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Université des Sciences Humaines de Strasbourg Enquête sur les publics de théâtre à STRASBOURG durant la saison 1995 - 1996 |
Septembre 1996 Edith SAUREL
AVERTISSEMENT
De nombreuses études ont déjà été entreprises sur le spectateur de théâtre. Toutefois, il nous semble important que celui-ci ait une place plus grande encore dans la vie culturelle actuelle, cest pourquoi nous avons voulu lui redonner la parole.
Pour se faire nous nous sommes tout dabord intéressés aux grandes caractéristiques dun spectateur de théâtre afin den rappeler la diversité et la richesse. Il ne sagit pas de faire une analyse détaillée de tout ce qui le constitue mais simplement de remettre en mémoire tous les éléments qui le caractérisent et de souligner sa situation actuelle.
Puis, afin dapprofondir ce sujet, nous avons voulu mieux connaître les spectateurs dune ville spécifique: Strasbourg. Notre but est simple : connaître la constitution, la réception, la spécificité, les motivations du spectateur de Strasbourg et décrire le cadre théâtral quoffre une ville comme Strasbourg à ses spectateurs.
Nous avons donc entrepris différentes études que nous avons confrontées avec les données avancées en première partie.
Notre second but était de constituer un témoignage sur les spectateurs de Strasbourg en 1995-96 qui puisse faire ressortir les aspects positifs et négatifs de son statut actuel.
Dautre part nous tâcherons de transposer nos données spécifiques au spectateur français afin, là aussi, de mieux faire ressortir les problèmes actuels.
PREMIERE PARTIE
LA PRATIQUE DU SPECTATEUR EN FRANCE
CHAPITRE 1:
ETRE SPECTATEUR DE THEATRE : UNE POSSIBILITE POUR TOUS
Le rêve, lutopie dun grand nombre de professionnels du théâtre est damener toutes personnes au théâtre. Non pas pour des raisons financières, mais parce quils pensent que la fréquentation des théâtres serait bénéfique à tous. Bénéfique, pour différentes raisons: tout dabord parce que la société actuelle étant basée sur lindividualisme, le lieu théâtral par son statut communautaire permettrait aux gens de se retrouver. Puis parce que, contrairement à dautres spectacles, le théâtre na pas quune fonction de divertissement ( même si elle est importante) mais est également un moyen agréable dévolution et de réflexion personnelle pour chaque spectateur.
Mais le théâtre permet aussi au spectateur de mieux se connaître et de se comprendre. Car, le théâtre quest-ce dautre que la représentation de rapports humains, de conflits sociaux, de tout ce à quoi l Homme peut être confronté: la haine, lamour, le désespoir mais aussi la pauvreté, linjustice, la guerre ...On suppose donc que l Homme peut évoluer positivement grâce à cette introspection.
Lunivers théâtral peut de plus lui enseigner un éventail de choses quil ne rencontre pas forcément dans la vie quotidienne, et lui suggérer alors de nouvelles ouvertures pour sa vie réelle.
En fait lutopie serait de faire de la population du vingtième siècle, ce quétaient les citoyens athéniens lors des dionysies dans lantiquité grecque.
Ayant une telle foi dans lacte théâtral certaines personnes sont allées jusquà dire quil faudrait obliger les gens à venir au théâtre. Cest ainsi que BRECHT aurait souhaitait établir l OGATIS ( obligation générale dassistance au théâtre comme spectateur ) ou encore Alain BADIOU qui déclare: " Tout résident âgé de plus de sept ans, sauf cas de force majeure, serait tenu dassister à quatre représentations par an au moins. " (1)
Toutefois ces considérations sont extrémistes, tout le monde nest pas de cet avis. Cest le cas dIsmaïl SAFWAN, metteur en scène qui déclare:
" Lart ne change pas le monde. Il nexiste plus cet espoir, aujourdhui. Mais ce nest pas une souffrance. Ce serait une souffrance si je croyais encore que le théâtre pouvait changer les choses. Cest clair que lart na plus cette fonction. Cétait déjà une utopie de le croire en 1978. Jy croyais pourtant. Tout le monde y croyait. Mais il se trouve que cela na rien changé du tout, et un jour on accepte le changement, on tente dexercer son métier différemment, non pas avec amertume, non pas avec regret, mais dune autre manière. Une manière probablement plus introspective mais tout aussi généreuse. Lart doit donner. Ce nest pas pareil de dire ça, et de dire que lart va changer la vie. Jai été frappé par la grève de la faim de MNOUCHKINE et des autres: ils sont allés jusque-là, ce que je trouve extraordinaire et en même temps dramatique. Je préférerais quune dame de cet
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(1) Alain BADIOU, Rhapsodie pour le théâtre, p 122.
âge ne soit pas obligée de mettre sa vie en danger. Mais elle est obligée den arriver là, de simposer comme personnage public. Elle na plus pris les moyens du théâtre que probablement elle aurait cherché à prendre à lépoque de LAGE DOR en 1978. Elle sest trouvée obligée, en 1995, de retourner à sa citoyenneté pure. " (1)
Sil est vrai que les effets du théâtre dont nous parlions sont à relativiser et que pour que le théâtre ait effectivement un intérêt social évident il faudrait que les spectacles proposés soient à la hauteur de leur public (nous détaillerons ce point plus loin). Cependant la nourriture intellectuelle et sensible quoffrent certains spectacles est de manière sûre bénéfique à beaucoup de spectateurs.
Pour faire profiter à tout le monde de cette vie théâtrale, beaucoup de personnalités se sont passionnément investies notamment au cours du vingtième siècle. La plus grande entreprise engagée en France fut certainement celle de Jean VILAR, aussi il nous a paru important de lui consacrer quelques instants.
Jean VILAR, directeur du TNP (Théâtre National Populaire) de 1951 à 1963 et fondateur du Festival dAvignon en 1947, avait pour but de faire découvrir à tous (ouvriers, cadres, étudiants,...) le répertoire moderne et classique du théâtre. Pour cela il entrepris de nombreuses actions. Nous citerons ici celles qui nous semblent avoir été les plus importantes pour lévolution du théâtre.
Pour que le public se sente à laise au théâtre et y accède plus facilement, il y instaura de nouvelles mesures visant à faire naître la notion de fête et de cérémonie: mise en place dune cafétéria, dune librairie, suppression des pourboires, gratuité du programme, prix des spectacles en très grande baisse, heure de représentation avancée ( 20h15 au lieu de 21h), organisations de débats avec les spectateurs, création dabonnements...Ces mesures sont encore actuellement en fonction.
Son objectif principal était de présenter à un public de toutes catégories socioprofessionnelles, des oeuvres de qualité à des prix très bas. Le théâtre devait être un service public et donc devenir pour chaque citoyen aussi indispensable que le gaz, leau et lélectricité. Il voulait que le sigle du TNP devînt aussi familier que celui de lEDF ou de la RATP.
Dautre part pour amener les non-spectateurs ( les ouvriers mais aussi les jeunes qui à lépoque étaient absents) il établit des liens avec des associations, des comités dentreprises, des clubs détudiants... Pour toucher le public ouvrier, son équipe allait directement sur place afin de le sensibiliser au théâtre (distribution de tracts, lecture de textes...). Pour les jeunes il organisa entre autre des matinées théâtrales gratuites pour eux.
VILAR souhaitait que le théâtre ait une fonction pédagogique permettant ainsi aux plus défavorisés dapprendre à mieux réfléchir, à développer leur imagination...Cest pourquoi ses mises en scène étaient suggestives pour permettre
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(1) Ismaïl SAFWAN dans la revue Hebdoscope, octobre 95, p.54.
de faire travailler lesprit créateur des spectateurs. Les héros de ses pièces étaient rendus accessibles parce que VILAR cherchait à en faire jaillir leur profonde humanité.
VILAR se voulait éducateur de la société : "Il sagissait doffrir par le théâtre, aux personnes de la plus simple condition, une représentation des problèmes sociaux et politiques: conflits de générations, désobéissance à lautorité; etc.; et de refuser les complaisances du théâtre de pur divertissement; et de ranimer en même temps le sens civique et le goût de la démocratie ". (1)
Nous ne relaterons pas ici toutes les tentatives entreprises par Jean VILAR ce nest pas là notre propos. Nous voulions simplement évoquer une des plus grande entreprise populaire et montrer, malgré lénorme investigation de Jean VILAR et de son équipe, que ceux-ci nont pas véritablement réussi à rendre populaire le théâtre.
Il est vrai que les jeunes sont venus massivement au théâtre (et quils en sont à présent le public majoritaire), que limage élitiste du théâtre a été, en partie, cassée; mais VILAR na pas réussi à faire venir, par exemple, un nombre très important douvriers au théâtre.
VILAR: "Ce travail qui a été pour moi pendant des années celui dun théâtre populaire, il faut le considérer, en faire une étude sévère et se demander, sil a touché, sil a accompli sa mission. Je sais bien que je ne lai pas accomplie. Et je peux même dire que la notion de théâtre populaire dans notre société, telle quelle est à lheure actuelle; est une utopie. Mais cest une utopie pour laquelle nous nous sommes battus (...). Un théâtre populaire est tout de même, comme nous lavons conçu, et avec des corrections profondes encore une chose nécessaire. " (2)
Ainsi, sil est vrai que la notion de théâtre pour tous est enthousiasmante elle est très difficile à mettre en place. Toutefois, malgré ces différents échecs, cette utopie est encore actuellement dans certains esprits.
Aussi des tentatives ont encore lieu de nos jours pour amener les exclus au théâtre. Effectivement, de nombreuses pièces sont jouées dans les cités en banlieue de grandes villes afin de toucher les milieux défavorisés. Il sagit le plus souvent de pièces modernes qui traitent de sujets concernant directement cette population.
Ahmed MADANI, travaillant depuis dix ans dans les cités avec sa troupe de professionnels:
" Avec du moche, jai fait du beau. Je permets ainsi aux hommes de découvrir la beauté quils ont en eux, je leur rends leur dignité, leur prouve que leurs histoires sont racontables. Souvent on me demande pourquoi je ne minstalle pas à Paris, avec le succès qui vient...Mais moi, je veux parler de là où ça fait mal. Et la banlieue est lenjeu social des vingt prochaines années. Cest ici que la jeunesse a un choix à faire: être porteuse davenir ou de destruction. Il faut inventer de
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(1) citation de VILAR retranscrite dans Le théâtre populaire selon Jean Vilar par P. WEHLE,
p. 187.
(2) Ibid., p. 229.
nouveaux modèles sociaux et lui montrer quil y a dautres moyens dexpression que de brûler des voitures: le théâtre est un bon moyen dy parvenir. " (1)
Mais dans ces expériences la communion démocratique nexiste pas. Faire du théâtre pour une certaine catégorie de spectateurs ce nest pas faire du théâtre pour tous, et cest à cette ségrégation quon tend actuellement.
Doù viennent ces difficultés insurmontables auxquelles se heurtent ceux qui cherchent à rendre populaire le théâtre ?
Nous évoquerons ici celles qui nous semblent être les plus importantes aujourdhui: le cadre de vie de certaines catégories de personnes, le manque de communication dans les théâtres, la cherté des places de théâtre, le manque dinformation, la situation actuelle du théâtre et de ses pièces et les envies culturelles actuelles des français.
Nous trouvons deux types de non-spectateurs.
Premièrement les gens dits cultivés qui ne vont pas au théâtre parce quils préfèrent la facilité (télévision, certaines catégories de films...) et pour qui le théâtre est synonyme dennui. Certains iront alors voir des pièces de boulevard mais rien dautre.
Deuxièmement il y a les gens pour qui la culture, le théâtre, est inaccessible. Pas seulement financièrement mais aussi psychologiquement. Cest limage du théâtre dautrefois réservé aux riches et aux intellectuels.
En dernier lieu il y a tout simplement ceux qui naiment pas le théâtre parce quils ne sestiment pas sensibles à cet art.
Nous ne nous attacherons donc pas à amener malgré eux ces personnes au théâtre, mais nous tenterons de relever ici tout ce qui peut handicaper ces non-spectateurs..
Intéressons nous dabord aux ouvriers car en tant que spectateur de théâtre ils sont très minoritaires. Sils ne viennent pas au théâtre cest en grande partie à cause du travail astreignant quils doivent fournir et de leurs horaires spécifiques ( ils travaillent soit très tôt, soit très tard dans la journée). Ils ont de plus, du fait de leur statut professionnel, davantage envie de se divertir que de réfléchir. Et il est vrai que voir une pièce de théâtre demande la plupart du temps de la réflexion.
De plus la télévision, qui accentue cet état de non réflexion, est une facilité pour louvrier. La personne habituée à ce loisir facile se rendra plus difficilement au théâtre.
Pour que la culture leur devienne plus facilement accessible, il faudrait donc quil y ait amélioration des conditions de vie, de travail et une éventuelle planification des loisirs.
Jacques DUHAMEL, ministre des affaires culturelles en 70 déclare à ce sujet :
" Je crois que le cadre même de lexistence, dans ce quil a de plus familier, est la condition de lépanouissement culturel, une architecture de qualité, des formes améliorées par ce que lon appelle aujourdhui le design, un environnement
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(1) Ahmed MADANI dans la revue Télérama du 24 janvier 96, p. 42.
naturel restauré dans sa pureté et dans son accessibilité, voilà aussi une des conditions du développement culturel. " (1)
Francis JEANSON pense également quun des grands problèmes est le manque de communication entre les gens. Suite à une pièce jouée dans les banlieues à Châlon sur Seine, il sest aperçu que les gens prenaient un réel plaisir à échanger leurs impressions, à être entre eux. Le manque de convivialité serait donc un facteur à prendre en compte pour rendre le théâtre plus attractif.
Celui-ci souligne dans son livre Laction culturelle dans la cité, une autre difficulté qui concerne lemplacement des théâtres. Il faudrait quils soient situés au coeur des cités, amenant non pas seulement les gens de la cité mais également les autres, il devrait donc y avoir inversion totale de la situation actuelle.
Autre handicap à laccessibilité du théâtre: les prix. Il est vrai que Jean VILAR proposait des prix bas et quil na pas réussi à ramener les ouvriers en grand nombre au théâtre mais ce fait ne constitue pas une raison pour que les prix soient actuellement si élevés. Car quelques soient les disponibilités prises pour rendre le théâtre plus populaire, la cherté des places reste un handicap majeur et confère de plus au théâtre une image élitiste rebutante.
Olivier DONNAT: " Le prix est un second facteur dont limportance est trop souvent minorée, sinon ignorée, dans le domaine culturel: les tarifs des biens et services culturels- quil sagisse des places de cinéma, des billets de spectacle vivant, des livres ou des journaux- ont augmenté nettement plus vite que lindice général des prix, à la différence de ceux de laudiovisuel. " (2)
La baisse des prix, bien quelle ne constitue pas à elle seule lassurance dun théâtre populaire reste donc un élément à ne pas négliger. Il faudrait donc revisiter les prix et pour cela il serait nécessaire que laide financière du gouvernement soit plus importante. Ce qui nest pas partie gagnée lorsquon entend quactuellement le gouvernement souhaite baisser de 20 % les subventions théâtrales.
Un autre problème : le manque dinformation et de publicité des théâtres. Effectivement dans notre société actuelle de sur-consommation et de sur-information, linformation doit être sans cesse répétée pour que les gens y prêtent attention. Il faudrait peut-être organiser un matraquage publicitaire pour amener les gens au théâtre. Cest ce qui se produit pour les grandes productions parisiennes, mais une publicité devrait se faire pour le théâtre en général.
Autre difficulté évoquée par Bernard DORT : le manque de souplesse des spectacles.
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(1) citation de DUHAMEL dans Laction culturelle dans la cité par F. JEANSON, p. 175.
(2) Olivier DONNAT, Les français face à la culture, p. 336.
" Aller au théâtre nest pas facile. Le cinéma est à portée de main. Du moins, on peut choisir: entre le Quartier latin et les Champs- Elysées, entre les Halles et les Boulevards, ... Et nimporte quelle heure de laprès-midi ou de la soirée fait laffaire. Vous avez du temps à perdre entre un cours et un rendez-vous, ou vous ne réussissez pas à écrire un article...il y a bien là pas trop loin, un cinéma prêt à vous accueillir. Avec le théâtre, rien de tel. Pas dimprovisation de dernière minute. Il faut avoir retenu sa place à lavance ou inscrit sur son carnet la date de la générale, et le jour dit, à lheure prescrite (ou bien avant, les transports aidant) être disponible. Tant pis si, à ce moment-là, on ne se sent pas dhumeur à " sortir " ou si un regain dinspiration est venu relancer larticle récalcitrant...il faut y aller. " (1)
Dautre part, de nombreuses pièces de théâtre proposées actuellement ne sont pas à la portée de tout public. Celles-ci sont créées en fonction dun public actuellement assez élitiste, et ne peuvent donc pas souvrir à tous spectateurs. Il serait donc vain damener les non-spectateurs au théâtre si les pièces proposées ne leur sont pas accessibles.
Jacques DUHAMEL: " Le théâtre est lun des moyens (...) aujourdhui encore, les plus vivants qui permet à la vertu de communion de se manifester. Il doit sefforcer de rester un moyen de communication exemplaire avec le plus grand nombre. (...) Le problème du théâtre est, en effet, celui de son public. Le rôle de lEtat nest ni daider ceux qui se confinent à un répertoire désuet, ni ceux dont lesthétique aboutit à faire fuir le public. Cest un égal mépris que de jouer trop bas ou de prétendre jouer trop haut. Notre rôle est daider ceux qui essaient de concilier leur propre recherche avec celle dun public nouveau. " (2)
Et aujourdhui lécart entre un théâtre élitiste et de pur divertissement se fait très fortement ressentir. Un réel problème se situe donc également à ce niveau là.
Il faudrait créer des spectacles qui puissent plaire à tout public.
Pour cela il sagirait détudier ce quaimait le public dans les grands succès populaires. Les genres les plus appréciés sont les spectacles de foire, dopérette, de cabaret, de cirque, ainsi que la parodie, lexotisme, lorientalisme.
Tous ces points convergent vers un même sens: le goût du visuel, dailleurs largement adopté par la télévision. Sans oublier lintérêt pour lidentification et le suspens qui devront être présents dans un spectacle.
Sans céder à la facilité dun pur divertissement creux, lintégration de ces thèmes est peut-être un moyen de faire venir les non-spectateurs au théâtre. Car si ceux-ci voient un spectacle qui ne leur plaît pas alors quils vont au théâtre pour la première fois, il y a de grandes chances pour quils ny retournent jamais. Si en revanche on les emmène voir des spectacles qui sont à leur goût tout en les initiant
progressivement à des pièces plus difficiles, ils pourront peut-être, grâce à cette éducation théâtrale, accéder à de grandes pièces dans lesquelles ils trouveront eux aussi du plaisir et de la réflexion.
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(1) Bernard DORT, La représentation émancipée, p.167.
(2) DUHAMEL cité par Tristan LECOQ dans le hors série n° 5 de la Revue du Théâtre
" la position de spectateur ", p.93.
Dautres pensent également qualler voir des spectacles de qualité demande un certain apprentissage pour que certaines personnes puissent savourer un spectacle. Cependant pour eux cet apprentissage ne se ferait pas au niveau du spectacle même, mais serait une formation préalable, sorte d école du spectateur selon la formule dAnne UBERSFELD.
Dans cette école du spectateur différents travaux doivent seffectuer.
Pour Anne UBERSFELD il devra y avoir un travail de mémorisation (pouvoir se souvenir danciens spectacles, dimages lors de la pièce... afin que le spectateur se forge une culture théâtrale). Puis il devra apprendre à lire les signes dun spectacle par rapport aux objets, à lespace, aux comédiens... afin que le spectateur puisse réfléchir sur le sens de ces signes (pourquoi une lumière blanchâtre, pourquoi un costume rouge etc.).
De cette manière le spectateur pourra aboutir à une analyse réfléchie de la pièce.
Pour Anne UBERSFELD, le spectateur occidental sattache trop à la fiction cest pourquoi il faut laider à déchiffrer les codes par une école du spectateur.
Pour certains spectateurs lappréciation de spectacles demande donc, selon elle, un apprentissage.
Jean DOAT pense de même. Selon lui le non-spectateur doit être également éduqué pour devenir un spectateur à part entière. Soit par des écoles ou des associations de spectateurs, soit par la pratique de limprovisation:
" Ainsi considéré comme un moyen déducation, comme un exercice de gymnastique mentale complet et naturel, comme un facteur indirect damélioration morale de lindividu, comme un rapprochement avec la vie de lesprit, rarement, pour ne pas dire jamais, comme un mode de représentation, limprovisation doit trouver sa place à lécole et dans les groupements populaires. Elle prépare, pour le futur, des générations de spectateurs naturellement replacés sur le terrain et dans le climat nécessaire à un véritable art dramatique. " (1)
Pierre-Aimé TOUCHARD montre dans son livre Lamateur de théâtre ou la règle du jeu quil est favorable à une école de spectateur qui consisterait en un apprentissage de règles de jeu; comme on en apprend pour un match de football mais ici cest pour aller au théâtre. Pour être joueur il ne faut pas être passif, il sagit de deviner le jeu secret de chacun des personnages, les intentions, les changements... Pour pouvoir jouer à ce jeu, celui-ci propose de travailler limagination et de faire des exercices visant à la développer.
Ainsi de nombreuses personnes sintéressent à la pratique du spectateur et à son accessibilité.
Cependant les détracteurs diront que ces initiations aux codes théâtraux peuvent être inutiles parce que certaines personnes préfèrent se laisser porter par leur sensibilité sans chercher consciemment des sens et, dautre part, ce sont des méthodes qui peuvent être rebutantes pour le spectateur novice à qui laspect difficile du théâtre apparaîtra peut-être encore plus grande. Il est à craindre que ces méthodes dinitiation du spectateur nattirent que très peu de non-spectateurs.
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(1) J. DOAT, Entrée du public, p.183.
Terminons cette énumération par deux points importants.
Tout dabord limage du théâtre est à nouveau mauvaise puisquon le ressent comme élitiste. Il ne pourra jamais être populaire avec une telle étiquette.
DORT dénonce à ce propos la cérémonie des molières qui amène le téléspectateur à croire que le théâtre appartient aux intellectuels et aux bourgeois:
" Quoi cest donc là limage que le théâtre prétendument unanime, donne de lui-même à quelques millions de téléspectateurs ! Cest ainsi quil se présente ! Cest cela quil prétend être ! Je me cru revenu trente ans en arrière au temps où, à Théâtre Populaire, nous bataillons contre le théâtre bourgeois. "(1)
De plus dautres émissions de télévision nourrissent actuellement cette image du théâtre. Les seules pièces diffusées à lécran sont soit des pièces de qualité mais ennuyeuses parce que sans vie sue le petit écran, soit des pièces de boulevard sans intérêt.
Alors que, justement, il serait très bénéfique de faire des émissions sur le théâtre démontrant aux spectateurs lintérêt de cet art qui leur est aussi accessible.
Dautre part pour que son image devienne populaire, il faudrait définitivement changer ces architectures de hiérarchisation et de luxe que sont les salles à litalienne; même sil est en vogue actuellement de renouer avec ce genre de salle.
Le dernier problème que nous relaterons ici est plus délicat et difficilement surmontable puisquil concerne la société actuelle. Effectivement si le théâtre nest pas populaire cela vient aussi de létat actuel de la société quil est difficile de changer.
Olivier DONNAT: " Minée de lintérieur par le travail de sape des avant-gardes et
la fièvre contestatrice de la fin des années soixante, menacée de ringardisme dans le face à face permanent que lui impose léconomie médico-publicitaire, et ne répondant plus aux exigences dune société dominée par léconomie, la conception de la culture héritée des Lumières sest trouvée soumise à rude épreuve. Dans une société obsédée à la fois defficacité et de performance, de distraction et de spectaculaire, elle doit affronter une double opposition. Celle, dune part, de tous ceux qui contestent lintérêt de linvestissement culturel au nom de lutilitaire ( vision purement instrumentale du système de formation, préférence pour les loisirs utiles , pour la carrière professionnelle ) et celle, dautre part, de ceux qui mettent en avant le droit à lentertainnent, à la distraction et à lévasion. Dans un cas, la culture est accusée déloigner de la réalité, des devoirs et des obligations de la vie quotidienne, et doit sans cesse apporter la preuve que, loin dêtre une dépense somptuaire (en temps, en argent...), elle constitue un investissement; dans lautre cas, elle doit se faire pardonner dêtre exigeante, de réclamer des efforts quand on a besoin de délassement, ou de divertissement, de rappeler la dureté du monde ou le tragique de la condition humaine alors quon aspire à y échapper. " (2)
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(1) B. DORT, Le spectateur en dialogue, p.85.
(2) O. DONNAT, Les français face à la culture, p.364.
Toutefois, on pourrait penser que, du fait du statut de la société actuelle, le théâtre est en train de devenir, par opposition, de plus en plus nécessaire.
Il est de plus en plus difficile damener les gens au théâtre car au théâtre il y a introspection, rassemblement, rapport direct (sans écran) avec les acteurs..., des éléments dont les gens nont plus lhabitude de côtoyer.
Jean-Pierre VINCENT: " Le théâtre sera bientôt le dernier meeting, le dernier endroit où des personnes se retrouvent en un même lieu autour de paroles qui les concernent. Sans le truchement dun instrument. Un lieu où des personnes réelles jouent leur peau devant de vraies peaux. Le meeting était politique, maintenant les meetings politiques se font par le biais dinstruments audiovisuels, il y a même des négociations syndicales qui se font par le truchement de téléviseurs. Le théâtre seul reste le lieu où lindividu, avec toutes ses caractéristiques, est respecté dans sa sensibilité, son intelligence...enfin quand nous réussissons notre coup ! Et cest en cela quil est un lieu de démocratie, au sens où sy exerce la relation entre lindividu et la collectivité: il sadresse à la collectivité à travers lindividu et lindividu à travers la collectivité." (1)
Ainsi rendre le théâtre accessible à tous reste aujourdhui encore une utopie mais comme la dit VILAR cest une utopie pour laquelle il est important de continuer à se battre.
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(1) J.P. VINCENT dans la revue Théâtre/Public n° 55, p.12.
CHAPITRE 2 :
STATISTIQUES SUR LE SPECTATEUR DAUJOURDHUI
Le statut du spectateur de théâtre sest transformé sans cesse depuis lorigine du théâtre.
Son appellation même a évolué : de foule il est passé à public et de public à spectateur. Ces seuls mots démontrent que son rôle est devenu de plus en plus important au fil des années.
Le spectateur actuel est un être sage et respectueux comme il ne la jamais été. Peut-être même excessivement car certains revendiquent le public bruyant du seizième siècle.
Jean DOAT " Il fut des temps où lart dramatique était grand . Et la nostalgie vient à celui qui pense au miracle grec, au Moyen Age, au dix-huitième siècle espagnol, au Théâtre Elisabéthain. A ce moment-là le théâtre était à la foule; il était bien la chose de ce public houleux, passionné et sans respect qui buvait, mangeait, criait et se bousculait, mais maintenant le dialogue continu avec lautre vraie vie qui, là-bas, sur la scène, se déroulait suivant des conventions établies. Quelques chose comme de nos jours un grand match de football. Mais où lâme communautaire retrouvait son écho dans lâme de chacun. Alors passait sur des milliers de têtes levées un grand souffle de violence et dexaltation qui, maintenant, ne trouvent plus leur expression partielle quà loffice religieux, au match, au meeting politique, dans lémeute ou dans la guerre. " (1)
Dailleurs, le trouvant trop inexpressif, dans les années 60-70, de nombreux metteurs en scènes ont tenté de le rendre plus actif: cest le théâtre politique (PISCATOR, BRECHT), le happening, le théâtre de lopprimé...
Lindividu qui se rend au théâtre devient important et le terme de public tombe en désuétude au profit de celui de spectateur. Ce changement dappellation traduit un intérêt nouveau porté à lindividu-spectateur et non plus à la masse-public.
Les spectateurs actuels sont de moins en moins nombreux alors que lengouement pour le théâtre est lui grandissant: le nombre de spectacle proposés est de plus en plus grand, les demandes de subventions augmentent ainsi que le nombre de troupes damateurs. Loffre est devenue plus importante que la demande.
Toutefois le spectateur de théâtre, grâce à la décentralisation mise en place notamment par Jeanne LAURENT, Jean DASTE... en 1946, est de nos jours présent à Paris comme en Province. Même si les parisiens par rapport aux provinciaux sont tout de même beaucoup plus nombreux à se rendre au théâtre. Il est vrai que cette décentralisation ne sest pas poursuivie comme elle aurait dû mais a permis à chaque individu davoir la chance de pouvoir aller au théâtre sans
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(1) Jean DOAT, Entrée du public, p.11.
devoir se déplacer trop loin de chez lui, puisque la plupart des villes moyennes possèdent un lieu théâtral.
Etudions à présent la fréquentation théâtrale à laide de tableaux.
année |
1964 |
1967 |
1973 |
1981 |
1988 |
% de spectateurs de théâtre dans la population |
21 % |
20,9% |
12,1% |
10 % |
7 % |
Nous assistons donc à une baisse flagrante de la fréquentation des théâtres. Sans pouvoir donner de raisons évidentes nous pouvons tout de même énoncer des faits concrets:
- multiplication des divertissements, avec la télévision, le music-hall, le cinéma...
- limage élitiste du théâtre
- leffort que les spectacles modernes demandent au spectateur de théâtre (concentration, réflexion) qui raréfie linitiative daller au théâtre
- la cherté des places dans une société en crise (chômage...)
- le manque de souplesse de lévénement théâtral par rapport aux nouveaux loisirs, au niveau des horaires, de la location des places...
La fréquentation baissant, on tente par tous les moyens damener les spectateurs à son spectacle. Cest pourquoi, vu la multitude des créations, il sagit de prouver que son spectacle est plus intéressant que celui du voisin. Aussi le budget publicitaire est pour certains spectacles énorme, et celui-ci doit contenir des vedettes pour pouvoir attirer du monde.
Ainsi toutes sortes de spectacles théâtraux ayant leur spécificité naissent, notamment des spectacles interactifs: spectateurs qui votent (MARIE-ANTOINETTE de Robert HOSSEIN) , spectateurs actifs physiquement (LAGE DOR de MNOUCHKINE), spectateurs déguisés (MOZART ET CHOCOLAT par le THEATRE DE LUNITE)...
Laspect ludique et lidée dexceptionnel doivent apparaître pour faire venir les spectateurs qui se déplacent alors en masse. Ou alors, on monte des classiques (MOLIERE, RACINE...) car là aussi le public se précipite. Sinon faire venir les gens au théâtre devient de plus en plus difficile.
Cependant, sur les cinq dernières années lannuaire statistique de la culture de 1995 relève que les entrées payantes dans les théâtres sont à peu près constantes (avec une hausse pour la saison de 1990-91). De plus les entrées dans les théâtres publics sont plutôt en augmentation à la défaveur des théâtres privés. Même si cet état de cause na pas créé une augmentation, ceci a permis à la fréquentation théâtrale de se maintenir, ce qui est tout de même positif.
Dautre part, le taux de fréquentation des théâtres dans lannée est en moyenne de 2,5 : 64 % des spectateurs ne se rendant quune à deux fois au théâtre contre 36 % qui y vont plus de trois fois dans lannée.
Olivier DONNAT confirme dailleurs cette donnée: " La majorité du public qui se rend dans les lieux culturels le fait de manière exceptionnelle; sur dix personnes fréquentant un lieu culturel, quil sagisse de salle de concert, de théâtre ou dopéra, de musée ou de galerie, six à sept selon les cas ne le font quune à deux fois dans lannée. Quelle que soit la sortie ou la visite retenue, la majorité du public est constituée de spectateurs ou de visiteurs qui sont guidés par une logique de loccasion ou de lexceptionnel: ils sont allés au théâtre, au musée ou même au cinéma à loccasion dun événement particulier, dun déplacement, de la venue de parents ou damis. " (1)
Claire BARNIER, par contre ne semble pas daccord: " Le public est, à en croire les statistiques, de plus en plus assidu, cest à dire que si les spectateurs sont rares, ceux qui fréquentent les salles le font avec de plus en plus dassiduité. " (2)
Etudions à présent le sexe dominant du public actuel.
| année | 1973 | 1981 | 1988 |
| hommes | 48,2 % | 44,5 % | 43 % |
| femmes | 51,8 % | 55,5 % | 57 % |
La proportion du public féminin est de plus en plus importante au théâtre (même si le pourcentage de femmes dans la population française est denviron 51%, ceci nexplique pas les 57 % de femmes qui vont au théâtre en 88).
Doù vient ce phénomène ? Nous ne pouvons émettre que des hypothèses.
Cela vient peut-être de lévolution de la place de la femme dans la société moderne qui sest de plus en plus affirmée. Et de ce fait, celle-ci sort davantage seule le soir assumant pleinement sa liberté et son indépendance. Dautre part ayant de plus en plus un métier( le sexe féminin représente actuellement 45 % de la population active contre 35 % en 1968), ceci permet aux femmes de soffrir sans gêne les loisirs quelles désirent.
La femme a en fait toujours eu une grande importance parmi les spectateurs de théâtre, ceci depuis que le théâtre est devenu un divertissement privilégié à la fin du seizième siècle. Par leurs goûts et leurs aspirations les femmes semblent donc davantage portées vers le théâtre que les hommes. On le remarque dailleurs dans les auditions décole de théâtre où les femmes se présentent dans des proportions bien plus imposantes que les hommes.
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(1) Olivier DONNAT, Les français face à la culture, p.177.
(2) Claire BARNIER dans son mémoire " la critique dramatique ", p.73
Autre caractéristique de ce public actuel: le niveau détude augmente.
année |
1973 |
1981 |
sans diplôme |
12,1 % |
5,5 % |
études supérieures |
34,1 % |
48,5 % |
Cette évolution nest pas propre aux spectateurs de théâtre car le nombre de gens accédant à des études supérieures est lui aussi en nette augmentation. Mais ce phénomène distancie encore davantage les gens moins cultivés qui viendront alors plus difficilement au théâtre puisquils sy sentiront étrangers. Dautant plus quon a vu que les spectacles se créent en fonction de leur public, ils sadresseront donc à la frange de population cultivée, le public potentiel
Toutefois, en 1981, Marc Petit relève après enquête que la constitution du public est la même depuis 1967:
35% de cadres supérieurs et de professions libérales
27% de cadres moyens
1% douvriers
Ces pourcentages nétant pas similaires à la constitution de la population française puisquon retrouve dans les statistiques des catégories socioprofessionnelles actuelles de lINSEE, 14,7 % douvriers. Le public de théâtre nest donc pas représentatif de la population actuelle mais dune certaine élite.
Etudions à présent à lâge des spectateurs de théâtre.
En 1989, on remarque que les 15-25 ans sont représentés à 34 % dans le public théâtral. Puis suivent les 25-34 ans: 14 %, les 35-44 ans: 16 %, les 45-54 ans: 14 %, les 55 à 64 ans: 11% et enfin les plus de 65 ans à 8 %.
Les spectateurs de théâtre sont donc en grande majorité des jeunes, cest une bonne nouvelle puisquils étaient très peu présents dans les années 60 et quils représentent, dune certaine manière, le public de demain.
Après cette carte didentité du spectateur actuel , étudions quelques chiffres intéressants donnés par létude de Jean-Michel GUY dans son livre les publics de théâtre paru en 1988.
- 61% de la population française nest jamais allé voir une pièce de théâtre professionnelle.
Ainsi il y aurait 61% de spectateurs potentiels ! Car si ces personnes ne viennent pas au théâtre ce nest pas parce quelles naiment pas le théâtre vu quelles ny ont jamais été.
Cette donnée fait réfléchir...
- 54% préfèrent la salle à litalienne contre 22% qui aiment plutôt lamphithéâtre moderne et 22% se plaisent à se trouver dans dautres lieux (plein air, appartement, prison...).
Ainsi la majorité préfère ce lieu antidémocratique qui a tellement été remis en cause au cours du vingtième siècle. Est-ce le prestige, la beauté de la salle, le goût du passé ? Sûrement. Mais ce qui est intéressant cest que les spectateurs occultent leur bien-être (visibilité de la scène, étroitesse entre les sièges...) au profit du plaisir des yeux, de la tradition...
Le cérémonial semble donc être apprécié.
Toutefois cest le public bourgeois qui lapprécie davantage, dailleurs dans le théâtre de boulevard où le public bourgeois est si important les salles sont essentiellement conçues à litalienne.
- La contenance idéale dune salle pour les spectateurs de théâtre serait de 400 places.
Le spectateur ne veut pas se sentir seul mais naime pas non plus être perdu dans la foule.
- A la question " quel prix vous paraîtrait normal pour une place de théâtre aujourdhui ? ", la moyenne des réponses est de 80F.
Le spectateur de théâtre de Province doit donc être relativement satisfait puisque dans beaucoup de théâtre cest le prix proposé dans un abonnement. Toutefois à Paris la plupart des places en abonnement oscillent entre 100 et 120F (sauf au TNP où elles sont à 80F).
- Toutefois, à la question " le théâtre vous parait cher ? ", 22% répondent très, 48% un peu.
Les réponses ne sont donc pas très cohérentes sauf si les spectateurs ne prennent pas dabonnement car les places sont alors autour de 150F à Paris et 100F en Province.
- Lorsquon demande aux spectateurs si leur dernier spectacle leur a plu, 67 % répondent beaucoup, 18 % assez, 10 % moyennement, 3 % assez peu, 2 % pas du tout. Les spectateurs semblent donc être positifs face aux spectacles théâtraux actuels.
Tous ces résultats nous montrent que le spectateur semble être relativement satisfait de sa situation.
Autres résultats intéressants:
- 95% des spectateurs déclarent ne pas aller seul au théâtre.
- le choix de venir au théâtre vient le plus souvent de la distribution (comédiens, metteur en scène) , de la publicité dans les médias, de la rumeur ou de conseils damis.
En conclusion, le profil principal du spectateur de théâtre actuel est donc quelquun qui appartient à une certaine élite: il est soit jeune (lycéen, étudiant), soit amateur fervent de théâtre, soit intellectuel et cultivé, soit dune catégorie socioprofessionnelle élevée. Ceci constituant malheureusement un ensemble plutôt homogène puisque élitiste.
Claire BARNIER: " A la rétraction économique et sociale du théâtre des masses majoritaires, populaires prôné par Vilar a succédé un repli total du théâtre sur lui-même qui sest traduit par un avant-gardisme élitiste. Le repli du théâtre sur lui-même la rangé dans la catégorie des arts hermétiques et intellectuels réservés aux initiés doù toute la notion de plaisir aurait été effacée. Puis un compromis parfaitement défini par la formule dAntoine Vitez: un théâtre élitiste pour tous qui cherche à réunir une minorité homogène. " (1)
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(1) Claire BARNIER dans son mémoire " la critique dramatique ", p.24.
CHAPITRE 3 :
LA RECEPTION DU SPECTATEUR
Comment fonctionne le spectateur de théâtre ? Cest la question à laquelle nous allons essayer de répondre ici. Nous ne nous attacherons pas à savoir sil est de sexe féminin, sil est riche, pauvre ou jeune; ce qui nous intéresse cette fois cest de connaître sa situation, sa position même de spectateur, son rôle et ses réactions face à un spectacle.
La personne qui vient au théâtre endosse son rôle de spectateur avant même darriver dans le lieu théâtral.
Celle-ci sest déjà mise dans des conditions spécifiques de réception puisquelle a inévitablement des préjugés sur lauteur, sur les comédiens jouant dans la pièce et souvent lu des critiques ou recueilli lavis dautres personnes. Elle ne sera donc pas neutre face à la pièce représentée.
De plus sa réception dépendra de divers éléments: son sexe, son âge, sa profession, son bagage culturel et théâtral , ses attentes du spectacle, son expérience et ses opinions personnelles...
Mais le spectateur sera aussi dépendant de son état psychologique actuel. Sil est fatigué ou en forme, sil est amoureux, sil vient de perdre un proche..., sa réception sera tributaire de ces éléments là.
Cest pourquoi il est important de faire la distinction entre spectateur et public.
Puis, une fois arrivé au théâtre il sera influencée par lendroit où il se trouve: son comportement différera si il connaît ou pas ce lieu, et si il sy sent à laise.
Cest pourquoi larchitecture et laménagement du hall dentrée du théâtre est importante. De nombreuses personnes sy sont dailleurs intéressées.
Bien sûr Jean VILAR qui y a apporté la convivialité en installant une librairie et un bar tout en tenant à ce que celui-ci instaure la cérémonie et le rituel. Afin que les gens puissent se préparer à être spectateurs, ce lieu devait inspirer le respect, la concentration, limpression dassister à quelque chose dimportant.
Dautres au contraire préfèrent y installer une ambiance très simple (comme Roger PLANCHON par exemple) dans laquelle le futur spectateur a la sensation dêtre dans nimporte quel lieu. Ceux-là préfèrent désacraliser le lieu théâtral .
