LA GUERRE DES MAILLOTS Que font les dirigeants algériens pendant
l’été ? Comme le reste de l’année, ils
se battent. Mais au bord de l’eau. Tout le monde a suivi le feuilleton
des guerres de pouvoir l’été dernier. Les voici en
version balnéaire.
Des petits pas dans l’eau Il fait chaud. Sur la grande plage privée,
meublée de sable d’importation harmonieusement réparti
sur l’ensemble, des dizaines de parasols multicolores sont plantés
comme des palmiers nonchalants. Dessous, de petits groupes papotent
pendant que d’autres se baignent dans l’insouciance de l’été.
Quelques serveurs armés font le va et viens entre la plage
et les blanches constructions du haut, portant des plateaux emplis
de cocktails ou de lois à signer. L’atmosphère est
détendue mais c’est la plage du sérail ; les
abords de la crique sont surveillés par des commandos de
Biskra et des hommes de la garde présidentielle. Ceux qui
font l’Algérie d’aujourd’hui et de demain sont tous là,
ou presque. Zerhouni, en short-maillot à fleurs, fait des
exercices de musculation sur la plage. - Il est bien seul, remarque le wali d’Alger en
visite, assoupi sous un parasol aux couleurs de Paris Première.
- Oui, lui répond la ministre de la solidarité
en sirotant son jus de mangue. Plus personne ne veut faire de sport
avec lui. Entre mer et sable, un ambassadeur en maillot de
cuir marche le long de la plage avec un berger allemand. Main dans
la main, ils ont l’air d’être en grande discussion. A 11 heures,
arrive Saïd le frère, en maillot Sonatrach orange, avec
le logo de la compagnie pétrolière cousu sur le côté.
- Elle est bonne ? demande-t-il à Aberkane,
debout sur le sable. Tu es sûr qu’elle n’est pas polluée ?
- On prend nos précautions, tu penses bien.
L’état c’est quand même nous, lui répond le
professeur, ajoutant avec un sourire : - Ici la mer est propre. La pollution, ce sont les
baigneurs. Grand éclat de rire. Juste à côté,
deux agents de la sécurité viennent saisir un parasol
Khalifa. Le couple ministériel allongé dessous a beau
protester, la femme de ministre sortant même son porte-feuille
pour tenter d’amadouer les deux agents mais ils restent inflexibles :
- Désolés madame. Ce sont les ordres.
En vert et bleu Il fait chaud sur la grande plage privée
du sérail. Des dizaines de parasols multicolores sont plantés
comme des palmiers nonchalants. Dessous, de petits groupes papotent
tranquillement pendant que d’autres se baignent. Ceux qui font l’Algérie
sont tous là, ou presque. Deux agents de la sécurité
viennent de saisir un parasol Khalifa. Le couple ministériel
allongé dessous a eu beau protester mais les deux agents
mais sont restés inflexibles : - Désolés madame. Ce sont les ordres.
Heureusement, Saïd le frère, en maillot
Sonatrach orange, a suivi l’opération. Immédiatement,
il commande une douzaine de parasols « Shorafa vous aime »
en faisant un geste de la main pour signifier au serveur de mettre
tout ça sur le compte présidentiel. Tout rentre dans
l’ordre et le ministre du logement adresse à grand sourire
à Saïd. - Tu viens de lui devoir un logement, lui chuchote
sa femme. Ce fut le seul incident de la journée. Un
complot s’est bien formé sous le parasol 12 mais tout le
monde a eu l’air de ne pas s’en occuper. Le président est
arrivé vers 13 heures, sous des applaudissements très
mous de la foule d’estivants privilégiés. En maillot
de compétition Arena or et rouge, gilet pare-balle flottant,
il a fait quelques brasses mal assurées et est vite sorti.
Quelques requins ont fait des cabrioles dans l’eau mais n’ont pas
impressionné le président. En adressant, mouillé,
quelques sourires, le président se rend directement sous
son parasol Halliburton en kevlar renforcé et prend son portable.
Ce n’est que vers 17 heures que Khalida Toumi arrive, avec un vieux
chanteur de hawzi proche de la fin. En paréo aux couleurs
de poterie du Sud, elle n’a dit bonjour a personne en faisant semblant
d’être au téléphone, dans un grande conversation
incohérente. Larbi Belkheir, en maillot noir, assis sous un parasol
noir, l’interpelle : - Khalida ! Viens !
