1-Les Omeyyades : 661-75O
Les
Omeyyades sont une dynastie de califes arabes, fondée par Mouaouia ibn Abu
Sofiane, descendant de Umayya.
A la mort de Ali ibn Taleb, Mouaouia se
proclame calife et le fils aîné d'Ali, Hassan,du s'incliner. Mouaouia,
devenu le premier calife Omeyyade, sous le nom de Mouaouia Ier(661-680),
déplace la capitale de Médine à Damas en Syrie . Il désigne également
son fils Yazid comme héritier et, depuis, le principe de la succession héréditaire
se perpétua dans la dynastie Omeyyade, ainsi que dans les dynasties qui régnèrent
par la suite.
A l'actif des califes
Omeyyades il faut reconnaître qu'ils étendirent considérablement l'Empire
Musulman . Sous les
Omeyyades, les armées musulmanes avancèrent vers l'Est jusqu'aux frontières
de l'Inde et de la Chine, et à l'Ouest jusqu'à l'Atlantique à travers le
Maghreb, puis au Nord à travers l'Espagne et les Pyrénées, les armées
arabes, dès 730, vinrent fouler le sol de la France. Pour un moment
unique dans l'Histoire du Monde Arabe, l'Empire tout entier obéira à une
seule dynastie. Les Omeyyades s'assignèrent pour tâche majeure la
consolidation de l'Empire, qui va être, également pour la seule fois de
son histoire, gouverné par les Arabes.Les Califes
Omeyyades sont alors les seuls dépositaires du pouvoir universel.
En plus de leur réputation
de grands conquérants et de grands administrateurs, les Omeyyades furent
aussi de remarquables bâtisseurs. Ils développèrent l'urbanisme et élevèrent
de nombreux monuments et une série de grandes mosquées, conçues pour répondre
aux besoins des prières rituelles et pour implanter la religion nouvelle dans
les pays conquis, telle la célèbre Mosquée du Dôme du Rocher à Jérusalem
sous Abd al-Malik (685-705).C'est également à Abd
al-Malik que revient le mérite d'avoir fait frapper la première monnaie
arabe et inaugurer l'utilisation de la langue Arabe dans les affaires de l'Etat,
en 690.
Sous le règne de son
fils, Yazid (705-715), la période omeyyade connut son apogée.
Il fit construire la Grande Mosquée de Damas ainsi que la Mosquée Al-Aqsa de
Jérusalem. Ses armées poussèrent plus loin vers l'Est et vers l'Ouest que
ses prédécesseurs, conquérant la plaine de l'Indus (710-713), la
Transoxiane (709-711), le Maghreb (670) et l'Espagne (711-714), mais échoua,
à plusieurs reprises, aux portes de Constantinople, capitale de l'Empire
Byzantin. En 750, les Omeyyades contrôlaient un territoire qui s'étendait du
Maroc et de la plus grande partie de l'Espagne aux frontières de la Chine et
de l'Inde du nord.
Mais, à l'intérieur
de l'Empire, de nombreux mécontents exercent une pression de plus en plus
forte sur la dynastie. On les accusent de laxisme religieux et d'indifférence,
voire de mépris envers les Musulmans non-Arabes. De nombreux convertis (les
Muwaleds), des Arabes insatisfaits, des dissidents religieux, Chiites et
Kharidjites, se groupent sous la conduite d'un descendant de Abbas, l'un des
oncles du Prophète, Ibrahim ibn Muhamed. Cette opposition se cristallise dans
l'Iran Oriental, au Khorasan; et, en 750, le dernier calife Omeyyade, Marwan
II, est poursuivi jusqu'en Egypte et mis à mort et la famille régnante
presque entièrement exterminée.
2-Les Abbassides :750-1258
En
750, après trois ans de combat, le califat omeyyade fut renversé et les
Abbassides prirent le pouvoir à Damas. Abu al-Abbas Abdallah
dit Al-Saffah (749-754), frère d'Ibrahim qui mena le combat
contre les Omeyyades, décédé en 749, fut proclamé calife dans la Grande
Mosquée de Kufa .
L'un des premiers actes
de la nouvelle dynastie fut de déplacer la capitale du califat vers l'Irak, où,
en 762, le second calife, Jaffar al-Mansour (754-775), fonda sur
les bords du Tigre, Madinat al-Sala m ("la ville de la paix") près
de Ctésiphon, capitale des Perses Sassanides, mieux connue sous le nom de
Bagdad et d'arborer le drapeau noir comme emblème de la dynastie. Cette
dynastie s'appuie avant tout sur l'Est de son Empire et essentiellement sur
l'Iran. Ce dernier pays lui donnera ses premiers grands vizirs (ministres).
Le règne de Haroun
Al-Rachid (786-809), contemporain de Charlemagne, en pays franc, et
celui de son fils Al-Mamûn (813-833), sans conteste, le plus
grand des califes abbassides, marquèrent l'apogée de la puissance politique
du califat. Les arts et la littérature s'épanouissent. Philosophie, médecine
et mathématiques se développèrent. Le monde musulman s'appropria et
enrichit les connaissances des cultures de la Mésopotamie, de la Grèce
antique, de l'Inde et de la Perse. Durant le IXe et Xe
siècles, la civilisation musulmane connaît son
âge d'or. Les villes à l'image de Bagdad, la cité des "Mille et
une nuits", se développèrent avec l'essor économique. Le commerce
était florissant tant à l'intérieur des frontières de l'Empire abbasside
qu'entre celui-ci et le monde extérieur. L'administration, dirigée par un
vizir, était un modèle d'imagination. Elle allait prévaloir dans tout le
monde musulman. Mais assez vite l'Empire ne tardera pas à se fragmenter en un
nombre complexe et instable d'états séparés. Déjà s'était détachés au
VIIe siècle Al-Andalus, où s'installa en 756 un descendant des
Omeyyades, le Maghreb central tombé aux mains des Rostémides, le Maghreb
extrême régi désormais par les Idrissides. En Ifriqiya, ils durent
consentir au gouverneur Ibn al-Aghlab l'autonomie puis la constitution d'une
dynastie, celle des Aghlabides, au début du IXe siècle. Au milieu
de ce même siècle fut perdue l'Egypte, en dissidence avec les Tulunides, et
où s'installeront au siècle suivant les Fatimides, nouvelle dynastie
califale chiite, rivale des Abbassides.
