Les Chevaliers
du Ciel
WILLY COPPENS
LE DIABLE BLEU
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RANG : |
LIEUTNANT |
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UNITES : |
6, 4, 1 et 9 |
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VICTOIRES : |
37 |
Willy Omer François Jean Coppens est né de parents
artistes, le 6 juillet 1892 à Boisfort, dans la banlieue bruxelloise. Tenté dès
l’adolescence par la navigation aérienne, il abandonne l’infanterie dont il a
vécu la vie pendant un an pour suivre les cours de l’école civile de Hendon en
1915 grâce à ses économies. Il y côtoie notamment le futur grand as de
l’aviation anglaise, Albert
Ball. Deux mois plus tard, il gagne le centre de l’aviation militaire belge
situé à Etampes, en France. Les techniques de vols enseignées à l’école du
capitaine Caters sont assez rudimentaires. Willy fait son écolage sur Farman
mais ce n’est qu’après plusieurs mois qu’il est autorisé à voler en solo. Très
fin pilote, habile manœuvrier, il est prédestiné à devenir chasseur. Le 30
janvier 1917, conformément à la « logique » présidant aux
affectations, il est envoyé à Houthelm à la 6ème escadrille pour s’y
consacrer au réglage et à l’observation ! On imagine à quel point il s’y
plaît ! Promu sergent le 8 avril, Coppens est ensuite transféré à la 4ème
escadrille du capitaine Richard pour voler sur des vieux Farman 40 « cages
à poules ». Pour s’en échapper, il fait des pieds et des mains, multiplie
les demandes de mutations, sollicite des appuis et obtient finalement d’être
versé à la chasse. (Photo :
L’as des as belge, Willy Coppens, surnommé par les Allemands, le « Diable
Bleu »).
En
juin 1917, en tant que sergent-chef, Willy est affecté à la 1ère
escadrille du capitaine Jacquet
aux Moëres, situé entre la frontière française et la route menant de La Panne à
Houthem. L’unité rassemble alors l’élite de la chasse. Le néophyte a son
premier combat aérien au commande d’un Nieuport 11 le 21
juillet 1917, celui-ci va se solder sans aucun résultat, sinon une intense
émotion.
La
France livre à la force aérienne belge les premiers Hanriot HD-1 au mois
d’août. Personne dans l’escadrille ne veut de ce nouvel appareil et l’adjudant Coppens est contraint d’en
prendre possession car il est le dernier arrivé en unité ; c’est pourtant
avec cet aéroplane qu’il va accumuler un nombre impressionnant de victoires.
Cherchant inlassablement à rendre sa machine unique, il finit par trouver
auprès des Français les munitions idéales : des balles au phosphore. Ce
sont des fusées, ancêtres des roquettes, au guidage primitif mais relativement
précis. Avec elle Willy va
faire des ravages dans les ballons ennemis. « Il
fallait tirer de très, très près avec cette munition, à moins de cinquante
mètres ! » Coppens fait également peindre sa monture d’un bleu
turquoise qui le fera surnommer par les Allemands « le Diable Bleu ».
Transféré à la 9ème escadrille, l’intrépide aviateur survole
Bruxelles pour y lâcher des tracts le 18 février 1918. Ce raid sans histoire
d’environ une heure aura un impact moral très important sur la population de la
capitale. Le 16 avril, se portant volontaire pour l’attaque d’un ballon d’observation allemand au-dessus de
Ramscappelle, il remporte sa première victoire aérienne. De la nacelle de ces
« claches » come on les appelle dans le jargon des aviateurs,
l’observateur dirige par liaison téléphonique le tir d’artillerie, l’aidant à
frapper dur et juste. Immobiles ces cibles sont bien défendues. Pour pouvoir
les abattre, il faut s’en approcher de très près avec tous les risques que cela
implique. Ceci ne freine pas Coppens qui incendie deux nouveaux ballons près de
Zarren, à une quarantaine de kilomètres de Dunkerque. Deux semaines plus tard,
il est nommé sous-lieutenant, à la demande spécial d’Albert Ier. (Photo : Willy Coppens
sur son Hanriot bleu, vient d’abattre ses deux premiers Drachen, le 24 juin
1918).
Grisé par
ses premiers succès, Willy prend de plus en plus de risques. Ainsi le 15 mai il
frappe involontairement avec ses roues la toile molle d’un Drachen au-dessus de
Houthulst. Cette manœuvre vaut à son pilote une grosse frayeur : « La
ficelle du Drachen étant coupée par hasard par des shrapnells, le ballon à fait
un bond. Au moment où je tirais sur lui
et m’apprêtais à passer au-dessus, mes roues ont touché le ballon. J’ai
immédiatement capoté. Heureusement les ballons n’étant pas des choses solides,
mon avion n’a pas été démoli. J’ai simplement glissé le long de celui-ci qui
évidemment, céda sous le poids de l’avion. Mon HD-1 était un peu déréglé, mais
rien de sérieux ». Le Roi Albert, pour cette acte, décorera le
téméraire aviateur, lui décernant la Croix de Guerre. Le 24 juin 1918, Coppens
réussit son un nouveau doublé (un ballon et un biplace Hannovre C) et le
30 il abat successivement trois « saucisses » qui gênait l’attaque alliée.
