DES MONUMENTS DITS CELTIQUES OU DRUIDIQUES.
[ L'Athaeneum Français, No 11, Samedi 11 septembre 1852, pp. 169-171. ]
Les pierres énormes dressées de main d'homme, isolées ou groupées
diversement, qu'on appelle d'ordinaire monuments celtiques ou
druidiques, ont exercé depuis longtemps la sagacité et surtout
l'imagination des antiquaires. Bien des systèmes ont été proposés
pour expliquer leur origine et leur destination, et cependant ces
deux points demeurent encore aussi obscurs que jamais. On a fondé
des théories plus ou moins ingénieuses sur quelques faits particuliers;
d'autres faits sont venus les détruire, et il n'y a pas, je crois, de
recherches dont les résultats soient plus constamment négatifs.
Maintenant, la plupart des archéologues ont abandonné, de désespoir,
l'étude de ces monuments, sauf un petit nombre de celtomanes qui
continuent à rassembler tous les textes où il est question de
pierres, et qui expliquent les religions de la Gaule par celles
de la Phénicie ou de l'Asie centrale. C'est un amusement que je
ne prétends pas troubler. Je me propose seulement d'exposer ici le
petit nombre de faits constatés et d'appeler l'attention des
observateurs sur des recherches qui auraient peut-être quelque
importance.
On a donné aux monuments druidiques divers noms. En France,
on les appelle communément pierres levées, pierres fiches
lorsqu'elles sont plantées debout dans le sol, isolées ou par
groupes. Aujourd'hui les mots bretons menhirs et peulven ont
prévalu auprès des antiquaires; le premier désigne les pierres
les plus hautes, le second celles de moindre dimension. Lorsque
des peulvens et des menhirs sont disposés en cercle, on appelle
le groupe Cromlech (1) [(1) Les antiquaires anglais appellent
cromlec'h les monuments que nous nommons dolmens.]. Lorsqu'ils
se présentent en lignes parallèles, on les nomme allées ou
bien alignements.
C'est encore à la langue bretonne qu'on a emprunté le nom de
Dolmen pour les constructions bizarres formées de grosses pierres
plates, dont la réunion ressemble à une espèce de cabane. Des
pierres enfoncées dans le sol, inclinées à l'intérieur, servent
de parois; une ou plusieurs autres pierres posées horizontalement,
font la toiture. Lorsque ces rudes constructions sont basses et
allongées, elles sont désignées souvent par les paysans de
l'Armorique par les mots Kist ven, coffre de pierre.
Je ne place pas dans les catégories des monuments celtiques les
pierres branlantes, qui, selon une tradition populaire, servaient
d'oracles à nos aïeux. Je ne connais pas une seule de ces pierres
qui ne soit le résultat d'un accident naturel. Un bloc de pierres est
composé de deux couches différemment altérables : la couche
inférieure se détruit en partie, tandis que la couche supérieure
se conserve intacte. La pression de la seconde sur la première y
produit une légère cavité. Le bloc de la couche supérieure se trouve
alors poser sur une espèce de mortaise, où il s'agite au moindre
effort. On voit dans le département de l'Hérault une de ces pierres
que les amants consultent. Si la pierre remue à la première
impulsion, on en tire un augure favorable. Il se peut que cette
superstition soit fort ancienne, mais je n'ai pas à m'en occuper.
Je ne parle ici que des monuments en pierres brutes élevées de
main d'homme.