La soirée chez Aberkane Sur la plage privée du sérail, ceux
qui fabriquent l’Algérie sont là. Allongés
comme le temps qu’il fait sur le temps qui passe, ils papotent,
nagent ou organisent de petits complots pour la rentrée.
Khalida Toumi est arrivée, en paréo couleur Djanet,
accompagnée d’un vieux chanteur de hawzi pratiquement mort.
Larbi Belkheir, en maillot noir sous un parasol noir, l’a interpellée :
- Khalida ! N’ayant plus beaucoup d’amis dans le sérail,
la ministre de la culture décide d’accepter l’invitation.
Elle s’installe sous le parasol, où Larbi Belkheir est en
train de composer une mélodie à la guitare. - Qu’est ce que tu fais ce soir ? lui demande-t-il
en posant son instrument. - Je dois plancher sur le dossier des tapis chaouis
avec un berger du Belezma. Pourquoi ? - Il y a une soirée chez Aberkane. Tu viens ?
- C’est quel genre ? demande-t-elle avec une
moue d’indifférence. - Soirée thématique, Selecto glacé,
antidépresseurs et injections antibactériennes. - Je ne sais pas, fait-elle, l’air évasif. A voix basse pour éviter les microphones
enfouis dans le sable, la ministre explique qu’elle ne s’entend
plus très bien avec le ministre de la santé depuis
qu’il a essayé de lui inoculer la peste à travers
un toast aux crevettes qu’il lui a offert lors d’une soirée
d’inauguration d’un centre de santé pour lépreux.
- Ecoute, lui dit Larbi Belkheir. Va le voir et
arrêtez avec ces enfantillages. - Tu as raison. Il est là ? Le général à la retraite lui
montre un homme fatigué dans l’eau, une éprouvette
à la main, engoncé dans un maillot de la croix rouge
internationale : - Vas-y, lui dit Belkheir. Les deux ministres ont parlé dans l’eau et
tout est rentré dans l’ordre. Vers 19 heures, le vieux chanteur
de hawzi est mort. Il a été jeté à l’eau
et Aberkane s’est vaguement emporté : - Vous ne trouvez pas que c’est déjà
assez pollué comme ça ?
Les trois dobermans Finalement, Khalida Toumi s'est rendue à
la soirée Aberkane, et ce dernier n'a pas cherché
à l'empoisonner. Tout s'est bien passé et vers 3 h
du matin, les convives ont chanté l'hymne national en karaoké
et sont rentrés dans leurs voitures blindées. Le lendemain,
ils se sont tous retrouvés sur la plage, pour récupérer
de l'agitation de la veille. Le patron de Sonelgaz est venu tôt
en famille, prendre un peu de repos mérité après
quelques semaines très agitées. En maillot neutre,
non conducteur, il s'est installé sous le premier parasol
venu.
La tente du ministre Finalement, les trois dobermans que Hadjar avait
laissés à la plage n'ont pas attaqué Ali Benflis,
Larbi Belkheir leur ayant promis un F5 dans un grand chenil et de
la viande hachée à vie pour éviter un scandale
de plus. Après cet incident, le calme est revenu sur la plage
du sérail, où tous ceux qui font l'Algérie
d'aujourd'hui et de demain sont affalés dans l'insouciance
de l'été. HHC, en maillot deux pièces, est
venu tôt présenter sa nouvelle grille de programmes
pour la rentrée, qu'il a distribuée aux estivants
tel un vendeur de beignets. Deux ministres en maillots métalliques
sont en train de dépecer un mouton sous un parasol en distribuant
des logements aux serveurs. Quelques rumeurs de coup d'Etat ont
circulé la matinée et une unité du DRS en tenue
de plongée a pris position dans l'eau.
