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     Ce fut  en 750, en Espagne, Abderrahman ibn Hisham ibn Abdelmalik ibn Marwan, un des rares survivants du massacre de la dynastie des Omeyyades perpétré par les Abbassides de Bagdad. Aidé des Arabes syriens, qui appartenaient à la cavalerie naguère amenée par le général Baldj, et des Berbères (sa mère Rah était une captive berbère) il défit, en 756, Yusuf al-Fihri, le dernier gouverneur et se fit proclamer Emir d'Al Andalus dans la Grande Mosquée de Cordoue.
     
Abderrahman Ier(756-788) s'efforça peu à peu de refaire l'unité de l'Espagne, qui avait vécu dans l'anarchie pendant les décennies suivant la conquête, et où s'affrontaient les différents groupes ethniques : Arabes Yéménites et Qaïsites, Berbères et Arabes, Espagnols convertis (Muwaleds) et Espagnols restés chrétiens (Mozarabes). En dépit de nombreuses révoltes, fomentées par l'ancien gouverneur Yusuf al-Fihri ou même commanditées directement par l'autorité abbasside, comme en 763 celle d'ibn Mughith à Béja, ou les nombreuse insurrections berbères, qui ensanglantèrent presque de bout en bout son règne, ainsi que différentes tentatives de membres de sa propre famille pour le renverser, Abderrahman Ier  put malgré tout, jeter les bases politiques et administratives de son émirat. L'Espagne musulmane, jusque-là simple province d'un immense Empire, se trouvait promue au rang de principauté indépendante et, dès lors, maîtresse de sa destinée. Ce fut, également, sous le règne de Abderrahman "al Dakhil" que Cordoue commença à faire vraiment figure de capitale musulmane. Abderrahman Ier mourut en 788, à moins de soixante ans. Il transmettait à son successeur un royaume que les offensives chrétiennes et les nombreuses séditions arabes et berbères n'avaient guère entamé et qu'il avait dû, à plusieurs reprises, reconquérir sur ses propres sujets à la force des armes.
     
Le règne de Hisham Ier (788-796) allait être fort court ; à peine un peu plus de sept ans; qui furent caractérisés par une absence presque complète de sédition à l'intérieur du pays, mais il eut à juguler la révolte de ses frères Abdallah et Sulaiman évincés du trône. Ce fut sans doute cette relative tranquillité intérieure qui encouragea le pieux Hisham Ier à porter presque chaque été de son règne (sawaïf ou expéditions estivales), la guerre sainte sur le territoire asturien. Peu avant sa mort, il favorisa la doctrine malikite et son adoption en Espagne musulmane et désigna son second fils Al Hakam pour lui succéder.
     
A son avènement Al Hakam Ier (796-822), contrairement à son père, du faire face à des révoltes incessantes, et, en premier lieu, à une querelle dynastique de la part de ses deux oncles, Sulaiman et Abdallah. Les plus graves furent celles de la population de Tolède qui furent suivies d'une sauvage répression, menée par Amrus sous l'ordre de l'Emir, en cette "fameuse journée de la fosse" (797), mais qui n'empêcha pas les Tolédans à se révolter de nouveau en 811 et 818. En 805, un grand nombre de notables ainsi que les deux oncles de l'Emir (les fils de Abderrahman Ier) qui avaient comploté pour le renverser, furent exécutés sans pitié.En 818, une émeute d'un faubourg de Cordoue fut sauvagement réprimée et le faubourg complètement rasé obligeant ses habitants à fuir le massacre et à s'expatrier au Maroc, où ils occupèrent un quartier de Fès, ou en Crète, où ils formèrent une petite colonie après avoir été chassés d'Egypte où ils avaient débarqué précédemment. Ces massacres des Faubourgs valurent à l'Emir le surnom d'al Rabadi ("celui des faubourgs"). Ce dynaste autocrate, féroce et vindicatif usait de son pouvoir de manière tyrannique, mais il eut pour principal mérite d'avoir su raffermir la restauration Omeyyade en Occident. A sa mort en 822, il laissait à son successeur un royaume tout entier soumis à l'autorité émirale et à peine entamé par les offensives franque et asturienne.
     En accédant au trône, Abderrahman II (822-852), fils d'Al Hakam Ier, prenait possession d'un territoire presque entièrement pacifié, pourvu de cadres administratifs suffisamment organisés, jouissant de finances prospères et d'une activité économique en plein essor. Il a fallu pourtant lutter contre le péril représenté par les Normands ("Madjus" ou idolâtres), lorsqu'ils s'emparèrent de Cadix et de Séville, qu'ils pillèrent en 845, poursuivre les "sawaif" contre les territoires asturiens et sévir contre une rébellion des mozarabes de Cordoue, conduite par le clerc Euloge (850-859). C'est sous le règne de Abderrahman II que le pays d'al Andalus prend véritablement figure d'Etat indépendant, de royaume incontesté au regard du reste du monde musulman.
     
