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LA SECTION
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Changements
et réconciliations
dans le parcours vers l'abstinence
Dans le parcours vers l'abstinence, différentes
étapes vont se succéder tant pour le malade
alcoolique que pour son entourage familial, amical ou professionnel.
Tout
d'abord, pour le malade alcoolique un processus nécessaire
est à l'oeuvre: la destitution subjective. Elle
passe par la chute d'éléments du fantasme
conscient, notamment une image valorisée de soi
qui consiste à se penser comme n'ayant pas besoin
de se soigner car sans problème d'alcool, comme
" non dépendant ",image narcissique erronée
que le déni avait pour fonction de maintenir intacte.
C'est
là le premier pas vers la réconciliation
avec soi même dans un double mouvement:
d'acceptation de sa maladie; j'ai besoin de l'objet alcool,
et de renoncement à une idée de soi comme
tout puissant face à l'objet alcool; je ne peux
vivre certains événements sans le recours
à l'alcool mais je dois y renoncer afin de me retrouver,
donc je dois me séparer de cet objet duquel je
suis dépendant.
II s'agit d'une réelle difficulté car la
séparation d'avec l'objet alcool n'assure en rien
du gain possible, comme dit le dicton populaire "
on sait ce que l'on perd, on ne sait pas ce que l'on gagne
". C'est un moment crucial qui va déterminer
pour le malade alcoolique l'entrée dans une démarche
vers l'abstinence. Cela revient à s'appréhender
sans le voile du fantasme conscient et à commencer
à élaborer ses propres difficultés
que la relation à l'alcool venait apaiser en simplifiant,
en apparence, les situations problématiques.
Le cheminement vers l'abstinence est le fruit de tout
ce travail d'élaboration psychique individuel ainsi
que celui fait avec le soutien apporté dans les
groupes de paroles,les psychothérapiesen somme
dans tous les dispositifs où le malade alcoolique
aura la possibilité de parler de ses souffrances.
En
résumé, on peut repérer différentes
dimensions: l'objet alcool qui vient masquer la souffrance,
le fantasme conscient qui préserve une image de soi
idéale, et enfin le déni qui signifie ne pas
vouloir savoir en ne remettant en question ni cette image
narcissique, ni sa dépendance à l'alcool.
Tout ceci laisse entrevoir les réaménagements
nécessaires afin de changer.
Car paradoxalement, dans la démarche vers l'abstinence,
changer signifie se rapprocher de soi même, se réconcilier
avec sa propre image et non plus s'en éloigner par
le biais de différents artifices comme l'alcool.
La
destitution subjective se produit tout au long de cette
démarche: c'est se retrouver et s'accepter en tant
que sujet de sa propre histoire marquée des douleurs
et des joies et de l'accepter sans ne plus en souffrir.
En parallèle, les relations avec l'entourage familial,
amical ou professionnel vont reposer à chaque instant
et pour chacun des protagonistes sur la confrontation entre
" l'avant " et " l'après " maladie
alcoolique.
Cette étape est nécessaire pour l'entourage
chez qui des changements vont s'opérer également,
tout d'abord en ce qui concerne l'appréhension de
la maladie alcoolique et enfin la répercussion de
celle ci chez son proche. " Qui est cette nouvelle
personne que pourtant je connais déjà, je
ne le/la reconnais plus ", entend on parfois par l'entourage...
Un mouvement dialectique va alors structurer
différemment les relations entre chacun.
II s'agira pour chacun de porter un regard différent:
pour le malade alcoolique qui aura à se situer autrement
dans la relation à son entourage sans le recours
à l'alcool comme auparavant,
et en contrepoint, l'entourage devra prendre en considération
les changements de la personnalité du " malade
alcoolique " et les accepter.
Des
réajustements vont être nécessaires
de part et d'autre afin de reprendre les relations sous
de nouvelles perspectives; c'est ici que parfois elles cesseront,
le changement étant trop important et/ou trop difficile
à accepter.
Dans le cas où les relations reprennent ou tout simplement
se poursuivent, l'équilibre va en être profondément
modifié pour les uns et les autres; on peut parler
d'une nouvelle rencontre avec quelqu'un de déjà
connu, en somme des retrouvailles...
En
conclusion, on peut dire que la réconciliation jalonne
le parcours vers l'abstinence.
Elle est nécessaire autant pour le malade alcoolique
qui a à se réconcilier avec lui même,
que pour son entourage qui devra mettre en tension l'image
du malade alcoolique " d'avant " de celle "
d'après ",afin qu'en définitive se crée
une nouvelle qualité de relation entre les uns et
les autres qui ne soit plus affectée ni déformée
par l'objet alcool.
Karina
TERKI Psychologue clinicienne
N°
147 décembre 2004
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