LES AMANTS DU PONT NEUF

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LE COLLAGE DANS LES ARTS

Juin 1997 Edith SAUREL

SOMMAIRE

1)INTRODUCTION

2) LES ARTS PLASTIQUES ET LA MUSIQUE : DES ARTS DE DECOUVERTE

3) LE CINEMA

4) CONCLUSION

5)BIBLIOGRAPHIE

 

INTRODUCTION

Le cinéma est le plus récent de tous les arts, c’est aussi celui qui m’est le plus familier. Par contre la musique et les arts plastiques existent depuis for longtemps ce qui rend leur accès délicat.

Cependant nous nous sommes cantonnés au vingtième siècle pour l’étude de ces différents arts. Ceci pourrait paraître maladroit puisque chaque art se fonde sur son histoire. Mais le vingtième siècle possède un avantage puisque les arts plastiques et la musique ont tenté à cette époque de s’intéresser à l’accessibilité du public et ont de plus inventé un style commun totalement nouveau, bannissant les règles classiques. Ce qu’il y a effectivement d’assez saisissant pour le vingtième siècle c’est que les arts plastiques, la musique, le cinéma et d’ailleurs d’autres arts (le théâtre, la danse,...) ont pendant le même siècle instauré un mode commun d’expression grâce à la technique du collage, comme si celui-ci était devenu nécessaire. Il est vrai que le cinéma est à part étant donné que pour lui le collage (montage) est apparu seulement vingt ans après sa création. Cependant il devait être d’autant plus nécessaire et n’a pas la même visée.

Effectivement, dans les arts plastiques et la musique, le collage apparaît en grande partie pour contredire la période classique, comme un mouvement révolutionnaire ; alors qu’en cinéma le collage (montage) constitue une amélioration technique, ce qui est totalement différent.

Mais le collage, qu’est-ce que c’est concrètement ? Une des définitions possibles pourrait être : la réalité qui vient prendre place dans l’art. Cette définition est valable pour les trois arts étudiés, mais sous différentes formes. Effectivement tous trois intègrent des éléments de la réalité mais sa représentation finale sera celle de l’abstraction ( les surréalistes se sont beaucoup intéressés au collage) sauf pour la plupart des films de cinéma. A partir de la réalité (objets de la vie courante pour la peinture, ou chants d’oiseaux pour la musique par exemple), ces arts ne tentent pas de reproduire une certaine copie de la réalité comme c’était le but de l’art auparavant mais de construire une réflexion d’apparence abstraite sur le monde. Toutefois une certaine forme de cinéma peut se rapprocher de cette abstraction, les films de Jean-Luc GODARD par exemple, comme nous le verrons dans la partie consacrée au cinéma. Ce type d’art fait plus appel à la réflexion qu’aux sens et c’est peut-être aussi pour cela qu’il trouve difficilement son public.

Paradoxalement le spectateur doit donc avoir un certain bagage culturel pour comprendre le collage alors que sa création fut motivée par une volonté de faciliter l’accès à l’art. D’autre part la nouveauté du collage produit chez le spectateur novice un déroutement, car n’étant pas habitué à ce type d’esthétique il ne trouve pas ses marques. Et l’on sait que le public a besoin d’un moment d’adaptation pour adopter une esthétique nouvelle, surtout lorsqu’on connaît son goût pour les oeuvres classiques. Le collage demande donc aux spectateurs une certaine culture alors qu’auparavant ces derniers pouvaient être touchés par une peinture ou une musique sans connaissance culturelle. Dans toutes ces considérations nous mettons à nouveau le cinéma à part car le collage (montage) en cinéma permet, en général, de mettre en évidence la trame narrative du film. D’ailleurs le cinéma est l’art populaire par excellence du vingtième siècle.

Le collage permet aussi à tout individu de devenir artiste. Plus besoin de savoir dessiner ou composer. De même pour le cinéma car le montage est plus une question " d’inspiration " que de technique. Ce phénomène associé à l’intégration d’objets ou de sons ordinaires dans une œuvre d’art a amené une remise en question philosophique de l’art : qu’est-ce que l’art ? Qui est artiste ? (quand peut-on dire que des bouts de bois ou des chants d’oiseaux enregistrés entrent dans le domaine de l’art ?)

L’étude du collage dans les arts est donc intéressante puisque elle soulève la question de l’art. En ce qui concerne le cinéma ces questions sont apparues après l’apparition du montage, puisqu’il faudra attendre la nouvelle vague pour se demander : qu’est-ce que le cinéma ?

La notion du collage pose le problème de la frontière entre les arts, ce que ADORNO appelait " l’effrangement ". Car l’art devenant techniquement accessible à tous, il est possible d’être, par exemple, musicien pour un peintre et inversement. Une fois de plus nous ne parlerons pas ici de cinéma car la frontière est réelle puisque un peintre pourra plus difficilement passer à l’art du cinéma qui est pluridisciplinaire et demande des connaissances variées et spécifiques comme par exemple, la direction des acteurs.

