les murs ont des oreilles

 

 

ECHELON, OBJET D'UNE CYBERMANIF


Le 21 octobre 1999, un groupe d'hacktivistes a saturé le
système mondial d'écoute et de surveillance nommé Echelon, à
l'occasion d'une cybermanif, le «Jam Echelon Day».  La technique
est simple : puisque le système fonctionne à partir du repérage de
mots clés dans les conversations téléphoniques ou les messages de
courrier électronique, le groupe a  proposé un envoi massif de
messages contenant ces précieux mots clés le 21 octobre.
Théoriquement, Echelon a été débordé et les hacktivistes auront
manifesté leur désaccord à l'endroit de telles pratiques.

Le système Echelon mis sur pied par les gouvernements des
États-Unis et ceux de Grande-Bretagne, du Canada, de
Nouvelle-Zélande et d'Australie (Pacte UKUSA) est un héritage
lourd de la Guerre froide.  À partir de centres d'écoute et de
surveillance par satellite, Echelon intercepte sans distinction de très
grandes quantités d'informations puis en retire des éléments
intéressants à l'aide de systèmes d'intelligence artificielle à la
recherche de mots-clés.  Les autorités des pays responsables n'ont
jamais commenté sur son existence ou son fonctionnement.  Il aura
fallu une enquête de l'Unité Évaluation des choix scientifiques et
technologiques (STOA) du Parlement européen, en 1998, pour non
seulement confirmer officiellement qu'Echelon existe, mais aussi
qu'il ratisse très large.

D'après la STOA, Echelon est «un système de surveillance  qui
s'étend au monde entier pour former un système pointé sur tous les
satellites clés Intelsat utilisés pour transmettre l'essentiel des
communications téléphoniques, Internet, le courrier électronique,
les télécopies et télex transmis par satellite dans le monde entier
[...] ECHELON vise essentiellement des cibles non militaires: des
gouvernements, des organisations et des entreprises dans
pratiquement tous les pays [...] Selon le Financial Mail on Sunday,
"les mots-clés identifiés par les experts américains incluent les
noms d'organisations intergouvernementales et de consortiums
d'affaires en concurrence avec des entreprises américaines.»

Pour Paul Lannoye (député européen), Olivier Deleuze (député et
Chef de groupe ECOLO-AGALEV) et Jean-Luc Robert (Conseiller du
Groupe des Verts à la commission des libertés publiques du
Parlement européen), la situation est intenable et constitue un
problème de sécurité politique et économique pour l'Europe.  «Le
fait que les États membres, les hommes politiques, les syndicalistes,
les activistes d'organisations non gouvernementales, Monsieur tout
le monde dès lors qu'il peut apparaître comme subversif ou gênant
à l'égard de certains groupes d'intérêt, soient susceptibles d'être
espionnés constitue une menace grave pour les libertés publiques
et l'exercice de la citoyenneté».

En outre, la participation du Royaume-Uni au fonctionnement
d'Echelon soulève une épineuse question, «le sentiment, dans
l'ensemble de l'Union [Ndlr. Union européenne], d'être grugés par
un partenaire (le Royaume-Uni) compromet l'indispensable
confiance au sein de l'Union.  Évoquer l'article J2, paragraphe 1 du
titre V (politique étrangère et de sécurité commune) est
certainement pertinent : "les États membres s'informent
mutuellement et se concertent au sein du Conseil sur toute question
de politique étrangère et de sécurité présentant un intérêt général,
en vue d'assurer que leur influence combinée s'exerce de la
manière la plus efficace par la convergence de leurs actions."»

En avril de cette année, l'American Civil Liberties Union (ACLU)
demandait instamment au Congrès américain d'enquêter, à l'instar
du Parlement européen, sur les menaces que pouvait constituer le
système Echelon pour le respect de la vie privée et les droits civils.
L'ACLU ne manquait pas de rappeler aux législateurs que la
Foreign Intelligence Surveillance Act (Loi sur la surveillance et le
renseignement étranger) interdisait l'interception de certaines
communications des citoyens américains à des fins de
renseignement, à moins que ne l'autorise un mandat de la cour.

Le 21 octobre les hacktivistes ont donc échangé des messages
par courrier électronique contenant des mots déclencheurs du
système Echelon.  Marchera, marchera pas?  Du côté des
organismes de défense de la vie privée, on est sceptique.  Pour
Simon Davies de Privacy International, Echelon fonctionne non
seulement par analyse de mots clés mais aussi par mise en
contexte de ces mots clés.  Cité dans TechWeb, Davies estime que
la démarche serait plus efficace si l'on insérait les mots clés dans
des textes portant sur des thèmes militaires ou diplomatiques.

Nicholas Bohm, de l'organisme britannique Foundation for
Information Policy Research, croit que l'utilisation d'un système de
chiffrage simple pourrait davantage saturer le système Echelon, car
peu importe la puissance du chiffrage utilisé, dès qu'un message
est chiffré, Echelon doit tenter de le déchiffrer.  Selon Bohm, un
nombre suffisant de messages chiffrés pourrait grandement
retarder l'efficacité d'Echelon.

Donc, si vous avez reçu le 21 octobre de drôles de messages
contenant les mots Mossad, MI5, Waco, Koresh, DGSE, SCRS, ou
autres, ne vous inquiétez surtout pas, ce n'était qu'un test.

Jam Echelon Day
http://www.echelon.wiretapped.net/
Claudio Gatti : Enquête sur un réseau
secret d'espionnage anglo-saxon
  http://dept-info.labri.u-bordeaux.fr/~alvarado/papers/echelon.html
STOA : Une évaluation des techniques de contrôle politique
  http://www.europarl.eu.int/dg4/stoa/fr/publi/166499/execsum.htm
Techniques de contrôle politique : Big Brother gravit
le dernier échelon !
http://www.ecolo.be/dossiers/BigBrother/Echelon980922.html
ACLU Urges Congress to Investigate ECHELON Surveillance System
http://www.aclu.org/congress/lg040699a.html
TechWeb : Privacy Group Wants Users To Jam Spy Network
http://www.techweb.com/wire/story/TWB19991011S0009


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