L'authentique Mistron du Divan Lepelletier

Mistron est un freeware réalisé par almasty@bigfoot.com ; vous pouvez le redistribuer librement, à la seule condition qu'il soit accompagné de cette notice.

Vous utilisez ce logiciel à vos risques et périls : je ne garantis pas son fonctionnement sur votre plateforme et ne peux être tenu pour responsable des pertes de temps qu'il occasionnerait.

Ceci étant dit, Mistron a été testé avec succès sous DOS et sous Win 3.1, Win32s, Win95 et Win98. Sous ces 3 dernières plateformes, il fonctionne aussi bien en fenêtré qu'en plein écran DOS, avec le clavier (la souris est inutile).

Les règles du jeu (qu'il est indispensable de lire avant de débuter: il vous faudra 3 minutes pour apprendre les règles et sans doute un peu plus de temps pour gagner) étant accessibles à partir de la barre de menu principal, je me contenterai ici de vous livrer quelques informations complémentaires.

Ma découverte du Mistron vient de la lecture d'une notice consacrée à ce jeu de cartes par Jean Quinola (pseudonyme probable : on peut déduire de la lecture de l'ouvrage que l'auteur, déjà installé à Paris dans les années 1840, est sans doute originaire du Centre-ouest de la France), dans une « Nouvelle Académie des Jeux », et débutant ainsi :

« Le misti ou le mistron, comme on l'appelait au Divan Le Peletier, est une variété de trente-et-un qui reçoit son nom du valet de trèfle, mistigris, lequel sert à constituer une sorte de brelan particulier.

« Ce jeu a joui d'une grande vogue, de 1840 à 1860, dans le monde littéraire et artistique qui hantait le Divan Le Peletier.

« Aux parties de mistron qui s'y jouaient régulièrement chaque soir, de 10 heures à 1 heure du matin, on a vu figurer successivement Armand Barthet, l'auteur du Moineau de Lesbie, surnommé le pontife du mistron, Aurélien Scholl, Ch. Baudelaire, Asselineau, Guichardet, Clésinger, Millet, le miniaturiste Alfred Vernet, Henry Murger, Gérard de Nerval, Alfred Busquet, Julien Lemer, le poëte Auguste de Belloy, Arnould Frémy, etc. la plupart en un mot des habitués de ce café célèbre. »

Je ne connais aucun autre ouvrage mentionnant le Mistron. Le jeu a plus de parenté avec le Brelan qu'avec le 31, quoique l'enjeu soit fixé au départ (chacun place une mise identique dans une poule) et pas illimité comme au Brelan proprement dit et dans quelques-uns de ses descendants les plus connus : la Bouillotte créée par... les Directeurs du Directoire ; le Poker (ersatz mâtiné de Bouillotte et de quelques autres)... Il a de proches parents, toujours vivants, aux Pays-Bas (sous le nom inadéquat de « 31 ») et dans les pays germaniques (« Schnautz » d'Allemagne du Sud et d'Autriche, appelé « Schwimmen » ou « Knack » en Allemagne du Nord), mais l'utilisation d'un jeu de piquet (de 32 cartes) et le rôle du valet de trèfle dans le Mistron (comme d'ailleurs dans le Brelan), prouvent son origine française.

Pourquoi a-t-on donné ce rôle particulier de « joker » au valet de trèfle ? Parce que sous l'Ancien Régime, ce pauvre Lancelot n'avait pas de nom ou plutôt portait le nom du maître-cartier ! C'est l'auteur anonyme d'une curieuse « Dissertation sur l'Origine du Jeu de Piquet, trouvée dans l'Histoire de France, » publiée en mai 1720 dans le Journal de Trévoux, qui exhume ce nom de Lancelot d'un auteur ancien ( « [...] le quatrieme [valet] est inconnu, parce qu'il y a long-temps que les faiseurs de jeux de Cartes l'ont aboli, en mettant leur nom à la place de celui de ce Valet. Je crois pourtant l'avoir retrouvé dans un Auteur [Note : Daneus, Lib. de Alca. ] qui vivoit il y a plus de six vingt ans, [...] » ) pour le besoin de son propos.

Je reviens au mien (de propos). Tant la mention des joueurs que du Divan Lepelletier, qui a tenu dans le monde intellectuel parisien, malgré sa courte vie (ouvert en 1837, il ferme après un dîner de fiançailles, le 14 octobre 1859) le rôle que le Procope avait eu au XVIIIe s., m'a donné l'envie de modéliser le Mistron. Je tiens à préciser qu'aucun des aspects financiers du jeu n'a été installé dans cette version informatique qui a bénéficiée des remarques de plusieurs béta-testeurs et béta-testeuses ayant eu l'amabilité de consacrer du temps à la mise au point de ce jeu.