La question de l’art que soulève le collage vient aussi du fait que le concept de la beauté n’est plus un critère artistique. Avec le collage on est passé du critère de la beauté à celui du caractéristique alors qu’auparavant la première valeur d’une œuvre d’art était sa beauté. Le collage remet donc en cause l’harmonie qui révèle une fausse réalité alors que le collage, lui, permet en montrant la dysharmonie, de faire apparaître une certaine réalité du monde et met en relief la question de la vérité. La philosophie et notamment ADORNO se demandera donc si l’art doit nous faire oublier la vie ou s’il doit nous la faire comprendre en la montrant telle quelle est.

Le collage permet aussi de mettre en reflet " les passages " dans chaque art. Ainsi en arts plastiques seront visibles les jointures des éléments constitutifs de l’œuvre ; le collage rompt l’illusion. Ce qu’on cachait auparavant (la technique artistique) est à présent montré et constitue même la part essentielle de l’oeuvre. Le collage nous fait prendre conscience de ce qu’est la création.

C’est surtout après la première guerre mondiale que le collage prend toute sa forme car des questions sont alors en suspens : peut-on encore faire de l’art après ce qu’il s’est passé ? Le collage permet alors aux artistes de montrer leur désarroi et celui du monde. Les artistes ne peuvent plus croire à la civilisation donc à l’art.

Enfin, avec le collage le spectateur devient plus actif du fait que cette esthétique nécessite une réflexion et un discours de l’œuvre.

Il ne faut pas omettre non plus la provocation qui est importante dans le collage puisque les oeuvres qui s’y rattachent aiment choquer. D’ailleurs le but du collage est " d’accrocher " le regard ou l’oreille du public.

Il est donc difficile de comparer le collage cinématographique à l’esthétique du collage dans les arts plastiques et la musique tant il se distingue par sa finalité même : le cinéma sans montage ou sans collage ne serait pas envisageable et c’est pourquoi le montage est apparu très tôt alors que les autres arts peuvent exister sans cette manipulation particulière.

Le cinéma possède la richesse d’englober d’autres arts comme les arts plastiques et la musique et c’est pourquoi il est intéressant pour toute personne aimant le cinéma de mieux connaître les autres arts ; même si ce n’est pas la peinture ou la musique la plus avant-gardiste du vingtième siècle qui est le plus souvent intégrée au cinéma.

Le collage, c’est une multitude de mouvements et de caractéristiques propres, c’est pourquoi nous allons l’analyser plus en détail dans chaque discipline : arts plastiques, musique et cinéma.

 

Les arts plastiques

Le collage en arts plastiques apparaît vers 1912, même si auparavant on avait pu voir ses prémices dans certaines oeuvres.

Définition du collage en arts plastiques dans le dictionnaire du Petit Robert : " composition artistique faite de diverses matières, et principalement de papiers collés ".

Pour un novice en peinture, le collage constitue une nouvelle forme d’art mais une difficulté à comprendre son origine apparaît lorsqu’on ne connaît pas l’histoire de la peinture. Une raison assez évidente peut pourtant être soutenue : l’apparition de la photographie a donné à la peinture le sentiment qu’elle devenait inutile. Les arts plastiques ont donc cherché une nouvelle forme à donner à leur art pour s’en distinguer. La photographie a permis à la peinture de ne plus faire de documentaire (portrait...). La peinture et la photographie se sont sur certains points alliées pour faire des oeuvres tels les photomontages dans lesquels excellera par exemple John HEARTFIELD pour dénoncer le système nazi.

Le collage en arts plastiques instaure de nouvelles règles, ou plutôt en abolit certaines puisqu’il remet en cause les lois de la peinture dite classique. Ce qui est surtout nouveau est l’intégration de " morceaux de réalité " dans une peinture. Les artistes vont chercher des objets ordinaires (papiers de différentes formes et qualités, bout de bois...) afin de les intégrer dans une peinture ou même de les assembler entre eux ce qu’on nommera alors " assemblage " ou alors " construction " lorsque l’œuvre s’étend davantage dans l’espace. D’autre part, il y a très souvent disparition du cadre. Cette apparition de la réalité amène une remise en question de la peinture, qui auparavant était censée être illusion de la réalité. Le collage abolit donc comme critère de qualité : l’illusion. Ce critère avait déjà été rejeté auparavant par le mouvement cubiste, apparu vers 1906 privilégiant les formes géométriques aux formes naturelles.

A ce propos citons Bernard HEITZ qui parle à travers PICASSO de la réalité en peinture : " Pour lui, nul besoin de " faire semblant ", la photographie peut s’en charger. Ce qui importe, c’est de faire ressortir la personnalité de celui ou celle qu’il couche sur la toile, d’explorer ses sentiments à un moment donné. Qu’il casse, déstructure ou métamorphose les visages, qu’il réduise les formes à leur plus simple expression ou à des figures géométriques, qu’il jette aux orties toutes les lois de la perspective, on retrouve toujours, derrière l’apparence, la même écriture. Celle d’un homme totalement libre qui obéit à ses sentiments, ses intuitions, tout en

respectant profondément la personnalité de ceux qu’il peignait. " (1)

Une des grandes caractéristiques du collage en peinture est sa composition d’éléments hétérogènes. Le collage en art plastiques permet aux artistes une grande multiplicité de matériaux puisqu’ils peuvent puiser dans la vie courante. Ainsi SCHWITTERS intégrera à ses oeuvres des déchets industriels afin de dénoncer la destruction des matériaux. Mais on peut relever certaines caractéristiques dans le collage en peinture. Par exemple on remarque un intérêt pour les instruments de musique et les natures mortes qui sont très présents dans ces oeuvres. D’autre part des lettres peuvent apparaître dans les peintures, notamment des articles de journaux ; on note aussi un intérêt des contrastes :vide/ plein, des ombres, de la géométrie, du jeu de l’illusion et de la contre illusion...Notons qu’une contradiction apparaît dans les collages puisque ceux-ci prônent la planéité colorée par réaction au trompe l’œil mais ils favorisent également la création de l’assemblage et des constructions.