Le yacht de Chakib Léger incident de force 4 sur la grande plage
du sérail où tous ceux qui font l’Algérie sont
affalés. Le ministre de la solidarité s’est vu confisquer
la tente qu’il avait essayé d’installer au bord de l’eau
pour recevoir une délégation suisse. - Pas de tente ici, il faut qu’on puisse tous vous
voir, lui aurait dit l’agent du DRS. Il fallut l’intervention de Saïd Bouteflika,
omniprésent avec son maillot Smalto, pour éviter l’incident
et un remaniement ministériel intempestif, d’autant que d’après
les nombreuses mauvaises langues assises dans le sable, la tente
aurait été prise d’un stock de dons aux sinistrés
de Zemmouri. Finalement, l’agent n’a pas jugé utile de tuer
le ministre de la solidarité et celui-ci s’est installé
sous un parasol de la protection civile et n’a plus rien dit jusque
tard dans la soirée. Le reste de la journée est passé
comme un vent chaud. Les filles ont papoté dans l’eau en
essayant de faire des prévisions météorologiques
et les enfants ont mangé quelques moutons rôtis offert
par un importateur du ministère du commerce. Le général
Lamari en maillot treillis vieille garde a fait une rapide apparition
vers 15 heures, pour bien montrer qu’il savait nager et ne s’occupait
plus de politique. Il n’y eut aucun commentaire sur lui mais sous
les parasols, on ne parlait plus que de la marche du FLN. - Une marche sur Alger avec cette chaleur ?
s’est interrogé un ancien membre du comité central
reconverti dans la pièce détachée. Pourquoi
ne font-ils pas plutôt une nage Club des Pins-La Madrague ?
- C’est le FLN, lui a répondu Raouraoua en maillot « Année de
l’Algérie » et chaussures à crampons pointus.
Leurs méthodes sont très vieilles. Un grand bateau blanc passe au loin, exhibant un
drapeau orange de la Sonatrach. Il a l’air de se diriger vers la
plage. - C’est Chakib, avec son yacht américain,
annonce Raouraoua. - Tu crois qu’il va accoster ? L’accostage Sur la plage du sérail, le grand bateau blanc
de Chakib Khelil vient d’accoster, le drapeau orange flottant au
gré d’un doux vent d’Est. Immédiatement, des dizaines
de curieux sont venus à sa rencontre. Le ministre est descendu
en maillot Halliburton noir pétrole, souriant et bronzé,
arrosant la foule avec des billets de 100 dollars. Quelques femmes
ont tenté de l’embrasser et un wali
a même essayé de lui embrasser la main mais les gardes
du corps texans ont fait barrage. - Vous avez lu les journaux ? lui demande un
journaliste entré par effraction sur la plage.Vous êtes
accusés de dilapider l’argent du pétrole… Le journaliste n’a pas eu le temps de finir sa phrase
que deux mouhafedhs aidés d’un ministre délégué
l’ont saisi et jeté à l’eau. - Je ne lis que le New York Times, a conclu le ministre
de l’énergie sous les applaudissements de la foule. Chakib Khelil n’est pas resté longtemps à
la plage. Juste le temps de voir son ami le président, qui
lui avait fixé un rapide rendez-vous sous le parasol numéro
3. Après quelques palabres et une mallette noire échangée,
le ministre de l’énergie est remonté sur son bateau
blanc, emportant avec lui quelques jeunes filles oisives et des
chefs de daïras dociles. - Il est parti, a murmuré Raouraoua, sous
ses lunettes noires. - Oui, et j’ai rien eu, lui a répondu une
jeune secrétaire de ministre. Tard dans l’après-midi, le président
Bouteflika, en maillot Arena, a simulé une noyade mais personne
ne s’est prêté au jeu. Après quelques cabrioles
dans l’eau, il est ressorti et s’est planté sur le bord de
la plage. Il a regardé les estivants affalés sur le
sable d’importation et leur a lancé, méprisant : - Le jour où je me noierais pour de vrai,
il n’y aura personne pour m’aider. Tout le monde a tourné la tête ;
Ahmed Ouyahia, en short Adidas et avec son éternelle chemisette
bleue, vient d’arriver. Le tuba noir Le chef du gouvernement est arrivé sur la
grande plage du sérail, en short Adidas et muni de son éternelle
chemisette bleue. Tous les regards se sont tournés vers lui,
étant entendu que Ahmed Ouyahia ne se baigne jamais, voire
qu’il aurait peur de l’eau pour certains. Le président Bouteflika
est déjà là, sous le parasol numéro
3 mais il fait semblant de ne pas voir Ahmed Ouyahia. Celui-ci,
toujours aussi diplomate, se rend vers son président et après
un bref salut en Tamazight, lui tend un papier froissé : - J’ai un décret à faire signer. Le président ôte ses fausses lunettes
Ray-Ban noires, cadeau de la wilaya de Mascara et prend l’air surpris : - C’est quoi ? - C’est rien, lui répond froidement le chef
du gouvernement. Encore une loi à signer, permettant aux
frères des présidents de la république algérienne
de ne pas payer les taxis. Le président a brièvement regardé
son frère, assis à côté sous un parasol
cousu main et a signé le papier, qu’il a redonné à
Ahmed Ouyahia. - Tu nages ? lui a-t-il demandé pour
changer de sujet. - Non, trop polluée. Soudain, un cri sort de l’eau : - Un requin ! ! Un requin !! hurle
une jeune fille à forte poitrine, évoluant à
la périphérie du sérail, en désignant
un aileron qui glisse dans l’eau. - Un requin ? Pourquoi ils s’affolent ?
