Henri-Georges Clouzot



Henri-Georges Clouzot et

le récit criminel (5)

"Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire."

 
Les scénarios originaux d'après guerre
 
Si tous les gars du monde.
 
Ce film devait être réalisé par Henri-Georges Clouzot mais c'est finalement Christian-Jaques qui en assura la mise en scène.
L'histoire repose sur de bons sentiments quelquefois déclinés sur un ton un peu boy-scout. Il n'empêche qu'elle est agencée de telle manière que le suspense est au rendez-vous et on reconnaît bien là le coup de patte de Clouzot

Les matelots de l'équipage du chalutier "Lutèce", sous les ordres du patron pêcheur Le Guellec tombent malades les uns après les autres. Le bateau qui pêche en mer du Nord est loin des côtes et la radio vient de tomber en panne.

Mohamed, le cuisinier arabe, n'est pas touché par cette épidémie et le second , faisant preuve de racisme primaire, l' accuse d'avoir jeté un sort à l'équipage. Le Guellec, qui est un brave homme, fait,tant bien que mal, régner le calme pendant qu'il est encore valide. Il fait également émettre, à partir d'un poste radio amateur, des messages de détresse. Un de ceux ci est capté au Togo par des européens dans des conditions précaires (matériel de fortune, antenne fragile menacée par une tempête, médecin parti en tournée en brousse, rivalités locales...) Après différentes péripéties le médecin colonial se présente et arrive à diagnostiquer une épidémie de botulisme due à l'absorbtion de Jambon avarié. Il en conclut qu'il faut, sous peine de mort vacciner tres rapidement tout l'équipage.
S'engage alors jusqu'à la fin du film une course contre la montre pour faire parvenir le vaccin au chalutier. Tout au long de son déroulement les evênements les plus divers s'enchaînent et entretiennent un long suspense qui nous tient en haleine avec quelques moments de détente. Du togo nous partons d'abord pour Paris où le vaccin est obtenu non sans mal à l'institut Pasteur grâce à un jeune radio et à la veuve d'un médecin colonial

Le fil conducteur du film est ensuite fournit par le cheminement du colis qui passe de main en main grâce au concours des radio-amateurs qui se relaient. Différents retours de caméra à bord du chalutier montre que la situation évolue mal : tout le monde tombe malade sauf Mohamed qui a respecté les consignes de sa religion, et la santé des premiers malades se détériore rapidement, L'animosité du second, qui résiste le mieux à la maladie, envers Mohammed se concrétise par des brutalités graves. Puis nous sommes entrainés dans des lieux et des milieux divers où se produisent différents rebondissements : Le colis peut être acheminé par Air France mais ne peut pas être parachuté. Il doit transiter par Berlin où un militaire américain ne craint pas, en pleine guerre froide, de s'aventurer en zone russe pour remettre le paquet à une hotesse de l'air polonaise.
Les embûches s'accumulent : arrestation de l"américain, saisie du colis ...alors que le temps s'écoule. Après vérification des autorités russes, l'armée de l'air soviétique se charge de transmettre les remèdes à un avion danois qui les parachute sur le chalutier mais le parachute tombe à l'eau, près du but , et c'est finalement Mohamed qui plonge dans la mer glacée pour récupérer le colis qui va sauver ses camarades.
Les cinq dernieres minutes de fin semblent superflues : un retour triomphal à Concarneau sous l'oeil des reporters et des caméras du monde entier afin de délivrer sur un ton emphatique et moralisateur le message évident que la solidarité et la bonne volonté internationale peuvent permettre d'accomplir des miracles.

 
Le retour de Jean ( 3eme sketch du film Retour à la vie)

Ce sketch d'un quart d'heure met un prisonnier français libéré en présence d un allemand nazi recherché par la police.
Jean, blessé de guerre, essait comprendre ce qui peut amener un homme commun à devenir un tortionnaire. Il héberge dans sa chambre un criminel allemand, traqué par la police pour l' interroger sur les raisons qui ont motivé sa conduite. C'est une longue réflexion philosophique sur le problème de la violence et de l'engagement. Finalement Jean donnera la mort au Nazi.

En ce qui concerne ce film Clouzot déclarait : Autant Manon est un sujet picaresque dans lequel les images comptent énormément, autant dans ce sketch, j'ai essayé de laisser la première place aux dialogues et à l'expression psychologique despersonnages.

Selon L.Jouvet , qui tient le rôle de Jean, c'est une histoire atroce qui traite le double problème du bourreau devant sa victime et de celle-ci devant son bourreau.
Par le ton de son discours, certains commentateurs ont été jusqu'à évoquer Sartre à son propos.

Retour à la vie s'est vu décerner le Laurier d'Argent 1950 (Prix décerné par un jury d'écrivains et de journalistes, le Festival de Cannes n'avant pas eu lieu cette année-là).