Le grand bouleversement du collage se situe aussi au niveau du statut de l’artiste. Effectivement le collage permet à quiconque de devenir artiste puisqu’il n’y a plus besoin d’apprentissage technique, la sensibilité artistique suffisant. D’ailleurs de nombreux surréalistes non plasticiens ont fait des collages. D’autre part une même œuvre va parfois être faite par plusieurs personnes : invention de l’œuvre collective. Le statut de l’artiste plasticien est donc complètement bouleversé. De plus une nouvelle caractéristique apparaît dans le travail de l’artiste : la notion de jeu du fait du côtoiement de toutes ces formes hétéroclites qu’on peut agencer sans suivre aucune règle précise.

Le statut du spectateur change aussi puisqu’il est plus actif, l’aspect tactile du collage lui donnant envie de toucher l’œuvre. De plus le collage est fait de tel sorte qu’il accroche l’œil du spectateur grâce aux reliefs, aux jointures visibles des éléments montrant ainsi les " cicatrices " de la création. Effectivement, bien souvent le travail de l’artiste n’est plus caché. PICASSO a par exemple fait un collage avec des épingles ou MATISSE avec des punaises ; on ne cache plus l’origine de la création et on la met même en valeur. Cela n’est pas valable pour tous les artistes ; ERNST fait lui aussi des collages (surtout des photomontages) mais crée une image unique (photographie de son collage).

Le statut de l’objet artistique évolue également puisque l’œuvre est souvent éphémère : les matériaux utilisés peuvent vieillir et se désagréger. Les constituants de l’œuvre ont donc un futur mais aussi un passé : ils ont pu être utilisés par une ou plusieurs personnes de la vie quotidienne...

L’appellation œuvre d’art : œuvre éternelle, disparaît donc.

(1) Bernard HEITZ dans la revue " Télérama ", numéro 2440, 16 octobre 1991, p.13

Autre fait : plus de calcul de perspective, les éléments sont jetés au hasard même si ce hasard est réfléchi.

La naissance du collage est donc une réaction contre l’académisme du dix-neuvième siècle, mais il y eu des mouvements précurseurs : MANET par exemple ou même CEZANNE avec qui de nouvelles recherches picturales ont commencé ; mais surtout avec l’impressionnisme où l’illusion de la réalité laisse déjà la place à la sensibilité, à l’atmosphère. D’ailleurs, les impressionnistes commencent à faire des collages puisqu’il y aura parfois du vrai sable dans leur peinture.

Mais ce sont essentiellement les cubistes et les futuristes qui sont les précurseurs du collage. PICASSO et BRAQUE étant considérés comme les inventeurs du collage, PICASSO introduisant en 1912 dans sa Nature Morte à la chaise cannée un véritable morceau de toile cirée ; et Braque collant dans son Compotier et verre des fragments de papier faux-bois à la même époque.

On peut distinguer trois types de collage. Premièrement le collage cubiste (1912-1918) qui utilise peu le collage d’objets et de papiers mais s’intéresse davantage à l’illusion picturale. Deuxièmement le collage dadaïste et surréaliste (1918-1931), dans lequel s’affirme deux tendances : une tendance poétique et une tendance politique. La tendance poétique utilise un très grand nombre de papiers, d’objets et donne donc naissance à des assemblages très hétérogènes. C’est le caractère de l’irrationnel qui intéresse surtout les dadaïstes et les surréalistes : le fait de pouvoir rassembler des éléments divers de la réalité sans rapport apparent. La tendance politique produit, elle, des oeuvres à finalité sociale (contre le nazisme par exemple). DALI et ERNST sont des figures importantes de ce mouvement surréaliste. Le collage surréaliste donnera naissance dans les années cinquante au " pop art " (mouvement dénonçant l’impact du média en insérant par exemple des éléments de publicité dans une œuvre d’art). Troisième forme de collage : le collage constructiviste (de 1920 à 1930 environ). Ce type de collage s’intéresse à des formes géométriques abstraites grâce à divers matériaux. Deux tendances s’inscrivent là aussi : le constructivisme russe et le groupe De Stijl. Le constructivisme russe, mouvement d’avant-garde mis en place par TATLINE et RODTCHENKO, s’intéresse davantage à la recherche qu’à l’art en tant que tel, d’ailleurs certaines " constructions " seront utilisables dans la vie courante (le mobilier par exemple), on favorise le design au détriment de la peinture même. Le constructivisme Stijl apparu en Hollande au même moment représenté par MANDRIAN et DOESDURG est plus particulier, puisqu’il définit un certain type d’œuvre ou d’artiste. Comme dans le constructivisme russe l’art se rapproche ici aussi des arts appliqués puisqu’il s’installe dans la vie courante sans pour autant être utilitaire. On peut définir le constructivisme comme de l’art abstrait géométrique appelé aussi " art constructif ". On retrouvera la synthèse de ces deux mouvements de constructivisme dans l’école d’art : " le Bauhaus " en Allemagne.