Jean DOAT qui insiste sur limportance de larchitecture du hall dentrée va jusquà dire:" Il conviendrait détudier la hauteur du plafond ou les voûtes, les modalités déclairage, la couleur et la décoration des murs. " (1)
Ces réflexions quant à larchitecture du hall sont également valables pour la salle
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(1) Jean DOAT, Entrée du public, p. 110.
même du spectacle. DEMARCY nous rappelle dailleurs dans son livre Eléments dune sociologie du spectacle que limage du théâtre vient beaucoup de la salle à litalienne du fait de sa hiérarchisation (orchestre, balcons...) et de sa richesse omniprésente (couleur rouge et or...).
Le spectateur de théâtre fait partie dun public et sera influencé par celui-ci une fois le spectacle commencé.
Maurice DESCOTES: " Le spectateur de théâtre nest jamais seul. Entre le texte et lui sinterpose lacteur. Autour de lui sagitent dautres spectateurs, dont la présence transforme à son issu même, ses goûts, ses désirs, ses habitudes. " (1)
Deux cas de figures peuvent alors se présenter. Soit le spectateur aime la pièce et la majorité du public aussi, il est alors renforcé dans son opinion, et appréciera alors davantage la pièce; soit sil naime pas alors que les autres apprécient, et sera davantage négatif face au spectacle. Ses sentiments samplifient au contact des autres spectateurs. Aussi plus le public est important en nombre plus le spectateur aura une opinion tranchée.
Dautre part, le spectateur sera influencé par son placement dans la salle. Si il se trouve au milieu dun groupe positif ou négatif, son comportement en sera changé; de même que si il est isolé dans la salle. De plus si celui-ci est venu en famille, en couple, avec des amis, il sera particulièrement influencé par lopinion de ces personnes quil connaît.
Son attitude pourra également différer si le spectateur est venu par choix ou parce quil y a été forcé (classe venue avec un professeur...).
Autre facteur possible: les différents jours de la semaine. Un spectateur de la semaine sera souvent moins disponible que celui du samedi ou du dimanche. En ce qui concerne linfluence des différentes semaines du spectacle, Pierre ANDRIEU remarque dans une étude que le public devient moins bon à partir de la quatrième semaine:
" cette évolution proviendrait du fait quau public averti des premières représentations, auxquels les comédiens se fient pour adopter un style définitif, succède une deuxième vague de spectateurs aux exigences différentes et au comportement duquel le jeu sadapterait moins bien ". (2)
Ceci demeure nêtre néanmoins quune simple hypothèse.
La position du spectateur sera également soumise à des influences matérielles du fait de sa position dassis dans la salle. Sa concentration peut être modifiée si celui-ci est mal assis (siège pas confortable, pas assez despace autour de lui...), quoique certains utopistes pensent que lorsquun spectacle est bien, le spectateur passe outre sa position dassis; ceci nétant pas totalement faux mais doit être relativisé.
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(1) Maurice DESCOTES, Le public de théâtre et son histoire, p.1.
(2) P. ANDRIEU et R. RAVAR, Le spectateur de théâtre. Recherche dune méthode sociologique daprès M. Biedermann et les incendiaires, p.33.
Cette position dassis est dailleurs contestée par certains qui pensent que la position debout du parterre du Moyen Age, le rendait plus actif. Il est vrai que le fait quun spectateur soit assis, le rend plus conciliant face au spectacle puisque celui-ci se sent obligé de rester jusquà la fin du spectacle par peur de gêner les autres et de se faire remarquer. Toutefois ceci donne davantage de chances au spectacle de rattraper le spectateur, son jugement premier pourra éventuellement être remis en question.
Cependant toutes ces données ne sont pas spécifique au théâtre et peuvent être valables pour dautres spectacles (danse, concert, cinéma). Aussi intéressons nous à présent au fait théâtral et à la réception propre du spectateur de théâtre.
Une pièce de théâtre doit avant tout savoir capter lattention du public sinon celui-ci sen désintéresse.
Pour cela certaines règles sont à respecter: le rythme , la clarté, la progression de loeuvre, les intensités variables (lattention du spectateur ne peut être constante), la musique (elle doit entraîner le spectateur dans une certaine ambiance), les costumes (ils doivent lui permettre de se repérer), les corrélations entre loeuvre et son public (afin que le spectateur y trouve un intérêt personnel). Ceci constitue les grandes données que ne devra pas omettre le metteur en scène pour intéresser et capter le spectateur.
Le dernier point que nous venons dénumérer : lactualisation de loeuvre, constitue un point très important. Anne UBERSFELD remarque quil faut quil y ait actualisation de loeuvre en fonction du dictionnaire encyclopédique des spectateurs, de leur connaissance de lHistoire. Quand le texte ne peut pas du tout être modifié (alexandrins par exemple), le metteur en scène devra faire en sorte dactualiser le texte par les intonations et le phrasé.
Passons à la réception propre du spectateur face au spectacle théâtral.
Définition de Anne-Marie GOURDON dans le dictionnaire encyclopédique du théâtre:
" le mot réception, emprunté à la théorie de linformation, désigne laction exercée sur le spectateur par des stimuli sensoriels efficaces; il implique aussi linterprétation par la conscience de ces stimuli. La réception du spectateur comprend donc différents actes qui dans la réalité sont confondus: la sensation, la perception, le jugement. "
Le spectateur éprouve tout dabord une sensation dattente du déroulement des événements et de la fin de lhistoire racontée et parfois des héros qui sont souvent annoncés au début et qui tardent à apparaître (surtout dans le théâtre classique). La sensation dattente, denvie de savoir est donc omniprésente.
A ce propos, MERTZ qui a fait une étude sur ce sujet en a déduit que pour les occidentaux, la situation dattente et le suspens était très prenante et importante, alors que les orientaux privilégiaient laspect contemplatif.
Le théâtre, cest avant tout du plaisir et le spectateur en éprouve de différents: le plaisir de voir (costumes, acteurs...), dentendre (musique, voix...), de ressentir des émotions (rire, peur...), de contempler sur scène une fiction , de voir représenter des rapports humains (ce qui peut créer des réminiscences)...
Un autre grand plaisir pour le spectateur cest lidentification avec les héros. Celle-ci pouvant être plus au moins possible suivant les spectacles. Cette identification est plus intense au théâtre que dans dautres arts (cinéma par exemple), car le réel sur scène est très présent: les comédiens sont physiquement là, ce qui se passe sur scène se passe réellement (il ny a pas décran), les sentiments des personnages sont vraies, etc.
Il sopère donc une véritable mimésis.
Cependant celle-ci ne peut être totale; le spectateur est également soumis à ce quappelle Anne UBERSFELD la dénégation théâtrale.
Cette dénégation est obligatoire et se fait pour plusieurs raisons. Il est vrai que ce que voit le public est réel mais ce réel se passe dans un lieu spécifique: le théâtre. Le spectateur ne se trouve donc pas dans le monde réel. Le théâtre le lui rappelle dailleurs par sa frontière quil instaure entre la scène et les spectateurs. Le spectateur est donc détaché physiquement de ce qui se passe sur scène; de plus il sait quil na pas de prise sur ce réel théâtral (il ne touche ou ne parle pas aux personnages).
Il est vrai que cette frontière est parfois franchie (acteurs venant serrer la main à des spectateurs),cependant ce ne sont que de brefs moments. Sinon nous tombons dans des spectacles de théâtre très spécifiques (le happening...) qui ne nous intéressent pas ici.
Anne UBERSFELD: " Le théâtre est un réel, concret, mais séparé du reste de la réalité; le théâtre est un réel autonome, et de ce fait il a non pas le statut du rêve éveillé que dune certaine façon gouverne le rêveur, mais du vrai rêve que le rêveur ne gouverne pas, tout en y étant présent, qui simpose à lui comme un réel psychique incontournable. " (1)
Cette dénégation est dautant plus nécessaire quelle permet au spectateur daccepter les violences qui peuvent se passer sur scène et ainsi y réfléchir.
Ceci nous amène à parler de la catharsis. La catharsis permet, selon ARISTOTE la purgation des émotions fortes. Le spectateur voyant certaines scènes violentes (quelquun qui tue par exemple) sera purgé de ces situations quil naura plus envie de vivre dans la vie réelle.
Toutefois ce phénomène est contesté par beaucoup de gens.
ROUSSEAU par exemple pense quau contraire la représentation dactions violentes incite plutôt le spectateur à les reproduire.
Dautre part certains spectateurs sont davantage enclins à cette dénégation que dautres. Ceci dépendra de la personnalité du spectateur qui préférera davantage se laisser porter par le spectacle et sy identifier ou analyser et juger.
Ainsi se produira également lors de la dénégation, lanalyse des signaux donnés
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(1) Anne UBERSFELD dans La relation théâtrale, textes réunis par R. DURAND
p. 54.
par les différents éléments du spectacle: le décor, les lumières, les costumes, le jeu des acteurs, etc.
Tous ces signaux doivent être suffisamment visibles et clairs afin que le spectateur ait une compréhension suffisante de lhistoire et des messages quelle véhicule.
Le spectateur cherchera des sens à laide des signaux quon lui transmet. Celui-ci comparera alors tous ces signaux et fera son choix de sens. Ces signaux apparaissent à certains moments: mots ou actions clefs, le spectateur se forge alors des sens possibles quil comparera et analysera en fonction des autres moments clefs.
Le spectateur est tel un détective qui cherchera à élucider la vérité (sauf dans certaines pièces faciles où lon reconnaît le bon du méchant dès le départ).Cest pourquoi le spectateur doit être attentif, une phrase pouvant effondrer tous les sens quil sétait construit.
Le regard du spectateur est donc très actif.
Ce processus, chaque spectateur y est soumis et quelque soit son bagage culturel. Cest dans lanalyse des signes ou des codes plus cachés qui ne remettent pas en cause la compréhension réelle de lhistoire que peut sopérer une différence entre le spectateur averti et le novice.
Pour certains spectateurs un objet sera placé à tel ou tel endroit pour sa fonction utilitaire et esthétique, pour dautres celui-ci symbolisera quelque chose. Par exemple léclairage ne sera pas perçu comme fonctionnel mais sera analysé en fonction de sa teinte et de son intensité ( éclairage plein feux ou mitigé entraînera une analyse différente).
Ainsi grâce à lanalyse de ces signes, le spectateur formera son sens de la pièce de théâtre.
Dort souligne que cette conception de décodage de signes est à la mode au théâtre:
" cest devenu un refrain à la mode: sur la scène, metteur en scène, scénographe et acteur construisent des signes. La représentation ne nous livre ni le texte ni le réel. Elle met en signes la compréhension que peuvent en avoir ceux qui la font. Aussi sévertue-t-on à déchiffrer ces signes. QuArlequin brandisse sa batte, et lon y voit un phallus (...). Ce qui se passe devant nous cest le masque dautre chose. Les spectacles tournent au rébus. " (1)
Afin que le spectateur ne se perde pas, il faudra que ces signes ou signaux soient répétés plusieurs fois. Cependant la répétition trop systématique entraîne le désintéressement et lennui du spectateur. De même que labondance de signes qui de plus divergent, entraîne une saturation du décodage qui désintéresse également le spectateur.
Cependant il nest pas juste de dire que ce sont spécifiquement les spectateurs avertis qui se livrent à cette analyse des signes. Des amateurs fervents peuvent ne pas analyser ces signes car ils sont plutôt du côté du sensitif et ne se plaisent pas à décoder, préférant sentir ces phénomène du côté de linconscient. Ces signes sont pour eux sentis mais inexpliqués.
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(1) Bernard DORT, La représentation émancipée, p.163.
Mais il est vrai que certains éléments ne pourront pas être décodés par le spectateur profane. Car quelquun qui connaît lauteur, lhistoire de lesthétique théâtrale ..., pourra tirer certaines conclusions à lanalyse de codes.
Dautre part, il y a des pièces qui sont plus ou moins sujettes à lanalyse de codes.
Anne-Marie GOURDON: " Un spectacle qui suggère ne fait pas appel au même pouvoir de limagination quun spectacle qui indique, qui démontre. Le premier sadresse au pouvoir qua le spectateur de créer des symboles, le second à son pouvoir de souvrir à des situations nouvelles. " (1)
La perception du spectateur dépend donc de son savoir de ses compétences artistiques, mais aussi de sa sensibilité. Chaque spectateur perçoit alors le spectacle différemment mais ces perceptions différentes peuvent lui procurer le même plaisir.
Dautre part le spectateur est soumis à deux stratégies: la signification (on lui fait comprendre certaines choses),et, la manipulation (on veut le faire rire, pleurer...). Manipulation aussi dans le sens où son regard est poussé à ne sattacher quà certains éléments de la scène (là où laction se passe).
Mais il est important dans une pièce de laisser au spectateur un espace de liberté dans lequel il pourra observer le décor, léclairage, les personnages muets...Ainsi le spectateur pourra jouir librement de son imagination, et analyser patiemment les signes et les signaux. Denis BABLET appellera ce phénomène: "la perception créatrice du spectateur ".
Mais au théâtre le récepteur est aussi émetteur. Le spectateur communique son intérêt en émettant lui aussi toutes sortes de signaux aux comédiens: le rire , le silence constitue des caractéristiques de lémotion ou de lattention du public. Ou au contraire des bruits dans la salle: toux, craquements de siège..., suggèrent lennui des spectateurs. Pierre ANDRIEU remarque à ce propos quen début de spectacle les réactions négatives sont inévitables jusquà laccrochage: les premiers silences ou rires.
A ce sujet rappelons que les réactions du public ont évidement une influence sur le spectacle, les comédiens adaptant leur jeu sur ce quils reçoivent du public. Cest pourquoi on parle de bon ou de mauvais public en les mettant en cause dans la qualité du spectacle. Mais quest-ce quun mauvais public, celui qui ne comprend ou naime pas le spectacle ? La faute en viendrait alors au spectacle et non au public.
Le public est donc un élément agissant et influant du fait théâtral puisquil en fait partie intégrante, jouant un rôle sur la qualité de la pièce représentée.
La durée du spectacle conditionne également le comportement du spectateur. Tout dabord si il y a un entracte le spectateur pourra facilement sen aller si le
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(1) Anne-Marie GOURDON, Théâtre, Public, Perception, p.132.
spectacle ne lui plaît pas. Mais de nos jours, lentracte disparaît de plus en plus, il faut vraiment que le spectacle soit très long pour quil y en ait un.
Beaucoup de personnes mettent en cause sa suppression.
DORT, par exemple trouve que lentracte permet au spectateur de repartir dans le spectacle: " Peut-être rompt-il la continuité dramatique, frustre t-il de sa fascination tel ou tel spectateur ou, lorsque celui-ci sennuie, peut-il lencourager à quitter le théâtre, mais en tous cas, il le remet, au propre et au figuré, en mouvement. " (1)
Alain BADIOU veut lui aussi rétablir lentracte mais pour dautres raisons:
" Oui, je supplie les directeurs de théâtre, les metteurs en scène de maintenir ou de rétablir les entractes. Si mondains, si ennuyeux, si mal commodes soient-ils. Il est indispensable à létat du théâtre, qui est de montrer et sauver, dans la forme de lEtat, létat des choses au futur antérieur de son actualité, que le public se montre et se sauve comme public. Les spectateurs doivent séclipser dans une foule épaisse et tangible. Il faut entendre de sots commentaires, des exclamations, il faut des intrigues, des cabales, de belles femmes et des messieurs astreints à entrer en compétition civile avec les acteurs lumineux. " (2)
Il est vrai que lentracte permet aux spectateurs de se rencontrer et donne à lévénement théâtral une plus forte connotation de fête. De plus il nest pas bon de forcer la concentration du spectateur car son attention sera moins grande.
Sil ny a pas dentracte, il est bon que le spectateur connaisse à lavance la durée du spectacle afin que celui-ci puisse parceler sa concentration si le spectacle est long et si le spectacle est court, il sait alors quil peut se concentrer pleinement.
De plus la durée peut influer sur la décision de venir au théâtre; si le spectateur potentiel est fatigué et que la pièce dure trois heures, il ira moins facilement la voir.
A ce propos Dort pose la question: " Comment loger une soirée théâtrale dans une journée de travail ? La solution optimale, cest bien sûr de se trouver libre pour le théâtre ". (3)
Cest ainsi quil énumère les bienfaits des festivals, notamment celui dAvignon, même sil trouve que ceux-ci peuvent entraîner une saturation de théâtre.
A la fin du spectacle, les spectateurs expriment leur joie ou leur déception du moment quils viennent de passer. Il sopère alors une totale dénégation puisque lors des applaudissements , ils applaudissent non pas les personnages de la pièce mais la performance des comédiens, du metteur en scène, du décorateur...Cest dailleurs à cet instant que les comédiens sont eux même, ayant abandonné leur personnage.
A ce sujet, certains sont contre le salut des acteurs qui casse lillusion théâtrale. Cependant il est également vrai que la dénégation totale sopérera de toutes
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(1) DORT, Le spectateur en dialogue, p.77.
(2) BADIOU, Rhapsodie pour le théâtre, p. 62.
(3) DORT, Le spectateur en dialogue, p. 127.
façons. De plus les spectateurs ont besoin de sexprimer à leur tour.
Il est intéressant de voir que dans certaines pièces de théâtre, un moment de silence sopère avant les applaudissements. Soit parce que le spectateur na pas compris que cétait la fin du spectacle (les signaux nétaient pas suffisamment bien émis), soit par besoin de se remettre de leurs émotions et de revenir dans le monde réel.
Notons quant à lappréciation dun spectacle, quil ne faut pas que celui-ci retrace uniquement des pensées et des messages totalement en accord et en concordance avec celles du spectateur. Car, ce dernier appréciera dévoluer, de connaître de nouvelles choses sans pour autant bien sûr que tout ceci soit incompréhensible ou en total opposition avec les idées du spectateur.
Enfin, la réception peut samplifier avec le temps. Il est évident que la réflexion, le véritable apport dun spectacle agit très souvent après la représentation.
Toutefois deux phénomènes extrêmes peuvent se produire:
Soit le spectateur na pas dans linstant trop aimé la pièce et lappréciera bien après. Dailleurs beaucoup de phénomènes inconscients se produisent et ne peuvent donc pas être quantifiés par le spectateur. Celui-ci névaluant pas concrètement les effets du spectacle qui pourtant linfluenceront plus tard.
Dautres peuvent avoir été très satisfaits pendant le spectacle (rire très fréquent...), mais se disent déçus après le spectacle car lapport du spectacle se limite à leur soirée passée.
Jean-Marie PIEMME: " Pourquoi privilégier le moment immédiat et visible de la réaction ? Quelquun qui réagit quinze jours plus tard, lorsque sa réaction est rentrée en conjonction avec dautres choses de la vie, doit-on dire quil a été moins concerné ? " (1)
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(1) Jean-Marie PIEMME dans la revue Théâtre/Public n° 55: le rôle du spectateur,
p.31.
CHAPITRE 4 :
LENFANT COMME SPECTATEUR
Beaucoup de gens pensent que lapprentissage du théâtre doit se faire dès lenfance, pour éduquer de futurs spectateurs.
Il est dailleurs indispensable de parler de cette catégorie de spectateurs, car ils forment à présent un public très important. Plus de trois millions denfants assistent chaque saison à une représentation théâtrale contre douze millions de spectateurs de plus de quinze ans.
Lenfant est un spectateur à part car il répond à des critères de réception différentes que ceux de ladulte. Lenfant ne reçoit pas lacte théâtral comme ladulte. Enumérons en quelques points:
- Lenfant par exemple ne comprend pas le rôle de certaines fonctions: décor, éclairage, costumes, musique...
- il est très sensible aux gestes (goût prononcé pour la pantomime), à la défaveur du texte.
- il lui faut des salles de petite contenance (surtout pour les tout-petits) pour pouvoir créer un rapport dintimité, pour mettre lenfant en confiance.
Bien sûr on rencontre des réactions identiques mais elles ne répondent pas aux mêmes aspects. Par exemple pour lidentification. Il y a effectivement identification chez lenfant mais celle-ci se produira en fonction de leurs critères denfant. Celle-ci se fera dune manière générale sur les personnages positifs mais aussi sur les négatifs si ils sont comiques, ou sur des personnages ayant un certain statut: pompier, gendarme, soldat...Les personnages seront dailleurs catalogués par lenfant dans les catégories de gentil et de méchant. Cette classification évoluant avec lâge des jeunes spectateurs.
Cest pourquoi un spectacle pour enfant doit avoir sa propre écriture, sa propre mise en scène, son propre rythme et sa propre durée.
Sa propre écriture parce quelle doit être assez simple pour que lenfant puisse la comprendre. Lhistoire et la mise en scène devant privilégier laction au détriment de la psychologie peu comprise chez les enfants. Toutefois la compréhension de lhistoire est parfois partielle mais cela nest pas forcément un facteur important pour lenfant qui peut tout de même apprécier le spectacle car ils y trouvent dautres satisfactions.
La compréhension nest pas la même que celle de ladulte: les enfants font peu la différence entre le réel et limaginaire. De plus leur vocabulaire est restreint. Pour que le spectacle soit compréhensible, il faut que le vocabulaire de la pièce soit connu de lenfant. Il faut aussi que lHistoire, la géographie ou la politique évoquées soit comprises par lenfant.
Lenfant a par contre une imagination beaucoup plus fertile que celle de ladulte. Cependant celle-ci nest en éveil que si elle est sollicitée, cest pourquoi le spectacle doit réveiller ce potentiel dimagination.
Christian LIGIER note que les différences avec les adultes se situent sur trois plans: le système sensoriel, le système logique et dialectique et le système culturel.
Le système sensoriel parce que lenfant sattache davantage aux détails quà lensemble de la pièce.
Le système logique et dialectique parce que la logique de lenfant est différente.
Le système culturel car lenfant possède très peu de références.
pourra établir sa perception en fonction: sil na pas aimé le spectacle il sera renforcé dans son lidée en pensant que le spectacle fait partie du domaine scolaire. Autre différence avec ladulte, lenfant ne fait pas véritablement le choix de venir au théâtre puisque ce sera la décision des parents ou de lécole.
Roger DELDIME relate dans son livre le théâtre pour enfants les situations qui impressionnent le plus les enfants:
- la libération cathartique au moment de la punition des personnages négatifs
- les possibilités dévasion offertes par des interventions magiques
- limportance des mécanismes de projection dans les phénomènes du spectacle
Il sagit en fait des scènes qui comportent le plus de charge affective.
Dautre part la durée du spectacle devra être réduite, lenfant ne peut pas se concentrer aussi longtemps que ladulte.
Cependant lécoute et lappréciation dun spectacle pour enfants dépendront des mêmes conditions matérielles quune pièce pour adulte: vision, place dans la salle, confort du siège, etc...
Le spectateur jeune sera également soumis aux réactions des autres spectateurs (surtout sil est venu en groupe). On remarque à ce propos que lenfant est beaucoup plus attentif sil vient avec ses parents, quen groupe.
En groupe, lenfant na plus toute sa spontanéité car il forge ses réactions sur celles de ses camarades. Les réactions dans une même classe sont souvent similaires.
Si lenfant vient avec ses parents celui-ci sera divisé entre sa spontanéité naturelle et limitation parentale.
Dautre part si lenfant vient avec lécole, il pourra établir sa perception en fonction: sil na pas aimé le spectacle il sera renforcé dans son idée en pensant que le spectacle fait partie du domaine scolaire.
Comme ladulte, lenfant ne sera pas non plus neutre avant de venir au spectacle: ses parents ou ses professeurs lui auront bien souvent parlé de la pièce.
Il y a à ce sujet deux conceptions: ceux qui préfèrent préparer lenfant avant de venir au spectacle et ceux qui veulent lui laisser entièrement découvrir le spectacle.
Ces derniers pensant quune préparation fausserait la spontanéité de lenfant.
Si préparation il y a, celle-ci se fait par une familiarisation avec loeuvre, une étude de lépoque et de lespace de la pièce, une étude des thèmes abordés et une initiation au langage théâtral. Ainsi sans pour autant dévoiler les clefs de lhistoire, lenfant est plus apte à comprendre et donc plus attentif et plus intéressé.
Ces deux idées sont fondées; mais il faudrait savoir si les spectacles pour enfants sont créés en fonction dun pré-savoir sur le spectacle ou non.
Toutefois, tous saccordent à penser que le spectacle pour enfants doit être exploité après la représentation; il faut quil y ait prolongation du spectacle pour que la réception de loeuvre soit complète.
Pour lenfant, spectacle est synonyme de récréation. Et cest pourquoi il poussera souvent des cris en début de spectacle. Lenfant cherchera dailleurs à participer dès quil le pourra: réponse à une question posée par lacteur, commentaire à haute voix, exclamation de surprise. Ceci constitue encore une différence avec ladulte. L enfant peut dailleurs faire penser au public spontané du moyen âge. Cest peut être aussi la proximité avec les comédiens qui fait croire à lenfant quil peut participer. La frontière scène/salle, fiction/réel nest pas encore évidente pour lui.
Dans le théâtre pour enfants il faut faire des distinctions entre les différents âges du public.
Tout dabord les plus jeunes (autour de cinq ans) sont assez silencieux au cours dune représentation. Ils ne constituent pas un public difficile car ils sont très réceptifs du fait quils se plaisent à mettre en marche leur imagination; pour eux cest une chose très commune. Dautre part, les enfants de quatre ans semblent être très sensibles aux accessoires des personnages, sattachant donc davantage à des détails.
Ceux qui ont autour de dix ans préfèrent les spectacles plus réalistes. Leur connaissance du monde évoluant rapidement, ils veulent au théâtre comprendre et porter un jugement sur celui-ci.
Après treize ans le public est plus difficile car ces jeunes sont au stade de ladolescence et ne recherchent principalement dans la création théâtrale que des réponses à leurs problèmes personnels. Il veulent sidentifier à des personnages qui pourraient être eux-mêmes.
Un certain nombre de personnes pensent quil nest pas bon de mélanger toutes ces tranches dâges. Car, comme on la vu, chaque âge a des aspirations différentes. Dautres pensent cependant que le mélange peut être positif; il peut permettre, par exemple, aux plus petits de se sentir en confiance lorsquil y a des scènes violentes.
Notons quil est impossible de savoir si lenfant est capable de décoder certains éléments dun spectacle. Mais si cela est possible ce nest pas avant lâge de dix ans.
Autre remarque: les enfants semblent préférer les pièces porteuses démotions profondes que les pièces pendant lesquelles ils sont excités. Et cest le rire et lhumour qui ont la préférence.
Pourquoi faire du théâtre pour enfants ?
Le théâtre permet de former la personnalité de lenfant, il est éducatif. Grâce au théâtre lenfant pourra découvrir différents arts: la peinture (par le décor), la musique, lexpression corporelle...Il pourra ainsi développer sa sensibilité artistique.
Le théâtre pour enfants tentera denrichir aussi limagination de lenfant.
Dautre part il est important que le théâtre pour jeune public soit de très bonne qualité car ce sont des spectateurs fragiles (leur personnalité, leur caractère, leur connaissance sont en état de recherche). Aussi pour faire du théâtre pour enfants, il faut acquérir un certain nombre de connaissances essentielles. Il sera donc profitable au metteur en scène, acteur et auteur de prendre contact avec la psychologie, la sociologie et la pédagogie afin de mieux connaître le fonctionnement complexe des enfants.
Quelques données statistiques et historiques du théâtre pour enfants:
Cest vers 1970 que le théâtre pour enfant connaît une évolution importante. Car auparavant, celui-ci était considéré comme un art mineur et on le réduisait à de petits spectacles de marionnettes. En 1979, création des Centres Dramatiques Nationaux pour lEnfance et la Jeunesse ( CDNEJ).
De nombreuses institutions et organisations se formèrent dans les années 70, et des colloques et festivals furent organisés pour réfléchir sur la spécificité de ce théâtre.
Six centres dramatiques pour lenfance et la jeunesse existent alors à la fin des années 70. Mais aujourdhui la progression sest arrêtée.
Même si actuellement le statut du théâtre pour enfant a évolué, il nest pas au même stade que le théâtre pour adulte
Il y a en France trente et un centres dramatiques nationaux dont seulement six ont une mission prioritaire de création et de diffusion en direction du jeune public.
Un C-D-N (centre dramatique national ) pour adulte est financé par lEtat sur la base dune contribution moyenne de 9 700 000 F; un C-D-N pour enfants lest trois fois moins: 3 030 000 F. De plus entre 1982 et 1992 le financement des C-D-N pour adultes a globalement augmenté de 76% contre 47 % pour un C-D-N enfant.
Autre fait: les spectacles pour adultes peuvent être achetés jusquà 100 000 F par représentation, les spectacles pour enfants ne doivent eux pas dépasser les 10 000 F.
Comme cest lécole qui amène le plus souvent lenfant au théâtre, cela permet aux plus démunis de sy rendre. Cependant le fait est que la hiérarchie sociale se fait déjà sentir , ce sont ceux dont les parents ont un métier assez élevé qui vont le plus au théâtre. Dautre part ce sont également les enfants des grandes villes qui y vont le plus souvent.
CHAPITRE 5:
LE CRITIQUE COMME SPECTATEUR
Définition de la critique dart dramatique dans le Dictionnaire Encyclopédique du Théâtre:
" Activité qui consiste principalement à rendre compte dans la presse quotidienne et périodique des nouvelles représentations théâtrales (créations doeuvres ou mises en scène nouvelles doeuvres anciennes), mais qui englobe aussi la chronique de la vie théâtrale. Dans un sens plus large, elle sétend à toute forme détude et de réflexion portant sur lart et la pratique du théâtre: son lieu dintervention est alors plutôt la revue spécialisée. "
Tout spectateur est critique, cependant nous nous intéresserons ici aux critiques professionnels. Ceux dont le métier est de critiquer les pièces de théâtre. Ce sont donc des spectateurs professionnels.
Le critique dramatique contrairement au critique littéraire par exemple, peut difficilement être objectif puisque celui-ci est spectateur, il est donc comme on la vu influencé par le public qui lentoure. Ce nest donc pas un jugement réellement personnel que celui-ci prononce. De plus il est comme tout spectateur soumis à différents facteurs: son état desprit du moment, ses préjugés sur la pièce, sur le metteur en scène...En fait il est dépendant des mêmes paramètres de tout spectateur, mais il est lui censé pouvoir porter un jugement explicatif sur la représentation.
A quoi sert le critique ?
Il peut permettre au spectateur de sélectionner ses spectacles ou alors lui donner simplement des informations sur la pièce de théâtre quil hésite à voir.
Pour devenir critique dart dramatique il ny a pas décole ou de formation spécifique. Il leur faut bien sûr avoir une bonne écriture et un goût prononcé pour le théâtre mais on ne leur a enseigné aucune règle quant à leur discipline. Ce manque de formation du critique dramatique est peut-être dailleurs une des causes du déclin de cette profession.
Les éléments contenus le plus souvent dans une critique sont: son appréciation ou / et celle des spectateurs de la salle, le résumé de lhistoire, les directions de mise en scène, le message du spectacle.
La critique est aussi une mise en condition des futurs spectateurs, car suite à la lecture dun commentaire ils se forgeront des opinions, des préjugés. Elle a une fonction de préparation au spectacle, mais également de mémoire. Cest une des seules traces quil reste dun spectacle une fois les représentations terminées.
Fabienne PASCAUD, critique dart dramatique à TELERAMA:
" Dans notre monde tourmenté, un critique cest quelquun qui aide à décrypter le monde daujourdhui, qui aide à se trouver des repères, qui aide à donner des pistes dans toute la création contemporaine qui aide à sy repérer, sy retrouver, qui aide à laimer et à y participer. " (1)
La critique dramatique commence avec la création de la presse moderne au début du dix-neuvième siècle. Avant la critique dite professionnelle nexistait pas. Au dix-septième siècle les critiques se font essentiellement par le public dans les cafés ou dans les réunions mondaines.
Au dix-neuvième siècle la critique se trouvait dabord dans les périodiques (tous les lundis): elle pouvait atteindre jusquà sept cent lignes et contribuait beaucoup à la vente du journal; puis elle est devenue journalière (larticle du lendemain) à la fin de ce siècle.
Jean DUTOURD: " Quand le critique apparaît dans un théâtre, cest un petit événement. Les trois têtes de la boîte à sel lui font dimmenses sourires, on lui offre son programme, on lui coule de tendres oeillades, on le dorlote, on le place au meilleur rang dorchestre. Les acteurs en jouant regardent sil sennuie ou sil est content. Quelquefois, les ouvreuses lappellent par son nom. On sexténue à le persuader quil est un homme important, capable de tuer lart dramatique en France (ou de le ressusciter), quun mot gentil dans sa rubrique, le lendemain, sera comme un rayon de soleil, mais quune restriction causera un dommage affreux."
(2)
Actuellement, le critique na évidemment plus une place aussi importante et son influence est devenue minime. Différents faits en sont peut-être la cause:
- le nombre grandissant dabonnés (spectateurs faisant donc confiance à lavance, les prospectus envoyés par les théâtres renseignent le spectateur qui peut faire son choix),
- limportance du théâtre dans la société a baissé (le taux de fréquentation théâtrale est de plus en plus bas). Les gens ne se précipitent plus pour lire une critique afin de savoir si une pièce est bonne, ils la liront éventuellement si ils avaient prévu daller la voir ou même après avoir vu le spectacle. Les moeurs ont changés. Le cinéma qui constitue lui un divertissement plus important que le théâtre dans la société actuelle possède des critiques importantes auxquelles sintéressent encore les gens. Ceci prouve bien que la baisse de la critique théâtrale est liée au manque dintérêt pour le théâtre.
De plus devant le nombre grandissant de créations théâtrales, le nombre de critiques devrait lui aussi augmenter mais celle-ci perdrait de son efficacité du fait même de ce nombre. Elle opère donc une sélection qui agrandit encore sa part de subjectivité.
Toutefois, cest surtout en Province que la critique disparaît alors que le nombre de pièces de théâtre est moins important quà Paris.
La critique actuelle annonce les spectacles mais donne de moins en moins son avis. Elle fait simplement acte dexistence du spectacle, lanalyse disparaissant
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(1) déclaration lors de lémission télévisée: Le cercle de minuit diffusé le 18 mars
1996.
(2) J. DUTOURD, Le paradoxe du critique, p.12.
elle aussi. Le critique retrace sa soirée, comme un reporter: description du spectacle et de lattention des spectateurs sans sinclure vraiment dans la soirée.
Aujourdhui, la critique théâtrale peut aussi se faire radiophoniquement (le masque et la plume sur France Inter, le jeu de louïe sur France Culture...), ou par la télévision. Mais elle constitue une critique partielle puisquelle parle surtout des spectacles se jouant à Paris et nest, de plus, pas très fréquente.
Autre remarque sur la critique actuelle: celle-ci sattache davantage à la mise en scène quaux acteurs et à loeuvre dramatique.
La disparition de la critique est-elle un mal ? La critique était-elle bénéfique ?
Jean DUTOURD, critique du début du siècle, se désignait lui-même comme un farceur, son critère de qualité des oeuvres dramatiques était simple: s il avait mal aux fesses la pièce était mauvaise.
Si les critères des critiques étaient de ce genre là, mieux vaut quils nexistent plus.
Bernard DORT remet dailleurs en cause la fonction des critiques bien quil lest été lui même:
" Spectateurs généralement fatigués, las daller tous les soirs pendant six mois de lannée de théâtre nest-ce pas créer le plus faux, le plus artificiel des publics ? Or cest à ce public que lon remet le soin de juger une pièce qui na pas pris définitivement forme, dont la mise en scène est encore floue, les acteurs pas sûrs, et de leur texte , et deux même. " (1)
Effectivement les critiques vont voir les pièces soit à la générale ou le soir de la première.
Aussi Dort propose t-il une critique autre qui fasse avancer la dramaturgie. Une critique qui soit non pas adressée aux futurs spectateurs mais au metteur en scène, à lauteur, aux acteurs de la pièce. Cette critique- analyse serait alors plus réfléchie et constituerait un support pour les professionnels du théâtre et permettrait aux spectateurs une meilleure compréhension du spectacle.
Cette critique existe dailleurs de nos jours. On la trouve dans les journaux des théâtres ou même dans quelques quotidiens. Cest une critique qui tente danalyser objectivement un spectacle. Le critique devient presque dramaturge.
Toutefois, cest une critique à part qui ne peut être comparée à lautre tant ses buts et ses aspirations sont différents.
Revenons donc à lautre critique puisque cest à celle-ci que nous nous intéressons.
Un critique est presque tout le temps quelquun de cultivé, il peut donc difficilement faire abstraction de cette culture. Cest pourquoi, par exemple, un
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(1) B. DORT, Théâtre Public, p.320.
spectacle quil jugera bon ne sera peut-être pas accessible au public. Les spectateurs ne peuvent donc pas toujours se fier à son avis.
Emile COPFERMAN dans Le théâtre populaire, pourquoi ? classe les critiques dart dramatique en trois catégories: celles qui jugent en fonction du passé, celles qui jugent en fonction des divers éléments dun spectacle (acteur, décor, texte...), et celles qui jugent en fonction de leur lecteur (par exemple si ce sont des lecteurs plutôt bourgeois jugement en fonction de leurs aspirations).
Dailleurs si une critique nest pas une analyse juste et réfléchie cest souvent parce quelle doit plaire aux lecteurs : par exemple être extrêmement négative ou positive pour accrocher lintérêt de lecteur. Ceci se pratiquait énormément au début du siècle, certains critiques allant jusquà linvention.
Ainsi le lecteur qui nira pas forcément voir la pièce se plaît à lire ces critiques. Mais là nest pas la fonction du critique et heureusement ceci est de moins en moins courant car les lecteurs se diversifient.
Nous avons vu quactuellement les gens se plaisent à lire les critiques après avoir vu le spectacle. En effet les gens ayant du mal à exprimer leurs sentiments et analyses de la représentation se complaisent à lire une critique qui retranscrit ce quils pensaient mais quils narrivaient pas à exprimer. Ainsi ceux-ci pourront trouver leurs arguments lorsquon leur demandera leur avis sur la pièce quils sont allés voir.
Par sa maîtrise du langage le critique, lui, y parvient et ceci fait partie de son rôle.
Mais on peut se demander pourquoi la représentation théâtrale en elle-même ne suffit plus au spectateur. Les enfants et le public populaire eux ne sen soucient guère. Les autres spectateurs ont besoin de cette référence afin de savoir sils ne se sont pas trompés sur leur plaisir. Pourtant sil y a eu plaisir comment le spectateur peut-il se tromper ? Ne doit-il pas se fier à ses propres impressions ?
Josiane ROUSSEAU, ancienne critique:
" Les conditions dans lesquelles travaillent les critiques: système actuel de la presse, place de la rubrique théâtre dans les journaux, forme de la rémunération -, pratiquement plus aucun critique ne vit de son métier, à moins de cumuler toutes sortes de prestations tous azimuts qui ne peuvent être que la ruine du métier, cest à dire darticles, dinterviews, etc, dans les journaux de théâtre (ce qui dailleurs les met sous une nouvelle dépendance), quête pour une émission de radio ou autre... " (1)
Le statut du critique, du spectateur professionnel est donc de plus en plus compromis. Toutefois, notons que linformation théâtrale se fait pour 41 % des spectateurs par la presse. Le rôle dinformateur est donc fondamental.
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(1) déclaration lors de lémission télévisée: Le cercle de minuit diffusée le 18 mars 1996.
DEUXIEME PARTIE
LA PRATIQUE DU SPECTATEUR
A STRASBOURG EN 1995-96
INTRODUCTION
A présent, nous allons nous attacher plus spécifiquement aux spectateurs de Strasbourg.
Cependant avant denquêter sur les spectateurs, il nous a semblé intéressant de mieux connaître certains non-spectateurs de Strasbourg. Pour ce faire nous avons distribué des questionnaires (voir ANNEXE) et avons obtenu cinquante réponses de non-spectateurs.
La première question visait à savoir depuis quand ces gens étaient non-spectateurs. Nous avons considéré comme non-spectateurs les personnes qui ne sont pas allées voir une seule pièce de théâtre professionnelle durant une saison entière.
DERNIERES FREQUENTATIONS THEATRALES
moins de 2 ans |
moins de 5 ans |
moins de 10 ans |
jamais |
32 % |
22 % |
12 % |
32 % |
Il y a donc une part importante de non-spectateurs qui ne sont jamais allés au théâtre (32 %). Ce chiffre est important car il prouve que ces personnes nont jamais goûté au plaisir théâtral alors que dans ces 32% certains seraient peut-être séduits par le théâtre.
Lautre résultat intéressant est le fait quil y ait également 32 % de non-spectateurs interrogés qui sont par contre allés au théâtre récemment (moins de deux ans) mais qui nont pas renouvelé cette expérience. Beaucoup de gens se contentent donc apparemment daller de temps en temps au théâtre (les 22 % sy étant rendus il y a moins de cinq ans sont également significatifs).
Puis nous avons voulu savoir si cette non-fréquentation du théâtre pendant au moins un ans venait du dernier spectacle vu.
APPRECIATION DU DERNIER SPECTACLE
- oui: 62 %
- non: 4 %
La grande majorité des non-spectateurs ont donc apprécié leur dernière pièce de théâtre. La non-fréquentation ne sexplique donc pas par une déception. Toutefois ce dernier spectacle, même sil ne les a pas déçus ne leur a peut-être pas laissé un souvenir impérissable.
Nous avons alors demandé à ces non-spectateurs, leurs raisons concrètes de non-fréquentation en leur suggérant différentes réponses.
