CERCLE d'ETUDE
de la DEPORTATION et de la SHOAH
6 décembre 1997
président de l’Amicale d’Auschwitz :
Pour la deuxième fois nous nous réunissons avec nos amis,
professeurs, professeurs-documentalistes, bibliothécaires, à
qui je souhaite la bienvenue.
Je tiens à vous exprimer comment l’Amicale d’Auschwitz ressent
une journée comme celle d’aujourd’hui qui se situe après
une année qui fut pour nous assez agitée, l’année
1997 qui semble si loin de l’année 1945, l’année de notre
retour en France. Nous sommes maintenant à un stade que nous n’avions
jamais imaginé d’atteindre physiquement et intellectuellement. Et
puis, 52 ans après nous n’imaginions pas que les problèmes
d’Auschwitz et de la Shoah seraient si intensément à l’ordre
du jour.
En 1997, les dernières manifestations auxquelles nous avons participé
ont été parfois surprenantes. Les cérémonies
habituelles ont joué un rôle important dans le rôle
de la mémoire puisque c’est au cours d’une manifestation au "Vel'
d’Hiv' " que le président Mitterrand a décidé de transformer
cette manifestation en journée nationale de commémoration
des victimes des persécutions racistes et antisémites dues
à l’Etat français de Vichy.
C’est là que le président Jacques Chirac a tenu à
condamner les dérives de la France de Vichy. Sa formule très
forte a suscité quelques réactions qui auraient été
atténuées si on ne s’était pas contenté de
citer le début de son discours en mentionnant l’hommage aux résistants,
à la France Libre et à ceux qui en France ont participé
à l’action de sauvetage.
Quand Lionel Jospin est devenu Premier ministre, il a également parlé très fort en ce même lieu du "Vel' d’Hiv' " en ajoutant un élément nouveau, appelant à la compensation des injustices envers les victimes.
Ainsi par exemple quelques personnes non françaises au moment de leur arrestation par la police de Vichy parce que juives, verront leur statut aligné sur celui de déporté politique. C’est plus un effet moral puisqu’il s’agit de quelques dizaines de personnes.
Cette année 1997 a été aussi celle de grandes manifestations comme celle de l’Eglise de France qui a organisé une cérémonie de repentance sur le lieu symbolique du camp de Drancy. On m’avait demandé en tant qu’ancien déporté de recevoir cet acte de pardon. Monseigneur de Béranger, représentant de l’Episcopat a dit ce qui nous a particulièrement convenu : " Nous demandons pardon à Dieu et demandons au peuple juif d’entendre notre message". Cela a eu un écho très important dans le monde.
Peu de temps après, au cours d’une émouvante cérémonie au Mémorial du Martyr Juif Inconnu, un syndicat de policiers en tenue a souhaité demander pardon pour leur participation aux arrestations, aux visites à domiciles, aux transports, perpétrés par leurs aînés. Nous considérons cet acte éminemment positif bien qu’un autre syndicat de policiers, le lendemain, ait jugé cette manifestation non nécessaire.
Un autre débat a surgi cette année, c’est le reliquat de l’or nazi pris aux juifs et qui n’a pas été rendu à la fin de la guerre. Il s’agit de la réunion de Londres qui vient de s’achever. D’aucuns pourraient s’imaginer par une trop brève analyse et en caricaturant que tous les anciens déportés qui partaient à Auschwitz avaient tous des lingots, des bijoux et autres. Le reliquat est très faible et la conférence de Londres n’a pu à ma connaissance, terminer cette affaire entre les différents états concernés.
A cette occasion est apparue une association de Tziganes qui parlait surtout au nom des quelques 200.000 à 500.000 assassinés en Croatie durant la guerre.
Un autre problème en 1997 est le procès Papon, avec son déroulement assez surprenant avec la libération de l’accusé. Et puis encore hier soir, nous avons appris que Jean Marie Le Pen renouvelait en Allemagne sa déclaration sur le "point de détail" des chambres à gaz. Rappelons qu’il fut condamné pour cela. Au-delà de cette expression, il faut relever les déclarations provocatrices du parti d’extrême droite, qui se renouvellent sans qu’il y ait toujours réaction sur le plan juridique. Ces déclarations sont malsaines à bien des égards.
