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Contribution du Maroc


  
  

   Le Maroc occupe une position-clé qui domine deux des secteurs les plus actifs et les plus civilisé du Monde: La Méditerranée et l'Atlantique. Le Maghreb qui, pendant plus d'un millénaire, à porté l'étendard de la civilisation musulmane en Occident, I'étendard toujours un "lieu géométrique" essentiel dans les rapports internationaux. Cette heureuse situation n'a pas manqué d'influer sur les destinées historiques du Maghreb qui assuma, très tôt, le rôle de médiateur et de syncrétisateur entre deux mondes. Sa quadruple vocation: africaine, orientale, méditerranéenne et atlantique, a fait de lui le point de contact de deux civilisations qui n'ont cessé d'agir, I'une sur l'autre, depuis plusieurs siècles, pour livrer à I'humanité une synthèse éclectique d'une portée universelle.

lettre enluminée envoyée par le roi du Maroc à Louis XVI. 18è siècle.

Il est curieux de constater que la science au Maghreb, fut, dès le début une option d'ordre religieux, cultivée au sein de la mosquée et notamment l'Université de la Karaouyène édifiée en l'an 859/245 h. L'hommage rendu à la Science par l'lslam en fait un sublime acte d'adoration. "La science est, en effet, plus méritoire que la prière", fait remarquer le promoteur de l'lslam, le Messager Sidna Mohammed; "un seul homme de science - dit-il a plus d'emprise sur le démon qu'un millier de dêvôts..." Les savants sont les héritiers des prophètes dont le seul patrimoine légué au Monde est, précisément, la science". Le Maghreb, façonné par cet Islam agissant, tient en grande estime les sciences appliquées d'intérêt pratique, les expérimentations positives, le doute créateur et la persévérance dans l'étude et la recherche. C'est pourquoi, la science, dans la tradition maghrébine, prime le cultuel.

Fez, dans laquelle Gautier voit "un miracle d'adaptation à l'état oriental" a été édifiée au début du IXe siècle, au croisement des grandes routes et devint rapidement le centre culturel du Maghreb. Huit cents familles arabes y affluèrent en 814 J.C., venant des faubourgs de Cordoue, capitale Omeiade de l'Andalousie. Bientôt, trois cents autres familles vinrent de Kairouan, considérée, alors, comme la plus grande cité musulmane de l'Afrique du Nord. "Ainsi, la vieille patrie des docteurs de l'lslam se mettait à l'école des Berbères de l'Ouest"(0)

Lettrés et savants policés, une bonne partie des nouveaux venus firent rayonner des idées nouvelles qui devaient engendrer un mouvement d'évolution. Les deux pôles de l'Islam occidental fournirent au Maroc les éléments de sa civilisation.

Même après la dislocation du Royaume Idrisside, les grands princes de la Dynastie continuèrent à fonder de petites capitales qui devaient, à l'envi de Fez", adopter peu à peu et répandre autour d'elles, les formes de la civilisation musulmane". Dès le Ve siècle de l'hégire, les grands centres étaient déjà les foyers d'une civilisation de teinte andalouse où un large mécénat encourageait la culture et la science, dès le IV siècle de l'Hégire, d'après El Kanouni qui cite un orientaliste, auteur d'une brochure sur l'art dentaire au Maroc, une école de médecine aurait été édifiée à Fez, a l'époque où l'Andalousie dépendait de Marrakech, capitale de l'Empire, un ensemble de médecins de toutes spécialités ont été attirés par la Cour Almoravide et Almohade dont elle encourageait la mission clinique et enseignante, les recherches thérapeutiques et pharmaceutiques dans les hôpitaux. Le Maghreb a connu alors toute une lignée de médecins dont quelques uns eurent une réputation universelle.

Renaud affirme que nous ne pouvons guère dissocier l'étude de la médecine au Maroc de celle de la biographie des savants andalous qui ont suivi les Rois du Maroc de Séville et Cordoue à Fez et Marrakech ou Aghmat.

Le Maroc a donc le droit d'adopter les Avempace, Ibn Tofail et Ibn Rochd (1).

L'Espagne musulmane couronnait - dit Leclerc (II,8) - cinq siècles d'une civilisation brillante et alors sans égale par un riche épanouissement de philosophes et de médecins.. Les Almohades favorisèrent les sciences; mais leur intolérance de néophytes retirait d'une main ce qu'elle donnait de l'autre... Jamais cependant, en dépit de ces entraves, la pensée ne prit un aussi libre essor et n'eut de pareilles audaces.

L'Afrique a eu, à travers les Sanhaja almoravides qui déferlèrent du Sud, un impact sur la civilisation tant Maghrébine qu'Andalouse. Tant d'archives arabes dont quelques unes demeurent encore manuscrites, dépeignent cette influence saharienne bénéfique sur une des civilisations les plus marquantes du Monde. L'étude critique de ces textes inédits réfutent certaines thèses, comme celle de Dozy qui prétend que la conquête almoravide avait provoqué "une brusque et funeste révolution" "La civilisation - dit-il céda la place à la barbarie, I'intelligence à la superstition, la tolérance au fanatisme"(2). Mais un orientaliste espagnol, Codera, a entrepris de réviser le procès (3).