Sous le règne de Muhammad Ier (852-886), l'Espagne musulmane allait connaître encore d'assez longues périodes de calme politique et jouir dans la paix intérieure, au moins jusqu'aux alentours de 875, des bienfaits d'une autorité à la fois vigilante et équitable. Mais il y eut encore de nombreuses révoltes et dissidences, parmi lesquelles celle des mozarabes Tolédans, aidés d'une forte armée asturienne envoyée par le roi Ordono Ier, et écrasés en 854; ou celle plus grave, fomentée par Ibn Marwan al Djilliki, qui finit par créer une principauté autonome autour de Badajoz (886), l'année de la mort de l'Emir. Son successeur Al Mundhir, eut, pendant son court règne (886-888), des soucis bien plus pressants que la soumission d'Al Djilliki. Il était en effet urgent de combattre Ibn Hafsoun qui avait soulevé l'Andalousie actuelle, mais il tomba malade alors qu'il assiégeait le rebelle à la tête de ses troupes. Il n'eut que le temps demander de Cordoue son frère Abdallah pour lui confier la direction du siége avant de rendre l'âme.
     
Le règne de Abdallah (888-912) fut relativement agité. Ce sont tantôt les muwalleds, qui se dressent contre les Arabes, tantôt ces derniers qui, avec ou sans le concours des Berbères, se portent à l'attaque des néo-musulmans, sans parler des multiples complots dynastiques qui coûtèrent la vie à plus d'un membre de sa famille. Quoiqu'il en soit on ne peut dénier à l'Emir Abdallah le mérite d'avoir été, autant sinon plus qu'Al Hakam Ier et Aberrahman II, celui qui a sauvegardé la restauration hispano-omeyyade réalisée à grande peine par Abderrahman l'Immigré. Il laissa, néanmoins, un trône bien chancelant à son petit-fils Abu al Muttarif Abderrahman. Un nouveau règne s'ouvrait : celui du premier calife de Cordoue; et, avec lui, le IVe siècle de l'ère du Prophète, le plus glorieux et le plus fécond de l'histoire de l'Espagne musulmane.
     
Le redressement fut opéré par Abderrahman III (912-961). Homme doué d'une intelligence réaliste et méthodique, d'une ténacité à toute épreuve, ambitieux, tolérant, courageux et organisateur, un prince exceptionnellement doué et dont la durée peu commune de son règne - tout près d'un demi-siècle - lui permettra de donner pleinement sa mesure. Il va restaurer dans Al-Andalus l'autorité et le prestige de la maison omeyyade, reconquérir les territoires tombés en dissidence, mettre fin à l'existence des principautés inféodées à Cordoue et étouffer définitivement la rébellion andalouse. Il rétablit, également, son autorité sur les marches du Nord. Au Maghreb, il fit tout pour contrecarrer l'expansion fatimide, soutenant les tribus Zenata ainsi que tous les petits états qui se trouvaient en conflit avec la dynastie chiite, obtenant une "vassalité" de fait à l'autorité Omeyyade d'une grande partie du nord du Maroc et de vastes territoires du Maghreb; vassalité qui allait subsister, malgré de nombreuses vicissitudes, jusqu'à la fin du X e siècle. Il occupa même deux places maritimes stratégiques du détroit de Gibraltar : Ceuta et Tanger. C'est aussi à la fois pour répondre à la proclamation du califat fatimide, qui constituait une menace, et pour s'affirmer, dans l'esprit de ses propres sujets, que Abderrahman III accomplit le geste le plus significatif de sa carrière politique, en adoptant les titres éminents de "Calife" et de "Prince des Croyants" en 929 , avec le surnom de "Nasir al Din Allah" (défenseur de la religion d'Allah). Face aux Fatimides, le calife de Cordoue incarnait ainsi le souvenir de la dynastie arabe de Damas et l'orthodoxie sunnite à un moment où le califat abbasside était en pleine décadence. A sa mort, en 961, la puissance arabe en Espagne se trouva alors à son apogée. Du royaume de Cordoue, sans cesse disputé à ses prédécesseurs, secoué par la guerre civile, les rivalités des clans arabes, les heurts des groupes ethniques dressés les uns contre les autres, il avait su faire un Etat pacifié, prospère et immensément riche. La civilisation de l'Espagne musulmane semblait capable de rivaliser avec celle de l'Orient abbasside et surpassait de beaucoup celle de l'Occident chrétien.
     