Cette année 1997 est donc contrastée par d’un côté le résultat positif de tout le travail de mémoire entrepris et de l’autre les provocations qui se répètent sans fin et qui conduisent à une permanente vigilance. Nous ne souhaitons pas les procès, mais il faut néanmoins constater que les grands procès comme ceux d’Eichmann, Barbie, Touvier, ont une importance non seulement juridique, mais également politique.
Les anciens déportés, les victimes directes de la Shoah ne peuvent laisser de vides.
Vous professeurs et historiens êtes un relais de l’histoire et
nous vous remercions de votre présence.
RAPHAEL ESRAIL
Nous saluons la présence de deux inspecteurs pédagogiques régionaux, monsieur Pierre Biard et monsieur Hubert Néant et excusons monsieur Carlier, représentant le ministre des anciens combattants et victimes de guerre, qui a dû se rendre au sénat.
Je signale la présence du colonel Mercier, secrétaire général de la FMD, (fondation pour la mémoire de la déportation) ce qui est symbolique de la cohésion de la famille de la Déportation, résistante ou non.
On remarquera aussi la présence des représentants des Amicales de Dachau, Buchenwald et Dora et les excuses de celles de Mauthausen et Sachsenhausen.
Le doyen Dominique Borne et l’inspecteur général d’histoire Jean- Pierre Rioux ont écrit pour exprimer leurs regrets de ne pouvoir partager notre journée, en spécifiant que leur absence n’était pas indifférence.
Madame Becker, professeur à l’université de Lille, actuellement aux Etats Unis est en pensée avec nous ce jour.
Raphaël Esrail passe la parole aux présidents : madame Annette
Wieviorka et monsieur Hubert Tison, secrétaire général
de l’APHG.
HUBERT TISON
C’est un plaisir d’être à cette journée que l’on pourrait appeler "Journée du cercle d’étude". Je suis content que les participants soient les professeurs, professeurs- documentalistes et bibliothécaires parce qu'à côté de nous, professeurs d’histoire, les professeurs-documentalistes et bibliothécaires ont un rôle important dans la transmission de la mémoire, de la déportation et de la Shoah dans les lycées et les universités.
Cet enseignement est ouvert sur plusieurs disciplines d’enseignement, on l’a vu brillamment l’an dernier avec monsieur Brunet : la philosophie, le français, les langues. Cet enseignement doit être solide, il intéresse tous les âges, mais avec des méthodes et des moyens qui doivent être adaptés pour ne pas saturer ou banaliser ce que l’on enseigne.
Pour les professeurs et les élèves les "pélerinages" à Auschwitz sont un apport considérable qui doit conduire à une meilleure formation des élèves, tout en ne les désespérant pas mais au contraire en valorisant ce qui peut l’être, résistance ou autre.
Ne pas oublier d’évoquer ce qui se passait avant la guerre et le génocide, ce qu’était la vie de tous ceux qui ont eu à subir cette douloureuse période.
Connaître les conditions dans lesquelles ces massacres ont eu lieu, ne pas les oublier et lutter contre ceux qui nient.
C’est le préliminaire d’une journée d’étude. Le cercle d’étude je le vois comme rassemblement d’initiatives et diffusion d’informations qui aboutissent à des journées avec des témoins comme cet après-midi sur les ghettos. Le cercle d’étude doit être ouvert le plus possible à d’autres associations et lié avec la FMD, aux bibliothécaires et documentalistes et d’autres personnes qui peuvent intervenir dans le cadre des régions. Il faudra discuter ce que l’on peut faire: périodicité, type d’action, coordination. Notre association est prête dans le cadre de ses régionales à coordonner dans le cercle d’étude, l’Université, les Associations, les Amicales, et il faut le faire avec les Inspections, car ils ont des moyens de contact. L’APHG peut servir de pivot, mais nous ne sommes pas les gardiens exclusifs de la mémoire de la Déportation et de la Shoah.
Annette Wieviorka qui a fait une thèse remarquable : Déportation et génocide entre la mémoire et l’oubli, a travaillé à partir de la mémoire, des archives, donc Annette va nous présenter les archives 52 ans après la guerre.