Les sources arabes sont à la base de cette méprise, car certains auteurs musulmans, surtout des Maghrébins n'ont voulu voir dans le promoteur du mouvement Almoravide, Ibn Tachfin, et ses compagnons que des saints de l'Islam, faisant abstraction de leurs qualités profanes. Or, le saharien Ibn Tachfin eut au moins Le mérite de prendre à son service des personnages distingués qu'il trouvait chez les Reyes de Taifas (molouk tawaif); ces sahariens, purs originaires d'Afrique, établirent donc une transition honorable entre l'âge des Reyes de Taifas et celui des Almohades, et furent aussi les agents de liaison entre l'Espagne, c'est-à-dire tout l'Occident et l'Ouest de la Berbérie (4). Le XIIe siècle, des Almoravides et des Almohades, fut ainsi "le grand siècle scientifique de l'Espagne musulmane" (5)

Plusieurs médecins arabes, soit au Maghreb soit ailleurs dans le monde musulman, ont cultivé maintes branches scientifiques avec les sciences médicales et naturelles, telles les mathématiques, la philosophie, I'astronomie etc...

La sagesse comportait au temps des Almohades toutes les branches de la philosophie et des sciences. Mais il semble qu'une certaine différenciation s'est établie, après les Almohades, où le terme Al-Hakim concernait l'oculiste, spécialiste des maladies de l'œil tandis que le médecin (el-tabîb) était un simple généraliste.

"Les Arabes s'engagèrent, dès le IXe siècle, dans des voies inconnues des Grecs, soit en fécondant les notions qu'ils en ont resues, soit en systématisant (7) L'ensemble des connaissances dont ils sont les possesseurs.

Point n'est besoin de noter, que dans nos rapports avec l'Occident Antique, la pensée grecque, que ce soit sur le plan philosophique ou scientifique (notamment médical) a été toujours, jusqu'au siècle dernier, un thème d'attraction, à la fois pour nos savants et nos souverains. Le fameux postulat d'Euclide, grand mathématicien grec du IIIe siècle av. J.C., fut, depuis un millier d'années, la base des études à l'Université Karaouyène. "Les éléments" euclidiens figurent en tête des ouvrages qui ont été commentés et traduits par des dizaines de mathématiciens maghrébins. Platon (428-347) avant J.C.), disciple de Socrate et Maitre d'Aristote, est l'auteur des "Dialogues", traduits en arabe par le maghrébin el-Blidi. Une nouvelle édition a été publiée à Rabat, par le Bureau de Coordination de l'Arabisation en 1970. C'est à travers ce traité célèbre que le Maroc a pu connaître et apprécier la philosophie de Socrate, sur la science morale et la promotion de l'homme. C'est là une fresque en miniature, donnant une idée de l'échange millénaire entre la pensée grecque et la pensée arabe, à travers le Maghreb, dont la capitale intellectuelle Fès, a été considérée comme l'Athènes de l'Afrique. Les échanges maghrébins avec les savants romains, notamment sur le plan médical, sont attestés par une récente découverte. Une statue d'Esculape, dieu romain de la médecine, imberbe, a été en effet trouvée à Volubilis (8)

L'œuvre entreprise dans le vieux Maghreb, en vue de protéger l'hygiène et la santé publique, loin d'être idéale, n'était cependant pas négligeable pour l'époque. Un maristân était fondé, pour la première fois, à Marrakech, sous les Almohades. D'après l'auteur contemporain du "Moojib", il aurait constitué un véritable hôpital, digne des hôpitaux d'Orient. Cet hôpital non seulement - dit Millet en 1925 - laissait bien loin derrière lui les maladreries et les hôtels - Dieu de notre Europe chrétienne, mais ferait encore honte aujourd'hui aux tristes hôpitaux de la ville de Paris" (9). On saisit aisément l'importance de telles institutions, en constatant que l'Europe fut encore au stade de la médecine cabalistique. L'Eglise réprouvait, alors, toute médication, comme un défi à Dieu qui punissait par le mal physique. Cette ère dite "de la foi" ne prit effectivement fin qu'au début du XIIe siècle, sous l'influence de la civilisation andalouse.