Au Xe siècle,
Al-Muktadir (908-932) est encore l'héritier des califes du IXe
siècle, qui ont en grande partie restauré la puissance califienne après la
crise de Samarra. Il jouit encore d'un pouvoir politique certain, en dépit
d'un caractère sans grandeur, des intrigues de la haute administration et de
la cour, au milieu de menaces Kermates et des difficultés de toutes sortes
pour contrôler l'armée et percevoir le revenu des provinces; il survit au
coup d'état de 929, et meurt en voulant sauver, à la tête de ses troupes,
son autorité face à un général rebelle.
Son frère Al-Kahir
(932-934), le prétendant malheureux de 929, est alors choisi par les
dignitaires. C'est un homme énergique qui se débarrasse au besoin par le
meurtre de ceux qui s'opposent à lui; il est victime d'une sédition
militaire montée par un de ses anciens vizirs, en 934; mais il refuse
d'abdiquer; il sera aveuglé (c'est-à-dire rendu juridiquement inapte au
califat) avec l'accord de son successeur, et vivra quinze années encore.
C'est alors que se dégrade
sans retour la situation politique du califat. Le fils d'Al-Muktadir, qui a été
au pouvoir, Al-Râdi (934-941), privé de ses ressources financières
que les gouverneurs de provinces n'envoient plus, remet en 936 le gouvernement
de l'Etat en 936, son successeur, Al Râdi, à bout de ressources octroie à
un chef militaire, Ibn Raïk, avec le titre de Grand Emir (Amir al Umara),
la responsabilité du gouvernement qui revenait jusque là au vizir : le chef
de l'administration civile disparaît, et c'est le début de la lutte entre
les militaires pour contrôler ce gouvernement. Le calife n'intervient plus
dans la vie politique qu'en favorisant les intrigues qui minent le pouvoir
d'un grand émir au profit d'un concurrent.
Après le décès d'Al-Râdi,
malade, en 941, son frère Al-Muttaki (941-944) qui aurait voulu
se passer de grand émir, vit dans une capitale qui est la proie des
affrontements armés entre militaires pour contrôler le gouvernement califien.
Par deux fois le calife, fuit Bagdad vers la Mésopotamie;
en 944 il a une entrevue sur l'Euphrate avec l'émir d'Egypte, l'Ikhshîd,
pour tenter d'obtenir son appui contre le grand émir, alors l'officier turc
Tuzun. Ayant échoué il rentre sur Bagdad où Tuzun le fait arrêter et
aveugler.
L'émir lui choisit un
successeur non parmi ses frères, les enfants d'Al-Muktadir, mais parmi ses
cousins, les fils du calife du début du Xe siècle Al-Muktafi. Le
nouveau calife prend le nom de Al-Mustakfi (944-946). Alors la
maladie et la mort de Tuzun livrent encore un peu plus le gouvernement
califien à qui veut le prendre.
Au cours du IXe
et Xe siècles, il surgit en Asie centrale et en Iran un ensemble
de principautés indépendantes de droit ou de fait, dont l'une d'entre elles,
celle des Bouyides (ou Buwyahides), originaire de l'aire Caspienne et d'obédience
chiite, se rendra, au Xe siècle, maîtresse de fait de l'Irak et
prenant sous sa tutelle le califat sunnite de Bagdad; tutelle qui durera
jusqu'à l'invasion des Turcs Seldjoukides en 1056. En 946 donc, Ahmad ibn
Buwayh installé à ce moment dans l'Ahwez, au sud-est de l'Irak, entre dans
Bagdad, dépose Al-Mustakfi et lui désigne à nouveau un successeur parmi les
fils d'Al-Muktadir : Al-Mûti (946-974). Le califat a désormais
perdu toute possibilité d'agir. La lutte pour le poste de grand émir est
terminée : pour un siècle la dignité va se transmettre dans la famille
buwaayhide; assez pragmatique dans le domaine politique pour ne pas vouloir
changer une situation dont ils tirent profit : le califat reste, pour la
majorité des musulmans, l'origine de la légitimation de tous les autres
pouvoirs, et peut donc être efficacement utilisé quand on le contrôle. Les
califes vivent désormais renfermés dans l'enceinte califienne de Bagdad, le
seul domaine dont ils sont à peu près les maîtres. Le gouvernement réel
est installé dans le palais du grand émir, au nord-est de la ville.
Lorsque, après la mort
du premier grand émir buwayhide, son fils Bakhtiyâr s'aliéna à la fois ses
troupes turques et l'opinion musulmane d'Irak parce qu'il ne se souciait pas
de l'avance byzantine en Mésopotamie, le hadjib chef des troupes turques se révolta
en 973, imposa l'abdication du calife Al-Mûti, qu'il considérait te comme
trop soumis aux Buwayhides, au profit de son fils Al-Tâï (974-991)
et se fit désigner par lui grand émir. Mais la tentative fut sans lendemain
car le révolté mourut assez vite, et l'ordre buwayhide fut rétabli par
Ahmad ad Dawla Fanâ Khusraw. Même la frappe de la monnaie califienne prit
fin alors.
En 991, le fils de
Ahmad ad Dawla, Bahâ ad Dawla Firûz, une fois fermement installé, fit déposer
Al-Tâï et le remplaça par le jeune Al-Kadir (991-1031).
Celui-ci retrouva un rôle pour le califat, aidé par des circonstances
favorables. L'installation habituelle à partir de 999, du chef de la famille
buwayhide à Shiraz, puis l'affaiblissement des Buwayhides, fait de Bagdad et
de ses environs une sorte de domaine propre du calife. Il réaffirme par
ailleurs le droit de la famille abbasside face aux Fatimides dénoncés comme
des imposteurs.
