Antidata N° 7
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 


Une exhalaison glacée vint frapper Monique Ranou au visage lorsqu'elle ouvrit la porte du réfrigérateur ; elle plongea le bras dans l'armoire réfrigérante, souleva plusieurs feuilles de papier aluminium avant de mettre la main sur la bonne assiette, puis elle referma la porte du pied.
Monique se pencha sur le morceau de viande à demi découvert pour en humer les contours. Le froid avait ralenti le processus de décomposition et masquait les particules d'odeur. La température ambiante allait se charger de rendre tout son fumet au contenu de l'assiette ainsi que la fraîcheur de son teint..
Elle posa l'assiette sur la table et se servit un verre de Bergerac, Domaine de La Grande Besage 1998. Le vin chauffa son gosier et y laissa un goût de vanille. Charles Pic-Pic l'avait prise en stop à la sortie de Figeac sur la N 140. La silhouette de Monique s'était découpée dans ses phares, cela avait suffi pour qu'il s'arrête. Il se rendait à Millau, Monique lui dit qu'elle descendrait à Rodez. Après deux kilomètres, la main de Charles passa du levier de vitesses au genou de Monique, qui poussa complaisamment quelques grognements de satisfaction. Deux kilomètres plus loin, Charles l'invitait au restaurant.
Les narines de Monique frémirent. Le pied avait retrouvé son état initial, légèrement rosé comme des fesses de bébé. Les effluves la satisfaisaient : une bonne odeur de pied. Elle planta les dents de sa fourchette dans le pied et fit une large entaille avec son laguiole. Elle arracha à l'os une matière molle, flasque et visqueuse, qu'elle porta à sa bouche et mastiqua avec méthode, vidant chaque fibre de toute substance. " Hum ! grogna-t-elle de plaisir. C'est de loin le meilleur pied de cochon que j'aie jamais mangé. " Comme elle était nue, Monique se caressa les mamelles, puis enfourna un autre morceau sous son groin. Ses puissantes molaires écrasèrent la viande, qui libéra un jus dont elle se délecta. De la gélatine coula sur son buste. Charles Pic-Pic avait commandé une tête de veau persillée, Monique une langue de bœuf à la tomate. Son dernier repas datait de l'avant-veille au soir, aussi dévorait-elle sa langue sans lever les yeux sur Charles. Soudain, elle sursauta sur sa chaise et laissa échapper un couinement. Charles avait profité de l'appétit vorace de sa convive pour ôter discrètement son mocassin. Son pied, couvert d'une chaussette en fil de soie, était allé se loger droit sous la jupe de Monique. " Sale porc, grognonna-t-elle, tu ne perds rien pour attendre ! " Charles la regardait, goguenard.
Ce Bergerac est parfait pour accompagner le pied de cochon, estima Monique Ranou, tout en trempant ses lèvres lippues dans le verre de vin.
Charles Pic-Pic n'est jamais arrivé à Millau.


(à suivre…)

R. B Ecrire à Rodolphe Bleger