Alfred et Léo Devred sont restés dans la mémoire collective des habitants dArcy-sur-Cure. Plusieurs maisons du bourg conservent dans leur mur une ou plusieurs peintures des deux artistes. Cest donc tout naturellement que la Mairie dArcy-sur-Cure a tenu à leur rendre hommage. Cet hommage sest concrétisé tout dabord par la pose dune plaque sur leur maison et ensuite par une exposition à la salle des fêtes du village.
Léo Devred (à gauche) et Alfred Devred (à droite) Alfred Devred (1851-1927), chef des ateliers de décoration de la Comédie-Française, a joué un grand rôle dans lévolution des décors. Durant 42 années, il va révolutionner lunivers de la Comédie-Française. Cest en 1876 que ladministrateur Emile Perrin fait appel à Alfred. Sa première tache, et néanmoins ardue, sera de définir les tâches de chacun et dorganiser les ateliers. Il sattache à la restauration des anciens décors ainsi quà la création et à la conception de nouvelles décorations. Nommé chef datelier en 1887, Alfred réalisa plus de 50 décors nouveaux et en «retapa» des centaines dautres, utilisés dans le répertoire classique. Il exécute par exemple les décors de la Passion dHaraucourt, participe aux décors de La Courtisane dont le public admira... le décor mais pas la pièce. En 1908, La Belle Saïnara, fantaisie japonaise, lui donnera loccasion de travailler avec le japonais Toshio Nogushi.
La maison des peintres et leur atelier à Arcy Léo Devred nait en 1878. A partir de 1902, il est lélève de Jambon et de Rubé et suit les cours de lEcole des Beaux-Arts. Il est médaillé à lissue de sa formation. Aussi talentueux que le père, cest donc tout naturellement quil empreinte le chemin de son père. Dans un premier temps, léo est attiré par le cinéma et exécute les décors de très nombreux films historiques et archéologiques. Cest ainsi quil participe à Eodipe (1910), Elisabeth dAngleterre avec Sarah Bernhardt (1912). Il réalise une reconstitution compléte (en maquette) du théâtre gallo-romain dOrange ainsi que du théâtre Cardinal où mourut Molière. A la demande de la Société Nationale des Beaux-Arts, il dirige lExpostion dArt du théatre. Il peint énormement et expose ses oeuvres à Paris, Vittel, Tunis, etc.
Les deux Devred dans les ateliers de la Comédie Française Une de leurs premières collaborations entre père et fils sera pour lIphigenie de Jean Moras. On relève ensuite leur deux noms sur les décors : Les Marionnettes de Pierre Wolff (1910), La Fleur mystérieuse de Miguel Zamacoïs, Sophonisbe de Poizat (1913), La marche nuptiale dHenry Bataille (1913), Lélévation de Bernstein (1917), La Cruche de Courteline (1919) etc.
Cest en 1918 que Léo prend définitivement la direction de latelier du boulevard Bineau. Il suit dabord très fidèlement les traces de son père. Il confie à ses élèves sa conception de son art et du théatre. Il est profondémement attaché au corporatisme des gens de spectacle et à la vie des artisans : «humilité, application, goût du travail bien fait, idéal de la maîtrise, nourrie de lancienne tradition du compagnonnage, jaloux de la valeur cachée de lart dans tous ses secrets et arcanes initiatiques à valeur de symbole». Il met un point dhonneur sur la parfaite connaissance du métier. Il dénonce les querelles décoles : «Tous les décors sont possibles, depuis le trompe-oeil terre à terre, réaliste, dune représentation exacte avec précision historique, au décor neutre, craintif, anémique et pompier... jusquaux visions particulières de décors stylisés contraires au réalisme, décors poétiques, irréels, jusquau décor burlesque à outrance».
Léo Devred associé à Charles Granval, repense le décor et le résultat «cubiste» est dans un premier temps un succès mais très vite la critique fit part de son agacement.
A côté, Léo signe à part entière un nombre important de décors, quil sagisse de présentations nouvelles des oeuvres du répertoire (Le Misanthrope de Molière, La Double Inconstance de Marivaux, La Parisienne dHenry Becque, Le Juif polonais dErckmann-Chabrian...) ou doeuvres comtenporaines dAndré Birabeau, Maurice Donnay, Henry Bataille, Henry Bernstein, Jean-Jacques Bernard, Paul Raynal, Sacha Guitry... Et, comme on peut sen douter, il fait face aux problèmes de couleurs, deffets, de problèmes financiers et surtout de délais toujours réduits. Noublions pas quà lépoque quelques cent-cinquante pièces sont montées dans lannée.
Infatigable, Léo Devred collabore aussi aux décors de pièces plus prestigieuses comme Les Compères du roi Louis de Paul Fort, Madame Sans-Gène de Victorien Sardou ou encore LArlésienne dAlphonse Daudet.
En 1935, il est nommé Chevalier de la Légion dHonneur. Léo Devred est profondément apprécié dans la profession. Toutefois, il regretta de ne pas avoir eu assez de liberté au cours de sa carrière.A gauche, esquisse d'une maison à Arcy et à droite un coin de la rivière Arcy-sur-Cure est loccasion pour le père ainsi que pour le fils de venir se resourcer. Ils vont ainsi travailler dans le petit atelier quils vont installer dans leur maison dArcy. Conquis par le village et la rivière, ils vont le peintre, le croquer. On ne peut quêtre séduit devant le trait vivant et les couleurs des oeuvres Arcyates quils ont laissé. Alfred Devred fut sans doute le plus passionné des deux pour Arcy. Il décède en 1927 et est enterré au cimetière dArcy. Sur sa tombe, un grand livre ouvert en pierre, rappelle aux visiteurs son étonnante carrière.
Alfred Devred dans son atelier à Arcy En 1937, Léo Devred prend sa retraite et se fixe à Cassis. Il sattache à réaliser de très nombreuses études et aquarelles dans le but de faire revivre le voyage de Calendal chanté dans les poèmes de Mistral. Mais, hélas, sa mort ne lui permet pas de réaliser son rêve. Il séteint en 1946.
Hervé Chevrier
Le Chastenay à Gauche et la Roche Taillée à droite (Alfred Devred vers 1920) Pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture de lexecellent article : Guiber (Noëlle) et Razgonnikoff (Jacqueline), «Décor, Dérorum, Décoration. Les Déclinaisons du trompe-loeil, daprès les collections de la Comédie-Française. IX. Une dynastie de décorateurs à la Comédie-Française de 1876 à 1936 : Alfred et Léo Devred», Revue de la Comédie-Française, n°169, p. XIX-XXIV.