Parmi ces trois grandes formes de collage (cubiste, surréaliste et constructiviste) existent bien sûr différentes catégories de collages tel le décoratif élémentaire (répétition régulière ou non d’un élément), le réalisme social ou naturaliste, l’élémentaire/primaire, le monstrueux..., chacun de ces types pouvant bien sûr se mélanger.

Les trouvailles du collage dureront environ jusque 1942 avec MATISSE ayant comme dernière invention " les grandes gouaches découpées ". Mais les collages continueront jusque 1970 et même plus tard avec notamment des affinements. De plus le collage va être l’investigateur de nouvelles formes, d’une nouvelle façon de penser l’art.

Les arts plastiques, grâce au collage, voulaient toucher un public plus vaste, mais c’est finalement le contraire qui s’est produit tant le collage est complexe, moderne et demande réflexion (notamment sur l’art et sa transfiguration) et analyse, il implique donc une attention du spectateur importante qu’il n’a pas forcément envie de faire.

La musique

Le collage en musique constitue également une rupture dans l’histoire de la musique puisqu’il rompt avec les règles classiques. La naissance du collage vient d’une réaction contre le romantisme, donc d’un refus des formes traditionnelles mais aussi d’une extension du monde sonore au vingtième siècle. Il y a donc recherche d’une nouvelle temporalité. Auparavant la temporalité était constituée d’une pulsation régulière correspondant au battement du cœur ; au vingtième siècle il y a éclatement de cette temporalité et c’est pourquoi on assistera à une évolution de la directionnalité vers la stasis. Avant 1910,  les oeuvres étaient directionnelles, c’est à dire que le conflit du début par, devait être résolu à la fin de l’œuvre. On assiste en fait à des étapes transitoires entre la directionnalité et la stasis (la stasis donne l’impression que le temps est figé). Certains compositeurs tels SCHONBERG, WEBERN, BOULEZ maintiendront la directionnalité dans leurs oeuvres tout en pratiquant la stasis ; d’autres comme MESSIAEN ou CAGE mettront totalement fin à la directionnalité pour donner à leurs oeuvres une impression d’éternité. C’est SCHONBERG qui révolutionnera la musique en introduisant le système atonal, et mettra donc fin au règne de l’harmonie au profit de l’expressivité ( le début de l’atonalité avait déjà commencé depuis 1860 avec WAGNER et STRAUSS). Début des années vingt SCHONBERG créa la méthode dodécaphonique. Au début, très peu de compositeurs se conformèrent à cette méthode, seul BERG et WEBERN qui furent ses élèves s’y essayèrent, mais vingt ans plus tard de très nombreux compositeurs adoptèrent cette méthode.

Puis d’autres styles harmoniques prirent forme comme la polytonalité avec BARTOCK ou la musique micro tonale. D’autre part on assista à un retour du classicisme avec STRAVINSKI qui innova comme les autres dans la recherche de nouvelles formes d’harmonie ou de non harmonie mais s’inspirant des schèmes classiques. Sa musique jugée trop choquante fut interdite jusqu'à sa mort.

Après la deuxième guerre mondiale c’est la naissance de la musique concrète avec SCHAEFFER et HENRY , musique dite réaliste ; les artistes sont à l’écoute des sons qui se trouvent dans la réalité, dans le monde et découvrent leur richesse. Sinon ce sont les instruments à percussions qui sont privilégiés étant donné le goût pour la musique ancienne et l’originalité du son pur. La musique concrète donnera naissance à la musique électronique ayant comme initiateur l’américain VARESE.

Autres tendances avec MESSIAN et plus tard BOULEZ, maîtres du sérialisme, qui introduisent un nouveau type de temporalité difficile à cerner et à comprendre pour l’auditeur, c’est pourquoi il sera tellement difficile à la musique contemporaine de trouver son public. Ce type de musique est surprenante pour l’auditeur car il est difficile de se créer des images concrètes sur celle-ci, alors que la musique romantique par exemple était très suggestive. Une autre innovation est la musique aléatoire avec John CAGE où des sons sont par exemple sélectionnés en fonction d’un jet de dés. D’autre part CAGE s’est intéressé au silence et dans une de ses oeuvres intitulée 4 minutes 33, on " entend " 4 minutes 33 de silence, il a produit cette " œuvre " afin de rendre compte à l’auditeur, par le silence, des sons qui l’entourent et de lui montrer ainsi que le compositeur n’est qu’un organisateur de ces sons. Les expériences du domaine musical au vingtième siècle sont donc diverses.