Il n’y a que des requins ici, se demande Saïd Barkat, en jouant
avec un couteau de plongée. Comme peu ont été à l’école,
personne ne trouve anormal qu’un long tuba noir émerge de
l’eau près de l’aileron. Ce n’est que quand tout le monde
est sorti de l’eau, affolé, qu’une tête sort de sous
l’aileron, avec un tuba fixé au sommet. - C’est le général Toufik !!
En effet, le patron du DRS sort de l’eau, heureux
de sa petite blague. Tout le monde rit franchement à la bonne
plaisanterie même si certains se sentent très inquiets.
Le général s’avance alors vers la foule massée
sur le sable : - J’ai quelque chose à vous dire Le discours Le général Toufik est arrivé
silencieusement dans la plage du sérail par la mer, provoquant
une panique chez les estivants du régime. Le patron de la
surveillance globale, l’air fatigué, s’est posté au
bord de la mer, face à la plage et aux baigneurs et a entamé
un discours, le seul de sa vie selon des témoins bien informés
qui squattent le sérail depuis plus de 20 ans. - Ya djmaâ, a-t-il commencé par dire.
Chacun s’est tu et ceux qui n’étaient pas
là sont arrivés rapidement, appelés en urgence
pour ne pas rater ce discours historique. Ali Tounsi a débarqué
en hélicoptère et a impressionné tout le monde
en faisant des loopings aériens avant d’atterrir sur la plage.
Même Mouloud Hamrouche est lui aussi venu, affichant ses options
réformatrices directement sur un maillot finement découpé
dans un tissu nouveau, mélange d’Alpaga imperméable
et de fibres de synthèse de la dernière génération.
Comme à son habitude, il a salué tout le monde mais
n’a répondu à aucune question concernant ses projets
à court terme. - Ya djmâa, a répété
le patron des services. Puis le général s’est longuement étalé
sur les scandales rapportés par la presse et a demandé
à tout le monde de faire preuve de retenue et surtout de
faire attention aux oursins, un accident étant si vite arrivé.
Puis il est parti, en se déplaçant sous l’eau pour
ne plus réapparaître, laissant derrière lui
une odeur de cigare et de menace sur l’avenir. Sellal, le ministre
des transports, n’est arrivé que très tard dans un
zodiaque 4X4 et voyant les mines inquiètes, a tout de suite
demandé : - J’ai raté quelque chose ? Saïd Bouteflika lui a expliqué que derrière
le discours sans message du général des services,
il y avait un message que chacun tentera de comprendre avant la
fin de l’été. - Demain, je démissionne, a lâché
le frère. Tout le monde a ri à la plaisanterie et s’est
donné rendez-vous pour demain. Le retour de la baigneuse Sur la grande plage du sérail, le petit vent
qui s’était levé s’est calmé après l’intervention
du chef d’état-major et la canicule a de nouveau retrouvé
ses droits. Quelques jeunes filles engageantes s’amusent dans l’eau
à mouiller de hauts responsables du pays pendant que des
enfants d’apparatchiks se battent à coups de crevettes fraîches.
Benflis, venu juste avant le déjeuner en maillot militaire
pour faire bonne figure, a demandé à l’un de ses plus
fidèles soutiens, Rachid le serveur de la cafétéria
et accessoirement caporal au DRS, si faire un meeting pro-Benflis
à la plage ne serait pas plus judicieux. Hadjar, venu en
tournée voir ses dobermans, a préféré
rester en costume pour ne pas montrer ses intentions du moment.