Le règne du successeur d'Al Nasir, Al Hakam II (961-976) fut l'un des plus pacifiques et des plus féconds de la dynastie hispano-omeyyade. Son nom restera avant tout inséparable de celui de la merveille de l'art hispano-mauresque, la Grande Mosquée de Cordoue, qu'il agrandit et dota d'une magnifique parure. Il témoigna, également, toute sa vie, d'une dilection pour les sciences islamiques comme pour les belle-lettres et les arts, ce qui a suffit à lui assurer une renommée durable. De son temps , Cordoue, comme métropole des choses de l'esprit, brilla peut être d'un éclat plus vif que sous Al Nasir. Mais son règne fut beaucoup plus bref, à peine une quinzaine d'années. Il prit le vocable honorifique d'al Mustansir Billah (celui qui cherche l'aide victorieuse d'Allah). Il continua la même politique que son père aussi bien à l'intérieur des frontières terrestres d'Al Andalus qu'au Maghreb occidental, sans néanmoins l'énergie et le caractère autoritaire de son prédécesseur.
     
A la mort d'Al Hakam II, l'autorité califienne va subir une atteinte sans précédent. Le nouveau souverain, Hisham II (976-1013), étant trop jeune (il n'a que douze ans), puis trop débile pour exercer lui-même le pouvoir ou le revendiquer à sa majorité, celui-ci va passer entre les mains d'un véritable dictateur, d'un "maire du palais", Ibn Abi Amir, à la fois génial et sans scrupules, que son habilité politique, son ambition illimitée, sa grande valeur militaire et la protection bienveillante de la reine mère, porteront rapidement au faite des honneurs. Au bout de quelques années, qui lui suffiront à mettre à bas ses adversaires, un coup d'Etat lui assurera la direction exclusive et incontestée du gouvernement d'Al Andalus. Il parcourra dès lors une carrière prestigieuse, s'affirmant, peut être plus encore qu' Abderrahmane Al Nasir, comme le champion de la gloire de l'Islam dans la Péninsule ibérique. Il inscrira aux fastes de l'Empire hispabo-omeyyade ses plus retentissantes victoires sur la chrétienneté et il maintiendra sous sa rude poigne la population intérieure. Pendant plus de vingt ans, il apparaîtra comme le seul et véritable souverain d'Al Andalus, tandis que le calife en titre ne sera qu'un fantoche et passera tout à l'arrière-plan de la scène politique. Bientôt en ne l'appellera plus qu'Al Mansour (le victorieux), l'Almanzor des chroniques chrétiennes. Il s'empara de Barcelone, Léon et Saint-Jacques-de-Compostelle (997). A l'intérieur, il mata l'aristocratie arabe et réorganisa l'armée en faisant venir des contingents berbères. A sa mort en 1002, un de ses fils Abd Al Malik, lui succéda, mais il ne gouverna que six ans (1002-1008) et se montrera respectueux des consignes et de la tradition paternelle.
     
Le Calife Hisham régnant toujours en titre, un troisième régent "amiride", Abderrahman, s'arroge le pouvoir à la mort de son frère Abdelmalik. Ce ne sera que pour quelques mois; puis s'ouvrira une crise politique d'une gravité extrême. Elle se prolongera plus de vingt ans et entraînera la chute définitive du califat Omeyyade d'Occident. De 1008 à 10031, Al Andalus sombra dans la guerre civile. Le califat disparut en 1031. Ce n'est pas une nouvelle dynastie qui va se substituer à l'ancienne, mais au contraire l'Empire va se démembrer en une nuée d'Etats minuscules, entre les mains de roitelets, connus sous le nom de Reyes de Taïfas ("mamelouk al tawaïf" ou rois de factions), qui vont revendiquer leur portion de l'héritage califien.
     
Deux noms, ceux d'Al Nasir et d'Al Mansour, vont dominer de très haut, cependant, les annales de toute l'Espagne au Xe siècle

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