Nous allons passer en revue les grands savants que le Maghreb a connus sous les Almoravides et les Almohades:

- Ibn Badja Abou Bekr Mohammed ben Yahia Ibn Saygh, dit Avempace, fut pendant vingt ans le vizir d'lahya ben Tachfin et mourut jeune à Fez en l'an 1138 J.C./533 h. Ibn Abi Ossaibiah le compare à El Farâby et le place au-dessus d'Avicenne el d'AI Gazaly. Ses connaissances embrassaient la musique, outre la médecine, les mathématiques et la géométrie. Son ouvrage le plus original d'après Munk (10) est le "Régime du solitaire" . Seule une traduction hébraique existe encore, dans la Bibliothèque Bodléienne (Catalogue, ler Vol, lère partie)

-Ibn Tofaïl, Abou Bekr Md ben Abd el Malik, naquit à Guadix au début du XIII' s. Disciple d'Avempace, ses études - remarque Leclerc (T.II p. 113) - portèrent sur toutes les connaissances humaines; il excella dans la philosophie, les mathématiques, la médecine, la jurisprudence. Il devint ministre et médecin de l'Emir Almohade Youssouf, remplacé par Ibn Rochd qui lui doit sa vocation philosophique - Al Bitroudji (Alpetragius) comptait parmi ses disciples. Il mourut à Marrakech en 1185 J.C.. Il nous laissa un célèbre ouvrage "Hay ben laqdhân" ou (le vivant fils du vigilant), sorte de roman philosophique "où il nous présente - souligne Leclerc - Les évolutions successives d'un homme isolé dès sa naissance et arrivant par l'observation et le raisonnement aux plus hautes vérités philosophiques et religieuses. Pocoche l'a publié en arabe et en traduction Latine

-Abou Al-Alâ Zohr est le fils d'Abi Merouân ben Zohr, il mourut en 1131 J.C après avoir reçu la faveur des Almoravides. Ce fut un praticien réputé pour ses pronostics qui se tiraient du pouls et de l'analyse des urines.

-Abou Merouân Abdel Mâlek ben Abi Al-Alâa dit Avenzoar, est le plus éminent de la famille. C'est un praticien dont le génie médical tire sa grandeur d'une expérience basée sur l'observation; il est, pour certains, le plus grand médecin de l'école arabe auquel seul Razès est comparé. Son principal ouvrage, le "Teissir" est un chef-d'œuvre qui concrétise ses options médicales où il se montre indépendant et créateur. Le Teissir a été traduit en latin et maintes fois publié. Avenzoar le dédia à son célèbre disciple: Averroès. Il y parla de son séjour à Marrakech où il fut, semble-t-il, chargé de la direction d'un hôpital.

Son autre ouvrage a pour titre "L'lqtisâd'", dédié à l'Emir Ali ben Youssef ben Techfin, et comportant une synthèse originale sur une double médeeine: celle du corps et celle de l'âme. La psychiatrie est alors étayée par l'étude des maladies organiques. Il fut là un innovateur recommandant la contraception, par ordonnance de recettes qui empêchent la grossesse.

Abou Bekr Md ben Ali Merouân ben Zohr dit Al Hâfidh, est un médecin de génie; il était versé dans les sciences islamiques; Yacoub l'Almohade le chargea de la recherche des ouvrages proscrits de philosophie. Averroes, Maimonide et tant d'autres en furent les victimes qui cherchèrent refuge hors du Maroc. Il mourut en l'an 596 h/1199 J.C., empoisonné avec sa sœur qui fut, elle et sa fille gynécologues.

-Abdellah ben Abi Bekr ben Zohr, remplaça très tôt son père auprès d'EI Mansour; il fut, dit-on, empoisonné en 1205 à Ribath Sala, le seul ouvrage qu'il put élaborer traitait des maladies des yeux.

-Abou Merouan Abdel Malek et son frère Abou el Alâa, fils d'Abdellah ben Zohr furent également d'éminents médecins, contemporains d'lbn Abi Ossaïbiah auteur d'un lexique biographique des grands médecins arabes.

-Ibn Rochd Abou Al Oualid Md ben Ahmed dit Averroès est (le plus grand nom de l'Espagne musulmane)(11), grâce à sa supériorité en philosophie plutôt qu'en medecine. Il est disciple d'lbn Tofail qui lui conseilla de commenter Aristote dont L'Almohade youssef ben Abdel moumen, (versé dans la connaissance de la philosophie grecque, se plaignait de l'obscurité de ses traditions, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de (commentateur par excellence) . Youssef et son fils El Mansour en firent leur premier médecin. Mais ses ennemis, envieux de sa rapide ascension, I'accusèrent d'irreligion. il fut exilé à Lucena près de Cordoue, et ses biens confisqués . Il mourut à Marrakech en 1198 J.C peu de temps après être rentré en faveur auprès d'EI Mansour.

Ses commentaires sur Aristote furent traduits dès le commencement du Xllle siècle par Michel Scot, puis par l'Allemand Herman. A Padoue se constituait une école où les doctrines d'Averroès faisaient le fond de l'enseignement jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Le koullyat ( Colliget) est la principale œuvre médicale d'Averroès. En fidèle disciple d'Aristote, Averroès souligne bien que pour comprendre le Colliget, "Il faut la connaissance de la logique et des sciences naturelles". Dans son ordonnance figurent l'anatomie, la phisiologie, les maladies, leurs signes et leurs médicaments. Mais en parlant du cerveau, il en dit autant de la psychologie que de la physiologie. Averroès préconise, dans ses commentaires d'Avicenne, "Le changement de climat dans la phtisie: il indique comme stations hivernales. L'Arabie et la Nubie"(12).