Après un copieux déjeuner offert par le cousin de
l’ami du frère du président de la république
et alors que tout le monde attendait le général Lamari
et son nouveau maillot aux couleurs de la menace, c’est le général
Nezzar qui est arrivé, souriant et détendu, dans un
ensemble marin norvégien. Il a demandé des nouvelles
des maisons de chacun et a affirmé que son programme électoral
pour la présidentielle 2004 se trouvait à la page
5 du le livre qu’il publie à la rentrée. Mais l’incident
du jour a eu lieu vers 15 heures 30. Un buste de femme, immobile,
est apparu dans l’eau, à quelques dizaines de mètres
du rivage. Bien sûr, tout le monde a cru à la réapparition
de la baigneuse du Hamma et personne ne s’est étonné
du miracle, tant les miracles sont nombreux sur cette partie de
la côte algérienne, d’autant que des témoins
ont affirmé avoir aperçu Zerhouni de nuit sur la plage,
dans un vieil uniforme moulant de la Stasi. Finalement, Larbi Belkheir,
de passage en jet-ski, décide d’ouvrir une enquête.
Contre toute attente, ce sont les empreintes d’un ambassadeur connu
pour ses mœurs particulières, qui sont retrouvées
sur la statue. Le chalumeau Finalement, la baigneuse retrouvée et que
tout le monde pensait être la statue volée au jardin
du Hamma, était en fait une secrétaire du ministère
des AE qui avait lentement dérivé d’El Mouradia jusqu’à
la plage du sérail. De plus, contre toute attente, elle était
encore vivante et les empreintes retrouvées sur son corps
ont prouvé selon les résultats de l’enquête
diligentée de la plage par Larbi Belkheir, que la fille était
vivante depuis longtemps, au moins une vingtaine d’années.
L’affaire de la vraie fausse baigneuse a été étouffée
par strangulation et les membres de la commission envoyés
en stage à Tissemsilt pour une durée indéterminée.
Tout est rentré dans l’ordre et cette nouvelle journée
de plage a été entamée par une réception
en l’honneur de la secrétaire retrouvée qui s’est
vue attribuer une cage d’escalier dans l’une des tours Chaabani.
Saïd Bouteflika et Larbi Belkheir, en ont profité pour
débattre de l’actualité autour d’un cocktail bleu
pétrole. Sous leur parasol américain, les deux dirigeants
se sont demandé si une suspension de journaux ne valait mieux
pas qu’un démenti ou une poursuite en justice. C’est le président
lui-même, venu faire quelques brasses pour se reposer de sa
dernière tournée, qui a précisé qu’une
suspension de journaux pourrait être interprétée
comme une atteinte à la liberté d’expression et qu’il
valait peut-être mieux jeter les journalistes en prison. Le
débat en est resté là, d’autant que Yazid Zerhouni
est arrivé sur la plage avec un chalumeau de soudeur :
- De quoi vous parlez ? a-t-il demandé
en se rapprochant du groupe des 3. - De rien, lui a répondu Saïd. Zerhouni est reparti, l’œil méfiant. Les
deux frères et le grand se sont demandés ce que Zerhouni
venait faire avec un chalumeau sur la plage. Mais devenu très
susceptible depuis quelques semaines, personne n’a osé lui
poser la question. C’est là qu’il se dirige vers Sellal.
Les poivrons Sur la plage du sérail, Zerhouni a provoqué
la panique chez Sellal quand il s’est dirigé vers lui armé
d’un chalumeau. Sellal, conscient que son soutien à Benflis
pouvait lui valoir des ennuis de santé, s’enfuit par la mer
pour tenter de monter dans son zodiac 4X4 affrété
par le ministère des transports mais il est rattrapé
par deux agents de sécurité : - J’ai un avion à prendre, leur dit-il, inquiet.
