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Entretien avec Dominique Venner

Histoire de la collaboration (Editions Pygmalion, Paris, France, 780 pages, 169frs)

Dominique Venner est écrivain et historien. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, il est connu pour avoir publié ces dernières années une Histoire critique de la Résistance (Pygmalion) qui a fait du bruit, Histoire d'un fascisme allemand 1818-1934, mais encore Les Blancs et les Rouges, histoire de la guerre civile russe, 1917-1920, etc. Il a été le fondateur et l'animateur de la revue Enquête sur l'histoire. On lui doit également un ouvrage de réflexions sur son propre itinéraire, Le Cœur rebelle (Les Belles Lettres). Ses ouvrages renouvellent la lecture de l'histoire contemporaine. Ils constituent aussi une grande fresque de l'histoire européenne. Dominique Venner vient de publier une imposante Histoire de la Collaboration, dont Jean Sévillia écrit dans Le Figaro Magazine que " c'est une somme qui restitue toutes les facettes de la collaboration. Trois dictionnaires (acteurs, partis, journaux) font de ce volume un ouvrage de référence ". Nous avons rencontré l'auteur.


Dominque Venner

Altaïr : Comment et pourquoi est née la " Collaboration " ? Quelle a été la part prise dans cette politique par le maréchal Pétain ?

Dominique Venner : La défaite française de juin 1940 est le point de départ de tout. La France ne s'était pas remise de l'effroyable saignée de la Première Guerre mondiale. Aussi, en 1939, beaucoup de Français étaient hostiles à une nouvelle guerre engagée à la remorque de l'Angleterre. On n'en comprenait pas la justification et on craignait qu'elle n'achève le pays. En plein effondrement, alors que tout était perdu, les politiciens firent appel au glorieux maréchal Pétain - 84 ans - et lui remirent tous les pouvoirs. Le vieux chef promit aux français de rester avec eux " pour atténuer leurs malheurs ". Sa politique étrangère reposait sur deux principes de " realpolitik ". Il pensait que la France avait besoin de paix pour se refaire. Il refusa donc toujours de l'engager dans la guerre contre qui que ce soit. D'autre part, pour soulager son pays du poids de la défaite, il estimait nécessaire de rechercher des accommodements avec un vainqueur tout puissant qui occupait le pays. Dans son esprit, la " collaboration " c'était cela et rien de plus. Mais cette idée fut comprise tout autrement par l'opinion, qu'elle y fût favorable ou hostile.

A : Vous consacrez un part de votre ouvrage à restituer ce que furent les relations franco-allemandes. Pourquoi?

DV : Dans les travaux sur cette période, cet aspect est habituellement ignoré. La défaite de 1940 avait placé la France occupée sous la dépendance entière du Reich. C'est un épisode majeur de l'histoire séculaire des rapports franco-allemands. Episode souvent cruel, marqué parfois, de part et d'autre, par un réel désir de réconciliation. Prenez l'exemple d'Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Il obéissait naturellement aux ordres de son gouvernement, mais, par francophilie, il s'efforçait d'en atténuer les effets. A partir de juin 1941, début de la guerre à l'Est, la propagande allemande a créé une sorte de mystique de la " Nouvelle Europe " qui a trouvé un écho chez les partisans français de la Collaboration. Il y eu également des allemands pour y croire. Mais les dirigeants du Reich, à commencer par Hitler, étaient restés des pangermanistes " jacobins ". Ils n'avaient aucune vision européenne, sinon celle de l'Europe soumise.

A : Vous vous attachez à mettre en lumière le rôle et la figure de Jacques Benoist-Méchin. Quelle a été la genèse de son engagement ?

DV : Jacques Benoist-Méchin était un intellectuel attiré par l'action. Il était conscient que l'époque lui offrait l'occasion unique de réaliser ce qu'il portait en lui. Il était l'un des rares français engagés dans la Collaboration à bien connaître l'Allemagne. Il parlait la langue couramment. Il était l'auteur d'une Histoire de l'Armée allemande, qui reste incontournable. Au début de 1941, il fut nommé secrétaire d'Etat aux relations franco-allemandes dans le gouvernement de l'amiral Darlan. Il était convaincu d'une victoire durable de l'Allemagne. Mais, contrairement au maréchal Pétain et à beaucoup d'autres, il la souhaitait, estimant que cette victoire offrirait aux peuples européens une chance d'échapper à la tutelle anglo-saxonne, tout en accomplissant une révolution qu'il croyait nécessaire. Il avait conçu un projet politique aussi ambitieux qu'illusoire. Son idée était de forcer la France à s'engager dans la guerre contre l'Angleterre en Afrique et en Méditerranée. C'était à son avis, la seule façon d'arracher son pays à sa défaite et de contraindre le Reich à l'accepter comme partenaire. Cette politique aurait également permis de remporter sur les Anglo-Saxons une victoire stratégique capable de modifier l'issue du conflit. Au fond, bien que sur un choix symétriquement inverse, sa position rejoignait celle du général de Gaulle. Malgré ses efforts il ne put aboutir. Sa grande idée s'opposait à la fois aux intentions du Maréchal et à celles d'Hitler qui ne voulait surtout pas que la France échappe à sa postion de vaincue.

A : Vous citez de nombreux hommes de gauche ralliés à la Collaboration. Comment expliquez-vous qu'aujourd'hui cette dernière soit imputée à la droite ?

DV : Avant la guerre, la gauche était pacifiste. Elle subissait en partie l'attrait du fascisme, intéressée parce qu'il y avait de "socialiste" dans le national-socialisme. Les trois principaux dirigeants de la collaboration avaient été les espoirs les plus brillants de la gauche, Marcel Déat chez les socialistes, Jacques Doriot chez les communistes et Gaston Bergery chez les radicaux. Les socialistes de différentes obédiences constituaient le "parti" le plus important de la Collaboration. Mais tout cela fut effacé par un tour de magie des communistes, à l'issue de la sanglante guerre civile franco-française de 1943-1944. Ils imposèrent la fiction que tout homme de gauche partisan de la Collaboration était devenu un homme de droite.

A : Vous venez de prononcez le mot de "guerre civile". C'est également celui qu'utilise Ernst Nolte, mais à l'échelle européenne. Vous voyez des convergences entre sa position et la vôtre ?

DV : J'ai la plus grande estime pour Ernst Nolte et ses travaux. Nous nous sommes récemment renconté à Paris pour débattre de son livre (*). Sa thèse centrale est que l'Europe a connu une guerre civile entre 1917 et 1945, le nazisme apparaîsssant comme une réaction et une riposte extrême au bolchevisme, Auschwitz étant la conséquence et l'imitation du Goulag. Cette thèse repose sur de solides arguments. Elle soulève cependant de ma part plusieurs observations. Je pense que l'essence du fascisme et du national-socialisme n'est pas réductible à la réaction du bolchevisme. Ces mouvements furent à mon sens une réponse brutale de la jeune génération du feu (14-18) aux défis de la modernité dans l'Europe des années 1920. Malgré ses défauts, cette réponse suscita de grands espoirs en Europe. Ma deuxième remarque porte sur la réduction de la période 1917-1945 à une guerre civile européenne. le conflit ne fut pas seulement européen. Sans doute 1917 fut l'année de la révolution bolchévique, mais elle fut aussi celle de l'intrusion américaine dans le destin européen. Il ne me semble pas possible d'ignorer cette dimension, dont on mesure les effets aujourd'hui.

(*) Ce débat a été publié dans la revue Eléments n°98 (70, rue Compans, 75019 Paris. Tel : 01 44 84 85 26. le numéro : 35 frs).

 

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