J'admire les gens au sourire permanent. J'aime les athlètes.
Je ne suis pas moi-même un professionnel, mais je me défends. Je souris vite. A la moindre alerte. La rapidité de mes réflexes en a désarmé plus d'un. J'ai de l'endurance. Les sourires prolongés ne me font pas peur. Dans certaines circonstances je suis parvenu à rester dissimulé derrière un sourire des heures entières. Mais c'est épuisant. Je pense être assez complet, mais il y a des limites à ne pas dépasser. Tous les médecins du sport vous le diront : Le sourire n'est pas à mettre sur toutes les bouches, n'importe comment et à n'importe quel prix. Cet éclairage de la face ne se manie pas comme un interrupteur. La dépense d'énergie physique et la tension mentale occasionnées par un usage immodéré du sourire peuvent causer des dégâts, irréparables.
Ainsi, il y a quelques semaines, j'ai rencontré une femme. Elle m'appelle mon chéri, ce qui est pour moi une nouveauté charmante à laquelle j'ai su m'adapter : Je l'appelle ma chérie. Nous sommes des amoureux. Sa compagnie m'a doté d'un sourire que je m'emploie depuis à maintenir en sa présence quelle que soit mon humeur.
Je m'aperçoit maintenant de mon erreur. J'ai été trop loin. Dés que je relâche quelques secondes l'effort intense qui me tire les lèvres en arrière, me hisse les joues au bord des yeux, me lustre les pupilles et me recharge la voix, dès que, vaincu par une fatigue grandissante, je laisse tout échapper, tout retomber, ni triste ni gai, simplement au repos, ma bien-aimée s'inquiète, me questionne, me harcèle. Je tente de retrouver le sourire, mais n'émets qu'un rictus dégoûté qui épuise mes dernières forces.
- Tu ne m'aimes plus. Tu t'ennuies.
- Mais non.
- Alors qu'est ce que tu as ?
- Mais rien. Ca va.
Et c'est vrai. Ca va. Je ne souris pas. Je me repose. Je ne suis pas un athlète.O.S