La discrimination est la négation des Droits de l'Homme, du premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme de la vision même de l'individu qui est contenue dans les grands textes et les conventions sur les Droits de l'Homme. Tout simplement la discrimination pourrait se résumer en "1 n'est pas égal à 1", le critère employé étant tout à fait arbitraire ou culturel. Personne n'y échappe. La discrimination est souvent affaire d'une irritation résumée en une généralisation abusive (Ah! ces femmes, ces vieux, ces conducteurs de Lada!). Elle alimente les blagues pas très respectueuses pour s'attaquer aux femmes, aux homosexuels, aux Suisses ou aux Zaïrois. Elle se dissimule derrière des textes de lois en une infâme "exception belge" pour se marchander avec des Wallons pourtant si allergiques au nationalisme parce que ouverts et attentifs à l'égalité, même quand il s'agit du vote des Européens, premier cas vers l'égalité. Enfin, la discrimination s'instaure en confusion mentale protectionniste qui trouve une légitimité dans n'importe quel argument, du moment qu'on ne remet pas en question que l'un ne vaut pas l'autre, donc qu'on peut l'exclure, l'autre, pour que ça aille mieux.
La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Charte Européenne des Droits de l'Homme, la Convention des Droits de l'enfant, etc, ces grands textes sont porteurs de valeurs qui vont à l'encontre de la discrimination, fondent un projet de société basé sur l'égalité et le respect de la personne. Il est plus qu'intéressant de rappeler ces valeurs aux jeunes (et aux autres) quand l'extrême droite ramène ses vieux démons emballés dans un papier flou, qu'elle construit son électorat sur la haine en niant les valeurs démocratiques, sauf pour réclamer le droit d'antenne. Rappeler la paix, le respect, la justice, la dignité, l'égalité et la liberté que ces Droits de l'Homme ont contribué à développer dans nos pays démocratiques, c'est aussi mettre dans la balance la terreur, les discriminations, l'injustice, les menaces et les violences que le non respect des Droits de l'Homme apporte. Les jeunes peuvent comprendre les enjeux. Les habitants des dictatures rêvent de nos systèmes démocratiques et de ces valeurs fondamentales, certains chez nous ne connaissent pas le "bonheur", en tout cas la chance que nous avons et que nous devons préserver. Parce que c'est pour le moment le seul système qui nous permet de lutter contre les injustices et les discriminations, d'éduquer aux Droits de la personne, de progresser dans la dignité.
Il y a 14 caractéristiques reconnues comme motifs de discrimination (1) : "l'âge, la race, la couleur, l'origine ethnique, l'origine nationale, le sexe, la grossesse, le handicap, la langue, l'orientation sexuelle, la religion, les convictions politiques, la condition sociale, l'état civil".
A ces 14 motifs, il faudrait peut être en ajouter un quinzième, apparu depuis une dizaine d'années à cause d'un virus qui soulève des peurs irrationnelles, la discrimination contre les personnes porteuses du virus HIV.
"On parle de discrimination directe lorsque des personnes, à cause d'un des motifs de discrimination sont soumises à un traitement différent de façon ouverte et avouée. On parle de discrimination indirecte lorsqu'un traitement égal produit des effets différent selon qu'on appartientà tel ou tel groupe"(2) (Une loi sur une grandeur minimale pour avoir accès à une profession exclut des femmes ou des personnes originaires de l'Asie). "Il y a discrimination même si l'intention n'est pas là. Ce qui compte, c'est le résultat. La discrimination est en effet le résultat de l'interaction entre plusieurs aspects de la vie en société. (...) On a de plus en plus tendance à lutter contre la discrimination de façon systémique (...) Les programmes d'accès à l'égalité sont un remède systémique à la discrimination directe ou indirecte. Ils permettent d'améliorer par un ensemble de mesures, la situation de groupes victimes de discrimination".
Chez nous, il existe le Centre pour l'Egalité des Chances, émanation des services du premier Ministre qui avait d'abord crée, pour éviter des événements comme ceux de Forest il y a quelques années, le Fonds d'Impulsion à la Politique des Immigrés. On pourrait regretter qu'un tel organisme public ne lutte pas contre toutes les formes de discrimination mais se contente de défendre l'égalité des sexes et l'égalité des immigrés. Un effet pervers de cette marge de manoeuvre étroite (une plus large serait-elle acceptable pour l'aile bien-pensante du CVP?) est qu'il y a des "mauvaises" discrimination, contre lesquelles lutte le Centre, et qu'il y a les "autres" discriminations, dont on ne parle même pas...
