1492 est une date que les uns célèbrent dans une atmosphère festive et heureuse, mais que les autres commémorent avec émotion. C'est le cas des Indiens, des Juifs et des Morisques. Mais qui sont donc les Morisques? Le terme apparaît en Espagne vers 1500. Quand les rois catholiques entrent a Grenade le 2 janvier 1492 c'est la fin d'une longue coexistence qui faisait du Juif, du chrétien et du musulman, des concitoyens vivant dans une paix exemplaire, et c’est la naissance du premier état raciste. Si l'évangélisation de la population musulmane commence avec une certaine douceur, elle va très vite se transformer en mesures coercitives destinées à effacer toute trace de culture et de religion islamiques : il faut transformer les Musulmans en Morisques, c'est-a-dire en convertis d'origine musulmane.
Les Musulmans grenadins n’avait que deux choix se convertir ou s'expatrier, sinon c’est la mort qui les attendait, cette mesure fut étendue le 12 février 1502 à tous les musulmans de la Couronne de Castille.
Le 13 septembre 1525, touts les mosquées sont transformées en églises. Les communautés musulmanes ne pouvant préserver leur propriété sont dépossédées. Entre 1568 et 1569 ont lieu d'importants transferts de propriété (environ 100 000 ha). Les coutumes morisques sont perçues comme indéracinables; l'édit royal de 1567 prend des mesures contre ces coutumes : interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes, vêtements (interdiction du port du voile).
Les mesures contre les Morisques seront si violentes que ceux-ci prendront les armes en 1568 et défieront le pouvoir pendant trois ans; en proclament roi un noble de Grenade qui descendait des Omeyyades, Aben Humeya. C'est une longue et cruelle guerre qui commence alors, aidés par le relief montagneux, les Morisques résistent trois ans aux attaques des soldats.
La répression, particulièrement dure, s'achèvera par l'esclavage de tous les Morisques faits prisonniers par les soldats, et ceux qui ne connaissent pas ce sort vivront de plus en plus difficilement jusqu'à la date de leur expulsion qui, décidée en 1611, s'achève en 1614. Ainsi les Morisques furent déracinés, chassés de leur patrie.
L'action de L'inquisition s'avéra particulièrement abominable envoyant sur le bûcher les Morisques persécutés depuis 1502, convertis de force et gardant dans le secret de leur cœur la religion de l’islam a laquelle ils était très attachés. A ce danger inquisitorial, il faut ajouter la honteuse pratique des statuts de pureté de sang qui excluait de toutes les fonctions publiques et de tous les honneurs les Morisques. Les défenseurs des statuts de pureté de sang unissent dans leur délire, dans leur phobie raciale, les descendants des Maures qu'ils lestent du poids de leur origine de façon implacable et nécessaire. Un évêque dont il faut retenir le nom, Salvatierra, proposera même au XVIIe siècle une solution définitive au problème Morisque par la déportation assortie de la castration des hommes et de la stérilisation des femmes.
La crainte du puissant Islam, géographiquement très proche, était la préoccupation principale des espagnols qui craignait une interventions au secours de cette minorité Musulmanes opprimée. Même si ce ne fut pas le cas, la peur d'une intervention exista toujours dans les mentalités, peur entretenue par des razzias de Moujahiddine pratiquant le Jihad maritime sur les côtes espagnoles.
En dépit de cette haine, les Espagnols reconnaissaient aux Morisques des qualités de sérieux, de travail et de compétence indéniables, particulièrement dans les domaines médical, commercial, artisanal et agricole.