Boris Vian

 Boris Vian
et le récit policier
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 Repères bio-bibliographiques
Une biographie et une bibliographie détaillée peuvent être consultés dans plusieurs ouvrages et notamment : Les vies parallèles de Boris Vian par Arnaud Noël (Bougeois-81, LP-98) - Boris Vian de A à Z , numéro spécial de la revue Obliques (n°8-9, 1976, 1981)
Une très intéressante étude de Gilbert Pestureau sur l'influence Anglo-Saxonne subie par Boris Vian a été publiée chez 10/18 en 1978 sous le titre "Boris Vian, les amerlauds et les godons"

Il n' y a aucun doute à ce sujet : Boris vian aimait les récits policiers sous ses différentes formes mais il appréciait surtout le roman noir et il n'est absolument pas injuste que de son vivant son succès ait été dû à un canular : le pastiche très réussi du roman noir américain sous la signature de Vernon Sullivan avec le titre prétendument traduit de "J'irai cracher sur vos tombes" .
On connait en détail la genèse de cette création : l' éditeur Jean d'Halluin cherchait à obtenir pour son catalogue un roman qui pourrait avoir une grande diffusion. Chez Gallimard la Série Noire dirigée par Marcel Duhamel avait lancé avec succès la mode du roman américain hard-boiled (même écrit par des anglais : Peter Cheney et James Hadley Chase). Ainsi le numéro 3 de la collection "Pas d'orchidées pour Miss Blandish" de James Hadley Chase était devenu un best-seller. Cet ouvrage était largement inspiré du roman de William Faulkner :"Sanctuaire" . Il fut demandé à Boris Vian d' écrire une histoire dans ce genre. Boris Vian s'acquitta de cette commande dans des délais très brefs. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer ce travail ne fut pas du tout bâclé : la rapidité d'écriture n'est pas en contradiction avec la qualité (S'il en était ainsi il conviendrait de mettre au pilon l'oeuvre de Simenon, G.-J Arnaud ou Frédéric Dard sans oublier les grands précurseurs du XIXème siècle).
D' un autre coté on sait qu'une oeuvre policière de commande n'est pas une garantie de succès même si elle émane d' écrivains reconnus : Georges Bernanos, qui se targuait de faire aussi bien que Simenon, l' apprit à ses dépens après avoir écrit "Un Crime" et les éditions Mercure qui eurent l' apparente bonne idée de faire appel à différents écrivains contemporains pour écrire un polar firent un flop assez significatif avec leur collection "crime parfait".
En écrivant J'irai cracher sur vos tombes Vian fit la preuve que l'on pouvait écrire vite et bien une oeuvre de commande. Outre une parfaite connaissance du genre de littérature qu'il pastichait, il intoduisit une bonne intrigue et développa avec talent des idées personnelles sur le racisme, l'intolérence et la violence. Même s'il affecta par la suite de prendre ce roman par dessus la jambe il n'en reste pas moins vrai qu'il s'agit d'une oeuvre de qualité dans le genre.

Les prémices.
Boris Vian appréciait aussi le roman policier classique : on sait notamment qu'il ne dédaignait pas de lire les whodunnit lorsqu'il était adolescent, par contre on ignore s' il connaissait les ouvrages de Cami, auteur de loufoqueries policières, ou les nouvelles-pastiches concoctées par Marcel Aymé. Quoiqu'il en soit on doit constater que son premier roman "Trouble dans les andains" présente une aventure loufoque qui amalgame parfaitement une enquête policière drolatique et une aventure d' espionnage burlesque du genre que n'aurait pas renié un maître du genre tel que Pierre Dac : le barbarin fourchu qui fait l'objet des recherches et convoitises peut par exemple se comparer au biglotron de l'opération Tupeutla...

Vian parsèmera généralement son oeuvre de références et clins d'oeil divers au roman policier. Ce métissage littéraire se fera toujours dans la plus grande fantaisie et avec l' humour grincant dont il était coutumier.
Il a même fait appel au roman policier pour l'apprentissage de l'anglais: il préconisait notamment à son ami Claude Léon une méthode tout à fait originale : "tu lis un roman policier, quand tu rencontres un mot que tu ne comprends pas, tu passes ce mot et quand tu arrives un peu plus loin à ce mot que tu n' a pas compris la première fois, comme tu le retrouve dans un autre contexte, tu t'aperçois que tu l'as compris parce qu'alors c'est affaire d'intelligence et non de savoir ou de mémoire. Je te conseille d'expérimenter la méthode avec un roman simple : A B C Murder d' Agatha Christie" !

Parmi les clins d'oeil les plus nets et les plus farfelus qu'on trouve dans ses romans on peut citer le passage de l' écume des jours qui relate la descente chez Chick du sénéchal de police et de ses hommes....pour recouvrement d'impôts avec saisie préalable et passage à tabac de contrebande !
De façon aussi parodique et burlesque diverses références au roman policier jonchent ça et là les nouvelles de Boris Vian .
Par ailleurs un livre aussi inclassable que " l'automne à Pékin " présente dans sa construction un mystère comparable à n'importe quelle énigme policière, avec au passage la référence à la mode du "défit au lecteur" que l' on trouvait dans de nombreux romans-problèmes d' entre les deux dernières guerres mondiales, notamment lorsque Vian fait dire à Angel : "on devrait être en mesure de savoir avec précision ce que va faire Angel". Enfin les dernières phrases du livre laisseront le lecteur dans une perplexité qu'aurait difficilement osé concevoir un auteur de polar : " ... les agents d' exécution partent avec leur famille. La complexité de l'ensemble fait que tout ce qui peut leur arriver est vraiment, malgré l'expérience acquise, impossible à prévoir, encore plus à imaginer. Il est inutile de le décrire, car on peut concevoir n'importe quelle solution".

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