Ces genres musicaux s’apparentent à un collage d’éléments hétéroclites, comme pour la peinture mais c’est cette fois-ci des sons qui remplacent les papiers ou les objets et de même le caractéristique prend le dessus par rapport à l’harmonie. Autre point commun : l’intrusion de morceaux de réalité dans les oeuvres musicales : chants d’oiseaux, bruits divers enregistrés...(exemple : La symphonie bureaucratique de SATI dans laquelle on entend des bruits de machine à écrire). La musique se pose donc elle aussi la question de la transfiguration du réel. C’est aussi la question de l’art et par conséquent de la musique qui est posée par le collage dans certaines oeuvres musicales. Il y a interrogation sur la musique et c’est pourquoi les artistes introduiront souvent dans leurs compositions des musiques anciennes, tel le folklore très présent chez STRAVINSKI qu’il considère comme une musique pure. En introduisant des morceaux de réalité, la question de l’inspiration musicale est également posée. D’autre part, du fait d’un refus de l’illusion, la musique veut être une vraie copie du monde et non un symbole, elle veut le refléter tel qu’il est. Ainsi il n’y a plus de lien, de passage dans les oeuvres mais collage afin d’évoquer la dysharmonie du monde.

Le collage en musique consiste donc à introduire une dissonance dans une dissonance (à son état pur la musique est dissonante, non harmonieuse). Par le collage les artistes reviennent donc à l’état pur de la musique. Autre changement important, le rôle de l’interprète est diminué au profit du compositeur puisque c’est lui qui va coller ces morceaux sonores. Le statut de l’auditeur a lui aussi changé car il est plus attentif au fonctionnement de l’œuvre qu’à l’émotion qu’une œuvre musicale produisait automatiquement auparavant.

Le collage en musique donnera naissance à une multitude de genres musicaux avec cette interrogation permanente du son et de la temporalité. Les raisons du collage en musique et de la dysharmonie viennent comme pour la peinture de l’état de la société du vingtième siècle (et notamment les deux guerres mondiales) et donc du besoin d’en parler.

Notons que si à l’écoute la musique du vingtième siècle semble être déstructurée, cela n’est qu’une apparence car les partitions de ces musiciens sont en général très élaborées. Alors, est-ce nous qui ne sommes pas habitués à cette évolution de la temporalité ou ces oeuvres ne sont que de simples expériences ? L’histoire le dira. Citons pour illustrer ce propos, Claude SAMUEL : " Les mélomanes les plus réfractaires à la musique nouvelle s’habituent rapidement à l’acidité de certaines harmonies ou à des orchestrations insolites, mais ils n’acceptent pas une forme musicale qui va à l’encontre de toute une éducation auditive et intellectuelle. " (1)

  1. Claude SAMUEL, Panorama de l’art musical contemporain, Editions Gallimard, Paris, 1962, p.13

le cinéma

Le cinéma possède une des mêmes caractéristiques importantes du collage en arts plastiques et en musique, puisqu’il intègre des morceaux de réalité qu’il colle grâce au montage. A la différence des autres arts cette réalité (êtres humains, paysages, objets réels...) est transformée par la fiction et par les mouvements de caméra (gros plans, travellings...), mais c’est à partir d’elle que le cinéma peut exister. De plus elle est plus au moins transformée selon le type de cinéma : dans le cinéma néoréaliste, le documentaire et le cinéma d’avant-garde (son en prise direct, nombre réduit de gros plans...), on tente le plus possible de restituer la réalité. D’ailleurs le côté réaliste est dans certains films de la nouvelle vague poussé à l’extrême et notamment chez GODARD où il y a parfois des contre-jours, des voix presque inaudibles (son en prise directe), beaucoup de plans généraux... Comme en peinture ou en musique il y a une volonté d’être en accord avec le monde réel, de ne pas mentir.

La question du réalisme, le cinéma se l’est donc beaucoup posée. Mais cela ne suffit pas pour parler de collage. Car pour s’intéresser au collage en cinéma il faut forcément évoquer le montage. Le montage n’existe pas depuis la création du cinéma mais vingt ans après, vers 1915. Auparavant n’existaient pas vraiment les rushes : ce qui était filmé n’était pas retouché. Bien sûr avant 1915 sont apparus les prémices du montage avec notamment PORTER et son film Attaque d’un train pour des bandits ou avec MELIES où il y avait plutôt collage que montage lorsqu’il faisait des trucages dans ses films ; mais c’est vers 1915 avec GRIFFITH qu’il devient vraiment intégré et essentiel à la dramaturgie.

Le montage, comme le collage en peinture ou en musique consiste aux mêmes opérations techniques : sélection, assemblage et raccordement, sa fonction est aussi de choisir et de mettre en ordre le réel. Une différence pourtant essentielle apparaît : en cinéma le rôle du monteur consiste à cacher l’opération du collage (la plupart de temps) contrairement aux autres arts mettant souvent en évidence l’opération du collage comme on l’a vu précédemment. Effectivement le montage en cinéma a comme fonction première de permettre au spectateur de bien percevoir le film et son histoire.