Lorsqu'il meurt en 1031
et désigne son fils Al-Kaïm (1031-1075) pour lui succéder, le
califat a retrouvé une fonction et un petit territoire comprenant Bagdad et
ses alentours où son influence est prépondérante. Le califat d'Al-Kaïm
marque l'épanouissement de ce renouveau. Le calife a retrouvé des vizirs, en
particulier le sunnite ibn Muslim. Mais voilà qu'à partir de 1056, la
situation confortable des califes confrontés à des princes buwayhides
affaiblis, prend fin et Al-Kaïm dut même accepter l'union d'une princesse
abbasside avec le nouveau maître politique seldjoukide, ce qui ne s'était
jamais vu. Et lorsque Al-Kaïm meurt en 1075, le califat est à nouveau placé
face à la réalité d'un pouvoir politique différent de lui, sunnite cette
fois, sans doute, mais d'abord soucieux de son intérêt.
En 1087 Malik Shah, le
sultan seldjoukide dont la puissance s'étendait désormais de Samarcande à
la Méditerranée, est à Bagdad où il marie une de ses filles au calife Al-Muktadi
(1075-1094) qui a succédé à son père Al-Kaïm; provisoirement au moins,
les relations entre les deux pouvoirs sont bonnes. Mais, l'union entre la
fille de Malik Shah et le calife Al-Muktadi n'avait pas été heureuse. En
1092 Malik Shah vint s'installer à Bagdad et signifia au calife qu'il avait
à quitter la ville. La mort du sultan empêcha cependant le projet de se réaliser.
Mais désormais les califes pouvaient tant craindre des sultans, et le but de
leur politique fut de saisir la moindre occasion pour préserver d'abord leur
autonomie.
Le calife Al-Muktadi
meurt deux ans après Malik Shah et son successeur Al-Mustadhir
(1094-1118), put exercer une autorité réelle.
A partir de 1118, en
effet, les Abbassides semblèrent pouvoir affirmer leur autorité avec le
calife Al-Mustarshid (1118-1135). En 1123 le calife dut seul,
sans l'aide du sultan, mener une armée contre les pillages des Mazyadides
arabes de Hilla, d'obédience shiite, et fut victorieux; ce qui lui donna une
grande autorité; les relations devinrent alors si mauvaises entre le calife
et le gouvernement seldjoukide de Bagdad que Mahmûd, le sultan de l'époque,
vint lui-même assiéger le calife de Bagdad en 1126 A la mort de Mahmûd, en
1131, le calife Al-Mustarshid a voulu affirmer la puissance renouvelée du
califat et a exprimé ses préférences entre les divers candidats en lutte
pour la succession du sultanat. Masûd, successeur de son frère Mahmûd en
1135, dut alors mener la guerre contre le calife qui, cette fois, fut fait
prisonnier et contraint de s'engager à ne plus jouer de rôle politique ou
militaire, puis assassiné dans le camp sultanien en 1135.
Son fils Al-Rashid
(1135-1136), refusa de reconnaître l'accord signé sous la contrainte par son
père, reprit les armes et soutint les rivaux du sultan Masûd. Celui-ci
s'empara alors de Bagdad et obtint une décision des ulémas qui autorisa la déportation
du calife.
Il le remplaça par son
oncle Al-Muktafi (1136-1160). Al-Rashid ayant fui vers le nord
pour continuer la lutte, fut assassiné deux ans plus tard à Isfahan. Dès
lors allaient s'affronter à découvert le sultan seldjoukide affaibli et le
calife abbasside bien décidé à profiter de cette faiblesse. Dès la mort du
sultan Masûd en 1152, Al-Muktafi occupa le domaine des Mazyadides de Hilla,
expulsa le gouvernement seldjoukide de Bagdad et confisqua les palais
sultaniens.
Le califat poursuit
ainsi sa lutte pour son indépendance. Al-muktafi puis, à partir de 1160, Al-Mustandjid
(1160-1170) ont pour vizir le savant hambalite ibn Hubayra qui, tout en menant
l'administration et l'armée, poursuit au profit du califat une politique de
rassemblement sunnite, en faisant appel aux quatre écoles juridiques.
L'action du califat est
encore plus vigoureuse avec l'accession au pouvoir du calife Al-Nasîr
(1180-1225) : il soutient les Eldiguzides contre le dernier sultan
seldjoukide,Tughrîl III. En 1187 les palais sultaniens sont rasés à Bagdad
et une armée califienne est envoyée, sans succés, contre Hamadhan. Quand
les atabeks eldiguzides incapables de continuer à contrôler le sultan, font
appel au Khwarazm Shah, Tekish, contre lui, et que le dernier seldjoukide
meurt en combat devant Rayy (1194), la tête du sultan est envoyée au calife
qui l'expose à Bagdad. Les Abbassides pouvaient ainsi célébrer leur libération
d'un pouvoir qui était apparu comme leur sauveur plus d'un siècle
auparavant. Cependant, pour avoir reconstitué une base territoriale sûre qui
occupait tout le sud de l'Irak, les Abbassides ne pouvaient guère prétendre
alors retrouver leur situation d'antan. Pourtant Al-Nasîr a essayé d'être,
comme sans doute ont voulu l'être les premiers Abbassides, le calife détenteur
de tous les pouvoirs, le guide de tous les musulmans; mais cette politique
aurait supposé la durée.
Au calife Al-Mustansir
(1226-1242), principal successeur d'Al-Nasîr, revint le mérite de
fonder à Bagdad la première madrasa ouverte aux quatre écoles juridiques,
l'énorme Mustansiriyya (1234) expression là aussi d'une volonté politique
d'union de tous les sunnites autour du califat.