LES RAISONS INVOQUEES
- par difficulté de transport: 12 %
- à cause de lhoraire: 16 %
- par manque de temps: 46 %
- je ny ai jamais pensé: 22 %
- à cause du prix des places: 22 %
- je naime pas le théâtre: 8 %
- jai dautres activités culturelles: 26 % ( 54 % citent le cinéma)
- autres: beaucoup reprochent le manque dinformation et de publicité des théâtres.
La raison majoritaire invoquée est donc le manque de temps. Pour 46 % de ces non-spectateurs le facteur de non-fréquentation semble lié à leur manque de disponibilité. Ceci suggère donc quune meilleure planification du temps de loisirs soit élaborée. Cependant on peut se demander si ce nest pas davantage une excuse quune raison. Car si la personne est vraiment intéressée, elle trouvera forcément le temps de sy rendre même s il faut quelle sacrifie dautres activités. Tout est une question de choix.
La deuxième grande raison évoquée est la réalisation dautres activités culturelles. Nous ne porterons pas de jugement à ce sujet car lattrait à un certain domaine culturel est totalement personnel. De même quil ne sagit pas de juger les 8 % qui naiment pas le théâtre.
Dans les autres propositions, on remarque que 22 % ny a tout simplement jamais pensé. Ceci rejoignant peut-être le manque dinformation et de publicité souligné par beaucoup de non-spectateurs. Les théâtres devraient donc essayer dattirer davantage lattention sur eux.
Le prix des places, lhoraire des spectacles et les difficultés de transport constituent d autres facteurs importants de non-fréquentation théâtrale.
Les raisons sont donc diverses mais démontrent que ce nest pas pour la plupart parce quils naiment pas le théâtre quils ny vont pas et cest pourquoi beaucoup semblent plutôt rechercher des excuses.
Etudions ensuite limage du théâtre pour ces non-spectateurs.
AU THEATRE IL Y A SOUVENT
- des spectacles ennuyeux: 16 %
- des pièces de théâtre difficiles à comprendre: 20 %
- de bons spectacles: 58 %
Une fois de plus les spectateurs ne sont pas négatifs quant au spectacle théâtral car pour la majorité il y a de bons spectacles au théâtres (58 %). Limage du théâtre est donc positive. Toutefois, certains considèrent peut-être que ces bons spectacles sont ennuyeux et difficiles à comprendre pour eux. Bons spectacles ne veut peut-être pas dire spectacles qui me plaisent.
De plus notons quil y a 36 % qui pensent tout de même quil y a souvent des spectacles ennuyeux ou difficiles à comprendre, ce qui est tout de même un nombre important, surtout si lon rajoute certains spectateurs pensant quil y a de bons spectacles mais qui ne leur sont pas accessibles.
Nous avons également voulu savoir si ces non-spectateurs étaient au moins renseignés sur les théâtres existants à Strasbourg.
- citation du TNS par 80 %
- citation du Maillon par 30 %
- citation du TJP par 38 %
- autres citations: 40 % (Théâtre Municipal, Pôle Sud, diverses troupes amateurs...)
- aucune citation: 18 %
Une très large majorité connaît donc au moins lexistence du TNS. Les autres théâtres sont aussi connus par un assez grand nombre et il ny a que 18 % de non-spectateurs qui ne peuvent en citer aucun. Lexistence des théâtres est donc en grande majorité connue. Le problème se situe donc apparemment davantage dans le manque dinformation des spectacles de ces différents théâtres.
Ces non-spectateurs, sont-ils des téléspectateurs de théâtre ?
- oui: 50 %
- non: 46 %
Ces non-spectateurs sont donc divisés en deux groupes.
Mais le nombre de non-spectateurs regardant des pièces de théâtre à la télévision nous amène à nous poser certaines questions.
Quelles sont les avantages du téléspectateur par rapport au spectateur de théâtre ?
Gratuité des places, spectacle à domicile, possibilité darrêter la pièce dès quil le souhaite. Cest donc peut-être pour ces raisons que les non-spectateurs sont si nombreux à préférer les pièces de la télévision au spectacle théâtral en temps que tel. Toutefois ce phénomène est regrettable car il prouve que ces gens ont initialement un goût du théâtre et le fait de regarder des pièces à la télévision devient un cercle vicieux car cela les dispensera peut-être d aller au théâtre.
Ils assimilent alors le théâtre à ce quils voient à la télévision, ce qui donne au théâtre une dimension très banale. Etre seulement téléspectateur de théâtre est un danger pour lévénement théâtral quon apparente alors à quelque chose de fade pour lequel on ne voit pas lintérêt de se déplacer.
Dans la dernière question où les non-spectateurs pouvaient sexprimer librement, quelques remarques intéressantes ont été retranscrites.
Deux non-spectateurs font par exemple léloge du théâtre:
- " excellent moyen douvrir lesprit, la curiosité dune vision contemporaine. "
( remarque étant faite par une personne qui ne sest jamais rendue au théâtre)
- " le théâtre est un super moment de détente. Un lieu de rapport privilégié avec les comédiens. "
Limage du théâtre est donc bel et bien positive.
Deux autres personnes notent quelles font partie dune troupe amateur. Une récente enquête a effectivement prouvé que les amateurs se rendaient peu au théâtre.
Dautres évoquent de mauvais souvenirs de théâtre, leur envie de voir davantage de pièces comiques, leur choix de pièce en fonction dun auteur précis, leur goût de la lecture des pièces de théâtre, leur difficulté de faire garder leurs enfants...
Les non-spectateurs à Strasbourg ne semblent donc pas être en fermeture complète par rapport au théâtre. Il semble ne manquer à beaucoup que leffort et lhabitude du théâtre pour quils deviennent spectateurs.
Mais maintenant que nous connaissons mieux létat desprit des non-spectateurs, attachons nous aux spectateurs et aux différents cadres dans lesquels ils sont reçus.
CHAPITRE 1 :
LE DISPOSITIF THEATRAL A STRASBOURG
1) Les lieux théâtraux
Strasbourg connaît au niveau de ses théâtres une multiplicité de lieux, ce qui permet au spectateur de grandes possibilités de choix. De plus, ceci ne peut constituer un handicap étant donné quil ny a pas de concurrence entre les théâtres mais une concertation.
Un des haut lieu est le Théâtre National de Strasbourg (TNS), seul théâtre national existant en dehors de Paris. Cela permet au public strasbourgeois davoir un théâtre étiqueté de qualité car il se doit, du fait de son statut, de présenter des oeuvres de qualité ainsi que des créations.
Il y a également le Maillon-Théâtre Germain Muller et Pôle Sud . Ces deux institutions ne présentent pas exclusivement du théâtre, surtout à Pôle Sud qui contrairement au Maillon nen fait pas son activité principale.
Les spectateurs préférant un théâtre dit de divertissement pourront se rendre au Palais des Congrès voir des spectacles où se trouvent des vedettes parisiennes.
Dans ce même genre de spectacle existait jusquà juin 1995, le Galas Karsenty au Théâtre Municipal de Strasbourg, mais celui-ci a aujourdhui disparu à cause du nombre dégressif de spectateurs. Toutefois il existe toujours au Théâtre Municipal, un théâtre alsacien pour les spectateurs dialectophones.
Et puis, Strasbourg noublie pas le public plus jeune avec le Théâtre Jeune Public qui peut accueillir des spectateurs ayant tout juste quatre ans. Ce théâtre propose également des pièces de théâtre pour adultes.
Par cette énumération des principaux lieux théâtraux, nous remarquons que le théâtre nest pas laissé pour compte et que le spectateur a une grande variété de choix.
De plus il y a aussi les compagnies qui sont de plus en plus importantes (les Foirades, Les Acteurs de Bonne Foix...) qui se produisent dans différents lieux non institutionnalisés.
Il y a également une volonté de ne pas cantonner le théâtre au centre ville, aussi de nombreuses pièces sont crées au Neudorf, à Hautepierre, à Ilkirch... qui sont des quartiers de Strasbourg mais éloignés du centre ville.
Même lété la culture et le théâtre sont toujours présents avec la saison culturelle dété. Ainsi lété 95 (de juin à septembre), ce sont créées six pièces. Il ny a donc pas vraiment de saison morte lété. De plus cela permet au spectateur de se retrouver dans des lieux insolites et souvent en plein air: parc de Pourtalès, cour du conservatoire...
Cependant il faut noter que ces différentes activités théâtrales sont souvent amateurs ou semi- professionnelles. Pia YUNG, directrice du département théâtre à la DRAC ( Direction Régionale des Affaires Cultuelles) de Strasbourg, note quelle préfère parler dopération danimation plutôt que de saison culturelle.
Ceci permet tout de même à Strasbourg de garder un dynamisme culturel pendant lété.
2) Les mesures mises en place pour faciliter laccès à la
culture
- LA CARTE CULTURE
La carte culture a été mise en place en 1992, sur la demande de Pia YUNG
(directrice du service théâtre à la DRAC), qui a demandé une politique tarifaire. Celle-ci considérait que les tarifs des différents spectacles ne proposaient pas de solutions réalistes par rapport à largent que possédait les étudiants. De plus elle voulait créer un organe dinformation spécifique afin que les étudiants soient davantage informés (le kiosque culture à luniversité des Sciences Humaines).
Ainsi a été signé en 1992 une convention pour la carte culture entre lEtat (le ministère de la culture), le Pôle universitaire européen de Strasbourg, la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS) et les divers institutions (théâtres, cinéma, musées...).
Article 5 de la convention: " La carte culture sera remise gratuitement, au moment des inscriptions, aux étudiants primo-entrants et aux boursiers, quel que soit leur niveau détudes. Elle sera vendue au prix de 30 F aux autres étudiants. "
Son avantage en ce qui concerne le théâtre est quelle permet aux étudiants de voir une pièce de théâtre pour 30 F dans les principaux théâtres de Strasbourg.
Ainsi grâce à cette carte tous les étudiants de Strasbourg pourront accéder facilement au théâtre (et aux autres organismes culturels). Il ny aura plus de réel frein financier, seul dépendra à présent le choix, la volonté des étudiants.
Même si certains théâtres se plaignent de ce système parce que les étudiants ne sabonnent plus (ils nont plus besoin de sabonner pour avoir un tarif avantageux), et donc peuvent difficilement les fidéliser en leur envoyant de la documentation; la carte culture est incontestablement un progrès.
Dailleurs la convention vient dêtre ressignée pour trois ans en mars 1996, car plus de la moitié des étudiants possède la carte culture et le nombre des entrées dans les différents lieux culturels a, en moyenne, presque doublé: 16555 entrées en 1992-93, 29447 entrées en 1994-95.
Cest surtout au TNS et à lopéra que la progression est impressionnante. Pour le Maillon, le TJP ou Pôle Sud il y a eu une baisse sensible par rapport à lannée précédente (93-94), mais une progression par rapport à 92-93.
Catherine TRAUTMANN, maire de Strasbourg dit de la carte culture: " témoin aujourdhui dune volonté dinsertion sociale qui rejoint lancienne notion des humanités "
- LA CARTE ATOUT VOIR
Cest linvention de la carte culture qui a provoquée lavènement de la carte atout-voir. Celle-ci a été instaurée lannée daprès en 1993.
Cest cette fois-ci la Communauté Urbaine de Strasbourg, le Centre dInformation Jeunesse Alsace (CIJA), lAcadémie de Strasbourg, les ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, et du Fonds dActions Sociale qui ont eu la volonté de créer cette carte destinée aux jeunes.
Cette carte atout voir coûte 30 F. Elle est accordée à toute personne ayant entre 15 et 25 ans qui ne soit pas étudiant (ceux-ci pouvant posséder la carte culture).
Que lon soit chômeur, P.D.G. ou nimporte quoi dautre on peut à condition dhabiter ou de fréquenter un établissement éducatif de la communauté urbaine de Strasbourg, bénéficier de la carte atout voir.
Ainsi la carte atout voir, en complément de la carte culture permet à tous les jeunes (qui même sils sont salariés nont pas beaucoup dargent vu quils sont jeunes travailleurs), daccéder à la culture sans difficulté.
Les avantages en ce qui concerne le sujet qui nous intéresse sont les mêmes quavec la carte culture: 30 F la place de théâtre sans devoir souscrire un abonnement mais en ayant la possibilité de le faire pour le même tarif de 30 F la pièce.
La création de ces deux cartes montre lintérêt que porte Strasbourg à la culture et à son accessibilité.
3) Une association de spectateurs: Théâtre et Compagnie
A Strasbourg existe depuis juin 1994 une association de spectateurs.
Sa création provient de plusieurs faits concrets. De fervents amateurs de théâtre se sont regroupés pour engager une pétition à lannonce du remplacement (en octobre 1993) de Jean-Marie VILLEGIER, directeur du TNS depuis 1990. Dune part parce quon avait promis à monsieur VILLEGIER son renouvellement de contrat et que plus tard, la saison déjà engagée on lui annonça son remplacement. Dautre part, et cest essentiellement pour cette raison que des gens se sont mobilisés, il était question de remplacer Jean-Marie VILLEGIER par un gestionnaire et non un artiste. Trouvant que ce système était contre lidée de décentralisation de création en Province; une pétition de 2500 personnes a été conduite afin que le TNS reste un lieu de création.
Celle-ci a dailleurs, selon Hubert GIGNOUX, pesé dans le choix du directeur suivant qui sera effectivement un artiste: Jean-Louis MARTINELLI.
A ce groupement de personnes ayant entrepris la pétition, sorganisait un autre groupe damateurs de théâtre mais cette fois-ci au Maillon, afin de soutenir la politique de création du Maillon.
Ainsi ces deux groupements de spectateurs se sont rencontrés et ont décidé quil valait mieux défendre le théâtre en général que des institutions, ils se sont donc rassemblés et ont fondé ensemble une association de spectateurs. Car ils souhaitaient quen cas de nouveau problème, il y ait une organisation fixe.
Thérèse IOSS, présidente de lassociation: " Il fallait donner suite, se donner les moyens dêtre vigilant si un cas identique se manifestait. "
Dautant plus que 2500 personnes avaient signé la pétition , ce qui prouvait le soucis dun très grand nombre de gens de maintenir une qualité de création et de production à Strasbourg.
Cest ainsi quune dizaine de personnes ont fondé une association de spectateurs ayant pour nom: Théâtre et Compagnie.
Pour devenir adhérent de celle-ci , la cotisation est de 50 à 200 F par an selon le statut de chacun: étudiant, chômeur... Le montant est donc accessible à tous.
Le but de celle-ci est de " soutenir et faire connaître le théâtre de création à Strasbourg ".
Ce nest donc pas une association liée à un certain théâtre mais à tous les théâtres ou compagnies présentant des oeuvres de création et non de commerce et de rentabilité (les spectacles du Palais des congrès par exemple).
- " soutenir " cest à dire être là en cas de problème quelconque.
- " faire connaître " grâce à des activités souvrant autour des spectacles: rencontres avec des artistes du théâtre, conférences, sorties organisées dans des théâtres éloignés ( à la Filature de Mulhouse par exemple)...
Les membres fondateurs de Théâtre et Compagnie sont tous bénévoles. Ceux-ci voient le maximum de pièces de théâtre sur Strasbourg, presque tous les spectacles du TNS et du Maillon, beaucoup du TJP, de lOpéra et de différentes compagnies (lassociation essaye ainsi de mieux faire connaître les compagnies).
Théâtre et Compagnie permet donc au spectateur de théâtre de mieux apprécier les spectacles en en parlant avec des comédiens, des metteurs en scène lors de conférence ou de dîner-rencontre. Il y a alors véritable échange entre les spectateurs et le théâtre; ce qui est positif et pour les spectateurs et pour le théâtre.
Toutefois, Théâtre et Compagnie ne comporte que quatre vingt trois adhérents à lheure actuelle avec seulement une vingtaine de personnes qui vont régulièrement aux activités de lassociation. Mais la plupart des activités organisées par Théâtre et Compagnie sont ouvertes à tous, ceci constitue une raison du nombre peu élevé dadhérents.
Lassociation est très bien accueillie par tous les théâtres de Strasbourg. Cet intérêt se manifeste par des invitations envoyées, des services donnés (tirage de tracts faits par les théâtres, prêt dune salle...).
Malheureusement le rôle de lassociation est limité pour plusieurs raisons.
Tout dabord faute de moyen financier: les subventions demandées nont pas été accordées (mais on leur prête gracieusement certaines salles). De ce fait lassociation na pas de lieu fixe où les spectateurs pourraient venir par exemple consulter des documents sur les différents spectacles (la constitution dun mémoire et dun dossier autour des spectacles est entreprise mais celle-ci ne sert pour linstant pas puisque personne ne les consulte faute de lieu).
De plus faute de moyen ils ne peuvent pas publier comme ils le souhaiteraient, un journal relatif aux pièces de théâtre de Strasbourg et de ses environs.
Dautre part son rôle est limité par le temps que demande une telle institution et que ne peut pas toujours assumer les membres puisquils sont bénévoles. De ce fait aussi certains projets nont pas pu être entrepris: projet de réunion dans un bistrot chaque samedi à heure fixe pour parler de théâtre (comme cela se fait pour la philosophie).
Les projets pour la saison 96/97 tournent autour de la décentralisation puisque lon fêtera les 50 ans de la décentralisation théâtrale (46-47: création de la Comédie de lEst qui est la première institution a être implantée en Province). Ainsi des expositions, des interviews danciens spectateurs, des conférences, des colloques sont en projet.
Dautre part continueront les activités habituelles de Théâtre et Compagnie autour des pièces de théâtre de la saison 96-97.
Même si lassociation na pas encore beaucoup dadhérents, elle commence a avoir un certain poids envers les différentes institutions théâtrales et prouve du fait de son existence de lintérêt pour le spectateur de théâtre de Strasbourg.
4) Les spectateurs professionnels de Strasbourg: les critiques
Comme partout ailleurs le rôle de la critique théâtrale a considérablement baissé à Strasbourg. Linformation sur les spectacles se jouant à Strasbourg existe mais la critique personnelle est souvent très réduite.
Afin de mieux connaître et comprendre ce métier en voie de disparition, nous avons rencontré un des critiques dramatiques les plus importants de Strasbourg: Antoine WICKER travaillant pour le quotidien: Les Dernières Nouvelles dAlsace (DNA).
INTERVIEW:
- Question: quelle a été votre formation pour devenir critique dramatique ?
- Réponse: Antoine WICKER était étudiant en théologie et en lettres modernes. Pendant ses études il a fait des stages dans un petit quotidien Le Nouvel Alsacien (1970/72) en tant que journaliste généraliste. Mais il faisait beaucoup darticles sur les conférences et les spectacles du TNS.
En 1974, il quitte luniversité et rentre dans ce journal. Progressivement il écrira de plus en plus dans la rubrique culture régionale. Lintérêt pour le théâtre est alors grandissant et celui-ci dit à présent: " je suis resté journaliste à cause du théâtre ". En 1986 il entre au DNA pour la rubrique théâtre et culture.
- Question: Comment concevez-vous votre métier de critique ?
- Réponse: il ne se considère pas comme un véritable critique dramatique, par son rôle il veut davantage défendre le théâtre et a plutôt un soucis culturel densemble. Cependant celui-ci ne renonce pas pour autant à son rôle de critique quil place pourtant en seconde place.
" On est en permanence entre ces deux fonctions: informateur / critique, le plus souvent je privilégie linformation en donnant des éléments de hiérarchisation. "
Dautre part, il considère quun critique ne doit pas formuler ses jugements en fonction de ladhésion ou du mécontentement du public. Mais il faut selon lui écrire, juger en fonction de ses expériences passées, de sa connaissance en esthétiques théâtrales, de la comparaison aux autres pièces vues dans sa carrière de critique.
- Question: Ecrivez-vous vos critiques en fonction des lecteurs des DNA ?
- Réponse: A cette question, Antoine WICKER relate les différences relatives à un journal national et régional. Il rappelle que les journaux nationaux sadressent à un public sélectionné (une certaine classe sociale et intellectuelle). Alors que dans les journaux régionaux et spécifiquement au DNA: " on sadresse à 70-80 % de gens qui ne sont pas spécifiquement intéressés par le théâtre. Il faut donc essayer de vendre ce qu on fait: rubrique attractive, certain mode de présentation et décriture... ". Même si il faut tenir compte de ces non-initiés, Antoine WICKER ne renonce pas à la part professionnelle dans ses articles afin dêtre pris au sérieux par les institutions culturelles.
Ainsi celui-ci avec un style moins référencé, plus informatif préfère " raconter des histoires argumentées par quelques éléments dappréciation ". Il sagit pour lui dêtre crédible par les professionnels, les amateurs de théâtre et par ceux qui ne sy intéressent pas à lorigine.
Antoine WICKER écrit donc bel et bien ses articles en fonction de ses lecteurs.
- Question: Relatez-vous toutes les pièces se jouant à Strasbourg et environ ? Si non, comment sopère votre choix ?
- Réponse: Antoine WICKER va voir toutes les pièces du TNS et du Maillon (quelquun dautre soccupe du théâtre pour enfants), et de toutes les compagnies régionales qui affirment une volonté professionnelle; en fait tout ce qui touche le théâtre subventionné par létat (il ne va pas voir les spectacles privés du Palais des Congrès). Après, les critiques se font suivant ses choix, si le spectacle a été apprécié ou non...Mais ce choix ne seffectue pas en fonction de la renommée des théâtres. Il peut faire un article important sur une compagnie régionale peu connue et un petit article sur une pièce du TNS ou du Maillon. Limportance de larticle constitue déjà un élément dappréciation pour le lecteur: les pièces quil estime moins sont en petit paragraphe. Dautre part son jugement est fait en fonction de linstitution; il est plus sévère si il sagit dinstitutions établies: TNS ou Maillon qui ont les moyens financiers de réaliser de bonnes pièces de théâtre. Il prend toujours en compte laspect économique du spectacle. A ce propos celui-ci déclare, pour LANNEE DES TREIZE LUNES de FASSBINDER joué au TNS, que la qualité du spectacle na pas été a la hauteur de linvestissement financier qui a été employé.
" Moi, je considère en même temps le statut et les conditions de production; les enjeux ne sont pas les mêmes. "
Antoine WICKER reconnaît quil nest pas un critique qui assassine les spectacles et préfère donc ne pas parler des spectacles quil na pas aimé ou en parler très peu. Cependant sil fait un article sur un spectacle quil a trouvé plutôt mauvais, ce sera toujours dune manière assez détournée et jamais très négative quil en parlera.
" Il ne faut pas être un artiste mais il faut être avec eux, les défendre même quand on est contre. "
Mais selon lui, les lecteurs comprennent les nuances quil formule (allant de lenthousiasme à lextrême réserve) car ils connaissent sa façon décrire.
Dautre part son choix de parler de certains spectacles seulement ne sopère pas en fonction de laccessibilité de la pièce.
- Question: Comment envisagez-vous lévolution du métier de critique ?
- Réponse: Il pense que le métier de critique est en régression et quil faudrait certains changements pour que ce métier soit revalorisé. Tout dabord il suppose quil y a un problème de formation du critique à la base car la plupart des critiques le sont devenus souvent par hasard et pour certains sans réelle vocation théâtrale. Cependant il pense que la meilleure formation est celle de voir beaucoup de spectacles et ainsi dacquérir une grande mémoire des spectacles. De plus il sopère, selon lui, un problème dévaluation: un grand nombre de critiques une fois rentrés dans un journal ne sont plus évalués et peuvent faire ce quils veulent.
" Lavenir de la critique passe par une évaluation de la critique. Mais comment faire, ça je ne sais pas. "
Dautre part il trace un procès plutôt sévère à la critique des quotidiens nationaux français quil qualifie de molle comparée à la critique dynamique dautres pays: Allemagne, Italie, Angleterre.
Par cette entretien, nous comprenons mieux le rôle de la critique théâtrale qui existe à Strasbourg. Les autres critiques théâtrales existantes dans différents journaux se rallient à celle des DNA en étant encore plus informatives que critiques.
Notons que le critique est invité à venir à une conférence de presse avant chaque spectacle (dans les grandes institutions). Lors de cette conférence les journalistes peuvent poser des questions sur la pièce et on leur procure un dossier de presse comprenant la distribution, des notes sur lauteur, le metteur en scène...du spectacle. Ils ont donc une relation étroite avec les différents théâtres. Antoine WICKER ira jusquà parler de solidarité.
La radio ou la télévision régionale, jouant alors le rôle exhaustif dinformateur, sont souvent très demandeurs démissions sur les spectacles notamment du TNS (il est intéressant pour eux de parler dun spectacle de haut niveau sur leurs antennes). Mais parfois ce peut être linstitution qui est demandeur envers la télévision ou la radio pour certaines pièces qui nattirent pas beaucoup de spectateurs (les créations par exemple).
Il y a donc un véritable échange, une grande collaboration entre les journalistes et les institutions théâtrales, ceci constituant peut-être la difficulté de formuler de véritables critiques sur les différents spectacles.
Ainsi se situe la critique strasbourgeoise que nous illustrerons à travers les spectacles du TNS, du MAILLON et du TJP pour lesquels nous avons enquêtés.
CHAPITRE 2 :
LES SPECTATEURS DU THEATRE NATIONAL DE STRASBOURG
( TNS)
1) Le Théâtre National de Strasbourg
- PRESENTATION
En 1946 est créé le Centre Dramatique de lEst ( CDE) alors implanté à Colmar. En 1947 le CDE est reconnu Centre Dramatique National et est subventionné par le ministère de lEducation Nationale. Cest alors le premier centre dramatique créé en France.
LEcole Supérieure dArt Dramatique est créée en janvier 1954 à Colmar.
En octobre 1954 le CDE et son école viennent sinstaller à Strasbourg.
Le premier octobre 1957 la nouvelle salle du CDE est inaugurée avec la représentation dHAMLET mise en scène par Hubert GIGNOUX (directeur de la CDE).
En 1968, le CDE reçoit le label de Théâtre National de Strasbourg mais, cest en 1972 quil devient officiellement un établissement public.
Cest un théâtre qui a la caractéristique de posséder une école de comédiens, de scénographes et de régisseurs et qui soit une Ecole Nationale Supérieure dArt Dramatique.
De plus cest le seul théâtre national a être encore à ce jour implanté en dehors de Paris ( les quatre autres étant: la Comédie Française, le Théâtre National de lOdéon, le Théâtre National de Chaillot et le Théâtre National de la Colline).
Par ce fait nous pouvons dire que Strasbourg possède déjà un remarquable avantage culturel par rapport à dautres villes.
Lactuel directeur du TNS est : Jean-Louis MARTINELLI, depuis 1993.
Jean- Louis MARTINELLI était auparavant directeur du Théâtre de Lyon depuis 1987. Il y avait fondé en 1977 la compagnie du Réfectoire.
Il sest fait remarquer grâce à diverses mises en scène; LES MARCHANDS DE GLOIRE de PAGNOL, LEGLISE de CELINE, LA MAMAN ET LA PUTAIN de EUSTACHE.
Il a donc des goûts éclectiques et plutôt portés vers le contemporain (le contraire de lancien directeur du TNS auquel on reprochait son insistance sur le dix septième siècle).
Trouvant quil avait donné le maximum de lui-même à Lyon, il posa sa candidature pour le TNS, et fut donc engagé.
Dautre part celui-ci aime lidée de troupe au sein dune institution et cest pourquoi des comédiens comme Charles BERLING, Alain FROMAGER, Sylvie MILHAUD, Jean- François PERRIER, etc, constituent la troupe du TNS jouant dans les créations de MARTINELLI, même si dautres acteurs peuvent entrer dans les différents spectacles et que les comédiens nont pas le même statut que les sociétaires de la Comédie Française.
En ce qui concerne les spectateurs de théâtre, Jean-Louis MARTINELLI a déclaré:
" Le théâtre, art éphémère par excellence se fait avec et pour le public, le théâtre est un lieu de parole dans la Cité, un espace public où les paroles se croisent et les idées se rencontrent, se partagent et saffrontent. " (Hebdoscope 1995)
Le spectateur de théâtre est donc un élément très important du fait théâtral pour le directeur actuel du TNS. Dailleurs celui-ci se mélange très souvent au public strasbourgeois. On le rencontre au milieu des spectateurs dans le hall ou la salle de spectacle.
" Le directeur dun théâtre ou le metteur en scène doit entrer en dialogue avec le public sans pour autant renoncer à soi. Lattitude du public est une très forte incitation à la création. " (DNA 1994)
Cest peut-être pour cela quil navigue entre les spectateurs afin de mieux les cerner et de créer en fonction deux, de leurs besoins, de leurs envies...
Dans le journal REPERES, celui-ci déclare à propos de la nouvelle salle du TNS:
Il espère " trouver un nouveau public. Ce lieu est moins imposant, plus proche dun lieu de concert. Cela devrait être aussi facile de venir au théâtre que daller à la Meineau " ( la Meineau est le stade de football de Strasbourg).
Nous sentons dans ces diverses déclarations lenvie du directeur du TNS de connaître et damener le plus grand nombre au théâtre.
- SITUATION
Le Théâtre National de Strasbourg se situe au coeur même de la ville . Etant le théâtre le plus central, cet état influe peut-être sur la fréquentation du public.
Nous nallons pas décrire la salle du TNS puisque celle-ci est en reconstruction, mais parlons plutôt du projet de salle du TNS et de la salle actuelle qui accueille les spectateurs du TNS pour deux saisons: 1995-96 et 1996-97.
Le projet de la salle du TNS
Le besoin de rénovation de la salle vient dune volonté daméliorer le confort des spectateurs et dun problème de sécurité de lancienne salle.
Ainsi 150 places vont être enlevées, celles qui ont une mauvaise visibilité. La qualité des sièges va elle aussi être améliorée.
Lautre salle que possède le TNS: salle Hubert Gignoux, va complètement être transformé et devenir une salle de 220 places modulables.
Le hall daccueil sera également modifié.
Voici les éléments de reconstruction que nous pouvons rapporter ici.
Des problèmes se hissent entre le TNS et lEtat car étant donné que le TNS est un bâtiment allemand classé, une bataille sest engagée afin que les gens de théâtre aient leur mot à dire sur la décoration, la disposition des sièges...
Exemple de cette non-liberté du TNS: Jean- Claude CHAMPESME (chargé des relations publiques au TNS) na pas pu comme il le souhaitait obtenir à la place des balcons un gradin afin daméliorer la perception des spectateurs.
La nouvelle salle devrait être prête pour septembre 1997.
La salle actuelle du TNS: Le Hall du Parc des Expositions au Wacken
Le choix de cette salle a été difficile, le TNS ayant hésité à donner ses spectacles dans différents lieux de Strasbourg. Mais désireux que le spectateur sy retrouve ils ont préféré faire le choix dun seul lieu (même si quelques pièces se jouent au Maillon ou à lOpéra).
Ainsi sest élaboré un grand travail sur lespace et larchitecture de la nouvelle salle (problème des loges, des douches, de la régie...). Le Hall comportant deux salles il fallait aussi faire face aux problèmes dinterférence.
Quant au hall dentrée qui accueille les spectateurs, la moquette bleue qui sy trouve nest pas vraiment un choix puisque celle-ci y était déjà auparavant. Mais comme cette couleur rappelait les couleurs du logo ils lont gardé. Quant à la lumière assez feutrée, elle permet dêtre une transition avec le noir et les éclairages, selon Jean- Claude CHAMPESME qui déclare: " Lintérêt du hall daccueil est le passage dune vie quotidienne à une vie sensible. "
Dans ce hall se trouve toujours un bar, une caisse du soir, et une petite librairie vendant des livres en rapport avec le spectacle du soir. Au fond tout est là mais cest la forme qui a changée avec lancienne salle du TNS.
Cette salle transitoire possède des avantages mais aussi des inconvénients.
Le premier grand inconvénient provient de sa situation géographique qui est éloignée du centre ville. Effectivement la plupart des spectateurs sont alors obligés de prendre une voiture ou le bus. Ceci donnant une notion dexpédition à la sortie théâtrale, qui peut heurter certains spectateurs. Dautre part aller voir un spectacle long (LIDIOT par exemple dans la saison 95-96 durait plus de trois heures) devient compromis pour les personnes ne possédant pas de voiture étant donné que le dernier bus pour le centre ville est vers 23 H. Cependant pour faciliter laccès au théâtre, le TNS a avancé ses heures de représentation à 20 H, ce qui facilite parfois le transport et permet aux spectateurs de rentrer moins tard chez eux.
A cet inconvénient peut sen rattacher un autre: le fait que lhabitude des spectateurs soit rompue ( certains allaient peut-être au TNS car ils en avaient pris lhabitude et étaient attachés à leur salle de spectacle). Ce changement les aura peut-être fait hésiter à aller voir les spectacles du TNS dans un lieu inconnu.
Cependant ce lieu présente aussi de nombreux avantages quant à larchitecture même des salles de spectacle. Effectivement elles présentent lavantage dêtre beaucoup plus mobiles et plus grandes que lancienne grande salle du TNS. Aussi les possibilités de scénographie sont plus grandes. De plus la visibilité des spectateurs est renforcée (les balcons étant remplacés par des gradins) même si le confort des sièges est lui assez défectueux.
- LES PRIX PROPOSES
Parlons à présent des prix des places du TNS qui sont également des facteurs importants de la fréquentation et de laccessibilité des spectacles.
abonnement
| individuel | collectivité | jeune | carte culture ou atout voir |
|
| prix pour une place | 85 F | 70 F | 50 F | 30 F |
hors abonnement
| plein tarif | tarif réduit | carte culture ou atout voir |
|
| prix pour une place | 125 F | 95 F | 30 F |
Ainsi le tarif en abonnement est relativement accessible contrairement au tarif hors abonnement qui est très élevé. Toutefois les places en abonnement pour être réduites supposent que le spectateur réserve cinq spectacles minimum, ce qui augmente évidemment le prix .
Mais venir au TNS pour ceux qui ne souhaitent pas sabonner ( problème de réservation à lavance ou pour les personnes qui ne veulent pas venir voir ou ne peuvent pas se payer cinq spectacles mais deux ou trois ...) peut être pour une certaine catégorie de spectateurs difficile. Et le rapport quils auront au théâtre sera alors perçu comme un événement, un luxe quils se payent de temps à autre.
Il est vrai, nous lavons vu, que les jeunes nont plus ce handicap financier. Mais pour les personnes de plus de 25 ans ayant un salaire faible ou moyen aller au TNS représente autre chose que daller au cinéma par exemple ( 125F la place de théâtre contre 45 F celle de cinéma).
Même s il est utopique de penser que les bas prix amènent les personnes les plus défavorisées au théâtre, ces prix élevés excluent tout de même certaines personnes et nourrissent limage élitiste et chère du théâtre.
De plus, cest le TNS qui choisit ses prix (dans une certaine fourchette), même si celui-ci est soumis au ministère des finances. Létat peut intervenir seulement si les prix du TNS ne sont pas dans cette fourchette. Et il ne semblerait pas quelle débute à 125 F, il serait donc possible au TNS de baisser ses prix sil en avait la volonté. Mais le TNS a choisi de bâtir ses prix en fonction des autres théâtres et de son public potentiel.
- LA PUBLICITE
Pour quun théâtre puisse se faire connaître et ensuite donner envie aux gens daller au théâtre, il faut faire de la publicité.
La publicité pour un théâtre est difficile à faire car contrairement au cinéma par exemple, les pièces de théâtre sont spécifiques à chaque ville.
Laffiche:
Différents moyens sont pourtant possibles, et les affiches en constituent un. Cest dailleurs la méthode publicitaire la plus répandue et le TNS lutilise abondamment. En effet leurs affiches sont tirées en grande diffusion (60 000 exemplaires environ). Les affiches de la présentation de saison sont situées dans de nombreux endroits: les arrêts de bus; toutes les gares du département, les magasins...Chaque habitant de Strasbourg en a sûrement aperçu une en début de saison.
Ces affiches de saison sont très simples depuis larrivée de Jean- Louis MARTINELLI.
Nous étudierons laffiche de saison 1995-96 puisque cest la saison qui nous a intéressés au cours de notre étude. ( voir ANNEXE)
Les renseignements y figurant sont ceux-ci: lannée, le lieu, le titre des spectacles avec les auteurs et les metteurs en scène relatifs, le téléphone et ladresse de la location des places. Les éléments essentiels sont donc présents. Elle ne possède que trois couleurs: le bleu, le rouge et le noir (qui sont celles du sigle du TNS), le tout sur un fond blanc. Ces couleurs ont été choisies dune part par assimilation aux couleurs de la France (le TNS étant un théâtre national ) et dautre part parce que ce sont trois couleurs qui tranchent bien entre elles.
Cest une affiche qui a le mérite dêtre claire et lisible. Les caractères les plus importants sont ceux du titre des pièces et nous remarquons quil ny en a que deux qui attirent lattention: LIDIOT et LA MOUETTE, les autres étant pour la plupart des gens méconnues. Ainsi lattraction des spectateurs par cette affiche ne sera pas grande, cependant elle a lintérêt de remémorer au futurs spectateurs quune nouvelle saison va avoir lieu au TNS. De plus cette affiche étant sensiblement la même que celle de la saison précédente, les personnes savent tout de suite quil sagit des spectacles du TNS. Toutefois laffiche de saison risque de changer pour la saison 96-97, car une certaine lassitude sinstalle.
Les affiches relatives à chaque spectacle conservent la même unité: fond blanc, logo du TNS, petite illustration abstraite en noir et blanc, sauf pour les spectacles invités qui peuvent avoir leur propre affiche. Le TNS veut donc à travers ses affiches garder une certaine unité afin que lon mette facilement en relation ces affiches et le TNS.
Les affiches de chaque spectacle sont faites en fonction du public potentiel qui va venir voir la pièce de théâtre. Par exemple pour LA MOUETTE il y a eu très peu de tirage car ils savaient que le spectacle serait complet, par contre pour les spectacles de création qui nattirent en général pas beaucoup le public les affiches sont plus abondantes.
Cependant Jean-Claude CHAMPESME, chargé des relations publiques au TNS, déclare quil est rare que quelquun vienne au spectacle grâce à une affiche. Le spectateur venant plutôt selon lui grâce à quelquun (un professeur, un ami...) ou à cause de références (auteur, metteur en scène, acteur du spectacle).
Mais les affiches constituent tout de même une part importante de la publicité car elles permettent de renseigner les gens sur lexistence des pièces jouées.
Le sigle est un élément important de laffiche car il représente le théâtre. Il faut quen voyant ce sigle, le passant le trouve coutumier et représentatif du TNS.
Le sigle actuel du TNS est moderne, comportant les initiales du TNS mais pas entièrement comme si une partie était effacée ( voir annexe). Ces lettres qui ne se finissent pas proviennent de lalphabet biffure. Cette proposition de monsieur MASSIN deffacer une partie des lettres a été acceptée car ce logo représentait, symbolisait un espace douverture de la pensée, et supposait des spectateurs actifs (regard qui complète, qui réfléchie).
Jean Claude CHAMPESME: " on agit déjà sur leur regard ".
Ainsi par ce logo le TNS démontre ses idées sur le théâtre et les spectateurs.
Il faut noter que lemploi de lalphabet biffure a été possible parce quil ny avait que trois lettres, au delà cela aurait été trop indéchiffrable.
Ce choix de logo moderne était un risque car en général les gens préfèrent ce qui est classique.
Le fascicule:
Le TNS reste dans les mêmes tons pour lélaboration du fascicule: simplicité et lisibilité. Sur la couverture apparaît le sigle en grand caractère et une illustration de René CAUSSANEL.
Le TNS tente de familiariser là encore ses spectateurs car la présentation du fascicule est, excepté les illustrations, la même que la saison précédente. Notons simplement que pour la saison 94-95 le sigle du TNS et le nom du directeur apparaissent en très grand caractère car ceux-ci ne sont pas encore connus du public.
Cette familiarisation est bénéfique car le spectateur naime pas le changement continuel.
La présentation des pièces de théâtre dans le fascicule comporte un texte; extrait du spectacle ou note du metteur en scène. Ainsi le spectateur peut faire son choix de spectacle étant donné que le texte retrace lesprit de la pièce de théâtre proposée; de plus la présentation est illustrée de photos en rapport avec le spectacle.
Et enfin, le fascicule comporte tous les prix des spectacles avec leur formule dabonnement.
Ce fascicule est disponible dans de nombreux endroits : TNS, lieu de location du TNS, Maillon, TJP et autres institutions, et est gratuit. Toute personne peut donc se le procurer mais cest à elle de faire la démarche (sauf si elle était abonnée la saison précédente).
Les autres moyens publicitaires:
Dautres moyens ont été mis en place pour mieux faire connaître le TNS aux gens.
Par exemple linstallation dun kiosque-culture présentant tous les théâtres de Strasbourg (ainsi que les autres spectacles: danse, opéra, musique...). Ce kiosque se situant au coeur même de Strasbourg, en plein air (place Kléber), en début de saison a permis à nimporte quel passant de sarrêter et de simplement prendre conscience des activités culturelles quil existait dans sa ville. Cest un point très positif car beaucoup de non-spectateurs ne viennent pas au théâtre par manque d habitude et ne vont donc pas deux mêmes se déplacer pour acheter une place. Ainsi cette facilité daccès leur permet de prendre plus facilement contact avec le théâtre. (voir ANNEXE)
Un autre moyen publicitaire est la télévision régionale où il passe de temps à autre des émissions sur les pièces se jouant au TNS (ou ailleurs). Mais le public est alors ciblé, ce sont plutôt les personnes âgées qui sont touchées. Et lon verra que pourtant celles-ci ne viennent pas souvent au TNS.