C'est au Xlles, que Damas, profitant des Croisades, put cultiver les sciencs et notamment les mathématiques, pour éclipser, pendant les siècles suivants, Bagdad et le Caire(13). Le Maroc produisit alors le célèbre Idrissi, dans le contexte de la grandeur exceptionnelle que réalise l'Andalousie musulmane au cours de ce grand siècle. Le chérif el Idrissi, Mohamed ben Mohamed est un géographe et médecin naturaliste. Il naquit à Ceuta, plus tard que l'an 1100 donné par Casiri. Son ouvrage "Nouzhat el Mochtâq"(14) a été traduit en français par Jaubert et par Gœje et Dozy; un planisphère, coulé en argent sur ordre de Roger 11, roi de Sicile qui protégeait notre géographe, pesait 450 livres romaines et servait de complément à la géographie d'ldrissi. "Idrissi composa, pour Guillaume, fils de Roger, un second ouvrage de géographie, plus étendu que le premier, qui ne nous est pas parvenu''(l5). Il élabora même un traité des simples, cité par Ibn Abi Ossaibiah. La supériorité de précision d'ldrissi fut proclamées est évidente, pour ne citer qu'un exemple, les tables dressées par le géographe grec, présentait, pour la seule distance séparant Tanger d'Alexandrie, une erreur de 18° de longitude, alors que les tables arabes élaborées pour un trajet plus grand (entre Tanger et La Syrie) I'erreur est inférieure à 1°. C'est pourquoi Idrissi fut "le professeur de géographie de l'Europe", dit E.F. Gautier(l6) qui affirme encore que l'Europe n'aura de carte du Monde que celle d'ldrissi. Renaud, qui avait jugé sévérement le chef-d'œuvre d'ldrissi, dut néanmoins reconnaitre que pris dans son ensemble, il est comme celui de Srabon, un véritable monument élevé à la géographie.

Pour ce qui est de la cartographie marocaine, les contours des ports s'accusent pour la première fois, chez notre géographe et toute une nomenclature précise apparait - dit Massignon - sur les bords rectilignes des fleurs et incurvés des chames de montagnes".

Ali ben Omar Abou el Hassan (d. 1230/627 h.) auteur du "Jami el Mabâdy Wal Ghâyât" sur l'Astronomie (2 vol.) (avec schémas géométriques et Jadâwil) "Traité des instruments astronomiques des Arabes", traduit par J.S Sédillot et publié par l.A.

Sédillot - Paris 1835. C'est une des grandes figures du Maghreb qui put mesurer les coordonnées du continent Africain de l'Atlantique à l'Egypte (altitude de 41 villes). Godard en fit mention dans son histoire du Maroc (p. 455).

- Abdelmalek ben Qassim Abou Merouan ministre et médecin du Khalife Youssef ben Abdelmoumen, au même titre que ses trois collègues Ibn Tofail, Ibn Roshd et Avenzoar (17)

- Maimonide, Abou Imrâne ben Mimoun qui naquit à Cordoue en 1135, fut le disciple d'Averroès (18) et passa cinq ans à Fès, avanl d'émigrer au Caire. "Le Guide des égarés", inspiré d'Averroès, eut pour but la réconciliation de la raison et de la foi, de l'écriture et de la philosophie" (I9)

- Hassan ben 'Abd el A'lâ el Kalâyi, mathématicien décédé à Aghmât en 1160/555 h(20).

- Ibn el Boudouh Omar ben Ali El Maghreby, mourut en 576 h/1180, instruit dans la connaissance des médicaments simples et composés; il résida longtemps à Damas où il tenait une officine(21)

-- Said el Ghomâry de Marrakech, médecin de l'Almohade Youssef(22)

- Abou Yahia ben Qassim le Sévillan, gérait le "dépôt des boissons et onguenls"; son père servait l'Almohade Youssef. Après sa mort à Marrakech, son fils le remplaça à la tête du dépôl(23)

- Yacoub Al-Mansour qui succéda à son père Youssef encouragea encore plus l'expansion de la science, à travers le Maroc el l'Andalousie. Un ordre des médecins est alors régulièrement constitué, ayant à sa tête un doyen, tel Abou Jaafer Dhahbi. Parlant d'EI Mansour, Millet dit: "L'Emir des musulmans ne considérait pas la philosophie comme un simple amusement de grand seigneur. Il voulait, en quelque sorte, la rendre populaire"(24); c'est pourquoi, dans chaque cercle d'étude de la Karaouyène, "Le public profitait de l'enseignement et il arrivait parfois que la réunion comportait un millier de personnes"(25).

"Une preuve de l'ingéniosité d'el Mansour, c'est l'idée qu'il eut d'imaginer des caractères nouveaux en nombre égal à ceux de l'alphabel el de s'en servir pour écrire les dépêches qu'il voulail lenir secrètes"(26)

Parmi les médecins allachés au service d'AI Mansour, nous pouvons citer:

- Abou Jaâfar Ahmed ben Hassan; savant praticien, écrivit un "trailé du réghne", el mourut à Fez.

