fiction, littérature, Algérie, monde arabe, islam

 

VIEILLES LUNES

Contes et légendes des temps anciens. Non certifiées.

 

1R-1424

 

   C’est l’histoire d’une tribu, les Beni Itchoune, qui vivaient au XIème siècle dans les plaines semi-arides de la Medressay qui bordent l’implacable désert de Jouffra. Dans ces contrées brûlantes où les hommes sont rudes et portent des lunettes de soleil y compris la nuit, les routes caravanières sont loin et le commerce  infructueux. De fait, les Beni Itchoune étaient pauvres et ne survivaient que grâce à d’ingénieux stratagèmes comme celui qui consiste à faire bouillir du sable fin dans de l’eau pour tromper la faim. La viande étant absente, pendant le mois de ramadan les Beni Itchoune consommaient de la viande humaine. Pour ce faire, ils allaient faire le guet vers les falaises, dans la gorge de Tiourimirine, là où de temps en temps des passants passent, allant chercher fortune vers d’autres contrées ou simplement expulsés de leur pays. Un jour de jeûne, un troupeau d’êtres humains en pleine migration passa la gorge. Les guerriers Beni Itchoune prirent immédiatement position et attaquèrent le pauvre troupeau sans défense. Ce fut un horrible massacre mais les Beni Itchoune mangèrent ce jour-là à leur faim et une grande fête eut lieu, avec la participation exceptionnelle de Cheb Mourad. Mais le lendemain, tous les enfants moururent dans d’atroces souffrances, l’autopsie ayant conclu à une intoxication au mercure, le troupeau d’humains s’étant baigné quelques jours avant dans un oued contaminé. Depuis ce jour, les Beni Ichtoune devinrent végétariens en mémoire à leurs enfants. Mais comme il n’y avait ni légumes ni herbes dans la région, ils moururent aussi de faim. Aujourd’hui encore, on peut lire dans le cimetière des Beni Itchoune, cette épitaphe qui rappelle leur drame : « ni viande ni végétal, ni Bouteflika ni Benflis ». Encore que pour la dernière partie, les historiens s’accordent à penser qu’il s’agirait d’un ajout récent.

 

2R-1424

   C’est la légende du roi Djalalalani, maître et général-major d’un territoire des montagnes du Chtouf, aux limites de l’empire Serenide des Gaffours. Bien qu’aimé par ses sujets et maîtresses, Djalalalani était un roi devenu trop gros pour son trône, ce qui lui causait des problèmes quand il recevait les doléances de ses sujets ou devait arbitrer un litige foncier ou un recours du conseil constitutionnel. Djalalalani étant aussi à l’abri du besoin, il commanda un trône doré chez le roi des menuisiers, puis chez le roi de l’or. Il envoya un émissaire dans les lointaines contrées du Gargar, chez Hattab 1er, roi des menuisiers qui contrôlait avec sa tribu de soldats-bûcherons la forêt du Tamanguest. Puis il envoya un émissaire chez Bob Traoré, maître de l’empire Songhaï du Mali, grand receleur d’or. Quand le fauteuil fut prêt, il fut convoyé vers les Songhaïs, le contrat assurant aussi la livraison. Quand le trône fut orné d’or, il fut envoyé vers Djalalalani. Mais sur la route de l’Azawagh, le convoi fut attaqué par la brigade financière volante du royaume nain de Nédroma. Le chef de la brigade, un légionnaire zélé du nom de Zerhounil, réquisitionna le trône en prétextant une infraction à la réglementation des changes. Son forfait accompli, il offrit le trône à son maître, un roi acariâtre dont l’histoire n’a pas retenu le nom. Mais voilà, le roi était trop maigre pour le gros trône et se couvrait de ridicule quand il s’asseyait dessus. Djalalalani proposa alors l’échange de trônes, ce qui fut fait et chaque roi put se reposer sur un trône à sa taille. Mais Djalalalani, furieux d’avoir été dépossédé, avait truffé le trône de tessons de bouteille. C’est ainsi que le petit roi de Nédroma dut finir son mandat debout, ce qui lui causa des varices et devint la risée de tous les voisins. Quand à Djalalalani, il vécut heureux et eut beaucoup de suffrages.

 

3R-1424

   Il y a neuf siècles environ, à l’Ouest de la vallée du Nil dans l’oasis de Kourourfa, vivait le terrible Al Mouxi. Cet animal hybride qui terrorisait la vallée avait une tête de veau posée sur un corps de vieille femme, agrémenté d’un aileron de requin planté dans le ventre, ce qui lui donnait un air particulièrement inquiétant. Al Mouxi était redouté de tous mais sa connaissance des mystères de l’univers en faisait le seul apte à répondre aux questions sans réponses. Al Mouxi vivait dans une grotte en contrebas de la vallée de palmiers où était construite Kourkoufa, et de par un régime omnivore spécialement étudié, se nourrissait de tout et de tous, hommes, femmes et enfants mais aussi bétail divers, arbres et poteaux électriques. Un jour, un vieux militant politique vint trouver Al Mouxi pendant qu’il était assoupi après un copieux repas, livré en fait par le militant.

