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Et
si le goût du sucre camouflait une appétence
pour l'alcool? Il n 'existe pas de certitude absolue en
la matière mais les observations sont suffisamment
concordantes pour qu 'on ne puisse croire qu 'à un
simple effet de hasard.
D'une manière générale, quel que soient
les individus, goût du sucré semble relativement
permanent au cours de la vie et n'évolue guère
avec les circonstances même s'il diminue souvent à
l'adolescence. Les gens se départagent assez aisément
entre amateurs et non amateurs de sucre. Chez les anciens
buveurs la propension à consommer des aliments et
des boissons sucrés, supérieure à la
moyenne, a été repérée depuis
longtemps. Quant à l'expérimentation animale,
elle a mis en évidence l'attirance des rats dits
alcoolo-préférents pour les produits sucrés,
attirance qui n'est pas retrouvée chez leurs congénères
spontanément réfractaires à l'alcool.
Afin de préciser l'hypothèse d'un lien entre
goût du sucre et appétence pour l'alcool, on
a testé le goût de 32 malades alcoolo-dépendants
comparés à un groupe contrôle. Les malades
venaient d'être admis pour une cure de désintoxication
dans un hôpital psychiatrique de Saint Petersbourg.
On leur a demandé de noter le caractère
plus ou moins sucré et plus ou moins agréable
de cinq solutions sucrées à des concentrations
différentes.
Ces concentrations s'étageaient de 0,05 à
0,83 (à titre indicatif, la concentration en sucre
d'un CocaCola normal est de 0,33).
Des recherches ont par ailleurs été opérées
sur les antécédents familiaux des participants;
en l'occurrence, leur père biologique avait-il connu
des problèmes d'alcool ? La réponse était
positive à 50 % dans le groupe des alcoolo-dépendants
et à 26 % dans le groupe-contrôle. La comparaison
des deux groupes a montré une appétence pour
le sucre six fois plus élevée chez les alcooliques
que dans le deuxième groupe: les résultats
sont éloquents ! Quant au critère "antécédents
familiaux" (appliqué aux deux groupes), il a
mis en évidence un goût
pour le sucré trois fois plus élevé
chezles enfants de père alcoolique que chez les autres,
ce qui suggérerait un lien entre goût du sucre
et transmission génétique d'une sensibilité
à l'al cool.
Les raisons qui peuvent lier goût du sucre chez lzs
sujets alcoolodépendants, et dans une moindre mesure
chez les sujets apparentés à un alcoolodépendant,
ne sont pas clairement connues.
Il est probable que les mécanismes neuro-biologiques
peuvent être invoqués. Autant qu'on le sache,
l'une comme l'autre substance développerait une activité
du système de récompense dopaminergique et
l'apparition d'opioïdes endogènes.
Le fait que le goût du sucre soit plus élevé
chez les alcooliques que chez les apparentés à
des alcooliques montre que ce goût n'est pas purement
héréditaire et qu'il doit beaucoup à
l'environnement. Il s'agirait peut-être chez les premiers
d'un ajustement chimico-sensoriel destiné à
compenser les pertes du système olfatique: on sait
en effet que l'odorat est nettement amoindri chez les malades
alcooliques.
A cela viendrait s'ajouter que, généralement,
les alcooliques ont une alimentation peu variée et
qu'ils peuvent être amenés à suppléer
à cette monotonie alimentaire par des ajouts de sucre.
Autrement dit, le goût du sucre pourrait être
associé à un risque génétique
non négligeable d'appétence alcoolique. Mais
les habitudes alimentaires contribuent sans doute elles
aussi à une préférence pour les produits
sucrés.
Alors, êtes-vous sucre ou pas sucre ?
La question mérite d'être posée, sans
être dramatisée... ni édulcorée!
Extrait
de "Alc.AndAlcolism" 2001 n° 2, paru
dans Alcool et Santé n° 237 juillet 2001.
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