La vérité
 
Ce film noir relate les circonstances qui ont amené l'héroine, Dominique Marceau (Brigitte Bardot) à tuer son amant, Gilbert Tellier (Samy Frey)
Le film relate le déroulement de son procès
Au cours des audiences se dessine petit à petit le véritable visage de l'accusée...
Dominique a séduit Gilbert, le jeune fiancé de sa soeur Annie. Mais si pour Dominique, fille volage et de murs légères, c'est une passade sans importance, c'est pour Gilbert la révélation d'une passion dévorante, et pour Annie un drame déchirant.
Gilbert rompt avec Annie pour vivre avec Dominique. Cette dernière, cependant, le trompe sans malice et Gilbert, déçu, retourne auprès d'Annie.
Dans un accès de colère et de découragement. Dominique tue Gilbert d'un coup de revolver.
Dans le Palais de Justice, les avocats s'affrontent au cours de leurs plaidoiries. Pour l'avocat général, Dominique est un monstre de perversité sans morale, sans sentiment, qui a tué par égoïsme, refusant qu'un amant de passage la délaisse. Pour l'avocat de la défense, elle est une victime sensible et délicate, plongée dans un monde de cruauté et de corruption, et dont les nerfs ont cédé.
Le jury ne tranchera pas : la veille du jugement. Dominique se suicide dans la prison en s'ouvrant les veines...
À la fin de l'audience, les avocats qui se sont violemment pris à parti tout au long des débats, devisent gaiement ensemble.
 
 
 
la prisonnière
 
Selon les fiches de Monsieur Cinéma Clouzot, qui faisait à cette époque des recherches dans le domaine de la photo expérimentale, avait d'abord envisagé un scénario où un photographe découvrait un crime en développant un de ses films, mais entre temps Antonioni avait sorti son film BlowUp qui traitait justement du même sujet.
Clouzot détruisit son manuscrit. Il rédigea une nouvelle version axée sur le monde de la perversion et fondée picturalement sur les recherches artistiques d'avant-garde. Il bénéficia de la collaboration du Groupement de Recherches et d'Art Visuel dont faisaient partie Yvaral (le fils de Vasarely) et Stein.
Ceci nous écarte totalement de notre sujet .

 
Clouzot, le film noir et les remakes
 
On peut dire que Clouzot se ratache au mouvement du film noir. Rappelons que ce terme a été inventé par les critiques français et adopté par les américains pour décrire un secteur de la création hollywoodienne qui s'est principalement concentré sur les quinze années qui suivirent la 2eme guerre mondiale et qui se caractérisait par son atmosphère sombre et un traitement angoissant et pessimiste d'intrigues à caractère criminel.
D'ailleurs après guerre lorsque Clouzot tenta de s'écarter de ce domaine pour s'aventurer dans la réalisation d 'une comédie (Miquette et sa mère) et devant l'accueuil assez tiède du public et de la critique on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'était fourvoyé loin de son secteur de prédilection.
Au point de vue formel les traits de l'expressionisme allemand et du réalisme poétique français des années d'avant guerre, qui sont à juste titre considérés comme des sources d'inspiration du film noir américain, sont très présents dans les films de Clouzot. Il faut dire que Clouzot au tout début de sa carrière lorsqu'il mettait au point les versions françaises des films en deux versions eut la chance de croiser des réalisateurs comme Murnau ou Fritz Lang qui furent des maîtres du genre.
Comme dans l'expressionisme on retrouve "le jeu des ombres qui projettent leur démesure sur les murs, le clair obscur, l'opposition accentuée des blancs crus et des noirs profonds". Comme dans le réalisme poétique les protagonistes, qui sont en proie au 'mal d'être', essaient d'échapper à la fatalité et évoluent dans un univers inquiétant et fascinant où il n'y a pas d'avenir pour eux. Dans tous les cas l'atmosphère est lourde, sombre et envoûtante.
Quelques réalisateurs de films noirs ne s'y sont pas trompés et ont été attirés par cette parenté au point de tenter, avec des fortunes diverses quant au résultat, de réaliser différents remakes : The thirteenth letter ( le corbeau) d'Otto Preminger, The sorcerer ou le convoi de la peur (le salaire de la peur) de de William Friedkin (1977) , Diabolique (les diaboliques) de ou Stangers in the House ou Cop-out (les inconnus dans la maison) de Pierre Rouve en 1967 avec James Mason, Geraldine Chaplin et Bobby Darin.
The Thirteenth letter, tourné en 1950 sous le titre The scarlet Pen, n'a jamais, à ma connaissance, été distribué en France. Le scénario a été revu par Howard Koch pour situer l'action dans un village du Québec et la distribution comprend notamment Lindadarnell, Charles Boyer, Michael Rennie et Françoise Rosay. Selon les spécialistes américains du film noir la réalisation est très réussie sans toutefois égaler l'original, peut être par suite d'une ambiance pas assez corrosive

The Sorcerer, distribué en France sous le titre plus évocateur de Convoi de la peur, a été réalisé par William Friedkin en 1977. Ce cinéaste avait précédemment réalisé deux très grands succès : French Connection et The Exorcist. Le film suit le découpage de Clouzot : une longue présentation des protagonistes puis l'action proprement dite fidèle au film original. Malgrè un budget colossal et une excellente distribution d'acteurs internationaux (Roy Scheider, Francisco Rabal, Bruno Cremer, Amidou) le film a été un échec commercial aussi bien aux Etats-Unis qu'en France. Il est vrai que le titre américain est assez mal venu : il s'agit du surnom donné à l'un des deux camions. C'était un peu tiré par les cheveux et il y avait manifestement là une tentative de récupération du succès de The Exorcist mais les producteurs se sont pris les pieds dans le tapis... le public a été amené sur une mauvaise piste et a boudé le film. C'est dommage car la réalisation propose de grands moments de suspense. Signalons pour l'anecdote que lorsque Friedkin rencontra Clouzot en 1976 avant de commencer son remake et qu'il lui demanda quel était le secret de la réussite du Salaire de la Peur, celui ci lui repondit :"les détails!"

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