- Qui es-tu imprudent ? demanda Al Mouxi, réveillé.

Le vieux militant répondit prudemment :

- Je suis un vieux militant prudent. J’ai une question, vénéré Al Mouxi.

- Sais-tu au moins que je mange tout le monde avant de répondre ?

- Je sais vénérable Al Mouxi.

Al Mouxi, rassasié, décida de se prêter au jeu :

- Et qu’est-ce que je gagne à répondre ? On n’est pas à l’APN ici.

- Vénéreux Al Mouxi, tu peux gagner une villa sur les hauteurs avec parabole.

Sa grotte n’étant pas très fonctionnelle, Al Mouxi accepta l’offrande immobilière :

- Vas-y, pose ta question.

- L’armée va-t-elle prendre position dans l’élection présidentielle ?

Al Mouxi rota et répondit :

- Oui. Elle va déployer des unités aux abords des villes.

Ce ne fut pas la réponse souhaitée mais Al Mouxi eut quand même un petit creux et mangea le vieux militant. Il emménagea un peu plus tard dans sa nouvelle villa. Quand à l’élection, elle ne put avoir lieu car Al Mouxi avait mangé tous les candidats.

 

6R-1424

   L’histoire est authentique puisqu’elle a été sahihiée par Boulmina en l’an 1134 à Damas. Elle raconte l’aventure de l’émir du Bachtouri, province ottomane du Xin Yang en Chine occidentale. L’émir Awqass, de la noble tribu des Qosseïmas, était en guerre contre ses voisins. Son principal adversaire, Taklamat, seigneur incontesté des Touklimantes et Taklimites, un illettré sorti en 3ème AF, lui disputait un bout de territoire. Le terrain, objet d’un litige immémorial, était depuis longtemps visé par Taklamat qui envisageait d’y construire un centre commercial. Tous les jours, Taklamat construisait un kiosque sur ce terrain pour entériner l’occupation des sols, sur le conseil d’un scribe de la Duch, une tribu véreuse spécialisée dans la trafic de terres. Tous les soirs, Awqass envoyait des démonteurs démonter le kiosque. Un jour, Taklamat eut l’idée de construire un kiosque en béton et armatures métalliques, grâce à une entreprise chinoise de la région. Quand le kiosque fut construit, le soir venu, les démonteurs du Bachtouri ne purent le démonter. Ils allèrent voir leur seigneur Achox pour leur expliquer le cas. Awqass mit en place une cellule de crise, qui accoucha en deux heures d’une résolution radicale : il faut attaquer le pays de Taklamat et régler définitivement le problème à la base. Le lendemain à l’aube, l’assaut fut donnée, mais Touklimantes et Taklimites, nourris tous les matins aux corn flakes, résistèrent. Après un mois de rudes combats, l’intervention d’une force multinationale de la paix força les deux belligérants à respecter la trêve et faire du terrain en litige, une zone neutre démilitarisée. Quand au kiosque, il fut transformé en monument de paix mais plus tard détourné en pharmacie, tenue par l’épouse d’un puissant notable Touklimante. Awqass déposa plainte auprès d’un tribunal international mais sans succès.

 

7R-1424

   Il était une fois au XIIème siècle une déesse vivante, Ida, la reine de Shalamar, principauté du Fezzan aux portes du désert libyque. Incroyablement belle, sans limites connues dans les territoires voisins qui s’étendent de la grande mer d’Occident jusqu’au delà des rives Est du Nil, Ida fascinait tout le monde par son charme surnaturel. De toutes les contrées du monde, rois, sultans, princes et émirs lui envoyaient cadeaux et présents par milliers, que la reine Ida, insensible, revendait sur le marché de gros de Shalamar. Voyageurs et curieux traversaient des milliers de kilomètres à pied, à dos de chameau et même en stop pour voir Ida, et des contrées du Sin au pays du Soudan, on se bousculait aux portes de Shalamar pour tenter d’apercevoir son visage. Un jour qu’il faisait beau, la reine Ida fut défigurée par de l’eau de Javel, à cause de l’une de ses femmes de ménages, nerveuse à cause d’un retard inhabituel de règles. L’eau de Javel lui avait rongé le visage et Ida, en quelques instants, devint la femme la plus laide du royaume. Apprenant la nouvelle, sultans et émirs du monde entier se cotisèrent pour lui payer une opération esthétique à Carthage. Malgré les efforts de Benifou, célèbre chirurgien juif de la cité punique, Ida ne put jamais retrouver sa beauté. De retour chez elle, elle fut méprisée, et l’on vit même quelques mandarins du RND de Shalamar lui cracher dessus. Petit à petit, la reine Ida perdit son rayonnement et fut destituée par un clan de l’armée. Ida, humiliée, décida de se venger, et grâce à l’appui de Boulboul, dieu de la météo et des conditions climatiques, fit pleuvoir des hectolitres d’eau de Javel sur Shalamar. Tous les habitants furent défigurés et Shalamar devint le royaume le plus laid de la terre. Quand à Ida, elle vécut jusqu’à 134 ans avec un djelbab et épousa un vieux castor au nom imprononçable.

