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Entre le mois de septembre 1609 et le mois de mars 1612, Neuf cent
mille Morisques auront disparu du territoire espagnol.
Auparavant , depuis le triomphe des rois catholiques ,
nombre d'entre eux auront déjà été déplacés et relocalisés
sur ordre royal pour être mieux contrôlés . Ainsi en 1581
les cinq cent mille morisques de Grenade sont frappés
d'expulsion vers l'Aragon , la Castille, ''Extremadure, en
punition pour leur participation à la longue rebellion des
Alpujarras qui a éclaté en 1567.
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Cette
fois, il s'agit de la solution finale de la Question
Morisque, par leur 'élimination du territoire.
Longuement préparée, elle est mise en oeuvre par une
Milice spécialement constituée : la Milice de la
Confrérie de la Sainte Croix , dont les membres
portent une croix blanche sur leur vêtement. La
Milice est chargée du recensement ,maison par maison
et du fichage aussi discret que possible des
morisques , travail qui exige du temps. Le jour venu,
les rafles commencent d'abord à Valence où les
déportés sont conduits sur des plages et des sites
d'embarquement tenus par des militaires .(le roi a
fait revenir dans la péninsule ses troupes spéciales
(les Tercios stationnés à Naples et en Lombardie).
Les deux cent cinquante mille Morisques de Valence
ne se laissent pas embarquer facilement , et une
résistance armée d'organise dans les montagnes que
l'armée ne pourra vaincre qu'au termes de mois de
poursuites et de massacres. Les opérations de
déportation suivront à Seville, Grenade ,en
Extremadure et Aragon, accompagnées de résistances
armées, et de répressions necessairement sanglantes. |
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Village
des Albocharat (on remarque le Minare au centre du
village) |
Dans cette grande déportation qui frappe un huitième de la population,
qui a souvent l'aspect d'une chasse à l'homme, ceux qui
échappent aux massacres, à la mort par inanition ou épidémie
dans les camps de regroupement , n'arrivent pas tous en
afrique, souvent ils se noient ou ils sont noyés. Les
morisques rebelles valides sont envoyés aux galères , les
femmes et enfants vendus comme esclaves. (quelques enfants
sont placés dans des institutions religieuses pour en faire
de bon chrétiens.)
La monarchie espagnole aura toujours le soucis de fonder en droit toutes
ses décisions; ainsi le corpus juridique élaboré par les
docteurs de l'église et par les conseillers du roi,
constitute-t-il une anticipation frappante de l'ethnicisme
et du racisme du XXeme siècle.
Les Morisques sont en effet, comme les autres espagnols un
mélange de Celtes Ibères Wisigoths et de Berbèro-arabes, ils
ne se connaissent pas d'ancêtres ailleurs que dans l'un des
royaumes constitutifs de ce qui n' est devenu l'Espagne
qu'un siècle plus tôt. Ils sont habitués à vivre comme leurs
ancêtres depuis huit siècles, dans un climat de compromis
entre des religions et coutumes diverses., c'est pourquoi,
en dépit de l'instauration d'une religion d'état et du
baptème qu'on leur a collectivement imposé, ils peuvent
espérer continuer à vivre dans ce pays ,sur leur terre et
selon leurs coutumes . Or, c'est justement parce que
l'Espagne est le pays ,le plus métissé d'Europe, que la
nouvelle féodalité catholique ayant à sa tête les Habsbourg
, aura besoin de s'appuyer sur un corpus idéologique
rigoureusement intégriste et intolérant pour assurer les
fondements d'une hégémonie sans faille face à la montée en
puissance de l'empire musulman ottoman et face à la menace
d'éclatement du catholicissme sous l'effet des hétérodoxies.
Le
terme de "nation" qui est introduit dans les textes à propos
des juifs et des morisques ,vient compléter les statuts de
pureté de sang. Les Morisques sont qualifiés de "nation
impure" ce qui est le constat d'échec des conversions (
ainsi , les 250.000 morisques de Valence concernés par la
déportation , sont les descendants de plusieurs générations
de convertis ,puisque le royaume musulman de Valence est
devenu royaume chrétien depuis 1240., et que le tribunal de
'l'Inquisition y a été installé en 1348). Devant
l'impossibilité de purifier certaines "nations ", il faut
les extirper du corps social afin qu'il retrouve la pureté
de l' unité , l'unité de sa culture qui se confond avec
l'unité de sa religion. L'Espagne à partir d'Isabelle la
Catholique s'est inventée comme nation ayant une unicité
fondée sur la religion qui aurait un rapport avec la qualité
du sang. Le sens médiéval flou de nation, a glissé vers le
concept de race qui s'est forgé rapidement et renforcé par
la commémoration du 12 octobre , jour de la découverte de
l'Amérique, comme DIA DE LA RAZA , hommage rendu chaque
année en Espagne et en Amérique Latine à la "race des
chrétiens" qui ont battu les Moros et qui ont conquis
l'Amérique. Avec la Conquista, les idéologues de l'Etat
espagnol, une fois de plus confrontés à d'autres cultures et
religions, ont été conduits à réalimenter ce concept afin de
légitimer leur domination par leur supériorité de détenteurs
de la vérité religieuse et de la supériorité raciale. En
somme, l'expulsion générale des morisques est un modèle de
base de "purification ethnique" qui fonctionne, en l'absence
d'ethnie véritable , par la fabrication d'une
entité-repoussoir ; il témoigne de la redoutable efficacité
politique de certains mythes lorsqu'ils sont enrobés d'une
éthique religieuse à prétention universaliste .
On aura aisément relevé les parentés formelles et fonctionnelles entre la
codification de la "limpieza de sangre" et les lois raciales
nazies. Les lois de Nuremberg de 1935 pour la protection du
sang et de l'honneur allemand sont l'écho du statut espagnol
qui assure la supériorité de ceux qui ont la "caste" et
l'honneur (qu'on définit aussi par "Godos", par allusion aux
Visigoths qui habitaient l'Espagne avant l'islamisation).
Les nazis ont inventé le "passeport des ancêtres", les
Espagnols " la carta de limpieza".
Denise Mendez
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