Pour le public jeune il y a les interventions de Jean- Claude CHAMPESME en lycée et collège qui vient parler des pièces se jouant au TNS.
Sinon il y a comme on la vu la presse régionale qui met au courant les gens sur les spectacles du TNS ainsi que les radios locales.
La publicité peut se faire également par des relais (collectivités, comités dentreprise...)
Dautre part une présentation de saison sopère au TNS début septembre mais ce sont seulement les anciens abonnés qui sont prévenus de celle-ci.
Ce sont davantage ces interventions écrites ou orales qui amènent les gens au théâtre que une affiche ou un fascicule.
Mais la publicité théâtrale et ici spécifiquement du TNS gagnerait à être plus abondante et la création de nouveaux moyens publicitaires serait bénéfique pour permettre à une plus large population de sintéresser aux pièces du TNS par exemple.
- LA PROGRAMMATION
Comme nous lavons vu la programmation de la saison 95-96 comporte beaucoup doeuvres inconnues, alors que la saison précédente se jouait: ANDROMAQUE, LES TROIS SOEURS, LES MARCHANDS DE GLOIRE, THYESTE, ALSACE- AFRIQUE (titre attractif), ROBERTO ZUCCO...
A ce propos MARTINELLI sexplique dans Hebdoscope en juin 95:
" Après avoir mon identité, après une période dobservation, jestime que je peux faire preuve de hardiesse dans la programmation de la prochaine saison grâce à une meilleure connaissance du public mais aussi grâce à une subvention en hausse. "
Ceci explique la programmation difficile du TNS pour la saison 95-96. Il nest donc pas évident pour les spectateurs futurs dopérer un choix parmi ces oeuvres inconnues.
Il est vrai quun théâtre national se doit davoir une programmation spécifique: oeuvres méconnues, oeuvres classiques et contemporaines. Il a une mission: montrer des spectacles nationaux et internationaux de qualité.
Jean- Claude CHAMPESME:" il doit être une vitrine de ce qui se fait de mieux dans le monde. "
CHAMPESME déclare dailleurs que la programmation nest pas faite suivant les attentes du public. " Sinon MARTINELLI ferait comme Daniel MESGUISH qui affiche complet parce quil présente onze textes classiques sur quinze. "
La saison 94-95 était faite en fonction de lhistoire de la maison du TNS vu que celle-ci allait être rénovée. Ainsi on retrouvait lors de cette saison Jacques LASSALLE, Jean-Pierre VINCENT, Hubert GIGNOUX...
CHAMPESME: " la programmation vient surtout de coup de coeur, dactes de confiance et tente dêtre un éventail: tragédie-comédie, texte difficile, texte facile... "
Labsence doeuvres classiques sexplique aussi par le fait que le directeur du TNS, Jean-Louis MARTINELLI ne soit pas un spécialiste de ce genre de théâtre. Dautre part le TNS voulait garder une certaine unité dans sa programmation et amener les spectateurs vers des oeuvres quils niraient pas voir spontanément.
CHAMPESME: " si lon programme plusieurs classiques beaucoup niront voir que ces pièces là et ne souvriront pas à dautres spectacles. "
Ainsi le choix de cette programmation difficile a eu comme but de former le public du TNS afin que celui-ci la saison prochaine soit davantage prêt à recevoir des oeuvres plus difficiles.
Lidée de cette formation du spectateur est intéressante, mais les spectacles ayant le plus attiré de public dans la saison 95-96 sont tout de même deux classiques: LIDIOT et LA MOUETTE.
- LES CHIFFRES DU TNS
Le Théâtre National de Strasbourg possède t-il beaucoup de spectateurs et qui sont-ils?
Selon Jean-claude CHAMPESME, on retrouve sur le plan national depuis le Théâtre National Populaire de Jean VILAR, le même pourcentage dans tous les théâtres: 3 % douvriers, 60 % denseignants et denseignés, 20 % dingénieurs et de cadres moyens, 2 % de cadres supérieurs.(Nous confronterons ces chiffres avec ceux obtenus dans les enquêtes faites sur le spectateur du TNS dans la partie prochaine.)
Les abonnements du TNS ont été en progression avec larrivée de MARTINELLI comme directeur: saison 93-94: 2700 abonnés; saison 94-95: 3600 abonnés et sont en légère baisse pour la saison qui nous intéresse 95-96: 3000 abonnés.
La chute de cette dernière saison, CHAMPESME lexplique du fait de la situation du TNS au Wacken et de la programmation difficile de cette saison. Il note que les gens prennent dailleurs de plus en plus leur billet à la caisse (par exemple le nombre de billet carte culture a pendant cette saison presque doublé) à cause de problème de disponibilité ou dargent.
Il faudrait donc prendre en compte ce phénomène afin de changer le système tarifaire !
Dautre part, un quart du public de chaque saison ne se renouvelle pas. Une enquête a été entreprise pour comprendre ce phénomène (dans un autre théâtre) et les raisons étaient très diverses: déménagement, changement de situation professionnelle, familiale...Il faut donc reconquérir un nouveau public chaque année.
Pour Jean-Claude CHAMPESME, le public le plus facile à conquérir est le public scolaire bien que celui-ci vienne plutôt voir les oeuvres classiques. Il pense que le théâtre peut leur apporter beaucoup et relate ainsi une expérience:
Une même enseignante fait étudier le même programme à deux classes. Une seule classe va voir dans lannée cinq spectacles dont certaines oeuvres sont étudiées en cours et rencontrent des artistes des pièces. Résultat: les élèves étant allés au spectacle ont une moyenne de 12-14 contre celle de 10-12 pour les autres.
Toutefois cette expérience intéressante pour être crédible aurait dû être ouverte à davantage délèves.
CHAMPESME pense aussi aux étudiants comme public potentiel: " il y a 50 000 étudiants à Strasbourg et il ny en a que 5000 qui vont au TNS, il en reste donc 45 000 à conquérir. "
Par contre pour CHAMPESME, le public ouvrier est de plus en plus dur à faire venir. Selon lui cela vient de la structure des entreprises qui a changé, les ouvriers passant moins de temps quavant à lusine (avant les horaires : 8H-12H, 14H-18H; maintenant 7H à 15H par exemple), il est donc difficile de leur donner envie daller au théâtre par le comité dentreprise. Il ny a plus de vie sociale en entreprise, plus de contact. De plus il croit que les ouvriers néprouvent plus le besoin de changer de monde, de désir de découverte, " la survie est plus importante que la culture ".
" Si lon veut toucher le public on est obligé de faire des commissions culturelles dentreprise, de revoir le budget culturel de lentreprise (maintenant le budget passe pour Disneyland ou autre activité de ce genre) ".
Mais notons que si le public ouvrier venait au TNS il napprécierait peut-être pas les pièces difficiles qui sont actuellement proposées.
Sinon le public du TNS comporte également des étrangers qui sont évidemment surtout des allemands: des cars viennent d Allemagne pour venir au TNS. Et cest pour cela que la programmation du TNS comporte beaucoup dauteurs allemands (surtout pour la saison 96-97).
Les abonnés du TNS comportent lavantage de recevoir gratuitement le journal du TNS (Séquence), véritable bagage culturel pour le spectateur. Celui-ci comprend différentes études en rapport avec les spectacles du TNS, une réelle source dinformation sur le théâtre qui permet aux abonnés du TNS denrichir leur connaissance théâtrale. Même si celui-ci doit être davantage lu par des spectateurs très avertis, il constitue tout de même une sorte dincitation à la connaissance théâtrale non négligeable. Par ce billet là, le TNS prolonge sa volonté de véritable formation du spectateur.
2) Enquêtes concrètes sur les spectateurs du TNS
Afin de mieux connaître le public du Théâtre National de Strasbourg, nous avons effectué différentes enquêtes.
Nous avons enquêté sur deux spectacles de la saison 1995-96: LIDIOT de DOSTOÏEVSKI mise en scène par Joël JOUANNEAU et LANNEE DES TREIZE LUNES de FASSBINDER mis en scène par Jean- Louis MARTINELLI.
Le choix de ces deux pièces vient simplement du fait quil y en ait une plus classique, connue par le roman de DOSTOÏEVSKI par un assez large public, et lautre du fait de sa modernité.
Il ne nous semblait pas possible au départ de distribuer des questionnaires à tous les spectateurs, cest pourquoi pour LIDIOT nous nous sommes attachés au public scolaire. Mais devant le succès des questionnaires distribués au TJP qui nous avez incité à le faire (ceux-ci avaient déjà tenté lexpérience) nous avons pour la deuxième pièce distribué nos questionnaires à toute catégorie de spectateurs avec laccord bien entendu du TNS.
LIDIOT de DOSTOIEVSKI
mise en scène: Joël JOUANNEAU
Le lycée choisi pour enquêter sur les spectateurs de cette pièce fut le lycée Henri Meck se situant dans une ville à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg.
Ce groupe était constitué dune centaine de personnes, adultes compris, les élèves ne venaient pas de la même classe, ce nétait pas des classes emmenées par des professeurs mais des élèves qui avaient choisi au théâtre. Ceci constituant une grande différence.
Le questionnaire distribué fut plus détaillé que celui des autres enquêtes car les élèves avaient ici le temps de le remplir puisquils pouvaient le rapporter chez eux. Toutefois, ceci constitua un handicap car il ny eu que quatorze questionnaires de rendus. Il est vrai quil y eu les vacances scolaires après le spectacle, ce qui explique peut-être cette désaffection, cependant les élèves furent maintes fois sollicités par les professeurs.
Le questionnaire distribué se trouve en ANNEXE.
Les réponses rendues nous parurent tout de même intéressantes, cest pourquoi nous avons décidé de les relater ici.
- CONCLUSION DES QUESTIONNAIRES RENDUS:
Ces élèves du lycée Henri Meck avaient environ seize ans. Ceux-ci avaient en grande partie déjà tenté lexpérience théâtrale (9 élèves sur les 14). Lenvie daller au théâtre pour neuf élèves est venue de la sollicitation de différentes personnes (les parents, les copains, les professeurs...), trois élèves y sont allés par simple curiosité et les deux derniers par but scolaire (année du bac français).
Ainsi la plupart des élèves ont eu besoin dêtre poussé pour venir au théâtre, lenvie nétant pas personnelle au départ.
Ces élèves navaient jamais lu le livre de DOSTOÏEVSKI sauf une personne. Ils étaient donc presque tous à la découverte de cette histoire.
Neuf élèves étaient pressés daller voir ce spectacle contre trois qui ne létaient pas et une moyennement.
La critique avait peut-être excité leur envie, ou provoqué des apprioris pour cinq personnes qui en avait lu avant de venir voir la pièce.
Quant à lappréciation du spectacle, elle semble positive pour cette pièce de trois heures.
Aucun élève ne sest vraiment ennuyé, même si cinq dentre eux se sont tout de même un peu ennuyés. Lennui évoqué par certains est souvent dû à la longueur du spectacle.
A la question: " quel a été ton moment préféré ? ", les réponses divergent.
Cependant, beaucoup notent que la première partie leur a davantage plu que la deuxième. De plus les personnages les plus appréciés sont les héros de lhistoire: LIdiot et Nastassia . Les héros procurent donc toujours une évidente fascination chez les spectateurs. Le spectaculaire a été lui aussi apprécié: les flammes qui sortent du sol, la tente engloutie par le centre...
Le décor et les costumes ont été qualifiés de simples. Les spectateurs ny ont pas trouvé une grande recherche artistique. Cela vient probablement du fait que ceux-ci ne sont pas spectaculaires. Cependant ils ont aimé cette simplicité sauf une personne qui a trouvé que le décor nétait pas assez varié.
La mise en scène leur a paru moderne pour divers éléments:
- le vocabulaire
- les costumes
- les symboles (couteau au milieu de la scène...)
- le décor réduit au minimum, et qui ne change jamais
- le personnage qui marche hors de la scène avec son cigare (la frontière scène-salle est franchie)
- la diversité des costumes, des langages et des attitudes
- les personnages très actifs dans leur déplacement...
Ces réponses sont intéressantes car elles retracent limage du théâtre classique ou moderne quont les spectateurs. Limage classique serait donc par opposition: un surchargement du décor avec de nombreux changements, un langage soutenu, un respect des limites de la scène, une rigidité des comédiens. Ce sont pour eux des critères négatifs et il est vrai que de nombreuses personnes pensent ennui lorsquon leur dit classique pour ces raisons-là: pas daction, intellectualisme...
Ils ont tous été convaincus par les comédiens (sauf une personne), et ont été particulièrement séduits par celui qui joué lIdiot. Lidentification au héros semble donc avoir fonctionnée.
En ce qui concerne leurs attentes personne na été déçu même si certains sattendaient à un décor plus fourni (référence au classique).
Leurs sentiments en fin de spectacle diffèrent: fatigue, satisfaction, émotion profonde, questionnements, mélange de tristesse et de joie, envie de rencontrer les artistes du spectacle, envie de lire le livre et, quatre personnes ont éprouvé un sentiment négatif car ceux-ci navaient pas compris la fin quils avaient trouvé longue et compliquée.
Les sentiments des spectateurs par leur diversité démontrent lunicité du spectateur de théâtre et donc la difficulté à pouvoir satisfaire chacun. Ils venaient tous de voir le même spectacle mais leurs sensations étaient différentes parce que ceux-ci ont réagit en fonction des critères que nous avons évoqués en première partie: expérience personnelle, bagage culturel...
Notons que quatre personne nont pas compris la fin du spectacle, ce qui est un chiffre élevé sur quatorze personnes, le spectacle nétait peut-être pas à la hauteur de tous les spectateurs ce qui est négatif pour celui-ci. Tout spectacle devant être en surface du moins compréhensible à tous.
Dix de ces spectateurs sont pressés de retourner au théâtre contre deux qui le sont moyennement et deux autres pas du tout. Ce résultat est relativement positif puisque pour une grande majorité cette pièce leur a donné envie de renouveler lexpérience.
- TABLEAU DETAILLE DE CERTAINES REPONSES DES ELEVES
LEGENDE:
1. Est-ce que cest la première fois que tu vas au théâtre ?
3. Etais-tu pressé daller voir ce spectacle ?
4. Tes-tu ennuyé un peu, beaucoup ou pas du tout ?
6. Que penses-tu du décor et des costumes ?
8. Les acteurs tont-ils tous convaincu ?
9. Ce que tu as vu correspondait-il à tes attentes ?
10. Quel sentiment as-tu éprouvé à la fin du spectacle ?
11. Est-ce que tu es pressé de retourner au théâtre ?
GABRIELLE |
CATHERINE |
LUCIE |
ISABELLE |
FLORENCE |
SARAH |
|||
1. |
oui |
oui |
non |
non |
non |
non |
non |
|
3. |
oui |
non |
moyennement |
non |
oui |
oui |
non |
|
4. |
pas du tout |
pas du tout |
un peu |
un peu |
pas du tout |
pas du tout |
pas du tout |
|
6. |
bien |
bien |
très beaux |
décor moyen costumes très bien |
bien |
sans réponse |
bien |
|
8. |
oui |
oui |
oui |
non |
sans réponse |
oui |
oui |
|
9. |
sans réponse |
aucune attente |
aucune attente |
moyenne |
non |
aucune attente |
sans réponse |
|
10. |
émotion |
sans réponse |
sans réponse |
fin longue et compliquée |
fatigue |
satisfaction |
indescriptible |
|
11. |
oui |
non |
non |
moyennement |
oui |
oui |
sans réponse |
|
RESULTATS |
POSITIF spectatrice qui semble être contente de sa première soirée théâtrale |
MOYEN spectatrice qui a apprécié la pièce mais qui na pas eu la révélation théâtrale |
MOYEN malgré lappréciation apparente de la pièce, ses expériences antérieures et celle-ci ne semblent pas lavoir convaincu |
NEGATIF spectatrice qui nétait pas préssée de se rendre au théâtre et qui na pas changé davis après le spectacle |
POSITIF spectatrice qui semble être contente de sa soirée théâtrale |
POSITIF spectatrice qui semble être contente de sa soirée théâtrale |
POSITIF bien quelle nétait pas pressée daller au théâtre elle semble satisfaite de sa soirée |
|
MAGALIE |
MARTIN |
MELANIE |
ELISABETH |
CELINE |
FREDERIC |
JOELLE |
|
1. |
oui |
non |
non |
non |
non |
oui |
non |
3. |
oui |
oui |
oui |
moyennement |
oui |
oui |
oui |
4. |
pas du tout |
pas du tout |
un peu |
un peu |
un peu |
un peu |
pas du tout |
6. |
bien |
costumes: très bien décor moyen |
bien |
bien |
costumes bien décor très moyen |
bien |
très bien |
8. |
oui |
oui |
oui (sauf Alexandre et Adélaïde) |
oui |
oui |
oui |
oui |
9. |
oui |
sans réponse |
oui |
aucune attente |
oui |
oui |
oui (sauf le décor) |
10. |
envie de voir les acteurs |
questionnement |
sans réponse |
envie de lire le livre |
émotion |
joie et tristesse |
incompréhension de la fin de la pièce |
11. |
oui |
oui |
oui |
pas spécialement |
oui |
oui |
oui |
RESULTATS |
POSITIF spectatrice qui semble être contente de sa première soirée théâtrale |
POSITIF spectateur satisfait de cette pièce de théâtre |
POSITIF spectatrice assez contente de sa soirée même si elle sest un peu ennuyée |
MOYEN ce nest pas cette pièce qui lui aura donné goût au théâtre puisquelle na pas hâte dy retourner |
ASSEZ POSITIF le spectacle semble lavoir convaincu bien quelle se soit un peu ennuyée |
POSITIF spectateur étant content de sa première expérience théâtrale bien quil se soit un peu ennuyé |
POSITIF spectatrice satisfaite même si elle na pas compris la fin du spectacle |
Ce spectacle a donc pour la majorité des élèves (10 personnes) été une expérience positive cest- à -dire que le théâtre est devenu ou demeuré bénéfique pour eux.
Pour trois personnes, malgré une appréciation relativement bonne du spectacle, le théâtre ne leur apparaît pas comme essentiel. Et il ny a quune personne qui na pas apprécié la pièce.
Ce sont donc des résultats plutôt satisfaisants qui montrent déjà une énorme diversité des spectateurs malgré leur catégorie similaire: même âge (16 ans), même situation (lycéen).
- DAUTRES SPECTATEURS
Dautre part afin de connaître dautres spectateurs de LIDIOT, relatons les rencontres avec le public qui ont été organisées à propos de ce spectacle.
a) dialogue entre Joël JOUANNEAU et Michel DENEKEN, théologien à lUSHS (organisé par théâtre et compagnie) sur le thème Dieu, si ça se trouve
Cette rencontre était ouverte à tous. Lors de celle-ci JOUANNEAU parla de ses vues sur le spectateur de théâtre.
" Je suis très content de cette rencontre avec des spectateurs et je trouve quil ny en a pas assez. Je souhaiterai quil y en ait plus. Mais cest le fait de la consommation culturelle de nos jours: on va voir un spectacle et cest tout. Jessaie lors des représentations de me mettre au coeur des spectateurs pour entendre leurs réactions. "
JOUANNEAU semble donc intéressé par la question du spectateur et cela se transcrit sûrement dans ses spectacles, ou du moins dans LIDIOT car celui-ci semble accessible à beaucoup de gens ( voir impressions dans la partie suivante), et affichera dailleurs complet au bout dune semaine grâce au phénomène du bouche à oreille.
Cette rencontre fut très intéressante sur le plan de son contenu (questionnements sur DOSTOIEVSKI, sur des thèmes de la pièce...). Cependant bien que ce soit une rencontre destinée aux spectateurs, ils ne furent pas très nombreux et la conversation était assez élitiste. Mais cela venait du fait que les gens venus à cette rencontre appartenaient à une couche sociale assez élevée. Ce nétait donc pas une rencontre comme avait pu la rêvait VILAR par exemple. Toutefois elle a permis détendre la réflexion après le spectacle, ce qui est positif et il est dommage que davantage de spectateurs ne soient pas venus à cette rencontre car ces rencontres pourraient servir de formation du spectateur.
b) Rencontre avec Joël JOUANNEAU et le traducteur de LIDIOT
Les spectateurs lors de cette rencontre furent beaucoup plus nombreux et apparemment plus diversifiés.
Des spectateurs ont émis des impressions et des reproches sur la pièce. Les reproches les plus fréquents venaient du fait que la deuxième partie était trop lente et trop longue. Fait que nous avions déjà relevé dans les réponses des lycéens.
JOUANNEAU sest alors expliqué à ce sujet. Il est daccord avec le fait que cest un spectacle exigeant et que la deuxième partie demande plus de concentration car elle relève de pensées métaphysiques alors que la première était plutôt une narration, qui sapparentait à un film ou un téléfilm. Lui, préfère la deuxième partie.
Lorsquon lui reproche la longueur du spectacle celui-ci répond: " trois heures cest trois heures, si vous nêtes pas dedans cest long ". De plus il fait remarquer que ce qui a été long pour quelquun na peut-être pas été le même moment de longueur que pour un autre. Il rappelle que la longueur peut avoir dautres paramètres: le fait dêtre mal assis, de lendroit où se situe le spectateur par rapport à la scène, de ce quil a dans la tête ce jour là...
Ainsi JOUANNEAU comprend et connaît le public mais il rappelle la complexité de chaque spectateur et sa volonté de ne pas céder à la simplicité.
A ce propos, MARKOWICZ (le traducteur) enjolive en disant que " rendre compte dun auteur, cest aussi rendre compte de ses longueurs ".
Toutefois il semble évident vu labondance des témoignages quil y avait un problème à ce niveau là car il est toujours négatif que les gens trouvent un spectacle trop long, cela prouvant lennui éprouvé.
Dautre part MARKOVITZ nous éclaire sur la contemporainité du texte: " avant quand on traduisait DOSTOIEVSKI on voulait faire de la belle langue. Moi jai voulu montrer que de la belle langue impure pouvait être belle ". Et cest sûrement cette modernité qui a été un facteur dappréciation car les spectateurs se sont sentis proches de ce langage.
Cette rencontre à caractère moins élitiste fut donc intéressante et les spectateurs venus semblaient être satisfaits de celle-ci.
Ces rencontres sont importantes car elles permettent de désacraliser les artistes du spectacle (metteur en scène ou comédiens) et de laisser sexprimer les spectateurs. La portée du spectacle sera alors plus grande car elles permettent une réflexion et une meilleur compréhension du spectacle. Cest pourquoi il est dommage que ces rencontres ne touchent quun public restreint et souvent averti.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Spectacle populaire dans le sens où la mise en scène et ladaptation éclaircirent la compréhension du texte. JOUANNEAU a voulu rendre le texte actuel: par le langage (ladaptation et la traduction), par la diction des comédiens.
Dautre part les comédiens sont proches des spectateurs dans le sens où leur humanité ressort très fortement. Le spectateur se sentant à leur hauteur nest pas rejeté du spectacle et a limpression que le théâtre est à sa portée. De plus il y a des clins doeil au public qui se sent alors concerné, important et ces coupures lui permettent de prendre le temps de respirer et de réfléchir (effet de dénégation).
Pour la première partie JOUANNEAU a misé sur la légèreté, lidentification et le comique étant souvent présents. Pour la deuxième partie cest plutôt le temps de la réflexion. Et cest pourquoi les spectateurs ont plus de mal à rentrer dans cette partie car la société actuelle (télévision par exemple) ne pousse pas à cela. Il est vrai que la salle semblait moins attentive (le silence était souvent altéré) pendant la deuxième partie.
Le spectateur passe donc du rire aux larmes et de lidentification à la réflexion. Même si celui-ci doit faire des efforts dans la deuxième partie, elle le pousse à la réflexion ce qui est positif.
En ce qui concerne la scénographie, les signes ou symboles sont assez simples. Le spectateur nest pas perdu, et peut facilement émettre des interprétations, des sens possibles. Ceci en partie grâce à une schématisation des costumes et du décor claire, les éléments importants étant très lisibles.
JOUANNEAU: " Ce qui me touchait dans LIDIOT cétait la question de la passion amoureuse et comment quand dans la question de l amour la question de la passion intervient la question de lorgueil alors cest la question de la possession de lautre qui est en jeu. Et évidemment jai bien connu ces choses là comme tout le monde et javais vraiment envie de parler de ça cest-à-dire de la difficulté quon a à transformer le verbe avoir ou verbe être dans la question de lamour; cest à dire qu on veut toujours avoir lautre au lieu dêtre avec lui. Alors LIDIOT cest vraiment une adaptation là-dessus, cest une adaptation sur lorgueil humain. " ( France culture, 14 novembre 96)
JOUANNEAU veut donc parler de thèmes proches des spectateurs, mais combien ont réellement compris cette question de lorgueil, peut-être seulement 1 % de spectateurs ! Mais peu importe ils lont soit compris inconsciemment, soit ils y ont trouvé dautres choses qui les concernaient pour ceux qui ont apprécié le spectacle. Mais il est vrai que les vues du metteur en scène et des spectateurs divergent sans cesse , limportant étant que chacun y trouve quelque chose à puiser, cest cela la magie du théâtre et la création artistique des spectateurs.
- LES SPECTATEURS SPECIALISES/ LA CRITIQUE
Comme nous lavons vu précédemment, la critique nexiste guère plu que pour relater lexistence dun spectacle et non pour donner véritablement ses opinions. Mais nous avons tout de même voulu illustrer et analyser celle-ci à travers les pièces de théâtre de Strasbourg que nous avons étudiées.
Ainsi nous allons analyser les critiques de LIDIOT dans deux journaux: Les Dernières Nouvelles dAlsace et dans Hebdoscope.
Antoine WICKER dans les DNA:
" Strasbourg ainsi, grâce aux moyens additionnés de lEtat et de la ville, se dote en réalité din beau et grand théâtre tout neuf- et Joël JOUANNEAU qui inaugure les lieux, est à la hauteur de lévénement: son adaptation de LIDIOT de DOSTOÏEVSKI occupe très remarquablement cet espace, scénographié ici par J. GABEL et éclairé par Frank THEVENON. (...) Au delà de quelques traits et partis-pris parfois curieusement anecdotiques, et dans larène où sont lâchés ici ses personnages, JOUANNEAU recueille avec beaucoup dintensité le mouvement désespéré et la nervosité brutale du roman de DOSTOIEVSKI, livré comme en un texte nu et vivement filé par des comédiens que le metteur en scène a choisi parmi les plus typés peut-être de leur génération et que soutiennent remarquablement lentreprise de Jean-Quentin Châtelain (...). "
Autour de cette critique se trouve le résumé du spectacle. Aussi les opinions du critique toutes relatées ici sont effectivement faibles, mais existent tout de même. Celle-ci gratifie JOUANNEAU mais note aussi une pointe négative: au-delà de quelques traits et partis-pris parfois curieusement anecdotiques. En fait la négation ne tient que dans un seul mot:curieusement, ce qui est pauvre dans une critique et passe pratiquement inaperçu. La critique en son ensemble est donc très positive.
Aussi cette critique est-elle en concordance avec les spectateurs ont pour beaucoup apprécié le spectacle (rappelons que celui-ci affiche complet dès la première semaine de représentation). Mais il ne semble pas que ce soit cette critique qui ait attiré les spectateurs, celle-ci étant trop pauvre en opinions personnelles. Cest ici le bouche à oreille qui a fonctionné.
Francis GRISLIN dans HEBDOSCOPE
" Joël JOUANNEAU, après nous avoir fasciné par sa mise en perspective des troubles, des passions perverses, qui traversent LINSTITUT BENJAMENTA de WALSER, nous fait entrer, avec toute sa délicatesse et toute sa passion, dans sa lecture tellement personnelle mais combien profonde et intelligente du roman de DOSTOÏEVSKI.(...)Sans nous appesantir sur le récit, nous nous contenterons dévoquer ce qui nous a touché dans la trame complexe de ce spectacle dont les nuances de la texture ne sont que des approximations quand on essaie de les traduire en mots. (...) remarquablement mis en jeu par Océane MOZAS.(...) Les personnalités du Prince et de Rogojine sont portés par limmense talent de Philippe DEMERLE et Jean-Quentin CHATELAIN. (...) Noublions pas de relever les contributions précieuses apportées par les costumes de Jeanine GONZALES, Les lumières de Frank THEVENON et les décors de Jacques GABEL. Ici chacun joue son rôle sans tricher, sans se faire valoir. Un travail dacteurs juste et vrai pour cette mise en scène que Joël JOUANNEAU a voulu vivante et questionnante comme lest loeuvre de DOSTOIEVSKI. "
Nous relatons ici les seules opinions du critique, le reste de larticle comprenant le résumé de la pièce de théâtre.
Dans cette critique aucun élément négatif apparaît. Tout y est magnifique: la mise en scène, le jeu des comédiens, léclairage, les costumes, les décors. Il semble véritablement séduit. Sa critique est beaucoup plus engagée et passionnée que la précédente, le critique prend ici davantage partie.
Les spectateurs spécialisés semblent donc avoir apprécié ce spectacle et être daccord avec les autres spectateurs.
Dautre part nous pouvons dire que le rôle de la critique na pas complètement disparu puisque sur les tracts de LIDIOT apparaissent des extraits de critiques. Le TNS pensa quà la lecture de ces critiques le spectateur pourra être influencé et venir voir le spectacle.
- LE PROGRAMME
Un programme du spectacle est distribué gratuitement (loeuvre de VILAR a porté ses fruits) à chaque spectateur. Celui-ci leur permet grâce à une note du metteur en scène de mieux comprendre ses vues sur la pièce et donc le spectacle en lui même. Le programme peut être lu selon le souhait du spectateur avant (afin de mieux situer le spectacle) ou après la pièce ( afin de confronter ses opinions à celles du metteur en scène) ou même pendant lentracte puisque ce spectacle en possédait un. Dautre part celui-ci contient également le nom des comédiens (et des autres artistes du spectacle) que le spectateur aime parfois retenir lorsquils les a appréciés. De plus il constitue une trace matérielle du spectacle et permet de fidéliser le spectateur puisquil comprend aussi les dates des prochaines rencontres ou pièces de théâtre.
LANNEE DES TREIZE LUNES de FASSBINDER
mise en scène de Jean-Louis MARTINELLI
En ce qui concerne ce spectacle, une étude plus approfondie a pu être envisagée grâce à laccord du TNS et plus particulièrement de Jean-Claude CHAMPESME, chargé des relations publiques.
Les questionnaires étaient cette fois-ci distribués à lentrée du spectacle. Cette opération sest effectuée sur trois jours. Le spectacle se jouant longtemps (près dun mois), les distributions ont eu lieu au début, au milieu et vers la fin des représentations. Ainsi nous pourrons apprécier si la renommée du spectacle et le bouche à oreille a fonctionné. De plus nous nous sommes efforcés de donner les questionnaires à des jours de la semaine différents (mercredi, jeudi et samedi) afin de voir si ceux-ci avaient une quelconque influence sur la réception des spectateurs et afin davoir une palette de spectateurs plus large (les spectateurs de la semaine nétant bien souvent pas les mêmes que ceux de la semaine).
Les spectateurs étaient censés remplir les questionnaires en deux temps: avant et après la pièce de théâtre. Nous avons procédé de la sorte pour pouvoir avoir des renseignements sur le statut de linterviewé et sur son avis sur le spectacle. De plus nous voulions éviter au spectateur de ne remplir tout le questionnaire quà la fin du spectacle car celui-ci est souvent pressé de rentrer chez lui. Ainsi nous avons facilité le remplissage de la deuxième partie qui était à remplir après le spectacle par de simples croix à cocher. Dautre part le fait de lui faire remplir le questionnaire avant le spectacle (moment où celui-ci est dans lattente et peut donc facilement sy consacrer), cela permettait de lintéresser et de le fidéliser pour quil remplisse ainsi la deuxième partie. Ceux-ci étaient censés le remettre à laccueil du théâtre à la fin du spectacle.
Lorsque nous donnions le questionnaire à lentrée du théâtre en expliquant son but, la plupart des spectateurs lont accepté très volontiers et semblaient même flattés quon sintéresse à eux.
Dailleurs le résultat est assez positif. Le premier jour (jeudi 30 novembre 95), 230 questionnaires ont été distribués et 80 ont été rendus, soit un rendu de 35 %. Le deuxième jour ( mercredi 6 décembre 95), 232 questionnaires ont été distribués, 89 ont été rendus, soit un rendu de 38 %. Et le troisième jour (samedi 16 décembre), 281 questionnaires ont été distribués, 112 ont été rendus, soit un rendu de 40 %.
En nombre total, 743 questionnaires ont été distribués pour 281 de rendus, soit 37,5 %.
Ces pourcentages assez élevés prouve que le spectateur se prête facilement à ce genre de procédé et peut-être est-ce la preuve quil aimerait plus souvent sexprimer, donner son avis sur le spectacle.
Le questionnaire distribué se trouve en ANNEXE.
Il est volontairement succinct afin là aussi que le spectateur le remplisse sans trop de contraintes. Ainsi, seuls les grands éléments indispensables ont été demandés. Dans la première partie: tout dabord son statut pour savoir qui vient au théâtre: lâge, la profession, la fréquentation au spectacle, la fidélité au TNS, le choix de la pièce; puis afin de mieux connaître son potentiel de réceptivité : la connaissance de lhistoire de la pièce et létat desprit du spectateur.
En deuxième partie se trouvaient les questions sur le spectacle même. Nous avons voulu savoir si le spectateur avait aimé le spectacle et puis si il a eu certaines difficultés face à la compréhension de lhistoire ou des moments dennui. La dernière question permettait elle de savoir si le spectateur avait limpression davoir vu une pièce de théâtre difficile.
Pour lanalyse des questionnaires nous allons procédé en plusieurs étapes.
Nous avons tenu à différencier les trois jours pour les raisons évoquées précédemment.
Grâce à des tableaux nous avons établi des pourcentages question par question.
Notons que les résultats formulés ne seront évoqués que comme simples hypothèses du fait que nous navons pu, faute de moyen, faire lenquête quauprès de 271 personnes et que de plus les personnes répondant aux questionnaires sont peut-être des spectateurs spécifiques.
LAGE
Classe dâge
| Jours | 15 à 20 ans |
21 à 30 ans |
31 à 40 ans |
41 à 50 ans |
51 à 60 ans |
+ de 60 ans |
|||||
| Jeudi
(début des représentations) |
30 % | 30 % | 9 % | 12 % | 10 % | 4 % | |||||
| Mercredi (milieu des représentations) | 30 % | 21 % | 10 % | 13 % | 5 % | 2 % | |||||
| Samedi (fin des représentations) |
8 % | 31,5 % | 17,5 % | 16,5 % | 10,5 % | 2 % | |||||
| sur les 3 jours | 23 % | 28,5 % | 13 % | 14,5 % |
9 % | 2,5 % | |||||
Les résultats obtenus pour les différents jours ne diffèrent pas beaucoup entre eux. On remarque simplement que le samedi soir le public est beaucoup moins jeune (on passe de 30 % à 8 % pour les 15-20 ans) au profit dune augmentation pour les 31-40 ans ( 10 % à 17,5 %) et les 41-50 ans (12,5 à 16,5 %). Les spectateurs du mercredi et du jeudi sont donc en grande majorité jeunes (moyenne de 55 %), ceux-ci étant peut-être plus disponibles que les autres en semaine.
Lorsque lon regarde les chiffres sur les trois jours on remarque que les plus forts pourcentages appartiennent aux jeunes de 15 à 30 ans : 51,5 %. Puis une chute sopère pour la tranche dâge de 31 à 40 ans. Ceci peut sexpliquer par le fait que ce sont souvent des personnes qui entrent dans la vie active, ont de nouvelles responsabilités et ne trouvent plus le temps de sortir. Dautre part cest également la tranche dâge où actuellement les gens ont de jeunes enfants quil faut faire garder (autre contrainte) pour pouvoir aller au théâtre. Même si les spectateurs ayant entre 41 à 50 ans sont légèrement plus nombreux, ils ne constituent que 14,5 % du public. Ceci venant peut-être du fait que négligeant le théâtre entre 31 et 40 ans ils nont plus lhabitude daller au théâtre et donc ny retournent plus. La baisse se fait encore davantage sentir pour les 51 à 60 ans (9 %) et les plus de 60 ans (2,5 %). La raison ne peut être cette fois-ci le surchargement dactivités car ils nont bien souvent plus denfant à charge et les plus de 60 ans sont à la retraite pour la plupart. La non-habitude peut là aussi en être la cause. Mais limpression qui ressort fortement est quavec lâge les gens semblent éprouver de moins en moins le besoin de se cultiver et de réfléchir sur eux-mêmes.
Quant à lengouement des jeunes il sexplique alors à linverse par une envie forte de découverte, de culture, de réflexion et bien sûr de divertissement.
Toutefois ces chiffres ne sont pas surprenants puisquils se rapprochent des résultats dautres enquêtes sur la fréquentation théâtrale. Il ny a donc pas ici de spécificité en matière dâge des spectateurs du TNS.
LA PROFESSION
| Jours | sans profession | retraité | lycéen | étudiant | enseignant |
| Jeudi | 4 % |
2,5 % |
11 % |
42,5 % |
10 % |
| Mercredi | 0 % |
4,5 % |
25 % |
17 % |
12,5 % |
| Samedi | 0 % |
2 % |
3 % |
29,5 % |
11,5 % |
| sur les 3 jours | 1.5 % |
3 % |
13 % |
29,5 % |
11,5 % |
| Jours | professions libérales | cadres supérieurs | cadres moyens | ouvriers employés | profession artistique |
| Jeudi | 6 % |
2,5 % |
5 % |
2,5 % |
7,5 % |
| Mercredi | 11 % |
7 % |
8 % |
1 % |
1 % |
| Samedi | 11,5 % |
10 % |
11,5 % |
4 % |
1 % |
| sur les 3 jours | 9,5 % |
6,5 % |
8 % |
2,5 % |
3 % |
De même que pour les résultats concernant lâge, les pourcentages entre les différents jours diffèrent peu sauf pour une catégorie: les lycéens. Ceux-ci étant très peu présents le week-end
(3 %) puisque la plupart des lycéens viennent en car avec le lycée la semaine.
Les trois catégories les plus fortement représentées en moyenne sont celles des étudiants avec 29,5 % puis suivent les lycéens (moyenne de 13 %) et enfin les enseignants (11,5 %). Ce qui nous fait une représentation de 54 % du corps enseignant constituant ainsi plus de la moitié du public du TNS.
Puis, suivent les professions libérales (9,5 %), les cadres moyens (8 %) et les cadres supérieurs (6,5 %) qui constituent une autre part importante du public (regroupé on arrive à 23 %).
Restent les faibles pourcentages pour les retraités, les sans-profession, les ouvriers et employés ainsi que les personnes issus du métier artistique ( seulement 3 %).
Une large partie du public est donc constitué de spectateurs issus dune catégorie sociale assez élevé (même si les cadres supérieurs ne sont pas très nombreux) ou détudiants et lycéens.
Le public du TNS nest donc pas représentatif de la constitution de la population française. Car on y retrouverait alors: 14,5 % douvriers, 15,9 % demployés, 21,1 % de retraités, et seulement 12,1 % délèves et détudiants.
(Chiffres de lINSEE en 1996 dans une enquête sur les catégories socioprofessionnelles en France).
LE SEXE
| Jours | % dhommes | % de femmes |
| Jeudi | 28 % |
72 % |
| Mercredi | 36 % |
64 % |
| Samedi | 34 % |
66 % |
| les 3 jours | 33 % |
67 % |
La forte majorité de femmes est ici frappante et se confirme sur les trois jours, elle nest donc pas le fruit du hasard.
Il est vrai que la moyenne nationale de la fréquentation féminine au théâtre est plus importante que celle des hommes (voir première partie) cependant elle est ici excessive. Cest pourquoi nous pensons que les femmes sont plus enclins à répondre à des questionnaires que les hommes, ceci expliquant alors le résultat obtenu.
Toutefois ce résultat confirme tout de même les chiffres nationaux en démontrant que les femmes sont très présentes au théâtre et notamment ici au TNS.
A présent que nous connaissons mieux le profil des spectateurs du TNS, tâchons de savoir quel est leur rapport au théâtre.
FREQUENCE AU TNS
| jours | de 1 à 2 fois | de 3 à 5 fois | de 6 à 9 fois | 10 fois et plus |
| jeudi | 38 % |
42 % |
20 % |
o % |
| mercredi | 18 % |
55 % |
19 % |
8 % |
| samedi | 31 % |
41 % |
21,5 % |
6 % |
| les 3 jours | 29 % |
46 % |
20 % |
5 % |
Les spectateurs du TNS ont donc en grande partie (46 %) une fréquence annuelle au TNS moyenne ( de trois à cinq représentations par an). De plus les résultats différant peu entre eux le résultat est confirmé.
En deuxième place se situe les gens qui viennent très peu au TNS (de 1 à 2 fois dans lannée) constituant 29 % du public. Ce chiffre élevé prouve que beaucoup de spectateurs ne sont pas de fervents amateurs de théâtre.
Ainsi 75 % viennent au TNS moins de cinq fois dans lannée. Ce chiffre est intéressant car il relève que les spectacles devraient peut-être être davantage faits en fonction de ce public là.