La loi oblige les chefs d'entreprise à ne plus faire de distinction entre hommes et femmes pour les demandes d'emploi et les embauches. Pourtant, cette loi leur permet d'empêcher, à cause de l'âge, bon nombre de personne d'à accéder à un emploi pour lequel elles sont pourtant qualifiées. Dans un pays qui compte autant de chômeurs âgés de longue durée, voilà une discrimination qui dure, mais qui ne fait pas recette dans les préoccupations du grand public ni des syndicats.
J'utilise les techniques de drama pour mettre les jeunes en situation de vivre des discriminations, pour leur faire ressentir l'injustice et la révolte que cela peut provoquer, pour les interpeller sur la dignité humaine. Aujourd'hui, je forme une équipe d'élèves de 5e secondaire de l'Athénée Royal Madeleine Jacquemotte à donner des ateliers de drama d'une durée de 1h15 et ayant pour thème soit les camps d'Auschwitz, soit les 15 motifs de discrimination. Le premier effet fut d'ouvrir de belles discussions dans le groupe et de renforcer le respect dans ces classes très multiculturelles. Le deuxième, de sensibiliser aux peurs et discriminations des classes de 1e secondaires.
En confiant à ces élèves de 5e de tels ateliers, cela les ouvre au dialogue et à la connaissance des autres par la pratique du tutorat. Ils se sont constitués en équipes et sont prêts à aller animer leur atelier drama sur les discriminations avec d'autres 5e. La réflexion par et avec les pairs est une voie pédagogique très riche.
Les valeurs d'égalité et de respect sans restriction de la personne sont les meilleurs moyens de promouvoir la dignité de chacun en étouffant les discriminations. J'avais des collègues qui se disaient ouvertement racistes, alors que leur public (qui les faisait vivre), était composé d'une forte majorité d'élèves immigrés. Beaucoup de collègues ne relevaient même pas les attaques haineuses et banalisaient cela, le regard un peu absent. Ce n'est pas la seule salle des profs où les racistes reprennent du terrain. Dans une école!!!
Sans tomber sans un puritanisme de l'égalité "politically correct", c'est bien l'école le lieu privilégié pour défendre l'égalité, le respect de la personne, pour organiser la chasse aux discrimination en cultivant l'égalité, pour ne plus laisser passer le racisme dans le cartable des collègues, pour proposer l'éducation au respect et aux Droits de la personne.
Christian Staquet.
Président EIP Belgique.
(1)"Pour mieux vivre ensemble".
Commission des Droits de la personne du Québec.
Constance Leduc, Philippe Robert de Massy.
Modulo Editeur.
(2)Ib. page 79.
3.-DOCUMENT PEDAGOGIQUE : LES TALIBES : UN MODELE D'INTERVENTION
PEDAGOGIQUE.
Grâce à l'opération cahiers de l'Amitié, l'EIP Belgique entretient des rapports privilégiés avec différents pays africains dont le Sénégal.
Notre collègue et ami Saliou Sarr nous fait parvenir cette étonnante enquête sur les TALIBES.
A la découverte des Droits des TALIBES.
En cette année internationale de la famille, les étudiantes de l'Ecole normale de Thiès se sont intéressées à la famille sénégalaise, à ses composantes, à ses problèmes, mais surtout aux Talibés, ces élèves de l'école coranique, sans famille, presque abandonnés qui doivent mendier pour survivre et nourrir le maître de l'école coranique.
Nombre de pays africains ont ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant et le 16 juin est décrété journée de l'enfant africain. En particulier le Sénégal a adopté un code de la famille en 1972 et a créé un Ministère de la famille, de la femme et de l'enfant.
Malgré tout cela, la situation des Talibés reste dramatique, est une plaie sociale et constitue un véritable déni des droits de l'enfant.
Les objectifs majeurs de cette enquête étaient :
-d'identifier les besoins des Talibés que l'on rencontre partout
en ville;
-d'élaborer la liste de leurs droits à partir de leurs besoins,au
départ de textes fondamentaux : la Charte des Droits de l'Homme,
la Convention des droits de l'enfant, la Charte africaine des
droits de l'Homme et des peuples et le code de la famille;
-d'organiser des séances d'information et de sensibilisation,
d'entreprendre des actions de solidarité et de définir un modèle
d'intervention auprès du Ministère de la famille, de la femme et
de l'enfant.
Voici l'essentiel de ce qu'a pu révéler cette enquête.
a)Les droits sociaux et culturels.
Très tôt le matin, la boîte de conserves à la main, les Talibés (c'est comme cela qu'on les appelle en ville, comme s'ils n'avaient pas de nom propre) errent de maison en maison à la recherche de quelques poignées de riz ou d'une pièce de monnaie. Ensuite ils investissent le centre ville, les lieux de travail, les magasins, les marchés comme des nuées de sauterelles. Très jeunes (entre 5 et 15 ans), l'air hagard, maigres, habillés de guenilles grises de saleté, ils vont pieds nus. A midi et le soir, ils rôdent autour des maisons comme des chiens qui se disputent
des restes d'aliments.
