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Fiche technique
Année
de réalisation : 1949
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Production : Alcina
Auteur adapté. : L'abbé Prévost d'après son
roman Histoire du Chevalier Desgrieux et de Manon Lescaut 
Scénario, adaptation et dialogues : H.G.Clouzot et Jean Ferry
Adaptation : Henri-Georges Clouzot, Jean Ferry.
Directeur de la photographie : Armand Thirard
Son : William-Robert Sivel
Décors : Max Douy.
Musique : Paul Misraki.
Montage : Monique Kirsanoff.
Dir. de prod. : Louis Wipf
Récompense : Venise, Lion d'Or (Premier prix international à
la Biennale de Venise 1949.)
Interprétation
Cécile
Aubry (Manon Lescaut) / Gabrielle Dorziat (Mme Agnès) / Simone Valère
(Isé, la soubrette) / Dora Doll (Juliette) / Gabrielle Fontan (la
vendeuse à la toilette) / Héléna Manson (une commère)
/ Rosy Varte (une Normande) / Geneviève Morel (la mère) /
Perrette Souplex / Wanda Ottoni / Liliane Maigné / Elisa Lamothe
Michel Auclair (Robert Dégrieux
) / Serge Reggiani (Léon Lescaut) / Raymond Souplex (M. Paul) / Henri
Vilbert (le commandant du navire) /
Andrex (le trafiquant) / Jean Despeaux (le boxeur) / Edmond Ardisson (Pascal)
/ Robert Dalban (le maître d'hôtel) / Michel Bouquet (le second)
/ Charles Camus (le vieux monsieur) / Jacques Dynam (le marin) / Georges
Fabre (le marin) / Max Elloy (le garçon de restaurant) / François
Joux (l'architecte) / Jean Témerson (le portier du Magic) / André
Valmy (lieutenant Besnard) / Jean Hébey (l'hôtelier) / Charles
Vissières (un vieil homme) / Frédéric Mariotti (le
timonier) / Louis Vonelly (M. Dégrieux) / Frank Maurice (un voyageur)
/ Jean Lagache / Pierre Trabaud / Jean-Marc Tennberg / Henri Niel / Robert
Fretel / Victor Tabournot / Max Doria / Hubert de Lapparent / Joe Davray
/ Raphaël Patorni / Les Acteurs Yiddish Du Théâtre Lancry
Résumé du scénario
Dans le climat trouble de la fin de l'occupation
et des premiers mois de la Libération,
le film relate les amours passionnées de l'inconsciente et tendre
Manon et du jeune et naïf Robert Dégrieux
A bord d'un cargo qui vient de quitter
Marseille, et qui fait le trafic des émigrants juifs désireux
de rallier la palestine où d'autres tentent de mettre sur pied le
nouvel État d'Israël, l' équipage découvre un
couple de jeunes gens mêlés aux émigrants. Un journal
où s'étale la photographie du jeune homme relate qu'il s'agit
d' un meurtrier.
Conduits devant le capitaine, ils racontent leur curieuse histoire qui débute lorsque
la bataille de Normandie fait rage. Robert Desgrieux est un jeune maquisard,
qui fait partie d'un groupe de FFI. Lors de la libération d' une
ville en ruines Robert est désigné pour garder Manon soustraite
à la fureur populaire, prête à la tondre pour avoir
été complaisante avec les allemands, en attente d'un jugement
moins radical.
Séduit par la jeune fille, il déserte et vole une jeep pour
fuir avec elle à Paris. C'est le début de toutes sortes de
compromissions. Manon lui présente son frère Léon,
un garçon qui gagne sa vie au marché noir et qui est mêlé
à des affaires louches parainné par un riche trafiquant Monsieur
Paul, oofficiellement négociant en vin.. Manon prend vite le goût
de la vie facile et devient pensionnaire occasionnelle d'une maison close,
ce que ne tarde pas à découvrir Robert .mais rongé
par la passion qu'il éprouve envers elle et afin de subvenir à
ses caprices il se lance dans le marché noir
et participe lui aussi à toutes sortes de trafics dont celui de la
penicilline, qui lui font gagner des sommes considérables. Mais lorsque
la source de l'argent facile commence à se tarir il n'arrive pas
à convaincre Manon de revenir en province pour y mener une vie normale.