 

8R-1424

   Cette histoire est tirée d’un manuscrit actuellement détenu à la bibliothèque de Tichitt, dans l’Adrar mauritanien. C’est le récit médiéval d’un empire du Sahara central, le pays du Naftal, dirigé par Al Khalil, un seigneur distingué aux lointaines origines « d’au delà les colonnes d’Hercule », selon les termes du manuscrit. Al Khalil dirigeait son empire habilement, en arrosant tantôt les palmiers de son palais, tantôt les sujets de son royaume, grâce aux richesses naturelles de son pays. Al Khalil ne manquait de rien et faisait en sorte que ses proches soient à l’abri des difficultés de la vie, dans ces rudes contrées où les lions sont sauvages et les chiens ennemis de l’homme. Ainsi, dans l’empire raffiné du Naftal, les gens de la cour buvaient du mazout léger et se douchaient à l’essence sans plomb, et rien ne semblait pouvoir troubler la quiétude ambiante. Pourtant, un jour, le troubadour Badredine de la grande confédération des tribus de l’UGTA, vint le trouver pour lui expliquer qu’ils ne mangeaient pas à leur faim et que les bons d’essence se faisaient plus rares. Le troubadour ajouta que les chefs de guerre lui avaient confié la mission de venir parlementer avec lui, afin de laisser ouvertes les importations de spaghettis et les lignes crédits non remboursables. Al Khalil, rusé comme un baril de gaz, demanda à Badredine ce qu’il faisait ce soir. Le troubadour fut invité à dîner et resta des mois à la charge d’Al Khalil, passant d’agréables moments dans le pays du Naftal, où ses moindres désirs étaient exaucés, mis à part le week-end en appartement avec Nawal Zoghby qui ne put être organisé pour des raisons d’agenda. Le troubadour en profita pour fomenter une révolte qui eut raison d’Al Khalil. Badredine prit le contrôle du palais et resta encore quelques temps à y fumer du gasoil mais ne put jamais rencontrer Nawal Zoghby.

 

9R-1424

   Retrouvée dans un fond de tiroir d’une vieille armoire en cèdre de la bibliothèque d’Alexandrie, cette histoire se serait déroulée il y a 6 siècles dans la province du Gawaw, petite langue de terre fertile rattachée à l’empire Seldjoukide oriental. Un jour, dans un village de cette région de gens fiers et rudes, une petite fille vint trouver son père Himyar, un forgeron musclé qui passait son temps à travailler et ses week-ends à battre les comploteurs et les femmes infidèles. Himyar fut surpris de l’apparition de sa fille car il n’était que 10 heures du matin (22h en GMT).

- Que se passe-t-il Mahelma ? demanda le forgeron, la main sur une épaisse épée qu’il confectionnait pour un mouhafedh de la région qui préparait une réunion.

- C’est la grève.

Bien qu’ayant fait deux années d’école fondamentale dans des temps très reculés, Himyar le forgeron mit du temps à comprendre ce qu’était une grève. Puis un fois informé, il demanda quels en étaient les responsables. Une fois le conflit analysé, il prit sa plus grosse épée ainsi qu’une hache spécialement étudiée pour le découpage des gorges. Himyar se rendit au Palais et arrivé devant les lourdes portes, il demanda à voir le vizir des medersas. Les gardes lui répondirent que ce n’était pas le jour de réception et que de toutes façons, il ne recevait personne, pas même les Ourouchs, féroces créatures des montagnes qui descendaient régulièrement en ville frapper des officiels. Himyar sortit son épée et hacha les gardes. Il entra dans le Palais et après de longues heures de recherche, trouva enfin le vizir des medersas, caché dans un cartable en faux cuir sous le bureau du premier vizir. Himyar le sortit du cartable et l’emmena chez lui, dans son atelier. Himyar le martela pendant trois jours. Quand le vizir prit enfin sa forme originelle, celle d’une mince plaque molle, la grève cessa.

 