Le califat abbasside
jetait en fait ses derniers feux. En 1258, les troupes mongoles de Hülegü
mettaient Bagdad à sac et tuaient le dernier calife, Al Mustasim
(1242-1258). La destruction de Bagdad fut l'un des épisodes les plus noirs de
l'histoire de l'Islam et le prélude à la conquête mongole, qui allait
bouleverser profondément le Moyen-Orient par les destructions, les massacres
et la ruine des villes. Seul un membre de la famille abbasside échappé au désastre
et refugié en Egypte assura à la dynastie une artificielle survie où,
jusqu'en 1517, se maintint au Caire une lignée de princes portant le titre de
calife mais ne disposant pour autant d'aucune autorité autre que religieuse.
3-Les Omeyyades d'Espagne ou Marwanides : 756-1031
Le
royaume Wisigoth d'Espagne avait été liquidé en moins de deux années par
les Arabes en 711. La Péninsule fut ensuite dirigée par des gouverneurs, délégués
pour l'Espagne, nommés directement par le Calife de Damas. Mais à partir de
732, à la mort du gouverneur Abdallah al Ghafiki, tué à la bataille de
Poitiers, le pays fut troublé par de nombreux soulèvements et révoltes dus
aux rivalités entre Arabes Kalbites et Qaisites. Mais le trouble le plus
grave fut le soulèvement des Berbères, soulèvement qui avait débuté au
Maroc sous la coupe d'un chef dynamique Maisara. Et il a fallu l'arrivée
massive de djunds (armée) syriens dépêchés de Damas, sous le commandement
du général Baldj pour en venir à bout en 741. Mais les troubles continuèrent
cette fois entre Arabes.
Ce fut dans ces
conditions qu'arriva , en 750, en Espagne, Abderrahman ibn Hisham ibn
Abdelmalik ibn Marwan, un des rares survivants du massacre de la dynastie des
Omeyyades perpétré par les Abbassides de Bagdad. Aidé des Arabes syriens,
qui appartenaient à la cavalerie naguère amenée par le général Baldj, et
des Berbères (sa mère Rah était une captive berbère) il défit, en 756,
Yusuf al-Fihri, le dernier gouverneur et se fit proclamer Emir d'al Andalus
dans la Grande Mosquée de Cordoue.
Abderrahman Ier(756-788)
s'efforça peu à peu de refaire l'unité de l'Espagne, qui avait vécu dans
l'anarchie pendant les décénnies suivant la conquête, et où s'affrontaient
les différents groupes ethniques : Arabes Yéménites et Qaïsites, Berbères
et Arabes, Espagnols convertis (Muwaleds) et Espagnols restés chrétiens
(Mozarabes). En dépit de nombreuses révoltes, fomentées par l'ancien
gouverneur Yusuf al-Fihri ou même commanditées directement par l'autorité
abbasside, comme en 763 celle d'ibn Mughith à Béja, ou les nombreuse
insurrections berbères, qui ensanglantèrent presque de bout en bout son règne,
anisi que différentes tentatives de membres de sa propre famille pour le
renverser, Abderrahman Ier put malgré
tout,jeter les bases politiques et administratives de son émirat. L'Espagne
musulmane, jusque-là simple province d'un immense Empire, se trouvait promue
au rang de principauté indépendante et, dès lors, maîtresse de sa destinée.
Ce fut, également, sous le règne de Abderrahman "al Dakhil"
que Cordoue commença à faire vraiment figure de capitale
musulmane. Abderrahman Ier mourut en 788, à moins de soixante ans.
Il transmettait à son successeur un royaume que les offensives chrétiennes
et les nombreuses séditions arabes et berbères n'avaient guère entamé et
qu'il avait dû, à plusieurs reprises, reconquérir sur ses propres sujets à
la force des armes.
Le règne de Hisham
Ier (788-796) allait être fort court ; à peine un peu
plus de sept ans; qui furent caractérisés par une absence presque complète
de sédition à l'intérieur du pays, mais il eut à juguler la révolte de
ses frères Abdallah et Sulaiman évincés du trône. Ce fut sans doute cette
relative tranquilité intérieure qui encouragea le pieux Hisham Ier
à porter presque chaque été de son règne (sawaïf ou expéditions
estivales), la guerre sainte sur le territoire asturien. Peu avant sa mort, il
favorisa la doctrine malikite et son adoption en Espagne musulmane et désigna
son second fils Al Hakam pour lui succéder.
A son avènement Al
Hakam Ier (796-822), contrairement à son père, du faire
face à des révoltes incessantes, et, en premier lieu, à une querelle
dynastique de la part de ses deux oncles, Sulaiman et Abdallah. Les plus
graves furent celles de la population de Tolède qui furent suivies d'une
sauvage répression, menée par Amrus sous l'ordre de l'Emir, en cette
"fameuse journée de la fosse" (797), mais qui n'empêcha pas les
Tolédans à se révolter de nouveau en 811 et 818. En 805, un grand nombre de
notables ainsi que les deux oncles de l'Emir (les fils de Abderrahman Ier)
qui avaient comploté pour le renverser, furent exécutés sans pitié.En 818,
une émeute d'un faubourg de Cordoue fut sauvagement réprimée et le faubourg
complétement rasé obligeant ses habitants à fuir le massacre et à
s'expatrier au Maroc, où ils occupèrent un quartier de Fès, ou en Crète, où
ils formèrent une petite colonie après avoir été chassés d'Egypte où ils
avaient débarqué précédemment. Ces massacres des Faubourgs valurent à l'Emir
le surnom d'al Rabadi ("celui des faubourgs"). Ce dynaste autocrate,
féroce et vindicatif usait de son pouvoir de manière tyrannique, mais il eut
pour principal mérite d'avoir su raffermir la restauration omeyyade en
Occident. A sa mort en 822, il laissait à son successeur un royaume tout
entier soumis à l'autorité émirale et à peine entamé par les offensives
franque et asturienne.