Ces Talibés pour la plupart ont quitté très tôt leurs parents dont ils ne se souviennent plus du nom. Ils proviennent de la région Nord du pays. Parmi eux, il y a des réfugiés mauritaniens, des rapatriés sénégalais mais aussi des ressortissants de pays limitrophes poussés à l'exode par la sécheresse et l'avancée du désert. Privés d'affection et de protection, les plus jeunes doivent trouver un plus âgé à qui ils versent une pièce de monnaie afin de recevoir protection.
Leur emploi du temps fait alterner lecture du Coran et mendicité, mais en réalité, ils passent le plus clair de leur temps à demander l'aumône. Ils ne connaissent que quelques versets du Coran qu'ils psalmodient aux portes des maisons. Ils n'ont ni le temps de s'amuser, ni celui de lire le Coran et de faire les 5 prières : ces laissés pour compte luttent pour leur survie. Dans le "daara" (école coranique) où ils se retrouvent par dizaines tard dans la nuit, ils couchent à même le sol dans des baraquements mal aérés et très vétustes. A côté, dans la même concession, mais dans une case bien plus propre se trouvent le maître et sa famille. Il vit de l'aumône de ses Talibés et se dit investi de la noble mission d'enseigner le Coran aux enfants.
B)Les droits civils et politiques.
Quand ils n'apportent pas la quantité de riz exigée ou la somme fixée par le maître, ils sont battus et condamnés à apporter le double le lendemain. Dans les quartiers qu'ils fréquentent, ils côtoient des enfants aux conditions meilleures, bien habillés qu'ils regardent avec envie : ils auraient voulu être comme eux nous confient-ils. La peur du maître les conduit souvent à commettre de petits larcins : vols de vêtements, de nourriture dans les marchés ou dans les maisons. Certains Talibés sont des enfants en danger qui consomment de la drogue et s'adonnent au trafic. A deux heures du matin, ils errent encore, fouillant les dernières poubelles des restaurants, rôdant dans les bars, finissant les bouteilles de bière. Ces enfants subissent une répression féroce : rafles, bastonnades, enfermement sans nourriture, violence gratuite, garde à vue à durée illimitée, procès à huis clos sans défense, etc...
Par rapport à cette situation dramatique, les Talibés nous confient qu'ils aimeraient être consultés par leurs parents car c'est dès leur tendre enfance que ceux-ci se débarrassent d'eux sans qu'ils puissent émettre un avis. Ils aimeraient être mieux traités par leur maître, apprendre effectivement le Coran, revoir leurs parents, vivre avec eux, en somme recréer l'ambiance familiale car la séparation est mal vécue par les plus jeunes. Les Talibés n'ont aucune vie privée, aucune propriété, tout ce qu'ils ont de précieux, d'utile (vêtements, jouets, argent) est confisqué par le maître. Parfois les plus âgés s'insurgent contre l'autorité du maître et désertent le "Daara" pour rejoindre les vrais délinquants dans la ville.
Le Ministère de la famille, de la femme et de l'enfant, l'UNICEF et d'autres organisations de défense des Droits de l'Homme, de l'enfant luttent pour l'amélioration des conditions de vie des Talibés, mais les actions sont modestes, insignifiantes par rapport au nombre de "Darra".
C)Exploitation en classe.
De retour en classe, les normaliennes ont procédé à l'exploitation de leurs enquêtes, puis à une mise en commun de ces résultats. Elles ont procédé à l'identification des besoins des Talibés, puis à l'élaboration des Droits des Talibés. Si l'on compare ce texte avec les instruments internationaux et régionaux, les convergences les plus fortes mettent l'accent sur :
-les dispositions relatives à la famille (Art 5 de la Convention des Droits de l'enfant et Art 17 de la Charte africaine);
-le droit à l'éducation (Art 28 de la Convention et Article 8 de la Charte africaine);
-le droit à la liberté de conscience (Art 14 de la Convention et Art 8 de la Charte africaine);
-la protection de l'enfant handicapé ( Art 23 de la Convention et Art 16 de la Charte africaine).
Sur le terrain, les étudiantes ont organisé des séances d'animation afin de sensibiliser les populations. Elles ont mis en évidence, à la surprise des adultes, les droits des enfants et les devoirs des parents. Elles ont insisté sur la solidarité à l'égard des Talibés, des enfants comme les autres, en exaltant les valeurs ancestrales de "téranga", de l'entraide, de l'amour du prochain. Elles ont lancé le slogan "Une famille : un Talibé", invitant ainsi chaque famille à subvenir aux besoins d'un Talibé.