Ces chiffres confirment la position de Olivier DONNAT cité en première partie à propos de la fréquence théâtrale des français, et au contraire distancie celle de Claire BARNIER pour qui le public était en grande majorité constitué de fervents amateurs de théâtres.
Toutefois fréquenter le TNS, de 3 à 5 fois dans lannée est un résultat satisfaisant surtout si on analyse le résultat prochain sur la fréquentation au Maillon et au TJP qui donnera alors raison à Claire BARNIER.
FREQUENCE AU MAILLON OU AU TJP
| jours | oui |
non |
| jeudi | 50 % |
50 % |
| mercredi | 61,5 % |
38,5 % |
| samedi | 46 % |
54 % |
| les 3 jours | 52,5 % |
47,5 % |
Plus de la moitié des spectateurs du TNS ayant répondu au questionnaire fréquentent aussi le Maillon ou/et le TJP.
Ce résultat prouve que finalement le taux de fréquentation théâtrale est assez élevé. Cependant pour en être certain il faudrait savoir si les gens qui ne vont quune à deux fois au TNS se rendent aussi au Maillon ou au TJP.
- 73 % des spectateurs nallant au TNS quune à deux fois par an, ne se rendent pas dans dautres théâtres. Il y a donc bel et bien un nombre important de spectateurs allant très rarement au théâtre (1 à 2 fois dans lannée), même si la majorité des spectateurs a une bonne fréquence théâtrale.
Dautre part ce résultat relève que les spectateurs nont plus un souci de fidélité à un théâtre quils avaient à une époque puisquils vont facilement dans divers lieux théâtraux. Ce point est positif car il permet une diversité et une ouverture sur le théâtre surtout que le TNS, le Maillon et le TJP proposent des oeuvres bien différentes.
Voyons à présent ce qui a motivé les spectateurs pour venir voir cette pièce de théâtre précisément.
LE CHOIX DE CETTE PIECE
| Jours | Lauteur |
Imposée dans labonnement |
Le sujet |
La curiosité |
La critique le bouche à oreille |
| Jeudi | 19 % |
22,5 % |
12,5 % |
10 % |
5 % |
| Mercredi | 28 % |
32,5 % |
5,5 % |
5,5 % |
5,5 % |
| Samedi | 26,5 % |
15,5 % |
3 % |
4 % |
8 % |
| Les 3 jours | 24,5 % |
23,5 % |
7 % |
6,5 % |
6 % |
| Jours | Pour aller au théâtre |
Présentation de Mr CHAMPESME |
Invitation |
Le metteur en scène |
| Jeudi | 1 % |
14 % |
2,5 % |
1 % |
| Mercredi | 2 % |
0 % |
2 % |
4,5 % |
| Samedi | 12 % |
1 % |
7 % |
5 % |
| Les 3 jours | 5 % |
5 % |
4 % |
3 % |
Différents points intéressants apparaissent dans ce tableau.
Tout dabord en ce qui concerne la soirée de samedi deux différences avec les autres jours apparaissent.
Le samedi, le sujet de la pièce ne fait venir que 3 % du public alors que 12 % de ce même public vient simplement pour aller au théâtre ( contre 1 % le jeudi et 2 % le mercredi). De plus il y a également beaucoup plus dinvitations le samedi. Le samedi soir les spectateurs semblent donc davantage enclins à aller voir une pièce, simplement pour faire une sortie et non pour aller voir une pièce précise. Cependant beaucoup de spectateurs du jeudi et du mercredi sont venus contraints puisque cétait un spectacle qui était compris dans leur abonnement.
Notons également que si le jeudi 14 % des spectateurs sont venus suite à la présentation de monsieur CHAMPESME ceci veut dire que ces 14 % constitue un groupe de lycéens pour lequel monsieur CHAMPESME était venu auparavant parler de la pièce.
Toutefois cest, en moyenne, lauteur (FASSBINDER) qui a fait venir le plus de spectateurs. Ceci prouve le niveau culturel assez élevé du public car beaucoup connaissait FASSBINDER qui nest pourtant pas un auteur très connu du grand public. Mais il est vrai que FASSBINDER est un auteur allemand et ceci a peut-être déterminé le choix de certains.
Après lauteur et la pièce obligatoire dans labonnement les réponses sont diverses et donc les pourcentages faibles. On remarque que le plus faible pourcentage (3 %) revient au metteur en scène, ce qui est étonnant étant donné que cest Jean-Louis MARTINELLI, le directeur du TNS. Les gens ne semblent donc pas attacher une grande importance à celui qui fait la mise en scène de la pièce de théâtre.
On remarque également que la critique occupe une place assez faible (7 % en moyenne).
Nous avons à présent voulu savoir si les spectateurs étaient vierges par rapport à lhistoire ou si ceux-ci la connaissent un peu.
LHISTOIRE DU SPECTACLE
| Jours | oui |
non |
|
49 |
% |
||
| Jeudi | par le film |
par des documents |
51 % |
6 % |
21 % |
||
54 |
% |
||
| Mercredi | par le film |
par des documents |
45 % |
12,5 % |
29 % |
||
41 |
% |
||
| Samedi | par le film |
par des documents |
59 % |
10 % |
23,5 % |
||
48 |
% |
||
| Les 3 jours | par le film |
par des documents |
51,5 % |
9,5 % |
24,5 % |
En majorité, les spectateurs ne connaissaient pas lhistoire du spectacle (51,5 %), surtout le samedi (59 %), ce qui rejoint notre résultat précédent (le samedi les gens se préoccupent moins de la pièce quils vont voir).
De plus, ceux qui disent la connaître cest en grande partie par des documents, ils ne la connaissent donc que succinctement mais ont des éléments sur le cours de lhistoire.
Le film ( LANNEE DES TREIZE LUNES de FASSBINDER) na été vu que par 9 % des spectateurs interrogés, celui-ci na donc pas vraiment constitué une publicité pour la pièce de théâtre.
Ces résultats démontrent que le public est partagé entre ceux pour qui lhistoire dun spectacle ne semble pas constituer un élément de décision pour aller voir un spectacle théâtral, et, ceux qui aiment bien savoir ce quils vont voir.
Mais, il est vrai, nous lavons vu précédemment que beaucoup sont venus parce que la pièce figurait dans labonnement, il leur importait alors peut-être moins de connaître lhistoire puisque de toutes façons ils viendraient la voir.
Voyons si les spectateurs étaient dans un bon état de réceptivité.
LETAT DESPRIT DU MOMENT
| jours | fatigue | soucieux | bien | en attente, ouvert |
impatient |
| jeudi | 14 % | 17,5 % | 16 % | 26 % | 12 % |
| mercredi | 10 % | 9 % | 29 % | 27 % | 9 % |
| samedi | 5 % | 10,5 % | 38 % | 17 % | 4 % |
| les 3 jours | 9,5 % | 12,5 % | 27,5 % | 23,5 % | 8,5 % |
NEGATIF : 22 % POSITIF : 59,5 %
Une large majorité est donc dans un état de réceptivité plutôt positif.
Notons que le public du samedi soir est en moyenne plus positif que celui de la semaine.
Afin de savoir si létat desprit des spectateurs a une quelconque influence sur la réceptivité de la pièce, il faudrait classer les spectateurs en fonction de leur état desprit et analyser ensuite leur réception grâce aux questions de la deuxième partie du questionnaire. Car, un spectateur soucieux ou fatigué sera peut-être moins apte à bien recevoir le spectacle.
63 % des spectateurs étant dans un état desprit négatif de départ ont beaucoup aimé le spectacle. La grande majorité na donc pas été influencée. Toutefois nous verrons que ce résultat est en dessous de la moyenne de lensemble des spectateurs puisquils sont 72,5 % a avoir beaucoup aimé le spectacle (voir tableau suivant). Létat desprit négatif a donc peut-être chez certains spectateurs joué un rôle même si ce rôle est minoritaire.
Notons dailleurs que les personnes nayant pas du tout aimé le spectacle étaient au départ toutes dans un état desprit négatif.
Dautre part beaucoup de spectateurs nont pas répondu à cette question ne comprenant sans doute pas lintérêt de celle-ci.
Passons aux réponses que les spectateurs remplissaient après le spectacle, afin de savoir ce que ceux-ci ont pensé de cette pièce de théâtre précise.
CE SPECTACLE VOUS A T-IL PLU ?
beaucoup |
moyennement |
un peu |
pas du tout |
|
| jeudi | 71 % |
20 % |
4 % |
1 % |
| mercredi | 74 % |
20,5 % |
4,5 % |
1 % |
| samedi | 72,5 % |
22,5 % |
4 % |
1 % |
| les 3 jours | 72,5 % |
21 % |
4 % |
1 % |
Les spectateurs de LANNEE DES TREIZE LUNES sont largement satisfaits puisquils sont 72,5 % en moyenne a avoir beaucoup aimé le spectacle. Cest donc un résultat très positif, dautant plus quil ny a que 1 % des spectateurs qui nont pas du tout aimé le spectacle, les autres ont été moyennement satisfaits (21 %) ou ont tout de même un peu apprécié (4 %).
Ces chiffres étant très proches suivant les jours de la semaine, ils se confirment donc entre eux.
Deux hypothèses sont alors envisageables. Soit les spectateurs ont effectivement été très largement satisfaits par ce spectacle, soit ils sont moins nombreux car ceux qui ne lont pas aimé ont rempli moins de questionnaires. Dailleurs, il est vrai que les spectateurs ayant passé une bonne soirée sont plus enclins à remplir un questionnaire sur la pièce. Nous ne pouvons ici formuler que des hypothèses cependant, même si lensemble des spectateurs de LANNEE DES TREIZE LUNES avaient répondu au questionnaire, la majorité serait sûrement positive même si elle ne constituerait peut-être pas alors 72,5 % du public.
Olivier DONNAT déclare dans Les français face à la culture, p.78: " Par ailleurs, il est vrai quil est souvent plus prudent dinterpréter la déclaration daimer tel ou tel artiste comme une manière de dire quon néprouve aucun rejet à son égard que comme lexpression dun véritable goût. "
Il est vrai que certains spectateurs qui ont dit avoir beaucoup aimé la pièce ne sy sont peut-être simplement pas ennuyés sans en garder un souvenir impérissable. Il est difficile de connaître leffet de cette pièce sur les spectateurs avec de si courtes questions quant on connaît la complexité de la réception du spectateur. Mais en apparence cette pièce acquiert lapprobation de la plupart des spectateurs.
Nous avons voulu connaître les éléments qui ont le plus intéressé les spectateurs de cette pièce de théâtre.
PAR QUOI AVEZ VOUS ETE PARTICULIEREMENT INTERESSE ?
les comédiens |
la mise en scène |
le texte | le décor | |
| jeudi | 70 % | 57,5 % | 56 % | 36 % |
| mercredi | 66 % | 65 % | 63 % | 28 % |
| samedi | 66,5 % | 60 % | 48 % | 29,5 % |
| les 3 jours | 67,5 % | 61 % | 55,5 % | 31 % |
Ces résultats sont intéressants car ils peuvent être élargis à ce quapprécient en général les spectateurs dans une pièce.
Cest sans grande surprise que le mythe, la fascination pour le comédiens prend la première place (67,5 %). La proximité avec les comédiens reste donc (et peut-être de plus en plus dans cette société où se trouve sans cesse un écran) le point fort du spectacle théâtral.
Puis vient la mise en scène (61 %), le texte (55,5 %) et enfin le décor (31 %). Cet ordre restant établi quelque soit les jours ce qui prouve à nouveau lauthenticité des pourcentages.
Pour cette question beaucoup de spectateurs ont répondu par plusieurs réponses, voir par les quatre possibilités; ceci expliquant les pourcentages.
Aussi les spectateurs ont peut-être voulu montrer que le théâtre était un tout et quil était difficile de séparer les comédiens de la mise en scène ..., tout étant lié.
Notons dailleurs que les pourcentages dappréciation pour les comédiens, la mise en scène et le texte sont très proches. Le manque dintérêt relatif envers le décor, montre que soit ils ne lont pas trop apprécié soit quil ne les a pas interpellés du fait apparent de sa simplicité (celui-ci se résumant à des échafaudages et une pseudo-chambre).
Ensuite la question était de savoir si les spectateurs avaient eu des difficultés de compréhension ou si le spectacle était en accord avec ses spectateurs.
AVEZ-VOUS EU DU MAL A COMPRENDRE LHISTOIRE ?
| oui | non | |
| jeudi | 9 % | 89 % |
| mercredi | 10 % | 89 % |
| samedi | 8 % | 90 % |
| les 3 jours | 9 % | 89 % |
Il est évident que si les spectateurs ont aimé le spectacle, cest quils en ont compris lhistoire, ce qui explique les résultats ci-dessus.
Il serait donc intéressant danalyser les réponses des spectateurs qui ont émis des difficultés de compréhension.
Les spectateurs ayant émis des difficultés de compréhension ne sont pas spécifiques: ils appartiennent à des catégories dâge et de métier différentes. Dautre part ce ne sont pas des gens qui étaient spécialement dans un état desprit négatif et ne sont pas forcément des spectateurs novices. La difficulté de compréhension de lhistoire nest donc pas liée à un statut spécifique puisque ce sont des spectateurs bien différents.
Les difficultés sont donc venues dautres facteurs: manque de concentration ou autre mais ne démontrent pas linaccessibilité du spectacle à une certaine catégorie de spectateurs. De plus ces difficultés nont pas empêché à beaucoup de ces spectateurs dapprécier le spectacle.
Par contre même si les gens ont apprécié le spectacle il serait intéressant de savoir sils sy sont parfois ennuyés .
TROUVIEZ-VOUS QUE LE SPECTACLE ETAIT PAR MOMENTS ENNUYEUX ?
oui |
non |
|
| jeudi | 12,5 % |
85 % |
| mercredi | 23,5 % |
74 % |
| samedi | 20,5 % |
79,5 % |
| les 3 jours | 19 % |
79,5 % |
Même si une grande majorité des spectateurs ne se sont pas ennuyés, il y en a tout de même 19 % pour qui lennui est parfois intervenu. Celui-ci ne venant pas seulement de la compréhension de lhistoire puisquils ne sont que 9 % à avoir eu des difficultés à ce sujet.
Les spectateurs ayant trouvé la pièce de théâtre par moments ennuyeuse ne sont que 32,5 % a avoir beaucoup apprécié le spectacle. Lennui a donc été suffisamment important chez certains spectateurs pour influencer leur appréciation.
Lennui du spectateur est donc un élément important à combattre dans une pièce.
La dernière question de la première partie visait à savoir si le spectateur pensait que cette pièce de théâtre était accessible à tous ou si celui-ci se considérait comme un spectateur averti.
LACCESSIBILITE DU SPECTACLE A TOUT LE MONDE
oui |
non |
|
| jeudi | 36 % |
55 % |
| mercredi | 31,5 % |
65 % |
| samedi | 30 % |
65 % |
| les 3 jours | 32,5 % |
61,5 % |
Ce résultat est assez surprenant puisque 61,5 % des spectateurs interrogés pensent que LANNEE DES TREIZE LUNES nest pas accessible à tout le monde.
Cependant beaucoup de spectateurs nont pas répondu, ne comprenant apparemment pas la question et certains ont répondu non en précisant les enfants (ceci nentrant bien sûr pas dans notre question).
Dautre part, des commentaires rajoutés aux réponses nous fait remarquer que cette non-accessibilité viendrait déléments choquants de la pièce (transsexualité...). Certains spectateurs pensent que des personnes seraient choquées par ceux-ci (certains ont précisé les personnes âgées). Ce nest donc pas ici par référence à un manque de bagage culturel quont répondu les spectateurs à cette question. Toutefois il nempêche que pour beaucoup de spectateurs ce nest pas un spectacle populaire, puisquils pensent quil nest pas visible par tous (nous ne parlons pas ici des enfants).
Ceci prouve également que cette pièce a dérangé certains spectateurs car si eux-mêmes navaient pas été un peu choqués, ils ne penseraient pas que cela puisse lêtre pour dautres.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Spectacle qui demandait une mise en condition de départ. Les spectateurs semblaient avoir du mal à rentrer dans le spectacle au début (beaucoup de mouvement dans le salle, quelques spectateurs sont partis). Cela vient peut-être en partie de lagencement de la salle qui était très spécifique. Les spectateurs étaient divisés en deux gradins qui se trouvaient presque face à face. La scène qui se trouvait entre ces deux gradins, imposait donc un rapport inhabituel au spectateur. Dautre part la proximité à la scène engendrait peut-être un malaise chez certains spectateurs étant donné le côté dérangeant de la pièce dont nous avons parlé. De plus le spectacle commence par une scène muette et presque dans lobscurité qui demande alors une attention plus forte au spectateur.
Puis ce moment passé les spectateurs semblent être touchés et attentifs au spectacle.
La part du visuel est importante dans ce spectacle: écran de cinéma géant, échafaudages offrant de nombreuses possibilités de jeu...et, lon sent combien le spectateur aime que ses yeux soient remplis.
Cest un spectacle qui contient beaucoup déléments divers: réflexion, identification, comédie, drame, spectaculaire, absurde... Et cest peut-être pour cela quil a remporté ladhésion de beaucoup.
Il est vrai que cette pièce de théâtre parle dun sujet hors-norme: la transsexualité mais cest parce que napparaît pas la vulgarisation, les lieux communs que les spectateurs peuvent comprendre et être touché par ce sujet.
Les forts applaudissements de la fin du spectacle confirment l appréciation de celui-ci.
- HORS-SPECTACLE
Contrairement au spectacle précédent LIDIOT , il ny a pas eu de rencontres organisées et ouvertes à tous.
Cependant le spectateur avait la possibilité de se familiariser avec lunivers de FASSBINDER grâce à une exposition dans lenceinte du Hall des Parcs des Expositions (la salle actuelle du TNS). Cétait une exposition essentiellement composée de costumes, intitulée dailleurs: GARDE ROBES. Les spectateurs pouvaient également y lire des passages de textes de FASSBINDER. Grâce à cette exposition, le spectateur pouvait entrer dans lunivers des personnages pour se mettre en condition pour le spectacle ou prolonger son imaginaire, sa réflexion après la représentation. Cette exposition était renforcée par un fond musical.
Une rencontre a tout de même été organisée mais pour un public restreint puisquelle concernait uniquement les adhérents de Théâtre et Compagnie. Cétait une rencontre avec Charles BERLING (comédien jouant le rôle principal de la pièce). Moment très convivial du fait de la personnalité de lacteur et de lendroit où la rencontre avait lieu (café de lopéra). Le comédien était désacralisé, il était un homme comme tous les spectateurs qui lécoutaient.
Dautre part il y eu également certains films de FASSBINDER projetés dans un cinéma de Strasbourg (lOdyssée) et au TNS. Le spectateur pouvait donc là encore prolonger son aventure avec FASSBINDER. De plus le spectateur abonné avait eu la chance de recevoir chez lui le magazine du TNS Séquence 3 consacré en partie à FASSBINDER.
A propos de ce spectacle alors en Avignon (juillet 95), Jean-Louis MARTINELLI parle de sa position sur les spectateurs, dans Le Nouvel Observateur du 6 juillet 95:
" le théâtre, plus que le cinéma, est lécole de la démocratie. Le montage (symbole de la manipulation) se fait en direct. Lacteur et le metteur en scène nimposent rien: le spectateur conserve sa liberté. Ce nest pas la caméra qui choisit les gros plans, les zooms, les plans panoramiques, cest lui. Le théâtre comme la revanche du spectateur sur le metteur en scène. "
- LAVIS DES SPECTATEURS SPECIALISES : LES CRITIQUES
De nombreux articles sont parus sur cette pièce de théâtre.
Marie- Françoise GRISLIN dans HEBDOSCOPE
" Cest un spectacle non seulement beau et émouvant, mais qui, au lieu dêtre la simple transcription du film de FASSBINDER, est une oeuvre théâtrale en soi. Jean-Louis MARTINELLI et toute sa troupe en proposent bien une re-création et cest là tout leur mérite. "
" Linstallation provisoire du TNS au Wacken semble des plus opportunes pour la mise en espace de la pièce, et René CAUSSANEL a utilisé les lieux de façon pertinente et suggestive: disposant les spectateurs de part et dautre du triangle que constitue lespace de jeu, au sol une chape de ciment brut dégoulinant deau avec juste le lit dElvira et son miroir, il ny a ni porte, ni cloison, pas dintimité, tout est ouvert, béant, à limage du corps mutilé dELVIRA; au fond un mur déchafaudages avec leurs toiles de protection qui cachent ou révèlent lintimité des autres, leur ordre et leur désordre, leur égoïsme à coup sûr. "
" Ce décor très porteur, en complète intelligence avec le jeu des lumières de Claude COUFFIN qui contribue à donner aux comédiens cette présence étonnante qui nous suspend à leurs paroles et à leurs gestes. "
" Cest Charles BERLING qui interprète le rôle dErwin/ Elvira. Il est saisissant parce quon le sent en réel questionnement sur son identité. (...) Il nous donne du personnage toute la dimension philosophique, politique et émotionnelle que contient le texte de FASSBINDER. "
" Il faut dire que dans ce travail rien na été négligé: les costumes de Patrick DUTERTRE replacent les personnages dans les années soixante dix, comme le font les coiffures de Françoise CHAUMAYRAC, la musique originale de Gérard BARREAUX nous dit la vie qui voudrait vivre, alors que les plages de silence laissent à tous, protagonistes et spectateurs le temps de sentir linéluctable étreinte de la mort. "
" Cest bien une nouvelle oeuvre saisissante qui entre dans lhistoire du TNS. "
Voici relaté les morceaux sattachant davantage à la critique quà lhistoire du spectacle.
Cest une critique élogieuse qui ne note aucun élément négatif dans ce spectacle. Le critique semble dailleurs sincère et explique bien pourquoi il a apprécié chacun des éléments du spectacle. Car il parle de la mise en scène et des comédiens mais aussi du décor, des costumes, de la lumière, de la musique.
Cest une critique très explicative car elle décrit en détail le décor et dautres éléments. Le spectateur à sa lecture peut donc facilement se faire une idée du spectacle et avoir envie daller le voir.
Le critique semble donc être en accord avec les spectateurs si lon en croit les réponses des questionnaires.
Dans REPERES
" A ce sujet, il nous semble évident que Jean-Louis MARTINELLI a assez bien réussi à capter cette lumière froide et sordide si particulière de certains films de FASSBINDER. Lacteur Charles BERLING a le bon goût de jouer sobrement ce rôle qui pourrait facilement conduire un moins doué que lui à des épanchements regrettables, à un excès de pathos. "
" mise en scène relativement ambitieuse. "
Cette critique est beaucoup plus mitigée que lautre. Le critique semble avoir moyennement apprécié le spectacle, car celui-ci emploie des mots de faible appréciation: semble, a le bon goût, relativement....
Cest donc une critique moyennement positive que nous donne le critique de REPERES sans expliquer réellement son point de vue.
- LE PROGRAMME
Comme dans tous les spectacles du TNS, il y avait là aussi un programme pour LANNEE DES TREIZE LUNES. Celui-ci comportait un résumé de lhistoire permettant ainsi aux spectateurs de ne pas être perdu pendant le spectacle. Il sy trouve également des textes sur le film de FASSBINDER et un texte sur FASSBINDER , le spectateur pouvant ainsi élargir sa réflexion après la représentation.
Comme dhabitude était aussi inscrit la distribution, les dates des prochains spectacles...
CHAPITRE 3 :
LES SPECTATEURS DU MAILLON - THEATRE GERMAIN MULLER
1) Le Maillon - Théâtre Germain Muller
- PRESENTATION
A lorigine, le Maillon était un simple centre culturel pour le quartier. Puis il est devenu théâtre pour la ville de Strasbourg subventionné par la communauté et le ministère de la Culture. En 1994, le Maillon obtient un label de qualité du Ministère puisquil devient théâtre missionné.
Celui-ci se situe à lextérieur de Strasbourg: à Hautepierre mais il est devenu le deuxième lieu théâtral important de Strasbourg après le TNS, cest pourquoi nous lavons choisi pour continuer nos enquêtes.
La pratique essentielle du Maillon est le théâtre mais celui-ci présente aussi de nombreux spectacles de danse et de chant.
Son appellation a changé en 1995 puisque le Maillon est devenu Maillon-Théâtre Germain Muller, ceci en hommage à Germain Muller qui est mort la même année et connu en Alsace pour ses spectacles de cabaret, de dialecte...
Contrairement au TNS, le directeur du Maillon nest pas un créateur.
Depuis 1989 cest Claudine GIRONES qui est à la tête de ce théâtre mais celle-ci cédera sa place à Nadia DERRAR nommée directrice depuis février 96.
Claudine GIRONES:
Le Maillon fut la première direction de Claudine GIRONES. Auparavant celle-ci faisait de ladministration dans différentes compagnies. Elle donna un nouveau souffle au Maillon qui reçoit depuis son arrivée des oeuvres de créations contemporaines et donna leurs chances à de nombreux jeunes metteurs en scène et auteurs, alors quauparavant le Maillon était plutôt une scène daccueil pour les pièces venant de Paris.
Celle-ci expose ses vues sur le spectateur de théâtre à Strasbourg dans les DNA (17 décembre 95): " un public critique parfois insatisfait ou déçu mais reconnaissant et exigeant, extrêmement motivé ".
A présent Claudine Gironès sera directrice dune scène nationale ( la Ferme-du-Buisson) à Marne-la Vallée.
Nadia DERRAR:
Nadia DERRAR est une autodidacte, nayant comme diplôme quun CAP de dactylographe elle obtiendra de nombreux postes dadministratrice et de relations publiques dans différents théâtres (à Lille, à Paris...), sera également responsable de linformation au Centre National du Théâtre et déléguée au SYNDEAC.
Le Maillon avec son arrivée changera à nouveau de visages puisque celle-ci semble privilégier les textes classiques aux contemporains et nest pas pour la révélation de jeunes auteurs ou metteurs en scène.
- LA SALLE DU MAILLON
Elle se situe à lextérieur du centre de Strasbourg, ce qui peut présenter certains désavantages dont nous avons parlés pour lactuelle salle du TNS située au Wacken (difficulté de transports...). Cependant elle présente lavantage dinciter les habitants de Hautepierre à venir au théâtre ( cest un quartier assez difficile de Strasbourg) même si ceux-ci ne constituent pas la majorité du public. De plus les autres spectateurs ont la gratuité du bus et du tramway avec leur billet de spectacle.
La salle en elle même présente lavantage davoir une scène qui est assez grande , ainsi quune contenance de spectateurs idéale (voir première partie) de environ 400 places. De plus cest une salle populaire dans le sens où napparaissent pas de différences entre les places , même si celles situées à lextrémité sont moins bonnes. Linconvénient de cette salle vient surtout de son aspect très commun, le lieu théâtral ne présentant plus du tout laspect sacré cher à certains. Ceci dautant plus que le hall dentrée est lui aussi très banal. Il est assez froid (pas de moquette ici) et léclairage y est assez brut. Ce hall ne donne pas limpression au spectateur daller au théâtre. Il y a tout de même un bar qui rend le lieu un peu plus convivial.
Même si ce lieu a lavantage de ne pas provoquer un sentiment élitiste qui pourrait rebuter certains, il gagnerait à être remanié afin que le spectateur prenne davantage conscience du lieu où il se trouve afin de stimuler sa concentration, ses envies ...
Ceci est dailleurs en projet et des travaux sont prévus (agrandissement, changement de léclairage...). Béatrice ROSSIGNOL, chargée des relations publiques au Maillon note à ce propos que cette salle et son hall dentrée construits dans les années 70 étaient adaptés pour le centre culturel de lépoque mais pas en tant que lieu théâtral.
- LES TARIFS
En ce qui concerne les tarifs du Maillon, ceux-ci sont à peu près équivalents à ceux du TNS:
ABONNEMENT
individuel 6 spectacles |
individuel 9 spectacles |
individuel 12 spectacles ou plus |
jeune |
carte culture ou atout voir |
|
prix par place |
80 F |
75 F |
65 F |
50 F |
30 F |
HORS ABONNEMENT
| plein tarif | tarif réduit |
| 120 F | 90 F |
Ainsi les places du Maillon sont sensiblement moins chères que celles du TNS surtout si le spectateur prend labonnement 12 spectacles (65 F la place). Cependant ce système favorise uniquement les passionnés de théâtre et coûte cher en totalité.
Les personnes désireuses de naller voir que quelques spectacles (moins de six) ne peuvent pas prendre dabonnement et payent donc un tarif très élevé ( hors abonnement 120 F ).
Les prix des places sont donc là aussi trop élevées surtout lorsquon sait quils ne sont pas imposés par la ville ou le ministère mais par le directeur du Maillon qui dit les mettre en place en fonction des prix des autres théâtres.
Cependant la nouvelle directrice (Nadia DERRAR) a établi un nouveau système pour la saison prochaine (96-97). En plus des tarifs dabonnement actuels, une carte dadhésion coûtant 150 F pourra être achetée pour lannée, celle-ci permettant au spectateur de devenir adhérent rendez vous: le spectateur réservant alors ses places (le spectacle coûtant alors 45 F) ou adhérent impromptu, le spectateur pourra alors venir nimporte quel soir en prenant une place à 60 F.
Ainsi même sil faut aller voir plusieurs spectacles pour rentabiliser la carte, cette formule est plus souple et permet aux gens de venir plus facilement (sans réservation) au théâtre.
De plus ce système marque une volonté dévolution, ce qui est positif.
- LAFFICHE
Nous retrouvons beaucoup moins daffiches de saison du Maillon dans les lieux publics (gare, arrêt de bus...) par rapport à celles du TNS. Leur diffusion est donc moyenne et ne dépasse pas le cadre de la communauté urbaine de Strasbourg. Pour les affiches de chaque spectacle, la diffusion varie en fonction de la pièce de théâtre (plus importante lorsquil sagit de créations car le public est moins important) mais celle-ci nest pas non plus très élevée.
Laffiche de saison et celle relative à chaque spectacle change de conception chaque année car cest une personne différente qui sen occupe à chaque fois. Mais là aussi la nouvelle directrice veut changer ce système et engager un directeur publicitaire afin de donner une unité au Maillon et que les affiches sapparentent à un théâtre précis.
Les affiches relatives à chaque spectacle nont pas dunité entre elles et diffèrent donc complètement en fonction du spectacle proposé.
Le sigle du Maillon est très simple, le nom du théâtre apparaissant très clairement. ( voir ANNEXE). On y retrouve un jeu avec le géométrie, le sigle représentant le nom du théâtre à laide exclusivement de formes géométriques: carré, rectangle, triangle, rond. Celui-ci comporte deux couleurs tranchantes: le noir et le rouge. Cest donc un graphisme simple qui a été choisi.
Ce sigle est le suivant depuis larrivée de Claudine GIRONES au Maillon et changera pour la saison suivante (96-97) avec la nouvelle directrice.
Cest un artiste qui à partir du nom du Maillon a cherché le logo et sa forme géométrique et cette conception a été acceptée.
Contrairement à celui du TNS, le logo est assez fermé (lettres pleines) et simple.
- LE FASCICULE DE LA SAISON 95-96
Celui-ci est illustré à laide de toutes sortes de photographies. Elles ne sont pas en relation avec les pièces proposées mais représentent des expressions de visage ou de corps, en noir et blanc. Cest dailleurs un gros plan de visage qui illustre la couverture du fascicule. ( voir ANNEXE)
Dans ce fascicule, le Maillon garde les couleurs exploitées dans le logo: le noir et le rouge.
Cest aussi la clarté et la simplicité qui est choisi pour la présentation des pièces de théâtre. Contrairement au TNS, le Maillon a totalement changé sa conception du fascicule par rapport à la saison précédente. Effectivement lors de la saison 94-95, cétait une conception surchargée et difficilement lisible qui se trouvait dans le fascicule.( le titre, lauteur ou le metteur en scène de la pièce napparaissant quaprès une longue recherche ). On demandait donc un effort au lecteur qui voulait simplement sinformer du programme du Maillon, constatant sans doute que ce nétait pas la bonne méthode, la conception est devenue plus classique.
Dautre part le fascicule du Maillon comporte le même genre de données que celui du TNS (résumé de lhistoire, tarifs, dates des spectacles...) et est également procuré gratuitement dans différents endroits.
Comme au TNS, dautres moyens publicitaires sont employés (le kiosque culture, la presse régionale, la télévision...). Mais selon Béatrice ROSSIGNOL, chargée des relations publiques au Maillon ce sont les interventions en lycées, entreprises,..., qui constituent le moyen le plus sûr
damener les gens au théâtre, cest le contact direct qui fonctionne le mieux. (Cest ce que disait également monsieur CHAMPESME au TNS).
Le Maillon possède aussi un journal qui est envoyé aux abonnés et comportent des informations plus spécifiques des pièces de théâtre proposées. Il permet donc au spectateur de se renseigner plus en détail sur les spectacles.
- LA PROGRAMMATION 95-96
Elle comporte une grande variété de choix avec un nombre
important doeuvres contemporaines et possède également
une belle palette dauteurs classiques (CORNEILLE, TCHEKOF,
SHAKESPEARE, MARIVAUX ...). De plus le Maillon accueille deux
grand noms du théâtre: Mathias LANGHOFF et Stanislas NORDEY.
Les spectacles sont plus nombreux quau TNS (une vingtaine de pièces de théâtre contre treize au TNS) mais présentent le désavantage de ne se jouer que sur très peu de jours ( de trois à cinq jours). Le spectateur doit donc être très attentif à la programmation du Maillon pour pouvoir voir le spectacle qui lintéresse.
A propos de cette variété dans la programmation, Claudine GIRONES pense que cela vient du fait de ne pas être directeur-metteur en scène car " on est plus libre, plus réceptif des formes variées, moins prisonnier desthétique ". Elle ajoute: " je moccupe toujours davoir des spectacles qui normalement rassemblent le public (textes classiques) pour pouvoir à côté donner leurs chances à des spectacles plus difficiles (textes contemporains) "
( déclarations lors dune conférence organisée par Théâtre et Compagnie)
Cest donc une programmation plus alléchante que celle du TNS pour les spectateurs puisquelle comporte huit auteurs connus. Mais le public se tournera alors peut-être moins vers les oeuvres inconnues.
- LES CHIFFRES DU MAILLON
Depuis 1990, les abonnements du Maillon sont en légère hausse. Pour la saison qui nous intéresse (1995-96), ils sélèvent à 1800 ( contre 3000 au TNS).
Selon le chargé des relations publiques un des handicaps à une plus forte augmentation est la venue de la carte culture, les étudiants venant ponctuellement sans abonnement. Dautre part il semblerait quil soit de plus en plus difficile aux spectateurs de choisir leurs dates de spectacle à lavance. De plus ceux-ci ont un éventail de choix important étant donné que loffre est très importante (TJP, TNS, Pole Sud et diverses compagnies). Les gens sont donc moins fidèles à une seule maison et donc ne sabonnent plus.
Par ailleurs nous avons vu que les spectacles du Maillon ne se jouaient que sur quelques jours ce qui ne laisse pas une grande possibilité de choix de date au spectateur.
Le Maillon na pas voulu fournir de chiffres plus précis sur les abonnements des années précédentes mais nous a simplement avoué quil y avait beaucoup plus dabonnés sous lancienne direction (avant 1989) parce que les spectacles comportaient souvent des acteurs connus; toutefois les jeunes étaient alors moins présents.
Ainsi le nombre de spectateurs au Maillon semble stagner vu que le nombre de billets vendus à la billetterie est en baisse.
Afin de pourvoir à cette situation, le chargé des relations publiques déclare que le Maillon va essayer damener la tranche dâge des 30-40 ans qui est pour linstant très peu présente au théâtre ( cette déclaration confirme les résultats de lenquête sur LANNEE DES TREIZE LUNES puisque cette tranche dâge était effectivement très peu représentée).
Cependant le Maillon na pas évoqué comment ils allaient procéder.
2) Enquêtes concrètes sur les spectateurs du Maillon
Les enquêtes effectuées au Maillon nont pas été faciles à réaliser car toutes sortes de problèmes se sont immiscés.
Le spectacle sur lequel nous avons tout dabord enquêté est OTHON de CORNEILLE, pièce pour laquelle nous navons pas distribué des questionnaires car cette idée nous semblait à ce moment là difficile à réaliser. Puis nous avons choisi une oeuvre contemporaine: VISAGES de Hubert COLAS (jeune auteur) pour laquelle nous avons cette fois-ci procédé par questionnaires. Etant donné le peu dinformation que nous avons obtenu pour ces deux spectacles nous avons choisi une troisième pièce de théâtre. Celle-ci aurait dû être GLOUCESTER TIME MATERIAU SHAKESPEARE RICHARD III de SHAKESPEARE, les questionnaires étaient tirés mais la nouvelle directrice du Maillon venant darriver a refusé que lenquête ait lieu le jour même où nous devions distribuer les questionnaires, prétextant quelle naimait pas ce genre de chose. Finalement après maintes sollicitations nous avons obtenu lautorisation de distribuer des questionnaires pour CONVERSATIONS ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT de BALZAC.
OTHON de CORNEILLE mise en scène par AnneTORRES
Ce ne sont que des appréciations orales de spectateurs que nous voulions donc relater. Ceci lors de la rencontre du public avec le metteur en scène et les acteurs qui devait avoir lieu après le spectacle. Mais, cette rencontre na pas eu lieu. Nous avons tout de même choisi de transcrire ici certains faits car si cette rencontre na pas eu lieu, cela vient du fait que tous les spectateurs étaient déjà partis.
Nous décrirons alors ici nos impressions sur les spectateurs de cette représentation et sur le spectacle, afin de mieux comprendre cette désaffection des spectateurs.
- NOTRE AVIS DE SPECTATEUR
Cest dans un état très positif que nous nous rendions à cette représentation car lors dun dîner-rencontre organisé par Théâtre et Compagnie nous avions beaucoup apprécié les propos de Anne TORRES, metteur en scène dOTHON. Mais le désenchantement est apparu du fait de divers éléments.
Le texte (de Corneille et de Tacite), de par son montage était rendu difficile à la compréhension et demandait une énorme concentration pour ne pas perdre le fil de lhistoire. De plus celui-ci nétait pas très bien servi par les comédiens qui jouaient chacun dans un registre différent. Dautre part du point de vue esthétique, le spectacle nétait pas très bien fait: on a voulu mettre des signes un peu partout qui ne parlaient pas deux même. Par exemple il y avait des taches sur plusieurs robes, mais ce que nous y voyons ce nétait pas des symboles mais des robes peu élégantes pour des personnes de ce rang.
Par ailleurs la mise en scène semble vouloir nous rappeler sans cesse quon est dans du théâtre classique: gestes, cris, gémissements; qui passaient peut-être bien au dix-septième siècle mais qui de nos jours paraissent totalement superficiels. Les comédiens semblent faire tous les efforts possibles pour essayer dêtre transportés par de grandes passions. Les cris agressent mais némeuvent pas.
Une mise en scène comme celle-ci serait très facile à parodier, car elle est limage même que se font beaucoup de gens du théâtre classique: tout semble être trop intellectuel pour être compris par nimporte qui.
Même s il y a de beaux moments, ils sont trop courts pour que nous puissions apprécier cette pièce qui dure trois heures.
Cette pièce de théâtre ressemblait plus à des exercices de recherche sur la colère, la haine, lamour quà un spectacle en tant que tel.
- DAUTRES SPECTATEURS
Pendant lentracte (car heureusement il y en avait un ), nous nous sommes immiscés dans des groupes afin de pouvoir entendre leurs impressions.
Un groupe de lycéens venus en car avec leurs professeurs, furent très virulents par rapport au spectacle, et étaient en même temps très excités par la sortie conviviale quils effectuaient. Ils narrêtaient pas de parler. On sentait que pendant les deux premières heures du spectacle, le silence avait dû leur coûter; et à présent ils avaient besoin de se décharger, de dire quils nétaient pas daccord. Ils étaient contents car ils se sentaient en force, tout le monde était daccord pour se dire que cétait un spectacle nul. Et, même les professeurs, heureusement dailleurs, sinon ces lycéens ne seraient peut-être jamais retournés au théâtre. Le professeur leur expliquait que le phrasé de lalexandrin était une musique, que sa technique nécessitait beaucoup de travail et quici on ne retrouvait pas du tout la beauté de lalexandrin. Les professeurs semblaient très embêtés pour les élèves; les élèves, eux, étaient confortés dans leurs opinions.
Heureusement, ils avaient étudié loeuvre en classe, et nétaient donc pas perdus par lhistoire de la pièce.
Pour les autres spectateurs, beaucoup sont partis pendant lentracte, dautres se demandaient sils allaient rester ou non. Et, bien sûr il y en avait tout de même qui semblaient être satisfaits.
La deuxième partie commence. Les élèves et leurs professeurs reviennent (ils nont pas le choix car il y en a peut-être qui ont apprécié dans le groupe). Mais, cette fois-ci les élèves ne se tairont plus car ils ont été confortés dans leurs positions et se sentent donc en force. Ils ne feront même plus leffort découter. Pour eux le spectacle est classé, et, les bonbons et les commentaires fusent. Les cris, les gémissements, les allusions érotiques et amoureuses; un rien leur provoque le fou rire.
