
La vie du qadî se déroule à l’époque des grandes dynasties berbères,
les Almoravides et les Almohades. Abû-l-fadl ‘Ayâd al-Yahsubi naquit (en 476H) et vécut à Ceuta mais était
d’origine andalouse. Son fils, Muhammad, a précisé que leurs ancêtres
avaient quitté l’Andalousie pour Fez, où ils s’établirent dans le quartier
de la Qayrawin. C’est ‘Amrûn, l’arrière-grand-père du qadî, qui quitta Fez
pour Ceuta. Abû-l-fadl était l’imâm de son temps dans le domaine du hadith et de
ses sciences. Il maîtrisait les sciences de l’interprétation du quran.
Juriste, spécialiste des principes du droit, il connaissait parfaitement
la grammaire, la rhétorique et la lexicographie arabe, les hauts faits et
les généalogies des arabes. D’une grande pénétration dans l’établissement
des statuts juridiques, il était un des maîtres du rite malikite. Poète de
valeur, il avait une bonne connaissance de la littérature et était un
orateur éloquent. Il était ferme et endurant, de compagnie agréable.
Généreux, il donnait des aumônes en abondance. Constant, il défendait
fermement la vérité. Il partit pour l’Andalousie en 509H, à la recherche de
la science. Il étudia à Cordoue avec, entre autres, le qadî Abû ‘abdillah
Ahmad b. ‘Alî b. Hamadîn, Abû-l-Husayn b. Sirâj et Abû Muhammad b ‘utâb.
Il y reçut une licence d’enseignement (ijazah) de Abû ‘Alî
al-Ghassani. En
Orient, il étudia avec le qadî Abû ‘alî Husayn b. Muhammad al-Sadfi
(juriste andalou décédé en 514H qui vécut et enseigna en orient de 481H à
490H) ; de retour en occident, il s’établit à Murcie ; cela nous incite à
penser qu’ici il ne s’agit pas de l’orient du monde musulman mais tout
simplement de l’orient de l’Andalousie, l’actuelle province du Levant où
est localisée Murcie). Il cherchait à rencontrer des maîtres et à suivre
leur enseignement. Il suivit aussi les cours de Abu ‘abdillah al-Mâzanî
(il s’agit sans doute de al-Mâzarî, célèbre juriste malikite de Mahdia en
Tunisie, mort en 536H) de qui il sollicita une licence d’enseignement .
Il reçut une ijazah d’Abu Bakr al-Tartûshi (451H-520H, juriste malikite d’origine andalouse
établi à Alexandrie ; ce fut un des maîtres d’Ibn Tûmart, le fondateur du
mouvement almohade). Le qadî Abu-l-walîd ibn Rushd (un des parents
d’Averroes) fut l’un de ses maîtres. Ibn Bashkuwal (un historien andalou),
l’auteur du Sila rapporte qu’‘Ayad aurait également suivi l’enseignement
de Abû Zayd et aurait eu en tout une centaine de maîtres : il suivit
simplement les cours de certains, d’autres lui délivrèrent des licences
d’enseignement. Il en mentionne quelques-uns : Ahmad b. Baqi, Ahmad b.
Muhammad b. Muhammad b. Makhul, Abu-l-Tahit Ahmad b. Muhammad al-Salafi,
al-Hasan b. Muhammad b. Bakra, le qadî Abû Bakr b. al-‘arabi (468H-543H,
très célèbre ‘alîm andalou disciple de Ghazali), al-Hasan b. ‘Alî b.
Tarif, Khalad b. Ibrahîm b. al-Nahhas, Muhammad b. Ahmad b. al-Hajj
al-Qurtubi, Abdullah b. Muhammad al-Khashani et d’autres encore dont on ne
rappellera pas les noms ici car cela prendrait trop de place.
Ibn Bashkuwal précise par ailleurs qu’il nourrissait un intérêt
particulier pour le hadith et qu’il apportait un soin particulier à en
collecter.
Les leçons sur la Mudawwana (ouvrage de Sahnûn, l’un des fondements du
madhab maliki) qu’il tint à Ceuta à son retour d’Andalousie, alors qu’il
n’avait qu’une trentaine d’années, suscitèrent l’estime des
habitants de la cité. On lui demanda bientôt de participer au conseil de
la ville et il en fut finalement nomme qadî. Il resta longtemps en poste
et la manière dont il s’acquitta de sa tâche lui valut les louanges de
tous. Il fut nommé qadî de Grenade en 531H mais n’y demeura pas longtemps
rentrant bientôt à Ceuta pour y reprendre sa charge (il fut nommé à
Grenade par le gouvernement almoravide ; il semblerait que sa grande
rigueur dans l’exercice de son qadicat ait poussé des notables grenadins à
demander sa révocation).
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Il se rendit à Salé (ville du Maroc, voisine de Rabat) pour y
rencontrer le chef des Almohades lors de leur victoire. Il y demeura
jusqu’en 543H quand différents troubles (la prise du pouvoir par les
Almohades fut assez difficile et ils eurent affaire à de nombreuses
révoltes) le contraignirent à se rendre à Marrakech (capitale des
Almohades) où il mourut (en 544H). |
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