Je dois accompagner Nourani à Paris. Les agents ne répondent pas, Ali Tounsi ayant
récemment formé une promotion de sourds-muets de la
police pour des raisons d’efficacité. Sellal coincé,
Zerhouni et son chalumeau arrive et contre toute attente, demande
du feu au ministre des transports. Celui-ci lui tend un briquet
en or. Zerhouni le remercie d’un signe de la tête et ordonne
en langage de sourd-muets aux agents de le laisser partir. En fait,
tout le monde l’aura compris sur la plage, le ministre de l’intérieur
avait besoin de feu pour allumer son chalumeau afin de souder son
parasol, cassé la veille par un militant pro-Benflis. L’incident
est clos et sous le parasol central de la présidence, chacun
commente l’attitude de Zerhouni : - Donnez-lui des journalistes à manger, lâche
le président, au téléphone depuis la veille
avec Amal Wahby. Il se sentira mieux. Tout le monde s’esclaffe de la plaisanterie sans
savoir que ce n’en n’est pas une. A côté, un nouveau
groupe s’est formé. Djouad du Mouloudia est venu par la mer
avec ses nageurs, en maillot à poches, avec bien sûr
des billets d’avion Sonatrach plein les poches. - Qu’est ce que tu fais là ? lui demande
Ouyahia, en train de faire cuire des poivrons sur un feu de journaux.
Il paraît que tu boycottes toutes les compétitions
qui ne se déroulent pas à l’étranger ? - Je boycotte tout sauf la grande plage, répond
Djouad. Soudain, les poivrons prennent feu et embrasent
le parasol. - Au feu ! Au feu !! crie un wali enfoui
sous le sable. L’incendie Ahmed Ouyahia, en jouant au populiste et en allumant
un feu de journaux pour faire cuire ses poivrons a provoqué
un incendie. C’est la panique sur la plage du sérail, les
parasols s’embrasent et les estivants courent dans tous les sens.
- De l’eau ! ! Où est Attar ? hurle
Saïd Bouteflika en cherchant le ministre des ressources en
eau. Deux pompiers arrivent mais ils n’ont pas d’eau
et tentent de circonscrire l’incendie à l’aide de packs d’Ifri.
Les cheveux de Rabha Tounsi prennent feu : - C’est Bouteflika ! Il veut tous nous tuer !
crie-t-elle sans savoir que le président est juste à
côté et que son gilet pare-balle a aussi pris feu.
Trois agents tentent d’ailleurs de le sortir de
son vêtement de protection mais celui-ci est si bien fixé
qu’ils peinent à l’ôter. Ils prennent alors le président
et le jettent à l’eau. - Ils vont le noyer, annonce Tayeb Louh en tentant
de s’interposer pour sauver le président. Pour toute réponse, le ministre du travail
reçoit une gifle présidentielle, malgré son
soutien affiché au complot anti-Benflis. - Ne touchez pas à mes cheveux ! !
hurle le président, hystérique. Dans la cohue, quelqu’un s’agite au bord de l’eau,
c’est le ministre de l’intérieur : - Le feu va s’éteindre tout seul ! lance-t-il
à la foule dans l’eau. Les journaux ont brûlé
et il n’y a plus de combustible. Effectivement, les journaux et les parasols consumés,
l’incendie s’est éteint et le calme revenu sur la plage.
Larbi Belkheir a institué une commission d’enquête.
Quand il fut avéré que c’était Ouyahia qui
avait allumé le feu, le général a argué
que c’était dans ses prérogatives et qu’il n’y avait
pas lieu de sanctionner. Toutefois, les restes des poivrons ont
été incarcérés et une taxe à
été imposé sur la vente et la consommation
de ce produit. Le président est sorti de l’eau le dernier
et a entamé un discours mouillé par ces mots : - Algériens, je vous ai compris… Les grands mots L’incendie déclenché sur la plage
du sérail par le chef du gouvernement s’est éteint
tout seul faute de combustible, tous les journaux ayant brûlé.
Le président Bouteflika qui s’était réfugié
dans l’eau, est ressorti et a entamé un discours : - Algériens, je vous ai compris. Tout le monde s’est regardé, se demandant
si le président s’adressait à eux, étant entendu
que peu d’entre eux partagent l’Algérie avec le reste de
la population. - La situation est grave, a poursuivi le président
en se passant la main sur ses cheveux mouillés. Les tentatives
de déstabilisation sont nombreuses et nous ne nous laisserons
pas faire. Un soupir de soulagement a parcouru la plage. Tout
le monde a compris que le président s’adressait au chef du
gouvernement et que le « nous » désignait
le clan présidentiel. Saïd Bouteflika étant parti
acheter un appartement et Ahmed Ouyahia vers d’autres opérations
de suspension, il n’y avait donc aucune raison de s’inquiéter.