D)Evaluation.
Les normaliennes ont mené cette activité avec beaucoup d'enthousiasme. L'empathie qui s'est développée tout au long de l'activité en est une preuve. Les recherches sur le terrain, l'analyse des résultats, la sensibilisation de la population ont été des moments très forts de communion entre élèves d'une part, mais surtout avec les Talibés d'autre part.
Au niveau de la population, des parents, des maîtres d'écoles coraniques les droits de l'enfant sont mieux connus et déjà des actions de solidarité à l'égard des Talibés sont à mentionner.
Toute information complémentaire peut être obtenue auprès de Mr SALIOU SARR, E.F.I. Germaine Legoff. Thiès. BP 163. Sénégal.
4.-LE COIN RECETTE.
Anta et Saliou nous proposent une deuxième recette sénégalaise.
Le poulet Yassa ou riz au poulet.
INGREDIENTS pour 3 personnes :
-un poulet entier ou des cuisses de poulet.
-500 gr de riz.
-500 gr d'oignon.
-2 cuillerées à café de poivre, 1 cuillère à café
de piment, 2 cuillère à soupe de moutarde, 4 cuillères à soupe de
vinaigre, des olives, 2 cubes Maggi, 1/4 de litre d'huile
d'arachide.
PREPARATION.
-découper le poulet en 5 ou 6 parties. Mélanger les morceaux avec
le vinaigre, les oignons coupés en rondelles, le poivre, le
piment, la moutarde, les olives, etc...
-laisser 5 minutes environ.
-cuire dans une poêle les morceaux de poulet dans l'huile ou au
four jusqu'à ce qu'ils soient dorés.
-Verser dans la poêle le mélange d'oignon, de poivre, de moutarde
et laisser mijoter pendant 10 à 15 minutes.
Servir avec du riz.
Bon appétit!
5.-BIBLIOGRAPHIE.
-Le conseil de coopération.
Danielle Jasmin.
Préface de Albert Jacquard.
Les éditions de la Chenelière. 1994
215 rue Jean-Talon Est
Montréal (Québec) H2R 1S9
Le conseil de coopération est un lieu de gestion où chaque élève
a sa place, où l'individu et le groupe ont autant d'importance et
où les dimensions affectives et cognitives sont traitées en
équilibre.
Ce livre peut être commandé par lettre ou par fax (515-276-
0324) aux éditions de la Chenelière. Indiquer le mode de
paiement (Visa, Master Card (préciser le n° de la carte) ou
par chèque. Le prix unitaire est de 19, 95 dollars canadiens
(+ les frais d'expédition).
-D'ici et d'ailleurs.
Dossier de l'élève.
Dossier de l'enseignant.
Ces deux dossiers ont été réalisés par le Centre pour l'Egalité
des Chances et sont diffusés par le Ministère de l'Education, de la Recherche et de la Formation.
"Le Centre pour l'Egalité des Chance et la Lutte contre le Racisme
a pour mission fondamentale de combattre contre toute forme de
distinction, d'exclusion, de restriction ou de préférence fondée
sur la race, la couleur, l'ascendance, l'origine ou la
nationalité, et de promouvoir l'égalité des chances.
Les enfants et les jeunes doivent savoir que le racisme est
inadmissible, "ringard" oserons-nous dire. Comme nous l'enseigne
la science de la vie et de l'homme, l'évolution positive de nos
sociétés démocratiques modernes passe par le métissage.
L'équipe de Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre
le Racisme est dès lors là pour aider toute personne dans cette
lutte quotidienne contre le racisme et pour favoriser l'échange
entre les cultures".
Les deux dossiers pédagogiques qui viennent d'être publiés par le Centre vont en ce sens.
Adresse de contact :
Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre
le Racisme.
Résidence Palace (8 étage)
155 Rue de la loi.
1040 Bruxelles.
Tél : (02) 233 06 11
Fax : (02) 233 07 04
Numéro vert : 0800/14912 (uniquement bureau des plaintes)
Animations écoles : (02) 233 07 38 (Eliane DEPROOST).
-Campagne passeport européen contre le racisme.
Argumentaire.
Conseil de la Jeunesse. 1994.
Bd A. Max 13
1000 Bruxelles
02/223.09.91
-Rapport général sur la pauvreté.
Réalisé à la demande du Ministre de l'Intégration Sociale
par la Fondation Roi Baudouin en collaboration avec ATD Quart
Monde Belgique et l'Union des Villes et Communes belges, section
CPAS.
Fondation Roi Baudouin. 1995.
Ce périodique a été conçu par :
Michel Bastien ,
Marc Gourlé,
Bernadette Jospin.