- Etes-vous mobile géographiquement
?
- J'aime bien me promener.
- Très bien. Un
bon point pour vous. Nos usines d'élastiques sont très
mobiles géographiquement. Une année au Mexique, l'année
suivante en Asie du sud-est. Naturellement vous seriez amené
à suivre le mouvement.
- Le mouvement ça
me va. Je réfléchis beaucoup mieux en marchant. Mes meilleures
idées me sont venues comme ça. Je dors aussi beaucoup
mieux dans les trains que dans mon lit, et quand je ne dors pas je regarde
le paysage. Le paysage, vu du train qui le déroule comme une
femme qu'on déshabille, est beaucoup plus émouvant.
- Le paysage de la papeterie
française, lui, est sinistré. Pour nous qui sommes une
des plus ancienne entreprise de production d'élastiques, il s'agit
de s'adapter à la réalité économique ou
de disparaître.
- C'est Cornélien.
S'adapter à la réalité économique c'est
toujours réconfortant, mais d'un autre coté, disparaître
un bon coup, tout quitter vraiment, ça retape. J'ai déjà
disparu à plusieurs reprises. Vous avez bien du remarquer ces
quelques trous dans mon CV ?
- Parlons un peu sérieusement.
Il existe encore un certains nombre de régions dans le monde
oł les ouvriers ont une flexibilité exceptionnelle, bien supérieure
à celle qu'on peut trouver chez nous. Pour rester performants
sur le marché de l'élastique qui est très concurrentiel,
nous délocalisons nos activités. Etes-vous prêt à
en accepter les conséquences ? Etes-vous prêt à
voyager ?
- Voyager ça
me va. Aller à la rencontre d'autres façons de voir les
choses, le monde.
- Aller à la rencontre
de façons moins chères de fabriquer des élastiques.
Je vous libère. On vous fera signe. Au revoir.