Puis, viennent les applaudissements et les lycéens applaudissent très fort pour se faire remarquer et non pour féliciter ce spectacle. Mais quand les comédiens reviennent pour la troisième fois, ils disent que ça suffit et veulent sen aller.
Dans lensemble, les applaudissements étaient assez froids, comme si les spectateurs ne savaient pas quelle opinion se faire de ce spectacle.
Nous attendions alors avec impatience le débat qui devait avoir lieu après la représentation entre le public et les artistes du spectacle. Mais, cinq minutes après la fin du spectacle, le Maillon était presque désert. Le débat naura pas lieu car personne nest resté.
Est-ce un signe de mécontentement ? Certainement, car lorsque les spectateurs ont aimé un spectacle, ils ont hâte de rencontrer les artistes, de voir les comédiens en vrai. Et, même si ces rencontres ne rassemblent pas tous les spectateurs, il y en a toujours au moins une dizaine qui reste. Mais ce soir, ces spectateurs avaient peut-être passé ou perdu suffisamment de temps au théâtre.
Pourtant, les comédiens et le metteur en scène qui sont au bar, se disent satisfaits, car ils savaient quun groupe de lycéens allait venir ce soir et ils ont trouvés ces lycéens très calmes et très attentifs. Essayaient-ils de se rassurer ou nont-ils vraiment rien senti ?
Nous avons voulu relater cette soirée car il est assez rare de rencontrer un public négatif.
- HORS SPECTACLE
Il y eu deux rencontres publiques autour de OTHON. Elles sintitulaient:
1) Rome, le héros et la chose publique
2) Tragédies et figures du pouvoir
Ces rencontres étaient constituées de réflexions de spécialistes sur la tragédie, la politique de lépoque..., dexplications approfondies sur TACITE, CORNEILLE...Elles permettaient donc au spectateur de mieux comprendre le spectacle mais le public ne sest pas vraiment exprimé sur ses impressions de la pièce de théâtre. De plus ces rencontres réunissaient une fois de plus un public plutôt élitiste.
Et il y eu le déjeuner-rencontre avec Anne TORRES, mais celui-ci ne concernait que les adhérents de Théâtre et Compagnie et a eu lieu avant les représentations.
- LES SPECTATEURS SPECIALISES : LES CRITIQUES
Il est intéressant de savoir si ce spectacle qui na apparemment pas plu à un assez grand nombre de spectateurs, a été apprécié par des spectateurs qui sont censés connaître la vraie valeur dun spectacle.
Antoine WICKER dans les DNA:
" Il faut dès lors rendre hommage à lentêtement dAnne TORRES, qui a longtemps patienté avant daffronter et la difficulté de la brillante composition de CORNEILLE, et les faiblesses légendaires de la structure-même de loeuvre. Il nest pas sûr quelle ait trouvé en tout point la bonne réponse à chacune de ces difficultés, ni quelle ait su convoquer ici assez dautorité pour conduire,(...) le très composite équipage de cet OTHON. "
" Mais la couleur du spectacle et son ambition même (...) par lhorizon quelles dessinent à louvrage plutôt que par son accomplissement même, sont tout à la fois remarquables et justes, incisives et sensibles. "
Cest donc une critique assez mitigée que nous avons ici. Le critique nest pas totalement négatif et prend beaucoup de pudeur à dire quil na pas aimé le spectacle, comme sil ne voulait pas se mettre en cause: il nest pas sûr. Le critique reconnaît que la mise en scène nest pas toujours très bonne mais rappelle que cest un texte qui comportait des difficultés. Ce nest donc pas là une critique du dix-neuvième siècle où lon senflammait devant une mauvaise pièce, ici le critique cherche presque à lexcuser.
De plus dans la partie apparemment positive de sa critique " remarquables et justes, incisives et sensibles ", ces adjectifs se rapportent à lambition et la couleur du spectacle, cest-à-dire que le metteur en scène est dans la bonne voie, quil y a des éléments à exploiter mais celui-ci précise que " laccomplissement même " nest pas positif.
Cest donc, en fait une critique négative que nous avons ici surtout lorsque lon sait quAntoine WICKER ne fait jamais de critiques totalement négatives.
La critique est en accord avec beaucoup de spectateurs sur laspect négatif du spectacle. Les spectateurs profanes et spécialisés ont eu les même impressions négatives avec leurs critères propres.
Joshka SCHIDLOW dans TELERAMA:
" La langue presque rugueuse de CORNEILLE, lélégante gestuelle de personnages remplis de passions indécises, les éclairages dune sauvage douceur et lâpre interprétation de Serge MERLIN et dAlexandre SCICLUNA: tout concourt à rendre incandescente cette sarabande dhommes et de femmes de pouvoir piégés par leurs sentiments. Anne TORRES, qui avait jusquà présent mis en scène des auteurs contemporains aussi délicieusement déroutantes que Jean MAGNAN ou Philip RIDLEY, apporte un incomparable éclat à cette saga cornélienne si ambiguë, si passionnante. "
Cest une critique très positive que nous donne ici le critique de Télérama.
Ceci est assez exceptionnel de rencontrer la critique dune pièce se jouant à Strasbourg dans cet hebdomadaire national et de surcroît une pièce du Maillon qui justement semble diviser le public. Mais le critique trouve que les comédiens, la mise en scène et léclairage sont parfaits et ne note aucun élément négatif.
La preuve est faite que la critique, comme nimporte quel public, peut être diversifiée.
Joseph HARTMANN dans HEBDOSCOPE:
" Il faut inviter tous ceux qui nont de CORNEILLE que la vision déformée léguée par les manuels scolaires à aller voir au plus vite un théâtre qui leur réservera bien des surprises. "
" Anne TORRES a eu lidée de ponctuer le texte de passages tirés des HISTOIRES de TACITE, qui éclairent les données du problème tout en lencadrant de son impitoyable regard. Cest fort bien fait: de TACITE à CORNEILLE, le dialogue sétablit à parité. Pour ce théâtre que domine la rigueur du verbe, elle conçoit un plateau nu, servi par des praticables latéraux qui amènent les acteurs du fond de la salle. Cette volonté de dépouillement nest abandonné que dans une seule scène, qui sollicite, assez arbitrairement me semble t-il des thermes privés: on pouvait suggérer sans cet artifice la couleur locale et la violence faite à Camille. "
" Si linterprétation est inégale, plus convaincante chez les hommes que chez les femmes, dont le rôle est, il est vrai, plus difficile à assumer, lensemble reste toujours cohérent, et le discours lisible, ce qui est essentiel dans cette pièce à intrigue complexe et aux personnages retors. "
" OTHON sera donné jusquau 21 octobre. On aurait bien tort de ne pas revisiter le théâtre du vieux Corneille, plus moderne quon ne croit généralement. Si inactuels que cela, la lutte acharnée pour le pouvoir, le délitement de lEtat et lhypocrisie de son personnel politique ? Allons donc ! "
Cest une critique positive que formule également Joseph HARTMANN même sil trouve au spectacle quelques points négatifs.
Lui, pense que grâce à la mise en scène, le spectacle est rendu compréhensible. Il avoue que lintrigue est complexe mais trouve que Anne TORRES la éclaircie.
Il incite (ce qui est rare) à " courir " voir le spectacle, et pense particulièrement aux lycéens.
Les lycéens que nous avons rencontrés nauraient sans doute pas été daccord avec ce critique.
Cette fois-ci le critique semble pourtant être sûr de lui car il prend rarement le risque dinciter les gens à aller voir un spectacle.
La critique sur ce spectacle semble donc être divisée.
- LE PROGRAMME
Comme dans les autres théâtres, un programme est distribué à lentrée du spectacle. Celui-ci par rapport au TNS est plus succinct. Il ny figure quen plus de la distribution, des dates des prochains spectacles..., quun petit texte sur la pièce de théâtre. Celui-ci situe lhistoire qui va se dérouler mais le texte aurait du être beaucoup plus fourni pour ce spectacle complexe afin que le spectateur puisse aisément suivre lhistoire.
VISAGES de Hubert COLAS
mise en scène de Hubert COLAS
Le deuxième spectacle choisi afin de mieux connaître les spectateurs du Maillon est VISAGES de Hubert COLAS. Cest une création contemporaine.
Nous avons procédé pour cette pièce de théâtre par des questionnaires similaires à ceux distribués pour LANNEE DES TREIZE LUNES. ( voir ANNEXE).
Le Maillon nous ayant prévenus quil ny aurait pas beaucoup de monde aux représentations de ce spectacle, nous navions tiré que 300 questionnaires. Ceux-ci étaient cette fois ci placés dans le programme du spectacle qui était distribué à lentrée. Cependant le jour où nous nous sommes rendus à la représentation, le programme que nous avons reçu était vide, aussi nous pouvons nous demander si lopération a été respectée. En tous les cas tous les questionnaires nont pas été distribués et le nombre réel nous est inconnu. De ce fait nous ne pouvons pas tirer de conclusions quant aux rendus des questionnaires.
Il ny eu finalement que vingt-six questionnaires remplis par des spectateurs. Aussi si les questionnaires ont été distribués correctement ce chiffre est très faible. Toutefois, il est intéressant danalyser les réponses de ces vingt-six spectateurs du Maillon même sil nest pas possible détendre nos résultats au public même de ces représentations. Aussi lanalyse aura pour but de mieux connaître ces vingt-six spectateurs et non de savoir véritablement comment était constitué le public de cette pièce de théâtre.
- LES REPONSES DE CES 26 SPECTATEURS
AGE
- de 21 à 30 ans: 31 %
- de 31 à 40 ans: 23 %
- de 41 à 50 ans: 19 %
- plus de 60 ans: 11,5 %
- de 50 à 60 ans: 4 %
- de 15 à 20 ans: 4 %
Excepté les deux tranches dâges: 50 à 60 ans et 15 à 20 ans, les classes dâge sont assez équilibrées, nous aurons donc grâce à ces 26 spectateurs une palette de spectateurs de tout âge même si les jeunes dominent légèrement.
PROFESSION
- Lycéen: 4 %
- Etudiant: 7,5 %
- Enseignant: 7,5 %
- Cadre moyen: 27 %
- Professions libérales: 19 %
- Cadres supérieurs: 15,5 %
- Métier artistique: 7,5 %
- Retraité: 7,5 %
Ainsi les spectateurs ayant répondu aux questionnaires sont tous issus dune catégorie sociale relativement élevée puisque nous navons aucun ouvrier ou employé et aucune personne sans emploi. Dautre part le corps enseignant nest ici représenté quà 19 %.
SEXE
Nous avons ici trop de non-réponses pour exploiter cette donnée, de plus celle-ci na pas de grande importance pour létude entreprise ici.
FREQUENCE AU MAILLON
- de 1à 2 fois dans lannée: 4 %
- de 3 à 5 fois dans lannée: 7,5 %
- de 6 à 9 fois dans lannée: 38,5 %
- 10 fois et plus dans lannée: 46 %
Ce sont donc des spectateurs passionnés et avertis qui ont répondu à nos questionnaires. Aussi il faudra prendre en compte leurs appréciations en fonction de ce vécu théâtral. Il est dailleurs intéressant davoir lavis de spectateurs habitués du Maillon.
FREQUENCE AU TNS ET AU TJP
69 % des spectateurs interrogés vont également voir des pièces de théâtre au TNS ou au TJP. Cest donc un public très averti que nous avons dans cette enquête puisquils vont déjà voir beaucoup de pièces au Maillon. Ceux qui ne fréquentent que le Maillon expliquent ce choix soit par la programmation du TNS ou du TJP qui ne leur convient pas soit par diverses raisons (manque de temps daller ailleurs...). Mais cest donc en majorité des spectateurs très spécialistes.
LE CHOIX DE CETTE PIECE DE THEATRE
Cest ici le thème très actuel (les jeunes, la banlieue, la difficulté de vivre), qui a surtout attiré les spectateurs interrogés (36 %).
Puis, cest lauteur qui a amené 12 % de nos spectateurs à cette pièce de théâtre. Ceci prouve bien que ce sont des spectateurs avertis car Hubert COLAS avait présenté une autre pièce lannée dernière ( NOMADES) au Maillon mais nest pas connu du grand public.
Dautre part 16 % sont venus tout simplement parce quils possèdent labonnement passion et quils vont donc voir tous les spectacles du Maillon.
De plus certaines personnes semblent avoir du mal à expliquer le choix de cette pièce car 28 % nont pas répondu à cette question. Ceux-ci avaient peut-être simplement envie daller au théâtre.
Par ces résultats on remarque que le spectateur semble être à la recherche de sujets dactualité vifs qui sont peut-être trop rares dans les pièces proposées actuellement.
LETAT DESPRIT AVANT LA REPRESENTATION
Ce sont des spectateurs plutôt divisés que nous avons ici puisque 54 % étaient dans un état desprit positif contre 46 % qui étaient plutôt négatifs. A ce propos des gens étaient énervés par lobscurité de la salle qui régnait pendant lattente du spectacle.
Il sera donc intéressant dessayer de savoir si ces états desprit négatif ont influé sur lappréciation du spectacle.
Cest peut-être effectivement le cas car cest dans cette tranche quon retrouve majoritairement les gens qui nont pas aimé le spectacle. Doù limportance de bien conditionner le spectateur avant une pièce de théâtre.
Ceux qui étaient dans un état desprit positif (14 personnes) ont pour 11 beaucoup aimé le spectacle, 2 moyennement et une pas du tout.
Létat desprit a peut-être dautant plus dinfluence pour ce spectacle précis car ce dernier demandait un état de concentration assez important du fait de la difficulté de cette pièce moderne.
A présent intéressons nous à la deuxième partie du questionnaire, qui porte sur le spectacle même.
CE SPECTACLE VOUS A T-IL PLU ?
- beaucoup: 54 %
- moyennement: 19 %
- un peu: 11,5 %
- pas du tout: 15,5 %
Cest donc un spectacle qui a été en majorité apprécié par les personnes interrogées. Cependant relevons quici quatre personnes nont pas du tout apprécié ce spectacle sur une base de vingt-six personnes alors que pour LANNEE DES TREIZE LUNES par exemple, il ny a que trois personnes sur 280 qui navaient pas aimé le spectacle.
Ce spectacle du Maillon ne semble donc pas, à nouveau, faire lunanimité des spectateurs.
Notons dautre part que ce sont des personnes ayant entre 40 et 50 ans qui nont pas du tout apprécié ce spectacle alors que les jeunes (thème dont on parle beaucoup dans cette pièce) ont été davantage touchés.
Ceci dévoile peut-être un des problèmes des textes contemporains parlant de sujets dactualité et qui se ferme alors à une certaine partie de la population qui nest pas concernée directement par le sujet.
PAR QUOI AVEZ VOUS ETE PARTICULIEREMENT INTERESSE ?
- les comédiens: 65,5 %
- le texte: 57,5 %
- le décor: 42,5 %
- la mise en scène: 30,5 %
La fascination pour les comédiens est ici aussi présente puisque ce sont à nouveaux eux qui remportent la première place. Ce résultat est dautant moins étonnant que le phénomène didentification devait être important pour beaucoup de nos spectateurs jeunes car les comédiens étaient eux-aussi très jeunes.
Puis cest le texte, peut-être pour sa forme poétique originale.
Vient ensuite le décor pour 44 % qui ne frappe pas la majorité de nos spectateurs alors que celui-ci était cette fois-ci complexe, moderne et original. Mais le décor ne semble pas être pour les spectateurs, nous lavons vu aussi avec ceux de LANNEE DES TREIZE LUNES, un élément très important de lacte théâtral.
Dautre part ces spectateurs semblent avoir davantage apprécié Hubert COLAS en tant quauteur ( 57,5 %) que metteur en scène ( 30,5 %). Ceci relève une question actuelle: les auteurs sont-ils de bons metteurs en scène de leur texte ?
AVEZ-VOUS EU DU MAL A COMPRENDRE LE TEXTE ?
Même si la majorité de ces spectateurs (54 %) na pas eu de mal à comprendre le texte, il y a tout de même 34,5 % de nos spectateurs qui ont émis des difficultés de compréhension.
Ceci prouve que le texte, le jeu des comédiens ou la mise en scène comportaient des manques car si pour ce public dhabitués il a pour beaucoup été difficile de comprendre cette histoire; que serait-ce pour les non-initiés ?
TROUVIEZ-VOUS QUE LE SPECTACLE ETAIT PAR MOMENTS ENNUYEUX ?
Plus de la moitié des spectateurs interrogés (54 %) se sont ennuyés à certains moments du spectacle. Ce résultat est très élevé et prouve à nouveau que le spectacle comporte des aspects négatifs.
Il serait intéressant de savoir si ce sont les gens qui ont émis des difficultés de compréhension quant au texte qui se sont ennuyés ou si lennui vient dailleurs.
57 % des spectateurs sétant ennuyés ont émis des difficultés de compréhension. La difficulté de compréhension a donc été un facteur dennui pour certains spectateurs mais elle ne constitue pas la seule raison puisque une assez grande part (43 %) ayant bien compris le texte se sont tout de même ennuyés. Il résidait donc dautres problèmes dans la mise en scène.
PENSEZ-VOUS QUE CE SPECTACLE SOIT ACCESSIBLE A TOUT LE MONDE ?
Une très grande majorité (73 %) considère que ce nest pas un spectacle accessible à tout le monde. Cest donc un spectacle difficile que les spectateurs ont eu limpression de voir alors que ces spectateurs sont en grande majorité des amateurs de théâtre. Ce nest pas ici laspect choquant (qui a surtout été remis en cause pour laccessibilité dans LANNEE DES TREIZE LUNES) mais bien sa difficulté daccès. Une remarque intéressante a été émise par un spectateur à ce sujet: " spectacle à faire connaître aux jeunes, mais après une certaine éducation ". Cette réflexion retrace bien les limites de laccessibilité du spectacle.
Par dautres remarques on comprend que ces spectateurs ont relativement bien aimé le spectacle parce quil possédait certains bons éléments, toutefois il comportait des carences doù lennui et la difficulté de compréhension de certains spectateurs.
- DAUTRES SPECTATEURS
Après le spectacle du jeudi soir, il y eu une rencontre avec le metteur en scène-auteur Hubert COLAS et les spectateurs. Une vingtaine de spectateurs sont cette fois-ci restés à cette rencontre. Ceux-ci semblaient très intéressés parce que avides de compréhension pour ce spectacle qui les avait interpellés.
Hubert COLAS a dit quelques phrases intéressantes sur les spectateurs de son spectacle:
" Parfois, les spectateurs mettent du temps à rentrer dans le spectacle, une vingtaine de minutes car ils sont surpris par la forme poétique du texte. "
" Dans la tournée, les gens ont en général aimé. Les spectateurs ont toutefois des réactions très différentes. Hier, une femme ma dit que le spectacle lavait rendu joyeuse alors quon pourrait sattendre au contraire de cette réaction. "
- NOTRE AVIS DE SPECTATEUR
Cest un texte très difficile et peut-être trop poétique pour être joué au théâtre.
Le jeu des comédiens est assez spécial car la diction comporte beaucoup dintonations musicales.
Les dialogues de cette pièce sont souvent très intéressants mais les monologues sont trop longs et trop imagés. Il est vrai quil est très difficile de se plonger dans le spectacle et ce nest quune fois lhabitude installée que nous pouvons lapprécier.
Lors des applaudissements il ny eu pas de rappel. Les spectateurs semblaient déroutés par le spectacle (forme quils navaient pas lhabitude de voir) et ne savaient pas quelle opinion sen faire.
En fait les résultats des questionnaires semblent assez bien retracer lambiance de cette salle de spectateurs lors de cette représentation du jeudi soir.
Mais le point important que nous retiendrons de ce spectacle est quil cible un public beaucoup trop spécifique.
- LES SPECTATEURS SPECIALISES: LES CRITIQUES
Antoine WICKER dans les DNA:
" Il manque certes à ces VISAGES un doigt dintensité, de puissance, de maturité, et ses dernières pages ne sont vraisemblablement pas maîtrisées avec suffisamment de précision: mais ils dessinent une ambition juste, à la fois rude et chaleureuse, et vivement défendue-voilà qui ne gâte pas le plaisir qui retient ici lintérêt- par les comédiens de COLAS. "
Cette critique rejoint assez bien les sentiments des spectateurs que nous avons relatés. Le critique pense également que des points positifs étaient présents dans ce spectacle mais il manquait à celui-ci quelque chose pour que le spectateur puisse réellement lapprécier.
La critique semble donc encore ici être en accord avec les spectateurs de la pièce.
CONVERSATIONS ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT de BALZAC
mise en scène de Gilberte TSAÏ
Nous avons donc pu refaire une enquête au Maillon malgré les problèmes évoqués précédemment. Celle-ci nous a paru nécessaire car le déroulement de celle entreprise pour VISAGES semblait litigieux.
Le choix de cette pièce vient donc de la seule possibilité offerte par le Maillon qui ne nous a dailleurs prévenu que trois jours avant les premières représentations.
Lenquête sest faite sur deux jours: un mardi et un vendredi. Nous nous sommes cette fois-ci occupés de distribuer les questionnaires.
Le premier jour 199 questionnaires ont été distribués, le deuxième 216, ce qui nous fait au total 415 questionnaires de distribués.
Nous avons eu en retour 33 questionnaires pour le mardi (premier jour de distribution), soit en pourcentage 16,5 % de rendus par rapport aux questionnaires distribués. Et, un rendu de 20 % le vendredi (43 questionnaires rendus).
Au total nous avons donc les réponses de 76 spectateurs soit 18 % de questionnaires rendus par rapport à ceux distribués. Ce chiffre est largement inférieur à celui de lenquête de LANNEE DES TREIZE LUNES où nous avions un retour de 38 % de questionnaires en moyenne.
Doù vient ce manque dintérêt pour lenquête ? Le public du Maillon, surtout si on prend en compte lenquête faite sur VISAGES, semble donc ne pas trop aimer parler de sa position de spectateur. Ceci vient peut-être de lambiance qui règne au Maillon qui comme nous lavons vu nest pas très sacrée et encline à la concentration. Dautant plus que le retour des questionnaires aurait pu être facilité par lentracte présent dans ce spectacle.
Toutefois nous avons ici les réponses de 76 spectateurs, ce qui nest pas négligeable. Pour lanalyse, nous procéderons de la même manière que pour LANNEE DES TREIZE LUNES en distinguant les deux jours denquêtes (le mardi et le vendredi).
Renotons que les résultats formulés devront être pris comme simples hypothèses.
Les questionnaires distribués sont sensiblement les mêmes que ceux des autres enquêtes mais ceux-ci sont plus axés sur le spectateur lui-même que sur son appréciation du spectacle. Car, nous avons vu auparavant comme il est difficile dapprécier la réception dun spectateur de théâtre par un simple questionnaire.
Ce questionnaire se trouve en ANNEXE.
Nous ne noterons pas, comme pour les autres questionnaires dailleurs, le pourcentage de non-réponses relatif à chaque question.
LAGE
| de 15 à 20 ans | de 21 à 30 ans | de 31 à 40 ans | de 41 à 50 ans | de 51 à 60 ans | plus de 60 ans | |
| mardi | 30,5 % | 18 % | 0 % | 30,5 % | 3 % | 0 % |
| vendredi | 39,5% | 16 % | 9,5 % | 9,5 % | 2,5 % | 0 % |
| les 2 jours | 35 % | 17 % | 5 % | 20 % | 2,5 % | 0 % |
Les résultats différent pour la classe dâge de 31 à 50 ans suivant les deux jours . En effet le mardi soir nous avons un nombre important de spectateurs âgés de 41 à 50 ans (30,5 %), cest le pourcentage le plus fort avec les 15-20 ans et, les 30-40 ans sont totalement absents. Nous pouvons penser que les 41 à 50 ans accompagnaient ce soir là justement la tranche dâge des 15-20 ans. Cest donc une répartition particulière du public que nous avons le mardi; alors que le vendredi celle-ci se rapproche des résultats obtenus précédemment.
Toutefois ce qui est le plus frappant est que les spectateurs interrogés sont en grande majorité très jeunes (35 % de 15 à 20 ans et 17 % de 21 à 30 ans soit au total 52 %). Alors que dhabitude ce sont plutôt les spectateurs âgés de 21 à 30 ans qui sont majoritaires, ici ce sont les 15-20 ans qui dominent largement et cela quelque soit le jour. Ce fait sexplique certainement par lauteur (BALZAC) de ce spectacle. Effectivement beaucoup de lycéens ont sûrement choisi cette pièce par conscience scolaire vu que BALZAC est un auteur important dans leur cursus et plus spécifiquement pour ceux qui passent le bac français. De plus, un certain nombre sont peut-être venus avec leur classe.
Sinon en moyenne les autres classes dâge se rallient sur les résultats obtenus dans LANNEE DES TREIZE LUNES, avec toujours ce pourcentage peu élevé des 30-40 ans et des personnes âgées.
LA PROFESSION
sans profession |
retraité |
lycéen |
étudiant |
enseignant |
|
mardi |
0 % |
0 % |
30,5 % |
15,5 % |
12 % |
vendredi |
0 % |
4,5 % |
33 % |
14 % |
9 % |
les 2 jours |
0 % |
2 % |
32 % |
14,5 % |
10,5 % |
profession libérale |
cadre supérieur |
cadre moyen |
ouvrier employé |
profession artistique |
|
mardi |
9 % |
3 % |
6 % |
0 % |
3 % |
vendredi |
2,5 % |
4,5 % |
4,5 % |
4,5 % |
0 % |
les 2 jours |
5,5 % |
4 % |
5 % |
2,5 % |
1,5 % |
Les résultats entre le mardi et le vendredi ne diffèrent pas ici énormément. Ce sont logiquement les lycéens qui dominent (étant donné le résultat des tranches dâge) constituant 32 % du public interrogé. Suivent ensuite les étudiants (14,5 %) et les enseignants (10 %). Cest donc ici aussi le corps enseignant qui constitue la majorité des spectateurs (54 %).
Le reste des professions obtient de faibles pourcentages en raison du nombre important de personnes nayant pas répondu à cette question mais semble confirmer une dominante de spectateurs de catégorie socioprofessionnelle plutôt élevée.
LE SEXE
| hommes | femmes | |
| mardi | 37 % | 63 % |
| vendredi | 41,5 % | 58,5 % |
| les 2 jours | 39 % | 61 % |
Comme le public du TNS, celui du Maillon semble être dominé par la gent féminine puisque 61 % des spectateurs interrogés sont des femmes. Ce chiffre confirme donc les précédentes hypothèses sur le sexe féminin très présent au théâtre.
Après cette carte didentité des spectateurs, tâchons de mieux connaître leurs motivations quant au théâtre et plus précisément au Maillon.
NOMBRE DE SPECTATEURS ABONNES AU MAILLON
abonnement |
sans abonnement |
|
mardi |
42,5 % |
57,5 % |
vendredi |
62,5 % |
37 % |
les 2 jours |
52,5 % |
47,5 % |
Les spectateurs viennent apparemment plus le week-end avec un abonnement que la semaine. Le public de la semaine venant davantage à limproviste et celui du week-end ayant plutôt réservé sa place le week-end, ceci parait évident.
Mais, en moyenne même si ce sont les spectateurs avec abonnement qui dominent (52,5 %), on remarque une division entre les deux assez bien répartie. Ceci rejoint la remarque de monsieur CHAMPESME pour le TNS qui disait que la moitié des billets vendus létait par abonnement.
Mais ce résultat montre surtout quil y a tout de même beaucoup de spectateurs qui viennent sans abonnement. Ceci sexplique peut-être par la dominance de spectateurs jeunes qui grâce à la carte culture ou atout voir ne prennent pas dabonnement vu que les tarifs sont les mêmes.
Effectivement, 78 % des personnes venant sans abonnement sont des lycéens ou des étudiants. Il y a donc en fait très peu de spectateurs payant le prix fort dun spectacle (120 F) à la billetterie.
Nous nous intéressons à présent aux personnes qui ont un abonnement au Maillon afin de voir quel abonnement est privilégié.
FREQUENCE AU MAILLON
| de 3 à 5 fois | de 6 à 8 fois | de 9 à 11 fois | 12 fois et plus | |
| mardi | 14,5 % | 57 % | 7 % | 21,5 % |
| vendredi | 29,5 % | 44,5 % | 7,5 % | 18,5 % |
| les 2 jours | 22 % | 51 % | 7 % | 20 % |
Labonnement privilégié est donc celui de 6 à 8 spectacles; Cest en fait le premier abonnement proposé si lon excepte celui des jeunes (de 3 à 5 spectacles). Ce résultat nest pas étonnant car 6 spectacles dans lannée est déjà une bonne moyenne.
Notons par ailleurs que les jeunes sont tout de même 22 % a posséder un abonnement qui ne leur fourni pourtant pas de tarif préférentiel. Certains sont donc tout de même intéressés par les autres avantages de labonnement et certainement par la réservation des places à lavance.
Dautre part, on remarque que le deuxième type dabonnement (9 à 11 spectacles) nattire pas beaucoup les spectateurs qui préfèrent prendre celui de 12 spectacles ayant alors un tarif plus avantageux. Car, la différence de prix entre le premier abonnement (80 F la place) et le deuxième est très faible (75 F la place), le troisième revenant, lui, à 65 F la place.
Remarque: peut-être faudrait-il proposer aux spectateurs un abonnement possédant moins de six spectacles car ce dernier revient tout de même à 480 F pour lannée, ce qui fait cher surtout si les spectateurs aiment aller voir des spectacles dans dautres théâtres.
LE CHOIX DU MAILLON
sa programmation |
sa proximité |
lhabitude |
autres |
|
mardi |
64 % |
0 % |
7,5 % |
28,5 % |
vendredi |
59 % |
3,5 % |
3,5 % |
30 % |
les 2 jours |
61,5 % |
2 % |
5,5 % |
29 % |
Le choix des spectateurs abonnés au Maillon ne diffère pas suivant les jours et vient essentiellement de la programmation de celui-ci. Cest certainement la variété de la programmation que nous avions relatée qui a ici décidé les spectateurs.
La proximité ne semble étonnement pas être un critère de choix pour les spectateurs; dailleurs il est vrai que la plupart viennent de Strasbourg et non dHautepierre.
Lhabitude ne constitue pas non plus un grand critère, on a vu que les spectateurs nétaient pas attachés à un théâtre précis.
Dans les autres raisons évoquées, elles se situent soit par rapport au lycée qui en a fait le choix soit par envie de changer du TNS. Notons par ailleurs que deux personnes pensent que le TNS est fermé et dautres évoquent la convivialité du Maillon (certains semblent donc apprécier ce lieu désacralisé).
Pour la dernière question destinée uniquement aux abonnés nous avons voulu savoir si ils étaient satisfaits par la programmation du Maillon étant donné que la saison lors de cette pièce était presque achevée.
AVEZ VOUS ETE SATISFAIT PAR LA PROGRAMMATION ?
| oui | non | |
| mardi | 85,5 % | 14,5 % |
| vendredi | 70 % | 26 % |
| les 2 jours | 77,5 % | 20,5 % |
Les abonnés ont donc été en grande majorité satisfaits par la programmation du Maillon. Ce résultat peut paraître étonnant étant donné les réponses relativement négatives que nous avons eu pour les deux enquêtes précédentes du Maillon mais il aurait fallu un questionnaire plus détaillé pour savoir quelles pièces ont été vues par ces spectateurs. Toutefois ce résultat est positif et montre que les spectateurs semblent cette saison (95-96) satisfaits du Maillon et donc se réabonneront peut-être.
Revenons à présent à lensemble des spectateurs interrogés, abonnés ou non.
FREQUENCE AU TNS OU AU TJP
| oui | non | |
| mardi | 75,5 % | 24,5 % |
| vendredi | 81,5 % | 16 % |
| les 2 jours | 78,5 % | 20,5 % |
Le public du Maillon est également un public ouvert vers les autres théâtres.
LES ATTENTES DES SPECTATEURS ENVERS UNE PIECE DE THEATRE
quil vous fasse réfléchir |
quil vous divertisse |
quil enrichisse votre culture |
|
mardi |
61 % |
75,5 % |
75,5 % |
vendredi |
56 % |
67,5 % |
67,5 % |
les 2 jours |
58,5 % |
71,5 % |
71,5 % |
Beaucoup de spectateurs ont répondu par les trois possibilités, ce qui explique les pourcentages. Ainsi les trois éléments proposés leur semblent importants même si pour certains cest la culture et le divertissement qui sont en première place. Le fait que les gens ne placent pas la réflexion avant la culture est un peu décevant car le propre du théâtre nest-il pas de faire évoluer, réfléchir les gens plutôt que dêtre simplement un enrichissement culturel. Toutefois ces réponses sont en corrélation avec le type de spectateurs présents: étudiants, lycéens qui sont avides de culture pour leur évolution scolaire.
A présent les questions posées sont axées sur la pièce de théâtre de BALZAC.
LE CHOIX DE CETTE PIECE
lauteur |
le metteur en scène |
loeuvre classique |
la sortie scolaire |
le résumé |
ladapta- tion |
pour aller au théâtre |
|
mardi |
39,5 % |
9 % |
12 % |
9 % |
3 % |
6 % |
12 % |
vendredi |
46,5 % |
0 % |
11,5 % |
0 % |
9,5 % |
7 % |
14 % |
les 2 jours |
43 % |
4,5 % |
12 % |
4,5 % |
6 % |
6,5 % |
13 % |
La plupart des spectateurs sont venus voir cette pièce à cause de lauteur (BALZAC) qui les a attirés. Nous voyons par ce résultat comme il est difficile pour les théâtres dattirer des spectateurs pour les créations dauteurs peu connus. Puisque grâce à lauteur de cette oeuvre, à son aspect classique et à son adaptation, 61,5 % des spectateurs sont venus voir cette pièce de théâtre. Alors quil ny a que 13 % des spectateurs interrogés qui sont simplement venus pour aller au théâtre.
Cest donc pour des raisons spécifiques que les spectateurs se rendent au théâtre, puisque cétait également le cas pour LANNEE DES TREIZE LUNES. Leur envie de se rendre à un spectacle doit être très souvent stimulée par quelque chose de précis.
Avant de savoir comment a été reçu ce spectacle, nous avons voulu savoir si les kspectateurs étaient dans un bon état de réceptivité.
LETAT DESPRIT DES SPECTATEURS
| fatigue | soucieux | bien | ouvert en attente | impatient | |
| mardi | 21,5 % | 21 % | 39,5 % | 9 % | 3 % |
| vendredi | 9,5 % | 16 % | 37 % | 28 % | 2,5 % |
| les 2 jours | 15,5 % | 18,5 % | 38 % | 18,5 % | 3 % |
NEGATIF: 34 % POSITIF: 59,5 %
Les spectateurs du vendredi semblent être dans un meilleur état de réceptivité que ceux du mardi Ce résultat rejoint lidée de Dort qui dit quil vaut mieux être libre pour le théâtre, les spectateurs de la semaine étant davantage fatigués ou soucieux par leur travail.
Cependant la majorité des spectateurs est dans un état desprit positif que ce soit le mardi ou le vendredi.
Afin de mieux analyser linfluence de létat desprit des spectateurs dans leur réception du spectacle, tâchons de voir si les personnes dans un état desprit négatif ont moins aimé le spectacle que les autres.
75 % des spectateurs étant dans un état desprit négatif ont beaucoup aimé le spectacle. Ce chiffre est au-dessus de la moyenne dappréciation de tous les spectateurs (voir tableau suivant).
Létat desprit ne semble ici pas avoir influé lappréciation du public. Toutefois, il est vrai que cette pièce demandait peut-être moins de concentration et de réflexion aux spectateurs que les autres pièces étudiées. Les personnes fatiguées ou soucieuses ont donc peut-être pu facilement se plonger dans le spectacle.
Voyons à présent comment les spectateurs ont en général apprécié CONVERSATIONS ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT de BALZAC
CE SPECTACLE VOUS A T-IL PLU ?
| beaucoup | moyennement | pas du tout | |
| mardi | 65,5 % | 22 % | 0 % |
| vendredi | 81,5 % | 18,5 % | 0 % |
| les 2 jours | 73,5 % | 20,5 % | 0 % |
Cest un spectacle qui a beaucoup plu, puisque aucune personne interrogée ne la pas du tout apprécié et que 73,5 % lont beaucoup aimé. Cest donc un bilan positif pour ce spectacle même si pour 20,5 % cette soirée ne sera pas mémorable.
Notons quil nest pas surprenant que le chiffre 0 % apparaisse dans la mesure où cest un spectacle qui peut difficilement diviser, être détesté (voir plus loin IMPRESSIONS).
Rappelons aussi que les spectateurs ayant apprécié le spectacle sont peut-être plus enclins à répondre au questionnaire et que apprécier un spectacle veut parfois dire ne pas le détester.
PAR QUOI AVEZ VOUS ETE PARTICULIEREMENT INTERESSE ?
Jours |
le texte |
les comédiens |
la mise en scène |
le décor |
Mardi |
65,5 % |
62,5 % |
47 % |
37 % |
Vendredi |
61 % |
72 % |
62,5 % |
18,5 % |
les 2 jours |
63 % |
67,5 % |
55 % |
27,5 % |
Nous retrouvons ici les résultats habituels: les comédiens en première place suivi du texte, de la mise en scène et le décor toujours largement en dernière place.
Cependant contrairement à LANNEE DES TREIZE LUNES le texte prend ici la deuxième place (contre la troisième), ceci s expliquant par le fort intérêt pour BALZAC.
Mais ces résultats confirment que les comédiens restent lélément favori au théâtre et que les spectateurs sont par contre moins attirés par laspect scénographique dune pièce de théâtre.
Essayons de savoir si malgré la bonne appréciation du spectacle, le public a eu des difficultés de compréhension ou sil sest ennuyé lors de cette pièce.
AVEZ VOUS EU DU MAL A COMPRENDRE LE TEXTE ?
oui |
non |
|
mardi |
22 % |
72 % |
vendredi |
0 % |
100 % |
les 2 jours |
11 % |
86 % |
Très bonne compréhension du spectacle dans son ensemble. Une différence saffiche pourtant entre les deux jours, lexplication est difficile mais il est possible que le jeu des comédiens ait été moins bon le mardi, soir de la première.
Il serait intéressant de connaître davantage les 22 % de spectateurs du mardi soir qui ont émis quelques difficultés de compréhension:
50 % des spectateurs ayant émis des difficultés de compréhension se sont ennuyés. Ces difficultés ne sont donc pas exclusivement le facteur de lennui.
Tous ces spectateurs étaient dans un état desprit positif, celui-ci na donc pas été la cause de la difficulté de compréhension.
Ce nest pas non plus lâge des spectateurs (âge différent) ou le manque de bagage culturel (certains étaient abonnés de nombreux spectacles) qui serait lié à ces difficultés.
Par contre 50 % de ces spectateurs nont que moyennement apprécié ce spectacle. La difficulté de compréhension a donc joué un rôle sur lappréciation des spectateurs.
Toutefois ces résultats démontrent une fois de plus la complexité de la réception des spectateurs, puisque les difficultés de compréhension sont difficiles à rattacher à des facteurs concrets.
LENNUI FACE AU SPECTACLE
oui |
non |
|
mardi |
34,5 % |
56 % |
vendredi |
21 % |
76,5 % |
les 2 jours |
28 % |
66 % |
La majorité des spectateurs interrogés ne se sont pas ennuyés pendant le spectacle mais il est intéressant de relever que 21 % se sont ennuyés par moment le vendredi alors que ce soir là aucun na eu de difficulté de compréhension. Lennui venait donc dailleurs (manque de rythme ou autre).
En moyenne lennui est tout de même important puisquil touche 28 % des spectateurs, cependant celui-ci ne semble pas avoir était trop important puisque on a vu que 73,5 % ont beaucoup aimé le spectacle.
Voyons tout de même si ce sont les gens qui se sont ennuyés qui ont en grande partie quapprécié moyennement le spectacle (20,5 %).
52 % des personnes sétant ennuyées ont moyennement apprécié la pièce. Lennui a donc une influence sur lappréciation, seulement de certains spectateurs.
LACCESSIBILITE DU SPECTACLE A TOUT LE MONDE
oui |
non |
|
mardi |
40,5 % |
50 % |
vendredi |
53,5 % |
44 % |
les 2 jours |
47 % |
47 % |
Le public est sur cette question très divisé.
66,5 % des personnes ayant eu des difficultés de compréhension pensent que ce spectacle nest pas accessible à tout le monde. La non-accessibilité vient donc pour eux de leur propre difficulté éprouvée face au spectacle.
Dautre part un résultat intéressant apparaît puisque ce sont les lycéens en grande majorité (65,5 %) qui pensent que le spectacle nest pas accessible à tout le monde. Ils ont donc eu limpression de voir un spectacle plutôt difficile ou un spectacle qui demandait certains bagages culturels quils possédaient eux du fait actuel de leur statut de lycéen.
Ce sont donc des spectateurs très spécifiques ( il y a aussi 23 % détudiants) qui nont pas trouvé ce spectacle accessible à tout le monde.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Spectacle moyen. Certaines scènes sont meilleures que dautres car elles se prêtent davantage au jeu théâtral alors que certains autres textes de BALZAC nauraient pas dû être interprétés ici et sont plus intéressants par une simple lecture.