Dans sa version finale le jeu, en mode texte, vous propose quelques choix pour personnaliser ses couleurs et simule 1 à 8 partenaires avec 3 niveaux :

- « Artiste », (par défaut) où les joueurs simulés par l'ordinateur tentent de préférence des combinaisons de type "brelan" plutôt que des points, en théorie assez facile à vaincre (à ce niveau vous devriez battre Armand Barthet, pourtant doté d'un arbre de décision un peu plus étendu que les autres joueurs, dans 70 à 80 % des cas). C'est un jeu élégant, parfois brillant (sortez vos lunettes de soleil), mais rarement très efficace ;

- « Épicier » : l'efficacité avant tout. Ici vos illustres partenaires savent réellement compter et il faudra avoir un peu de chance et mobiliser vos neurones pour rester dans la partie !

- « Débutant » : le niveau « Artiste » avec une marque de plus que les autres joueurs. Le joueur virtuel le plus fort ne joue jamais à ce niveau qui a été créé à la suite de remarques de béta-testeurs (de "GRRRR..." à "Je n'ai toujours pas gagné au niveau 1 après 48 heures")...

Dans chaque partie, quelques joueurs peuvent, (aléatoirement, mais ce sont toujours les mêmes qui peuvent être les plus forts) jouer avec un niveau de réflexion un peu différent de la moyenne : le but est de rendre moins « mécanique » la simulation, et je pense qu'il a été atteint. Cela vous complique aussi l'existence : difficile de tirer des déductions de la carte que vient de prendre (par exemple) Baudelaire. Il peut très bien avoir fait... presque n'importe quoi ! Par contre s'il « s'y tient », soyez assuré qu'il ne bluffe pas...

Le jeu a été écrit en Forth pour TCOM, un compilateur-cible du domaine public (créé par Tom Zimmer) générant un fichier ".COM". Le fichier "COM", limité à 64 Ko, n'a pas permis d'installer quelques éléments prévus au départ (il faudra attendre que je transfère le programme en "EXE" avec un autre compilateur, ce qui se fera peut-être) :

- un contrôle des anachronismes (on peut douter que Pétrus Borel ait pu s'asseoir à la même table qu'Aurélien Scholl. Tous les joueurs présents ont bien été des habitués du Divan Lepelletier, mais pas forcément à la même époque...) ;

- une notice biographique pour (ou un texte de) chacun des partenaires simulés. Voici toutefois la notice du « pontife », extraite de « la Lorgnette littéraire » de Charles Monselet (pp. 46-47) :

« BARTHET (Armand). -- M. Barthet est ce jeune homme qui eut la bonne fortune de voir jouer sa première comédie par Mlle Rachel ; depuis lors, il a donné à la librairie un volume de Nouvelles, favorablement accueilli de la critique et du public, ainsi qu'un volume de vers : La Fleur du Panier. Le chemin a été pour lui aisé et riant ; les fleurs qu'il y ramasse ne sont ni des pivoines ni des tournesols : ce sont tout au plus des fleurettes, mais le panier qui les enferme est charmant ; il est découpé, à jour, orné de faveurs et tout frais de rosée. Aline, avant sa royauté de Golconde, l'avait sans doute oublié au bord de la route. (Suis-je assez précieux ?) M. Armand Barthet est de l'aimable famille des poètes heureux ; il ne pleure jamais, c'est à peine s'il soupire.

« Quant à l'homme, c'est autre chose. Franc-Comtois, nature en dehors, Barthet apparaît chaque soir dans le divan Lepelletier, où il fait un vacarme de tous les diables et où il se produit dans des toilettes impossibles : casquette de turf, fraise à la Henri III, pantalon à pont, manchettes brodées. De plus, Barthet a ce qu'on appelle la main malheureuse, c'est-à-dire qu'il casse tout ce qu'il touche ; il était autrefois l'effroi des soirées de Victor Hugo, chez lequel il n'allait que pour renverser, en saluant ou en se retournant, les curiosités romantiques et fragiles dont le salon de la place Royale était encombré. »

En espérant qu'il ne réussisse pas à boguer le programme ! (Si vous croyez avoir détecté un problème, envoyez-moi un mail détaillé à almasty@bigfoot.com) Si le jeu est encore vivant quelque part en France (qui sait ?), faites-le moi aussi savoir !

Téléchargez MISTRON.ZIP (31341 octets, 29 octobre 2000).

J'espère que vous passerez de bons moments à la table de Mistron du Divan !

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