En accédant au trône, Abderrahman
II (822-852), fils d'Al Hakam Ier, prenait possession d'un
territoire presque entièrement pacifié, pourvu de cadres administratifs
suffisamment organisés, jouissant de finances prospères et d'une activité
économique en plein essor. Il a fallu pourtant lutter contre le péril représenté
par les Normands ("Madjus" ou idolâtres), lorsqu'ils s'emparèrent
de Cadix et de Séville, qu'ils pillèrent en 845, poursuivre les "sawaif"
contre les territoires asturiens et sévir contre une rébellion des mozarabes
de Cordoue, conduite par le clerc Euloge (850-859). C'est sous le règne de
Abderrahman II que le pays d'al Andalus prend véritablement figure d'Etat indépendant,
de royaume incontesté au regard du reste du monde musulman.
Sous le règne de
Muhammad Ier (852-886), l'Espagne musulmane allait connaître
encore d'assez longues périodes de calme politique et jouir dans la paix intérieure,
au moins jusqu'aux alentours de 875, des bienfaits d'une autorité à la fois
vigilante et équitable. Mais il y eut encore de nombreuses révoltes et
dissidences, parmi lesquelles celle des mozarabes Tolédans, aidés d'une
forte armée asturienne envoyée par le roi Ordono Ier, et écrasés
en 854; ou celle plus grave, fomentée par Ibn Marwan al Djilliki, qui finit
par créer une principauté autonome autour de Badajoz (886), l'année de la
mort de l'Emir. Son sucesseur Al Mundhir, eut, pendant son court
règne (886-888), des soucis bien plus pressants que la soumission d'Al
Djilliki. Il était en effet urgent de combattre Ibn Hafsoun qui avait soulevé
l'Andalousie actuelle, mais il tomba malade alors qu'il assiégeait le rebelle
à la tête de ses troupes. Il n'eut que le temps demander de Cordoue son frère
Abdallah pour lui confier la direction du siége avant de rendre l'âme.
Le règne de Abdallah
(888-912) fut relativement agité. Ce sont tantôt les muwalleds, qui se
dressent contre les Arabes, tantôt ces derniers qui, avec ou sans le concours
des Berbères, se portent à l'attaque des néo-musulmans, sans parler des
multiples complots dynastiques qui coûtèrent la vie à plus d'un membre de
sa famille. Quoiqu'il en soit on ne peut dénier à l'Emir Abdallah le mérite
d'avoir été, autant sinon plus qu'Al Hakam Ier et Aberrahman II,
celui qui a sauvegardé la restauration hispano-omeyyade réalisée à grande
peine par Abderrahman l'Immigré. Il laissa, néanmoins, un trône bien
chancelant à son petit-fils Abu al Muttarif Abderrahman. Un nouveau règne
s'ouvrait : celui du premier calife de Cordoue; et, avec lui, le IVe
siècle de l'ère du Prophète, le plus glorieux et le plus fécond de
l'histoire de l'Espagne musulmane.
Le redressement fut opéré
par Abderrahman III (912-961). Homme doué d'une intelligence réaliste
et méthodique, d'une ténacité à toute épreuve, ambitieux, tolérant,
courageux et organisateur, un prince exceptionnellement doué et dont la durée
peu commune de son règne - tout près d'un demi-siècle - lui permettra de
donner pleinement sa mesure. Il va restaurer dans Al-Andalus l'autorité et le
prestige de la maison omeyyade, reconquérir les territoires tombés en
dissidence, mettre fin à l'existence des principautés inféodées à Cordoue
et étouffer définitivement la rébellion andalouse. Il rétablit, également,
son autorité sur les marches du Nord. Au Maghreb, il fit tout pour
contrecarrer l'expansion fatimide, soutenant les tribus Zenata ansi que tous
les petits états qui se trouvaient en conflit avec la dynastie chiite,
obtenant une "vassalité" de fait à l'autorité omeyyade d'une
grande partie du nord du Maroc et de vastes territoires du Maghreb; vassalité
qui allait subsister, malgré de nombreuses vicissitudes, jusqu'à la fin du X
e siècle. Il occupa même deux places maritimes stratégiques du détroit
de Gibraltar : Ceuta et Tanger. C'est aussi à la fois pour répondre à la
proclamation du califat fatimide, qui constituait une menace, et pour
s'affirmer, dans l'esprit de ses propres sujets, que Abderrahman III accomplit
le geste le plus significatif de sa carrière politique, en adoptant les
titres éminents de "Calife" et de "Prince des Croyants"
en 929 , avec le surnom de "Nasir al Din Allah" (défenseur de la
religion d'Allah). Face aux Fatimides, le calife de Cordoue incarnait ainsi le
souvenir de la dynastie arabe de Damas et l'horthodoxie sunnite à un moment où
le califat abbasside était en pleine décadence. A sa mort, en 961, la
puissance arabe en Espagne se trouva alors à son apogée. Du royaume de
Cordoue, sans cesse disputé à ses prédécesseurs, secoué par la guerre
civile, les rivalités des clans arabes, les heurts des groupes ethniques
dressés les uns contre les autres, il avait su faire un Etat pacifié, prospère
et immensément riche. La civilisation de l'Espagne musulmane semblait capable
de rivaliser avec celle de l'Orient abbasside et surpassait de beaucoup celle
de l'Occident chrétien.
Le règne du successeur
d'Al Nasir, Al Hakam II (961-976) fut l'un des plus pacifiques
et des plus féconds de la dynastie hispano-omeyyade. Son nom restera avant
tout inséparable de celui de la merveille de l'art hispano-mauresque, la
Grande Mosquée de Cordoue, qu'il agrandit et dota d'une magnifique parure. Il
témoigna, également, toute sa vie, d'une dilection pour les sciences
islamiques comme pour les belle-lettres et les arts, ce qui a suffit à lui
assurer une renommée durable. De son temps , Cordoue, comme métropole des
choses de l'esprit, brilla peut être d'un éclat plus vif que sous Al Nasir.