Il faut rappeler ici l’existence du montage expressif qui selon la définition de Marcel MARTIN : " vise à exprimer par lui-même, par le choc de deux images, un sentiment ou une idée " (1). Ce type de montage a été utilisé plus rarement, principalement dans des films muets ou dans des films d’avant-garde. Et, c’est aussi cela que voulait évoquer GODARD lorsqu’il déclare :

 

  1. Citation de Marcel MARTIN dans Esthétique du film, Editions Fernand Nathan, 1983, p.45

" Le montage, le cinéma ne l’a jamais trouvé, la Tobis et RCA ne lui ont pas laissé le temps, et quelque chose s’est perdu en route, son langage, et c’est la langue, les mots qui ont pris le dessus (...) ".(1) Le montage expressif se rapprocherait davantage du collage en arts plastiques et musique, mais c’est le montage narratif qui domine largement l’histoire du cinéma. Cependant il est évident que dans le montage narratif il y a aussi du montage expressif (même si insuffisamment selon GODARD) puisque le montage est très souvent porteur de sens. Il apporte au spectateur, au delà de la compréhension, une idée, un sens, une émotion. Dans l’invisible, la cicatrice, se produit quelque chose.

Les techniques propres au montage sont diverses : montage cut ou fondu-enchainé, par exemple, où il n’y a pas de souci de raccord entre deux images (montage qui se produit en général après une séquence) ; à l’intérieur d’une séquence il y a par contre et surtout pour le montage narratif raccord entre deux plans. Ces raccords sont diverses : la caméra se situe entre deux plans à moins de 30°, le regard ou le mouvement d’un acteur simule le changement de plan... Le but du montage narratif est qu’il n’y ait pas de faux raccord afin de donner une impression de réalisme ; il doit être le plus discret possible afin que le spectateur ne le remarque pas.

Le montage au cinéma est essentiel, c’est aussi de lui que dépend la réussite d’un film. Et, c’est pour cela que même si c’est une personne ou une équipe spécifique qui s’occupe du montage d’un film, le réalisateur sera toujours concerté, sauf pour certains films commerciaux où le montage est évident puisque il ne vise qu’à satisfaire pleinement le spectateur, sans se soucier de la réflexion qu’il peut engendrer.

Le montage en cinéma se compose de deux éléments : le son et l’image. Le son joue également une place très importante et multiple dans un film, et c’est pourquoi un montage son appelé mixage sera à effectuer en parallèle au montage de l’image. Le cinéma est donc un collage propre puisqu’il est constitué d’éléments hétérogènes et de plus se compose d’éléments iconiques et sonores.

Le montage son dans un film se rapproche du collage en musique puisque le film est constitué de bruits de la vie courante (grincement d’une porte, rires...) et de musique . Ces deux constituants du son sont alternés ou juxtaposés selon les moments du film. Le montage en cinéma pose la question de la durée, comme pour le collage en musique. Effectivement il

  1. Jean-Luc GODARD, " A propos de cinéma et d’histoire ", discours prononcé lors de l’attribution du prix Adorno à Francfort le 17 septembre 1995, dans la revue " Trafic ", printemps 1996, p.30

fait éclater la temporalité puisque grâce au montage on peut passer d’une année à l’autre par exemple. Il casse donc le temps réel pour entrer dans un temps fictif qui peut être très variable ( un film de deux heures pouvant représenter cinq minutes de temps réel - un héros qui rêve - jusqu'à plusieurs siècles ). Comme pour la musique contemporaine le film est fragmenté d’une façon variable. Pour rapprocher davantage la musique contemporaine et le cinéma, notons qu’ Erik SATIE composa une musique pour le film de René CLAIR, Entracte. Toutefois ces compositions sont rares car la musique de film est souvent considérée comme un art mineur

( Eric SERRA ne doit pas être très bien considéré dans le monde musical), et demande peut-être une autre approche de la musique. Pourtant le mixage dans un film est déterminant, Claude BAIBLI le montre bien : " Le cinéma fait plus souvent penser à la photographie qu’à la musique. Et pourtant le découpage visuel du temps, l’organisation des figures ou des configurations en mouvement procèdent d’un tempo très étudié, d’un rythme apte à signifier au delà des apparences. L’accès aux réalités sous-jacentes présuppose un réglage temporel de chaque élément significatif (audible ou visible), une mise en place des intervalles, un assemblage ordonné du synchrone et du successif. C’est dire si le montage, ultime arrangement des sons devant l’image déjà rythmée par le découpage, suit nécessairement une organisation de type musical, la seule qui puisse donner à l’émotion sa vraie durée. " (1)

Parlons plus en détail du montage expressif puisque celui-ci se rapproche du collage en arts plastiques. Ce sont les avant-gardistes des années vingt et les surréalistes qui l’ont le plus utilisé. EINSENSTEIN en est un exemple convaincant, ne se souciant pas dans le montage du réalisme entre deux plans et faisant donc beaucoup de faux raccords. Effectivement EISENSTEIN préférait le montage métaphorique au montage narratif car son intérêt se situait dans le message du film. Pour lui, l’important n’est pas dans le montage, mais dans le cadre. Et, c’est pourquoi il donne par contre une importance à l’image en tant que telle (plans dessinés préalablement) et c’est pour cela que son cinéma se rapproche des arts plastiques. Sa conception du cinéma évoque le collage en arts plastiques étant donné que lui aussi montre " l’entre-deux " puisqu’il y a faux-raccord. EISENSTEIN s’exprime à ce propos : " De mon point de vue, le montage n’est pas une idée composée de fragments mis à la suite, mais une idée qui naît du choc entre deux fragments indépendants (...). Comme exemple de conflit on pourrait donner :