Du 10 au 22 juillet, sept Drachen tombent sous ses balles, dont trois en cinq
minutes le 22. Deux jours plus tard, un ballon à Zaren devient sa 19ème
victoire. Le 24 juillet, il abat encore un ballon à Ruyterhock pour sa vingt et
unième victoire en moins de trois mois…Il accumule également les décorations,
belges, françaises, anglaises et serbes .
Le
« Diable Bleu » est bel et bien devenu le cauchemar des aérostiers
allemands. Pour éliminer le gêneur on hésite pas à bourrer de dynamite la
nacelle d’un ballon, la mise à feu se commandant électriquement du sol. Mis au
courant de ce piège mortel, Coppens n’en continue pas moins à voler. Il réussit
même à attaquer le faux-ballon, alors que les servants accueillent des
dignitaires venus assister à la fin du Hanriot bleu. Tombant du soleil, Coppens
enflamme le ballon captif avant que les Allemands au sol n’aient pu réagir… Au
contact du sol, la nacelle explose, tuant et blessant des servants
ennemis. Cet épisode relèverait plutôt
de la légende mais Coppens n’en est-il pas une lui-même ? Le 31 juillet
1918, devant un grand concert de troupes et de généraux, le Roi Albert vient
lui remettre personnellement la Croix d’officier de l’Ordre de Léopold, une
première pour un sous-officier ! Le roi Albert prononce le discours suivant :
« Nous honorons aujourd’hui un héros, le sous-lieutenant Willy Coppens,
qui, fantassin au début de la guerre, puis servant aux autos-canons, a trouvé à
l’aviation le sentier de la gloire ». Coppens reçoit également le
commandement de la 9ème escadrille. Il a alors 24 ans. Le nouveau commandant va constamment
alimenter son tableau de chasse. Du 3 août au 5 octobre 1918, Quatorze ballons
tombent sous le feu de ses mitrailleuses Vickers de 7,7mm.
Le 14 octobre 1918, le grand as de l’aviation belge décolle
pour descendre le ballon de Torhout qui règle de tirs d’artillerie en plein sur
les positions belges. En chemin, le « Diable Bleu » enflamme avec
seulement quatre balles un Drachen à Praet-Boesch (Vladsloo), puis il se dirige
vers la cible de Torhout . Arrivé à 150 mètres de la saucisse, Coppens
s’apprête à tirer, lorsque soudain une balle incendiaire lui traverse la cuisse
de la jambe gauche. La douleur est atroce. Crispé sur son manche, il continue
cependant sa progression et tire : le Drachen s’enflamme mais le pilote ne
s’en aperçoit pas. Pour l’anecdote cette dernière victoire ne lui sera
homologuée qu’à la fin des années ‘30. Rassemblant ses forces, Willy Coppens
parvient à rejoindre les lignes belges. Il doit malheureusement être amputé de
la jambe et c’est à l’hôpital de l’Océan du docteur Lepage à La Panne qu’il
prend connaissance de l’Armistice. Son
palmarès de guerre de 37 victoires, dont 35 ballons, est clos. (Photo : Le sous-lieutenant Willy Coppens en
face de son HD1 n°17 sur le terrain des Moëres).
On pourrait consacrer tout un
ouvrage à cet homme dont la vie fourmille d’aventures, anecdotes et incidents
peu communs. Ainsi en septembre 1928, il effectue, par simple défi, un saut de
six mille mètres en parachute, pulvérisant le record d’Europe détenu par
l’Allemagne. A l’époque, la trajectoire d’un parachute se contrôlait
difficilement et la prise de contact avec le sol s’effectuait à plus de 40
Km/h. Il fallait donc beaucoup d’expériences et des capacités physiques
intactes. Rappelons que Willy était unijambiste.
Promu
capitaine en juillet 1919 et anobli par Albert Ier sous le nom de Baron Coppens
de Houthulst, Coppens mourra à Anvers le 21 décembre 1986, à l’âge de nonante
cinq ans. Oublié de tous, il était le dernier as survivant de 14-18.
Bibliographie :

Hanriot HD 1 N°23 piloté par le sous-lieutenant Willy
Coppens, les Moëres 1918 ©J-J Petit.

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