Mais son règne fut beaucoup plus bref, à peine une quinzaine d'années. Il
prit le vocable honorifique d'al Mustansir Billah (celui qui cherche l'aide
victorieuse d'Allah). Il continua la même politique que son père aussi bien
à l'intérieur des frontières terrestres d'Al Andalus qu'au Maghreb
occidental, sans néanmoins l'énergie et le caractère autoritaire de son prédécesseur.
A la mort d'Al Hakam
II, l'autorité califienne va subir une atteinte sans précédent. Le nouveau
souverain, Hisham II (976-1013), étant trop jeune (il n'a que
douze ans), puis trop débile pour exercer lui-même le pouvoir ou le
revendiquer à sa majorité, celui-ci va passer entre les mains d'un véritable
dictateur, d'un "maire du palais", Ibn Abi Amir, à la
fois génial et sans scrupules, que son habilité politique, son ambition
illimitée, sa grande valeur militaire et la protection bienveillante de la
reine mère, porteront rapidement au faite des honneurs. Au bout de quelques
années, qui lui suffiront à mettre à bas ses adversaires, un coup d'Etat
lui assurera la direction exclusive et incontestée du gouvernement d'Al
Andalus. Il parcourra dès lors une carrière prestigieuse, s'affirmant, peut
être plus encore qu' Abderrahmane Al Nasir, comme le champion de la gloire de
l'Islam dans la Péninsule ibérique. Il inscrira aux fastes de l'Empire
hispabo-omeyyade ses plus retentissantes victoires sur la chrétienneté et il
maintiendra sous sa rude poigne la population intérieure. Pendant plus de
vingt ans, il apparaîtra comme le seul et véritable souverain d'Al Andalus,
tandis que le calife en titre ne sera qu'un fantoche et passera tout à l'arrière-plan
de la scène politique. Bientôt en ne l'appelera plus qu'Al Mansour
(le victorieux), l'Almanzor des chroniques chrétiennes. Il s'empara de
Barcelone, Léon et Saint-Jacques-de-Compostelle (997). A l'intérieur, il
mata l'aristocratie arabe et réorganisa l'armée en faisant venir des
contingents berbères. A sa mort en 1002, un de ses fils Abd Al Malik,
lui succéda, mais il ne gouverna que six ans (1002-1008) et se montrera
respectueux des consignes et de la tradition paternelle.
Le Calife Hisham régnant
toujours en titre, un troisième régent "amiride", Abderrahman,
s'arroge le pouvoir à la mort de son frère Abdelmalik. Ce ne sera que pour
quelques mois; puis s'ouvrira une crise politique d'une gravité extrême.
Elle se prolongera plus de vingt ans et entraînera la chute définitive du
califat omeyyade d'Occident. De 1008 à 10031, Al Andalus sombra dans la
guerre civile. Le califat disparut en 1031. Ce n'est pas une nouvelle dynastie
qui va se substituer à l'ancienne, mais au contraire l'Empire va se démembrer
en une nuée d'Etats minuscules, entre les mains de roitelets, connus sous le
nom de Reyes de Taïfas ("mamelouk al tawaïf" ou rois de
factions), qui vont revendiquer leur portion de l'héritage califien.
Deux noms, ceux d'Al
Nasir et d'Al Mansour, vont dominer de très haut, cependant, les annales de
toute l'Espagne au Xe siècle.
4-Les Fatimides : 909-1171
La
propagande chiite, qui proclamait que seuls avaient droit au califat les
descendants de Fatima, fille du Prophète, et d'Ali, quatrième calife, trouva
un terrain favorable dans les tribus berbères du Maghreb les Kutama (en
petite Kabylie), qui appuyèrent un réfugié venu d'orient, Ubayd Allah,
qui se prétendait être le "Mahdi" annoncé, descendant du
septième Imam. Ubayd Allah vivait en Syrie, à Salamiya, centre de propagande
ismaïlienne. Il s'affirmait descendant de Fatima et répandait sa propagande
en Mésopotamie, la Perse et le Yémen.
C ' est Abu Abdallah, daï
(missionnaire) du Mahdi qui suivi les Kutama (rencontrés lors d'un pélerinage
à La Mecque) au Maghreb où il se fixa. Il sut gagner à la cause du Mahdi,
la tribu des Kutama, dont il fit une armée fanatique qu'il lança contre
l'armée arabe (aghlabide) d'Ifriqiya. Entre 902 et 909, il établit son
autorité sur tout le territoire aghlabide, puis partit chercher son maître
le Mahdi, Ubayd Allah, qui entre temps fuyant les autorités de Bagdad s'était
refugié à Sijilmasa, au Maroc, où il fut retenu prisonnier. C'est là que
l'armée kutamienne vint le délivrer, après avoir balayé au passage le
royaume rostémide (kharidjite) de Tahert (909). En 910, Ubayd Allah fit une
entrée solennelle à Raqqada, capitale des Aghlabides et prit officiellement
le surnom d'Al Mahdi et le titre de Calife et Commandant des
Croyants (Amir al Mouminîn).
Se considérant, de par
son ascendance, comme héritier légitime de l'Empire musulman tout entier, il
avait pour principal objectif d'étendre sa domination sur tout le monde
islamique et tourna tout d'abord, ses regards du côté de l'Egypte. Dès
l'hiver 913, il mit sur pied une première expédition commandée par son fils
Abu Al Kassim Al Kaïm. Celui-ci après avoir occupé sans difficulté
Alexandrie fut délogé par les troupes abbassides envoyées de Bagdad. Quatre
années plus tard, deuxième tentative, mais de nouveau après avoir occupé
Alexandrie, Abu Al Kassim dut battre en retraite et retourner en Ifriqiya. En
921, Ubayd Allah créa une nouvelle capitale : Mahdiya, au sud de Sousse. En
922, renonçant pour un temps à ses projets orientaux et avec l'aide de la
tribu berbère des Meknasa, les troupes chiites s'emparent de Sijilmasa, de Fès
et d'une partie du Maroc, qui passe ainsi sous protectorat fatimide par
l'intermédiaire des Meknasa.