S'il fallait indiquer ici les caractères généraux des monuments
druidiques, on serait tenté de dire que tous dénotent l'emploi
d'une force assez considérable, et l'absence presque complète
d'un travail d'art. Toutefois, cette proposition n'est pas d'une
exactitude absolue. Il est vrai que la plupart des pierres
druidiques sont brutes et dressées sans avoir été taillées par
aucun instrument; mais on peut citer des exceptions à ce principe,
dont quelques antiquaires ont fait une règle générale. Le dolmen
de Trie présente un trou rond dans la pierre d'une de ses parois,
et ce trou semble avoir été taillé de main d'homme. On voit un
trou carré, dans une situation tout à fait analogue au dolmen de
Taravo, en Corse, les pierres de Stone Henge ont des tenons et
des mortaises pour fixer leurs rudes architraves sur leurs pieds-
droits. Plusieurs dolmens de la presqu'île de Locmariaker sont
ornés de dessins grossiers gravés en creux; enfin toutes les
pierres du dolmen souterrain de l'île de Gâvr'innis, dans le
Morbihan sont revêtues à l'intérieur de gravures bizarres que l'on
a comparées avec raison au tatouage des Zélandais. Sauf des
serpents fort mal dessinés, il est impossible de découvrir
dans ces traits informes la représentation de quelque objet
réel. Je ne dois pas oublier quelques triangles allongés qui
rappellent grossièrement les caractères cunéiformes. On les
trouve figurés dans plusieurs positions distinctes, verticalement,
horizontalement, obliquement, la pointe en haut ou vice versâ,
isolés ou par groupes. Je me hâte de dire que les combinaisons de
ces figures sont si peu nombreuses qu'il ne paraît pas possible
de les prendre pour des lettres; mais il est vraisemblable que
ce sont des espèces d'hiéroglyphes qui avaient un sens à
l'époque où ils furent tracés.
Une autre observation générale ( sauf toujours d'assez
nombreuses exceptions ) s'applique à l'orientation des monuments
druidiques, dont l'axe se dirige le plus souvent de l'ouest à
l'est. C'est le cas pour les allées de Carnac et d'Erdeven.
La plupart des dolmens sont fermés à l'ouest et ouverts à
l'est; mais on en peut citer un très-grand nombre orientés
différemment.
Presque toujours les pierres composant les monuments druidiques
ont été prises à peu de distance du lieu où ils ont été élevés. On
voit à Carnac et à Erdeven les carrières, ou plutôt les vides
laissés dans les bancs de granite par l'enlèvement des menhirs
qui composent les allées. Mais quelquefois aussi des blocs
énormes ont été apportés de fort loin. Les plus grosses pierres
du fameux Cromlec'h de Stone-Henge ont été transportées d'une
distance de vingt milles au moins. On m'assure qu'il existe dans
l'île de Noirmoutiers un menhir évidemment apporté du continent.
Des rouleaux, des leviers de bois, et surtout l'emploi d'un
grand nombre de bras, expliquent jusqu'à un certain point le
transport et l'érection des plus grands menhirs. On suppose que
pour élever la pierre horizontale d'un dolmen, on commençait par
remplir de sable ou de terre tassée l'espace compris entre les
parois; qu'on disposait ensuite un plan incliné en sable
commençant au sol et finissant au sommet de ces parois; enfin,
qu'à force de rouleaux et de leviers, on poussait la pierre
jusqu'à ce qu'elle arrivât à la place qu'elle devait occuper. Il
ne restait plus qu'à enlever le sable pour que la construction
fût parfaite. Il est moins facile de rendre compte de l'érection
de certains menhirs, tel que celui de Locmariaker par exemple,
qui a soixante-dix pieds de long et pèse plus de deux cent cinquante
mille kilogrammes. Cependant on conçoit qu'avec un plan incliné
en sable disposé circulairement on fasse tourner la pierre sur
sa base, et que petit à petit on la dresse verticalement. Quel
que soit le moyen dont les architectes de ces sauvages monuments
se sont servis, ils ont dû y consacrer beaucoup de temps et
d'efforts, d'où l'on est en droit de conclure qu'ils ont travaillé
pour un but important, tel que celui d'honorer les dieux ou la
mémoire de morts illustres. Une destination civile et d'utilité
matérielle est inadmissible.
