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 Les jeunes contre Chirac
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La société de confiance : le " machin " du RPR

C'est autour du thème de la " société de confiance " que le RPR construit son projet politique. Il convient de décrypter ce titre, emprunté à un ouvrage éponyme d'Alain Peyrefitte et sous-titré " Essai sur les origines et la nature du développement ". Dans cet ouvrage, Peyrefitte apportait sa contribution au débat sur l'origine de la richesse des nations, à la suite d'Adam Smith, de Karl Marx, de Max Weber et de Fernand Braudel. Se démarquant d'une lecture strictement libérale, et bien sûr de l'analyse marxiste du développement, Peyrefitte trouve dans les mentalités et dans les comportements, les dispositions premières, antérieures aux dispositions matérielles qui permettent l'innovation et le développement.

Son laboratoire d'études c'est dans l'Europe chrétienne de l'ère moderne. L'Europe des Grandes découvertes aux Lumières est le moment où les mentalités s'affranchissent des tabous et des carcans culturels et permettent à de brillants esprits d'innover et de créer de nouvelles formes de développement : la mobilité, la compétition, l'initiative, la responsabilité. La droite d'aujourd'hui revisite en effet l'Humanisme pour restaurer son offre politique.

Ce retour à la modernité historique (les Temps modernes précédant l'ère contemporaine), confondue avec la modernité réelle (la capacité à penser et à vivre avec son temps) a une particularité. Il semble en effet qu'à part des incursions dans l'Histoire contemporaine avec les théoriciens de la philosophie libérale, la droite cherche à se ressourcer dans un passé qui s'arrête en 1789. Pour revenir à Peyrefitte, il cite en exergue de son ouvrage deux personnages de l'Ancien régime.

Jacques Chirac lui-même a prôné cette société de confiance dans un discours en septembre 2001. Or en politique, les mots sont importants. Militer pour une société de confiance revient à suggérer qu'elle n'existe pas. Ensuite, il faut savoir de quelle " confiance " on parle. La confiance de qui et en quoi.

Là encore, l'autre grand penseur de la droite nous est utile. Edouard Balladur, dans Le Figaro du 25 juin 2001, déclare : " Moderniser l'organisation de l'économie, c'est tout subordonner au développement de la croissance dont le fléchissement aggraverait les déficits et entraînerait une nouvelle augmentation du chômage. Pour ce faire, le champ de l'Etat doit être restreint par la reprise des privatisations et la réduction des réglementations de tous ordres ; le contrat doit, chaque fois qu'il est possible, se substituer à la loi pour régir les rapports entre les entreprises et la collectivité publique, entre les entreprises et les salariés; une action résolue de baisse des déficits et des prélèvements publics doit être engagée, afin que notre pays cesse de constituer au sein de l'Union européenne une fâcheuse exception ; il faut développer la flexibilité du travail et la réduction des charges sur les bas salaires, meilleure garantie de l'emploi; mettre également fin à une centralisation excessive de notre système d'enseignement, transférer aux régions le plus possible de compétences nouvelles dans ce domaine ". C'était avant le 11 septembre Par la suite, Balladur appellera à plus d'état pour relancer et protéger l'économie.

Le RPR croit que les acteurs économiques sont dignes de confiance et qu'on peut naïvement penser qu'ils sauront respecter des engagements pris en matière d'environnement, d'emploi, de formation ou de sécurité sanitaire Chacun sait pourtant, que l'économie libérale ne fonctionne pas selon la même logique que les exigences sociales. On ne peut pas faire confiance à un partenaire qui n'a pas les mêmes intérêts que nous. Or le but de la politique c'est précisément de faire converger le plus possible ces intérêts et de veiller à ce que ceux des premiers ne desservent pas ceux des seconds. C'est-à-dire que les exigences sociales n'ignorent pas la réalité économique, mais que la réalité économique ne doit pas passer avant les exigences sociales.

La droite prône la confiance réciproque entre deux parties qui passeraient un contrat. Le contrat est l'arme absolue pour la droite qui répugne à trop légiférer. Un contrat dans tous les domaines de la vie sociale et économique, et une loi, d'airain de préférence, sur les questions sociétales.

Le projet politique du RPR est donc construit sur une contradictoire et une ignorance de l'Histoire. En effet, il prétend faire fonctionner la société sur un contrat entre deux parties aux intérêts divergents et toujours sectoriels et privés sans militer pour un arbitre fort et incontournable qui serait l'Etat ; en outre, il ignore la question sociale, qui donne toute sa modernité à l'Humanisme tant elle est concrète. En somme, la société de confiance, c'est une société dépouillée de tout espace public, c'est-à-dire une des âmes mortes.