A son avènement au
pouvoir Abu Al Kassim Al Kaïm (934-946) fit une troisième
tentative contre l'Egypte, qui aboutit à un nouvel échec. Il occupa la
Sicile, où en 948 furent installés des gouverneurs Kalbites (d'origine
syrienne) et, au Maghreb, réduisit les Meknasa du Maroc passés aux Omeyyades
d'Espagne, et confia leurs territoires aux Idrissides. Sous son règne, le
plus grand danger vint de la tribu des Zenatâ (autre tribu berbère) dirigée
par Abu Yazid, "l'homme à l'âne", qui arriva à soulever le
Maghreb et amena la dynastie fatimide à deux doigts de sa perte. Ce
kharidjite ibadite conquit rapidement l'Ifriqiya et mit le siège devant
Mahdiya, seule parcelle de l'Empire fatimide restée aux mains du calife
(944). Mais, ce dernier fut délivré par une autre tribu berbère, les
Sanhadja d'Achir (région de Boghari en Algérie), commandée par leur chef Ziri
ibn Maned, qui, se faisant, sauva la dynastie chiite.
En 946, à la mort d'Al
Kaïm, son fils Abu Al Abbas Ismaïl Al Mansûr (946-953) lui
succéda. Il mit toute son énergie à chasser le rebelle, Abou Yazid, et à
reconquérir son Etat. En 946, en de sanglantes batailles, il décidait du
sort de la rébellion. Cette victoire allait liquider, définitivement, le
kharidjisme du Maghreb musulman. En 947, Al Mansûr éleva une ville dans la
banlieue de Kairouan, Mansuriya et édifia une grande mosquée à Reggio di
Calabra en Sicile où il dut réprimer une révolte la même année.
Le règne d' Al
Muïzz (953-975) marque à la fois l'apogée et la fin de la
domination fatimide sur le Maghreb. Avec les contingents Sanhadja de Ziri, il
s'empare de Fès et soumet le pays jusqu'à Tanger et Ceuta (958). Il établit
ainsi une paix intérieure que le Maghreb n'avait pas connue depuis longtemps.
Rassuré sur la situation du Maghreb occidental, il put enfin réaliser les
ambitions des autorités fatimides sur l'Egypte. En févier 969, il fit partir
la majeure partie de son armée, commandée par son général Djawhar. L'armée
des ghulams ikhshidides vaincue s'enfuit en Syrie. Bien accueilli par la
population civile Djawhar fonda à peu de distance de Fustat-Misr, Le Caire (El
Kahira), nouvelle capitale. L'Egypte devint fatimide pour deux siècles. Une
fois le danger écarté, Djawhar pria l'Imam Al Muizz de venir le rejoindre.
La dynastie abondonna alors, sans idée de retour, l'Ifriqiya, confiée à
Bologgin ibn Ziri, le fondateur de la dynastie ziride. Al Muizz entra dans sa
nouvelle capitale en juin 973. Puis l'armée fatimide occupa la Palestine, évacuée
par les Karmates vaincus en 974 près du Caire; puis Damas, ainsi que les deux
villes saintes d'Arabie. Sous son règne, la cour du Caire connut un faste qui
n'avait rien à envier à la cour de Bagdad. Ce fut, également, une période
de grande floraison artistique et d'importante expansion économique. En 972,
il fit construire la Grande Mosquée d'Al Azhar.
En 975, Al Aziz
succéda à son père. Il va dans un premier temps, avec l'aide de son vizir
Ibn Killis, réorganiser la fiscalité et faire du Caire un centre financier
de premier plan en méditerranée. Mais la réussite militaire ne fut pas à
la hauteur de ses ambitions. Damas s'était donnée en juin 975 à un maître
turc, Alp Takin, ancien ghulam du Buwayhide de Bagdad, qui constitua une
principauté en Syrie centrale où les Fatimides ne conservèrent guère que
le port fortifié de Tripoli. Mais en 978 l'armée fatimide conduite par Al
Aziz en personne finit par s'emparer du Turc près de Ramla et récupérer la
Syrie. En 996, Al Aziz mourut près du Caire alors qu'il tentait depuis
plusieurs mois de réunir une armée capable d'affronter les Byzantins qui
menaçaient la Syrie du nord. La fin de son règne fut assombrie par une
impuissance de l'Etat fatimide, tant dans le domaine militaire que celui des
finances publiques, impuissance qui annonçait les crises du XIe siècle.
Le fils et héritier désigné
d'Al Aziz, Al Hâkim (996-1021), ayant moins de onze ans à son
avènement, il fallut organiser une régence de fait. Il accédait à l'imamât
alors que l'opposition entre les militaires turcs et les tribus berbères était
à son paroxysme. Enfant il fut le témoin des conflits sanglants qui déchiraient
les hauts dignitaires, civils et militaires de tous bords, qui se disputaient
le pouvoir; lui-même ne fut pas à l'abri d'un projet d'assassinat. Il en
garda une méfiance maladive à l'égard de ses proches, qui fit de lui plus
tard un calife atypique, qui manifesta très tôt une originalité de caractère
et de comportement. Sa méfiance devenant une idée fixe, se transforma peu à
peu en folie meurtrière contre les hauts dignitaires et les étrangers. Même
au point de vue religieux il fut montre d'originalité. Voulant unifier
l'Islam, sunnite et chiite, il interdit le pélerinage à La Mecque et eut le
projet à partir de 1010 de faire du Caire un centre unique de pélerinage
pour tous ses sujets. Certains de ses adeptes virent même en lui le véritable
mahdi et allèrent jusqu'à le diviniser, donnant naissance à la secte
druze. Mais, parallèlement, il s'intéressa aussi aux différents
domaines de la science et appela à lui les plus grands savants de son époque.
