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MARIAGES D’ETE

ÇA TRANSPIRE A L’INTERIEUR ET A L’EXTERIEUR

Après une régression féconde durant la dernière décennie, la tendance s’est inversée ces dernières années avec plus de 250.000 unions célébrées en 2004. La cause ? En gros, paix et perspectives retrouvées, emplois et pouvoir d’achat en augmentation, crédits à la consommation et AADL.

   C’est l’été, saison de plage pour ceux qui ne sont pas loin de la mer et de mariage pour ceux qui sont tout près de l’âge moyen de la nuptialité, établi aujourd’hui à 26 ans pour les femmes et 30 ans pour les hommes. C’est l’été et les milliers de salles des fêtes du pays tournent à plein régime, il faut réserver un mois à l’avance pour avoir une place, comme pour trouver un billet d’avion ou un plombier de quartier. L’été ? Pour Nawal qui s’est mariée en décembre dernier, la question est évidente : « pourquoi se marier en été alors qu’il fait 40° dans les salles et 50 à l’intérieur des corps des futurs époux ? » C’est traditionnellement la période des congés et des fêtes. « On travaille tout l’été mais aussi les autres saisons maintenant, les Algériens se marient tout le temps » explique Mohamed, gérant d’une salle des fêtes à Dély Brahim. Avec un pic au mois d’août de 52.000 mariages, c’est le mois du mariage par excellence, suivi de septembre et de juillet. Alger détient le record avec près de 30.000 unions par an, le reste du pays talonne la capitale. En 2004, le nombre de mariages a connu une augmentation de 11% par rapport à l’année 2003 et près de 40% depuis l’année 2000, après une longue déprime qui a coïncidé avec les années terroristes. « il n’y a peut-être aucun lien », explique un sociologue. « Il y a simplement plus de monde en âge de procréer, il ne faut pas oublier que nous sommes 33 millions ». Pourquoi se marie-t-on ? Pour plusieurs raisons, dont celle-ci, toute bête ; « j’en ai marre de faire la cuisine, le ménage et de laver mon linge », avoue Saïd, un quadragénaire divorcé. « J’ai 30 ans, je veux des enfants », explique Mounia, pour qui l’amour passe après l’efficacité. L’amour n’existe pas ? Si bien sûr, un peu. « J’ai fait un mariage de raison » rigole Amin. « Mais l’amour est une excellente raison. »

Comment se marier

   En dehors des circuits traditionnels et des rencontres de type salon de thé ou cousin(e) d’un(e) ami(e), il y a aujourd’hui d’autres moyens de rencontrer son futur conjoint. D’abord les petites annonces des journaux comme Le Club de l’Amitié, précurseur en ce domaine mais aussi la page de l’Authentique ainsi que celles d’une dizaine de journaux arabophones spécialisés en la matière. Mais surtout, nouveauté qui explique peut-être aussi la progression des mariages, Internet et ses réseaux, où les Algériens se rencontrent sans tabou sur des sites comme www.affection.org classé par pays ou encore le site officiel du nikah  www.indexnikah.com pour les mariages dans la tradition musulmane et même www.kelma.org pour les mariages homosexuels. Sur les forums de discussion, les Algériens en parlent naturellement : « J'ai connu ma femme sur un forum et cela m'a amené à Oran où j’y vis depuis 2 ans » avoue Alilou. « Il suffit simplement de faire sauter tous les ponts qui relient à ces satanées traditions qui ne renvoient pour la plupart que vers l'ignorance, l'intolérance et la misère morale » ajoute-t-il. Même chose pour Lola, autre pseudo : « j’ai rencontré mon mari sur Internet, je ne l’ai vu que lors de la première rencontre, émue comme dans un mariage traditionnel où l’on voit son époux à la dernière minute ». Mais la pratique n’est pas encore totalement intégrée. Sur un autre forum, Aïda se confie : « c'est vrai qu'en Algérie c’est honteux de trouver sa femme sur le net, on a même du mal a le dire a l'entourage ». En tous les cas, si l’idée a encore du mal à passer, l’avantage est indéniable : on peut transporter sa femme ou son mari sur une disquette.