10R-1424

   Cette histoire s’est déroulée à Sakarand, dans l’actuel Balouchistan. C’est l’aventure d’un marchand d’épices aphrodisiaques du nom de Chmata, vieux nomade d’une province du Khorasan iranien, installé par défaut dans cette banlieue de l’empire Achéménide. Chmata vendait ses remèdes à tout le monde mais surtout les délivrait sans ordonnance, et là résidait toute sa grandeur. De plus, Chmata étant d’origine nomade, il se déplaçait dans des contrées reculées pour en ramener les produits les plus récents. Un jour, déguisé en employé de la Sonelgaz, un seigneur d’un clan de l’Ouest vint le trouver afin d’acheter sa nouvelle épice, un concentré d’arbre dur qui ne pousserait que sur le ventre des dragons de la montagne sacrée du Kalan. Le puissant chef tenait à garder le secret de son problème et n’ayant aucune confiance en Chmata, réputé pour raconter les secrets d’alcôve dans les bars de la ville, se décida à l’emmener avec lui. Arrivés au Palais, le Seigneur enferma Chmata à double tour et courut trouver sa nouvelle maîtresse, une jeune secrétaire de ministère qu’il avait connue lors de l’inauguration d’un kiosque multiservices. Hélas, le remède ne fonctionna pas et le Seigneur se trouva une fois de plus rouge de honte de n’avoir pas pu assumer ses nobles fonctions. Il alla trouver Chmata pour l’empaler selon les traditions de l’époque mais l’épicier avait déjà disparu, en utilisant une plante spéciale pour ouvrir la porte. Le Seigneur en colère le fit rechercher partout, offrant une rançon de 2 millions de dollars et ne fut jamais retrouvé, pas même par le moine Ksentini en charge des disparus. En désespoir de cause, le Seigneur alla piller le magasin de Chmata et avala tout son stock. On ne sait pas ce qu’il devint mais un mouvement massif d’exode du corps des secrétaires de ministères fut enregistré dans la province.

 

13R-1424

   L’histoire est tirée du conte des Cents nuits de Talamime, du nom de cette jeune servante de Tin Bettata. Dans cette partie du royaume de Chala, affiliée au XVème siècle par décret au Tinj septentrional, Talamime travaillait pour Djaffar le roi des Kaffars du Taraouane, un Sultan qui maltraitait ses sujets par des impôts injustes et des descentes punitives dans les quartiers populaires. Un jour où le Sultan était chez lui à regarder une série tv sur la 6, Talamime la servante cassa un objet d’art.. Après l’avoir battue pour la punir, Djafar décida de l’enfermer cent nuits dans une tour obscure pour la punir. Pour tenir le coup dans ce cachot sans eau, sans électricité ni gaz de ville, la jeune servante se racontait des histoires, plus tard regroupées sous le nom des Cents nuits de Talamime. A la cent et unième nuit, l’inspiration cessa et Talamime n’avait plus plus aucune histoire à raconter. C’est à ce moment que Djaffar, qui avait laissé une oreille à côté de la cellule, arriva et ouvrit la lourde porte :

- Plus d’histoires ?

La jeune servante que les contes devaient s’arrêter là. Intéressé par ces histoires où il était question de mœurs au pouvoir à la Inès Chahinez, le Sultan Djaffar supplia la servante de lui raconter encore une histoire pour dormir, étant insomniaque depuis la mort de sa maîtresse Taja, une belle slave à forte poitrine. Talamime saisit l’occasion pour négocier son sort :

- Je veux sortir de là d’abord.

Le Sultan accepta. La servante raconta une histoire sans queue ni tête au Sultan et celui-ci ne parvenant pas à trouver le sommeil, se décida à tuer l’insolente. Heureusement, Talamime avait contacté un éditeur qui vint la sauver de la mort sur un beau cheval blanc. Depuis ce jour, le Sultan Djaffar se mit à la recherche de la cent et unième nuit de talamime et jusqu’à aujourd’hui, il parcourt en vain la presse nationale pour la trouver.

 

14R-1424

   Il est une légende particulièrement belle, c’est celle de la vallée du Benchis, au pied du Djebel Nefoussa. Deux clans, les Djoudjs et les Pas Djoudjs se disputaient la même forêt, réserve de bois précieux utilisé pour fabriquer des manches de pioche, des armoires et des chambres à coucher. Quoique du même lointain ancêtre, un bûcheron perse venu du Rub’ El Khali, les deux clans se livraient à une guerre féroce pour l’accaparement de la forêt et tous les coups étaient permis, la convention de Genève ne devant être signée que 7 siècles plus tard. Un jour vint Sabeïba, un tôlier reconverti en prophète des déserts à l’Ouest du Fayoum. Bien qu’étant connu des services de sécurité et fiché par la PAF, Sabeïba n’eut aucun problème à entrer dans le territoire. Quand Sabeïba découvrit le conflit, il offrit ses services de négociateur aux deux parties. Rusé et bon diplomate, Sabeïba réussit la concorde civile, qui fut suivie d’une grâce amnistiante, elle même suivie d’une amnistie amnésique. La paix revint dans le Benchis et l’on put voir les jeunes filles nombril dehors circuler à nouveau dans la vallée. Pour le litige de la forêt, on numérota les arbres pour les attribuer aux deux clans. Le problème restait que dans cette vallée éloignée des routes scolaires, personne parmi les Djoudjs et les Pas Djoudjs ne savait compter au delà du 10. Sitôt les dix premiers arbres abattus, 5 par les Djoudjs et 5 par les Pas Djoudjs, la guerre reprit. Sabeïba décida alors d’accélérer le processus et passer à une guerre lourde. En quelques semaines, la forêt avait disparu et de fait, la raison du conflit entre les Djoudjs et les Pas Djoudjs. C’est à cette époque que l’étrange peuple des Doudjs Pas Djoudjs apparut. Un peuple qui selon les voyageurs, utilisent des pioches sans manches, rangent leurs affaires dans des cartons et dorment par terre.