Son règne connut peu d'épisodes militaires glorieux. Il disparut en 1021 au
cours d'un complot sur lequel la clarté n'a jamais été faite.
A sa mort, sa soeur Sitt
al-Mulk joua un rôle important. Elle fit proclamer Imâm, Ali
Al Zâhir (1021-1036), le jeune fils d'Al Hâkim, et conserva la régence
jusqu'à sa mort en 1024. Contrairement à son père, Al Zahir ne prit jamais
en mains directement les affaires de l'Empire. Il laissa un petit groupe
d'hommes de cour, généraux ou administrateurs civils, gouverner à sa place.
En 1025, la situation se dégrade en Syrie, où Ibn Mirdâs, le chef des Bânû
Kilab de Syrie provoque une insurrection générale des Bédouins contre l'Etat
fatimide. Ainsi la ville d'Alep fut perdue, Ramla fut totalement saccagée et
Damas ne dut son salut qu'à l'organisation de sa défense par un grand Chérif.
Ce n'est qu'en 1029 que la coalition arabe fut définitivement démantelée.
Les Bânû Kilab conservèrent Alep mais l'ordre fatimide régna à nouveau en
Syrie centrale et méridionale.
En 1036, Al Zâhir
mourut et fut remplacé par Al Mustansir (1036-1094), qui eut
jusqu'en 1094 le plus long règne qu'ait connu un souverain musulman au moyen
Age. Jusqu'en 1060, le régime fatimide, secoué au sommet par des luttes
d'influence (les vizirs au Caire comme les gouverneurs à Damas se succédèrent)
parut conserver grandeur et efficacité. Le Caire dominait les villes saintes
d'Arabie, tenait toujours la Syrie centrale et méridionale. En 1049, le
calife exaspéré par l'indépendance des vassaux zirides en Ifriqiya et leur
allégeance au califat abbasside de Bagdad, expédia vers l'ouest, pour les
punir, les tribus nomades d'Egypte, les Banû Hilal, qui dévastèrent le
pays. De 1065 à 1072, pendant sept ans, l'Egypte connut de graves troubles
internes ayant pour origine les dissensions entre les différents corps d'armée
issus des diverses ethnies (Berbères, Turcs, Daylamites...), qui avides de
pouvoir, menèrent entre eux une lutte sauvage, parsemée de retournements
d'alliance, de trahisons, de massacres, de pillages. Pendant cette période Al
Mustansir perdit tout pouvoir. A l'automne 1073, il fit appel au général arménien
Badr al-Djamâli, gouverneur d'Acre en Palestine. Badr établit en Egypte un
nouveau régime, dit vizirat de "délégation", qui réservait au
chef de l'armée toute l'autorité des affaires civiles et militaires de l'Etat
fatimide. En 1076, le dernier Fatimide de Damas dut abondonner la ville et le
chef turc Atsiz s'y installa. Il ne demeurait de présence fatimide en Syrie
que dans certains ports (Tripoli, Sayda, Tyr et Acre). De leur côté, en
1039, les Francs dépouillèrent les Fatimides de Jérusalem, puis jusqu'en
1124 des grands ports du littoral libanais et palestinien. Les Fatimides,
repliés sur l'Egypte, remodelèrent leur espace géopolitique et changèrent
de stratégie; menacées à l'ouest par les tribus berbères de Tripolitaine,
à l'est par les Francs. Badr al-Djamâli avait échoué en Syrie mais avait
reconstruit l'Etat en Egypte. Il conserva le pouvoir jusqu'à sa mort en 1094,
quelques mois avant Al Mustansir.
A la mort d'Al
Mustansir, son fils Al Nizâr, héritier désigné, âgé de cinquante ans,
fut écarté par le vizir al-Afdal, fils de Badr, au profit d'Al Mustâli
(1094-1101); la rébellion qui s'en suivit fut à l'origine du mouvement
nizarite ou néo-ismaïlmien. Sous son règne, les croisés suivant le
littoral libanais, prirent Jérusalem en 1099 et Ascalon en 1099, puis entre
1100 et 1101 : Hayfa et Césarée. Ils devaient poursuivre ensuite par Acre en
1104, Tripoli en 1109, Sayda en 1110, Tyr en 1124.
A la mort d'Al Mustâli
en 1101, al-Afdal fit nommer calife le fils de ce dernier Al Amir,
âgé de cinq ans. En 1130, il fut assassiné par les Nîzâri. Il ne laissait
aucun fils. Un cousin du calife décédé, Abd al-Madjid, fut désigné comme
régent, puis calife sous le nom d'Al Hâfiz (1130-1149). A sa
mort il fut remplacé par son fils, Al Zâfir (1149-1154), âgé
de dix sept ans, qui fut assassiné en 1154 et remplacé par son fils Al
Faïz (1154-1160), un enfant de cinq ans, traumatisé par les scènes
de meurtre dont il avait été témoin et qui devait mourir en 1160, âgé d'à
peine neuf ans.
Al Adid (1160-1171),
onzième et dernier calife fatimide d'Egypte, était le petit fils d'Al Hafiz.
En 1169, Nur al-Din, maître zengide de la Syrie, à l'appel du calife, pour
mettre de l'ordre à l'intérieur du pays, envoya une expédition en Egypte
commandée par le Kurde Shîrkûh, assisté de son neveu Salah al-Din. En
janvier 1169, Shîrkûh vainqueur devint vizir, mais malade il mourut quelques
mois plus tard laissant le commandement à Salah al-Din, plus connu en
Occident sous le nom de Saladin. Celui-ci prit le titre de vizir fatimide et rétablit
l'ordre d'une main de fer, n'hésitant pas, pendant l'été 1169, à
l'occasion d'une révolte de palais, de faire donner les troupes turques et
kurdes, exterminant les quatre milles soldats noirs, puis les soldats arméniens
de l'armée fatimide. Le calife Al Adid mourut en novembre 1171 et Salah
al-Din régna en maître sur l'Egypte à la tête de la dynastie des
Ayyoubides.