Cependant lambiance est bien rendue et la mise en scène rend le spectacle assez intéressant (mise en espace des lieux originale). Cest un spectacle qui se regarde facilement mais qui ne laisse pas de souvenirs impérissables. Il est donc difficile de détester ce genre de spectacle qui est une adaptation banale mais bien faite de loeuvre de BALZAC.
Les spectateurs semblent attentifs. La salle est pratiquement pleine, les spectacles doeuvres classiques attirent effectivement beaucoup de monde.
Un des comédiens vient annoncer au milieu de la pièce, lentracte en précisant quun café sera offert en lhonneur de BALZAC. Un texte de BALZAC sur le café sera dailleurs distribué. Cette idée originale rend le spectacle plus attachant et plus convivial, les spectateurs semblent dailleurs ravis par cette idée.
A la fin, les applaudissements sont nombreux.
Il ny a pas eu de rencontres organisées autour de cette pièce de théâtre.
Quant à la critique théâtrale, nous nen avons pas trouvée (ou alors elles traduisaient simplement lhistoire du spectacle).
CHAPITRE 4 :
LES SPECTATEURS DU THEATRE JEUNE PUBLIC (TJP)
1) Le Théâtre Jeune Public
- PRESENTATION
Cest en 1975 que la Maison des Arts et Loisirs (MAL) est créée. Cest alors un centre danimation à vocation culturelle ayant comme président André POMARAT. Cette salle (ancien temple protestant) constitue actuellement la petite scène du Théâtre Jeune Public.
Le TJP, lui, ouvre ses portes en octobre 1982. Celui-ci se situe au coeur de Strasbourg dans un ancien cinéma réaménagé et cest également monsieur POMARAT qui en est le directeur. Mais cest en 1983 que la MAL-TJP commence véritablement sa saison. Ainsi la MAL-TJP possède une salle de 450 places et une salle de 200 places ayant les caractéristiques de se situer à deux endroits différents.
En 1984 la MAL-TJP prend lappellation de Centre Dramatique Régional dAlsace. Et, en 1989 celui-ci devient Théâtre Jeune Public- Strasbourg, Centre Dramatique National- Alsace.
De plus la MAL devient TJP petite scène et le TJP devient TJP grande scène.
En 1991 a lieu linauguration du TJP qui devient un nouveau C.D.N.E.J dAlsace ( Centre Dramatique National pour lEnfance et la Jeunesse- région Alsace).
Ainsi le TJP devenu Centre Dramatique National, est subventionné par lEtat et la ville et se doit de donner priorité aux créations et aux coproductions.
Le TJP possède une école de comédiens: le Tremplin mais celle-ci na ni lenvergure ni lambition de celle du TNS. Elle est là, se plaît à dire André POMARAT plus pour former des spectateurs que des acteurs, elle a simplement lambition de permettre aux jeunes de mieux découvrir le paysage théâtral. Celle-ci est ouverte aux jeunes ayant de 15 à 23 ans. Des auditions ont été mises en place pour pouvoir y rentrer à cause du nombre grandissant de candidats. Des cours de jeu et de technique théâtrale y sont enseignés par des professionnels.
Le prix de ces cours (3 H par semaine environ) est de 600 F lannée.
Le nombre de participants est de 80 à 100 personnes qui peuvent y rester trois années maximum.
Le TJP qui accueille en grande partie des très jeunes, possède deux types de représentations: normale et scolaire.
Le directeur du TJP est depuis sa création André POMARAT. Celui-ci changera cependant bientôt puisque André POMARAT quittera le TJP en février 1997.
Le TJP est devenu une institution très importante à Strasbourg et attire un nombre grandissant de spectateurs. Cest un théâtre qui a une identité propre présentant davantage des spectacles dimages que de texte.
Le TJP comporte aussi des spectacles pour adultes et adolescents car André POMARAT a voulu que le TJP soit un théâtre ouvert à tous. Dailleurs celui-ci note qu " un très bon spectacle pour enfants est un spectacle qui plaît aux adultes ".
André POMARAT:
André POMARAT était comédien, metteur en scène et professeur au Centre Dramatique de lEST/ Théâtre National de Strasbourg de 1958 à 1974.
Puis celui-ci éprouve le désir douvrir un théâtre pour enfants et cest ainsi que nait le TJP.
Son explication à ce sujet est simple: " javais des enfants et je ne savais pas où les emmener voir des spectacles " (déclaration lors dune conférence de Théâtre et Compagnie). Il nexistait pas alors de théâtre gestuel, de mime, de marionnettes, etc, à Strasbourg.
Lors de cette conférence André POMARAT sest également exprimé sur le spectateur de théâtre.
" Maintenant il faut recréer un désir de théâtre et ceci par les enfants. Il est vrai quil faut faire un effort pour aller au théâtre, cest tellement plus facile de rester chez soi. "
" Je crois que cette génération est consciente de cette épaisseur, de ce risque différent au théâtre, plus vivant plus fragile quà la télévision. Ils pénètrent dans un monde fait de chair et de sang sans artifice. "
Ainsi André POMARAT porte tous ses espoirs sur les jeunes spectateurs pour donner au théâtre un nouveau souffle et une plus grande fréquentation.
Dautre part celui-ci rappelle lobjectif du TJP: " Notre but cest de former de bons spectateurs, de bons citoyens et ainsi de réduire la fracture sociale. "
De plus celui-ci relève que les spectacles pour enfants permettent dêtre un apprentissage à tout le spectacle vivant (musique, danse, chant...).
Par tous ces propos on voit que André POMARAT croit plus que jamais en lavenir du théâtre pour jeune public.
- SITUATION DU TJP
Le TJP se divise donc en deux endroits puisquil possède une petite scène et une grande scène dans deux lieux distincts.
La petite scène se situe en plein coeur de Strasbourg dans un endroit très touristique. Celle-ci a été pendant la saison 95-96 en travaux et cest seulement depuis janvier 96 que quelques spectacles ont pu y avoir lieu même si tous les travaux (hall, bar...) nétaient pas terminés. La petite scène contiendra alors deux salles, une dans le hall (elle sera très mobile) et une autre ayant une contenance de 150 personnes maximum. Linauguration devrait se faire mi-septembre 1996.
Quant à la grande scène du TJP, elle se situe à Strasbourg près du campus universitaire, ce qui est un bel avantage pour attirer les étudiants. Sa contenance est de 400 places environ. Cest une salle démocratique: pas de balcon...De plus toutes les places permettent une assez bonne visibilité de la scène. Le hall dentrée est très petit mais une cafétéria prolonge celui-ci. Grâce à la cafétéria le lieu paraît assez convivial même si lensemble est assez froid et non spécifique à un lieu théâtral. Ici, comme au Maillon, létat de concentration, de coupure avec le monde réel ne sont pas favorisés. Toutefois le TJP en est conscient et des demandes de subventions ont été entreprises pour refaire ce hall dentrée (projet dagrandir le hall...). Si des travaux nont pas été faits plus tôt cela vient du fait que le TJP na pas une entière autonomie quant à la salle puisque celle-ci appartient à la ville (elle est dailleurs partagée ponctuellement avec dautres associations).
- LES PRIX PROPOSES
ABONNEMENT PLEIN FEUX
3 spectacles (prix pour une place) |
6 spectacles ( prix pour une place) |
|
adultes |
60 F |
50 F |
lycéens |
40 F |
33 F |
ABONNEMENT JEUNE PUBLIC
3 spectacles (prix pour une place) |
5 spectacles ( prix pour une place) |
|
adultes |
45 F |
42 F |
enfants |
30 F |
25 F |
HORS ABONNEMENT :
- plein tarif : 80 F
-tarif réduit (adultes accompagnés denfants, étudiants, chômeurs) : 55 F
Dautre part le TJP propose une carte club coûtant 50 F à ladulte, 25 F au moins de quinze ans et 100 F pour une famille de trois personnes minimum permettant davoir des tarifs avantageux
(60 F pour les personnes payant plein tarif) sans avoir besoin de sabonner.
Ainsi le TJP propose de nombreuses possibilités de tarifs qui sont tous accessibles (le tarif le plus élevé est de 80 F).
Par abonnement un adulte peut aller voir une pièce pour 50 ou 60 F. Quant aux lycéens et enfants cela varie entre 25 et 40 F.
Même les prix hors abonnement sont accessibles: le chômeur ne payera que 55 F. Voilà enfin une bonne politique des prix.
Il est vrai que le TJP comporte essentiellement comme public des enfants et le prix des places ne peut donc pas atteindre 100 F cependant il y a aussi des spectacles pour adultes.
Le tarif des spectacles est comme pour tous le autres théâtres étudiés, le choix du directeur. Et, monsieur POMARAT souhaite que le TJP soit un service public, cest pourquoi il a choisi ces prix accessibles.
Nous verrons si grâce à cette politique des prix le TJP attire un public différent des autres théâtres.
- LA PUBLICITE
Le TJP est un théâtre qui na peut-être pas autant besoin que les autres théâtres de publicité car il affiche complet très souvent. Les spectateurs viennent davantage en confiance, par habitude et semblent plus fidélisés à leur théâtre puisque cest le seul théâtre pour enfant à Strasbourg. Aussi la publicité est moins importante. Cependant un théâtre sans publicité est un théâtre mort, puisquil ne peut alors renouveler son public.
- Les affiches
Laffiche de saison, contrairement aux autres théâtres étudiés, est dessinée par une agence de publicité: GRAFFITI depuis 1989. Les propositions daffiches sont alors soumises au TJP qui donne ou non son accord. Leur diffusion nest pas grande: 300 grandes affiches, 500 à 1000 petites.
Laffiche de saison 95-96 (voir ANNEXE), est représentée par une photo de deux amoureux dune vingtaine dannées, devant symboliser les vingt ans du TJP, la jeunesse et son tourbillon. Le message est dailleurs retranscrit par une phrase: " Le TJP a vingt ans. Une histoire damour entre un public et son théâtre. "
Cest la couleur bleue qui constitue la grande part de laffiche, à laquelle sajoute le noir et le jaune. A ce propos GRAFFITI note que la palette de couleur nest pas grande, car le TJP a certains principes (par exemple ne pas utiliser de rose qui est une couleur trop enfantine et donc exclut les autres spectateurs).
Cette conception de laffiche est donc assez attractive et retrace bien lesprit du TJP: jeunesse, amour du théâtre...
En ce qui concerne les affiches relatives à chaque spectacle, cest en général le metteur en scène de la pièce qui choisit celui qui sen occupe: lagence ou une autre personne.
- Le sigle :
Le croquis veut lui aussi symboliser la jeunesse. Cest lagence de publicité qui la créé en 1989. Le sigle représente un visage: deux yeux, un nez, deux oreilles ou plus exactement une tête déléphant. ( Voir ANNEXE).
Ce choix a été fait à cause du côté ludique et jeune du croquis qui vise un certain public. De plus les lettres sont lisibles, lenfant pourra facilement lire le nom du théâtre.
- Le fascicule 95-96:
Comme pour les autres théâtres, le TJP retranspose ses couleurs du sigle et de laffiche dans le fascicule: le jaune, le bleu et le noir.
La couverture du fascicule est laffiche de saison que nous avons décrite précédemment.
Le TJP a voulu un fascicule assez coloré et largement illustré ayant le format dun livre pour enfant. Ainsi les enfants prennent plaisir à le feuilleter. De plus il comporte aussi un petit texte permettant aux parents de choisir le spectacle en fonction de lhistoire.
Les photos ou illustrations présentes dans le fascicule sont en rapport avec le thème du spectacle mais ne sont pas des photos mêmes de la pièce, étant donné que les spectacles nont pas été vus lors de la confection du fascicule. Lagence note à ce propos que les illustrations ne sont pas faciles à réaliser car certains thèmes ainsi que le fil conducteur de la saison sont parfois encore inconnus. De plus le TJP ne veut là aussi pas dillustrations trop enfantines (proposition de bande dessinée refusée) car celui-ci veut attirer tous types de spectateurs. Même problème pour le bonhomme indiquant lâge des spectacles où un espèce de Snoopy a été refusé par le TJP.
Les spectacles sont rangés à laide de ce petit bonhomme en trois classifications: tout public à partir de quatre ans, tout public à partir de huit ans, plein feux adolescents adultes.
Il est ainsi facile de voir le spectacle qui correspond au spectateur. Il y a neuf spectacles pour les enfants ayant au moins quatre ou cinq ans, sept spectacles pour ceux ayant au moins sept, huit ou neuf ans et six spectacles pour les adolescents et les adultes. Ce qui nous fait en tout vingt deux spectacles, ce qui est beaucoup. Le nombre de représentations est variable selon la pièce de théâtre.
Lâge des spectacles est en général déterminé par les compagnies venant présenter leur pièce de théâtre ainsi que par le responsable de la programmation du TJP, toutefois celui-ci nest pas soumis à de réels critères objectifs sauf peut-être celui de la durée de la pièce. Dautre part un spectacle étant défini à partir de trois ans, sera proposé à des élèves de quatre ans pour les représentations scolaires car les réactions et la concentration sont différentes que si les enfants viennent avec leurs parents.
A lintérieur de ce fascicule se trouve un grand calendrier que le spectateur peut accrocher où il veut. Celui-ci retrace toutes les dates des spectacles du TJP et peut véritablement servir de calendrier. Cest un bon moyen publicitaire qui permet de rappeler aux gens les pièces se jouant au TJP.
Dautre part le fascicule comporte bien sûr toutes les formes dabonnement et autres tarifs du TJP, et est distribué gratuitement dans de nombreux endroits.
- Les autres moyens publicitaires :
La presse locale, la télévision, la radio, les relais dassociations, le kiosque culture, etc, tous les moyens évoqués précédemment sont également valables pour le TJP. De plus Muriel CHEVALIER, chargée des relations publiques au TJP note que le bouche à oreille est un des moyens publicitaires les plus importants. Mais comme nous lavons déjà noté le TJP na pas besoin de grands moyens publicitaires, il se doit surtout de montrer quil est vivant par la publicité.
LA PROGRAMMATION
Cette saison (1995-96), la programmation du TJP est assez spéciale à cause du vingtième anniversaire de celui-ci et on y rencontre donc beaucoup de reprises.
Il y a également (comme toutes les années) beaucoup de spectacles en langue étrangère, ce qui nest pas gênant vu que le TJP est avant tout un théâtre dimages.
Cest une programmation variée que nous propose le TJP: marionnettes, théâtre gestuel...On y retrouve de grands auteurs classiques (SHAKESPEARE, HUGO...) mais également des textes contemporains (Catherine ANNE par exemple).
Le nombre de spectacles pour adultes ou enfants varie chaque année en fonction des propositions, cette année par exemple il y a eu moins de spectacles pour adultes que les autres années.
LES CHIFFRES DU TJP
- 2500 abonnés en 1994-95
- 2700 abonnés en 1995-96
Les abonnements sont donc assez importants (nombre proche de ceux du TNS), dautant plus que les abonnements scolaires ny sont pas comptabilisés.
Les étudiants viennent assez souvent au TJP étant donné sa situation (près du campus universitaire), toutefois ils sont mal informés sur les spectacles: sur 23 il ny en a que 6 pour adultes, ils doivent donc se renseigner avant pour savoir si il se joue un spectacle qui leur convient (bien quon trouve des étudiants dans les spectacles pour enfants).Ils ne peuvent pas y aller sans regarder aussi facilement quils le feraient peut-être au TNS ou au Maillon.
Les abonnements sont en hausse au fil des années, surtout pour les spectacles pour enfants. Pour les représentations scolaires, le TJP refuse près de 10 000 personnes chaque année tellement la demande est importante. Mais ils ne peuvent pas garder les compagnies plus longtemps à cause dun problème de budget.
Après huit ans et surtout vers treize quatorze ans les enfants viennent beaucoup moins au théâtre. On les retrouve vers seize ans et cest alors eux qui font le choix de venir et pas leurs parents.
Il y a environ six ans, les représentations pour le jeune public (pièce à partir de sept ans) avaient uniquement lieu le mercredi, le samedi et le dimanche en matinée. Puis le TJP instaure le mardi et le samedi soir. La première année la salle est à moitié vide, lhabitude navait pas été prise. Au bout de trois ans les gens viennent massivement avec leur enfants au spectacle le soir. Pour les tout-petits le TJP a également fait des tentatives en soirée mais cest ici vu lâge des enfants beaucoup plus difficile.
Les pièces de théâtre pour enfants durent entre 40 minutes et une heure.
Muriel CHEVALIER note que les spectateurs font leur choix de spectacles suivant trois critères: en fonction des compagnies qui reviennent souvent et quils connaissent alors, en fonction de lhistoire ou du metteur en scène.
Il est donc réjouissant que le TJP soit un théâtre qui fonctionne très bien mais relevons quil est dommage que celui-ci faute de budget se doit de refuser des spectateurs.
André POMARAT (lors dune conférence organisé par Théâtre et Compagnie):
" Le TJP a trouvé sa place, en attente dêtre occupée. On enlèverait le TJP aujourdhui (ce qui est impossible), je suis sûr quil y aurait des réactions virulentes de parents et denseignants qui ont compris limportance du théâtre pour enfants. "
2) Enquêtes concrètes sur les spectateurs du TJP
Comme le TJP comporte des spectacles de catégories dâges différents nous avons essayé denquêter sur les spectateurs en fonction des trois possibilités de spectacles: les pièces de théâtre à partir de quatre ans , celles à partir de huit ans, et celles pour adultes et adolescents. Aussi nous aurons une panoplie de tous les spectateurs du TJP. De plus nous pourrons ainsi mieux connaître le public jeune et très jeune qui nest pas un public à négliger comme nous lavons vu dans la première partie.
Pour cela nous avons choisi trois spectacles: LA TEMPETE de SHAKESPEARE, spectacle pour adultes et adolescents, MOWGLI LENFANT LOUP, spectacle à partir de sept ans, et, UNE DAME DANS LARMOIRE, spectacle à partir de quatre ans.
Pour LA TEMPETE nous avons procédé par des questionnaires distribués en début de spectacle. Cette enquête a été prise en charge par le TJP pour les photocopies et la distribution. Cest grâce à lencouragement du TJP, qui avait déjà entrepris ce genre denquête ( ceci prouve son intérêt pour les spectateurs) que nous avons décidé de faire de même pour les spectacles du Maillon et du TNS.
Pour MOWGLI LENFANT LOUP, nous avons enquêté auprès de scolaires également à laide de questionnaires. Et pour UNE DAME DANS LARMOIRE nous avons essayé dentretenir les enfants à laide de questions orales. Tout ceci a également été rendu possible grâce à laide du TJP.
LA TEMPETE de SHAKESPEARE
mise en scène : Ismaïl SAFWAN
Ce premier spectacle du TJP sur lequel nous avons enquêté est un spectacle plein feux, ceci signifiant quil est destiné aux adultes et aux adolescents. Il a la spécificité de mettre en scène des marionnettes dans une pièce de SHAKESPEARE: LA TEMPETE.
La distribution des questionnaires sest faite sur trois jours: le mardi, le mercredi et le jeudi.
Le nombre de questionnaires distribués ne nous est pas connu étant donné que cest ici le personnel du TJP qui sest chargé de la distribution.
Toutefois le retour de questionnaires a été relativement important. Le mardi: 44 questionnaires, le mercredi: 52 et enfin le jeudi: 79 ; ce qui nous fait au total 175 questionnaires de rendus.
Nous procéderons de la même façon que pour LANNEE DES TREIZE LUNES au TNS et CONVERSATIONS ENTRE ONZE HEURE ET MINUIT au Maillon, pour lanalyse des questionnaires.
Le questionnaire relatif à LA TEMPETE se trouve en ANNEXE et les questions sont pratiquement les mêmes que celles des autres enquêtes.
LAGE
de 9 à 15 ans |
de 15 à 20 ans |
de 21 à 30 ans |
de 31 à 40 ans |
de 41 à 50 ans |
de 51 à 60 ans |
plus de 60 ans |
|
mardi |
16 % |
18 % |
11,5 % |
16 % |
16 % |
4,5 % |
0 % |
mercredi |
4 % |
17,5 % |
44 % |
4 % |
17,5 % |
4 % |
4 % |
jeudi |
1 % |
19 % |
41,5 % |
17,5 % |
11,5 % |
1 % |
0 % |
les 3 jours |
7 % |
18 % |
32,5 % |
12,5 % |
15 % |
3 % |
1,5 % |
Nous retrouvons ici les mêmes classes dâges dominantes que dans les enquêtes précédentes. Cest toujours les 21 à 30 ans qui sont le plus présents (32,5 % en moyenne) puis suivent les 15 à 20 ans (18 %). Les 31 à 40 ans sont ici aussi moins présents que les 41 à 50 ans. La constitution du public est donc similaire aux autres théâtres (une majorité de jeunes). Toutefois une nouvelle tranche dâge vient sinscrire: les 9 à 15 ans très présents le mardi soir ( ils nont pas classe le lendemain ). Aussi grâce à lentête théâtre jeune public les 9 à 15 ans viennent voir des spectacles pleins feux alors que on ne rencontre pas cette tranche dâge au TNS ou au Maillon.
LA PROFESSION
sans profession |
retraité |
lycéen collégien |
étudiant |
enseignant |
|
mardi |
0 % |
0 % |
20,5 % |
23 % |
18 % |
mercredi |
0 % |
0 % |
7,5 % |
36,5 % |
13,5 % |
jeudi |
2,5 % |
0 % |
5 % |
41,5 % |
12,5 % |
les 3 jours |
1 % |
0 % |
11 % |
33,5 % |
14,5 % |
profession libérale |
cadre supérieur |
cadre moyen |
ouvrier employé |
profession artistique |
|
mardi |
9 % |
2 % |
4,5 % |
0 % |
2 % |
mercredi |
11,5 % |
5,5 % |
5,5 % |
5,5 % |
2 % |
jeudi |
10 % |
5 % |
10 % |
1 % |
2,5 % |
les 3 jours |
10 % |
4 % |
6,5 % |
2 % |
2 % |
Les résultats obtenus entre les différents jours diffèrent peu (à part pour les lycéens et les collégiens qui comme nous lavons vu précédemment viennent davantage le mardi soir), ce qui confirme leurs authenticités.
Le corps enseignant, avec les étudiants en première place, réunit 59 % du public. Après quoi viennent les professions libérales et les cadres moyens. Puis en faible pourcentage les cadres supérieurs, les ouvriers. Notons quici les retraités sont absents, ceci venant peut-être aussi du label jeune public qui les décourage à venir au TJP.
Le TJP est donc constitué des mêmes couches socioprofessionnelles qu au TNS ou au Maillon. Ses prix relativement accessibles nont pas attiré d autres couches sociales. Toutefois beaucoup de personnes ne savent peut-être pas quil se joue des spectacles pour adultes au TJP et ignorent peut-être les prix de celui-ci.
LE SEXE
hommes |
femmes |
|
mardi |
19,5 % |
80,5 % |
mercredi |
43,5 % |
56,5 % |
jeudi |
42 % |
58 % |
les 3 jours |
35 % |
65 % |
Les résultats notés en moyenne rejoignent étonnamment ceux du TNS (F: 67 %; H: 33 %). Cependant on note une assez grande différence avec la soirée de mardi soir, la seule hypothèse que nous ayons trouvée est que les femmes ont plus largement accompagné les 9-15 ans très présents ce soir là. Sinon les autre soirs le sexe féminin est toujours majoritaire mais pas de beaucoup. Les hommes viendraient-ils davantage au TJP ?
Par cette identité du public, nous avons pu voir que les spectateurs du TJP étaient similaires à ceux des autres théâtres, voyons si cest également le cas dans leurs habitudes théâtrales.
FREQUENCE AU TJP
Jours |
de 1 à 2 fois |
de 3 à 5 fois |
de 6 à 9 fois |
10 fois et plus |
Mardi |
20,5 % |
32 % |
36 % |
4,5 % |
Mercredi |
50 % |
36,5 % |
9,5 % |
4 % |
Jeudi |
49,5 % |
33 % |
14 % |
2,5 % |
Les 3 jours |
40 % |
34 % |
20 % |
3,5 % |
Ce ne sont pas des spectateurs très fidèles au TJP puisquils y viennent en grande majorité occasionnellement. Ceci peut sexpliquer du fait que peu de pièces Plein Feux sont au programme du TJP durant cette saison. Dailleurs le mardi soir le taux de fréquentation du TJP est plus élevé car le public est alors constitué de beaucoup de spectateurs très jeunes qui viennent peut-être voir des spectacles pour enfants.
Le TJP ne doit donc pas décevoir ses spectateurs ponctuels pour tenter de les amener plus fréquemment dans son théâtre.
De plus ceci montre que beaucoup de gens viennent sans abonnement puisque 40 % des spectateurs ne vont voir quune ou deux pièces dans lannée au TJP. Toutefois nous avons vu quil y a beaucoup de jeunes et ceux-ci nont pas besoin dabonnement pour avoir lavantage des bas prix.
Voyons à présent si ces spectateurs vont dans dautres lieux théâtraux puisquils ne fréquentent guère le TJP.
FREQUENCE AU MAILLON OU AU TNS
oui |
non |
|
mardi |
70,5 % |
22,5 % |
mercredi |
84,5 % |
13,5 % |
jeudi |
76 % |
24 % |
les 3 jours |
77 % |
20 % |
Les spectateurs du TJP sont donc des amateurs de théâtre malgré leur petite fréquence au TJP.
56 % des spectateurs qui ne fréquentent ni le TNS ni le Maillon ont une fréquence au TJP de une à deux fois dans lannée. Ces spectateurs sont constitués de beaucoup détudiants, ceux-ci se rendant peut-être uniquement au TJP du fait de sa proximité avec le campus universitaire, et de collégiens ou lycéens, ceux- ci étant trop jeunes pour se rendre au TNS ou au Maillon et ne vont donc apparemment plu voir de spectacle pour enfants au TJP.
Il y a donc autour de 10 % de spectateurs du TJP qui ont une fréquence théâtrale très basse: une à deux fois dans lannée, uniquement au TJP.
Mais la plupart des spectateurs ont une bonne fréquence théâtrale.
Mais tâchons justement de savoir pourquoi ce public a choisi cette pièce de théâtre alors quil vient rarement au TJP.
LE CHOIX DE CETTE PIECE
lauteur |
les marionnettes |
la compagnie |
la critique le bouche à oreille |
|
mardi |
18 % |
9 % |
13,5 % |
7 % |
mercredi |
19 % |
17,5 % |
11,5 % |
6 % |
jeudi |
22,5 % |
17,5 % |
15 % |
10 % |
les 3 jours |
20 % |
14,5 % |
13,5 % |
7,5 % |
envie de sortir au théâtre |
par curiosité |
le sujet |
|
mardi |
18 % |
11,5 % |
9 % |
mercredi |
7,5 % |
13,5 % |
4 % |
jeudi |
10 % |
6,5 % |
0 % |
les 3 jours |
12 % |
10,5 % |
4,5 % |
Cest SHAKESPEARE qui a attiré le plus de spectateurs au TJP. Une fois de plus (comme pour BALZAC au Maillon), lauteur classique attire les spectateurs. Mais cest aussi la spécificité de ce spectacle: les marionnettes qui a interpellé les spectateurs, ils ont peut-être eu envie de découvrir autre chose que ce qui se passe dans les autres théâtres.
Et puis, certains connaissent la Compagnie (FLASH MARIONNETTES) puisque sa réputation a amené 13,5 % de spectateurs. Il est vrai que celle-ci est strasbourgeoise et a déjà créé au TJP des pièces de théâtre.
Enfin certains sont venus parce quils avaient simplement envie de sortir, par curiosité (peut-être pour les marionnettes), parce quils avaient entendu de bonnes critiques sur la pièce ou parce que le sujet leur semblait intéressant.
Mais en majorité les spectateurs sont venus voir cette pièce pour des raisons précises, ceci étant dautant plus compréhensible quils ne viennent pas souvent au TJP.
Nous avons ensuite voulu savoir si le public était habitué à ce genre spécifique de spectacle ou sils étaient en état de découverte.
AVEZ-VOUS DEJA VU UN SPECTACLE DE MARIONNETTES POUR ADULTES ?
oui |
non |
|
mardi |
50 % |
43 % |
mercredi |
42,5 % |
55,5 % |
jeudi |
45,5 % |
54,5 % |
les 3 jours |
46 % |
51 % |
Le public est donc divisé puisque près de la moitié était déjà habitué à ce genre de spectacle. La proportion se confirme dailleurs sur les différents soirs denquête.
Nous remarquons donc que près de la moitié des spectateurs sont des connaisseurs, ce qui prouve le caractère élitiste de ce public étant donné la spécificité de ce spectacle.
CONNAISSEZ VOUS LHISTOIRE DU SPECTACLE ?
oui |
non |
|
mardi |
29,5 % |
68 % |
mercredi |
36,5 % |
63,5 % |
jeudi |
33 % |
67 % |
les 3 jours |
33 % |
66 % |
Une grande majorité de spectateurs ne se sont donc pas souciés de lhistoire quils allaient voir ce soir. Nous avions dailleurs déjà vu que le public nétait pas très soucieux de lhistoire du spectacle dans les enquêtes précédentes. Beaucoup découvraient cette pièce de SHAKESPEARE, nous verrons plus loin si ils ont eu du mal à la comprendre.
LETAT DESPRIT DU MOMENT
fatigue |
soucieux |
bien |
ouvert en attente |
impatient |
|
mardi |
7 % |
13,5 % |
47,5 % |
23 % |
4,5 % |
mercredi |
11,5 % |
11,5 % |
32,5 % |
25 % |
7,5 % |
jeudi |
5 % |
12,5 % |
35,5 % |
33 % |
7,5 % |
les 3 jours |
8 % |
12,5 % |
38,5 % |
27 % |
6,5 % |
NEGATIF: 20,5 % POSITIF: 72 %
72 % des spectateurs sont donc en moyenne dans un bon état de réceptivité. Nous verrons lors de lanalyse concrète du spectacle (deuxième partie du questionnaire) si létat négatif a eu une quelconque influence.
Pas de grande différence ici entre les différents jours qui sont il est vrai tous trois des jours de la semaine.
Nous passons à présent à la deuxième partie des questionnaires qui était à remplir après le spectacle.
CE SPECTACLE VOUS A T-IL PLU ?
un peu |
beaucoup |
pas du tout |
|
mardi |
9 % |
91 % |
0 % |
mercredi |
4 % |
96 % |
0 % |
jeudi |
13 % |
87 % |
0 % |
les 3 jours |
8,5 % |
91,5 % |
0 % |
Bilan très positif pour cette TEMPETE puisquils sont en moyenne 91,5 % a avoir beaucoup aimé le spectacle (cest le meilleur résultat de toutes nos enquêtes). Il ny a dailleurs aucun spectateur interrogé et ce quel que soit le soir qui na pas du tout aimé la pièce. Tous y ont apparemment trouvé quelque chose de positif.
Mais intéressons nous à cette minorité qui a moins aimé le spectacle que les autres et tâchons de savoir si par exemple cela est dû à leur état desprit:
62,5 % des spectateurs nayant quun peu apprécié le spectacle étaient dans un état desprit positif. Ce résultat est légèrement inférieur à la moyenne (72 % de positif), létat desprit a donc peut-être été influant.
Dautre part ce sont surtout les moins de trente ans qui constituent le public nayant quun peu apprécié cette pièce. Le public jeune semble donc moins avoir été touché que les autres.
Toutefois la connaissance de ce genre de spectacle ( les marionnettes) nest pas la raison dune moindre appréciation, puisque les 8,5 % (spectateurs ayant un peu apprécié) sont également divisés en deux groupes égaux de connaisseurs et de non-connaisseurs.
Les raisons dune appréciation plus mitigée du spectacle sont donc difficiles à évaluer et peuvent tout simplement venir de goût personnel de certains spectateurs.
COMMENT AVEZ VOUS TROUVE LA CONCEPTION DES MARIONNETTES ?
bonne |
très bonne |
mauvaise |
|
mardi |
13,5 % |
84 % |
0 % |
mercredi |
23 % |
77 % |
0 % |
jeudi |
23 % |
77 % |
0 % |
les 3 jours |
20 % |
79,5 % |
0 % |
Cest véritablement un public très satisfait puisque 79,5 % ont trouvé la conception des marionnettes très bonne et le reste bonne. Ce résultat rejoint le précédent mais accentue la grande satisfaction de ce public.
AVEZ VOUS EU DU MAL A COMPRENDRE LHISTOIRE ?
oui |
non |
|
mardi |
20,5 % |
79,5 % |
mercredi |
6 % |
94 % |
jeudi |
19,5 % |
80,5 % |
les 3 jours |
15,5 % |
84,5 % |
Intéressons nous de plus près à ces 15,5 % spectateurs qui ont eu des problèmes de compréhension.
Ce nest pas le trop jeune âge de certains spectateurs qui est ici en cause dans la difficulté de compréhension puisque les 9-15 ans ne sont pas plus nombreux que les autres à avoir émis des difficultés.
Par contre ces 15,5 % de spectateurs étaient 74 % à ne pas connaître lhistoire de la pièce auparavant. Ce résultat est logique mais prouve que la mise en scène manquait peut-être de clarté quant à lhistoire de la pièce (problème de traduction du texte, de coupures...).
Toutefois 79 % de ces spectateurs ayant eu des difficultés de compréhension ont tout de même beaucoup apprécié le spectacle. Les difficultés ne devaient donc pas être trop importantes.
TROUVIEZ VOUS QUE LE SPECTACLE ETAIT PAR MOMENTS ENNUYEUX ?
oui |
non |
|
mardi |
25 % |
75 % |
mercredi |
11,5 % |
88,5 % |
jeudi |
27 % |
73 % |
les 3 jours |
21 % |
79 % |
Nous nous attarderons ici également sur la minorité, car cest le chiffre le plus intéressant à analyser.
Les 21 % de spectateurs sétant par moments ennuyés ont tout de même pour 67,5 % beaucoup apprécié la pièce. Mais comme ils sont en moyenne 91,5 % a avoir beaucoup apprécié nous pouvons dire que lennui a pesé dans lappréciation, davantage dailleurs que les difficultés de compréhension.
SPECTACLE ACCESSIBLE A TOUT LE MONDE ?
oui |
non |
|
mardi |
73 % |
27 % |
mercredi |
88,5 % |
11,5 % |
jeudi |
73 % |
23 % |
les 3 jours |
78 % |
20,5 % |
Cest la pièce de théâtre étudiée apparemment la plus accessible si on se fie à lavis des spectateurs.
Mais tâchons à nouveau de mieux comprendre la minorité qui ne le trouve pas accessible et essayons den discerner les raisons.
Les personnes pensant que ce spectacle nest pas accessible à tout le monde ont pourtant pour 64,5 % dentre elles eu aucune difficulté de compréhension. Ils avaient donc conscience de faire partie dune certaine élite.
Par contre pour ceux ayant émis des difficultés, linaccessibilité de la pièce est claire.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Nous avons assisté à deux représentations de LA TEMPETE, le mardi et le jeudi soir de la distribution des questionnaires.
Le public du mardi a applaudi en début de spectacle, ce qui confirme la présence de beaucoup de jeunes spectateurs car nous verrons dans les enquêtes sur le jeune public que ce phénomène se produit souvent.
Le spectacle est très beau et la pièce de SHAKESPEARE se prête étonnamment bien au jeu des marionnettes. Car, les marionnettistes parviennent à les rendre véritablement humaines et le type féerique de cette pièce se prête formidablement à ce jeu. Les comédiens, par leur voix et leur manipulation (ils sont rendus pratiquement invisibles car vêtus tout en noir) parviennent à nous rendre lhistoire authentique, et le phénomène didentification sopère alors dans de nombreux moments. A ce propos le metteur en scène déclare lors dune interview que ce phénomène didentification doit être troublant et passionnant pour les spectateurs puisquils sidentifient en fait à des objets sans vie.
Il est vrai que l aspect comique de la pièce de SHAKESPEARE est davantage mis en avant que son aspect tragique, plus difficile à retranscrire par des marionnettes, mais cest un très beau spectacle que nous offre la compagnie FLASH MARIONNETTES.
Ce spectacle semble tout à fait accessible aux adolescents et aux adultes car le texte est rendu explicite et vivant. De plus laspect visuel du spectateur est également comblé car cest un spectacle très esthétique.
Le public de ce mardi soir est très attentif et à la fin les applaudissements et de nombreux rappels fusent.
Le jeudi soir on sent que le public est moins jeune (pas dapplaudissement en début de spectacle) et les comédiens jouent différemment parce que en fonction de cet autre public (par exemple laspect comique est moins poussé). Les comédiens sont donc très à lécoute de leurs spectateurs. Lentente entre la scène et la salle est réel.
A la fin les applaudissements sont également très intenses.
Après cette représentation du jeudi soir, une rencontre entre le public et la compagnie avait lieu. Une quinzaine de spectateurs sont restés au rendez-vous et se sont particulièrement intéressés au fonctionnement des marionnettes. Ils semblaient fascinés par cette pratique théâtrale et avaient lair très content de leur soirée théâtrale.
- DES SPECTATEURS SPECIALISES: LA CRITIQUE
Odile WEISS dans les DNA:
" Dès que la lumière séteint, on oublie instantanément que les personnages sont en latex. Question de technique. Les manipulateurs dissimulés dans lombre et les éclairages dune grande précision donnent aux marionnettes en pied un réel semblant dhumanité. Question de talent aussi. Car les artistes de FLASH ne sont pas seulement manipulateurs. Ils sont aussi comédiens à part entière, et un peu magicien. "
" Réflexion sur le pouvoir et la trahison, LA TEMPETE par FLASH MARIONNETTES est avant tout une véritable féerie pleine de poésie et dhumour. "
Cest une critique élogieuse que transcrit ici le critique des DNA en mettant laccent sur lextraordinaire technique et talent de la compagnie.
Cependant les appréciations sont peu abondantes par rapport à la description même du spectacle (pas retranscrite ici) même si elles peuvent donner envie au lecteur daller voir cette pièce de théâtre.
Marie-Françoise GRISLIN dans HEBDOSCOPE:
" Ismaïl dont la musique est essentielle au spectacle et dont le travail de metteur en scène est de plus en plus précis, exigeant, efficace. "
" Corinne LINDEN et Michel KLEIN dont les marionnettes sont si merveilleuses quelles nous envoûtent parce quelles se font chair et paroles, quelles semplissent dhumanité, dhumour, de sensibilité, sous les habits conçus par Claire TEMPORAL et quelles deviennent étrangement vivantes sous les lumières de Gerdi NEHLIG. "
" SHAKESPEARE et FLASH étaient faits pour se rencontrer, liés par une même conception du drame humain, de la légèreté de lêtre; une philosophie quils savent rendre évidente, concrète grâce à une maîtrise extraordinaire de la marionnette. Deux heures de magie et de rêve. "
Là encore le critique semble être totalement favorable au spectacle citant tous les artistes ayant participé à son élaboration afin de les féliciter.
Les critiques sont donc en accord avec une très large majorité de spectateurs.
MOWGLI LENFANT LOUP
daprès le Livre de le Jungle de Rudyard KIPLING
mise en scène: Eric de DADELSEN
Pour découvrir le public jeune (âgé à partir de sept ans), nous avons également procédé à laide de questionnaires. Mais nous nous sommes attachés ici à un public essentiellement scolaire pour des questions de facilité (les enfants de cet âge auraient eu du mal à répondre aux questions dans la salle après le spectacle sans quon leur explique en détail les questions).
Aussi nous avons rencontré une classe de cinquième (public de douze ans environ), de sixième (onze ans environ), de CM1 (neuf ans environ) et une classe de CE2 ( huit ans environ).
Nous allons analyser les réponses aux questionnaires par classe, car nous avons vu en première partie quil y aurait une unité de réception dun spectacle à lintérieur dune même classe.
LA CLASSE DE CINQUIEME
Dans le questionnaire (il se trouve en ANNEXE), nous avons dabord voulu savoir si ce spectacle était une première expérience pour les élèves et sils connaissaient lhistoire de MOWGLI. Puis nous nous sommes intéressés au spectacle propre et nous avons tenté de savoir différentes choses: si la personne était pressée de venir voir ce spectacle ( son conditionnement), si elle sest ennuyée, a émis des difficultés à comprendre la texte, a trouvé le spectacle trop long. En fait par ces questions nous avons voulu percevoir si ce spectacle était adapté à ce public spécifique.
Puis afin de connaître davantage ce public jeune nous lui avons demandé ce quil a le plus aimé, ce qui la déçu et sil a trouvé le spectacle plutôt comique ou tragique.
Dautre part, pour savoir si le spectacle théâtral en lui-même a vraiment plu nous avons demandé aux élèves sils préféraient revoir le spectacle ou le dessin animé et si après ce spectacle ils avaient envie de retourner au théâtre. Et, une dernière question leur permettait de donner libre cours à leurs impressions.
Pour cette classe de cinquième nous avons pu interviewer vingt-trois élèves.
Ce ne sont pas des spectateurs novices qui font partie de cette classe de cinquième car tous les élèves interrogés étaient déjà allés au théâtre (sûrement dans le cadre scolaire d ailleurs). Ils se rendaient donc en terrain connu.
De plus ils connaissaient tous lhistoire de MOWGLI soit par le film (43,5 %), soit par le film et le livre (34,5 %), soit par le livre seulement (21,5 %).
