Si tel était le but, le Portugal pourrait se présenter comme le laboratoire idéal où expérimenter la pertinence d'une démarche synergique de valorisation culturelle associant les avancées de la recherche scientifique et de la sensibilisation du public. |
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Le cas de l'art
islamique sur les terres de l'ancien Gharb al-Andalus connu aujourd'hui sous le nom du Portugal, cet extrême Couchant, est tout à fait révélateur à ce
titre.
Car à première vue, malgré les prégnants échos de la toponymie, les huit siècles de présence musulmane n'ont pas laissé de traces monumentales aussi patentes ou aussi "spectaculaires" que dans la proche Andalousie ou sur les autres terres islamisées de la péninsule Ibérique.
Plusieurs
facteurs expliquent ce phénomène. Certains sont d'ordre purement
matériel : on sait les ravages causés par les tremblements de terre
sur l'urbanisme et l'architecture, et la perte de "lisibilité" des
formes d'origine induite par la densification des tissus
urbains.
D'autres,
plus significatifs d'un point de vue comparatif, tiennent à
l'histoire, et s'avèrent fertiles en enseignements. Ceux-là sont
plus que jamais à interroger, car en mettant au jour un patrimoine
mal connu, y compris de la population locale, ils contribuent aussi
à balayer nombre d'idées reçues. De ce point de vue, le Portugal est
un terrain hautement propice à de salutaires réévaluations.
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En
effet, contrairement à certains mythes savamment entretenus, c'est
précisément parce que le formidable développement des routes
maritimes avait déjà largement ouvert la région au commerce des
biens et des idées que la civilisation musulmane n'a pas eu à
s'imposer par la force de l'épée, mais a pu s'insérer presque en
douceur dans les pratiques et les modes de vie autochtones. Dès
lors, le recours à la force et à l'ostentation se fait moins
pressant, et c'est dans l'harmonie d'une subtile symbiose avec
l'architecture vernaculaire que s'opère le passage de témoins.
D'autre part, la région étant plutôt excentrée par rapport
aux centres politiques de Cordoue et Séville entre le VIIe et le
XIIIe siècle, elle ne fit pas l'objet de grands programmes religieux ou palatins, dont les réalisations moins nombreuses adoptent cependant le langage stylistique des édifices plus orientaux de la péninsule Ibérique. Cet éloignement fut encore accru par l'éclosion récurrente d'autonomies régionales immédiatement soutenues par les populations autochtones, y compris par les communautés musulmanes :
aussi le paysage architectural a-t-il évolué par contaminations
mutuelles, et non sous le coup de violents rapports de force.
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C'est
donc dans les volumes, dans les techniques de construction, dans les
compléments fonctionnels ou décoratifs de l'architecture populaire
que la mémoire de la symbiose andalousienne reste le plus
profondément gravée. Sans elle, on ne pourrait pas expliquer
l'explosion au XVIe siècle de la décoration mudéjare, de l'art
manuélin et du gothique de l'Alentejo, où d'audacieux appareils
voûtés se combinent aux délicats encadrements et au savant
revêtement polychrome de l'azulejo.

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Mais
cet héritage "musulman" se lit aussi aujourd'hui dans toute une
mosaïque de détails, dans la dolence des chœurs populaires de
l'Alentejo, dans les entrelacs contenus des tissages de Coimbra,
dans les savants ornements de la céramique de Redondo, dans
l'organisation des jardins ou la saveur d'une escabeche, dans la
légende de la Maure enchantée…
C'est pourquoi au Portugal
plus qu'ailleurs s'impose une promotion concertée des résultats de
l'investigation archéologique, documentaire et patrimoniale : elle
seule permet d'éclairer les cheminements croisés qui conduisent à
cette culture singulière, d'en identifier les manifestations
artistiques et d'en comprendre le rôle dans l'ensemble de la
Méditerranée islamique.
C'est ainsi qu'une riche moisson de
trouvailles archéologiques restitue dans leur évolution chapiteaux,
épigraphes, stèles funéraires ou céramiques des époques califale et
almohade… De fines restaurations mettent au jour la facture
typiquement mudéjare des arcs outrepassés inscrits dans leurs beaux
alfiz moulurés, tandis que certaines églises jusque-là classées
comme wisigothiques peuvent aujourd'hui être rendues à leur identité
première de mosquée…