Combien ça coûte

   C’est un jeune homme aux idées pré-nuptiales qui demande à son père : « Combien ça coûte un mariage ? ». Le père lui répond, un peu triste : « Je ne sais pas mon fils, je paye encore ». Le mariage possède un coût qui n’est pas à la portée de tous mais qui n’a pourtant pas découragé les Algériens et Algériennes, prêts à s’endetter pour vivre l’amour officiel, enfin seuls dans une chambre fermée. Si le mariage de base ne coûte en théorie que 50 dinars, soit le prix du livret de famille en librairie papeterie, en pratique il faut compter avec les pressions des familles qui veulent une grande fête, pour impressionner l’entourage d’abord, pour bien manger ensuite. Avec un salles des fêtes louée à 10.000 dinars, un orchestre à 10.000 - compter 30.000 dinars pour Amar Zahi le maître du Chaâbi ou 100.000 dinars pour les enfants de dignitaires qui peuvent se permettre un Mami entre deux coupes de champagne-, le repas à la maison avec mouton et cuisine à 30.000 dinars, les bijoux à 50.000 et la chambre à coucher à 60.000 dinars, la facture globale atteint facilement les 10 millions, réparti entre les deux familles dans le meilleur des cas, à la seule charge du malheureux époux ruiné sur quatre générations dans le plus mauvais. Le mariage un sport de riches ? Pas vraiment. « Un petit repas à la maison et des bijoux empruntés, on s’en est sortis comme ça », se confient Riad et Anissa. Sans compter le logement, clé centrale du bonheur. Mais heureusement, l’Algérie change et aujourd’hui, une promesse AADL est valable pour convaincre la fille ou le garçon de contracter un mariage. « Au pire on se serre et on vit chez les parents en attendant le décollage économique du pays », explique Djamila, mariée et optimiste. 

Les résistants

   On ne peut évidemment par parler de mariage sans parler de ces authentiques moudjahids et moudjahidates qui résistent encore et encore à fonder un foyer avec de petits enfants qui courent partout. Aux dernières statistiques, il y aurait 1 million de célibataires à Alger, hommes et femmes confondus. Parmi eux, une partie qui cherche toujours le conjoint mais aussi des célibataires convaincus, militants  comme Rachid, 35 ans, qui habite seul et préfère les joies d’une nuit d’amour à celles d’une vie pleine de malentendus. Habitué du Miami, cabaret à la mode de Palm Beach, il y passe chaque semaine pour faire le plein, ou plutôt le vide. « Elles sont jeunes et jolies et ne coûtent que 2000 dinars », explique-t-il, avant d’ajouter avec un sourire, reprenant une sentence connue : « les femmes que l’on paye sont celles qui vous reviennent le moins cher ». C’est bien sûr plus dur pour les femmes, comme Ghania, 45 ans, qui habite Alger avec une amie : « je suis la honte de ma famille. Mais comme je ne les voit pas, ça pose pas de problème. » D’une manière générale, les célibataires sont aux prises avec cette question fondamentale. Pourquoi le mariage ? Mahmoud vit avec sa mère et à 40 ans, est toujours célibataire. Quand on lui demande pourquoi il refuse de se marier, il répond calmement : « Se marier ? C’est comme si je vivais avec ma mère sauf qu’en plus, je dois lui faire des enfants ».

 

Chawki Amari

PLUS        Les mariages créateurs d’emplois

   En dehors des dispositifs Ansej ou autres générosités du système pour créer des emplois afin d’inciter les jeunes à oublier l’émeute, les mariages sont de véritables usines à travail. Entre les tayabates, femmes qui sont payées pour faire la cuisine des mariages, il y a toute une catégorie de professionnels qui tournent autour de la cérémonie. Les joueurs de zernadjia en Mazda bâchée, les loueurs de chaises, de costumes et de robes de mariée, les coiffeuses, les pâtissiers, les éleveurs de mouton et de filles. Jusqu’au plus haut niveau professionnel comme les organisateurs de Salon du mariage, dont celui d’Alger ou de Blida, ce dernier venant de fêter sa troisième édition avec 5000 visiteurs annoncés. Jusqu’à un autre type de professionnels, qui monnayent le mariage en espèces. 7000 euros pour un mariage blanc avec des papiers européens. Le mariage coûte cher, il est logique qu’il rapporte beaucoup si l’on se situe de l’autre côté. Plus de mariages pour financer les emplois ? Voilà une bonne idée qui a échappé aux dirigeants. Il est vrai que le premier d’entre eux est toujours célibataire.

 

C. A.

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