-Ahmed ben el Hassan ben Ahmed ben Hassân, géomètre et médecin, décédé à Fez en 1202/598 h.

- Moussa ben Hassan ben Abi Châma (d. 1202/599 h), architecte qui participa à la rénovation de l'édifice de la Karouyène, dotant son large patio d'une grande vasque en marbre.

- Abou el Hakam ben Ghalandou, habile médecin. Il laissa un diwân" (Collection de poèmes) el mourut à Marrakech.

- Abou Jaafar ben Hâroun Etterjâly: philosophe aristotélicien et médecin. Il était oculiste; devenu impotent, il donnait des consultations à domicile et eul pour élève le célèbre Averroès.

- Abou Yahia ben Assam, était le pharmacien en chef d'EI Mansour. Son fils l'y remplaça et il nourut à Marrakech sous Moustancer.

- Abou el Hossein ben Asadoun dit Al Masdoûm, disciple d'Aveuzoar, poète et médecin qu'EI Mansour appelait souvent à son chevet (Tabaqât el Ntibbâa p. 79). Son disciple, Abdelaziz ben Meslama NI-Bâji, ful également pocte et médecin au service J'AI-Moustancer. Il mourut en 1192/588 h)

- Abou Jaâfar ben Al-Chazzal, médecin d'EI viansour chargé de préparer les médicaments et onguents

- Ibn Mourâlir Youssef, médecin éminent... et ~on praticien, jurisconsulte, traditiom~iste et poète. Il nourul à Marrakech sous le règne de Moustancer.

- Abou Merouan Abd El Malek ben Filal, nourul à Marrakech après avoir servi El Mansour e on fils Ennacer.

- Abdellah fils d'Averroès, fut médech~ et ~hlisire à Marrakecl1 du Khafife Em~acer.

- Ibn Al-Ha jar Abou Isâuq, médech1 en chef de Ahnohade Errachid (Edha~l wa et-Takmila)

- Abdellah ben Younès l'Andalous, higénieur gronome qui c;tablit, en hydraulicien célèbre, un ~sIème d'irrigation des vergers el oliveraies de Mar~kech(27)

D'autres médechis Ahnohades exercèreni la édechie dans d'autres villes du Royaume:

- Ahmed ben Nada el QorIobi, renconIra Iyâd CeuIa el excella en médecitie (Addibâj d'lbn ~rhôun, p. 65)

- Ibrahhn ben Sawwâf Al-Hajary Echchatiby, édech~er~ à Tanger (d. 1112/506 h) (Al-Jadhwa p. 86)

- Ahmed ben Abdellah ben Moussa Al-Qaisy de Séville, médecin de Fez où il décéda en 1175/571 h (Adha~l Wattakmila), disciple d'Abou Bekr Ibn Al'Arabi.

- Ali ben Ahmed Chaltichy, médecin et poète, habita Marrakech où il mourut en l'an 1169/1170 ou /565 ou 566 (Adha~l Wattakmila).

- Ali ben At~q el Khazraji, poète et médecin très apprécié, professa à Bougie (d 1201/598 h (Al-Jdhwa, p. 306).

- Abou Yahia Hâny ben Al-Hassan Allakhmi el Gharnâty, traditionniste, jurisconsulte et médecin à Fez (d. 1217/614 h) (Al-Jadhwa, p. 335).

- Mohammed ben Ahmed ben Sâlih Al'Abdy Al-Maghriby, médecin (Ibn Abi Ossaibya, p. 65)

- Md ben Qâssim Al-Ansâry Al Jiâny, poète et médecin, habita Ceuta et Fez (Al-Jadhwa p. 192). Même à Tunis, les Hafsides, issus des Almohades, protegeaient les lettres et les sciences.

Sous les Mérinides, le Maroc a connu des médecins dont la plupart n'étaient pas très réputés, comme Md ben Ahmed ben Khahl es-Sakkoûny qui rédigea des traités sur l'art vétérinaire. Il habitait à Marrakech où il mourut en l'an 1238/636 h (Al-l'lâm d'el Merrakchi, 111, p. 145).

Des médecins marocains s'installèrent en Orient

- Ali ben Yaqdhân de Ceuta, médecin, littérateur et poète qui partit pour l'Egypte en 1149/544 h puis au Yetnen el Irâq (Al-Qifty, p. 160).