Le fait que beaucoup connaissent cette histoire par le dessin animé peut être un handicap car ceux-ci ont déjà certaines images des personnages et les images qui sont autres lors du spectacle vont peut-être les gêner. Cependant comme cest un spectacle qui fait appel à limagination (les trois acteurs jouent plusieurs personnages), ceux-ci pourront plus facilement se représenter ce que font les acteurs et également mieux comprendre lhistoire.
Le résultat prochain fait apparaître que cest une classe peu motivée qui se rend au théâtre. Effectivement 56,5 % des élèves nétaient pas très pressés daller au spectacle ( 13 % pas du tout; 43,5 % très peu). La plus grande majorité des élèves ne montre donc pas un grand enthousiasme à aller voir cette pièce de théâtre. Ce sont donc des esprits plutôt négatifs. A quoi cela est-il dû ? Peut-être aux anciens spectacles que ces élèves ont vu. Mais nous verrons plus loin si cette fois-ci ce spectacle leur a donné envie de retourner au théâtre dans lavant-dernière question du questionnaire.
Voyons à présent comment ces esprits peu enjoués ont apprécié cette pièce.
Le premier résultat nest pas très positif. 56,5 % des élèves se sont un peu ennuyés pendant le spectacle et 8,5 % beaucoup. Ce qui ne fait que 35 % qui ne se sont pas du tout ennuyés.
Lennui ne semble pas provenir de la durée du spectacle puisque à la question: " Penses-tu que le spectacle aurait dû être plus court ? ", 74 % des élèves répondent non. ( La durée du spectacle était de 1 H 15 environ).
Dautre part lennui ne provient pas non plus dune difficulté de compréhension de lhistoire puisquils sont 82,5 % à ne pas lavoir trouvé difficile ( ceux-ci la connaissaient dailleurs auparavant).
Tâchons maintenant de savoir ce qui les a le plus marqués, ce quils ont le plus aimé.
Cest la musique du spectacle qui vient en première place avec 95,5 % dappréciation.
Quelques explications à lappréciation de la musique par ces élèves:
- " variée et bien rythmée "
- " elle remplissait la salle "
- " instruments originaux "
- " ça faisait un peu africain "
- " faisait penser à la jungle "
La musique a donc été appréciée pour son originalité, son exotisme, sa sonorité forte et variée..
Les enfants aiment être à la découverte de nouvelles choses, ici dinstruments et de sons quils navaient pas lhabitude dentendre.
Cette fois-ci les comédiens noccupent que la deuxième place dans léchelle dappréciation. Ils sont 39 % a les avoir énormément appréciés, avec une préférence pour lacteur qui joue BALLOO, les élèves ne jugent alors pas la performance des comédiens mais leur capacité à faire rire et BALLOO est effectivement le personnage le plus drôle de cette histoire (même si il est vrai que linterprétation du comédien est très bonne).
Le décor nintéresse que 13 % des élèves et les costumes que 4,5 %.
Les enfants, comme les adultes ne semblent pas attacher une grande importance à laspect scénographique dune pièce de théâtre.
Les pourcentages élevés viennent comme pour les autres enquêtes du fait que les élèves ont parfois répondu par plusieurs réponses.
Mais nous avons vu que lensemble du spectacle nétait pas trop apprécié (beaucoup dennui), et le résultat suivant le confirme puisque à la question " As-tu été déçu par quelque chose ? ", 74 % répondent que oui.
- 53 % ont été déçu par le peu dacteurs sur scène, ils auraient préféré que chaque acteur joue un personnage. Les enfants ne sont effectivement pas habitués à ce genre de procédé, dautre part leur plaisir visuel (grand spectacle) na peut-être pas été comblé. Il ne sont pas habitués du fait des divertissements actuels ( les dessins animés pour enfants, les jeux vidéos...) à lintimité et leffort dimagination présents dans ce spectacle.
- 23 % ont été déçu par le bébé remplacé par une poupée symbolique. Les enfants aiment en générale, dans la vie, voir des bébés.
- les autre déceptions étaient diverses: " les costumes nétaient pas beaux ", " je me suis ennuyé "...Une déception intéressante " on nous a placés ", nous verrons que ce reproche revient dans les autres classes, beaucoup semblent avoir été frustrés de ne pas sinstaller comme ils le souhaitent, sûrement à cause du côté trop scolaire de ce procédé.
Et il est vrai quil nest pas bon de rattacher le spectacle théâtral à la scolarité.
Lémotion dominante éprouvée lors du spectacle est le rire. 87 % des élèves ont trouvé que le spectacle faisait plutôt rire contre 4,5 % qui ont eu plutôt peur et 8,5 % qui ont mis la peur et le rire au même niveau. Sur ce point les enfants ont donc du être assez satisfaits puisque lon sait que leur préférence dans les pièces de théâtre va au rire.
Mais pour mieux savoir si les enfants ont peu apprécié cette pièce analysons les réponses à la question: " Préférerais-tu voir le dessin animé ou revoir le spectacle de MOWGLI ? "
Un grande partie des élèves ne savent pas quoi choisir: 39 %. Mais ceux qui sont capables de choisir répondent en majorité le dessin animé (35 %) contre 26 % qui choisissent le spectacle.
Ceci confirme donc lensemble des réponses qui était peu positive face au spectacle.
Pourtant à la question: " Est-ce que tu as envie de retourner au théâtre ? ", 82,5 % des élèves répondent que oui. Cette réponse est étonnante puisquon a vu que ces élèves nétaient pas pressés daller voir cette pièce et que de plus ils ne lont pas très appréciée. Nous pouvons penser que ceux-ci réfléchissent en terme de sortie scolaire et que pour eux une sortie scolaire est plus appréciable quun cours de mathématique par exemple (certains élèves ont dailleurs fait cette remarque).
Une autre réponse intéressante à cette question de vouloir retourner au théâtre, une élève répond que oui mais au TNS. Ceci prouve peut-être quils sont dans le mauvaise âge pour les spectacles: trop grand pour les spectacles pour enfants mais trop petit pour ceux du TNS par exemple.
Dautre part nous avons vu en première partie que les enfants de cet âge préféraient les spectacles plus réalistes, cette pièce sadressait donc peut-être trop à limagination pour être à leur goût.
Le malaise face à cette pièce vient peut-être de cela car nous verrons que les réponses des plus petits seront totalement différentes.
Cependant notons que même si lensemble des réponses est plutôt négative, les élèves nont pas détesté ce spectacle, beaucoup notant dailleurs des notes favorables dans le dernière question qui les laissait sexprimer.
LA CLASSE DE SIXIEME
Le nombre délèves interrogés est cette fois-ci de vingt.
Pour une grande majorité (75 %) MOWGLI nest pas leur premier spectacle, beaucoup ont donc déjà eu des expériences théâtrales. De plus ils connaissent presque tous (18 élèves sur 20) lhistoire de MOWGLI en grande partie grâce au film.
Nous nous trouvons donc pour linstant avec des spectateurs à peu près semblables aux précédents.
Mais cest une classe cette fois-ci pressée daller au théâtre (70 % des élèves le sont). Leur état de réceptivité est donc davantage favorable que pour la classe de cinquième.
Il ny a ici que deux élèves qui se sont ennuyés pendant le spectacle.
Cependant la moitié des élèves ont trouvé lhistoire plutôt difficile à comprendre, alors quils connaissaient le sujet presque tous. Pourtant ces élèves ont en moyenne onze ans et ce spectacle est destiné à des enfants ayant au minimum sept ans. Mais peut-être que la difficulté de compréhension est venue dun manque de concentration puisque ceux-ci la connaissaient auparavant.
De plus cette difficulté ne semble pas avoir entravé leur plaisir puisquils pensent tous que le spectacle naurait pas dû être plus court.
La musique est également lélément qui a été le plus apprécié, ils sont 80 % à la placer en première place. Quelques remarques à son sujet:
- " elle donnait envie de bouger "
- " elle était bien rythmée "
- " elle était rigolote et amusante "
- " elle allait bien avec lhistoire "...
Et, cest sans surprise que les comédiens occupent la deuxième place (55 %) suivi du décor et des costumes.
Notons tout de même que la fascination pour les comédiens semble être moins importante que chez les adultes puisque la musique arrive à les détrôner, cela venant peut-être du fait que le phénomène didentification était plus difficile puisque les comédiens jouaient plusieurs rôles. Cest peut-être dailleurs cette difficulté didentification qui na pas été appréciée par les cinquième quand ceux-ci relèvent quils auraient préféré que un comédien joue un seul rôle.
Cette fois-ci 70 % nont pas exprimé de déception à légard de certains éléments de la pièce.
Remarques de trois élèves déçus: " MOWGLI aurait du être joué par un enfant ", " la musique était trop forte ", " il y aurait dû y avoir plus que trois acteurs ".
Dix-neuf élèves sur vingt ont trouvé le spectacle comique, une seule élève trouvant quil possédait à la fois la peur et le rire. Ces résultats peuvent paraître étonnants car si nous avons posé cette question cest que des éléments de cette pièce nous semblaient pouvoir faire peur aux enfants, mais les élèves ne semblent pas avoir été touchés par ceux-ci ou peut-être nosent-ils pas lavouer. Ceci prouve également comme il est difficile dévaluer pour un adulte les réactions des enfants.
Ces enfants sont 70 % à préférer revenir voir le spectacle au dessin animé. Ce chiffre est très positif lorsquon connaît limpact de la télévision sur les enfants. Mais les enfants choisissent lunivers théâtral, ce qui prouve que lorsquon leur propose autre chose ils sont daccord. Lexpérience a donc été pour cette classe de sixième positive, dautant plus quils sont 100 % à répondre quils ont envie de retourner au théâtre.
Ces élèves de sixième contrairement aux cinquièmes ont donc été satisfaits par MOWGLI et on remarque que lunité apparaît aussi ici: ils sont tous contents comme les cinquièmes qui étaient en très grande majorité mécontents. Le phénomène de groupe nest donc pas à négliger.
LA CLASSE DE CM1
Voyons comment des enfants de neuf ans (CM1) ont réagi face à MOWGLI, sont-ils dans le clan de la sixième ou de la cinquième ?
Les questions du questionnaire diffèrent légèrement afin que ces enfants plus jeunes les comprennent plus facilement, mais si la forme change, le fond reste le même. Nous avons ici dix-sept réponses.
Même si ces enfants sont assez jeunes, ils sont seize sur dix-sept a avoir déjà vu un spectacle théâtral. Lélève pour qui cétait une première expérience a réagi positivement puisquil a aimé le spectacle.
Ils sont ici un peu plus nombreux à ne pas connaître lhistoire (35,5 %), même si la majorité la connaissait encore une fois par le dessin animé. Là aussi les images du film seront donc présentes chez beaucoup denfants.
Ils ne sont que trois a avoir trouvé lhistoire difficile à comprendre. Mais deux de ces élèves ne connaissaient pas lhistoire avant de venir au spectacle, ce qui explique sûrement leur difficulté par rapport aux autres élèves.
Ils sont eux aussi tous daccord pour dire que le spectacle faisait plutôt rire.
Par contre 40 % de ces élèves ont cette fois ci trouvé le spectacle long. Celui-ci avait une durée de une heure quinze, ce qui est effectivement assez long pour des enfants de cet âge.
Autre distinction par rapport aux autres classes, ils ont été davantage frappés par les comédiens (59 %) que par la musique (41 %). Les raisons de lappréciation des comédiens convergent toutes vers le rire, cest donc le rire qui est passé devant la musique plutôt que lappréciation réel des comédiens. Et il est vrai que le rire à cet âge est une valeur peut-être encore plus importante.
65 % des élèves nont été déçu par aucun élément du spectacle. La déception des autres venant ici déléments très précis: une main, une chanson, mais beaucoup narrivent pas à exprimer doù vient leur déception.
Nous avons posé une question supplémentaire à cette classe afin de mieux cerner les conséquences de ce spectacle sur ces jeunes élèves: " Depuis que tu as vu MOWGLI LENFANT LOUP, tu y penses ou tu en parles souvent ? ".
Il ny a que trois personnes qui disent ne jamais y penser ou en parler. Mais là encore nous ne pourrons pas connaître les véritables effets sur ces jeunes spectateurs.
Mais pour lensemble le spectacle semble enrichissant puisque 53 % y pensent , 12 % en parlent et 17,5 % font les deux . Les enfants semblent préférer y penser qu en parler.
Ce sont des élèves satisfaits puisque 76,5 % préféreraient revoir le spectacle plutôt que le dessin animé.
Ils sont dailleurs quinze sur seize a vouloir revenir au théâtre.
LA CLASSE DE CE2
Pour terminer cette analyse, nous avons voulu interroger des CE2 car ils ont tout juste lâge daller voir ce spectacle du TJP. Nous possédons pour cette classe les réponses de vingt-sept élèves.
Pour la première fois ce sont des spectateurs en majorité novices que nous avons interrogés puisque pour 67 % MOWGLI constitue leur première expérience théâtrale.
Par contre ils sont en grande majorité (89 %) à connaître lhistoire et une fois de plus par les images de WALT DISNEY. Ils auront donc plus de facilité pour cette première expérience.
Toutefois ils sont trois à ne pas la connaître. Aucun dentre eux na pour autant trouvé le spectacle difficile à comprendre. Cette pièce semble donc être au bon niveau de compréhension pour lâge auquel elle sadresse.
Les résultats concernant la compréhension de la pièce et son aspect comique rejoignent ceux de la classe précédente (CM1), nous ne reviendrons donc pas sur ces réponses.
Le résultat sur la durée du spectacle conforte également celui de la classe de CM1 puisquils sont ici 81 % à lavoir trouvé long. Ce spectacle n était donc apparemment pas adapté quant à sa longueur à des enfants de moins de dix ans.
Ils mettent à nouveau la musique en première position (55,5 %) suivi de très près par les comédiens.
Nous pouvons donc dire que ce spectacle qui mettait en avant les sensations musicales a réussi son pari. Grâce à lui certains enfants ont peut-être découvert le monde de la musique.
Ils ne sont que quatre à avoir été déçus et leur déception ne vient pas du spectacle mais de son histoire (beaucoup ne la connaissait pas): MOWGLI abandonné...
Ceci prouve que ces enfants ne savent pas encore discerner ce quest un spectacle théâtral et cest pourquoi ils incluent le texte dans la conception de la représentation théâtrale.
Le spectacle a eu beaucoup deffets positifs puisque 81,5 % parlent ou pensent au spectacle depuis quils lont vu. Ici aussi les enfants préfèrent y penser (55,5 %) quen parler (7,5 %). Ils ont peut-être du mal à exprimer leurs sensations.
Bon point pour le théâtre, les enfants préférant à nouveau en grande majorité (70,5 %) revenir voir la pièce de théâtre à la défaveur du dessin animé. De plus ils sont encore 14,5 % à ne pas pouvoir se décider entre la pièce ou le dessin animé.
Cest donc encore une expérience positive pour ces jeunes spectateurs qui découvraient en grande partie le théâtre puisquils sont 96 % a avoir envie de retourner au théâtre.
Dans lensemble MOWGLI LENFANT LOUP a donc été très bien reçu par ces jeunes spectateurs.
On notera toutefois les deux points faibles apparents de ce spectacle: les enfants de douze ans sont peut-être trop grands pour ce spectacle et la durée du spectacle trop longue pour les enfants de moins de dix ans.
Dautre part notons queffectivement linfluence du groupe est importante puisque si les réponses entre les différentes classes divergent parfois on retrouve un évidente similitude dans une même classe.
Remarquons également quil nest pas facile de connaître la réception de ces jeunes spectateurs étant donné leur difficulté à pouvoir sexprimer sur la pièce.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Dès le début du spectacle nous sentons que ce nest pas un public traditionnel. Des cris, des sifflets, des applaudissements, apparaissent (très bruyants) lorsque la salle séteint, alors que d habitude les spectateurs se taisent très vite. Nous en concluons que ce public denfants ne sera pas un public facile car il ne laissera aucune excuse aux comédiens et à la mise en scène. Sil sennuie il naura aucun complexe à le montrer.
Pendant le spectacle lattention des jeunes spectateurs sera variable et, les passages les plus drôles seront toujours les plus prisés:
- le comédien faisant bouger son derrière
- les acteurs qui font les fous ( des adultes qui ne sont pas sérieux )
- Mowgli qui se fait taper et gronder (réminiscence avec leur propre vécu )...
Le domaine des enfants est bien présent dans ce spectacle: les animaux, l enfant, les choses interdites quils aimeraient faire... Et cest pour cela que ce public semble satisfait.
Mais ce nest pas un spectacle facile car il demande à lenfant un réel effort dimagination. Cependant ceci constitue un point positif car ce spectacle sera alors bénéfique à lenfant, le faisant évoluer positivement. Il a un rôle éducateur puisqu il fait appel à limaginaire et à la sensibilité de lenfant très finement.
De plus cest un spectacle très esthétique: de très belles couleurs dans les costumes, de beaux accessoires (essentiellement des instruments de musique) et un décor recherché. Lenfant est donc également éduqué au niveau du beau, de lart plastique. Ainsi quau niveau musical grâce à lexploitation dune multitude dinstruments originaux.
A la fin du spectacle, beaucoup dapplaudissements et de sifflets apparaissent. Mais, est-ce le signe de leur appréciation véritable ou ont-ils simplement envie de se distraire ?
Il ny a pas de rappel. Dailleurs les acteurs le savent et on hésite pas à introduire immédiatement la lumière dans la salle. Les enfants nont pas encore cette fascination vouée aux comédiens et néprouvent donc pas autant que les spectateurs adultes ce besoin de voir les comédiens en vrai.
Il semblerait que beaucoup de parents emmènent leurs enfants avant lâge de sept ans. A la sortie les parents semblent encore plus ravis que les enfants. Une petite fille (apparemment très jeune) disait quil y avait dans le spectacle toujours les mêmes images, la même musique.
Ceci souligne le problème de lhabitude de la télévision qui offre à lenfant une multitude dimages différentes et souvent spectaculaires sur lesquelles ils zappent très souvent. Et cest aussi pourquoi il est important pour lenfant de se détacher de cet univers superficiel en allant au théâtre.
- DES SPECTATEURS SPECIALISES: LES CRITIQUES
Il est difficile pour des critiques danalyser ce genre de spectacle car ce sont des spectacles qui répondent à des critères spécifiques. Le critique devrait donc être spécialisé dans ce domaine pour pouvoir juger car même sil apprécie le spectacle, il faut quil sache si ce dernier est adapté à ce public spécifique. De plus les critiques ne sont pas adressées au public concerné: les enfants, mais aux parents, ce qui constitue encore une différence.
Le rôle du critique est donc ici autre et délicat.
Etant donné que ce spectacle est une reprise, les critiques mentionnées datent de la création de la pièce (1989) car elles ont été pratiquement absentes lors de la reprise.
Catherine MOUNIER dans TURBULENCE (journal des septièmes rencontres internationales Théâtre et Jeunes spectateurs):
" A travers une mise en scène très inventive, Eric de DADELSEN dynamise limagination du spectateur en lui proposant ça et là divers objets symboliques à reconstruire mentalement, comme dans la scène où le bébé-Mowgli arrive dans une corbeille que les comédiens fouillent longuement et dont ils sortent...une paire de chaussons de toute petite pointure qui sanime devant nous, donnant vie au minuscule personnage.
Lune des qualités de ce spectacle, est non des moindres, est enfin son insolence et son rôle vivifiant dans lesquels le jeune spectateur pourra puiser à loisir pour grandir. "
Cest une critique positive de ce spectacle qui insiste sur son rôle éducateur et bénéfique voulant peut-être ainsi inciter les parents à emmener leurs enfants voir ce spectacle.
Marie Josée BALLISTRA dans LE BERRY REPUBLICAIN
" Un spectacle beau, noir et feu, ombre caverneuse et soleil de joie, peut-être un peu difficile pour les enfants. "
Cest une critique positive dans le sens où le critique a apprécié la pièce mais celui-ci note que ce spectacle destiné à des enfants est peut-être difficile. Le critique tente donc de se mettre à la place des jeunes spectateurs et en note son aspect négatif malgré son appréciation.
Jean-Paul GERMONVILLE dans LEST REPUBLICAIN:
" Convié à cette fête des sens de sons, deffets, de jeux dombres et de lumière, le spectateur quel que soit son âge, ses préoccupations, sen retourne ravi, saisi par le prodige. "
Là aussi le critique est positif face au spectacle. Il trouve cette fois-ci que cette pièce sadresse à tout public et pense que les enfants comme les adultes y trouveront leur compte. Cest aussi une critique qui peut être incitative pour les parents puisque le critique leur fait remarquer quils lapprécieront autant que leur enfant.
Sur les quinze critiques que nous ayons lues sur cette pièce de théâtre, toutes sont élogieuses, le seul point négatif est celui relaté précédemment dans la critique de Marie José BALLISTRA. Il y a donc accord complet entre les différents avis des critiques sur ce spectacle. Et ce dernier semble également remporter lapprobation des spectateurs puisquil est depuis sa création joué dans de nombreuses villes et sera encore joué en 1996 à Paris. Le public semble donc venir abondamment.
UNE DAME DANS LARMOIRE
de Jo ROETS et Greet VISSERS
mise en scène: Greet VISSERS
Il nous restait donc à étudier le public constitué de très jeunes enfants à partir dun spectacle proposé aux spectateurs âgés dau moins quatre ans.
Pour cela lutilisation de questionnaires était compromise étant donné le jeune âge des spectateurs auxquels nous nous adressions. Nous avons donc simplement rencontré différentes classes afin de faire sexprimer oralement les élèves sur la pièce de théâtre. La réception des enfants sera difficile à analyser( les enfants ne sexprimant pas sur commande mais quand ils en ont envie) mais ce fut la seule possibilité de donner la parole à ces très jeunes spectateurs.
Les premiers enfants que nous avons rencontrés avaient en fait trois ans (seulement deux dentre eux avaient quatre ans), linstitutrice ayant " réussi à les faire passer ".
Nous avons pu les rencontrer tout de suite après le spectacle. Cependant ceux-ci avaient alors davantage envie de se défouler après être restés attentifs et assis durant trois quart dheure, ce qui rendit notre entreprise difficile mais relatons tout de même cette entrevue.
INTERVIEW DENFANTS DE TROIS ANS ENVIRON
1) Qui est-ce qui est déjà allé au théâtre ?
A cette question ils lèvent tous le doigt. Malgré leur très jeune âge on les avait déjà emmenés au théâtre dans le cadre scolaire en début dannée.
2) Qui a beaucoup aimé le spectacle ?
Ils répondent tous lavoir aimé.
3) Vous avez trouvé le spectacle long ou court ?
Quelques-uns disent lavoir trouvé long. Linstitutrice approuve en disant quil y a eu de légers flottements dans lattention des élèves.
4) Est-ce que quelquun sest ennuyé pendant le spectacle ?
Quelques uns répondent que oui, dautres non.
5) Quest ce que vous avez le plus aimé ?
Beaucoup répondent tout. Certains relatent des accessoires qui les ont marqués: la hache, le fusil, le chapeau...
6) Est-ce quil y a quelque chose qui vous a déçus ?
Personne ne répond. Linstitutrice nous dit quun des enfants a pleuré quand lactrice a dit quelle naimait pas les enfants. Les autres ne semblent pas avoir été choqués par cette phrase.
7) Qui est-ce qui a envie de retourner au théâtre ?
Tous.
La seule conclusion que nous pouvons tirer est que ce spectacle semblait adapté à ces très jeunes spectateurs puisqu ils disent lavoir apprécié. Cependant nous ne savons pas quelle est la vraie valeur de ces appréciations. Notons également que quarante cinq minutes est peut-être une durée trop longue puisque certains sy sont ennuyés et ont dailleurs trouvé le spectacle long.
Afin den savoir plus sur la venue de ces jeunes spectateurs au théâtre, nous avons interrogé linstitutrice.
INTERVIEW DE LINSTITUTRICE
1) Qui a eu lidée de les emmener au théâtre ?
Cest elle même qui en a pris linitiative. Celle-ci note quil faut prendre les places en avance car fin août tout est déjà complet.
2) Pourquoi avoir choisi ce spectacle ?
Celle-ci sest fiée au prospectus et à la présentation de saison qui avait lieu en septembre.
3) Quavez-vous pensé personnellement de la pièce de théâtre ?
Elle la trouvée très bonne et souligne que lorsquun spectacle est comique et vivant, il plaît forcément aux enfants. Selon elle les élèves lont donc apprécié.
La deuxième rencontre sest faite cette fois-ci avec des élèves dune classe de CP avec qui nous avons procédé au même genre dinterview.
INTERVIEW DENFANTS AGES DENVIRON SIX ANS:
1) Qui est-ce qui est déjà allé au théâtre ?
Tout le monde y était déjà allé dans le cadre scolaire et eux aussi y retournaient bientôt puisquils avaient un abonnement.
2) Qui a beaucoup aimé le spectacle ?
Tous lèvent le doigt.
3) Vous avez trouvé le spectacle long ou court ?
Ici les trois quart des enfants lont trouvé long.
4) Est-ce-que quelquun sest ennuyé pendant le spectacle ?
La majorité des enfants répondent oui.
5) Quest-ce que vous avez le plus aimé ?
- les fleurs
- les tapettes
- les poissons
- la scène du bébé
- la scène où la dame dit quelle naime pas les enfants: celle-ci ne leur a pas fait peur du tout mais les a au contraire fait beaucoup rire car ils déclarent: " cétait une blague "
- scène de Bruno: à cette occasion des élèves se lèvent pour imiter cette scène (la démarche très spéciale du personnage...)
6) Est-ce quil y a des choses que vous navez pas comprises ?
Au début du spectacle, certains nont pas compris ce que disait lactrice. De plus certains se plaignent du bruit quont fait certains spectateurs.
7) Est-ce quil y a quelque chose qui vous a déçu ?
Ils répondent tous que non.
8) Quest-ce que vous avez raconté à vos parents ou à vos copains après le spectacle ?
- " jai vu un beau spectacle "
- " cétait très drôle "
- " cétait super, il y avait une dame qui naimait pas les enfants "
- " cétait drôle quand la femme avait un fusil "
- " la dame qui a jeté de leau "
- " cétait drôle quand le gâteau était vide "
- " lappellation poulette "
- " le panier, le parapluie, et leau "
- " la dame timide "
- " Bruno qui fait toujours la même chose et qui joue limbécile "
Les élèves nont en fait pas véritablement répondu à la question et relatent plutôt les points forts du spectacle qui semblent les avoir beaucoup marqués.
9) Qui est-ce qui a envie de retourner au théâtre ?
Ils répondent tous moi.
Ainsi même si ces enfants de cinq ans ont trouvé le spectacle trop long et sy sont parfois ennuyés, ils semblent en garder un bon souvenir, et prenaient un réel plaisir à en parler.
De plus ce spectacle semble les avoir marqués puisquils paraissent sen souvenir très bien.
Voyons à présent ce quen pense linstitutrice.
INTERVIEW DE LINSTITUTRICE
1) Qui a eu lidée de les emmener au théâtre ?
Cest elle qui a pris cette initiative.
2) Pourquoi avoir choisi ce spectacle en particulier ?
Cest madame CHEVALIER (chargée des relations publiques au TJP ) qui sélectionne pour eux des spectacles qui pourraient plaire à cette classe et aux instituteurs qui les accompagnent.
3) Les enfants ont-ils été préparés au spectacle ?
Non. Linstitutrice préfère quils découvrent le spectacle par eux-mêmes. Par contre après le spectacle celle-ci organise des activités sur la pièce: dessin, chanson du spectacle...Mais il lui arrive également de ne rien faire sur un spectacle afin de le laisser brut.
4) Qu avez vous pensez personnellement de la pièce ?
" Très ingénieux le rapport entre les accessoires, le décor et les comédiens. Mais je trouve quil y a une grande différence dâge par rapport à lattention porté à un spectacle. Les moyens maternelles étaient infernaux, chahutaient sans arrêt, alors que les C.P. étaient attentifs et essayaient tant bien que mal à se concentrer ".
Linstitutrice dans ses propos relève le problème du mélange des âges et de la préparation au spectacle. Nous avons vu en première partie que ces sujets comportaient des avis divers.
Le troisième groupe délèves rencontrés étaient des enfants de quatre à six ans.
INTERVIEW DUNE QUINZAINE DENFANTS AYANT ENTRE QUATRE A SIX ANS:
1) Qui est ce qui est déjà allé au théâtre ?
Tous y sont déjà allés au moins une fois.
2) Qui a beaucoup aimé le spectacle ?
Tous.
3) Vous avez trouvé le spectacle long ou court ?
Cinq du groupe lont trouvé long, les autres moyennement long.
4) Est-ce que quelquun sest ennuyé pendant la pièce ?
Ils répondent que non.
5) Quest-ce que vous avez le plus aimé ?
- lorsquils se tapent dessus
- lorsquils tapent avec le journal
- lorsquils tombent sans arrêt
- lorsque lacteur dit haut les mains
Cest laction qui a ici apparemment été le plus appréciée. Dautre part remarquons que ces scènes marquantes sont similaires à ce quils vivent tous les jours doù sûrement lintérêt des enfants .
6) Est-ce quil y a quelque chose qui vous a déçus ?
- lorsque les acteurs passent dun mur à un autre (procédé qui na pas plu à certains)
- lorsque lacteur dit haut les mains
Toutefois ce qui a déçu certains a été beaucoup apprécié par dautres, ce qui prouve la coexistence de complexité également dans un public de très jeunes enfants.
7) Est-ce quil y a quelque chose que vous navez pas compris ?
- lorsquils prennent le bébé
- lorsquils prennent le gâteau
Les enfants très jeunes cherchent tout de même une logique à cette histoire (on a vu en première partie que la compréhension de lhistoire nétait pas très importante chez les tout-petits), peut-être parce que ces faits relatés ils les vivent dans leur vie mais pas de la manière absurde exposée dans le spectacle.
8) Est-ce que vous avez beaucoup ri ?
Tous répondent que oui, certains précisent que la musique était très bien.
9) Certains passages vous ont-ils fait peur comme la dame qui naime pas les enfants, le monsieur qui lance les bébés ?
Tous répondent que non. Ces passages les ont fait rire.
10) Qui a envie de retourner au théâtre ?
Tous lèvent la main.
Ces enfants ont donc également apprécié cette pièce. Mais notons que le problème de la longueur des spectacles pour enfants apparaît à nouveau ici.
INTERVIEW DE LINSTITUTRICE:
1) Qui a eu lidée de les emmener au théâtre ?
Cest elle, qui depuis dix ans emmène des enfants au théâtre.
" Pour moi, le théâtre cest vraiment important car je pense que ça leur apporte beaucoup, cest pourquoi je les emmène tous les mois. "
2) Pourquoi avoir choisi cette pièce ?
Celle-ci a une entière confiance en la programmation du TJP et prend aveuglement tous les spectacles quelle peut.
3) Les enfants ont-ils été préparés au spectacle ?
" Non. Nous préférons ne rien leur dire au niveau de lhistoire, cest à eux de découvrir. Par contre on les prépare à être spectateur: on leur rappelle quon va au théâtre et quil y a des règles à respecter. "
4) Quavez-vous pensé du spectacle ?
" Je lai énormément aimé. Jai vraiment trouvé que lunivers des enfants était là: tout ce quils aiment faire, nosent pas faire ou ne peuvent pas faire. A partir dun dispositif assez simple ça a donné un grand spectacle. "
Cette institutrice est également pour le fait de ne pas préparer les enfants avant le spectacle. Notons cependant que le TJP fournit aux écoles un guide pédagogique sur la pièce : extraits de texte ...
En conclusion, les enfants (et les institutrices) semblent donc être satisfaits par ce spectacle qui les a apparemment beaucoup marqués puisquils semblent nourris de beaucoup dimages. Toutefois il est difficile de conclure quant à la spécificité de ce public. Un entretien plus détaillé aurait été nécessaire avec chaque enfant, mais nous nen avions pas la possibilité. Il nous a cependant semblé intéressant de retranscrire ces interviews afin de donner également la parole à ce très jeune public et afin dessayer de mieux cerner les spectacles pour jeunes spectateurs.
Notons que tous ces enfants étaient pour la plupart déjà allés au théâtre et y retourneront car ils ont un abonnement.
Peut-être, étant donné le nombre de spectateurs refusés, faudrait-il que le TJP ne permette à une classe de ne venir quune fois par an ?
Toutefois ceci ne constitue il est vrai pas la solution idéale à ce problème.
- IMPRESSIONS PERSONNELLES DU SPECTACLE ET DE SES SPECTATEURS
Ce spectacle fait penser à un spectacle de marionnettes ou de guignol, mais est pourtant interprété par de vrais comédiens. Cela venait du dispositif scénique (deux paravents doù sortaient très souvent les têtes des comédiens), des comédiens qui endossaient souvent le rôle de clown (un des acteurs avait la démarche du personnage dArlequin dans la Commedia). La gestuelle des acteurs faisait également penser à des personnages de dessin-animés car elle était très expressive.
Cest un théâtre dimages où le décor et les costumes sont très colorés et contrastés, la parole elle est très peu présente. ( on connaît lintérêt des enfants pour le mime donc le visuel qui est ici très riche).
Beaucoup de situations de jeu sont absurdes, nous sommes dans labsurde ou plutôt dans la logique enfantine.
Lélément principal du spectacle ce sont les accessoires. Ils sont multiples. Comme lenfant qui peut samuser avec nimporte quel accessoire, les personnages en font ici de même avec un chasse mouche, une fleur, un marteau, de leau, un gâteau, une poupée... Ce sont dailleurs des accessoires qui sont soit très sollicités par les enfants (la poupée, leau, le gâteau), soit qui leur sont interdits ( scie, marteau...) soit qui les font rêver (fleur).
Tout est fondé sur la comédie car là aussi cest ce quapprécient les enfants de cet âge.
Ce spectacle permet aussi aux enfants de voir retranscrire différents caractères quils peuvent rencontrer dans leur vie: lénervement, la timidité, lhomme sûr de lui...
Lenfant découvre donc le monde à travers ses différents objets, ses sensations et ses couleurs...Et ce monde souvent absurde est aussi bien souvent celui dans lequel il aimerait se trouver: là où lon peut faire des choses interdites, insensées...
Il ny a pas vraiment dhistoire dans ce spectacle mais ce sont plutôt des sketches dans un univers clownesque. La magie est également présente: un acteur passe devant un paravent et cest un autre qui en ressort...Tout ce quapprécient les enfants est donc présent.
Contrairement au public du spectacle de MOWGLI, ce public plus jeune d UNE DAME DANS LARMOIRE na pas applaudi en début de spectacle, ceci rejoint peut-être notre remarque sur la difficulté pour lenfant à distinguer le réel de lirréel.
Le public enfantin participe énormément, il parle aux acteurs en leur répondant et en les aidant lorsquils sont en danger. La frontière entre le réel et la fiction nest pas encore claire pour eux. La musique semble les entraîner.
Les acteurs jouent dailleurs en fonction de ce public, en sy adressant fréquemment.
Pendant le spectacle, lorsquon regarde la salle, on voit des enfants qui bougent sans cesse, ce public là est très actif.
A la fin les applaudissements sont toujours très courts, comme pour le spectacle de MOWGLI. Les enfants ne comprennent pas encore le fonctionnement dun spectacle théâtral.
- LES SPECTATEURS SPECIALISES / LES CRITIQUES
Pas beaucoup de critiques à légard de ce spectacle. Les critiques existantes ne relatant que lhistoire du spectacle. Les DNA notant simplement que ce spectacle " a reçu le prix Signaal en 1993 décerné au meilleur Jeune Public en Belgique Flamande ". Le critique relève donc la qualité apparente de la pièce, mais cest une appréciation assez pauvre.
Toutefois, il est vrai que ce spectacle était complet bien avant sa première représentation, la critique nayant donc pas à faire venir de nouveaux spectateurs.
CONCLUSION GENERALE
Ainsi par ces différentes enquêtes, nous avons tenté de composer un portrait actuel du spectateur de théâtre de Strasbourg.
Nous avons constaté que Strasbourg est une ville qui sintéresse au théâtre : abondance de pièces proposées, mesures récentes mises en place pour en faciliter laccès, présence dune association de spectateurs.
Dautre part en ce qui concerne la critique, nous avons souligné un problème réel : sa portée est devenue minime: les spectateurs semblent de plus en plus sen désintéresser. Son rôle nest en effet plus très bien défini: doit-elle sadresser davantage aux professionnels du théâtre ? Doit-elle être simplement informative ?
La critique actuelle ne sachant plus quel est son rôle essaye de toucher à tout dune manière superficielle.
Nous avons pu également remarquer que les avis des critiques et des spectateurs étaient souvent en symbiose.
Les trois grands théâtres strasbourgeois: TNS, Maillon, TJP possèdent une situation relativement privilégiée quant à la hausse du nombre des abonnements, même sil leur est difficile damener le public en masse à leurs créations. Notons que cette préférence des classiques ne semble pas évoluer; il serait peut-être important dy remédier afin que le théâtre devienne plus vivant.
A travers ces théâtres nous avons mis en valeur les nombreux moyens mis en oeuvre en faveur des spectateurs : affiches, choix du sigle, fascicule...
Toutefois trois grands points négatifs sont apparus dans cette deuxième partie:
- prix des places de théâtre trop élevé (surtout au plein tarif)
- manque dinformation et de publicité des théâtres pour souvrir à un nouveau
public
- public trop homogène constitué dune certaine élite
- spectacles fermés et construits en fonction de ce public homogène
Les spectateurs strasbourgeois ne sont pas spécifiques, tant du point de vu de la ville mais aussi de ses théâtres. En effet, beaucoup de résultats sont proches des résultats denquêtes nationales. Et le public du Maillon, du TJP, ou du TNS ne parait pas appartenir à une catégorie particulière. Dailleurs ces spectateurs ne sont pas attachés à un seul théâtre et préfèrent pour beaucoup se rendre dans divers lieux théâtraux. Notons cependant que cest le public du TNS qui semble le plus attaché à son théâtre puisque cest au TNS que le taux de fréquentation des autres théâtres est le plus bas (52,5 %), ceci venant certainement du statut du TNS (théâtre national).
A Strasbourg les spectateurs sont en majorité jeunes et issus dune catégorie socioprofessionnelle plutôt élevée. Ce public, constitué davantage de femmes que dhommes est, à en croire le taux de fréquentation moyen, amateur dart dramatique, aussi se rend t-il très souvent dans plusieurs théâtres.
Dautre part les spectateurs se rendent au théâtre pour des raisons spécifiques, ils ny vont pas les yeux fermés: ils choisissent très souvent une pièce en fonction de lauteur. Ils semblent par contre se désintéresser de lhistoire du spectacle (très peu étaient documentés sur lhistoire de la pièce quils venaient voir).
Lappréciation des spectateurs pour les différents spectacles a souvent été très positive. Les spectacles à quelques exceptions près sont donc en harmonie avec le public strasbourgeois.
Toutefois ces spectateurs satisfaits étaient conscients en général que ces pièces sadressaient à un certain type de spectateurs et notaient que celles-ci nétaient pas accessibles à tout le monde.
Nous avons également pu mieux connaître le public scolaire grâce aux enquêtes sur LIDIOT (au TNS), OTHON (au Maillon), MOWGLI et UNE DAME DANS LARMOIRE (au TJP).
Celles-ci nous ont prouvé quil appartenait à un public spécifique puisque les réponses étaient souvent identiques dans une même classe même si nous avons pu noter la spécificité de la réception de chaque spectateur (surtout pour LIDIOT).
Quant au public enfantin, nous avons pu voir quil était lui aussi en grande majorité satisfait et noté, grâce aux enquêtes, la particularité de son fonctionnement.
Cest lors de ces enquêtes que nous nous sommes aperçus qu il était difficile dévaluer une donnée aussi complexe que la réception dun spectacle.
Complexe et multiforme, le spectateur de théâtre appartient cependant à une tranche de population de plus en plus homogène.
Etre spectateur nest pas à lheure actuelle - à en croire les données chiffrées - une possibilité pour tous. Cet état de chose ne semble malheureusement pas évoluer de manière positive : le théâtre se contente de plus en plus dun public appartenant à une certaine élite, ou du moins à une partie de la population plutôt privilégiée tant socialement que culturellement.
Pour que lart dramatique ne se ferme pas totalement sur ce public, des mesures devraient être prises au plus vite. Ce couplet nest pas neuf mais il sonne toujours juste.
Tout est encore possible; les non-spectateurs eux- mêmes semblent dans bien des cas ouverts à lidée de devenir spectateur. Il ne manque quune stimulation.
Le théâtre pourrait-il représenter la vie, toute la vie, toutes les vies en ne sadressant quà une population ciblée ayant certes ses préoccupations, mais des préoccupations spécifiques, trop particulières pour concerner lensemble de la société ?
La plus noble mission du théâtre nest-elle pas de transposer tous les Hommes hors de ce monde superficiel, de lui montrer quune autre vie est possible, ou au contraire de représenter le réel pour lui permettre de la changer ?
Le refrain aussi est connu, il nen est pas moins valide.
Quant à la ville de Strasbourg qui fut plus spécifiquement lobjet de notre étude, elle ne semble pas sécarter tant que cela du reste du pays. Sa vie culturelle est certes bien développée mais ici comme ailleurs le théâtre narrive quavec beaucoup de peine à mobiliser les foules et élargir son public. Mais la partie nest pas perdue...
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