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| Un édit de Louis XIV l'atteste : "La rivière
de Loire étant le plus grand fleuve et le plus important du Royaume fait
la majeure partie du commerce de la France."
Cette affirmation royale montre bien l'importance vitale de la Loire
dans l'économie du pays. Il est aujourd'hui difficile d'imaginer
l'activité engendrée par le fleuve. On y transportait des marchandises de
toutes sortes, et parmi elles, des denrées périssables telles que le vin,
le poisson, le blé, les huîtres qu'il fallait acheminer le plus vite
possible. Il y avait aussi d'autres produits qu'il n'était pas question de
laisser tomber à l'eau, comme le sel, le sucre, ou les pierres des
châteaux de la Loire. Bateaux coulés, noyades, délais non respectés, bagarres entre meuniers et mariniers, voici quelques histoires, relatées par l'historienne Françoise De Person dans son livre "Bateliers sur la Loire".
Les temps de tempête et de crue font craindre des
dangers mortels. Les ponts deviennent des épreuves redoutées. Celui de
Beaugency - où le courant est oblique - et celui des Ponts-de-Cé sont
considérés parmi les plus périlleux. Au pont de Blois eurent lieu
plusieurs naufrages dramatiques comme celui du 16 février 1698 où neuf
personnes trouvèrent la mort.
Histoire de naufrage : la dramatique nuit du 16 février 1698.Sur les 8 à 9 heures du soir par un beau clair de lune, il y eut un batelier assez brutal et mal avisé qui, voulant passer par dessous le pont de cette ville sans vouloir permettre à ceux qui étaient dans sa cabane de descendre, craignant le danger qu'il y avait à cause de la grandeur des eaux, fut, au lieu de passer droit par la grande arche, donner du bout de la dite cabane dans un des piliers dudit pont, en sorte qu'elle se cassa et brisa en pièces, tellement que tout ce qu'il y avait dedans tomba au fond de la rivière et même les personnes qui étaient aussi dedans au nombre de seize, desquelles il n'y eut que sept à huit à qui l'on put sauver la vie, les neuf autres ayant le malheur de se noyer, ne pouvant assez promptement les secourir. Il y avait un jeune garçon, agé de 15 à 16 ans, qui tirait les larmes des yeux des assistants, qui étaient en assez grand nombre, tant pour secourir que pour voir; ce garçon étant malencontreusement aussi tombé dans l'eau avec son père, lui prit une jambe, croyant par ce moyen éviter la mort dont il était proche. Mais son père se voyant dans le même danger et ne pouvant par conséquent nager avec autant de facilité, lui cria d'une voix pleine de soupirs:- Hélas mon fils, si tu veux que nous nous sauvions tous les deux, ou du moins l'un de nous, laisse moi aller je te prie.Ce qu'incontinent l'enfant fit, en s'écriant d'une voix entrecoupée de sanglots: - Adieu mon cher père, adieu pour jamais, puisqu'un sort fatal veut que nous nous séparions d'une manière si étrange et extraordinaire.Ce que tous les spectateurs d'une si terrible tragédie entendirent, non sans avoir le coeur saisi de compassion. Ledit père fut sauvé, proche l'hôtellerie de la Galère, au port du Foix, avec sa valise qu'il avait jeté dans la rivière, devant lui, la suivant à la nage; ce que les bateliers apercevant après l'avoir tiré de l'eau et croyant que ladite valise fut un homme, coururent après pour la retirer aussi; ce que ledit Monsieur voyant s'écria avec beaucoup de peine: - Laissez ma valise se perdre et sauvez la vie à mon fils, ou si elle est retirée, je la donne à quiconque la lui pourra sauver.Ce qu'ayant entendu ne se pouvoir faire, et qu'il n'était plus temps, étant une chose tout à fait impossible, tomba évanoui et regardant la valise de coté, dit d'un ton fort triste : - Plut à Dieu qu'elle fut perdue, et que mon fils eut la vie sauve.Il y avait aussi un jeune ecclésiastique qui fut presque cause de l'accident, contraignant comme par force les bateliers de passer outre les ponts, sans aborder, ainsi que tous les autres le désiraient; il se sauva, avec presque une joue emportée; étant grimpé à une pierre du pilier de la chapelle Saint Fiacre, il y resta l'espace d'un demi quart d'heure, après quoi il fut retiré avec une corde, par dessus le pont. Monsieur le marquis de Rivau, fils de