Des débris humains ont été trouvés au pied de quelques menhirs
ou à l'intérieur de quelques dolmens; ce dernier fait ne m'a jamais
paru bien constaté, du moins à l'égard des dolmens élevés à la
surface du sol, car il y a des dolmens souterrains construits sous
un tumulus, celui de Gavr'innis par exemple, qui ont toute
l'apparence de caves sépulcrales. Je dois ajouter cependant
qu'aucun débris humain n'a été découvert à Gavr'innis, et que la
plupart des ossuaires celtiques que j'ai examinés se distinguent
de ces dolmens souterrains par plusieurs particularités : 1o Ils
ne sont pas surmontés d'un tumulus; 2o les pierres qui les composent
sont de moindre dimension que celles des dolmens, surtout celles
qui forment les parois du caveau sépulcral; enfin 3o le caveau ou
l'ossuaire est souvent fermé des quatre côtés, tandis que les
dolmens souterrains ont un côté ouvert. Au reste, l'absence actuelle
de débris humains sous un dolmen, ne serait pas une preuve péremptoire
qu'il n'a jamais servi de sépulcre; dans l'espoir de trouver des
trésors on a sans doute violé ces monuments à des époques très-
anciennes. D'un autre côté beaucoup de dolmens et de menhirs posent
sur le roc solide, et on peut croire que ceux-là du moins n'ont pas
servi de tombeaux.
Si l'on demande aux celtomanes quelle a été la destination des
dolmens, ils répondront sans hésiter que ce sont des autels où les
Gaulois sacrifiaient des hommes. Ils décrivent la position de la
victime et la manière dont les Druides procédaient, avec autant de
détails, que s'ils avaient assisté à ces horribles cérémonies. Tous
vous montreront les rigoles creusées dans la pierre horizontale
pour l'écoulement du sang de la victime. Pour moi j'ai eu le malheur
de n'avoir pu voir ces rigoles que sur un seul domaine[sic], à Gauria en
Corse. Je suis loin de défendre le culte de nos ancêtres, mais qui
peut affirmer que ces rigoles n'ont pas été creusées pour préserver
la pierre de la pluie!
Ni Strabon, qui cite Posidonius, le premier Grec qui ait publié
un voyage en Gaule; ni César, qui a demeuré dans ce pays pendant près
de huit ans; ni enfin aucun écrivain de l'antiquité grecque ou romaine,
ne dit un mot des dolmens ou des pierres druidiques. La description
qu'ils donnent des sacrifices humains n'a rien de commun avec celle
des antiquaires bretons, et l'on se demande d'où vient cette opinion
si accréditée au sujet des dolmens! Elle aurait pour moi une très-
grande importance si c'était une tradition populaire transmise d'âge
en âge; mais tout porte à croire que c'est au contraire l'hypothèse
d'un lettré répandue et adoptée par le vulgaire. Les noms imposés par
le peuple à ces monuments marquent quelles étaient ses croyances à
leur égard. Il les appelle grotte aux Fées, roche aux Fées, forge
du diable (2) [ (2) Stazzona del diavolo, c'est le nom des dolmens
en Corse. ], trou du Sorcier, pierre de Gargantua, etc. En
Angleterre, l'enchanteur Merlin passe pour l'architecte de mainte
de ces bizarres constructions. Il faut noter qu'aujourd'hui encore
un certain respect superstitieux les entoure. Il n'est pas rare d'y
trouver des liards, des bouts de cierge, des fruits ou du pain
mystérieusement déposés. Un dolmen du département de l'Orne, celui
de Saint-Pierre-le-Buffard, porte le nom significatif de la Pierre
des Bignes (des gâteaux); probablement c'est un souvenir des
offrandes que l'on portait autrefois au génie de ce lieu.
Le premier texte historique où l'on ait vu une allusion aux
pierres druidiques est un canon du concile d'Arles (milieu du Ve
siècle), qui condamne comme sacrilège la pratique d'allumer des
flambeaux devant des pierres. S'agit-il ici de menhirs? On n'en
connaît point que je sache dans les environs d'Arles (3) [ (3) Il
existe cependant à Cordes une espèce de dolmen souterrain en forme
d'épée ou de croix. ]; ce mot vague peut désigner également des
autels païens, ou même des idoles.
D'autres canons des VIe et VIIe siècles, et les capitulaires de
Charlemagne prescrivant la destruction ou l'enfouissement de
certaines pierres, objet d'un culte impie, nous laissent dans la
même incertitude, en sorte qu'il est permis de se demander si
l'érection des menhirs et des dolmens doit être attribuée à une
religion antérieure à celle que Posidonius et César trouvèrent dans
les Gaules, ou bien à une religion importée par les Barbares après
la chute de l'empire romain.