 

15R-1424

Ce conte du XIIème siècle a été retrouvé gravé sur une pierre, un grès du Hoggar Occidental, dans l’actuel pays de Abderrezak. C’est l’histoire de Dali et Sali, jeunes amis de longue date et néanmoins proches, qui se sont perdus dans le Tanezrouft, ce plateau désertique sans repères, s’étendant sur des milliers de km2. Dali et Sali voulant se rendre à Tombouctou pour y vendre des tapis de prière, ne s’aperçurent pas qu’ils n’étaient pas dans la bonne direction. Au bout de quatre jours, quand ils furent convaincus qu’ils étaient perdus et n’ayant pas de téléphone Thuraya, ils durent admettre que la mort était proche. Leurs réserves d’eau s’étant épuisés, de même que la nourriture et les K7 qu’ils avaient emporté, ils décidèrent de jouer à pile ou face leur sort. Dali ou Sali, devait mourir et offrir son sang à boire et son corps à manger à l’autre pour qu’il vive un peu plus et avoir ainsi une chance d’être retrouvé par la gendarmerie de Tin Hinan. N’ayant pas de pièce pour jouer à pile ou face, ils en fabriquèrent une à l’aide d’une pierre plate. Ce fut Dali qui la jeta et celle-ci tomba sur sa face face. Dali devait mourir. Les deux amis s’embrassèrent et firent une prière à deux sur les tapis qu’ils avaient sorti de leur cabas. Puis Sali sortit son couteau en pierre et égorgea Dali. Quand la gendarmerie de Tin Hinan arriva, elle trouva Sali les mains pleines de sang et Dali mort. Sali fut condamné à 10 ans de prison à Reggane. Mais Sali avait pris goût à la viande et au sang humain, et comme la nourriture était insuffisante dans le camp, il mangea tous les prisonniers islamistes. Sali mourut rapidement d’une indigestion et fut enterré avec son ami Sali. Une stèle fut érigée à la mémoire des deux jeunes aux portes Nord du Tanezrouft, où il fut inscrit en Tifinagh, « à la mémoire des martyrs de la démocratie ».

 

16R-1424

   C’est l’aventure de  Affroun le Marin, un petit corsaire de Douaouda, pendant la régence turque. Affroun possédait un petit bateau armé jusqu’aux dents et empli d’une poignée de mercenaires d’origines diverses mais tous animés d’une foi inébranlable en la juste répartition des richesses. La technique de faux barrage de Affroun était très simple ; dès qu’il apercevait un navire commerçant, il déployait son drapeau des garde-cotes du gouvernorat d’Alger et abordait. Puis il envahissait le navire, tuait tout le monde et récupérait la marchandise. Tout allait donc très bien pour ce petit fonctionnaire de la flibusterie qui se préparait une retraite paisible, jusqu’à ce jour où il voguait au large de Bousmaïl et aperçut au loin un gros navire. Affroun déploya son drapeau et passa à l’abordage. Il tua tout le monde, à l’exception de deux jeunes filles nordiques et s’empara de la cargaison, du sucre. Hélas pour Affroun, le navire de sucre appartenait à un puissant général du lointain pays de Batna, une contrée habitée par des tribus de généraux et de sergents-chef exclusivement mâles, dont le système de reproduction constituait une énigme scientifique à l’époque. Dès qu’il accosta à Douaouda, Affroun fut interpellé par une brigade de douanes accompagné d’une unité du DRS des mers. Sa cargaison fut saisie, son navire brûlé et son équipage mort au PCO de Chateauneuf dans des circonstances troubles. Quand aux deux jeunes filles, il lui fut demandé de les restituer dans l’état où elles étaient, Affroun et son équipage les ayant largement sollicitées sur le chemin du retour. C’est ainsi que Affroun dut partir seul à la nage en Islande pour trouver deux jeunes filles équivalentes. Aux dernières nouvelles, il aurait demandé l’asile politique au Danemark et commencé à rédiger un livre sur la mafia des généraux de mers.

 

17R-1424

   C’est la légende de l’armoire de la sagesse, un gros meuble vernis de mauvais goût. Au delà de son aspect extérieur, apparenté à du Louis XV de médiocre facture, son contenu était extraordinaire. L’armoire possédait en effet, une solution à chaque problème de l’humanité, soigneusement rangée dans ses milliers de tiroirs. Mais bien sûr, ce meuble habitait très loin, sur un île volcanique infestée de couguars, baignant dans une multitude de dangers. Un jour que le Roi Tchipalo, seigneur des Tchips du territoire des Dakanils, vit ses projets de réformes bloqués par les scribes alliés aux chefs de régions, il décida de consulter l’armoire. Il chargea un émissaire, ancien des forces spéciales, d’aller la consulter. L’émissaire partit un vendredi, juste après la prière. Il traversa trois fleuves, deux mers, un banc de requins violeurs et une brigade de douanes volante particulièrement corrompue. Il dut affronter un faux barrage du GSPC, une embuscade du GIA, deux monstres à cinq têtes et un amendement du code maritime. Enfin arrivé à l’île, il grimpa la colline et après quelques attaques déjouées de couguars, il se retrouva devant l’armoire de la sagesse.