Monsieur le marquis de Beauvau, eut aussi le malheur de se trouver au nombre de ceux qui furent noyés, aussi bien que son valet de chambre. Le marquis se voyant aussi bien que tous ceux de sa compagnie dans un danger évident de perdre la vie, se cacha le visage de son manteau lorsqu'il se vit proche du pont, ce qui fut en partie cause de son malheur; car lors de la grande force du danger, et à l'heure qu'il était temps de songer à sortir du danger, et même son dit valet de chambre l'invitant à travailler pour tâcher de se retirer d'un péril aussi évident, fut englouti et mené fort loin par la force de l'eau, où il ne fut retrouvé que longtemps après, et lorsque la rivière ayant diminué le laissa sur une grève. Ce qui fit que le valet de chambre fut aussi noyé, fut le secours qu'il voulut donner à son maître; ce qui arriva de même à un laquais qu'il avait avec lui. Les bateliers qui conduisaient ladite cabane s'évadèrent, voyant le tort qu'ils avaient eu de s'être mis au hasard de passer les ponts, la rivière étant si grande, et par conséquent très dangereuse, tant pour sa rapidité que pour le peu de clarté que la lune communiquait alors, n'ayant pas même voulu écouter l'avis que les bateliers de cette ville leur donnaient de ne pas passer. Il y avait bien environ sur la rivière vingt toues pleines de bateliers, pour tâcher de secourir ces pauvres malheureux voyageurs, lesquels ne purent en sauver que trois, qui furent montés avec des cordes par dessus les ponts; il y en eut pourtant quelques uns qui eurent assez de force, lorsque par la raideur de l'eau ils furent jetés dans les moulins, de se grimper à des morceaux de bois, d'où avec l'aide des meuniers ils se sauvèrent par dedans les moulins. parmi eux se rencontra aussi un marchand orfèvre qui avait dans la cabane des richesses immenses, lequel se voyant la vie sauve, et sachant que tout ce qu'il avait était perdu et englouti par la fureur des eaux, dit: - Il eut beaucoup mieux valu que je fusse noyé et perdu avec mes richesses que de rester, puisque je suis entièrement ruiné.Deux jours après, il fut fait une descente de juges chez un habitant, sur les ponts de cette ville, pour faire une recherche, parce qu'il était soupçonné d'avoir volé, et aidé à voler quelques marchandises de la cabane perdue le dimanche 16 de ce mois, et même d'avoir ôté une étiquette de dessus une valise et voulu l'emporter chez lui, mais qu'en ayant été empêché, elle fut portée dans une maison bourgeoise avec la marchandise que l'on put pêcher ; néamoins, il ne fut rien trouvé chez ledit habitant. Tiré des fragments d'un journal blésois du XVII ème siècle. Publié par R. Porcher.
La Loire a la particularité d'avoir un régime très irrégulier. Elle peut passer d'un extrême à l'autre, de la grande crue qui soudaine, arrache tout sur son passage, à l'étiage qui assèche ses bras jusqu'à les réduire à de minces filets d'eau, se perdant au milieu des sables. Les grandes crues restent longtemps gravées dans les mémoires. Histoire de crue : le neuf octobre 1707, région d'Orléans.Le curé de Villerbon, dans son registre paroissial, relate que le jour de la Saint Denis 1707 (9 octobre), la Loire qui jusque là était fort basse - deux ou trois pieds aux endroits les plus profonds - crut à une vitesse si prodigieuse qu'en moins de 30 heures, elle emportait les levées : Les dégâts ont été si terribles, que dans l'Orléanais particulièrement, les clos, les murs, les bâtiments ont été renversés, les bestiaux de toutes espèces noyés, tous les grains, foins et autres provisions dont les granges étaient pleines ont été perdus, enlevés, pourris, quantité de personnes ont été surpris la nuit, et par ainsi noyés. Un curé dans cet Orléanais, ayant couru à l'église, n'eut pas le temps de monter dans le clocher. Toutes les levées du long de la rivière de Loire sont ruinées, et présentement, par ordre du Roi toutes les paroisses à deux lieues d'étendues de l'un et l'autre coté sont commandés tour à tour d'y travailler, sans exception, pour le rétablissement des dites levées. Le curé de Saint Jean de Braye ajoute: Le curé de Saint-Jean-Le-Blanc conclut:
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Communication 15 novembre 2000 |