  1. Le conflit graphique

(1) Claude BAIBLI, Les Conceptions du montage, revue " CinémAction " numéro 72, éditions Corlet et Télérama, 1994, p.177

2. Le conflit des surfaces

3. Le conflit des volumes

4. Le conflit spatial

5. Le conflit des éclairages

6. Le conflit des rythmes

7. Le conflit entre le matériau et le cadrage (déformation spatiale par le

point de vue de la caméra)

  1. Le conflit entre le matériau et spatialité ( déformation optique par

l’objectif)

9. Le conflit entre le processus et sa temporalité (ralenti, accéléré)

10. Le conflit entre l’ensemble du complexe optique et un tout autre

domaine " (1)

Ainsi, ces différents conflits chers à EISENSTEIN nous renvoient au collage en peinture qui privilégie les contrastes ou conflits entre les volumes, les surfaces et couleurs (éclairage chez EISENSTEIN), l’expression plutôt que la beauté (notion du pathétique chez EISENSTEIN).

Comme dans le collage en musique ou en peinture, la technique du montage en cinéma ne requiert pas un long apprentissage. La technique existe certes, mais elle est facile à intégrer, toute la difficulté repose dans le choix artistique. Le montage en cinéma est un critère de qualité pour l’œuvre puisqu’il permet de raccourcir ou d’allonger une image pour qu’elle soit meilleure. D’ailleurs HITCHCKOCK a avoué que dans La Corde, s’il ne s’était pas fixé cet objectif de non-montage, des scènes auraient dû être coupées.

Le montage peut transformer le sens d’une histoire. A ce propos citons KOULECHOV qui démontre bien la perversité du montage dès 1917 : " Grâce au seul montage, nous montrions une fille vivante, mais une fille qui n’existait pas réellement, puisque nous avions filmé les lèvres d’une femme, les jambes d’une autre, le dos d’une troisième, les yeux d’une quatrième. Nous avons collé ces plans, fixant une certaine relation entre eux, et nous avons obtenu un personnage entièrement nouveau, en n’employant rien qu’une matière réelle. Cet exemple montrait que tout le pouvoir de l’effet filmique se trouve dans le montage. " (2)

Ainsi un documentaire qui est sensé restituer des éléments de la réalité transforme bien souvent lui aussi ces éléments de réalité, comme dans les

(1)EISENSTEIN cité dans Esthétique du film, éditions Fernand Nathan, 1983, p.60

(2) Lev KOULECHOV cité dans Les conceptions du montage, revue " CinémAction ", Editions Corlet et Télérama, 1994, p.34

reportages parfois controversés du journal de télévision. Le montage est

donc un transformateur de réalité et c’est pourquoi André BAZIN dans Qu’est-ce que le cinéma déclare : " Quand l’essentiel d’un événement est dépendant d’une présence simultanée de deux ou plusieurs facteurs de l’action, le montage est interdit. Il reprend ses droits chaque fois que le sens de l’action ne dépend plus de la contiguïté physique même si celle-ci est impliquée ". (1)

Le montage en cinéma pose le problème de l’unité, car il doit toujours y avoir unité de sens dans l‘histoire d’un film et c’est par le montage que cela est rendu possible. Comme en peinture ou en musique, le collage doit restituer un sens à l’œuvre sinon elle devient inintéressante puisque incompréhensible.

Le cinéma est l’art le plus réaliste dans la mesure où c’est un art du mouvement visible. Même si certains tel Chris MARKER qui a réalisé un photo-roman au cinéma (La Jetée où il n’y a qu’un seul plan de cinéma) en faisant un montage d’images fixes, cela reste exceptionnel et extrême (on retrouve ce procédé dans Mon Oncle d’Amérique de RESNAIS mais il ne constitue pas l’ensemble du film). Autre cas de montage marginal avec PELICHIAN qui disait : " Pour moi le montage n’est pas le collage mais plutôt le décollage, ce n’est pas la jonction mais plutôt la disjonction ". Et, effectivement dans Les Habitants, les plans ou chaînes de plans ne sont pas mis bout à bout mais PELICHIAN intercale d’autres plans entre. Son montage est fait par blocs ou chaînes, un bloc constituant un certain type de cadrage ou un certain contenu de l’image.

On peut également parler de collage au cinéma lorsque des éléments extérieurs aux rushs, ou à la fiction sont incorporés. C’est le cas par exemple d’extraits d’anciens films intercalés dans la fiction, dans Mon Oncle d’Amérique de RESNAIS par exemple ou avec l’apparition de la voix off dans les années cinquante. Autre cas, cette fois-ci extrême avec GODARD qui ajoute des éléments à la fiction (personnage totalement extérieur à la fiction entrant dans l’écran) afin de donner sens à une scène de la fiction. Le montage au cinéma permet aussi de parler de l’ineffable tel l’imaginaire des personnages. Par exemple dans Mon Oncle d’Amérique de RESNAIS ou dans beaucoup de films de BRESSON, les fantasmes des personnages sont montrés grâce à leur collage dans la fiction. On peut également parler de montage dans le plan lorsque deux éléments distincts se situent dans un même plan.

