoir un panorama plus élargi, nous nous sommes également intéressés à la critique radiophonique et télévisuelle. Pour la radio nous avons choisi deux émissions : Le Masque et la plume sur France Inter et Panorama sur France Culture. Quant à la télévision, le choix précis dune émission a été impossible étant donné labsence de critique à la télévision actuellement.
Cette forme de critique nous intéressait car cest un lieu où les critiques expliquent leur point de vue parfois différent, il y a donc débat, la subjectivité de la critique apparaît au grand jour.
Nous avons décidé de classer dans un tableau les arguments positifs et négatifs des films cités dans ces six émissions afin de mieux visualiser les explications critiques faite sur un bon film ou mauvais film. Nous ne nous intéressons pas ici à lanalyse mais à la justification de lappréciation du critique :
Arguments positifs |
Arguments négatifs |
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Les arguments retracés sont donc à la fois objectifs et subjectives, sattachent à la forme et au fond du film. Bien sûr ces arguments ne sont pas explicatifs, ils justifient simplement lavis du critique. Dans une analyse détaillée de revue spécialisée le critique expliquera pourquoi le film est répétitif ou pourquoi il est moderne.
Arguments positifs |
Arguments négatifs |
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Les arguments sont donc très attachés à la forme technique du film. La partie sensible du film nest pratiquement pas jugée, la critique semble vouloir être, plus analyste.2) La critique télévisuelle :
La critique télévisuelle est pratiquement absente même si les émissions consacrées au cinéma, elles, ne manquent pas. Ces émissions : Le Journal du Cinéma sur Canal +, Le cercle de Minuit sur F2, Kinorama sur Arte etc, sont consacrées à lactualité cinématographique mais sont uniquement constituées dextraits de films ou dinterviews. La seule émission à notre connaissance faisant un peu de critique à la télévision est Cinéma Etoiles sur F3, ceci étant relatif puisquun critique sexprime pendant trois minutes sur un film au cours de lémission et la présentatrice donne une simple appréciation courte en présentant lextrait de film : " mauvais film américain. Une intrigue aussi fine que la porte de ma grand-mère. " (1). Ce qui est étonnant cest lavis défavorable que peuvent donner le critique (venant du magazine Studio ou du figaro) et lanimatrice. La critique, peu détaillée sert à avertir le spectateur sur la qualité ou non du film.
FIN
(Fred SCHEPISI et Robert YOUNG1) Emission Cinéma Etoiles du 17 février 1997
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