La seconde hypothèse est extrêmement improbable, car le moyen
d'expliquer que les conquérants barbares des Gaules aient élevé
des monuments si nombreux sans exciter l'attention? Comment croire
que des hordes à demi nomades aient pris tant de peine pour remuer
des masses prodigieuses, et laisser de si muets souvenirs de leurs
rapides incursions?
La première supposition n'a rien d'invraisemblable. Il reste
seulement ce fait étrange que César et Strabon n'aient point parlé
des pierres levées, dont le nombre devait être immense de leur temps,
si l'on en juge par celles qui existent encore et celles qui ont été
détruites de nos jours. Les ponts et chaussées leur ont fait subir
une persécution bien plus rigoureuse que les conciles que je citais
tout à l'heure. Depuis mon voyage dans le Morbihan, on a cassé les
plus beaux menhirs d'Erdeven pour ne pas faire dévier une route de
quelques mètres. Bodin a vu disparaître près de quarante dolmens dans
les environs de Saumur. Il y a dix-huit siècles qu'on fait en France
des enclos, des routes et des maisons avec les monuments celtiques;
cependant dans nos provinces du nord-ouest, de l'ouest et du centre
en conservent encore un nombre très-considérable. Que devait être
Carnac ou Erdeven avant qu'on eût fait passer des routes et bâti des
métairies au milieu de leurs allées? Il y a peu d'années encore
chacun de ces monuments se composait de sept à huit mille pierres
debout. Comment César, qui a fait la guerre chez les Vénètes, n'a-
t-il pas entendu parler de ce prodigieux travail?
C'est, à dire vrai, le plus inexplicable de tous les monuments
de cette espèce, et ces alignements qui s'étendent pendant plusieurs
lieues sur onze rangées, ont épuisé l'imagination de nos archéologues.
- Ce sont des tombeaux élevés par deux armées après une bataille,
dit un armoricain. L'affaire fut très-chaude et vivement disputée.
Malheureusement les menhirs reposent sur le granite, terrain peu
propre aux enterrements. - César, dit un autre, surpris par les
vents violents qui règnent sur cette côte, imagina de caler, au
moyen de ces pierres, les tentes de ces soldats. C'est ici qu'il
faut admirer la grandeur des Romains, qui calaient une tente avec
des poids de 50,000 kilogrammes. - Un antiquaire anglais, à qui
l'on doit un assez bon plan des allées de Carnac et d'Erdeven, nous
apprend que ces interminables allées sont un Dracontium, c'est-à-
dire un temple au serpent, bâti en forme de serpent. Et si l'on
objectait que ces allées sont en ligne droite, et que les serpents
sont représentés d'ordinaire par des lignes ondulées, il répondrait
qu'il y a beaucoup de place vide entre Carnac et Erdeven, et que
dans cet espace vide étaient les sinuosités du serpent. Que si
elles ont disparu, c'est que les gens du pays ont eu la malice de
détruire précisément cette partie du temple, en sorte qu'il n'en
reste plus trace. Alors il vous parlera du serpent Uraeus des
Égyptiens, et du serpent d'airain de la Bible, ce qui prouve que
nous n'avons plus la tête ni la queue du Dracontium. - Personne,
reprend un quatrième archéologue, n'a ouï parler de Dracontium.
Les allées de Carnac étaient un Mall, ou le lieu d'assemblée de
la nation gauloise. Carnac était un lieu fort central, et très-
propre à servir de chambre des députés. Chaque représentant avait
sa pierre, comme les nôtres ont leur pupitre. - Pour moi, après
tant d'explications, j'aimerais mieux m'en tenir à la tradition
des vieilles de Carnac, qui vous disent que Saint-Guénolé, ou
Merlin, car il y a doute, a changé en pierre une armée de païens
ou de Gallos (Français), c'est tout un en Bretagne. Les grands
menhirs sont les officiers, et les petits peulvans, les soldats.
La seule conjecture sérieuse que suggère l'aspect de ces lieux
remarquables, c'est qu'ils ont dû avoir une sainteté particulière
aux yeux des anciens habitants du pays. En effet la religion seule
peut faire faire des travaux si considérables. Outre les allées,
un très-grand nombre de menhirs isolés, ou par petits groupes
irréguliers, beaucoup de dolmens et de tumulus, des amas de cendres
en certaines places, attestent cette prédilection pour la plage de
Carnac. Il y a peu d'apparence que ces pierres et ces tumulus aient
été élevés tous en même temps. On est plutôt fondé à les attribuer
à plusieurs générations d'un peuple établi à demeure dans le pays.