  1. André BAZIN, Qu’est-ce que le cinéma, Edition du cerf, Paris, 1994, p.59

GODARD est très pessimiste quant à l’utilisation du montage au cinéma. Il relate dans un discours fait en 1995 que pour lui il n’y a pas vraiment montage au cinéma dans le sens où le montage tel qu’il est actuellement ne sert qu’à rapporter une fiction au spectateur (ce qui nous renvoie au montage narratif) alors qu’il aurait dû permettre d’introduire un sens au monde, de le montrer tel quel. Selon lui le montage en cinéma devrait servir à faire voir le monde tel qu’il est à travers une fiction. Cela n’a jamais été le cas selon lui et c’est pourquoi il pense qu’il n’y a pas de montage au cinéma. Ce type de montage se rapprocherait alors davantage du cinéma de EISENSTEIN, montage expressif évoqué plus haut , même si il ne correspond pas au montage idéal puisque selon GODARD " le montage, le cinéma ne l’a jamais trouvé " (1). Actuellement on peut retrouver du montage expressif dans les oeuvres de TARKOVSKI qui sont essentiellement basées sur le symbolisme.

Le montage permet aussi de donner un style au film (par le rythme par exemple) et c’est pourquoi le collaboration cinéaste/monteur est si importante. D’ailleurs bien souvent le réalisateur filme en fonction de l’idée de montage qu’il en a déjà.

A partir des années quarante, des réalisateurs comme RENOIR, WELLS ou HITCHCKOCK se sont révoltés contre l’importance jugée trop excessive qu’on accordait au montage. Aussi ils se sont essayés à l’utiliser moins et de ce fait ont favorisé les plans - séquences. Les cas les plus extrêmes étant La Corde d’Alfred HITCHCKOCK, puisque le film ne comporte que neuf plans et Octobre de EISENSTEIN où on retrouve au contraire trois mille plans pour un film de cent minutes (la norme dite classique est de six cents plans pour quatre-vingt-dix minutes de film). Mais actuellement cette guerre entre le montage et le non-montage (défendu par le théoricien André BAZIN) est passée et les films comportent à la fois des plans très longs et très courts.

Actuellement le découpage d’un film est très à la mode. Dans les universités, les écoles, l’analyse de film devient courante, et de ce fait beaucoup de gens s’intéressent au montage d’un film. De plus en plus, le spectateur comprend son importance, toutefois le monteur semble rester dans l’ombre. Qui connaît le nom du monteur du film qu’il vient de voir, ou même le nom d’un seul monteur ? Il y a donc injustice de ce côté là même si le réalisateur participe bien souvent lui aussi au montage.

(1) Jean-Luc GODARD, " A propos de cinéma et d’histoire ", discours prononcé lors de l’attribution du prix Adorno à Francfort le 17 septembre 1995, dans la revue " Trafic ", printemps 1996, p. 30

CONCLUSION

Au cinéma on décompose et on recompose le réel par le montage, comme dans les collages en peinture ou en musique. Le collage existe aussi dans d’autres domaines artistiques qui n’ont pas été évoqués ici tel la littérature (FLAUBERT), le théâtre (Le Happening)...

Ce qui a été le plus surprenant dans l’étude du collage a été de voir ces arts en quête de renouveau, de réflexion sur eux-mêmes alors que le cinéma lui venait de naître.

Le collage est le reflet de notre époque elle aussi fragmentée. L’accumulation d’informations diverses par différents médiats : télévision, journaux...pour la retransmission des actualités (donc de morceaux de réalité choisis) en est un exemple flagrant. La psychanalyse qui a pris naissance dans le même siècle nous a démontré que les rêves étaient une accumulation de fragments de la mémoire. Il était donc normal que l’art se pose la question du collage.

Le collage a permis aux artistes d’être polyvalents, un écrivain devenant peintre, un peintre devenant musicien... On peut se demander si cette redéfinition est positive. Cependant cette tendance ne s’est pas généralisée et paraît terminée, l’artiste semble donc ne pouvoir réellement exceller que dans un art. D’ailleurs même si certains artistes ont été pluridisciplinaires, leur renommée était bien souvent plus reconnue dans un domaine propre.

Le cinéma est un art d’équipe : il y a le décorateur, le photographe, les acteurs, le monteur, le cameraman etc. ; c’est donc d’autant plus un art du collage. Sa réussite dépend de chaque membre de cette équipe alors que le peintre par exemple se suffit à lui même.

Le rapprochement de ces arts distincts : cinéma, musique et peinture nous a permis de comprendre que l’art se posait souvent les mêmes questions et ainsi nous avons pu évaluer l’utilité quant à la connaissance de tous les domaines de l’art. Nous avons pu également prendre connaissance de la richesse de l’art du vingtième siècle et surtout mieux la comprendre en prenant conscience que ce sont des arts qui doivent être bien souvent étudiés pour pouvoir être appréciés.

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