Le surcroît l'amour exclusif qu'il lui porte la gêne et elle
charge son frère Léon de l'éloigner afin qu'elle puisse
partir et épouser un riche américain qu'elle espère
dépouiller. Léon le séquestre et Robert comprend enfin
qu'il est victime de la duplicité de Manon et de la fourberie de
Léon qui le retient enfermé. Il s'échappe en étranglant
Léon et dit adieu à Manon par téléphone avant
de s'enfuir pour Marseille. Bouleversée
par l'amour fou que lui porte Robert, Manon part à sa recherche dans
le train de Marseille. Elle le rejoint et la nuit ils s'introduisent clandestinement
à bord du cargo en partance pour la Palestine..
Le capitaine du cargo, touché par ce récit, laisse débarquer
les deux jeunes gens avec les émigrants juifs; A terre, un douloureux
exode les attend, Lors d'une traversée du désert leur caravane
est attaquée par des méharistes arabes.et c''est dans les
sables de la Palestine que Manon, blessée, meurt dans les bras de
Robert qui, ravagé par la douleur, agonise sur sa tombe.
L'avis des interprètes
Cécile Aubry:"Pour parvenir à ce qu'il voulait, il
poussait les gens à bout, surtout les femmes, et allait au-delà
de ce que l'on peut imaginer. Mais il a aussi déclaré qu'il
avait besoin d' être amoureux des femmes avec lesquelles il travaillait.
Le tournage a été très long, très difficile,
sept mois; Tout était prévu d'avance, il avait la page gauche
de son scénario couverte de croquis. On n'improvisait pas ; il pliait
les choses, les décors ou les acteurs, à sa volonté.
Il sacrifiait tout à sa création."
L'opinion des critiques et analystes
"Cette Manon est une oeuvre parfaite,
puissante et magistrale. C'est à la fois une étude de caractère
d'une densité aigûe, une peinture sans défaut de l'après-guerre
pourrissante et c'est en même temps une inoubliable histoire d'amour...
Manon est l'étrange et magnifique orchidée qui s'épanouit
sur le fumier de l'après-guerre. (Libération)
"Il n'en reste pas moins que nous sommes saturés d'oeuvres noires
et que l'impression laissée par Manon est une profonde répulsion.
Une image, si belle soit-elle, ne peut suppléer à une morale
désolée." (La Croix)
" Je ne me souvient pas d'un film plus horrible. Clouzot a délibérément
insisté sur tout ce qu'il y a de pire dans chacun, et il extrait
de chaque situation le sadisme, la bestialité et l'immortalité
qu'elles comportent." ( le Daily Express). A la fin de l'article
le journaliste écrit tout de même: "d'un point de vue
technique, Manon est un chef-d'oeuvre et qu'il mérite tous les prix
qu'il a remportés ça et là en Europe."
Point de vue de Jacques Siclier
Cette
version modernisée du roman de moeurs XVIIIème siècle
de l'abbé Prévost suscita pas mal de réserves. Avec
son réalisme noir, Clouzot se plaçait à contre-courant
des tranches de vie plus ou moins romanesques sur la Libération et
l'après-guerre. Robert Desgrieux et Manon Lescaut version 1948 ne
se soucient ni d'idéologie, ni de morale. Ce tableau d'une société
frénétique, née dans le bouillonnement des lendemains
de la Libération, vouée à la sexualité et à
l'argent, était fort audacieux, sinon scandaleux. Mais cette histoire
d'un couple lié par une passion charnelle qui provoque des catastrophes
n'était pas plus dissociable, pour Clouzot, du Paris d'après-guerre,
que "Le Corbeau" ne l'était des mesquineries et des abîmes
psychologiques de la province française. Comédienne inexpérimentée,
Cécile Aubry, dirigée par Clouzot, fut, avec son mélange
de candeur et d'amoralisme profond, un type féminin livré
à ses instincts. Elle tranchait, par la vérité de son
comportement, sur les héroïnes bien convenables du cinéma
français de l'époque. La mise en scène est d'une force
dramatique, d'une noirceur qui ne laisse aucun répit. Remplaçant
la Louisiane de l'exil par la Palestine, Clouzot montra, avec une violence
insoutenable, le massacre des juifs émigrés clandestins par
les Arables du désert. Il ne se préoccupait d'ailleurs ni
de politique, ni du problème de l'Etat d'Israèl. Ce massacre
fut pour lui le dernier épisode d'une passion fatale, charnelle,
s'achevant dans la mort et une scène de nécrophilie amoureuse
à laisser le spectateur pantois.(CD-ROM
le cinéma français de 1929 à nos jours)
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