Il me paraît aussi inutile qu'impossible de deviner la destination
précise de ces monuments d'une religion tout à fait inconnue. Peut-
être cette plage servait-elle de lieu de réunion pour le sénat,
pour les prêtres, pour les dévots, enfin son renom de sainteté
pouvait la faire choisir pour un lieu de sépulture; de là le grand
nombre de tumulus dispersés au milieu et autour des allées. Depuis
les navigateurs phéniciens, dont on retrouve les os dans de
petites niches accolées aux temples de Casal-Krendi, à Malte,
jusqu'à nos pères, qui se faisaient ensevelir dans les églises,
presque tous les peuples ont cherché à rapprocher leurs morts
d'un lieu consacré à la divinité. Ce n'est pas une hypothèse bien
hardie que d'attribuer une semblable opinion à nos ancêtres.
En résumé, la seule induction très-probable qu'on puisse tirer
de la présence de monuments druidiques, c'est que le terrain sur
lequel ils s'élèvent fut sacré. La grande variété de leurs
formes, de leur construction, de leur disposition, exclut à mon
avis une destination précise et toujours la même. Ainsi, pour ne
parler que des dolmens, les uns sont vastes et assez élevés pour
servir d'habitation ou de lieu de conférence à plusieurs personnes;
les autres sont si bas et si étroits qu'on n'y entre qu'en rampant;
ceux-ci sont divisés en plusieurs chambres, ceux-là n'offrent que
l'apparence d'une table. Autel, cellule d'un devin, lieu de réunion
pour des chefs, sépulture d'un guerrier illustre, souvenir d'un
évênement remarquable, les dolmens ont pu avoir toutes ces
destinations, et le même monument a pu servir à différents
usages.
Quelle que soit la variété de disposition des monuments
druidiques, tous se font remarquer par un air de famille, et il
est impossible de ne pas les attribuer à un même peuple, ou pour
mieux dire à des populations ayant une croyance commune. Quelles
ont été les limites de ces populations, voilà je crois un problème
assez intéressant à étudier, mais qui devient tous les jours plus
difficile, grâce à toutes les causes de destruction dont la
civilisation menace les pierres druidiques. Il n'y a pas de
temps à perdre pour se mettre à l'oeuvre.
En France la limite orientale des monuments druidiques, et
pour préciser celle des menhirs et des dolmens, me paraît être la
ligne des Vosges. Je ne sache pas qu'il en existe dans la vallée
du Rhin. Je crois qu'ils sont également inconnus dans les Alpes,
et en Provence je n'ai vu qu'un monument trop exceptionnel pour
qu'on puisse le rattacher sûrement à cette catégorie; c'est la
grotte de Cordes, près de Montmajour. On trouve des pierres
levées dans les Cévennes. M. Jaubert de Passa, antiquaire
distingué et observateur consciencieux, m'a signalé plusieurs
menhirs dans les Pyrénées-Orientales. Des Espagnols m'ont
assuré qu'il existait des dolmens dans le haut Aragon et dans
la Catalogne; mais le fait mériterait d'être confirmé. Enfin
on a décrit comme des dolmens des groupes de pierres brutes en
Portugal. Dans les basses Pyrénées, personne n'a pu m'en
indiquer un seul.
Une autre question recevra, je pense, promptement une solution
satisfaisante. Quels rapports, quelles différences y-a-t-il entre
nos monuments celtiques et les groupes de pierres dressées de
main d'homme qu'on rencontre fréquemment en Scandinavie? L'hiver
dernier j'eus l'honneur de voir à Paris M. Worsaàe, inspecteur
des monuments historiques de Danemark; il allait visiter notre
Bretagne, et me promit de s'attacher surtout à cette comparaison
des monuments des deux pays, que personne plus que lui n'est en
état de faire. J'attends avec impatience le mémoire qu'il m'a
promis de publier sur son voyage.