- Youssef ben Isaâq dit Ibn Sam'oûn, Abou el Hajjâj de Ceuta, pratiqua à Fez puis s'installa à Alep (selon son ami Al-Qifty, p. 256), au service de Mhnoun prince d'Alep et d'AI-Malik ed-Dhâkil

- Ahmed el Joudhâmi, médecin né à Ceuta; il habilait Marrakech OU il mouruI en 1252/650 h (Al-l'lâm 1, 354)

- Abou Jounl'a Al-.larâyhi (le chirurgien); au temps du Mérinide Youssef ben Abdelhaq

"Avec le XIV` nous entrons - dit Leclerc (Il, 2581) en pleLle décadence''. L'hlvasion de Tamerlan vh~t s'ajouler à celle de Ciengiskan, ce qui ful fatal aux sciences: .'bibliothèques dévasiées, institutions abolies el savants déroutés". Si nous voyons la célèDre école `61 nnidhamiah" encore debout à Bagdad, "Les prot`esseurs et les élèves sont absents''. Les lettres et les sciences n'oul plus désormais d'asile assuré que l'Egypte et la Syrie, réunies sous le même sceptre. Samarcande prospèra quelque temps encore. Néanmoins, Leclerc semble se contredire en précisant que le petit royaume de Grenade produit toujours des littérateurs et des savants. Même au XlVe siècle, le progrès se poursuit, car "nous pouvons enregistrer une quarantaine de noms dont la moitié appartient à l'Espagne. Leclerc ajoute: "On ne produit plus rien d'original, on compile, on extrait, on commente". Mais il cite quand même, parmi les médecins andalous qui avaient fini leurs jours au Maroc: - Lissan ed-din Ibn el Khâtib" qui cultiva la médecine et la professa et dont la Bibliothèque Nationale de Paris conserve "un ouvrage qui témoigne d'un bon esprit". La bibliothèque de la Karaouyène possède aussi le célèbre traité: "Men Tabba Limen Habba". Il excella en philosophie, mathématique et jurisprudence.

- Dans ses Prolégomène, Ibn Khaldoun parle de tout, de la civilisation, des sciences, des lettres, des arts et même de la médecine; Ibn Khaldoun a même osé entreprendre une histoire comparée de la civilisation, une sorte de philosophie de l'histoire.

Des hôpitaux dotés de médecins et infirmiers salariés ont été édifié par le Mérinide Yacoub(28 A

Fez, un hôpital traitait les neurasthéniques, en essayant d'agir sur les nerfs du patient par la musique andalouse. En 1350, un célèbre Maristân était fondé à Fez, sur le modèle de celui du Caire. La Médersa Bounaniya de Salé fut une école de Médecine, édifiée par le roi Abou 'Inân. Une plé~ade d'architectes planifièrent, sous Yacoub le Mérinide, la nouvelle cité de Fez dit El Madina el Beida, en 1275/674 h.

Mais, I'astronomie et la géométrie, furent alors les seules branches cultivées par une lignée de savants dont nous pouvons citer quelques uns tels:

- Ahmed Al Awsy el Marrakechi dit Ibn EchChamâh, professeur en mathématiques, géométrie et philosophie (L ogique).

- Ahmed ben Ali el Meliâny el Marrakchi, littérateur, pocte qui s'intéressa à la médecine. Il était chargé du "Cachet Royal" et mourut en l'an 1315/715h (Al-Jadhwah p. 73).

- Mohammed ben Ali ben Abdellah el Gharnâti (de Grenade) (d. 1315/714 h), ingénieur de 1'arsenal chantier naval ou "Dar es-Sinaâ" de Salé.

- Ibn Moufarri' Md ben Ali (du Rif marocain). Il vivait encore en l'an 1331/731h, auLeur d'un poème sur l'astrologie": (99 vers): c'est un compendium comportant les concepts et les principes astrologiques.

- El Mardiny Khalil ben Youssef (d. 1403/806h) "Ghayatou el-lntifaâ" sur el-"Tawq~t" (horaire astronomique).

- Ibn Al Bannâ Ahmed ben Md de Marrakech (d: 1321/721h), célèbr mathématicien qui préfaça l'oeuvre d'Euclide et élabora des traités sur l'algèbre et la géométrie plane(29).

- "Al-Bary" sur le système astral (Bib. générale de Tétouan (3309) et la Bibl. hassanienne de Rabat (plusieurs exemplaires).

- "Ad-Dilalârt el Koulliah" (indications générales sur les mouvements des astres), avec un commentaire d'lbn Qounfoudh (Bib. générale Rabat n° 101/2460 et 2237).

- Poème sur le système astral (466 vers) (B.G. Rabat (930) (4 autres exemplaires).

- "Souar el Kawâkib" (Images des planètes) B. Alger (1454/B.G. Rabat (6697/2418/7020)

- "El-Kawâkib es-Sayyarah" (Les planètes filantes) B.G. Rabat (512/Musée Britan (977).

- Manuel de mathématiques (Talkhis amal al hissâb) B.G. 526/Zaouya sidi Hamza).

- Commentaire d'AI-Qalçady (mathématiques) Zaouya sidi Hamza / Tétouan (227).

- Articles sur les math. (Berlin 5974).

- Tanbih Al-Albâb (math) - Alger (613), Musée britan. (420).

- Sous le règne du Mérinide Abou el Hassan, le médecin Md el Kouba' était un célèbre praticien en ~Ifriqya et mourut en l'an 1377/738 h. Il avait suivi les j cours de médecine à l'hôpital de Damas (30)

- Abou Temmam Ghâleb ben Ali El Ascoury, chef des médecins, il a été "chargé par le roi de Fez du prélévement des impôts". Il mourul à Ceuta en 1350/751 h, laissant "plusieurs ouvrages de medecine très estimés" (Leclerc 11, p. 283).

