CE JOUR-LA ! "
TÉMOIGNAGE D'UNE FEMME
D'ANCIEN BUVEUR
AU
CONGRES RÉGIONAL DE L'EST EN 1977
voilà, je me suis mariée à l'âge
de dix neuf ans, le coeur rempli d'amour pour mon mari,
avec espoir en l'avenir, espérant bonheur et aisance
pour mon foyer, car à cette époque mon mari
faisait de grosses paies.
Hélas, ma déception fût brutale quand
il a fallu que je me rende à l'évidence
que mon mari buvait. Je le persuadai de changer de travail
pensant que cela changerait, mais rien n'y fit. Quand
J'appris que j'allais avoir un enfant mon premier, je
me dis en moi-même " cela va lui faire quelque
chose, il va se calmer pour assurer le bonheur de son
foyer, de ses enfants ". Mais là encore, tous
mes espoirs s'envolèrent. Le jour de la naissance
du petit ce fût encore une bonne occasion de prendre
une cuite. Et ma vie s'écoula ainsi pendant dix
ans à supporter les coups, les dettes, les affronts
de toutes sortes, la misère.
Au cours de ces dix années, je mis au monde quatre
enfants. Mais cela ne changea rien pour autant. J'avoue
que bien des fois je me laissais aller, j'étais
complètement découragée, dégoûtée
de tout, de moi-même. Mais je ne m'explique pas
et encore aujourd'hui, quand j'y pense, j'entends encore
cette petite voix dans le fond de mon coeur qui me disait
? ne désespère pas, pense à tes enfants,
il faut tenir bon; peut-être qu'un jour viendra
ou pour toi aussi le soleil brillera.
Oh oui mes amis que tout cela faisait mal, de voir mon
mari se détruire ainsi! cela ne m'empêchait
pas de continuer à l'aimer, je me disais ; il y
aura bien un moyen, il faudra que j'y arrive, si Dieu
existe réellement il ne peut admettre que toute
cette misère continue !
Je dois avouer qu'à cette époque, moi qui
avais été élevée chrétiennement,
eh bien je ne croyais plus en rien. Oui mes amis, je n'ai
pas honte de dire que plus d'une fois j'ai crevé
de faim avec mes enfants et jamais je n'oublierai certaines
de mes voisines qui m'ont amené de la soupe et
des pommes de terre pour que nous puissions tenir debout.
Car la paie que mon mari me ramenait eh bien il en restait
à peine pour vivre huit jours et moi, il fallait
que j'en fasse quinze avec.
Tout cela dura jusqu'au jour où mon mari tomba
gravement malade. Le docteur lui dit " Vous arrêtez
de boire ou alors d'ici un an vous êtes foutu ".
là, il prit peur et arrêta quatre mois de
boire : tout le temps que dura sa maladie. Ensuite, il
reprit le travail et se croyant complètement guéri,
il se remit à boire. Là, ce fût terrible
pour lui, car il voulait sortir de cette boisson mais
il sentair qu'il n'y arriverait pas. Un jour, il en avait
tellement marre, qu'il a essayé de s'empoisonner,
mais il faut croire que l'alcool conserve, car il fut
quitte d'avoir une courante carabinée, mais sans
plus.
Et puis, un jour, ce fameux coin de ciel bleu apparût
enfin. Oui, ce jour-là reste gravé dans
ma tête à jamais.
Je revenais de chercher le gamin à l'école,
quand je vis devant ma porte deux messieurs qui attendaient.
J'eus un coup au coeur, je me disais: quelle bêtise
il a encore faite? que va?t-il encore me tomber sur le
dos ? J'avais envie de faire demi-tour, mais comme je
ne m'étais jamais cachée, j'allai jusque
chez moi et fis entrer ces deux hommes.
Après m'avoir posé plusieurs questions,
ils m'expliquèrent ce qu'était la CroixBleue
et que c'était le patron de mon mari qui les envoyait
chez moi.
Je les écoutais. Plus que jamais l'espoir me revenait.
Je leur dis " à moins d'un miracle, comment
je vais expliquer cela à mon mari, car il rentre
tous les jours ivre
Eh bien, peut-être ne me croirez-vous pas, mais
là il est impossible de mentir, ce jour?là
mon mari bien sûr avait bu, mais modérément.
Cette chose incroyable encore aujourd'hui, je n'y comprends
rien. Eh bien, ce jour-là, depuis bien des années,
je pouvais enfin parler avec lui comme avec un être
humain.
Il m'écouta sans dire un mot, puis me répondit
enfin " Je ne te promets rien, on verra dimanche".
Ce jour-là, il a signé à la Croix-Bleue.
Cela fait exactement neuf ans qu'il n'a plus touché
à une goutte d'alcool. Eh bien, mes amis, à
présent nous vivons dans le bonheur, la confiance
en l'un et l'autre. Oh, bien sûr, nous avons bouffé
de la vache enragée car il a fallu rembourser les
dettes, supporter la vie quotidienne avec ses hauts et
ses bas, mais cette pente que nous remontons doucement,
nous la remontons avec courage et amour car nous sommes
à présent deux et nous nous soutenons mutuellement
et tous ceux qui nous ont connus dans la misère
s'en rendent compte aujourd'hui.
A présent je m'adresse à tous ceux, toutes
celles qui ont un parent, un ami, dans ce terrible fléau
qu'est l'alcool, de ne pas désespérer, d'avoir
le courage de venir s'adresser à nous la Croix-Bleue
et je leur garantis que nous mettrons tout notre coeur
à les aider, à retrouver ce bonheur qu'est
une famille.
Dans ces derniers mots, je vous dis que pour moi la Croix-Bleue,
c'est plus que tous les trésors de la terre, c'est
une chose sacrée, inexplicable à définir.
C'est tout simplement " Croix-Bleue ".