- J’ai eu peur, a murmuré Abdelamjid Attar,
je croyais qu’il allait fermer la plage. En bon dirigeant algérien, le président
a poursuivi son discours sur le ton de la menace. Il a cité
la presse, accusée de brûler trop facilement et préconisé
de publier des journaux en métal. Il a aussi parlé
de Benflis et demandé à ce que ses soutiens soient
acheminés gratuitement vers les camps du Sud. Le président a clôturé son discours
à l’américaine : - Des questions ? C’est la wali de Tipaza qui s’est manifestée
la première : - Maintenant que les parasols ont tous brûlé,
qu’allons-nous devenir ? Au même moment, un avion de la Croix Rouge
piloté par Belaïz est venu se poser sur la plage, avec
une cargaison de parasols tout neufs. Une salve d’applaudissement
à accueilli le ministre de la solidarité. Mais la
surprise était derrière les parasols ; un membre
du TPI, tribunal pénal international, est descendu de l’avion,
en maillot rouge. Le TPI Belaïz, le ministre de la solidarité,
a sauvé les estivants de la grande plage du sérail
en amenant avec lui une cargaison de parasols tout neuf pour remplacer
ceux qui avaient brûlé. Mais lorsque l’avion de la
croix rouge qu’il pilotait s’est posé, est descendu un membre
du TPI, le tribunal international, à la stupeur générale.
- Que fait le TPI ici ? s’est demandé
Le membre du TPI, un certain Eddy Mitchell, moulé
dans un menaçant maillot rouge, a salué tout le monde
mais personne ne lui a répondu. Au début, chacun a
cru que le TPI venait suite à la suspension des titres de
presse mais lorsque le bruit a couru qu’il était là
afin de juger le pouvoir algérien pour l’ensemble de son
œuvre, la panique a pris possession de la plage du sérail.
Quelques ministres se sont enfuis, prétextant avoir laissé
le gaz allumé au bureau, des walis ont commencé à
pleurer et un général a même essayé de
ses suicider mais n’ayant jamais tiré une balle de sa vie
n’a fait que blesser un oiseau de passage. Au bord de l’eau, une réunion de crise s’est
tenue. Zerhouni a préconisé la noyade, Saïd la
pendaison et Belkheir simplement un passage à tabac en règle
jusqu’à ce que mort s’en suive. C’est l’intervention du président,
en maillot de compétition Arena, qui a sauvé Eddy
Mitchell d’une mort certaine. Le grand match Il fait très chaud et l’humidité a
atteint des taux records, à tel point que chacun a l’impression
de nager encore quand il sort de la mer. Sur la plage du sérail,
une sévère partie de beach volley oppose le clan de
Oujda à celui de Batna, à laquelle tout le monde participe,
excepté le président pour d’évidentes raisons
physiques. Il y a aussi un absent de marque à ce match
où tous les coups sont permis ; Larbi Belkheir, réfugié
en maillot noir sous un parasol noir, est au téléphone
avec Abderrezak le para pour négocier une prise d’otages
à l’envers ; en effet, l’Américain présent
sur la plage a exigé un champ de pétrole alors qu’il
n’y en n’a plus de disponibles. Après avoir tenté
sans succès de lui refiler un champ de cailloux stériles
du côté de Touggourt, le général a décidé
de faire disparaître l’Américain pour éviter
des représailles de W. Bush, qui aime autant le pétrole
qu’il déteste les pays pétroliers. - Allo ? C’est qui ? - C’est Larbi, répond doucement le général
de la présidence. - Lequel ? - Belkheir. - Ah, Larbi. La conversation reste ainsi suspendue entre ciel
et terre, la liaison se faisant par satellite. Larbi Belkheir, lui
propose le marché. - Combien ? - 5 millions d’Euros, répond Abderrezak.
Pour kidnapper ou relâcher, c’est le même tarif. Le général a raccroché et appelé
l’Américain. - Ça y est. Je t’ai trouvé un bon
champ. Mais il faut que tu descendes dans le Sahara pour signer.
- Ok, fait l’Américain. Quelques minutes plus tard, un avion privé
de la Sonatrach se posait sur la plage. En y montant, l’Américain
ne sait pas que c’est son dernier voyage. Larbi Belkheir l’a embrassé
en Anglais et souhaité un bon voyage. Sur la plage dorée,
le clan de Oujda perdait 2 sets à 1 et il fallut l’intervention
des casques bleus et des gaz lacrymogènes de Zerhouni pour
remettre les deux équipes à égalité.