- Qu’y a-t-il lieu de faire, madame l’armoire ? lui demanda-t-il après lui avoir expliqué le problème.

- Tu me rappelles un ancien roi démissionnaire, lui dit-elle dans un mauvais accent de l’Est.

Puis l’armoire indiqua la solution à l’émissaire :

- 52ème tiroir à gauche en partant du bas, 44ème colonne.

L’émissaire ouvrit le tiroir et trouva un dossier rouge. Il s’en saisit et partit. Malheureusement, il n’arriva jamais chez lui. Certains affirment qu’il serait mort noyé, d’autres qu’il aurait revendu le dossier et fini à Londres. En tout état de cause, le Roi Tchipalo ne put régler son problème et s’endormit dans son fauteuil jusqu’au jour où on le réveilla pour lui annoncer qu’il était mort.

 

20R-1424

  Il y a bien longtemps dans le pays du Tamurt, contrée montagneuse aux nuages sombres et aux tavernes gaies, vivaient les Ulacs et les Uruchs, deux tribus qui passaient leur temps à détrousser les percepteurs de passage et frapper les soldats du Sultan qui venaient tenter de remettre de l’ordre dans ces territoires hostiles à la bonne gouvernance. Face à cet état de rébellion permanente, l’autorité centrale déploya toute son énergie pour soumettre ces deux tribus, de l’envoi d’unités blindées jusqu’à l’interdiction d’importation d’alcool mais rien n’y fit ; les Ulacs et les Uruchs, intraitables, refusaient toute forme d’assujettissement à une autorité qui n’était pas adoratrice de la JSK, structure politico-religieuse qui assurait alors les rites et croyances païennes des Urucs et des Ulacs. Les conseillers des Seigneurs eurent alors une idée, semer la discorde entre les deux tribus. L’envoyé du Sultan prit son bâton de pèlerin, un portable AMN prépayé ainsi qu’une enveloppe de frais de mission et grimpa dans la montagne. Il rencontra tout d’abord Abriko, chef des Ulacs qu’il trouva occupé à dépecer un employé de la Sonelgaz et lui annonça que Obrika, le chef des Uruchs, avait insulté sa mère. Puis il alla voir Obrika, en pleine séance de torture sur un policier de la circulation et lui avoua que Abriko avait dit du mal de sa sœur. Les deux leaders Ulacs et Uruchs décidèrent de se provoquer en duel. Comme ils n’étaient pas armés, Abriko  et Obrika se battirent à coups de pierres et de blocs. Mais les deux chefs de tribus avaient la tête aussi dure que du fer congelé et la situation en resta là. L’envoyé dut s’avouer vaincu et rentra chez le Sultan pour lui expliquer que les Ulacs et Uruchs avaient la tête toute cabossée mais que rien n’avait changé. Bien sûr, il ne remboursa jamais ses frais de mission.

 

21R-1424

  C’est l’histoire de l’émir Al Thirmididis, souverain du pays de Jarjar, alors florissant empire Toulkémide du XVème siècle qui forçait la jalousie des voisines. Bien qu’immensément riche, l’émir Al Thirmididis avait entendu parler d’un trésor lors de la visite d’un ambassadeur du pays de Doum, venu demander l’asile politique au Jarjar. Il était question de Al Qasr 52233, forteresse ainsi dénommée parce qu’elle aurait comporté 52233 chambres mais surtout disait-on, recelait des centaines de jeunes vierges des îles Salomon ainsi que des bons du trésor américain. La sexualité débridée et la convoitise étant les principales qualités de l’émir, celui-ci décida de s’emparer de Al Qasr 52233. Mais l’ambassadeur lui expliqua poliment que Al Qasr 52233 était imprenable. En plus du fait qu’elle était située sur un terrain radioactif, elle n’avait tout simplement pas de porte. Al Thirmididis partit juste après le ftour et armé de 1000 hommes en combinaisons anti-radiations, il se retrouva rapidement en face de Al Qasr 52233. Devant l’immense muraille, il entama un chant patriotique et demanda à ses soldats de faire un trou. Mais rien n’y fit, la pierre était aussi dure que du métal. C’est là qu’intervint Ibn Decker, un Germanique capturé au Yémen, dont l’invention révolutionnaire de la perceuse avait déjà fait le tour de l’Orient et l’Occident. Al Thirmididis le fit chercher et grâce à son outil magique, parvint au bout de trois jours à faire une ouverture. Quelle ne fut la surprise de Al Thirmididis lorsqu’il découvrit des centaines de squelettes de jeunes vierges ainsi que des bons du trésor en poudre. Tout était inutilisable et l’émir fut grandement déçu. Lorsqu’il repartit, il eut quand même le temps de lire, gravée sur une des parois de la salle centrale, une inscription en démotique : « Réfléchis, s’il n’y a pas d’entrée, il n’y a pas de sortie. »

 