- Mohamed ben Qâssim el Qorchi, exerca la medecine à Fez et "devint directeur de l'hopital de cette ville" (leclerc, Il, 284). Poèle, il mourut à Fez en 1356/757 h.

- Ali ben Ahmed de Tlemcen, astronome et mowaqqit de la Karayouène. Il fabriqua la grande horloge de la médersa Bounânya en 1356/758 h (Al-Jadhwah p. 31).

- Abou Qâssim Md ben lahya el Azafi(31) de Ceuta, dont il fut gouverneur; I.itterateur el médecin dont l'exercice florissait en 1363/765 h

- Ibn Battouta (d. 1377/779 h) "n'a pas seulement enrichi la géographie, mais fournit de précieux renseignements à l'histoire naturelle" (Leclerc II, 282). Son récit de voyage "Nozhat en-Noddâr" fut publié par la Société asiatique, texte et traduction de MM Defrémey et Sanguinetti, 4 vol. et un index. Dans sa première "Rihla", il passa par l'Afrique qu'il visita dans une deuxième Rihla entreprise en 1352/753 h en décrivant Sijelmassa, Mali, Niger, Touât et autres régions du Continent.

- Saïd el Oqbâni de Tlemcen (d = 1408/811 h) commentateur des œuvres d'Ibn Bannâ et d'Ibn Yâsamin sur lialgèbre. Il a un traité sur "les chiffres arabes" (publié plusieurs fois à Fez).

Ne parlons guère des doctes de la loi portant l'étendard des sciences islamiques. Il suffit de signaler que le Mérinide Abou Al-Hassan se fit accompagner dans son expédition en Ifriqia (Tunisie) par quatre cents Ulémas dont la profonde érudition éblouit Ibn Khaldoun et l'attira vers Fez.

Dès le XVe siècle, la civilisation maghrébine contounée jusqu'ici en Méditerranée, put pénétrer jusqu'en Amérique Latine apportée par les conquérants ibériques du nouveau Monde.

Pendant plus de trois siècles (depuis le XVIe s.), le Brésil, par exemple, a subi, systématiquement l'influence andalouse. Tous les aspects de la société américaine s'imprégnèrent d'une teinte mauresque, plus ou moins accentuée.

Renaud fait remarquer dans sa "Médecine antique" (p. 75). Le chaos qui régna au Maroc, sous les Saadiens où les ouvrages classiques ne citent aucun médecin marocain jusqu'à la fin du XVIIIe siècle; le seul qui apparut alors d'après lui est l'oculiste Md ben Azzouz el Marrkchi. Renaud réitéra cette affirmation dans son discours au Ve congrès de l'histoire de médecine, tenu à Genève en 1926 (p. 3). Par contre, L. Provençal souligne dans "Histoire des Chorfas", la renaissance du Maroc sur le plan littéraire, précisant qu'il serait invraisemblable que cet essor n'atteignit pas en même temps les sciences médicales.

Ben Azzoûz Abdellah el Marrakch dit Bella, assassiné vers 1798/1204 h. Son ouvrage "Dhahâb el Koussouf fi ettib" (ce qui écarte les éclipses en médecine) traite des généralités notamment des propriétés des animaux et de la monographie des affections oculaires. Leclerc souligne que certains passages de ce traité "prouvent l'existence au Maroc d'un certain nombre de mouvements de la médecine arabe". Il regrette de n'avoir pu visiter ce pays et particulièrement, la ville de Fez qui doit être encore plus riche que celle de Marrakech".

Le XVIe siècle saadien n'a connu, en effet, que des médecins de second ordre tels:

-Abderrahman soqein el Fassy Al-Qasri, homme de lettres, traditionniste et Soufi qui enseignait le canticum d'Avicenne à la Karaouyène (d: 1549/956 h) (Naïl el Ibtihâj, p. 1037

-Abou el Qassim Al-Wâzir el Ghassany, commenta le poème d'Ibn 'Azroûn et excella dans l'étude des plantes; Kadiri précise dans son "Nachr" (II, 125) qu'il fut un des médecins les plus côtés d'EI Mansour Eddhahby.

Il étaya le "rajaz d'Ibn 'Azroun" par ses propres expériences. Son "Hadiqat el Azhâr" (B.G.) est une œuvre remarquable qui se distingue d'après Renaud par la "méthode très claire" de la description botanique qui "a souvent une allure originale"(32). C'est un essai vraiment intéressant de classification à trois degrés qui apporte dans la description des plantes de la vieille pharmacopée orientale un élément nouveau caractérisé par une documentation" sur la plupart des produits pharmaceutiques de Fez".