2 sets partout, Benflis au service pour le gain du match. Le cinquième set Sur la plage du sérail, le match de beach
volley opposant le clan de Oujda en maillots oranges à celui
de Batna en maillots verts, fait rage. Quelques policiers ont posé
des clous et des dobermans dans le camp de Batna pendant que des
agents du DRS plaçaient des mines artisanales dans le camp
de Oujda. On a pu assister à des jets de grenades, des coups
de couteaux et des campagnes d’intimidation musclées mais
dans l’ensemble, l’esprit sportif a dominé la rencontre.
Amel Wahby et Nawal Zoghby sont là, en strings délicats,
supportrices devisant autour d’un cocktail sucré : - C’est pour la galerie, fait l’une d’elle. Les
deux camps s’entendent très bien. - La preuve, c’est qu’ils sont là sur la
même plage, lui répond l’autre dans un adorable gloussement.
Sur le terrain, c’est la minute de vérité.
Les deux équipes sont à deux sets partout et Benflis
sert. Malgré son embonpoint suspect, l’ex-chef du gouvernement
parvient à placer son service. Mais de l’autre côté,
Hadjar plonge courageusement. Son zèle lui vaut des exclamations
d’admiration et la balle est renvoyée dans l’autre camp.
Rabha Tounsi opère une astucieuse déviation vers le
passeur au centre qui sert Adimi placé près du filet.
Le smash est foudroyant et le point gagnant. Benflis ressert ainsi
plusieurs fois mais le clan de Oujda reprend la main. La dernière
manche se joue âprement, serrée comme une jeune fille
célibataire jusqu’à ce qu’un coup de sifflet se fasse
entendre. Tout le monde se retourne ; le général
Toufik vient d’arrêter le match pour cause de pluie alors
que pas une goutte d’eau ne tombe du ciel. Malgré les protestations
des deux camps, la rencontre se termine prématurément.
- C’est comme ça, conclut le patron. C’est la clôture de la saison et l’été
tire à sa fin. Demain, c’est le dernier jour et les dirigeants,
dans leur infinie bonté, ont décidé d’ouvrir
la plage au public… L’arrivée du peuple C’est bientôt la rentrée et c’est la dernière journée de mer sur la plage du sérail. Tous les dirigeants sont là, les pro-Benflis, les contre, les avec le debout, les « ridjals ouakifoune » et ceux qui se sont couchés depuis longtemps. Chacun plie soigneusement ses affaires, les enfants se préparant à la rentrée scolaire à l’étranger et les femmes à retourner chez elles consommer la rente de leurs maris. Pour bien montrer que le pouvoir sait se montrer généreux quand il n’a rien à faire, la plage a été ouverte au public. Bien sûr, tout a été mis hors de portée des vandales ; les chaises et transats ont été récupérés pour atterrir en bonne place dans les maisons du sérail. On a enlevé le sable d’importation doré pour le mettre dans des cartons et mit à la place un banal sable gris de chantier. Le professeur Aberkane a jeté quelques virus de sa réserve personnelle dans l’eau et le ministre de l’intérieur a semé quelques clous dans le sable. Quand à 10 heures, le peuple est arrivé sur la plage, ce fut rapidement une sympathique cohue de familles nombreuses, d’enfants joueurs, de jeunes athlètes sans avenir ainsi que d’adorables jeunes filles sans feuille de route. - Ça y est ? a chuchoté Saïd
Barkat, ne sachant pas que la plage avait été ouverte
au public. C’est l’émeute ? - Je savais que ça arriverait, lui a répondu
Rabha Tounsi. Quand le peuple s’est installé sur le sable
et s’est rendu compte que l’autre foule, celle du bord de mer, n’était
autre que ses dirigeants, un long silence s’est installé
sur la plage. Le peuple ne les avait pas vu depuis longtemps et
les dirigeants n’avaient pour ainsi dire jamais vu leur peuple de
près. Les deux corps se sont fait face un moment sans rien
dire. Puis à l’unisson, les dirigeants ont baissé
leurs maillots, délivrant un message sans équivoque
à leur peuple. Ils ont remonté leurs maillots puis
sont partis en promettant de revenir l’année prochaine.
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