22R-1424

   Ceci est la légende d’une étrange tribu, les Safaqs, peuplade des territoires compris entre l’empire Masténide du Youbi occidental et les terres Avlides du grand Tèche des Royaumes de l’Ouest. Outre leur moustache permanente, les Safaqs avaient cette particularité de ne rien contester, ni les augmentations de taxes ni les rafles qu’organisait le roi Galoufa de la région pour enlever femmes, enfants et hommes adultes afin de servir comme esclaves de cuisine. De tous les peuples, les Safaqs étaient aisément reconnaissables ; ils avaient de longs bras, qu’ils utilisaient pour voter à main levée et approuver par avance toutes décisions du souverain. Ces bras étaient terminés en général par des mains très souples. Tout petits, les parents Safaqs apprenaient à leurs enfants les techniques d’applaudissement, une vieille tradition qu’ils avaient élevée au rang d’art véritable. Ce qui fait qu’à l’adolescence déjà, les jeunes Safaqs avaient des mains très dures, dont le claquement faisait un bruit considérable et on disait à l’époque d’un seul Safaq pouvait couvrir le son d’une guerre civile. Un jour qu’une nouvelle émeute embrasait un village voisin, le roi Galoufa fit appel aux Safaqs. Ceux-ci se postèrent sur une falaise dominant le village révolté et se mirent à applaudir, couvrant le bruit des bombardements au napalm. Mais ce jour-là, les émeutiers étaient en forme et parvinrent à renverser le régime féodal. Quand le roi fut envoyé au TPI, les Safaqs applaudirent le nouveau régime. Quand les nouveaux maîtres du pays décidèrent de leur couper les mains pour stopper cette honteuse tradition, les Safaqs apprirent à applaudir avec les pieds. Malgré les conseils de ses proches, le nouveau souverain refusa de leur couper les pieds, argumentant qu’un peuple, même s’il ne réfléchit pas, doit pouvoir au moins marcher.

 

23R-1424

  C’est la mésaventure de Menjid 4-4, voyageur musulman des temps anciens, qui parcourait inlassablement les contrées de la terre, de l’Extrême Orient à l’Occident et des terres de glace aux confins du Bilad Essoudan. Outre sa quête des espaces infinis, Menjid 4-4 était connu pour son rituel immuable ; à chaque fois qu’il arrivait quelque part, il commandait une chorba frik. Quand il n’y en avait pas, il s’asseyait au centre du village, faisait du feu, et après avoir sorti les ingrédients de son sac, concoctait lui-même sa chorba frik. Puis quand il l’eut mangée, Menjid 4-4 allait chez le coiffeur, s’achetait de nouvelles chaussures et repartait au matin sur le chemin de l’errance. Circulant sur le dos d’un dromadaire 8 cylindres, Menjid 4-4 se déplaçait ainsi de campagnes verdoyantes en déserts arides. Un jour qu’il arriva à Timoukal, dans les plateaux Somalis peu habitués aux visites, les habitants le prirent pour un fou quand il se mit à faire de la chorba. Ils le confièrent au sorcier Ridouh, spécialiste des cas difficiles. Quand il fut interné dans un centre en bois à la périphérie du village, Menjid 4-4 ne protesta pas. Quand le lendemain, le sorcier Ridouh vint le voir pour la visite quotidienne, Menjid 4-4 demanda :

- Pourquoi suis-je dans cette cage en bois de cageot ?

- C’est qu’ici, les gens ont une religion particulière ; ils haïssent le feu et les tomates, lui répondit le sorcier en lui donnant des pilules. Je parle même pas du frik.

Menjid 4-4 resta 35 jours en internement et failli se suicider du manque de chorba frik. Heureusement, le sorcier Ridouh, en proie à un sureffectif chronique, libéra Menjid 4-4. C’est ainsi que depuis ce jour, il guérit de la chorba frik et n’en mangea plus. Il continua ses voyages mais on raconte qu’il se mit à la soupe en poudre. Sur ce point, les historiens restent prudents, surtout en plein mois de ramadan.

 

24R-1424

  C’est l’histoire du Sultan Harkim, souverain sans scrupules d’un petit territoire zénète de l’oued Draâ. Arrivé au pouvoir en trafiquant une attestation communale, Harkim jouissait aussi bien d’une mauvaise réputation que de solides alliances. Faux moudjahid de la glorieuse guerre contre les Romains de Maurétanie Césarienne, Harkim avait réussi à acheter tout le monde grâce à l’argent des exportations de blé vers Rome et Carthage. Tout allait donc très bien pour ce Sultan faussaire, jusqu’au jour où un groupe d’authentiques moudjahidines de Numidie centrale déposa plainte contre lui pour « faux et usage de faux ». Ancien officier de l’armée romaine puis de l’armée numide dans les derniers mois du conflit, le Sultan Harkim prit peur et demanda à ce que ces contestataires soient achetés dans les plus brefs délais. Ayant refusé les avances, le groupe de moudjahidines interpella la presse nationale et les militants sincères. Le Sultan eut une idée ; déclencher une guerre et la gagner, pour montrer que lui aussi, savait défendre son pays. Pour cela, on alla chercher une tribu de l’Est, les Banou Maghlouq, peuplade analphabète hostile et fermée, si rigoristes qu’ils enchaînaient leurs femmes aux radiateurs quand ils devaient sortir. On leur fit croire que le pays était en danger et qu’eux, les Banou Maghlouq, pouvaient accéder au pouvoir en débarrassant l’empire de ces modernistes qui ne pensaient qu’à boire et organiser des élections. C’est ainsi que la guerre de cent un ans commença et que le Sultan prit la tête du combat contre l’intolérance. La guerre fit oublier tout le reste et Harkim resta au pouvoir. Quand au groupe de moudjhahidines, il mourut au combat et eut droit à tous les honneurs. Pour amuser la foule, de temps en temps, le Sultan Harkim faisait voter des lois sur les radiateurs.

