exposition Devred

La vie et les œuvres
d’Alfred et léo Devred

 

Catalogue de l’exposition
« Un siècle de vie à Arcy-sur-Cure »

15-27 août 2000

 

Alfred et Léo Devred,
une dynastie de décorateurs
à la Comédie-Française

 

Alfred et Léo Devred sont restés dans la mémoire collective des habitants d’Arcy-sur-Cure. Plusieurs maisons du bourg conservent dans leur mur une ou plusieurs peintures des deux artistes. C’est donc tout naturellement que la Mairie d’Arcy-sur-Cure a tenu à leur rendre hommage. Cet hommage s’est concrétisé tout d’abord par la pose d’une plaque sur leur maison et ensuite par une exposition à la salle des fêtes du village.

Léo Devred (à gauche) et Alfred Devred (à droite)

Alfred Devred (1851-1927), chef des ateliers de décoration de la Comédie-Française, a joué un grand rôle dans l’évolution des décors. Durant 42 années, il va révolutionner l’univers de la Comédie-Française. C’est en 1876 que l’administrateur Emile Perrin fait appel à Alfred. Sa première tache, et néanmoins ardue, sera de définir les tâches de chacun et d’organiser les ateliers. Il s’attache à la restauration des anciens décors ainsi qu’à la création et à la conception de nouvelles décorations. Nommé chef d’atelier en 1887, Alfred réalisa plus de 50 décors nouveaux et en «retapa» des centaines d’autres, utilisés dans le répertoire classique. Il exécute par exemple les décors de la Passion d’Haraucourt, participe aux décors de La Courtisane dont le public admira... le décor mais pas la pièce. En 1908, La Belle Saïnara, fantaisie japonaise, lui donnera l’occasion de travailler avec le japonais Toshio Nogushi.

La maison des peintres et leur atelier à Arcy

Léo Devred nait en 1878. A partir de 1902, il est l’élève de Jambon et de Rubé et suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts. Il est médaillé à l’issue de sa formation. Aussi talentueux que le père, c’est donc tout naturellement qu’il empreinte le chemin de son père. Dans un premier temps, léo est attiré par le cinéma et exécute les décors de très nombreux films historiques et archéologiques. C’est ainsi qu’il participe à Eodipe (1910), Elisabeth d’Angleterre avec Sarah Bernhardt (1912). Il réalise une reconstitution compléte (en maquette) du théâtre gallo-romain d’Orange ainsi que du théâtre Cardinal où mourut Molière. A la demande de la Société Nationale des Beaux-Arts, il dirige l’Expostion d’Art du théatre. Il peint énormement et expose ses oeuvres à Paris, Vittel, Tunis, etc.

Les deux Devred dans les ateliers de la Comédie Française

Une de leurs premières collaborations entre père et fils sera pour l’Iphigenie de Jean Moras. On relève ensuite leur deux noms sur les décors : Les Marionnettes de Pierre Wolff (1910), La Fleur mystérieuse de Miguel Zamacoïs, Sophonisbe de Poizat (1913), La marche nuptiale d’Henry Bataille (1913), L’élévation de Bernstein (1917), La Cruche de Courteline (1919) etc.

C’est en 1918 que Léo prend définitivement la direction de l’atelier du boulevard Bineau. Il suit d’abord très fidèlement les traces de son père. Il confie à ses élèves sa conception de son art et du théatre. Il est profondémement attaché au corporatisme des gens de spectacle et à la vie des artisans : «humilité, application, goût du travail bien fait, idéal de la maîtrise, nourrie de l’ancienne tradition du compagnonnage, jaloux de la valeur cachée de l’art dans tous ses secrets et arcanes initiatiques à valeur de symbole». Il met un point d’honneur sur la parfaite connaissance du métier. Il dénonce les querelles d’écoles : «Tous les décors sont possibles, depuis le trompe-oeil terre à terre, réaliste, d’une représentation exacte avec précision historique, au décor neutre, craintif, anémique et pompier... jusqu’aux visions particulières de décors stylisés contraires au réalisme, décors poétiques, irréels, jusqu’au décor burlesque à outrance».

Léo Devred associé à Charles Granval, repense le décor et le résultat «cubiste» est dans un premier temps un succès mais très vite la critique fit part de son agacement.

A côté, Léo signe à part entière un nombre important de décors, qu’il s’agisse de présentations nouvelles des oeuvres du répertoire (Le Misanthrope de Molière, La Double Inconstance de Marivaux, La Parisienne d’Henry Becque, Le Juif polonais d’Erckmann-Chabrian...) ou d’oeuvres comtenporaines d’André Birabeau, Maurice Donnay, Henry Bataille, Henry Bernstein, Jean-Jacques Bernard, Paul Raynal, Sacha Guitry... Et, comme on peut s’en douter, il fait face aux problèmes de couleurs, d’effets, de problèmes financiers et surtout de délais toujours réduits. N’oublions pas qu’à l’époque quelques cent-cinquante pièces sont montées dans l’année.

Infatigable, Léo Devred collabore aussi aux décors de pièces plus prestigieuses comme Les Compères du roi Louis de Paul Fort, Madame Sans-Gène de Victorien Sardou ou encore L’Arlésienne d’Alphonse Daudet.
En 1935, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Léo Devred est profondément apprécié dans la profession. Toutefois, il regretta de ne pas avoir eu assez de liberté au cours de sa carrière.

A gauche, esquisse d'une maison à Arcy et à droite un coin de la rivière

Arcy-sur-Cure est l’occasion pour le père ainsi que pour le fils de venir se resourcer. Ils vont ainsi travailler dans le petit atelier qu’ils vont installer dans leur maison d’Arcy. Conquis par le village et la rivière, ils vont le peintre, le croquer. On ne peut qu’être séduit devant le trait vivant et les couleurs des oeuvres Arcyates qu’ils ont laissé. Alfred Devred fut sans doute le plus passionné des deux pour Arcy. Il décède en 1927 et est enterré au cimetière d’Arcy. Sur sa tombe, un grand livre ouvert en pierre, rappelle aux visiteurs son étonnante carrière.

Alfred Devred dans son atelier à Arcy

En 1937, Léo Devred prend sa retraite et se fixe à Cassis. Il s’attache à réaliser de très nombreuses études et aquarelles dans le but de faire revivre le voyage de Calendal chanté dans les poèmes de Mistral. Mais, hélas, sa mort ne lui permet pas de réaliser son rêve. Il s’éteint en 1946.

Hervé Chevrier

Le Chastenay à Gauche et la Roche Taillée à droite (Alfred Devred vers 1920)

Pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture de l’execellent article : Guiber (Noëlle) et Razgonnikoff (Jacqueline), «Décor, Dérorum, Décoration. Les Déclinaisons du trompe-l’oeil, d’après les collections de la Comédie-Française. IX. Une dynastie de décorateurs à la Comédie-Française de 1876 à 1936 : Alfred et Léo Devred», Revue de la Comédie-Française, n°169, p. XIX-XXIV.