Ainsi, la médecine en Ifriqya et au Maroc ne fit pas l'apanage des seuls médecins généralistes. Certains juristes, littérateurs ou traditionnistes y excellaient, tels:

- I'Imam Senoussi commenta à la fois "le Recueil des traditions" d'EI Bokhary et le canticum d'Avicenne. Il était rnathérnaticien et commenta aussi les œuvres d'EI Hoûfy à l'âge de dix-neuf ans(33)

Ali ben Maïmoun, Cadi de Chaoun (d = 1511/917 h), affirme en parlant de Fez, qu'il n'a guère vu en Orient et ailleurs des hommes aussi polyvalents que ceux de Fez dont la vaste érudition embrassait la théologie, la rhétorique aussi bien que les mathématiques, la médecine, la logique et toutes "les sciences rationnelles" (34)

- Abdelwahhab ez-zqqâq, Cadi et jurisconsulte de Fez médecin, grammairien, littérateur, traditionniste, exègète du Coran (d = 1553/961 h)

- Mohammed Ta~b, médecin du Saadien El Mansour, célèbre praticien (Nozhat el Hâdy-Ed Houdas p. 146).

- Md el Andalousy, alchimiste, mathématicien, astronome, naturaliste et médecin; assassiné en l'an ( 1572/980 h) (Al-l'lâm d'EI Merrakchi IV, 318)

- Dawoud ben Abdellah el Baghdâdy el-Tlemsâny, célèbre praticien (vivait en 1578/986 h) (Dorrat el Hijâl, p. 143)

- Ahmed ben Abdelhamid dit Al Mourid el Merrakchi, "Imam dans tous les arts,", grand sage el médecin (d = 1638/1048 h)

Ceux qui exerçaient la médecine alors, parmi les jurisconsultes et les littérateurs, osaient critiquer les grandes œuvres classiques comme "At-Tadhkirat" d'AI Antâky et sa "Nozhat" dont Al-Qâdiry souligne les erreurs dans son "Nachr el Mathâni" (II, 123), précisant l'excellence de la "Nozhat" (B.~.), dont les enseignements sont sains et adéquats.

- Daoud ben Omar el Antaky natif d'Antiche surnommé Eddarir, mourut à la Mekke en 1597 (1599) J.C. Il est selon Leclerc "le dernier représentant de la médecine arabe" depuis trois siècles, elle n'avait produit aucun médecin qui pût lui être comparé.

- Ses ouvrages sont:

- "Tedhkirat Ouli el-albab"; sur les généralités de la médecine, un chapitre sur les maladies et les sciences qui ont des relations avec la medecine, sous forme alphabétique (ces sciences sont l'astrologie, I'art vétérinaire, la géographie, les mathématiques, la fauconnerie, I'astronomie, I'horoscopie) .

- Enfin un dictionnaire des medicaments contenanl 1712 articles (Le Canon d'Avicenne ne contient que moins de 800 médicaments simples). C'est, après Ibn el Beitar, "ce qui nous reste de plus complet sur la matière médicale" (Leclerc, Il, 304). Il parle pour la première fois du "boun" (Café)

Un autre ouvrage de Daoud esl "Attohfat el Becrya" dédié à son maître Md el-Becry (sur les bains) (bib. Paris 1040). (11, 304)

Les hisioriens occidentaux ne furenl pas d'accord sur la valeur de la médecine, à celte époque. Erchman dans son "Maroc Moderne", nie l'exislence de tout médecin (p. 97, 1885), faisanl élal de personnages médiocres qui apporièrent d'Europe, où ils ont passé quelques mois, des médicamenis donl ils ignoraient les doses nécessaires à chaque cas. Renaud qui souligne lui aussi que ceux qui exergaient alors la médecine au Maroc, n'avaient que de vagues connaissances sur les causes des maladies el les propriélés des médicaments simples procédalent, souvenl avec dextérité, à quelques peliles opérations chirurgicales (ibid. p. 128) Renaud souligne l'absence de toutes complications découlant d'infections, grâce à l'emploi d'onguents qui anéantissaient les germes microbiens et aux moyens thérapeutiques élémentaires mais efficaces dont il cita quelques specimens. Les ostéologues, chirurgiens dentistes, ophtalmologues, gynocologues et autres étaient de bons praticiens, faisant usage d'anesthésie à la fois organique et psychique.

Quant à la pharmacopée, les "droguistes" de Fez, remarque Léon l'Africain - n'étaient plus capables de préparer les médicaments ordonnés par les médecins et ils œuvraient ensemble pour mieux exécuter les ordonnances médicales, ce qui dénote au moins une certaine sincérité dans le métier. ~

Peu d'hopitaux nouveaux ont été érigés à l'instar des anciens tel le Maristân édifié par le sultan Al-(]halib billah à Marrakech en 1562/970 h (près de la Mosquée Mouassine) (Istiqsa III, 18) et celui construit par les prisonniers chrétiens, d'après l'ambassadeur Anglais Edmond Hogan. A Fès, Léon l'Africain el Fassy exergait la profession d'Adel (notaire) à l'hôpital de Fez où il demeura quatre ans (Massignon, le Maroc au début du XVle siècle, p. 43), mais d'après Renaud (ibid, p. 27) les moines espagnols installés à Fez, Meknès, Salé et Tétouan" y ont instauré des hôpitaux, dès le XlVe siècle.

 

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