 

27R-1424

C’est l’histoire de l’émir Kebdi, roi sorti de l’école en 4ème AF, assis sur le trône maghlawide de la dynastie Zazide, qui s’ennuyait dans son Palais. Ses opposants étant aussi peu unis que les poils de barbe d’un islamiste de niveau 1 et infiltrés par la SM, il n’avait rien à faire pour tenir son royaume. Un jour que pour tromper l’ennui, il pensait à un décret exécutif interdisant les importations de confiture, il décida de descendre en ville flâner, entre les étalages de qelbelouz et les vendeurs à la sauvette de tabac. C’est là qu’il repéra une jeune esclave capturée par Azzoug, négociant en viandes et femmes. L’émir demanda son prix. Azzoug, homme rusé qui avait déjà essayé de vendre de la viande à 20 dinars au Maghreb central, donna un prix que l’émir trouva indécent :

- Il ne s’agit que d’une femme, dit-il. De plus, je suis sûr qu’elle ne sait même pas faire la dolma aux artichauts.

Discrètement, Azzoug l’esclavagiste sortit un avant-projet de loi sur le nouveau code de la famille.

- Oui prince mais j’ai là un texte qui dit que la femme va changer de statut et que donc son prix va tripler sur le marché.

Bien que l’avant projet ne mentionnât point le cas des esclaves, l’émir Kebdi trouva l’argument commercial valable. Il acheta la jeune esclave. Arrivé au Palais, il convoqua Hadja Khalida, l’une des ses conseillères conjugales :

- Que penses tu de la femme, Khalida ?

- C’est un être faible dont le cœur est à gauche et la place à la cuisine.

Après avoir testé la jeune slave, l’émir ne fut pas convaincu de la nécessité de la garder. Il vendit Khalida et la belle slave en pack de deux et réalisa une bonne opération financière. On ne sait qui les racheta mais le statut de la femme ne changea pas dans le royaume car il s’avéra plus tard que l’avant projet de loi n’était qu’un faux confectionné par Azzoug pour faire pression sur les islamistes. 

 

28R-1424

Cette légende est la dernière qui nous soit parvenue. Recueillie par un descendant d’Ibn Battouta, elle raconte la grande réunion où tous les rois et les émirs, princes et princesses de toutes les contrées musulmanes furent conviés. Les Ulacs et les Uruchs du pays de Tamurt, les Djoudjs et les Pas Djoudjs, ennemis jurés enfin réconciliés, un représentant de la tribu disparue des Beni Itchoune. L’émir Kebdi des Zazides, la belle Ida de Shalamar, l’émir Al Thirmididis du pays de Jarjar, Djaffar, roi des Kaffars du Taraouane et la servante Talamime, Himyar le forgeron du Gawaw et son adorable fille Mahelma, ainsi que Chmata l’épicier de Sakarand. Awqass et Taklamat, adversaires du Bachtouri et l’émir Djalalalani des montagnes du Chtouf. On invita quelques Safaqs du Youbi pour mettre de l’ambiance et Badredine, le troubadour du pays du Naftal, toujours prêt quand il y a à manger. Même Affroun le marin, réfugié politique en Scandinavie, parvint à venir grâce à une autorisation signée du général Smaïl et Menjid 4-4 le voyageur consentit au déplacement, accompagné du sorcier Ridouh de Timoukal. Seuls les Banou Maghlouq ne furent pas invités. Au départ, chacun crut qu’il s’agissait là de se réunir pour condamner une fois de plus le terrorisme. Mais en fait, il était question d’en finir avec les légendes et les histoires. Ce fut Mahelma, la fille du forgeron Himyar, qui prit la parole et après une minute de silence, expliqua qu’il était temps pour tous de passer du mythe à la réalité et de l’anecdotique à l’historique. La réunion dura cinq heures mais aucun accord ne fut conclu, à part la vague promesse de ne plus glorifier le passé pour enfin fabriquer du présent et de l’avenir pour les peuples musulmans. Les Safaqs applaudirent puis on mangea et le troubadour Badredine eut une indigestion. Vers 2 heures du matin, chacun rentra dormir dans ses pages de livres.

C.A.

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